LES CINQ SUBSTANTIFS LES PLUS USITES
De temps à autres, nos journaux contiennent d’intéressantes petites notes.L’un d’eux demandait récemment à ses lecteurs. “Savez-vous quels sont les cinq substantifs le plus usités de la langue française?”. La liste de ces cinq mots comme l’ordre d’importance qu’ils ont les uns par rapport aux autres sont révélateurs de ce que nous pensons et même de ce que nous sommes.Ne nous disons-nous pas, en effet, dans les choix inconscients de notre langage ? cette liste s’offre comme une occasion bienvenue de réfléchir à notre identité et de se redire que le christianisme possède peut-être toujours une certaine pertinence !
 

Une liste surprenante

Essayez donc d’établir intuitivement cette liste ou demandez à des amis de le faire ! Je suis persuadé qu’apparaîtront d’abord des mots comme argent, guerre, voiture, santé, maison, sport ou encore plaisir...Au grand jamais, n’obtiendrez-vous la liste des cinq substantifs suivants placés dans l’ordre décroissant de leur fréquence d’utilisation : homme, jour, chose, temps et vie ! Cette liste appelle quelques remarques.
 

Ne plus craindre les abstractions !

Qui aurait tout d’abord imaginé que nous pensions dans les catégoriees aussi abstraites ?Cette liste nous montre que nous possédons un pouvori d’abstraction beaucoup plus considérable que nous ne le croyons habituellement.Cessons donc de nous compliquer la vie en exigeant de nous-mêmes ou d’autrui une réflexion à partir d’un seul concret, donc du particulier et du divers si difficiles à saisir dans leurs réalités plénières ! Certes, il ne s’agit pas de se complaire et de planer dans les abtsractions, de jouer avec les concepts déconnectés de toute réalité d’expérience.Que notre pensée ose pourtant opérer un va-et-vient incessant entre concret et abstrait, entre particulier et général, entre analyse et synthèse ! Oui, notre langage le plus quotidien nous incite à cesser de faire trop de complexe face à une prédication, une conférence, un livre qui osent de temps à autre travailler de manière quelque peu abstraite.
 

Avoir du temps pour vivre

Ma deuxième remaraque est pour mettre en évidence l’importance du temps et du vivant dans cette liste.Seul le mot “chose” échappe à cette caractérisation.Par contre, homme et vie, jour et temps sont signes de fluidité, de mouvement, d’animation...Alors que nous avons l’habitude, depuis E. Kant au moins, de considérer le temps et l’espace comme les deux a priori de notre perception de toute réalité, voilà que seul le temps est présent dans cette liste des cinq substantifs les plus importants pour notre aperception du monde.Nous est ainsi rappelé que nous sommes fondamentalement des êtres historiques, qui sommes pris entre un début et une fin, qui évoluons, qui subissons l’usure des jours sans cesse répétés et sans possible interruption...
N’est-ce pas précisément ce que l’on met tant d’ardeur à nier ? Notre civilisation ne fait-elle pas tout pour abolir les outrages du temps, pour effacer les rides, éviter tout ce qu’elle qualifie de temps mort, pour parquer les viellards, ces symboles de notre vieillissement ?Et voilà que notre vocabulaire vient nous relancer à la figure que nous sommes des êtres d’abord temporels !
 

Le vital contre l’inerte

Avec cette importance accordée à notre temporalité, va de pair le poids que prend, dans nos mots, la vie.Alors que nous vivons dans une société que l’on dit matérialiste, alors que la technique qui nous permet de consommer de l’inerte prend une importance énorme dans nos existences, voilà que la vie est au coeur de nos conversations ! Notre monde ambiant et le monde intérieur qui se dit dans notre langage ne collent décidément pas ! Nous avons une peine folle à être de notre temps nous qui désespérement cherchons à conquérir l’espace.Nos aspirations profondes ne sont certainement pas celles auxquelles tente de répondre notre monde technisé...
 

Un vocabulaire existentialiste

Avec cet argent mis sur la vie et la temporalité, notre langage nous décentre de notre essentiel attachement aux choses et nous recentre sur l’importance que devrait posséder la compréhension que nous avons de nous-mêmes. Cet accent nous empêche de prendre les êtres pour des réalités objectivables et chosifiables. Nos mots nous indiquent que nous n’avons décidément pas envie de nous laisser réduire à des unités quantifiables, qui peuvent seulement entrer dans des statistiques, dont les traits individuels peuvent être gommés ou nivelés... Notre vocabulaire nous rappelle ainsi l’importance qu’il y a pour nous à être une personne ou encore une existence, un être qui toujours sort de soi (ek-siste), qui toujours est mouvement vers...
 

La pertinence du christianisme

Il y a ainsi, dans la fréquence de nos mots, l’indice que le christianisme a toujours quelque chose d’essentiel à affirmer face aux préoccupations des francophones. “Voici l’homme”, “à chaque jour suffit sa peine”, “toute choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu”, “il y a un temps pour tout”, “je suis le chemin de la vérité et la vie” : autant d’expressions bibliques me traversent l’esprit qui montrent que le christianisme peut toujours avoir prise sur ce qui nous tient le plus à coeur !
 

Jean-Denis KRAEGE
“Le Protestant”