Cette “triple alliance” (avec Dieu, avec son prochain et avec soi-même) a aujourd’hui une grande actualité.Il me semble que le christianisme a parfois insisté sur l’amour du prochain, en le définissant comme un abandon radical, en oubliant qu’il existe aussi l’amour de soi. Certaines de nos liturgies, pas si anciennes, contenaient par exemple l’affirmation que nous sommes des “misérables vers de terre, incapables par nous-mêmes de faire le bien”. Il est difficile, dans ces conditions, d’avoir une image positive de soi ! Inversement, notre société sait mettre en valeur l’amour de soi, parfois au détriment de celui des autres.Du “dépassement de soi” en sautant d’un pont les pieds accrochés par un élastique à la pratique de plus en plus courante des sports individuels et autres cosmétiques de la vie, tout est fait pour faire de moi un roi sans royaume, un empereur sur une îles déserte.
Comment alors trouver, retrouver, un équilibre entre amour de
soi et amour du prochain ?Sachons déjà écouter ce
que nous en disent les psychologues, sans croire que la foi chrétienne
nous dispenserait d’une étude approfondie de nos comportements humains.Or,
au-delà des questions d’écoles, il semble bien que la psychologie
nous montre qu’amour de soi et amour des autres sont indissociables.Pour
aller à la rencontre de l’autre, il me faut une image suffisamment
positive de moi-même. Et c’est précisément la rencontre
avec l’autre qui me permet de construire cette image de moi-même.
L’autre m’est indispensable comme je suis indispensable à l’autre.Construire
une identité humaine est affaire de rencontres.Je ne ressemble pas
à une cellule en éprouvette stérile, je suis relié
au monde.
A cette dialectique “moi/autre”, la foi ajoute un troisième pôle : Dieu. Cela me permet de renforcer la saveur des rencontres humaines.En effet, voir en tout être humain l‘un de ses nécessaires congénères, c’est bien, mais y voir une image de Dieu, n’est-ce pas encore plus “valorisant” ?Cela donne aussi un sens à la notion de création. L’être humain est la chose la plux complxe que nous puissions (pour l‘instant...) observer.La Bible affirme le rôle particulier attribué à l’être humain : il est la clef de voûte du projet de création. Mais il n’est pas seul : dans les deux récits de la Genèse, il est homme et femme.Autrement dit, loin d’affirmer la vacuité de la nature humaine, la foi biblique donne de la consistance à l’existence humaine. Au-delà de ses fragilités, parfois détournées en défauts, c’est bien l’humain qui est au coeur d’une compréhension spirituelle du monde.
Certes, l’homme n’est pas parfait ! Mais cette imperfection nous fait
trop facilement conclure à une culpabilité permanente.Le
péché serait notre lot quotidien et, pire encore, selon la
doctrine (non biblique !) du péché originel1, notre prix
à payer pour la faute de nos ancêtres.Nos mères et
nos grand-mères ne nous auraient laissé comme seul héritage
que la trace indélébile d’une impureté inexorable.On
est ici à mille lieues de la haute considération dans laquelle
Jésus tient tout être humain, homme ou femme, juif ou grec,
homme libre ou esclave, bien portant ou malade.Jésus a fait le choix
de la valeur humaine ; le chrétien doit, me semble-t-il, suivre
cette trace.
Jean-Marie de Bourgueney
Extrait de Christianismes pour aujourd’hui”
cf page 11
1. Il aurait été intéressant pour un psychanalyste
de recevoir sur son divan Saint-Augustin, “inventeur” de la doctrine du
péché originel.Sans doute avait-il des comptes à régler
avec les femmes pour en faire les “transmetteuses” du péché
originel. Le problème est qu’on l’a cru !
Le 24ème prix du Jury oecuménique est attribué
à “Mia oeoniotita ke mia mera” (L’Eternité et un jour) de
Théo Angelepoulos (Grèce)
Ce film, d’une écriture poétique qui révèle
la profondeur de l’existence, autorise une pluralité d’interprétations
et ouvre sur un horizon symbolique très riche.Théo Angelopoulos
nous donne à voir et à comprendre la souffrance des hommes,
la lucidité sur l’histoire personnelle et collective, et la difficulté
de la création artistique engagée et engageante.
Nous invitons le spectateur à se laisser déplacer par
l’inattendu de la rencontre, la tendresse partagée et l’acceptation
de l’épreuve de vérité.