Pour compendre le conflit irlandais, il faut remonter au XIIe siècle.Histoire nationale et guerres religieuses sont intimement liées.
Le seul pape anglais de l’histoire, Hadrien IV autorise Henri II Plantagenat,
roi d’Angleterre (1154-1189), à pénétrer en Irlande
pour y affirmer son autorité, dans ce pays dévasté
par les luttes intestines des seigneurs.
Puis au XVIe s., les Irlandais refusent de reconnaître Henri
VIII comme roi après sa rupture avec le pape de Rome et la supression
des ordres monastiques.
Sous le règne des Tudor, Marie Tudor (1553-1558) puis Elisabeth
Ier (1558-1603), de nombreux anglo-saxons s’installent en Irlande.
Une date marquante est toujours commémorée chaque année
par une “marche” triomphale des “Orangistes”. Cette manifestation très
importante est l’objet chaque année dans les quartiers catholiques
de heurts : le 1er juillet 1690. Ce jour-là, Guillaume III d’Orange
remporte, sur les rives de la Boyne, la victoire sur Jacques II : victoire
de la révolution de 1688 sur les Jacobins catholiques qui voulaient
rétablir la royauté Stuart sur le trône d’Angleterre.
C.M.
En août 1649, les troupes de choc de Cromwell débarquent et opèrent le massacre des catholiques à Drogheda et Wexford.En 1652, les hommes d’armes de la Confédération rejoignent la France et l’espagne pour reprendre leur métier de mercenaire.Des civils furent déportés en Amérique.
Une nouvelle classe de possédants s’instaure : les “Cromwelliens” qui ne résident pas sur leurs terres.
A la mort de Cromwell en 1658, l’Irlande est ruinée et dépeuplée.Les catholiques ne possèdent plus que 25 % des terres et essentiellement celles de l’Ouest, les plus mauvaises.
1660 : Restauration des Stuart et renouveau d’espoir en Irlande.
1662 : Les catholiques peuvent redemander la restitution d’un tiers
des terres.
Ormonde, qui avait été député en 1647,
retrouve son poste et gouverne avec une extrême prudence.Il défendit
l’Irlande contre les affairistes de la City qui considéraient l’Irlande
comme une colonie d’outremer.Il ne peut s’opposer au bloquage de la navigation
de cabotage qui permettait l’exportation de produits agricoles vers l’Angleterre
(Extension à l’Irlande des Navigation Acts).
1685 : Avènement de Jacques II, les Irlandais reprennent confiance.
En effet, Jacques II ouvre la fonction publique aux catholiques.Le
Lord Lieutenant est un catholique : Richard Talbot comte de Tyrconnel.
Durant les guerres anglo-hollandaises, les Stuart pouvaient compter
sur l’appui de la France contre les Provinces Unies.
Malgré la paix de Nimégue et la trêve de Ratisbonne,
la tension allait reprendre en Europe : la Révolution de l’Edit
de Nantes en 1685 et l’annonce du retour de l’Angleterre au catholicisme.Ces
faits joints à la question de la succession d’Espagne et aux affaires
allemandes entraînent la constitution de la Ligue d’Augsbourg (contre
Louis XVI), rejointe par les Provinces Unies dont le Staathouder est Guillaume
d’Orange.
En 1688, la France déclare la guerre à cette coalition,
au moment où les Anglais décident de se débarrasser
des Stuart, et font appel à Guillaume d’Orange, époux de
Marie et neveu de Charles II par sa mère.
C’est le début de la “Glorieuse Révolution”. Guillaume débarque en Angleterre et Jacques Iui fuit vers la France où il constitue le parti jacobite”
Et voilà le moment où interviennent les fugitifs de la
Révocation de l’Edit de Nantes.
L’Irlande va devenir l’enjeu stratégique de la lutte entre la
France qui soutient Jacques II et les puissances maritimes protestantes.
Richard Talbot avait naturellement refusé de reconnaître la légitimité de Guillaume III d’Orange.
Louis XIV décide une attaque pour le printemps 1689. Jacques II débarque à Kinsale sous l’acclamation des catholiques.Tandis que la flotte française rentre à Brest, Jacques II en avril 1689 entre à Dublin.
La mer étant libre, les troupes orangistes sous le commandement de Schomberg débarquent en Irlande.En juillet 1690, les deux armées s’affrontent sur les rives de la Boyne non loin de Drogheda.L’armée de Guillaume renforcée par de nombreux émigrés écrase les troupes jacobistes. Jacques II fuit en France, abandonnant ses partisans irlandais qui résistent à Limerick jusqu’en octobre 1691. Certains d’entre eux s’engageront dans l’armée française et prendront leur revanche à la bataille de Fontenoy (la situation traîna jusqu’au traité de Ryswick en 1697 qui dévoile la puissance navale de l’Angleterre).
Malgré le traité de Limerick (1691) qui garantissait les
droits concédés par Charles II, les catholiques sont exclus
du Parlement de Dublin jusqu’en 1829. En 1703, les catholiques ne possèdent
plus qu’un septième du sol (certaines terres furent concédées
aux vétérans orangistes).
Si les Huguenots ont apporté des industries nouvelles, elles
n’ont pas profité sur le moment au peuple irlandais ; l’Angleterre
se réservait l’importation de laine qu’elle frappait de lourdes
taxes comme d’autres industries (tissage, verrerie) afin de ne pas concurrencer
le marché de la métropole.
Il y eut alors consensus dans le mécontentement, aussi bien chez les Irlandais catholiques que chez les émigrés protestants.La question religieuse fait de plus en plus place à la question économique et sociale bientôt nationale.
Philippe Clerisse
Les “Le Fanu de Cresserons”
Ed. Le Mondragon
(Elisabeth André) cf p??