Toutefois, dans l’entourage du Roi, on est de plus en plus convaincu de l’urgence des réformes à apporter à l’Eglise et on envisage de suivre une voie moyenne entre un catholicisme figé dans son attachement au passé et ce qui, vu de l’autre côté de la Manche, apparaît comme le désordre de la Réforme sur le continent.
La promotion de la Bible apparaît comme une première étape.En 1535, le Roi autorise l’impression en Angleterre d’une traduction anglaise de la Bible réalisée sur le continent par Coverdale. En 1536, ordre est donné aux paroisses de se procurer des Bibles à la fois en latin et en anglais et de les placer dans le choeur de l’église paroissiale pour que tous puissent les voir et les lire.
Edouard VI, fils d’Henri, succède à son père en 1574 et pendant six ans, jusqu’à sa mort en 1553, l’Angleterre s’ouvre pleinement à la Réforme continentale mais sans que la continuité de l’Eglise établie soit remise en question.Sous son règne, s’élaborent les premières éditions du Book of Common Prayer, recueil liturgique pour la célébration de l’ensemble des offices et sacrements.L’archevêque de Canterbury, Thomas Cranmer, responsable majeur de ce travail, veut rendre la liturgie au peuple ; dans ce but, il la rédige en anglais et procède à la simplification radicale du nombre et du contenu des offices.Il abolit la messe privée et la piété anglicane s’ébauche en une piété fermement basée sur le psautier et la Bible plutôt que sur le sacrement.L’eucharistie d’une manière générale, n’est célébrée qu’une fois par mois.Cranmer maintient l’exercice et l’appellation dans trois ministères traditionnels du diacre, du prêtre et de l’évêque.
Calvin suit ce travail réformateur pour lequel il prodigue encouragements et conseils sans contester le maintien de la structure épiscopale anglaise.
Edoaurd 1er meurt en 1553. Marie Tudor lui succède et réinstitue l’autorité de la papauté sur l’Eglise d’Angleterre.Les tenants de la réforme s’enfuient ou sont persécutés.Thomas Cranmer est brulé comme hérétique.
C’est lors du règne d’Elizabeth Ière que l’Eglise d’Angleterre reçoit son orientation définitive.La Reine reprend la politique religieuse suivie par son père Henri VIII et son frère Edouard VI en privilégiant une réforme modérée.En 1571 sont promulgués les Trente-neuf Articles de Religion, courte affirmations dogmatiques touchant des points controversés au sein de l’Eglise d’Angleterre pour la situer face au Catholicisme romain, l’Orthodoxie, le Calvinisme et l’Anabaptisme.
En 1642, la controverse religieuse entre tenants du maintien de la structure épiscopale et puritains prend la dimension d’une guerre civile entre le Parlement en majorité presbytérien et le Roi Charles Ier qui ne l’est pas du tout.
C’est le combat des “têtes rondes” contre les “cavaliers”.
Le Parlement décide de prendre en main la réforme de l’Eglise et convoque en 1643 une assemblée pour la réaliser avec l’appui de l’armée écossaise de conviction presbytérienne.Les troupes du Parlement l’emportent sur celles du Roi. L’archevêque de Cantorbury est exécuté et Charles 1er décapité en 1649. Les évêques sont déposés et le presbytérisme est institué dans l’Eglise d’Angleterre.
La monarchie est restaurée en 1660. Charles II (1630-1685) confirme les choix faits un siècle plus tôt.
En 1688, après que Jacques II (1633-1701) ait été chassé pour catholicisme, Guillaume d’Orange et son épouse Marie (bonne protestante bien que la fille de Jacques II) accèdent au trône et une décision du Parlement contraint les évêques et les prêtes à prêter allégeance aux nouveaux souverains.Certains s’y refusent par fidélité au serment prêté à Jacques II, ce sont les “Nonjurors”...
Le gouvernement de l’Eglise des deux provinces de Canterbury et York
s’est progressivement organisé au cours du Moyen-Age.Chacune est
dirigée par une “Convocation” qui compte deux Chambres, la “Haute”
où siègent les évêques, la “Basse” pour le reste
du clergé.
Une fois passés les moments agités des XVIe et XVII siècles,
les Convocations ont été d’autant moins actives qu’en 1717,
le Roi, à qui il appartient de les convoquer, décide qu’elles
ne se réuniront plus. Il faut attendre 1919 pour que s’ouvre une
perspective de gouvernement de l’Eglise d’Angleterre par elle-même.
En 1969, une nouvelle loi établit le système synodal
dont le sommet est le “Synode général” composé de
trois chambres (Evêques-prêtres et laïcs) dont les pouvoirs
en 1974 sont étendus au point de décider l’accession des
femmes aux ministères de diacre (1985) puis de prêtre (1993).
Extrait de l’étude sur La Communion Anglicane de J.-P. M.
Encadré documentaire d’”Une Histoire des Protestants de France”,
Marianne Carbonnier-Burkard et Patrick Carbonnel
Cf Chronique des livres p.11