VERS LA PAIX RELIGIEUSE EN Irlande
Après 30 ans de conflits sanglants, le vendredi saint (10 avril 1998), un accord de paix a été signé à Belfast.C’est le plus grand bouleversement sur l’île depuis la partition de 1921 : l’Ulster (9 comtés du Nord) et la République d’Irlande.Avec une large majorité, le référendum populaire du 22 mai, a confirmé, dans les 2 parties de l’Ile, cet accord historique.
L’ensemble des Irlandais donne chance ainsi à une mise en commun de l’avenir du pays avec l’aide de la Grande Bretagne et des Etats-Unis.

Pour compendre le conflit irlandais, il faut remonter au XIIe siècle.Histoire nationale et guerres religieuses sont intimement liées.

Le seul pape anglais de l’histoire, Hadrien IV autorise Henri II Plantagenat, roi d’Angleterre (1154-1189), à pénétrer en Irlande pour y affirmer son autorité, dans ce pays dévasté par les luttes intestines des seigneurs.
Puis au XVIe s., les Irlandais refusent de reconnaître Henri VIII comme roi après sa rupture avec le pape de Rome et la supression des ordres monastiques.
Sous le règne des Tudor, Marie Tudor (1553-1558) puis Elisabeth Ier (1558-1603), de nombreux anglo-saxons s’installent en Irlande.
Une date marquante est toujours commémorée chaque année par une “marche” triomphale des “Orangistes”. Cette manifestation très importante est l’objet chaque année dans les quartiers catholiques de heurts : le 1er juillet 1690. Ce jour-là, Guillaume III d’Orange remporte, sur les rives de la Boyne, la victoire sur Jacques II : victoire de la révolution de 1688 sur les Jacobins catholiques qui voulaient rétablir la royauté Stuart sur le trône d’Angleterre.

C.M.
 
 
 

Le protestantisme et l’histoire de l’Irlande
A la fin du XVIe siècle, colonisation massive de l’Ulster par les Ecossais et les colons du Yorkshire. (Plantations). Ils militent pour le presbytérianisme et l’anglicanisme.
En 1591, Elisabeth fonde Trinity College à Dublin qui est fermé aux gaëliques et catholiques.
En 1604, politique d’apaisement malgré l’opposition de Jacques Usher, archevêque anglican de Armagh.Elle ne tient pas longtemps et Thomas Wentworth, Lord-Député de 1633 à 1640, applique une politique de rigueur qui amène une certaine prospérité économique mais aussi une non moins certaines intransigeance en matière de religion.L’Irlande se révolte ; elle a pour chef militaire un ancien mercenaire du Roi d’Espagne : Owen Roe O’Neill qui rappela les mercenaires qui travaillaient sur le continent.L’Irlande devenue Confédération de Kilkenny constitue son gouvernement avant de plier sous la domination de Cromwell.

En août 1649, les troupes de choc de Cromwell débarquent et opèrent le massacre des catholiques à Drogheda et Wexford.En 1652, les hommes d’armes de la Confédération rejoignent la France et l’espagne pour reprendre leur métier de mercenaire.Des civils furent déportés en Amérique.

Une nouvelle classe de possédants s’instaure : les “Cromwelliens” qui ne résident pas sur leurs terres.

A la mort de Cromwell en 1658, l’Irlande est ruinée et dépeuplée.Les catholiques ne possèdent plus que 25 % des terres et essentiellement celles de l’Ouest, les plus mauvaises.

1660 : Restauration des Stuart et renouveau d’espoir en Irlande.
1662 : Les catholiques peuvent redemander la restitution d’un tiers des terres.
Ormonde, qui avait été député en 1647, retrouve son poste et gouverne avec une extrême prudence.Il défendit l’Irlande contre les affairistes de la City qui considéraient l’Irlande comme une colonie d’outremer.Il ne peut s’opposer au bloquage de la navigation de cabotage qui permettait l’exportation de produits agricoles vers l’Angleterre (Extension à l’Irlande des Navigation Acts).
1685 : Avènement de Jacques II, les Irlandais reprennent confiance.
En effet, Jacques II ouvre la fonction publique aux catholiques.Le Lord Lieutenant est un catholique : Richard Talbot comte de Tyrconnel.
Durant les guerres anglo-hollandaises, les Stuart pouvaient compter sur l’appui de la France contre les Provinces Unies.
Malgré la paix de Nimégue et la trêve de Ratisbonne, la tension allait reprendre en Europe : la Révolution de l’Edit de Nantes en 1685 et l’annonce du retour de l’Angleterre au catholicisme.Ces faits joints à la question de la succession d’Espagne et aux affaires allemandes entraînent la constitution de la Ligue d’Augsbourg (contre Louis XVI), rejointe par les Provinces Unies dont le Staathouder est Guillaume d’Orange.
En 1688, la France déclare la guerre à cette coalition, au moment où les Anglais décident de se débarrasser des Stuart, et font appel à Guillaume d’Orange, époux de Marie et neveu de Charles II par sa mère.

C’est le début de la “Glorieuse Révolution”. Guillaume débarque en Angleterre et Jacques Iui fuit vers la France où il constitue le parti jacobite”

Et voilà le moment où interviennent les fugitifs de la Révocation de l’Edit de Nantes.
L’Irlande va devenir l’enjeu stratégique de la lutte entre la France qui soutient Jacques II et les puissances maritimes protestantes.

Richard Talbot avait naturellement refusé de reconnaître la légitimité  de Guillaume III d’Orange.

Louis XIV décide une attaque pour le printemps 1689. Jacques II débarque à Kinsale sous l’acclamation des catholiques.Tandis que la flotte française rentre à Brest, Jacques II en avril 1689 entre à Dublin.

La mer étant libre, les troupes orangistes sous le commandement de Schomberg débarquent en Irlande.En juillet 1690, les deux armées s’affrontent sur les rives de la Boyne non loin de Drogheda.L’armée de Guillaume renforcée par de nombreux émigrés écrase les troupes jacobistes. Jacques II fuit en France, abandonnant ses partisans irlandais qui résistent à Limerick jusqu’en octobre 1691. Certains d’entre eux s’engageront dans l’armée française et prendront leur revanche à la bataille de Fontenoy (la situation traîna jusqu’au traité de Ryswick en 1697 qui dévoile la puissance navale de l’Angleterre).

Malgré le traité de Limerick (1691) qui garantissait les droits concédés par Charles II, les catholiques sont exclus du Parlement de Dublin jusqu’en 1829. En 1703, les catholiques ne possèdent plus qu’un septième du sol (certaines terres furent concédées aux vétérans orangistes).
Si les Huguenots ont apporté des industries nouvelles, elles n’ont pas profité sur le moment au peuple irlandais ; l’Angleterre se réservait l’importation de laine qu’elle frappait de lourdes taxes comme d’autres industries (tissage, verrerie) afin de ne pas concurrencer le marché de la métropole.

Il y eut alors consensus dans le mécontentement, aussi bien chez les Irlandais catholiques que chez les émigrés protestants.La question religieuse fait de plus en plus place à la question économique et sociale bientôt nationale.

Philippe Clerisse
Les “Le Fanu de Cresserons”
Ed. Le Mondragon
(Elisabeth André) cf p??