
Le Christianisme et les religions selon Tillich, André GOUNELLE. Sept thèses tillichiennes sur le dialogue intereligieux en forme de notes.
Enquête sur l’apôtre Paul : Mais pourquoi donc n’a-t-il rien écrit sur ce qu’a dit et fait Jésus ?, Henri PERSOZ
CREDO
Je ressens ma vie et l’univers qui m’entoure comme un don.La foi en fête: le KirchentagJe rends grâces à la Source de la Vie, de la Vérité, de la Beauté et de l’Amour.
Cela me convient bien de l’appeler Dieu.Je me réjouis de tous ceux et celles qui ont contribué et contribuent encore à édifier ce monde plus humain, plus juste et fraternel qu’avec la Bible j’appelle volontiers le Royaume de Dieu.
J’admire particulièrement Jésus de Nazareth, tellement habité par l’Esprit de Dieu
qu’avec ses disciples les plus enthousiastes je l’appelle volontiers Fils de Dieu.J’aime la communauté universelle des disciples de Jésus.
C’est pourquoi je travaille volontiers à dissiper les ambigüités institutionnelles et dogmatiques qui empêchent mes contemporains de découvrir la richesse du message de Jésus avant le Christianisme.Je Crois que la Liberté de la Pensée Chrétienne est un gage de réussite pour un œcuménisme sans frontières.
André Verheyen
Quand le pape se déplace ou qu’une réunion œcuménique se tient quelque part dans le monde, tous les médias amplifient l’événement par leur information et commentaires.
Mais que 100,000 protestants se rassemblent, tous les 2 ans, pour 5 grandes journées de fête en Allemagne n’intéresse aucun journal français, ni T.V., ni radio… Qu’on ne nous dise pas que l’information n’est pas orientée en France…
Extraits du carnet de route : nous donnons les notes prises par un couple français de nos amis, découvrant le Kirchentag à Frankfurt / Main les 13 - 17 juin de cette année.
Les 800 stands (où on ne vend rien, mais où s’échangent idées et amitiés), concerts dans les églises et à tous les coins de rues, la visite des personnalités politiques (le président et le chancellier en exercice) donnent à cette fête une extraordinaire signification, en particulier pour les jeunes qui composent l’essentiel de cette affluence. Les liens entre d’une part la vie des Eglises, l’“héritage religieux” et la foi populaire, et d’autre part les autorités politiques, culturelles, régionales dialoguent, s’informent et partagent.
Bien choisie pour les jeunes allemands (qui ont des vacances et peuvent utiliser les locaux vacants), la date du Kirchentag correspond à cette des examens en France. C’est dommage. Dans les prochaines années, espérons “plus d’Europe”…Christian Mazel
Dopé par la lecture du psaume 31 verset 9 “Tu m’a remis sur pied,…” deux moutons noirs décident d’aller au 29ème Kirchentag à Francfort/Main. Une décision d’autant plus osée qu’ils vont, n’étant pas germanophones, s’y trouver sourds-muets, et donc plus noirs que jamais.
Participer au Kirchentag, c’est facile et peu onéreux.Il suffit de contacter le pasteur Gilbert Greiner, membre français du Comité International pour le Kirchentag. A Strasbourg ils rejoignent la représentation française composée essentiellement de luthériens alsaciens. L’accueil est chaleureux. Le petit troupeau les intègre. Avec lui ils logent comme c’est la tradition chez l’habitant à Karben. Echanges fructueux malgré la barrière de la langue.A l’organisation sans faille, (4000 bénévoles) s’ajoute l’accueil, la convivialité, les rapports humains et la volonté de communiquer. Tout est facile même pour les 3200 invités étrangers, (à peine 34 français) venus : de la Terre de feu à l’Alaska, du Mexique à la Corée, de l’Afrique anglophone, …etc.
Inoubliable la première journée marquée par une longue marche silencieuse dans l’ancien quartier juif de Francfort, en mémoire des victimes du nazisme. Soirée festive dans tout le centre ville orné du logo du Kirchentag et où les buildings des banques couvrent leurs façades du mot “Christ”, placent à leurs sommets une éffigie de Jésus d’une hauteur de trois étages. Une multitude d’orchestres, de chorales, de groupes, de stands religieux.
Au coin d’une rue celui d’une église huguenote fondée en 1699 par des émigrés français, portants des noms auvergnats et vendant des souvenirs ornés de croix huguenotes.Surprenante la deuxième journée où ils visitent des centaines de stands, et doivent choisir parmi les mille manifestations offertes aux trois cent mille moutons de toutes couleurs qui ont envahi ce jour la “Messe” : (Palais des Expositions) à la suite du Président Johannes Rau et du Chancelier Gerhardt Schröder.
Le lendemain la presse allemande titre : “Les chrétiens ont envahi Francfort”Inquiétante la troisième journée consacrée à l’écoute des invités étrangers du tiers monde (traduction simultanée) éclairant par des exemples précis les deux phrases figurant sur l’écharpe du Kirchentag portée par tous les participants : Le Kirchentag contre la violence, La dignité de l’homme est inviolable. (Absence regrettée d’intervenants français). La soirée consacrée à des cultes festifs dans toutes les églises de la ville leur apporte une double récompense : la visite à Offenbach d’un “vrai temple” vaudois du début du XVIIIème siècle et la rencontre devant ce temple, du Directeur d’Evangile et Liberté et de Madame Mazel. Le Kirchentag est un formidable lieu de rencontre.
Euphorisante la quatrième journée consacrée à l’expression musicale, langage universel donc accessible : jazz, gospels, chorales, fanfares d’église, musique classique, une diversité ne pouvant que satisfaire tous les participants.
Au détour d’un couloir, rencontre d’un groupe camerounais anglophones. Avec des gospels, quelques mots simples, des sourires, la communication s’établit au point d’entraîner tous les spectateurs dans une danse.
Cela démontre que la communication ne s’apprend pas dans des “séminaires”, ne nécessite pas des flots de paroles.
Une simple volonté suffit, elle efface la barrière de la langue.Démesuré le culte final au Waldstädion où ils se sentent perdus dans un troupeau de 80000 têtes, entonnant des cantiques et soutenu par une fanfare de cuivres de 4200 exécutants. Emportés par le recueillement suite à la prédication du pasteur Elisabeth Parmentier (en allemand) tous les moutons leur paraissent noirs comme eux. Le protestantisme est certes divisé, mais demeure uni et solidaire.
Le message final : “emporte toute ce que tu as reçu” complète le psaume 31 verset 9, thème du Kirchentag : “Tu m’a remis sur pied, tu m’as donné du large”.
Oui ce Kirchentag leur a donné du large et l’envie d’aller au 30ème Kirchentag à Berlin en 2003, (28 mai-1 juin) et ce d’autant plus qu’il sera commun aux protestants et aux catholiques. Rêver d’une importante participation française et d’une place pour des intervenants francophones n’est peut-être pas utopique.C. et G. LAMBERT
Pour
un partage théologique: PIZZA
Enquête : LES SACRIFICES HUMAINS AU CŒUR DES RELIGIONSNous étions dans un petit village un peu perdu dans le Massif Central, et nous cherchions de quoi manger. Il y avait là un seul bar-restaurant et, au lieu de la traditionnelle charcuterie de montagne, le seul menu était la pizza ! Ainsi, partie du golfe de Naples, la pizza, la meilleure et la pire, est devenue un plat européen, au point que donner à la nouvelle monnaie le nom de “pizza” aurait mieux convenu que celui d’euro.
Pourtant, ce n’est pas seulement de nourritures terrestres que je veux parler. Car de nos jours la théologie ne se nourrit et ne nourrit que de pizza. Certes, c’est un plat complet, ne revenant pas cher, fait avec des éléments simples, voire naturels. mais à force cela peut lasser ; une fois qu’on a fait le tour des variantes possibles, on a envie d’autres cuisines, d’une bonne choucroute, d’une brandade, ou d’une daube.
Aujourd’hui, le discours théologique est souvent d’une platitude et d’un convenu extrêmes. Et même ce “théologiquement correct” se limite bien souvent à répéter ce que tant d’autres, chrétiens ou non, répètent urbi et orbi : on est contre la pollution, contre la mondialisation (1), pour la paix et pour le dialogue inter-religieux. Qui d’ailleurs pourrait être d’un autre avis ?Quand les Eglises abordent des thèmes plus “religieux”, cela ne va pas beaucoup plus loin. Elles n’imposent plus de dogmes, mais des idées reçues. Un des derniers exemples ont été les décisions du Synode National de l’ERF quant à la possibilité de “présenter” les petits enfants plutôt que de les baptiser. Sans trancher la question sur le fond, on peut remarquer qu’en 2001 ce sujet n’a pas soulevé autant de vagues que voici cinquante ans. Rien à voir avec le débat qui a eu lieu dans l’après-guerre, où s’affrontaient gaillardement pédobaptistes et anti-pédobaptistes pour ou contre le baptême des enfants ou leur présentation !
Le débat théologique se ranime en certaines occasions chez les protestants, comme si quelques braises persistaient encore. Par exemple quand le Cardinal Ratzinger a lancé son texte Dominus Jesus, déniant à tout autre qu’au catholicisme le titre d’Eglise. Ou bien à l’occasion de la signature de la Charte œcuménique à Stransbourg en avril 2001 - et encore, dans ce dernier cas, qui s’est aperçu du fait dans les paroisses ? A l’occasion du passage au catholicisme de l’ex-Inspecteur luthérien Viot, nous avons surtout eu droit à quelques banalités plutôt qu’à une analyse théologique.
Mais est-ce vraiment un débat théologique qui renaît alors de ses cendres, ou un simple réflexe identitaire ? Tout se passe comme si un consensus mou s’était instauré, qu'on pourrait qualifier de “centre gauche”, en théologie comme en politique (2).Or, quand il est question de théologie, cela ne signifie pas seulement discuter de dogmes, de manière académique, avec patois de Canaan et langue de bois. mais aussi d’un partage d’expériences, de l’élaboration d’un projet d’Eglise, d’une discussion sur les ministères, de tout ce qui a des conséquences dans la vie quotidienne des communautés…
Souffrons-nous d’une absence de “Ténors” ? Il en existe, et certains diront qu’ils s’expriment. Pourtant, cette expression touche-t-elle plus que certains cercles, convaincus d’avance ? Des “laïcs” suivent des études de théologie : où cela se manifeste-t-il ? Cela débouche-t-il sur une réflexion commune et partagée ? Existe-t-il des lieux de débat ? A coup sûr guère dans les institutions, quelles qu’elles soient. Plutôt dans des réunions informelles, souvent œcuméniques, d’ailleurs, telles des rencontres de recherches bibliques (3). Et Internet, qui pourrait être un instrument possible, est sous-utilisé.Cette absence de débat fait que trop souvent les croyants sont mal armés pour résister à l’offensive de sectes ou d’autres religions.
C’est l’honneur d’un mensuel comme “Evangile et Liberté” et de certaines publications de relancer des débats, toujours utiles. Bien que l’Histoire ne repasse pas les mêmes plats, ne sommes-nous pas dans une époque du même genre que les 15 et 16 èmes siècles, où il apparaît qu’une Réforme de l’Eglise serait souhaitable, mais que les moyens habituels et institutionnels ont été épuisés ?Pierre Stabenbordt
(1) “Mondialisation”, ou son équivalent anglo-saxon “globalisation” est un mot qui date des années 60, en particulier quand avec Nixon les Etats-Unis se sont rapprochés de la Chine.
(2) Le thème de l’aide aux pays “en voie de développement”, assez fort dans les années 80-90, semble s’être affaibli, ou bien s’être transformé en exigence de la suppression de la dette pour ces pays. Qu’est la “théologie de la libération” devenue ?
(3) Et certains de dire : nous voulons lire la Bible, mais ne pas faire de théologie. Car du coup, ce terme est devenu péjoratif. Monsieur Jourdain, lui, faisait de la prose…
“PAPA, REGARDE”
L’idée de sacrifice humain est malheureusement au cœur de toutes les religions, on la retrouve avec le thème juif erroné de l’holocauste d’Isaac par Abraham, héritage du monde primitif antique qui prête aux divinités des sentiments humains - ici le concept du test de la foi d’Abraham - faisant à TORT du Divin une image de l’humain, alors que ce dernier est en contraste permanent absolu avec la réelle Divinité (précepte garant de la lucidité). Cette incongruité et monstruosité éducative qu’est l’idée d’un sacrifice pour Dieu est fort vraisemblablement à l’origine de la genèse d’états prénévrotiques et prépsychotiques aux conséquences humaines et sanguinaires effroyables que l’on sait.
Cette idée fausse est reprise par le christianisme qui laisse croire (d’après la Patristique) que Jésus a donné volontairement sa vie pour le salut du monde selon la volonté de Dieu à l’instar d’Isaac allant au sacrifice par obéissance volontaire envers son père Abraham.
Le Coran, dans l’esprit d’Adam culpabilisant Eve, reprend aussi à son compte cet holocauste d’Ismaël (d’Isaac pour les israélites), en accusant à tort Agar sa mère d’avoir été poussée par le diable en voulant s’opposer à ce meurtre rituel, la femme, “étant toujours plus vulnérable au diable”, ce qui arrange aussi bien des choses.
En conséquence, l’idée de sacrifice humain n’est pas étrangère à la bonne conscience artificielle inhibitrice du processus d’hominisation qui accompagne tortures et atrocités (on sait à quel point Hitler diabolisait le peuple juif) et il me semble que si l’on veut faire une étude approfondie des motivations des horreurs guerrières, en particulier en Algérie, il faut savoir dépasser les exécutants des basses œuvres à la recherche de paix avec eux-mêmes, pour cibler les idées maîtresses erronées, divisées à tort. Celles-ci sont les véritables coupables de hontes passées et si elles ne sont pas dénoncées et explicitées, elles créent des antécédents effroyables dans l’inconscient collectif creusant le tombeau de l’humanité actuelle et à venir.Rabbi Léonard Sztejnberg
Le pasteur et la paroisseSur les plages cet été, on a eu droit aux “papa regarde, maman regarde”, des enfants qui vocifèrent pour attirer le regard, si possible intéressé et admiratif, de leurs parents sur les exploits aquatiques de ces chers bambins.
La vie scolaire ou la vie artistique de nos enfants sont jalonnées de ces demandes répétées d’admiration, de reconnaissance.Je suis impressionné et souvent bouleversé par l’énergie que nous pouvons, et que j’ai pu, dépenser pour obtenir l’attention suffisante de nos parents. j’ai observé des amis qui faisaient des choix amoureux ou professionnels pour “plaire à papa ou maman”, d’autres qui ont pris des risques inconsidérés à en devenir physiquement malades pour être sûrs qu’enfin le ou les parents feraient attention à eux. D’autres encore qui se sont refusé à des changements importants dans leur vie pour rester dans une loyauté parentale. Comme si le regard parental continuait, non seulement à veiller sur l’enfant devenu adulte (mais l’est-il vraiment ?), mais aussi à l’observer, éventuellement le juger et finalement le limiter.
Une fille de mes amis montrait récemment ses photos de voyage. Elle était partie dans une sorte de tour du monde, engagée dans des programmes caritatifs alors que son père lui-même dirige en France une importante association humanitaire. Je la voyais qui étalait ses photos, devant le regard de son père, tentait de raconter son périple en insistant sur les moments les plus dangereux. Mais son père écoutait d’une oreille distraite, incapable dans cette situation de prendre plus de temps avec sa fille. Jusqu’où devra-t-elle aller, jusque dans quel excès devra-t-elle se perdre, à quel risque devra-t-elle se confronter pour qu’il la regarde vraiment, peut-être qu’un instant, mais qui sera suffisant, et qu’enfin il l’entende et la reconnaisse ?
Mais pourquoi un tel acharnement à être vu et reconnu ? Sans doute parce que nous obéissons à cette logique qui fait que nous existons d’abord à travers le regard de l’autre et d’abord celui de nos parents. C’est eux qui, enfant, nous confirment dans notre compétence, dans notre capacité à être, dans notre désir. Chacun de ces vrais regards, de cette attention patiente et profonde, de cette admiration sincère sont autant de ferments engrangés qui ouvrent l’enfant à la permission, à l’audace, au courage d’être et lui permettent de devenir adulte.
C’est aussi cela la foi qui permet de grandir. La foi en un Dieu qui veille et non pas qui surveille.La foi en un Dieu qui touche, accompagne et s’efface, accueille puis envoie, reconnaît puis disparaît. Un Dieu qui est présent et absent.
- “Papa, regarde”
- “Cesse de crier, tu sais bien que je te vois”.Jean-Paul Sauzède
Les communautés chrétiennes de base sont-elles des Eglises ou des “paroisses” ? Le Nouveau Testament (Epitres, 4 Evangiles, Actes des Apôtres) ne mentionnent que des “Eglises” (assemblées, en grec). A l’heure actuelle dans le langage courant une “paroisse” est une entité géographique et humaine dépendante de l’”évêque du lieu”. Dans le monde d’aujourd’hui le dynamisme du protestantisme (des millions de convertis chaque année en Amérique du Sud ; expansion des baptistes et des “évangélistiques”) repose sur la responsabilité primordiale des Eglises (locales).
Nous publions ici un autre point de vue.
C.M.Les mois de septembre-octobre correspondent au moment de toutes les rentrées. Après la dispersion de l’été chaque conseil presbytéral fixe un culte qui ne doit être ni trop tôt ni trop tard pour ne pas faire concurrence aux autres rentrées non paroissiales.
La plupart de nos coreligionnaires n’aiment pas beaucoup le mot paroisse qui évoque un milieu frileux, plutôt replié sur lui-même, souvent sur la défensive, comme l’indique l’expression prêcher pour sa paroisse. Qui n’est pas de la paroisse est un étranger.Vous connaissez l’histoire de l’assemblée dominicale qui rit des propos humoristiques de son pasteur. Un seul ne rit pas. Comme on lui en demande la cause, il répond : “Je ne suis pas de la paroisse”. Le mot paroissien est souvent utilisé pour désigner un drôle de paroissien. Mais surtout la paroisse a fini par correspondre à l’unité administrative de base de l’Ancien Régime et à sa lourde connotation sociologique avec la répartition des impôts et la levée des troupes. La monarchie a développé cette institution qui a favorisé le pouvoir central en limitant celui de la féodalité.
A l’origine, au IV° siècle la paroisse se confond avec le diocèse, circonscription placée sous l’autorité de l’évêque. La plupart des Eglises locales sont des Eglises urbaines. Peu à peu les campagnes sont évangélisées. L’action de l’omniprésent Saint Martin dès le IV° siècle est bien connue en Gaule. Dans les bourgs ruraux et les grands domaines l’évêque le plus proche délègue un prêtre qui va prendre de plus en plus d’autorité. Le curé devient ainsi un évêque au petit pied, au point de recevoir parfois le titre de chorévêque, toujours décerné en Orient, mais il n’aura jamais le droit de confirmer les catéchumènes ni celui d’ordonner des clercs.
Le mot paroisse n’apparaît dans notre langue qu’à la fin du XI° siècle venant du latin qui l’a emprunté au grec. Il est utilisé aussi pour désigner en ville les annexes de la cathédrale qui ne peut plus recevoir tous les fidèles. La paroÏkia correspond à un groupe d’habitations voisines, à un ensemble de maisons autour de l’église. Le site géographique, l’ensemble architectural l’emporte sur l’idée de communauté. C’est là toute la différence avec l’Eglise locale du Nouveau Testament qui réunit les chrétiens qui vivent dans le même cadre géographique. L’Eglise de Philippes, dans les actes des Apôtres, regroupe les chrétiens qui vivent dans la ville de Philippes et sa banlieue.
Le mot paroisse est cependant commode. Le soussigné se considère avant tout comme un pasteur de paroisse. Sans négliger les ministères spécialisés qui ont fait la preuve de leur utilité, le ministère pastoral de base demeure le ministère paroissial.Le pasteur de paroisse est l’équivalent du généraliste dans le corps médical. Certes il y a le danger d’être transformé en homme-orchestre, en bouche-trou, et en touche-à-tout.
L’absence d’expérience pastorale et de bon sens peut conduire à des erreurs infiniment regrettables car elles laissent des traces chez les victimes. Il y a un moment où il faut savoir reconnaître ses limites et son niveau de compétence ou d’incompétence. Cela n’a rien à voir avec certaines maladresses qui seraient évitées en faisant davantage attention comme le prédicateur qui s’écrie au bord d’une tombe à propos d’un membre actif de sa paroisse “Mes frères, nous sommes réunis pour enterrer un chrétien vivant”. Le manque de tact est plus difficile à corriger. Que penser du rédacteur d’une feuille paroissiale qui n’hésite pas à écrire : “Nous avons perdu cette année quatre membres de notre Eglise. Nous regretterons en particulier M. un tel…”
Rendant compte du service au cimetière d’une personnalité en vue, un journaliste est allé jusqu’à dire : “Le pasteur de service a hurlé quelques paroles de consolations”.
Le ministère paroissial nécessite une formation et une vocation particulières. Si l’Eglise reconnaît tel ou tel candidat n’oublions pas que sa vocation lui vient de Dieu. A l’extrême limite l’Eglise à laquelle appartient le pasteur pourrait disparaître, sa vocation demeure. Telle est la signification de la consécration pastorale qui est malheureusement ravalée aujourd’hui au niveau d’une vague reconnaissance de ministère. Bien entendu il ne s’agit pas d’un sacerdoce in aeternum.On n’est pas pasteur pour l’éternité ; mais on est pasteur ad vitam, à vie. L’engagement pris lors d’une consécration pastorale concerne toute la vie de l’intéressé jusqu’à son terme. La confiance des membres de l’Eglise en leur pasteur est liée au respect des engagements qu’ils ont pris, non pour un temps, mais à vie. L’oubli de cette spécificité du ministère pastoral explique en partie le manque de considération pour les pasteurs notamment, hélas, pour les jeunes pasteurs, ce qui n’était pas le cas il y a quelques décennies.
Il est également vrai que le refus de beaucoup de pasteurs de passer pour des notables les a parfois conduits à des négligences sur le plan de la tenue et du langage. Sans aller jusqu’à revêtir une redingote noire et porter une cravate blanche comme au XIX° siècle, le port de la veste et de la cravate s’impose. Il arrive que toute une paroisse enfants inclus, interpelle le pasteur par son prénom. Le tutoiement se généralise. Je ne tutoie pour ma part, en dehors des membres de ma famille, que mes amis de jeunesse, mes camarades de régiment, mes collègues, selon un vieil usage, et quelques amis de longue date, ce qui, à mon avis, est largement suffisant. L’absence de tenue suffit à expliquer pourquoi certains pasteurs ont fini par rencontrer des difficultés dans leur paroisse.
Il me souvient, lors d’une séance d’un conseil régional d’avoir entendu la présidente déchaînée d’un conseil presbytéral donner les raisons pour lesquelles son Eglise voulait se séparer d’un pasteur que le conseil presbytéral, qu’elle était sensée présider, avait pourtant choisi, avec une absence totale de discernement, il est vrai, et sans prendre les renseignements qui s’imposent dans cette circonstance. Avant même que les présentations ne soient faites, elle attaque d’emblée le collègue en question que nous appellerons Alphonse : “Alphonse a dit ceci, Alphonse a fait cela. Alphonse est au-dessous de tout. Alphonse est devenu indésirable…” Alphonse n’est plus un serviteur de l’Eglise, Alphonse est le laquais de son conseil presbytéral. Et pourtant Alphonse a renoncé à une bonne situation pour répondre à sa vocation pastorale. Alphonse a seulement eu tort de ne pas garder suffisamment ses distances lorsqu’il le fallait. Alphonse se laisse marcher sur les pieds. Heureusement la famille d’Alphonse a bien tenu le coup. Alphonse a trouvé une autre paroisse. Il va maintenant faire très attention, presque trop peut-être car toutes les paroisses ne sont pas entre les mains d’un quarteron d’esprits tordus, heureux de trouver dans l’Eglise une parcelle de pouvoir à exercer que la société civile a eu la sagesse de ne pas leur confier.
Pour un pasteur une paroisse n’est ni un hospice, ni un centre de détention, ni un bataillon disciplinaire, ni une voie de garage.“Une véritable Eglise, disait Wilfred Monod, offre aux individus isolés l’appui d’un milieu qui inspire, soutient, protège ; elle discipline, elle enrôle, elle sauve de la solitude et de la tentation”. Nous n’avons pas besoin des petits chefs, des petits juges, des petits professeurs, des petits curés ou des petits pasteurs, des petits teigneux nombriliques et narcissiques. Dans le protestantisme français l’ensemble des forces vives et des moyens matériels provient des paroisses ou des Eglises locales, si vous préférez ce second terme qui est plus approprié. Si le protestantisme français ressemble à une peau de chagrin, c’est parce que les synodes ont supprimé trop de postes paroissiaux. Supprimer une paroisse, c’est tuer la poule aux œufs d’or. Il est vrai qu’il y a cent ans dès qu’on réunissait quelques dizaines de protestants on était prêt à ouvrir un temple et à construire un presbytère. Avec les moyens de communication d’aujourd’hui un temple tous les trois kilomètres n’est plus nécessaire. Nos Eglises ne construisent plus. Elles ont bien du mal à entretenir les bâtiments existants. Il s’agit d’édifier aujourd’hui une communauté vraiment fraternelle. Le pasteur de paroisse n’est-il pas la cheville ouvrière de cette entreprise ?
Philippe Vassaux
Ethnismes et pluralisme naturels en Afrique, Fabien OUAMBA
Théologie de N’Doungué. Diplomé de la Faculté de Théologie de Montpellier, il vient de publier 2 importantes études très approfondies et documentées sur “De la culture de violence à une culture de paix par la non-violence en Afrique” et “Ethnies, confessions religieuses et mission chrétienne en Afrique aujourd’hui”. Nous donnerons des extraits de cet important travail qu’on peut demander au savant théologien camerounais et qui sera publié ultérieurement si possible.
C. M.
Voici le premier extrait tiré de la deuxième étude.On constate (…) qu’en dépit ou à côté d’une volonté d’unité, il se développe aussi et de plus en plus en Afrique des pluralismes ethniques et dénominationalistes qui risquent de mettre en péril la dynamique unitaire. Ils peuvent être naturels, historiques ou révélateurs des insuffisances de l’unité de l’Eglise et de l’Afrique.
Hubert Deschamps semble être le premier à avoir utilisé le mot ethnisme pour désigner le patriotisme en situation africaine tout en s’excusant d’ailleurs de ce devoir de créer un mot nouveau. Selon lui, l’ethnisme serait le sentiment particulariste qui permet de vivre en unité tous ceux qui conservent une origine commune et le même territoire. Deschamps aurait bien voulu donner le nom de peuple à ce qu’il appelle ethnie en Afrique à cause du nombre et de l’espace trop réduit pour certains de ces peuples. “Certains peuples se limitent à quelques centaines d’individus et à 2 ou 3 villages”. Il pense que les mots race, tribu sont des équivalents d’ethnie parce qu’étant un type de groupe social ayant un type d’organisation politique et économique.
Une ethnie se reconnaît par son nom, sa langue, son territoire, son organisation politique, sa culture, ses pratiques religieuses, ses mythes d’origine, “et surtout le sentiment qu’ont ses membres d’appartenir à un même ensemble, ce qui les amène à entretenir entre eux des rapports plus intimes qu’avec les étrangers”.
L’ethnisme peut ainsi se comprendre comme esprit de conservation pour un petit peuple qui refuse de se dissoudre, de perdre son identité et son histoire dans un grand ensemble. L’unité historique serait alors à l’origine des ethnismes. C’est quand certains peuples ont voulu conquérir d’autres et établir sur eux leurs hégémonies guerrières, culturelles, économiques ou religieuses que ceux-ci, refusant la soumission ou l’abdication se sont réfugiés dans l’ethnisme comme repli sur eux-mêmes, sur leur histoire, origine, tradition, culture et religion pour puiser la force de résistance et de survie.
Dans une Afrique des diversités naturelles, des espaces, des peuples et des cultures, l’ethnisme peut provenir du manque d’information sur les autres ou d’absence de rencontre avec eux. Il est alors une phobie de l’autre dû au manque de contacts et de communication. Les frontières coloniales, l’accession à l’indépendance ou la création de l’organisation de l’unité africaine (OUA), ne suffisent pas pour faire d’un seul coup d’une mosaïque de peuples dispersés ou juxtaposés un ensemble cohérent, un peuple ou une nation.
Dans l’Afrique moderne, l’ethnisme se révèle comme l’enfant bâtard ou un monstre de la protonation, pure création de l’impérialisme. ZIEGLER qui est le créateur de ce concept dit que “la conscience protonationale est investie d’une tendance puissante à l’imitation, à la reproduction des habitudes de consommation, des schèmes de pensée impérialiste”.
L’ethnisme devient alors le refus du mimétisme et la recherche de l’authenticité, quitte à payer le prix ou à réfléchir sur cet avertissement de Axelle KABOU : “ainsi, les Africains vont peut-être avoir enfin l’occasion d’apprendre à leurs dépens que le droit au tribalisme érigé en principe de développement au moment des indépendances par pur anti-colonialisme n’est pas le signe d’un raffinement culturel, mais le produit d’une lâcheté historique, gratifiante pour quelques-uns à court terme, mais suicidaire, pour tous, à long terme”. L’ethnisme, refus du mimétisme ou lâcheté historique, nous constatons que dans tous les cas, il devient une négation de l’unité et effacement voire une mort de soi en face, à côté, au milieu ou en présence des autres. Il est malheureusement vrai que cette mort de l’être au monde de l’Africain ne naît pas seulement au moment des indépendances comme le suggère KABOU. Toutes les théories de l’esclavage et de la colonisation ont consisté à empêcher l’Africain d’être lui-même ou d’être avec les autres pour constituer une force en présence des autres forces négrières, coloniales, néocoloniales, impérialistes ou multinationales d’aujourd’hui. C’est évident que l’ethnisme restera aussi longtemps que possible l’arme la plus efficace de la désorganisation sociale, économique, politique et même religieuse. Il s’affaiblira par contre là où chaque ethnie, devenue consciente de son ethnicité comme atout mais aussi limite, développera avec les autres, dans une culture démocratique, des identités participatives et communautaires. C’est à ce prix que l’ethnisme des protonations ou des ethno-Etats pourra faire place à l’ethnicité participative des nations, des Etats et des peuples sur une base démocratique et d’intégration dans une unité plurielle, prélude et préparation à notre participation à la mondialisation et à la globalisation.
En effet, nous nous rendons compte que chaque groupe qui prend conscience de ne pas exister seulement pour lui-même, apprend à reconnaître et à établir des rapports avec les autres. Il s’initie ainsi à l’école de dialogue, de négociation et de recherche de ce qui est commun à tous ou alors de défendre ses intérêts en respectant ceux des autres. Nous comprenons pourquoi l’ethnisme ne peut être que l’avorton des dérives autoritaires de nos gouvernements et, dans la plupart des cas, des ratés démocratiques et surtout des jeux truqués des élections.
A l’heure de la globalisation et de la mondialisation, il peut aussi être le signe révélateur d’une non préparation ou désintérêt des groupes et peuples qui n’ont été ni invités ni équipés pour aller au carrefour mondial ou à la production et à la consommation des technologies ainsi qu’à la circulation des biens sans frontières. L’ethnisme devient alors le limon qui fait vivre les inadaptés des technologies modernes et les rejetés, les hors-monde de la mondialisation.
Aussi constatons-nous que l’ethnie qui existe naturellement comme une entité sociale, politique, économique et religieuse, peut devenir ethnisme lorsqu’elle se replie sur elle-même, par résistance, phobie de l’autre ou rejet de celui-ci.
La religion fait naturellement partie de l’ethnie en Afrique. Chaque ethnie a sa religion et n’a besoin ni de l’exporter ni d’importer celle des autres. Ses dieux et sa manière de connaître et de vivre sa relation avec Dieu font partie de son histoire et de sa culture. Il existe donc une multiplicité d’expressions religieuses dues à la diversité ethnique. Une religion qui s’enracine, grandit et prend forme dans la culture d’une ethnie peut devenir et faire partie de l‘expression et de l’affirmation culturelle de cette ethnie. Il peut aussi exister des liens entre l’ethnisme et un type de religion donnée, qui se veut particulière par rapport, en fonction ou par opposition à d’autres. Nous le verrons en ce qui concerne les dénominations chrétiennes avec le pluralisme historique en Afrique.
Fabien OUAMBA
Aumonerie Universitaire de BANDJOUN
B. P. 50 BAFOUSSAM Cameroun
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Le Centre Protestant de l’Ouest (Celles-sur-Belle 79370, Tél. 05 49 79 80 44, Fax. 05 49 32 96 99) organise tout au long de l’année diverses activités. Lors d’une session théologique, le professeur André GOUNELLE a donné une étude que Jacques Chauvin a résumé avec les notes suivantes.Paul Tillich, né en Prusse Orientale en 1886, mort en 1965 à Chicago ; guerre sur le front français (Verdun) comme aumônier militaire ; il enseigne dans diverses universités allemandes jusqu’en 1933 ; il milite dans des groupes semblables à ceux du christianisme social ; s’élève contre des humiliations imposées à des étudiants juifs : il est révoqué et il quitte l’Allemagne (à la différence de D. Bonhoeffer, il n’a pas les moyens de rester en Allemagne sans gagner sa vie), il s’installe aux USA (d’abord professeur à Boston, puis à Harvard) ; il obtient la nationalité américaine et fait partie des cent intellectuels américains désignés par Kennedy pour participer à son installation à la Maison Blanche. Il meurt à 79 ans et est l’un des trois théologiens protestants du XX° siècle.
Voyage au Japon en 1960 ; il fonde avec M. Eliade un séminaire pour l’Etude comparée des religions, c’est là qu’a lieu sa dernière intervention avant sa mort.Première thèse :
Les religions reposent toutes sur quelque chose qui est donné à l’homme par Dieu ; nulle part Dieu n’a laissé l’humanité sans témoignage. Pour Tillich, la Bible n’a pas le monopole de la Révélation. 3 remarques :Deuxième thèse :- Tillich ne pense pas qu’il existe une révélation générale ou universelle pour tous les hommes (thèse de St Thomas d’Aquin). Dieu se révèle de manière diverse et appropriée à tous les groupes humains.
Dieu ne parle pas à la cantonade. . . ; pour TILLICH, Dieu s’adresse à des personnes précises (comme quelqu’un qui passe un coup de téléphone . . . ), en fonction de chaque culture, de chaque langue, de chaque héritage historique et géographique. Jean CALVIN : “Dieu s’accommode des gens auxquels il parle”.Une religion est la manière dont un groupe humain vit et transmet l’expérience fondatrice de la Révélation ; elle est symbolique (c’est-à-dire porteuse de sens) par ses mythes, ses rites, ses dogmes et ses institutions ; elle est le témoignage spatio-temporel (à travers les époques et les lieux) rendu à la Révélation reçue et le témoignage de cette Révélation ; elle l’organise et lui donne forme ; sans elle, la Révélation ne serait qu’un phénomène passager et local. . . . .Troisième thèse :La nécessité première est la rencontre avec Dieu, cette expérience est inscrite au cœur des hommes. Il y a dans toute religion des structures qui adaptent et organisent, mais aussi dégradent et déforment l'événement de la Révélation. POURQUOI ?
Il y a une différence entre l’être de Dieu et l’image que nous nous en faisons : DIEU DEPASSE PAR SA PAROLE CE QUE NOUS POUVONS EN COMPRENDRE. DIEU DEPASSE NOTRE PECHE.
Il échappe à tous les discours humains ; tout ce que nous en disons, ne convient qu’en partie à ce qu’il est.
Entre Lui et nous, il y a une distance ; les croyants tendent toujours à oublier (à sous-estimer) cette distance, ce qui conduit à l’absolutisation de la structure religieuse et à la confusion de la Révélation avec la manière de la traduire, d’où divinisation de ce qui vient de Dieu et n’est pas Dieu (cf l’idolâtrie “Tentation de Jésus au désert par exemple. . . ”).
Divinisation de l’Eucharistie chez les Catholiques et de la Bible chez les Protestants.
Confusion du chandelier avec la bougie qu’il porte (Apocalypse). Toute religion porte à la fois le meilleur et le pire, ses éléments sont bons et mauvais, positifs et négatifs.Le conflit fait partie de la vie religieuse et lui est nécessaire, il s’agit d’un combat entre le message divin et l’institution religieuse (ecclésiale) : toute religion est traversée par une bataille continue entre l’Esprit et son incarnation. La religion meurt ou perd sa vérité quand il n’y a plus de conflit (exemple des groupes spirituels américains aux propos pacifiques et bienveillants (“lénifiants”) qui disparaissent à force d’Amour, de propos apaisants et bien intentionnés. . . vacuité de l’Esprit Saint. . . ).Quatrième thèse :L’exemple le plus caractéristique de ce type religieux est sans doute actuellement le Shintoïsme une religion vidée dans le rite, d’esprit critique et d’opposition. Une religion vivante ne se caractérise t-elle pas particulièrement par la paix et l’harmonie ?
Confrontation dans la Bible entre les Prêtres et les Prophètes.
Actuellement confrontation dans l’Eglise entre les Catholiques et les Protestants, et au sein du Protestantisme entre les Libéraux et les Orthodoxes.LA CRITIQUE S’OPPOSE A L’ABSOLUTISATION DES RITES ET DES DOGMES.
L’obstacle fondamentaliste, mystique, éthique est malgré tout bénéfique à l’Eglise (cf. l’attitude de CASTELLION contre J. CALVIN lors de l’exécution de Michel SERVET). Il est essentiel pour une critique théologique qui veut fuir l’enfermement, de maintenir les structures, mais en les relativisant : donner aux structures, à l’organisation une juste place, éviter de les détruire.TILLICH : les attaques de l’athéisme ont rendu des services à la religion : examen, réflexion et vigilance : une religion a besoin de critiques pour vivre et évoluer.
2 conditions :Cinquième thèse :- Le dialogue ne peut s’établir qu’entre deux interlocuteurs persuadés d’avoir raison : reconnaissance mutuelle qui accepte que l’Autre soit porteur d’un message, apôtre d’une vérité venant de Dieu lui-même.LE DIALOGUE NE PEUT SE NOUER QUE SI L’ON ADMET QUE TOUTES LES REVELATIONS SONT JUSTES (SANS POUR AUTANT ETRE VRAIES. . . ).
- Le dialogue ne peut s’établir quand on cède tout à l’interlocuteur. (Cf. la critique de GARAUDY sur le dialogue entre Chrétiens et Marxistes dans les années soixante et soixante-dix où les interlocuteurs chrétiens ratifiaient sans débat tout ce que prétendaient les interlocuteurs marxistes). C’est actuellement le cas dans le dialogue Chrétiens-Bouddhistes où on ne sait plus très bien ce qui est à accepter ou à refuser (lien avec ce qui pourrait apparaître comme syncrétisme à un Chrétien chez les Bouddhistes et ne l’est en fait probablement pas. . . ).Il faut faire l’autocritique interne de chaque religion à partir de ses visées et de ses buts ; 2 objectifs possibles sont à rejeter :Sixième thèse :- Ecarter tout projet syncrétiste ; celui que souhaitent les Universalistes aux USA (héritage du philosophe anglais de l’histoire au XIX°, TOYNBEE, repris par l’Américain contemporain John HICK).Mais alors ; que faut-il attendre du dialogue inter-religieux ?
TILLICH se démarque de ce projet : si on ne respecte pas l’originalité de chaque religion, on la vide de son contenu. Ce ne sont pas les points d’accord et les similitudes (apparentes) qui intéressent TILLICH, mais la mise en valeur des différences ; ce sont ces différences qui représentent des lieux de dialogue (dans le dialogue œcuménique entre autres).
- Le dialogue ne doit pas avoir pour but la conversion de l’Autre ; le dialogue se dévoie, et même se fourvoie quand sa visée est la conversion ; la MISSION N’A PAS RENDU UN BON SERVICE AU CHRISTIANISME (c’est particulièrement le cas en Asie).
Il faut renoncer à tout prosélytisme. . . .
TROELTSCH : une fécondation réciproque ; chacun est appelé à réfléchir sur sa propre religion (poids et capacité des élargissements) et la confrontation doit favoriser une attitude critique envers soi-même.
Le jugement que les Chrétiens doivent porter sur eux-mêmes à la lumière de la rencontre avec les autres religions ; Exemple : les Chrétiens doivent prendre au sérieux ce que les Juifs et les Musulmans disent du dogme trinitaire et y trouver des réponses pertinentes. . .La Bible présente à la fois un aspect très religieux et très anti-religieux ; elle fonde plusieurs religions et se trouve à l’origine de liturgies diverses ; elle polémique contre les structures religieuses (importance du Prophétisme).Septième thèse :Le Premier Testament : Dieu est bien le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, mais il n’est pas pour autant un Dieu tribal, et on finit même par comprendre qu’Il n’est non plus le Dieu d’un seul peuple. . .
Dieu s’attache à un peuple, mais Il n’oublie pas les autres. . .
Pour Lui c’est la justice qui donne son contenu à l’Alliance. Il libère Israël de l’Egypte, mais inversement ne libère-t-il pas l’Egypte d’Israël ?
BULTMANN : “Jésus a été Juif, et en aucun cas Chrétien. ” c’est-à-dire qu’Il ne se laisse en aucun cas enfermer dans un cadre religieux, Il subordonne toute forme religieuse à sa critique polémique.Le christianisme a eu la plupart du temps tendance à oublier cette polémique ; il a développé les éléments sacerdotaux et sacramentels, sans jamais réussir complètement à les imposer (rôle constant du Prophétisme et de l’Iconoclasme).
Le divin transcende les symboles finis par lesquels il s’exprime.DIEU EST TOUJOURS AU-DESSUS DE DIEU, c’est-à-dire que Dieu est au-dessus de ce que nous pouvons dire de Lui. A la différence de D. BONHOEFFER, TILLICH ne préconise pas un Christianisme non-religieux qui ferait disparaître la tension interne de ce Christianisme. Pour lui, le Christianisme doit regarder les deux constantes à la fois être religieux et aussi anti-religieux. Le christianisme se définit à la fois par des attestations (témoignage) et une contestation (celle qui conduit à la Croix) ; c’est cette tension qui l’empêche de s’enfermer dans l’Idolâtrie. La religion chrétienne se sait et se veut porteuse d’un message avec lequel elle ne se confond pas : une vérité qu’elle annonce et qui aussi la juge.
Le centre et la norme de toutes les religions se trouvent dans le Christ et non dans le Christianisme ; confusion entre le Christ et le Christianisme ; le Christianisme une religion comme les autres.(Cf. ma discussion avec Henri BLOCHER à propos de sa Christologie dans “Le mal et la Croix” : l’assimilation du Christ et du Christianisme est une assimilation qui frise l’idolâtrie : le Christ ne se confond pas avec le groupe (L’Eglise) qui se fonde en Lui.
Le Christianisme n’a pas à se prêcher lui-même, il a à prêcher le Christ. Le Christ est le centre de toutes les religions : dans cette formulation, il faut entendre par Christ le Logos et non Jésus de Nazareth.Même si le Logos s’incarne dans Jésus de Nazareth, il ne se confond avec Lui (Deux natures distinctes).
Différences entre la Foi biblique et les autres religions. Dans la Bible : accueil d’un reçu venu d’autres religions et transformé : le Logos johannique par rapport au Logos des Stoïciens (il y a peu, on faisait des efforts terribles pour les distinguer et rechercher d’autres origines au Logos johannique, pour prouver qu’il n’avait rien à faire avec le Logos des Stoïciens, aujourd’hui, on est revenu. . . ).De même, on sait les relations entre la religion des Israëlites et les religions du Moyen-Orient Ancien ; le Nouveau Testament et les influences hellénistiques (au niveau littéraire, il est indéniable que les Evangiles s’inspirent plus des récits des héros grecs que des modèles de l’Ancien Testament, sans parler évidemment des textes “apocryphes”).
Quel est le centre de toute Christologie, et aussi le critère normatif qui permet de reconnaître le Christ ? : LA CROIX et LA RESURRECTION.
Cette norme fait apparaître le Positif et le Négatif.LA RESURRECTION a pour caractère normatif le surgissement de la Vie.
Nouvelle à laquelle nous sommes appelés ?Naissance et développement de l’Etre nouveau : une existence conforme à la volonté de Dieu. . ? C’est elle qui opère, elle permet d’identifier LA CROIX.
LA CROIX : son caractère normatif est d’apporter le salut ; le Christ ne s’absolutise pas par lui-même ; Il accepte l’échec de la mort ; Il n’a pas d’ambition pour son individualité historique ; Il établit toujours une distance entre le Dieu qu’Il révèle et Celui qui le révèle (Lui-même en l’occurence). Dans les Evangiles, le titre de Christ donné à Jésus est toujours en relation avec l’annonce de sa mort.
CONCLUSION : Quel est l’apport de TILLICH au dialogue inter-religieux ? Il n’abandonne pas les caractères aigus de ce dialogue, voire ses aspects d’affrontement et de crise, sans pour autant donner une chance à la rupture ni abandonner, ni estomper les problèmes qui se posent. Il vise plutôt la mise en route d’une dynamique : appel à toujours nous réformer, toujours à avancer, à vivre les religions selon des voies, des “véhicules” différents vers le Salut : cheminement, pélerinage de la Vie vers l’Etre Nouveau.D’après des notes prises par Jacques CHAUVIN
CPO juin 01
Enquête sur l’apôtre Paul : Mais pourquoi donc n’a-t-il rien écrit sur ce qu’a dit et fait Jésus ?, Henri PERSOZ
Une véritable énigme
Trois types de littérature
Deux christianismes qui commencent par ne pas se rencontrer
Deux périodes chez Paul
Ces deux hommes qui ne se connaissent pas
Une véritable énigmeL’apôtre Paul a puissamment contribué à répandre le christianisme hors de la Palestine et il a apporté des formulations théologiques solides et subtiles à un message et une proclamation lancés à l’origine par Jésus de Nazareth. Dans ses lettres, il parle de la mort du Christ sur la croix et de sa résurrection, mais pratiquement pas de ses paroles, ni de ses polémiques avec des hommes de son temps, ni de ses compassions, et compromissions vis-à-vis des souffrants et des petits de ce monde ; et encore moins des fameux miracles. Curieusement, alors que les théologiens reconnaissent volontiers cet état de fait, bien peu l’expliquent de façon satisfaisante. Nous nous proposons, dans cet article, d’essayer d’apporter quelques réponses à cette énigme. Nous commencerons par rappeler rapidement que Paul n’a pratiquement rien écrit sur les dire et les faire de Jésus ; et ensuite nous nous poserons la question de savoir pourquoi : ne savait-il que très peu de choses ? Et alors pourquoi n’est-il pas allé aux renseignements ?Et comment peut-on prêcher un Jésus que l’on ne connaît pas ?Ou bien en savait-il beaucoup plus ? Mais alors pourquoi n’a-t-il rien écrit de ce qu’il savait ?Pourquoi les paroles et les actes de Jésus n’entrent-ils pas dans son argumentaire pour convaincre ses interlocuteurs qu’il faut faire confiance à cet homme ?
Voilà donc ce que nous allons essayer d’élucider. Evidemment nous ne ferons que des hypothèses. Et nous attendons que quelqu’un d’autre en fasse de meilleures, de plus plausibles.
Paul ne se réfère pas aux paroles de Jésus, ni à ce qu’il a fait.L’ensemble des lettres authentiques de Paul ne contient que six références explicites à une parole du Seigneur. Trois fois (I Co 7,10 ; I Co 9,14 ; Ro 14,14), on retrouve effectivement des phrases approchantes dans les évangiles, mais avec un sens différent. Et le Jésus des évangiles est probablement plus authentique que celui de Paul parce qu'il répond à des problèmes juifs ou qui se sont posés avant Pâques, alors que celui de Paul répond à des problèmes gréco-romains ou qui se sont posés après Pâques. Prenons un seul exemple : en I Co 7, l’apôtre ordonne à la femme de ne pas quitter son mari. Alors que le Jésus des évangiles recommande à l’homme de ne pas répudier sa femme. Or, dans le monde juif, l’idée que la femme puisse quitter son mari est totalement exclue, mais pas dans le monde gréco-romain. Sur cet exemple, donc, nous voyons que le Jésus de Paul répond à une question qui ne se posait pas parmi les interlocuteurs directs de Jésus.
Une autre citation (I Th 4,2) est extrêmement vague : elle recommande de vivre dans la sainteté. Une autre (I Th 4,15) est complètement étrangère au Jésus des évangiles ; elle précise que les morts ressusciteront avant les vivants. Enfin le récit du repas du Seigneur (I Co 11, 23-25) est le seul vraiment proche de celui des évangiles, mais beaucoup d’experts pensent que ce serait bien plutôt les évangiles synoptiques qui auraient transcrit une tradition paulinienne. Enfin les formes littéraires adoptées, toujours ambiguës (les instructions que nous vous donnons de la part du Seigneur ; j’ordonne, non pas moi, mais le Seigneur. . . ) montrent bien que l’apôtre s’exprime au nom du Christ, plus qu’il ne rapporte ses paroles. En dehors de ces phrases, on trouve chez Paul des sentences éthiques proches des paroles de Jésus, sur l’amour mutuel, sur le souci et le respect des autres. Car l’un et l’autre sont de grands moralistes. Mais dans ce cas, il n’y a jamais de référence à Jésus, mais plutôt à la Septante.
En conclusion, lorsque Paul pourrait s’appuyer sur des paroles de Jésus, il ne le fait pas. Et les rares fois où il le fait, le sens qu’il donne à ces paroles, est en général assez différent du sens évangélique. Aucune allusion non plus à la vie de Jésus, à ses rencontres avec les malades, les rejetés, les marginaux. Paul défend le Jésus Messie à partir d’une réinterprétation de la Bible hébraïque, ce qui est bien paradoxal, puisqu’il cherche à convertir les païens qui ne la connaissent pas . Mais il ne se soucie pas du tout de retracer ce qu’a été la vie, l’enseignement et les engagements de Jésus.
Nous sommes donc dans une situation curieuse : Jésus a formé des disciples, fait parler de lui jusqu’à alerter les autorités romaines et juives en raison de son enseignement et de son engagement personnel. Au point que certains ont reconnu en lui le Messie. Alors que l’apôtre défend la messianité de Jésus seulement à partir des Ecritures, qui justement n’en parlent pas.
Mais l’apôtre n’est pas tout seul à prêcher Jésus Christ sans parler de sa vie et de son enseignement. Si nous regardons l’ensemble de la littérature chrétienne du 1° siècle, nous pouvons la classer en trois catégories :
Celle qui provient des milieux judéo-chrétiens hellénistiques. Ce sont tous les écrits du Nouveau Testament, à l’exception des évangiles, la lettre de Clément de Rome aux Corinthiens et les 7 lettres d’Ignace d’Antioche. L’ensemble de ces écrits ne parle à peu près pas du Jésus historique ni de ses paroles, mais reprend abondamment le kérygme de l’église primitive : Christ est mort et ressuscité pour le rachat des pécheurs. Toutefois, lorsque l’on regarde attentivement les dates d’écriture de ces textes, on sent bien, vers la fin du siècle, un léger frémissement : les paroles de Jésus commencent à être évoquées, on en trouve quelques bribes. Par exemple on lit en I Tm 6,3 : “si quelqu’un ne s’attache pas aux saines paroles du Seigneur”. Ou Clément de Rome, qui inonde sa lettre de citations du premier Testament, mais cite cependant quelques parcelles du sermon sur la montagne en précisant qu’elles furent dites par le Seigneur Jésus.
Celle qui provient des milieux syro-palestiniens. Ce sont l’évangile de Thomas, la Didachè et l’hypothétique source Q. Ces textes, retrouvés tardivement (sauf évidemment la source Q, pas encore retrouvée !), mais très anciens, citent abondamment les paroles de Jésus. Ils ne contiennent pas de récit de la passion et de la mort de Jésus et pour eux Jésus n’est pas Messie, mais maître de sagesse ou Fils de l’homme. Il sauve par son enseignement et non pas par sa mort sur la croix.
Enfin les évangiles canoniques qui combinent intelligemment ces deux littératures si différentes.
Nous retrouvons ici ce que les théologiens disent depuis un certain temps : il existait, au premier siècle, plusieurs christianismes bien différents. L’un hellénisé n’avait retenu que l’évangile de la croix ; un autre, plus palestinien, était centré sur l’évangile de la parole. Sans compter encore bien d’autres, dont principalement le christianisme jérusalémite, resté très juif, et celui de la tradition johannique. Le premier avait sans doute été porté par des pèlerins juifs de la diaspora qui se trouvaient à Jérusalem au moment de la passion et sont ensuite retournés chez eux, marqués par cette injuste condamnation à mort et par les bruits de résurrection qui commençaient à se répandre. Le second s’est d’abord installé en Galilée parce que les disciples, en majorité galiléens, sont retournés chez eux après Pâques et de toute façon c’est dans cette contrée que Jésus prêchait.Deux christianismes qui commencent par ne pas se rencontrer
La grande question est donc de savoir à quel moment et à quelle vitesse ces deux christianismes se sont recomposés entre eux et comment se situait Paul par rapport à cette recomposition. Le regard que nous avons porté sur la littérature du premier type montre que cette rencontre ne s’est pas faite facilement ni rapidement. Nous avons beaucoup de mal, en effet, à imaginer qu’en Asie Mineure, on parlait beaucoup du Jésus de l’histoire oralement et que, dès qu’on se mettait à écrire, on ne disait plus rien. Et pourtant, dans ce monde de la diaspora juive, les informations circulaient bien, malgré les distances. Il faut donc imaginer des obstacles à la communication. Le principal a certainement été d’origine sociologique. Le message de Jésus était radical : dépossédez-vous de tout, y compris de vous-mêmes, et vous gagnerez le ciel. Ce message a été entendu et porté par le petit peuple des campagnes qui n’avait pas grand chose à perdre. Mais il était inadapté aux riches villes d’Asie Mineure et d’Europe qui l’ont donc repoussé. Car ce qui n’est pas recevable n’est pas transmis et tombe dans un oubli de circonstance. Le message radical de Jésus est donc transformé arrivant dans ces villes, et a évolué vers deux directions.
L’une est christologique : ce n’est plus le message qui est porté aux nues, mais le Messager.
L’autre est éthique : ce n’est plus la radicalité de la dépossession qui est prêchée, mais une certaine paix sociale. Les riches doivent soutenir les pauvres et les pauvres doivent en être reconnaissants. L’important, c’est la cohésion sociale qui doit être construite sur la base de l’amour mutuel.
Après sa conversion, Paul fréquente donc, à Damas puis à Antioche, des églises qui connaissent essentiellement de Jésus sa mort et sa résurrection et qui l’ont fait Messie. Il hérite de ces idées ; il les prolonge et en pousse le contenu théologique. Et, s’il ne peut pas se renseigner davantage, c’est tout simplement parce que les églises d’Asie Mineure n’en savent pas tellement plus que lui.
Tout ce qu’il savait de Jésus, il le tenait principalement de la polémique pharisienne dans laquelle il baignait avant sa conversion. Car, pour persécuter les chrétiens avec une telle détermination, il fallait bien avoir des raisons. La principale était probablement la distance qu’avait prise Jésus par rapport à une application stricte de la loi. Il est normal que cette position de Jésus ait été à la fois la raison des persécutions que Paul exerçait et la raison de sa conversion ultérieure. Car l’apôtre a toujours été perturbé par la loi, avant, comme après sa conversion.
On s’entend souvent rétorquer que Paul devait en savoir beaucoup plus sur Jésus que ce qu’il en a écrit, mais il considérait cette connaissance comme peu importante. D’après ce que nous avons vu, cet argument devrait être également étendu à l’ensemble des auteurs de la littérature du premier type, c’est-à-dire aux églises d’Asie Mineure. Mais, si un ensemble de faits est si peu important qu’on n’en parle pas, il tombe forcément dans l’oubli. On ne peut pas transmettre une connaissance dont on ne parle pas. D’ailleurs l’apôtre précise bien lui-même, en Ga 1,16 qu’il n’a rien appris des hommes sur Jésus, mais qu’il a tout reçu par révélation. Une révélation peut apporter quelques idées fortes, comme la libération de la loi et qui explique le peu d’intérêt de Paul pour ce qu’a fait et dit Jésus. Le Messie juif vient changer le monde, dans la gloire du Royaume qui doit survenir. Il ne vient pas faire la morale aux foules rencontrées au hasard de ses déplacements.
On voit donc que l’application du titre de Messie à Jésus est un facteur qui a fait passer au second plan son enseignement.
Il faut noter aussi que, si l’apôtre reprend le schéma logique salvateur des religions à mystères, il le transforme profondément. Car le rituel, très important dans les religions païennes et destiné à frapper les imaginations, est pour lui tout à fait secondaire. Ce qui compte, c’est la transformation intérieure et spirituelle, en vue d’accomplir les œuvres de Dieu. La mort avec le Christ, par le baptème, fait resurgir l’homme nouveau, l’homme spirituel, qui doit vivre pour faire triompher la justice. Il n’y avait rien de tel dans les religions orientales. Paul tire la religion vers son véritable rôle, rendre l’homme meilleur.
Ces deux hommes qui ne se connaissent pas
Le christianisme a hérité de ces deux traditions. Celle, prophétique, qui venait de Jésus, et qui voyait le salut dans la perfection de l’amour du prochain. Elle conduisait à une exigence éthique radicale qui allait jusqu’à demander l’impossible à l’homme. Et puis celle, plus institutionnelle, portée par Paul, qui voyait davantage le salut dans une communion avec la mort du Christ sur la croix et qui insistait sur l’unité de la communauté, corps du Christ. L’Eglise n’aurait sans doute pas tenu longtemps sans la combinaison bienfaisante de ces deux traditions. Car Jésus était peut-être trop révolutionnaire et exigeant pour que son message puisse sortir tout cru de son époque et de son milieu. Et Paul tout seul était trop ignorant de la pensée profonde de Jésus pour pouvoir impressionner pendant de nombreux siècles des générations qui s’éloignaient peu à peu de la logique des mystères. Nous avons donc bénéficié d’une heureuse conjonction. Mais il n’en demeure pas moins que le Jésus authentique est celui des paroles ; et qu’après lui, l’Eglise est partie, avec Paul, sur une christologie qui n’était pas d’origine. Heureusement qu’après l’apôtre nous avons eu les évangiles !
Henri PERSOZ
Une approche chrétienne des autres traditions. John COBB
Les membres des autres traditions religieuses sont devenus des voisins et des amis proches. La manière dont les chrétiens occidentaux les ont perçues, alors qu’ils étaient de l’autre côté de la planète, n’est plus pertinente aujourd’hui. Ce sont de véritables êtres humains, tout aussi vertueux et pêcheurs que nous, tout aussi sages et fous que nous pouvons l’être. . .
De nombreux chrétiens qui reconnaissent cela et cherchent, au-delà des traditions existantes, un point de vue à partir duquel il serait possible de considérer les forces et les faiblesses de chacune. L’histoire des religions et la philosophie de la religion semblent pouvoir fournir de telles visions globales.Elles sont utiles, mais c’est une illusion de penser qu’elles sont totalement neutres et objectives. Aucune pensée ne peut l’être.
Même si les chrétiens devraient apprendre tout ce qu’il est possible de ces recherches académiques, ce dont nous avons besoin n’est pas d’atteindre un but irréalisable de neutralité et d’objectivité. Notre tâche la plus importante et de nous lier, en tant que Chrétiens, aux membres des autres communautés religieuses.
Les chrétiens ont souvent supposé qu’il fallait aimer ceux qui ne sont pas comme eux afin de les convertir. Si nous supposons qu’en dehors d’une telle conversion les autres s’exposent à un «tourment éternel», cette attitude est alors justifiée. Mais l’amour s’exprime d’abord à travers une relation plus personnelle. Nous prenons au sérieux la personne aimée lorsque nous prenons réellement en compte son histoire personnelle.Commencer par écouter cette histoire, nous ouvre à une démarche bien différente de celle qui consiste à enfermer l’autre dans des catégories prédéterminées. Les résultats risquent aussi d’être forts différents. Lorsque nous écoutons, nous apprenons. Lorsque nous apprenons, nous sommes transformés. Nous sommes moins enclins qu’auparavant à condamner les autres de ne pas accepter le christianisme.
Si nous prenons l’autre en considération, nous nous ouvrons à une richesse encore inconnue du christianisme. Peut-être a-t-elle été présente tout le temps, en étant seulement voilée ou négligée. Peut-être s’agit-il de quelque chose de radicalement nouveau. Le fait d’incorporer cette sagesse transforme la foi chrétienne. La première conséquence de l’amour du prochain est donc d’être soi-même transformé.
Ces prochains sont aussi enclins à être eux-mêmes transformés. Il y a tellement de gens qui ont fait l’expérience du christianisme sous la forme d’une pression à la conversion, qu’ils ont du coup développé des défenses contre cette religion. Lorsqu’ils rencontrent le christianisme, non sous la forme d’un prosélytisme agressif mais à travers son expression d’un amour authentiquement humain, ces défenses s’adoucissent et les autres peuvent alors, eux aussi, nous écouter.
Lorsqu’ils écoutent des Chrétiens qui les aiment, ils peuvent comprendre le pouvoir et l’attrait que représente la foi chrétienne. Même s’ils ne se convertissent pas au christianisme, ils peuvent apprendre quelque chose de celui-ci qui les affecte profondément.
Lorsque nous en venons à nous faire mutuellement confiance, en étant tour à tour écouté et écoutant, nous voulons entendre la perspective de l’autre sur sa propre tradition, même si ce regard demeure critique. Nous avons besoin, nous chrétiens, d’apprendre à notre sujet, de tous ceux que nous avons persécutés et tout particulièrement les juifs. Ceci est douloureux mais peut aussi être salutaire. Les autres peuvent peut-être aussi entendre de nous ce que nous considérons comme les limites de leurs propres traditions : leur besoin du Christ.
S’engager dans cette conversation avec nos prochains, n’exige pas que nous adoptions une théorie au sujet des grandes religions de l’humanité. Nous pouvons amorcer la discussion en étant convaincu de la supériorité du christianisme et nous pouvons conclure cette conversation avec la même conviction. Nous pouvons aussi aller vers l’autre en étant submergé par la culpabilité de tout ce qui a pu être commis contre ces autres au nom du Christ.
S’engager dans la conversation exige seulement que nous aimions notre prochain et que nous comprenions que cet amour nous engage à le prendre sérieusement en compte pour ce qu’il est. Cela nous conduit à écouter et à être transformés d’une manière imprévisible. Nous serons différents les uns des autres après ces dialogues. Les différences que nous rencontrons nous poussent à continuer de nous aimer les uns les autres, d’écouter, d’apprendre, et par là-même d’être transformés.
John COBB
à The Morikawa Vision, Août 95Communiqué par Raphaël PICON