Octobre 2001


Éditorial
TERRORISME ET DÉMOCRATIE, Christian Mazel
Nous pensons avec compassion à toutes les victimes innocentes des attentats aux USA, frappées par des démoniaques qui voudraient dominer le monde ou le convertir religieusement. Nous accompagnons tous ces blessés, morts, parents, famille, amis en deuil. Malgré beaucoup de maladresses et des entreprises aux profits sordides, nous devons tant à nos amis américains et au «tout venant» pris pour cible parce que symbole de l’occident chrétien et de la démocratie. Par solidarité « nous sommes américains ».
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Ainsi les scénarios de la science-fiction mis en images par les médias sont passés à l’acte. Les images hallucinantes diffusées à répétition et à satiété sur les écrans, les illustrés ou les jeux vidéo sont-ils des défoulements ou des excitations de l’imagination surtout des esprits  fragiles ou fanatisés? Qu’en serait-il si le terrorisme utilisait les armes du nucléaire et de la biologie?
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Il est un fait : pour leur défense les démocraties sont plus vulnérables et défavorisées par rapport aux dictatures et agences terroristes œuvrant dans le secret. Les démocraties offrent la liberté de circulation, communications, informations et concertations pour les actions.
Mais elles sont encore affaiblies par les intérêts privés, les abus de confiance, le manque de conscience professionnelle et de courage.
Depuis qu’elles existent, les démocraties - on le sait - ne sont viables que dans la « vertu », comme disaient les Grecs. Elles meurent de l’exigence débridée de « droit au bonheur » échevelé et individualisme et du manque de l’esprit de solidarité. Le christianisme est interpellé.
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Après 20 siècles d’existence, de reniements et de dévouements, de déformations et de réformations, le christianisme est-il épuisé ? Mais comment ne pas se souvenir de l’apostrophe de Théodore Monod: «L’Évangile dépassé ? Il n’a jamais été essayé !».
La mondialisation se fait et continuera à se faire. Notre effort porte sur le «comment». L’Évangile est plus nécessaire que jamais.
La paix ne peut être bâtie que par la compréhension politique, mais aussi économique, culturelle et surtout religieuse. Cette dimension est primordiale parce que fondamentale de l’être humain.
Aussi nous croyons à l’avenir du message de Jésus : nous sommes aimés. Et nous devons agir en conséquence de cet amour. Malgré tout, sont inscrits au plus secret de nous-même une présence et un regard. Rappelons cette affirmation musulmane : «Dieu voit la fourmi noire qui sur la pierre noire marche dans la nuit noire».
Dieu voit la fourmi.
Ce regard ne nous abandonne jamais.
 Christian MAZEL
 

JEAN-BAPTISTE ET JÉSUS
«Advint un homme envoyé de Dieu. Son nom était Jean» (Jn 1,6). Cet homme est donc le premier nommé dans l’Évangile, avant Jésus lui-même. Dès le grand Prologue théologique de l’Évangile, ce Jean est en effet posé comme le témoin par excellence de Celui qui vient pour être la lumière du monde (Jn 1,6-8. 15) Et dans le récit d’ouverture, c’est lui qui a la vedette. Mais il n’y est pas présenté en tant que puissant prédicateur d’un baptême de repentance, comme dans les trois autres Évangiles.
Interpellé sur sa propre identité par les représentants des autorités juives, il commence par nier formellement être le christ (Jn 1,20), tout en annonçant en termes voilés la venue d’un plus grand que lui :
«Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas, et dont je ne suis pas digne, moi, de délier la courroie de sa chaussure» (Jn 1,26s).

Le lendemain, Jean va dévoiler quel est cet inconnu, car lui le connait à la suite d’une révélation particulière. Pour l’exprimer, l’évangéliste évoque en le transformant le récit traditionnel du baptême de Jésus. Chez Marc et Matthieu, après son baptême, c’est Jésus qui a vu les cieux ouverts et l’Esprit de Dieu descendre sur lui. Ici, son baptême n’est même pas mentionné, et c’est Jean qui déclare: «J’ai vu l’Esprit, tel une colombe, descendre du ciel et demeurer sur lui » (Jn 1,32). C’est cette vision, rappelée rétrospectivement, qui a convaincu Jean que Jésus est le Fils de Dieu (1,34) et l’a amené à le désigner publiquement, mais sous un autre titre un peu mystérieux: « Il aperçoit Jésus qui vient à lui et il dit : Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde »(Jn 1,29). Curieusement, le narrateur n’indique pas d’où vient ce Jésus, dont c’est la première apparition dans le récit, ni à quel public Jean s’adresse ; l’important à ses yeux est la teneur de ce tout premier témoignage. Pour lui, qui rédige son Evangile bien après la mort de Jésus sur la croix, il n’est pas douteux que ce titre identifie Jésus à l’Agneau de la Pâque. Il fait allusion à cet agneau dont on ne brise pas les jambes en 19,36, citant Ex.12,46.

Mais Jean-Baptiste à ce moment là, ne devait pas songer à une mort sacrificielle. Il devait plutôt se référer à l’image de l’Agneau vainqueur (en fait un jeune bélier, symbole d’un roi puissant!), qui est une de ces figures du Messie à venir dans certaines traditions apocalyptiques ; ce Messie doit supprimer (et non expier) les péchés de son peuple. On sait que l’image en est reprise dans l’Apocalypse du N.T. où apparait l’Agneau immolé, mais qui porte sept cornes et qui est vainqueur du dernier combat contre les rois impies. (Ap.5,6; 17,14).

Le jour suivant, Jean répète ce témoignage, cette fois devant deux de ses disciples. Il accepte de les voir le quitter, car sur sa parole ils vont s’attacher à Jésus (Jn 1,35s): les deux premiers disciples de Jésus ont donc été auparavant disciples du Baptiste. Cet Évangile est le seul à nous l’apprendre. Ses informations originales se poursuivent, lorsqu’il évoque un temps où le ministère de Jean, avant son arrestation, et celui de Jésus, à ses débuts, se sont exercés simultanément. Les disciples de Jean s’inquiètent de cette concurrence et du succès de Jésus (Jn 3,25s). C’est pour leur maître l’occasion d’une réplique émouvante, qui le montre exempt de toute jalousie: « Celui qui a l’épouse est l’époux; quant à l’ami de l’époux qui se tient là et l’écoute, il se réjouit de joie à cause de la voix de l’époux. Telle est la joie qui est mienne en plenitude. Il faut qu’il grandisse, et que moi, je diminue » (Jn 3,29s)
Jean retrouve ici la symbolique conjugale familière aux prophètes. Il voit en Jésus l’époux des noces messianiques dont le temps est proche. Lui sait se contenter du rôle d’ami de l’époux, lui qui a été «envoyé devant lui» (Jn 3,27) pour préparer sa venue. C’est un grand honneur qui le comble de joie et lui permet de s’effacer en sincère humilité.

Sous cette présentation sereine, l’historien peut déceler le signe d’une discrète polémique de l’évangéliste, visant des cercles baptistes qui voyaient en Jean le Messie. Comme toute la tradition évangélique, et même de façon plus appuyée, la tradition «johannique» sur le Baptiste veille à le maintenir dans son rôle de précurseur. Mais c’est un rôle auquel, plus loin, Jésus va rendre hommage. Il rappelera aux chefs juifs: «Vous avez envoyé une délégation auprès de Jean et il a témoigné de la vérité. Il était la lampe qui brûle et qui brille, et vous-mêmes avez voulu vous réjouir une heure à sa lumière» (Jn 5,33.35). Nuançant la dénégation du Prologue («Ce n’était pas lui la lumière», 1,8), Jésus considère qu’en étant son témoin, en témoignant de la vérité, Jean-Baptiste a bien été un porteur de lumière. N’oublions pas qu’au delà du personnage historique, l’évangéliste a voulu faire de ce Jean une figure exemplaire. Comme lui nous sommes appelés à refléter la lumière du Christ, à être ses témoins. Plus encore, selon sa parole, nous pouvons nous aussi nous reconnaître comme ses amis : c’est à ses disciples bien peu dignes de lui que Jésus a accordé ce beau titre, à cette condition : «Vous êtes mes  amis, si vous faites ce que je vous commande» (Jn 15,14). Or son commandement - la «voix de l’époux» qui comble de joie ses amis - se résume en ces mots : «Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés» (Jn 15,12)

Ch. L’Eplattenier

L’UNIQUE ET L’EXCLUSIF
Si je déclare que Jésus-Christ est l’unique objet de ma foi, est-ce que j’exclus en même temps toute autre forme de foi, pour tous les autres habitants de l’univers ? Ou bien est-ce que j’admets que d’autres personnes, croyant en d’autres noms, puissent aussi être au bénéfice d’une religion qui les sauve ? Ma conviction est que l’Évangile a un caractère unique, mais non exclusif. Cette attitude n’est pas suspecte de syncrétisme, c’est à dire de mélange religieux ; elle se fonde sur le respect de l’autre : je ne sais pas tout de lui et je ne peux le condamner simplement parce que je crois avoir raison.
Prenons un exemple simple : l’aéroport de Zurich s’est donné - sans rire - le nom d’ “Unique Airport”. Il n’y a pas d’autre aéroport que Zurich, si l’on croit les tenants de l’équation unique = exclusif. C’est évidemment faux : d’autres aéroports existent, capables de remplir des fonctions semblables en d’autres lieux. Si Zurich est unique, c’est qu’il y a un seul aéroport à Zurich, et un seul aéroport de Zurich au monde. Les autres existent néanmoins, plus ou moins grands, plus ou moins bien situés, plus ou moins sûrs... mais tous sont bel et bien là.
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Le chrétien intégriste tient que Jésus-Christ et l’Évangile sont uniques, donc exclusifs: il n’y a pas d’autre moyen de salut. Le musulman intégriste pense la même chose de Mahomet et de l’islam. Chaque sectateur d’une secte ou d’une religion qui se prétend détentrice unique et exclusive de la vérité a la même attitude. Le dialogue est impossible, le seul chemin est celui de la conversion de l’autre à soi-même, ou de la reddition pure et simple de soi-même à l’autre et à sa vérité. L’intégriste parle à la place de Dieu.
Si l’on pose en revanche que Jésus-Christ et l’Évangile sont uniques, oui, mais non exclusifs, on ouvre une porte au dialogue inter-religieux et à la concorde entre les croyants du monde. Le procès qu’on fait facilement aux partisans de cette position est de réduire la religion chrétienne au rang des autres. Ils allèguent l’apôtre Pierre qui déclare en Actes 4,12: “Il n’y a pas d’autre nom que celui de Jésus-Christ qui ait donné aux hommes pour être sauvés”. Les chefs juifs lui répondent qu’il n’y a que Moïse, et l’avenir est à la guerre ; elle fera de nombreux morts, et la guerre fondée sur des prétextes religieux en fait encore beaucoup trop.
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Le christianisme est unique, mais l’islam, le judaïsme, le bouddhisme le sont aussi. Ni équivalents, ni égaux, mais dignes de respect dès l’instant qu’ils sont la religion d’êtres humains sincères et loyaux. Et surtout pas exclusifs. La différence a trop longtemps provoqué l’exclusion entre les humains, il est temps que cela change.
Une fois admis le principe selon lequel “unique” ne signifie pas “exclusif”, on peut commencer à discuter vraiment et chercher à comprendre l’autre. En sachant que je suis unique, mais que mon existence n’exclut pas celle de l’autre, je deviens quelqu’un et permets à l’autre de le devenir aussi. Il y a un “Je” et un “Tu”, une relation se crée, un “Nous” devient possible - possible aussi une paix dans la recherche de la Vérité.
Jean-François REBEAUD
Le protestant
PROTESTANTISMES “LIBÉRAL” ET “ÉVANGÉLIQUE”
CONVERGENCES
On oppose, le plus souvent, les protestants libéraux et les protestants évangéliques en oubliant, sur plus d’un point, les convergences qui les rapprochent. Les partisans de ces deux familles spirituelles, eux-mêmes, sont loin de se douter de cette assez surprenante proximité. Nous aimerions ici, à titre indicatif et non limitatif, repérer six points importants où il est possible de trouver des concordances fondamentales.

- Libéraux et évangéliques refusent le sacramentalisme et s’accordent pour définir dans la cène une présence spirituelle du Christ et non “réelle” au sens lourdement matérialiste.

- Libéraux et évangéliques manifestent les plus extrêmes réserves en regard de l’œcuménisme officiel ; leur commun refus, très catégorique, du romantisme transforme des réserves en franche opposition. Quand on sait l’importance actuelle de l’œcuménisme dans la vie des Églises, on se doute que ce point d’accord dans un désaccord n’est pas négligeable.

- Libéraux et Évangéliques se méfient des confessions de foi trop facilement abstraites et déclamatoires, voire un peu anonymes et impersonnelles. Vivant, très récemment, un culte dans une communauté évangélique et baptiste, j’ai été surpris de constater que la liturgie dominicale ne comportait pas, ce dimanche-là au moins, de confession de foi.

- Libéraux et évangéliques insistent, dans une perspective finalement très bultmannienne, sur l’importance de l’appel, de l’interpellation, de la décision personnelle et de l’engagement individuel et du croyant.

- Libéraux et évangéliques s’accordent dans un commun respect de la piété. Un certain piétisme les caractérise. Cela est décisif, car la piété est, tout compte fait, plus importante dans la vie des chrétiens que leurs doctrines théologiques.

- Libéraux et évangéliques manifestent, en matière de doctrine concernant l’Église, une très nette tendance au congrégationalisme ; ce dernier s’harmonise très naturellement avec leur exigence de liberté individuelle et même un certain individualisme. Ils manifestent ainsi une grande méfiance face aux institutions ecclésiastiques et partagent une commune insistance  sur la notion, chère aux Réformateurs, d’Église invisible. Cela dit, sans nous arrêter à des points de doctrine toujours difficiles à cerner en quelques mots (Trinité, double nature du Christ, théocentrisme ou christocentrisme, etc...) et qui ne font l’unanimité ni des libéraux ni des évangéliques, il nous semble possible de marquer entre eux une double opposition.

La première est plus théorique que pratique : elle concerne l’analyse biblique ; les évangéliques sont partisans du fondamentalisme, les libéraux en sont les adversaires et se réclament d’une exégése historique et critique. Mais, bien souvent, les uns et les autres se retrouvent en fait dans une lecture assez spontanée de la Bible.

La deuxième, elle, est essentielle et irréductible. Les évangéliques  opposent l’Église et le monde, le christianisme et la culture, la société. Les libéraux, au contraire, vivent et veulent entre ces deux réalités une réconciliation, une possible harmonie réciproquement enrichissante. La frontière est pour les uns ce qui sépare et coupe, pour les autres ce qui rapproche et marque une proximité.

Cela dit, dépris de toutes les modes théologiques qui se multiplient aussi vite qu’elles disparaissent, libéraux et évangéliques restent fidèles à leurs options fondamentales et ils demeurent là où tant d’autres s’évanouissent dans la poussière des siècles. Les chiens aboient, la caravane des libéraux et des évangéliques passe !

Laurent GAGNEBIN (Réédition)


LA FOI ? OUI,
MAIS PAS N’IMPORTE LAQUELLE
 

Visitant la grande mosquée de Paris avec un groupe de jeunes, le gardien, à l’entrée, me demande si nous sommes croyants. Je lui explique que nous appartenons à une Église protestante et que nous ne sommes  pas musulmans. “Les gens du Livre, me répond-il, sont aussi des croyants. Vous avez droit au demi-tarif !”

Dans ma jeunesse j’ai été embarrassé par la question indiscrète: “As-tu la foi ?” De quelle foi s’agissait-il ? Quelle est l’origine de la foi ? J’ai mis un certain temps pour faire la différence entre la foi qui est avant tout confiance et qui est insufflée en nous par l’Esprit lorsque nous sommes à l’écoute de l’Évangile et la croyance, expression humaine et par conséquent discutable de la foi.

Est-ce que je crois en Dieu ? S’il s’agit du Dieu des talibans , du “Dieu avec nous” des boutons des uniformes ou du “nous croyons en Dieu” des billets verts, s’il s’agit du Dieu vengeur assoiffé de sang dont la colère ne peut être apaisée que par le sacrifice de son fils, je m’empresse de dire que je me considère comme résolument athée par rapport à ce Dieu-là. L’Évangile ne m’invite pas pour autant à m’en vanter et à paraphraser la prière du pharisien; “Seigneur, je te remercie de ce que je ne sois pas comme tous ces adeptes d’une orthodoxie absconse, prêts à croire n’importe quoi alors que j’ai trouvé dans un libéralisme bien compris la seule voie authentique”.

Dans l’évangile selon Saint Luc être devant Dieu, c’est être introduit par le Christ dans la familiarité de Dieu au point de pouvoir l’appeler abba, ce qui signifie “papa” en araméen. Même si Jésus de Nazareth est tout simplement le fils de Joseph et de Marie, comme l’a confessé Jean Vallière, le premier martyr de la Réforme française, brûlé vif, au marché aux pourceaux ; à Paris, le 8 août 1523, ou encore s’il est le fils de Marie et d’un soldat romain, selon l’hypothèse, fort peu vraisemblable, il est vrai, des tout premiers détracteurs de la foi chrétienne, cela ne retirerait rien à l’éminente dignité de sa personne et à la véracité de son message.

Nous n’avons nul besoin des longues et emphatiques formules de politesse ni des lourdes constructions dogmatiques qui cherchent à scruter l’état civil de Dieu, comme le disait le pasteur Elie Lauriol. Dieu est la réalité supra-personnelle qui nous donne la vie. Cette réalité peut nous sembler proche ou lointaine car elle est à la foi dans et au-dessus de notre histoire. Si elle transparaît à travers le monde, elle s’y cache parfois aussi. Dieu est celui sur qui nous ne mettons pas la main. Dire qu’il est dans les cieux n’est évidemment pas une localisation géographique.

Dieu nous échappe, mais nous ne lui échappons pas. Il vient à nous en Libérateur. Comme l’ont souvent dit les sages de l’Ancienne Alliance : “Dieu était là et je ne le savais pas”. Son Esprit vivant et vivifiant rend pourtant témoignage à notre esprit que, grâce au ministère de Jésus-Christ, notre frère aîné, nous sommes tous ses enfants adoptifs.

Philippe VASSAUX


RENTRER... EN SOI
Fini le temps des vacances, des loisirs et de l’évasion !
L’heure est aux choses sérieuses : à la reprise du travail,
A la rentrée.
C’est toujours comme si on mettait pied à terre
Après un séjour au pays des rêves.
Peut-être est-ce aussi une bonne occasion
De rentrer en nous-mêmes et de nous demander
Où en est notre relation avec Dieu.
Ce Dieu que nous prions, dont nous chantons la louange,
Ce Dieu que nous retrouvons dans nos Bibles chaque jour,
Et chaque dimanche à l’heure du culte,
Quelle idée nous faisons-nous de lui ?
Éprouvons-nous de la crainte, des sentiments de révolte,
Une confiance aveugle ?
Dieu, dit-on souvent, a créé l’homme à son image,
Mais l’homme le lui a bien rendu !
Dans la Bible même, les images de Dieu sont multiples :
Est-il pour nous l’Éternel Dieu des armées,
Impitoyable pour les vaincus, jaloux, vengeur,
Prompt à punir de génération en génération ?
Le Dieu qui impose les épreuves, les tentations, les souffrances,
Le Dieu terrible du jugement et du Châtiment ?
Ou bien est-il pour nous le Dieu d’amour, de pardon et de grâce,
Celui qui traite avec bonté l’ouvrier de la onzième heure,
Qui se réjouit de retrouver la brebis perdue;
Celui qui tend les bras au fils prodigue
Sans la moindre parole de réprobation ni de jugement ?

Dieu aurait-il changé en passant d’un Testament à l’autre,
En remplaçant l’Ancienne Alliance par la Nouvelle ?
Rendre ainsi Dieu semblable aux hommes, versatile,
Faisant alterner la condamnation et le pardon,
La colère vengeresse et l’inépuisable bonté,
Le châtiment et l’amour,
N’est-ce pas une affreuse caricature de notre foi ?
Et que dire, que penser de cette odieuse image d’un Dieu d’amour
Qui aurait eu besoin, pour pouvoir pardonner aux hommes,
Du sacrifice sanglant d’un innocent, d’un Juste
Qui ne pouvait être que son fils !
Non ! Dieu est amour et pardon ; ce n’est pas lui qui change,
C’est le regard que les hommes dirigent vers lui .

Lorsque Dieu noue avec Israël une alliance sacrée,
Sa loi est uniquement une loi d’amour.
Tous les premiers Livres le répètent:
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout cœur,
De tout ton être, de toute ta force;
Tu aimeras comme toi-même;
Honore ton père et ta mère;
Sois plein de respect pour le vieillard ;
L’étranger ou l’émigré, tu l’aimeras comme toi-même...
Si Dieu a choisi Israël, ce n’était pas pour devenir
Sa propriété exclusive, ni une arme secrète contre ses ennemis.
Vous serez pour moi, leur avait-il dit, entre tous les peuples
Qui m’appartiennent,
Un royaume de prêtres, une nation consacrée à mon service.
Noble mission, pour un peuple libéré de l’esclavage,
Appelé à devenir la lumière du monde et le sel de la terre.
Hélas ! Malgré les avertissements des prophètes,
La nation élue a confisqué à son profit la protection divine,
Et prétendu exclure du Salut les autres peuples.
Elle s’est forgé l’image d’un Dieu des batailles,
Allant jusqu’à lui porter les ordres les plus cruels,
Comme de passer au fil de l’épée tous les ennemis,
Hommes, femmes, viellards et enfants !
Elle a créé une divinité aussi avide de sang qu’un Moloch,
Exigeant des sacrifices d’animaux, et même des sacrifices humains.
Et pourtant, combien de prophètes ont répété
Que Dieu n’aime pas les sacrifices :
“Qu’ai-je à faire de vos sacrifices ?” dit l’Éternel,
Par la voix d’Ésaïe et de Jérémie.
Non ! ce n’est pas Dieu qui impose à Job ses épreuves,
Ni à Jésus ses tentations dans le désert ;
Ce n’est pas lui qui réclame la mort de son fils.
Si Job souffre, c’est parce que la souffrance est dans le monde,
Comme le péché, la tentation et la mort.
Si Jésus est cloué sur la croix,
C’est parce que le péché est dans le monde,
Toujours prêt à écraser la vérité et à faire mourir les justes ;

Dieu n’a pas changé : la Nouvelle Alliance a le même objectif
Que l’Ancienne.
L’Église, corps du Christ, juifs et non-juifs, est pour Dieu
Le nouveau royaume de prêtres, la nouvelle nation
Consacrée à son service.
Et l’Église, c’est nous ! Lumière du monde, Sel de la terre ;
Avec la même tentation de confisquer Dieu pour nous seuls,
Et de faire de lui, jusque dans nos prières,
L’auxiliaire obéissant de nos désirs et de nos ambitions;
Avec aussi la tentation perverse d’exclure les autres,
Les indignes, les hérétiques, les moins-intégristes,
Tous ceux qui ne croient pas comme nous,
De la Table Sainte et du Salut.

Dieu pardonne, il accueille, il est amour.
Rentrons en nous-mêmes pour le redécouvrir;
Avec l’Humilité de celui qui n’a jamais vu Dieu,
Mais qui sait avec assurance que Jésus le lui a fait connaître.
Bonne rentrée, dans la foi en Christ,
Confiants dans l’amour d’un Père bon et miséricordieux,
Immuable d’éternité en éternité.

Paul DEHEUVELS
 

A la sortie du culte
SEIGNEUR, SEIGNEUR
Il y a longtemps que j’avais envie de le faire. Ce matin, je m’y suis décidé, et, au cours du culte, j’ai compté le nombre de fois où durant la liturgie, les cantiques et la prédication, on a utilisé le mot “Seigneur”. Je suis arrivé au total de 34 emplois, et je ne suis pas sûr de ne pas en avoir oublié. Je me suis demandé combien de fois j’entends ce même mot en dehors de l’Église. J’ai l’impression (mais je peux me tromper) que ce n’est pas plus d’une quinzaine de fois par année (et encore que je fréquente des historiens et des textes anciens).

Je n’aime pas beaucoup ce terme de “Seigneur” qui évoque la féodalité et la servitude.
Il date d’une époque et d’une culture qui ne sont plus les nôtres. Comment fait-il percevoir Dieu en dehors de nos communautés ? J’ai bien peur qu’il en donne une image bien archaïque et tyrannique. Je reconnais certes la souveraineté de Dieu et l’autorité du Christ sur ma vie, mais pour en parler, je préfère dire que le Christ est mon guide et  mon inspirateur et que Dieu est mon Père, plutôt que les appeler “Seigneur”.

De toutes manières, Jésus nous le dit : ce ne sont pas ceux qui lui disent à tout bout de champ “Seigneur Seigneur”  qui appartiennent au Royaume, mais ceux qui font la volonté du Père céleste (Matthieu, 7/21)

André GOUNELLE



 
PRENDRE LE TEMPS DU DEUIL...
POUR ENRACINER L’ESPÉRANCE
 
Si l’on croit gérer ses affaires au tempo du supersonique, le cheminement du deuil se fait toujours au pas.

L’ensevelissement de Martin Luther King s’était fait au rythme des mules qui tiraient un cercueil monté sur la vieille carriole du temps de l’esclavage. C’est à pied qu’il faut labourer les sillons intérieurs des questions, des révoltes, des apaisements.

A une époque marquée par l’équation “le temps, c’est de l’argent”, la cascade des deuils escamotés risque de coûter cher.

Nombre de dépressions, de problèmes relationnels, de déchirement familiaux ou de replis sur soi-même sont dus à cette précipitation : la société moderne supporte mal des gens qui s’arrêtent pour pleurer, qui prennent du recul pour réfléchir, qui demandent une pause pour se reprendre. On préfère tirer au maximum sur la corde, quitte à provoquer des ruptures tragiques ou des fuites dans la maladie ou le travail.

Les mois qu’il faut pour faire grandir l’embryon jusqu’à la naissance, il les faut aussi aux futurs parents pour se préparer à l’arrivée d’un être neuf.

A l’autre bout de la vie, on ne se sépare pas en un clin d’oeil de ceux à qui nous étions attachés, avec qui nous avons pu partager amour et haine, reconnaissance et indifférence, reproche ou admiration.

Temps qu’il faut se donner, mais aussi accorder à l’autre. On ne fait pas naître un poussin en brisant la coquille de l’extérieur : il faut attendre qu’il ait fait son travail lui-même. Rien ne sert de reprocher à l’autre son chagrin, il le vivra d’autant mieux qu’on le lui accorde.
... la peine acceptée dans la durée permet d’enraciner l’espérance qui transforme la mort en vie.

Claude SCHWAB
 

COMMENT SONT NÉES LES FÊTES
DE TOUSSAINT JOUR DES MORTS ?
Chaque 1er novembre, l’Église catholique célèbre dans l’allégresse la mémoire de tous les saints connus et inconnus. C’est la fête de la Toussaint, de l’ancien français : “Feste de toz sainz”. Le lendemain, 2 novembre, est consacré à la fête des Morts, avec laquelle on confond parfois la Toussaint.

La fête de la Toussaint existait déjà en Orient comme commémoration de tous les martyrs de la Foi. Longtemps, elle fut célébrée aux alentours de Pâques ou Pentecôte. Au Vème siècle, en Syrie : c’était le vendredi de Pâques ; à Rome : le dimanche après la Pentecôte.
Ce lien avec Pâques et la Pentecôte donne le sens originel de la fête :”célébrer la victoire du Christ dans la vie de beaucoup d’hommes et de femmes”.

Cependant, le pape Boniface IV va déplacer une première fois la date de cette fête. Le 25 août 608, ce moine bénédictin, originaire des Abruzzes, était nommé évêque de Rome (608-615). A l’occasion de son sacre, il reçut un présent de choix de l’empereur : le Panthéon. Ce temple circulaire, coiffé d’une impressionnante coupole était à Rome l’œuvre monumentale de l’époque  impériale. Il avait été construit en 27 avant Jésus-Christ par Agrippa en l’honneur de tous les dieux et dédié aux septs divinités planétaires. Boniface décida aussitôt de le convertir en église, suivant la pratique des premiers siècles qui consistait à transformer en lieux chrétiens, les lieux de culte païen. En 610, il consacra l’édifice à “Sainte Marie des Martyrs” en mémoire de tous ceux qui avaient versé leur sang pour témoigner du Dieu unique. Le pape voulant ainsi honorer la foule des martyrs, dont il avait fait transférer les ossements tirés des catacombes.

Le 13 mai, jour anniversaire de la dédicace de l’église, devint la “Fête de tous les martyrs, de tous les saints et Marie”. La date avait été soigneusement choisie. En effet, elle correspondait aux célébrations dans le calendrier romain des jours de mai (9, 11, 13) des “Lemuria” où l’on sacrifiait au culte des ancêtres pour se prémunir  des lémures ou larves : les âmes des défunts non satisfaits. Mais cette tradition funéraire ne s’étendait pas à l’ensemble de l’empire.

Dans les pays celtiques, c’est le 1er novembre que l’on célébrait tous les disparus des familles avec la fameuse fête des “Samain”. C’était une fête de joie que cette fête des morts qui correspondait aussi au Nouvel An. Le but essentiel de la fête était de rétablir le contact entre la communauté des morts et celle des vivants. Les tertres où vivaient les morts étaient entrouverts pour leur permettre de revenir sur terre. Banquets, festins rituels et débauches visaient à rétablir l’ordre cosmique renversé par la disparition d’un proche ou d’un soldat tombé sur les champs de bataille.

C’est pourquoi, l’empereur Louis Ier le Pieux, institua en 835 une Toussaint au 1er novembre dans l’espoir de couper court aux rituels peu chrétiens pratiqués en cette période de l’année. L’enjeu était de substituer la commémoration de tous les saints, ancêtres virtuels de tous les fidèles, au culte des morts familiers, pratiqué à cette période dans une grande partie du monde occidental.

Pour unifier ces pratiques discordantes, le pape Grégoire III fixa la fête de la Toussaint définitivement au 1er novembre. Il dédicaça en ce jour une chapelle de la Basilique Saint-Pierre en l’honneur de tous les saints.

Vain espoir, car le culte des morts, au 1er novembre, profondément  enraciné dans les coutumes populaires, se poursuivit comme si de rien n’était.
Au Xème siècle, Odilon abbé de Cluny, conseiller du pape et des princes, mais aussi fin diplomate, ordonna la célébration d’une messe solennelle le 2 novembre, “pour tous  les morts qui dorment en Christ”. Cette fête des Morts, née en France, fut progressivement adoptée dans toute la chrétienté occidentale.........

La fête de tous, car chacun est appelé à la sainteté de tous les jours qui consiste à être simplement évangélique. La conscience chrétienne d’aujourd’hui reconnaît dans cette fête la portée et la valeur des gestes quotidiens, le poids de chaque vie humaine si cachée soit-elle et l’honneur que mérite le plus humble chrétien.

“Libre Pensée chrétienne”

Enquête sur l’apôtre Paul (Rectificatif)
Dans l’article “Enquête sur l’Apôtre Paul” d’Henri Persoz, paru dans le cahier 210 (numéro de septembre 2001, n°147), une page a été “sautée”. La continuité de 2 paragraphes a été rompue et l’intellligibilité du texte a été perturbée. Nous réTablissons le texte complet de ces 2 paragraphes : “Deux périodes chez Paul” et “Comment l’évangile de la croix peut-il se transmettre, amputé de celui de la parole ?”.

Deux périodes chez Paul

Après sa conversion, Paul fréquente donc, à Damas puis à Antioche, des églises qui connaissent essentiellement de Jésus sa mort et sa résurrection et qui l’ont fait Messie. Il hérite de ces idées ; il les prolonge et en pousse le contenu théologique. Et, s’il ne peut pas se renseigner davantage, c’est tout simplement parce que les églises d’Asie Mineure n’en savent pas tellement plus que lui. Tout ce qu’il savait de Jésus, il le tenait principalement de la polémique pharisienne dans laquelle il baignait avant sa conversion. Car, pour persécuter les chrétiens avec une telle détermination, il fallait bien avoir des raisons. La principale était probablement la distance qu’avait prise Jésus par rapport à une application stricte de la loi. Il est normal que cette position de Jésus ait été à la fois la raison des persécutions que Paul exerçait et la raison de sa conversion ultérieure. Car l’apôtre a toujours été perturbé par la loi, avant, comme après sa conversion.

On s’entend souvent rétorquer que Paul devait en savoir beaucoup plus sur Jésus que ce qu’il en a écrit, mais il considérait cette connaissance comme peu importante. D’après ce que nous avons vu, cet argument devrait être également étendu à l’ensemble des auteurs de la littérature du premier type, c’est-à-dire aux églises d’Asie Mineure. Mais, si un ensemble de faits est si peu important qu’on n’en parle pas, il tombe forcément dans l’oubli. On ne peut pas transmettre une connaissance dont on ne parle pas. D’ailleurs l’apôtre précise bien lui-même, en Ga 1, 16 qu’il n’a rien appris des hommes sur Jésus, mais qu’il a tout reçu par révélation. Une révélation peut apporter quelques idées fortes, comme la libération de la loi et le salut par la grâce qui s’en suit. Mais elle ne peut pas raconter dans le détail les paraboles, le sermon sur la montagne et les nombreuses rencontres de Jésus avec le peuple juif. Donc Paul se forge une théologie qui n’a pas besoin de s’appuyer sur la connaissance du Jésus de l’histoire, mais plonge ses racines dans sa propre culture, juive et grecque.

Cependant les paroles de Jésus ont leur propre force interne et elles pénètrent quand même en Asie Mineure et ailleurs, lentement, difficilement et ponctuellement. On peut situer cette pénétration vers les années 50, soit une vingtaine d’années après la conversion de Paul. C’est aussi le moment où l’apôtre commence à écrire. On voit bien, dans ses lettres, son opposition à ces super-apôtres qui prêchent un autre Jésus que le sien (II Co 11,4) et qui sont ennemis de la croix du Christ (Ph 3,18) ; non pas ennemis du Christ, mais ennemis de sa croix. Il s’agit sans doute d’émissaires judaïsants venus dans les églises que Paul avait créées, mais après son passage. Selon toute vraisemblance, ils parlent du Jésus d’avant Pâques que Paul ne veut pas connaître. Ils évoquent largement l’enseignement et les paroles de Jésus et Paul s’oppose assez violemment à eux parce qu’ils perturbent son propre enseignement qui faisait complètement l’économie de ces paroles.

On rétorquera que Paul était passé plusieurs fois à Jérusalem et qu’il aurait dû y apprendre des choses sur Jésus. Selon ses lettres, le premier voyage avait pour but de faire la connaissance de Pierre et de Jacques (Ga 1,18). Il ne dit pas que c’était pour mieux connaître Jésus. Les Actes (9,26-29) disent bien que Paul cherchait à s’agréger aux disciples, mais que ceux-ci cherchaient plutôt à le faire périr. Cette atmosphère de méfiance réciproque ne favorisait certainement pas les longues conversations rappelant les discours de Jésus. Quant au deuxième passage de Paul à Jérusalem, pour le fameux concile destiné à discuter de la possibilité de permettre aux païens de ne pas suivre la loi, il se situe vers les années 50. Nous sommes donc au début de la deuxième période et l’apôtre ne s’intéressait plus au Jésus historique.Il n’en avait plus besoin, d’autant moins que les paroles rapportées s’opposaient parfois à sa propre pensée. Par exemple les évangiles établissent très nettement une relation entre l’éthique personnelle et le salut.

Comment l’évangile de la croix peut-il se transmettre, amputé de celui de la parole ?
On doit se demander, en effet, comment le culte de Jésus-Messie peut se répandre, dans ce christianisme hellénisé, sans rien dire des raisons historiques qui ont conduit ses partisans à le vénérer. Si Jésus a été déclaré Messie et Sauveur, c’est bien en raison de ce qu’ont été sa vie, son enseignement et ses manifestations concrètes d’amour du prochain. Comment peut-on donc lui attribuer ces titres sans dire un mot de ce qu’a été cette vie ?
Pour bien comprendre ce paradoxe, il faut se rappeler que l’apôtre s’adressait essentiellement à des gens venus du paganisme et celui-ci était dominé par les cultes à mystères. Ces cultes, divers et variés, d’origines orientales, étaient d’assez redoutables concurrents du judéo-christianisme et le sont restés pendant plusieurs siècles. Ils promettaient tous le salut individuel par une communion sacramentaire avec le dieu dont on célébrait chaque année la mort et la résurrection. L’adepte était invité, au cours d’une cérémonie spéciale et assez traumatisante, à mourir, puis à ressusciter avec son dieu. Et il gagnait ainsi la vie éternelle pour toujours.

Paul s’oppose à ces religions païennes, mais il en emprunte la logique, pour bien se faire comprendre et sans doute aussi pour bien se comprendre lui-même. Pour ses auditeurs et ses lecteurs, l’important, c’est cette mort-résurrection du dieu à laquelle ils peuvent s’identifier.

Notons toutefois que pour Paul, qui reste juif et continue à faire la synthèse entre l’hellénisme et le judaïsme, Jésus n’est jamais Dieu, mais Messie, envoyé de Dieu.Le Messie juif, comme le dieu des religions orientales, vient pour sauver.Il ne vient pas pour raconter des paraboles ou s’occuper des laissés pour compte. Nous avons là une raison supplémentaire et qui explique le peu d’intérêt de Paul pour ce qu’a fait et dit Jésus. Le Messie juif vient changer le monde, dans la gloire du Royaume qui doit survenir.Il ne vient pas faire la morale aux foules rencontrées au hasard de ses déplacements. On voit donc que l’application du titre de Messie à Jésus est un facteur qui a fait passer au second plan son enseignement.
Il faut noter aussi que, si l’apôtre reprend le schéma logique salvateur des religions à mystères, il le transforme profondément. Car le rituel, très important dans les religions païennes et destiné à frapper les imaginations, est pour lui tout à fait secondaire. Ce qui compte, c’est la transformation intérieure et spirituelle, en vue d’accomplir les œuvres de Dieu. La mort avec le Christ, par le  baptème, fait resurgir l’homme nouveau, l’homme spirituel, qui doit vivre pour faire triompher la justice. Il n’y avait rien de tel dans les religions orientales. Paul tire la religion vers son véritable rôle, rendre l’homme meilleur. (La suite de l’article a paru dans le cahier précédent).

Henri PERSOZ
cet article est le résumé d’un livre : “Enquête sur Paul et Jésus”
qui paraîtra en octobre aux Editions du foyer de l’Ame”

SOUVENIRS DES TEMPS DE LA REFORMATION
 
Emile Michel Braekman est président de la Société Royale d’Histoire du Protestantisme Belge.Inspecteur honoraire de l’enseignement officiel, cet historien est docteur en Sciences Religieuses (Paris) Il vient d’écrire un livre -dont nous avons rendu compte- “Le Protestantisme Belge au XVI° siècle” édité par La Cause. A l’occasion de la Fêtede la Réformation nous donnons cet extrait de ses travaux.

EXÉCUTION DES PREMIERS MARTYRS DE LA RÉFORME
E.M. BRAEKMAN
 

Lors de son avènement, Charles-Quint avait trouvé aux Pays-Bas l’inquisition épiscopale et les tribunaux des officialités, mais ces organismes lui parurent insuffisants pour enrayer la progression des divers groupes évangéliques. En effet, il n’y avait à cette époque que cinq diocèses, dont les territoires s’étendaient sur la Belgique : Arras, Cambrai, Liège, Tournai et Thérouanne.
L’empereur décida de créer de toute pièces une Inquisition d’Etat, qu’on a qualifiée d’”inquisition espagnole”, à tort, car elle était encore plus terrifiante ! L’inquisiteur impérial avait des pouvoirs étendus : citer, arrêter et emprisonner les suspects, les soumettre à la torture, -la question ordinaire par l’eau, le feu ou la corde, et pour les plus endurcis la question extraordinaire, -saisir leurs biens, puis les livrer au bras séculier s’ils étaient passibles d’une peine capitale.
Ce nouveau système pénal reposait sur une distinction essentielle : le crime d’hérésie, que seul l’autorité ecclésiastique avait le droit de juger, le crime de contravention aux édits en matière d’hérésie, qui devait être examiné par les magistrats provinciaux ou locaux.
Dès 1522, Charles-Quint nommait inquisiteur général aux Pays-Bas un laïc, membre du conseil du Brabant, François Vander Hulst, mais pour sauvegarder les droits de l’Eglise romaine le pape Adrien VI, par dérogation exceptionnelle au droit canon, produisit une nouvelle nomination. Ce choix était peu heureux, car deux ans plus tard François Vander Hulst dut être révoqué pour faux en écritures.
La première affaire que traita l’inquisiteur impérial et papal, le procès des moines augustins d’Anvers, se termina tragiquement par l’exécution par le feu des deux premiers martyrs de la Réforme. Comme les vicaires généraux de l’évêque de Cambrai s’inquiétaient de cette propagation des idées luthériennes, ils demandèrent que l’inquisiteur François Vander Hulst soit chargé de poursuivre les moines.
Le 5 décembre 1521, le prieur Jacques Praepositus était convoqué à Bruxelles par l’inquisiteur général. Il s’y rendit sans méfiance et fut incarcéré. Il refusait de se soumettre, lorsqu’une lettre compromettante, interceptée par le gardien, révéla la vanité de ses dénégations. Le 25 janvier 1522, il finit par avouer et le dimanche 9 février, en l’église Sainte-Gudule à Bruxelles, il dut faire acte d’abjuration.
A la suite de l’incarcération de Jacques Praepositus, les moines du couvent d’Anvers avaient élu un nouveau prieur : Lambert Thoren. Sous sa direction, ils continuèrent à prêcher l’Evangile et se référèrent ouvertement à Martin Luther et à sa doctrine. Au mois de juin 1522, Vander Hulst fit arrêter tous les augustins, qui furent conduits au château de Vilvorde et incarcérés. Le mois suivant ils purent retourner à Anvers après avoir abjuré, sauf trois d’entre eux qui refusèrent : le prieur Lambert Thoren et les frères Henri Voes et Jean Van Esschen. Ils furent alors conduits à Bruxelles et attendirent dans un cachot que leur procès soit instruit.
Le 1er juillet 1523 la répression contre les augustins d’Anvers atteignit son point culminant. Le matin sur la Grand Place de Bruxelles, les trois irréductibles furent dégradés de la prêtrise.Henri Voes avait été amené le premier et un témoin raconte : “Je ne pouvais à cause de la foule entendre le prédicateur ; aussi ne cessais-je de fixer l’accusé. Pourquoi dissimulerais-je ce qui est la vérité ? Son visage tranquille et serein trahissait, non une sorte de mépris de la mort, mais plutôt une réserve une douceur profonde. Il paraissait extraordinairement attentif. Lorsqu’il recevait l’ordre d’accomplir tel ou tel acte, c’était étrange, comme il s’en acquittait avec promptitude et décision.On m’a dit qu’il voulait être obéissant jusqu’à la mort”.
Ensuite, on amena les deux autres Jean Van Esschen et le prieur Lambert Thoren et le témoin poursuit : La barbe leur était crue en prison, sans qu’ils eussent pu lui donner aucun soin ; en sorte que leur visage était loin d’avoir l’air agréable de celui de Voes ; toutefois, on pouvait y apercevoir une expression de constance et d’allégresse”.
L’après-midi, au même  endroit, les deux moines furent brûlés vifs, le prieur avait demandé un nouveau délai de réflexion.pendant que les flammes montaient, un des deux s’écria : “Il me semble voir des roses répandues” [Mich geduncktt man strewe mir rosen under], puis ils chantèrent le Te Deum et récitèrent le Symbole des Apôtres. L’un d’eux tomba alors sur ses genoux, la corde qui l’attachait au poteau d’exécution ayant brûlé, et il cria : “Seigneur Jésus, fils de David, aie pitié de nous”. Le supplice dura quatre heures !
Ce ne fut qu’à la fin du mois de juillet, que Martin Luther eut la certitude que ses deux frères avaient été brûlés. Profondément ému, ainsi que le rapporte Jean-Jacques Kessler, il se serait exclamé : “je pensais que je serais le premier, qui pour la cause de ce saint Evangile, serait martyrisé, mais je n’en était pas digne !”. Il écrivit alors un résumé de l’interrogatoire des deux moines suivi d’un commentaire, puis, au mois d’août il rédigea une lettre ouverte Aux chrétiens des Pays-Bas [Eyn brieff an die Christen ym Niderland] et composa son premier choral Un beau Chant des deux Martyrs de Christ, brûlés à Bruxelles par les sophistes de Louvain [Eyn Hübsch Lyed vcon denn zweyen Marterern Christi, zu Brüssel von den Sophisten zeu Löven verbrandt] :

Un nouveau chant nous entonnons,
Que notre aide soit au Seigneur !
Ce qu’il a fait nous chanterons
A sa gloire et à son honneur.
A Bruxelles, dans les Pays-Bas,
Au moyen de deux jeunes gens,
Il révéla sa puissance
Merveilleuse, en les décorant
Richement de ses plus beaux dons.

Le nom du premier était Jean,
Riche de la grâce de Dieu.
Henri, son frère par l’Esprit,
Etait sans fraude un vrai chrétien.
De ce monde étant séparés,
Ils sont la couronne gagné.
Comme de vrais enfants de Dieu
Ils sont morts pour sa Parole,
Dont ils ont été les martyrs.

Quant au prieur Lambert Thoren, après sa dégradation, il fut ramené en prison à la Steenpoort et “condempné à pain et a eaue”. Martin Luther put encore lui faire parvenir une lettre d’encouragement le 19 janvier 1524, dans laquelle il lui transmettait les salutations de Jacques Praepositus et des autres moines augustins, qui avaient pu se réfugier à Wittenberg. Lambert Thoren mourut dans son cachot en septembre 1528 sans s’être rétracté et fut enterré sous la potence à Forest.

E.M. Braekman



FACE A LA CRUAUTÉ DU MONDE
Un critique de films posait récemment, depuis le Festival de Venise, cette question: “Que peut, que doit le Cinéma face à la souffrance, l’injustice, la cruauté ?” (Le Monde 6/9/01). Il redoutait un “renfermement du Cinéma sur lui-même comme réplique à la glaciation du monde”. Nous connaissons ces replis cinématographiques sur l’intimisme, le maniérisme, la bêtise ou l’ennui. Mais Dieu merci il y a encore de bons films en cette fin d’année, qui n’hésitent pas précisément à dénoncer ces menaces de glaciation. Notre journaliste cite l’Emploi du Temps où Laurent Cantet fustige avec sa fine maîtrise l’injustice sociale.On pourrait citer aussi No man’s Land où Danis Tanovic condamne la haine ethnique avec un humour décapant ou encore La Chambre des officiers où François Dupeyron accuse les blessures de la guerre avec tendresse. Car le procès du Mal ne se décline pas forcémment à travers l’invective, la violence, la noirceur et la laideur.

Un éclatant exemple de cette thèse me parait être fourni par le film qu’a distingué cette année le Jury œcuménique du festival de Cannes (dont je n’ai jamais prétendu être le Président mais que je défends) : KANDAHAR*. Éclatant de couleurs et de grands espaces pour stigmatiser le pays le plus glacé et le plus verrouillé qui soit au monde : l’Afghanistan. Dans cette prison maudite des femmes interdites, une femme entre clandestinement. J’ai envie d’écrire La Femme. Elle s’appelle Nafas ce qui semble correspondre au terme hébreu nephesh de Genèse 1/30 qui signifie respiration, souffle de vie, âme. Elle respire effectivement la beauté, la liberté, la vie, la féminité. Son projet est de pouvoir apporter à sa sœur aux bords du suicide des paroles d’espérance. Elle côtoie, dans un décor de carte postale, l’étouffement d’un peuple. On peut s’étonner que les dunes qu’elle traverse soient si douces ou que ces femmes afghanes qui se rendent à un mariage forment un cortège si pictural et coloré.

Mais la  seule vengeance de ces fantômes n’est-elle pas de pouvoir rêver à travers leur grille de cette douceur et de donner parfois au linceul qui recouvre leur visage les couleurs de la fête ? N’est-ce pas ce qu’a voulu nous dire Mohsen Makhmalbaf ? On peut également regretter cette étonnante chorégraphie très mise-en-scène d’unijambistes, victimes de mines anti-personnel courant après des béquilles tombées du ciel, mais n’est-ce pas pour stigmatiser le côté tragique et grotesque de cette aide internationale ? Nafas, heureusement, rencontrera un étrange médecin américain venu chercher là un Dieu exigeant pour n’y découvrir que l’hypocrisie et l’absurdité des hommes. Mais elle échouera dans son projet. Si ce personnage représente à lui seul une “parabole d’espérance” comme le déclarait le communiqué du Jury, le film lui, est désespéré, qui s’ouvre et ferme symboliquement sur une éclipse du soleil, ce soleil qui est refusé à la femme afghane ensevelie dans sa nuit. Par  l’insolente beauté de ses images, Kandahar est un inconfortable réquisitoire contre ce que Mahkmalbaf décrit lui-même dans un livre à paraître comme “Un pays sans image”.

On peut évidemment s’inquiéter du fait que des chrétiens aient décerné un prix à ce beau cri de rage impuissante. Mais ne peut-on pas parfois, au nom de l’Évangile du Christ crucifié, crier notre refus, sans apporter obligatoirement une consolation ?

Jean DOMON
 


Textes liturgiques
 
ÉLARGIS NOTRE PRIÈRE

De nos pensées et de nos mots, de nos gestes et de nos silences montent le cri des hommes et la détresse et la bonté, et aussi les murmures des voix que l’on oublie.

Quand la joie des commencements s’effrite sur la route, quand le courage nous manque pour des marches nouvelles, Seigneur Dieu, fais-nous espérer sans retour, et aller aussi loin qu’entraîne ton amour. Élargis l’espace de nos vies pour être tes témoins. Élargis notre prière aux dimensions du monde.

Nous te demandons d’avoir un cœur assez désintéressé de lui-même pour que beaucoup puissent y trouver leur place.

NE M’OUBLIE PAS SUR LE TARD

Seigneur, si j’atteinds l’âge de la vieillesse,
ne m’abandonne pas à ma faiblesse,
ne méprise pas mes cheveux blancs !
Ne perds pas celui qui s’en va,
n’affaisse pas celui qui est voûté,
n’abaisse pas celui qui est humilié.
N’accable pas celui qui titube,
qu’il ne demeure pas sans soin celui qui souffre.
Que la barque de mon âme ne soit pas agitée, que la longue attente ne détruise pas l’espérance,
que la mémoire de l’intelligence ne soit pas ôtée !
Voilà ce que je t’implore, ô très Compatissant :
ne m’oublie pas sur le tard.
C’est toi qui m’as guidé et m’as sauvé;
tire-moi de même, ô Seigneur,
des doutes et des perplexités dont j’ai peur.

Grégoire de Narck (944-1010)
Communiqué par le pasteur Hugé, Tournai

CONFESSION DE FOI

- Je crois en Dieu
parce que Dieu nous a créé à son image et parce qu’Il a placé sa confiance en nous.
- Je crois en Dieu
parce qu’Il est le Dieu fidèle malgré nos abandons et nos trahisons,
parce qu’Il est le Dieu de la paix malgré nos violences et nos guerres.
- Je crois en Dieu
parce qu’Il est Dieu de la Justice malgré nos égoïsmes,
parce qu’Il s’exprime dans la tendresse, l’accueil, la joie, le partage.
- Je crois en Dieu qui s’est dit par les prophètes et que le Christ a révélé.
- Je crois en ce Dieu d’amour qui me parle d’un Royaume de  fraternité riche de diversité, d’émotion, d’espérance et de liberté qui communique son Esprit.
- Je crois en Dieu
fort de sa faiblesse, proche du monde, qui nous accompagne dans nos peines et nous appelle à la vie.
- Je crois en Dieu
A son message dans l’Écriture, à son action dans notre monde, aux signes de sa présence. Amen

Vincens HUBAC

JE DÉDIE CE POÊME À CEUX QUI ONT SOUFFERT

à tous ceux qui sont nés sans qu’on les ait voulus
à tous ceux qui ont grandi dans un foyer éteint
à tous ceux qui ont frappé des portes verrouillées
à tous ceux qui s’embarquent sans un regard d’ami
à tous ceux qui ont ramé des naufrages sans fin
à tous ceux qui ont semé sans espoir de moisson
à tous ceux qui ont aimé sans entendre un écho
à tous ceux qui ont porté le poids d’un lourd secret
à tous ceux qui se sont tus au mépris des souffrances
à tous ceux qui ont souffert par manque de paroles
à tous ceux qui sans paroles ont su donner leur vie
à tous ceux qui ont vécu sans laisser une trace
à tous ceux-là et à bien d’autres, je dis : «SALUT !»

Henri LINDEGAARD

LA LIBERTÉ

La liberté n’est pas un résultat.
Elle est une tension,
un vouloir, un devenir,
une création permanente.
On n’est jamais libre :
on se libère.
La liberté fait de nous
des hommes de combat :
des échecs, des victoires,
de grands élans généreux,
d’immenses lassitudes ;
tantôt des cris de joie
et tantôt des sanglots.

Jacques Leclercq

L’AUTRE

Une vie sans l’autre est une vie morte.
Une vie avec l’autre est une vie heureuse.
Vivre, c’est vivre avec l’autre.
Impossible d’éviter d’entendre ces mots :
“Tu aimeras ton prochain comme toi-même.”

Le prochain me côtoie, de près ou de loin.
Quand je feins de ne pas le voir, il me fixe.
Il est là, il reçoit les échos de ma vie.
Cela n’est que le retentissement de :
“Tu aimeras ton prochain comme toi-même.”

Et comme il (elle) est là, et que je le sais,
Je demande à Jésus de me le (la) faire connaître.
Faire que sa vie devienne aussi ma préoccupation.
Ainsi, je réponds à ce mot d’ordre :
“Tu aimeras ton prochain comme toi-même.”

Y-a-t-il un riche ? Y-a-t-il un pauvre ?
Nous sommes tous riches et pauvres à la fois.
Il n’y a de richesses que dans la mise en commun de nos richesses et de nos pauvretés.
Voilà comment nous expérimentons le :
“Tu aimeras ton prochain comme toi-même.”

Joseph SITA (missions)

ÉDUCATION ET ÉDUCATEURS

L’éducation est une chose tout à fait admirable, mais il est bon de se rappeler de temps en temps que rien de ce qui mérite d’être su, ne s’enseigne.
Oscar WILDE
Au bout de la route, il n’y a pas la route,
 mais le terme du pèlerinage.
Au bout de l’ascension, il n’y a pas l’ascension,
mais le sommet.
Au bout de la nuit, il n’y a pas la nuit, mais l’aurore.
Au bout de l’hiver, il n’y a pas l’hiver,
mais le printemps.
Au bout de la mort, il n’y a pas la mort, mais la vie.
Au bout du désespoir, il n’y a pas le désespoir,
mais l’espérance.
Au bout de l’humanité, il n’y a pas l’homme,
 mais  Dieu.

 Joseph FOLLIET