les articles d'Évangile et Liberté de septembre 1998 

 
    Vertus du point d'interrogation Pierre Starenbordt
    Pauvres Riches, Claudette Marquet
    Sainte cène, symbolique et Nouvel Age, Vincens Hubac
    Évangile et Liberté sur Internet, Roland Kauffmann

Vertus du point d’interrogation

On se souvient du film de Pier Pablo Pasolini : "L'Evangile selon Saint-Matthieu" (1964). Il montrait un Jésus arpentant campagnes, plaines et collines, fulminant contre les pharisiens, annonçant dans les ruines la venue du Royaume. Il est vrai que dans la version originale la langue italienne atténuait un peu cette véhémence.
Certes, Jésus a eu de ces déclarations foudroyantes. Mais Pasolini a laissé de côté, ou méconnu, tout un aspect de l'Evangile, qui est dialogue, basé sur une méthode de questions et de réponses. Est-ce parce qu'il était d'origine catholique, et que dans son église, c'est l'autorité qui affirme la vérité dernière, et décrète d'en haut ce qui est vrai ? S'il avait été d'origine protestante, ou juive, aurait-il tracé de Jésus un autre portrait ?
Il est évident que le point d'interrogation n'existait pas à l'époque où les évangiles ont été rédigés. N'empêche que nous pouvons les lire comme une belle collection de questions. Selon ces écrits, tout le monde en pose, les disciples, les autres, et, bien sûr Jésus.
Quelques exemples de ce questionnement, pêle-mêle : "Lequel est le plus aisé, de dire au paralytique : tes pèchés sont pardonnés, ou de dire : Lève toi et marche ?  Pourquoi mange-t-il avec les publicains et les gens de mauvaise vie ? Les amis de l'époux peuvent-ils jeûner pendant que l'époux est avec eux ? N'avez-vous jamais lu ce que fit David ? Est-il permis, le jour du sabbat...? Comment Satan peut-il chasser Satan ? Que sert-il à l'homme de gagner le monde entier ? Qui est ma mère et qui sont mes frères ? Pourquoi avez-vous ainsi peur ? Quel est ton nom ? Veux-tu être sauvé ? Pourquoi tes disciples ne suivent pas la tradition des anciens ? Où ira-t-il, que nous ne le trouverons-pas ? Pourquoi est-il écrit du Fils de l'Homme qu'il doit souffrir beaucoup et être méprisé ? Liste non limitative...
L'un des exemples les plus significatifs est la question posée par Jésus lui-même à ses disciples. "Qui dites-vous que je suis ?" (Marc8,29). Elle est si importante que l'évangile de Marc la place exactement au milieu de son texte, comme une charnière, ou un pivot. Elle aboutit à une multiplicité de réponses, d'interprétations, voire à des divergences : il est Jean-Baptiste ressuscité, Elie ou l'un des prophétes revenu en vie, ou bien le Messie qui doit venir. Une autre interprétation est fournie par Jésus lui-même : il est le Fils de l'Homme, dont le destin est de "monter" à Jérusalem, pour y être rejeté, souffrir, être exécuté et ressusciter.
Quand on analyse les situations rapportées par l'Evangile, on se rend d'ailleurs compte que c'est à partir de ces questions que l'affaire avance et se joue. C'est à partir d'elles que la vérité se fait jour. Car le prophéte est celui qui inquiète et questionne. L'important n'est pas tellement la réponse que la question.
Mais l'Evangile contient aussi un autre genre d'interrogation. Ainsi, la fin de Matthieu constate à propos de la résurrection : "Quelques uns eurent des doutes" (Matthieu. 28,17). Même des disciples ont douté du fait de la résurrection. Ce doute fait partie de la réflexion du groupe des disciples - et donc de l'histoire de l'Eglise.
A propos de ce même thème, la foi en la résurrection du Christ, cette démarche est développée dans le fameux épisode de Thomas (Jean 20, 19-31) : c'est à partir du doute, des questions posées, du témoignage et du dialogue que vient la foi. Loin d'exclure le doute, la foi le présuppose. Il fait partie du cheminement nécessaire, sans honte ni culpabilité.
Foi et doute ne sont pas deux contraires, ce sont deux faces de la même pièce, l'avers et le revers. Il ne s'agit pas d'un manque de certitude. C'est le refus de se figer en une seule interprétation, valable pour tous et pour tous les siècles et qui, pire encore, serait donnée de manière infaillible par une autorité religieuse. C'est l'encouragement à la réflexion et à la recherche personnelles, qui transforme en même temps le lecteur, en lui faisant découvrir de nouvelles possibilités.
Dans cette perspective, il est très intéressant de lire aussi le récit de Pierre qui ne peut marcher sur les eaux (Matthieu 14, 28-33). Alors qu'il doute et s'enfonce dans le lac, il confesse sa foi, en appelant Jésus "Seigneur" : "Seigneur, sauve-moi !" Et c'est alors que Pierre doute que Jésus lui tend effectivement la main pour le sauver. Dans la même perspective aussi, on connaît la forte parole, si paradoxale, du père de l'enfant malade, s'adressant à Jésus : "Je crois, viens au secours de mon incrédulité." (Marc 9,24).
Une remarque s'impose. On a opposé longtemps les certitudes de la raison au pari de la foi. Or le questionnement caractérise aussi la méthode scientifique. Les savants n'avancent pas vers "la" vérité absolue et dernière. Le progrès des machines, de ce qu'elles apportent et montrent de données renforce même cette méthode de penser par le questionnement et la perpétuelle mise en question des hypothéses. Une humilité parfois surprenante se révèle alors chez les scientifiques. Ainsi, à propos de l'origine de l'univers et de celle de la vie, il n'y a que certains théologiens qui ont des certitudes dernières et entières sur la Création du monde et son déroulement. Les scientifiques sont beaucoup plus prudents, sachant que le progrès n'amène pas une certitude dernière et entière, mais une nouvelle manière de voir, de nouvelles données, de nouvelles hypothéses.
Comme le disait le biologiste Jean Rostand : "Devant tant de gens qui savent, j'ai de plus en plus envie de ne pas savoir." (Carnets d'un biologiste). Il a aussi écrit : "On n'est pas vieux tant que l'on cherche".
Pierre Stabenbordt
Billet d'humeur de Claudette MARQUET

PAUVRES RICHES

Il faut de l'argent pour vivre et non pas vivre pour l'argent : cette maxime, façon Molière, me paraît relever de la juste appréciation des choses de la vie, soutenue par un parfum évangélique.
Je ne pense pas qu'il faille devenir pauvre pour être honnête disciple de Jésus-Christ (sauf exception et donc, vocation particulière), ni que les riches doivent être considérés en tant que tels, comme des individus inaptes au témoignage évangélique.
C'est donc tranquillement, avec bonne conscience et un zest de voyeurisme, que j'ai suivi quelques émissions de la série "Saga" sur TF1. "Saga", l'émission consacrée aux riches, aux super-riches, aux hyper-riches de notre planète.
Et sur le Rocher de Monaco comme à Buenos-Aires, à New York comme à Miami, à Tokyo comme à Johannesburg, sur la côte d'Azur comme à Londres, le téléspectateur et même la téléspectatrice, ont la joie de se croire, l'espace d'une émission, les invités des hyper-riches de ce monde.
Châteaux, bateaux, restos, casinos, torpédos, tableaux, rien ne vous échappe de ce qui fait la vie quotidienne et laborieuse de cette réelle "Jet Society".
La première émission, je l'avoue, m'a quelque peu éblouie. Non parceque j'aurais aimé posséder des comptes en banque sur toutes les îles à paradis fiscal et arriver à mon bureau de la rue de Clichy à Paris en Rolls Royce blanche avec chauffeur. Mais parce que la vie de château, la vie de rêve, la vie facile, ce serait finalement une bonne chose pour tout le monde.
Or nous le savons, il n'y a de si grandes richesses que parce qu'il y a , en contrepartie exacte, beaucoup de pauvreté, même si, en tant que personnes, les milliardaires sélectionnés par TF1 sont probablement honnêtes et travailleurs.
Ce n'est pourtant pas sur le terrain de la théorie marxiste que je veux vous entraîner. En fait, j'ai constaté que l'étalage de trop de richesses et de facilités matérielles a provoqué chez moi une sorte d'overdose.
Au bout de la troisième émission, je commençais à être lassée de voir toujours la même chose : maisons, châteaux luxueux, tableaux de maître, robes et costumes de haute-couture, dîners de gala, inaugurations en tout genre, et ces éternels déplacements en avion, en voiture ou en yacht pour aller signer un contrat à Rio, rencontrer les responsables de ses sociétés à New-York, repartir passer quelques rares heures en famille.
Trois petits plongeons dans l'inévitable piscine et puis s'en vont, emportés par le tourbillon de la vie.
L'impression première est que l'on a à faire à des individus de l'espèce humaine. L'impression seconde est que ce sont des humains entièrement soumis aux impératifs de l'avoir et du paraître. Toute leur vie est guidée par des exigences extérieures : le protocole rigide ou les lois du management. Qui sait, la femme ou l'homme qui vit à leur côté est là par amour désintéressé, par ambition mercantile ou par instinct de classe. Ils engendrent des enfants qui ne mourront sûrement pas de faim ni de froid, mais suivront, pour le meilleur ou le pire, des traces délimitées par d'autres.
Pauvres riches ! Ils n'ont même plus le temps de prendre le temps de vivre.
Il se pourrait bien que ce soit parmi ces hyper-riches que se lèvent, un jour ou l'autre, des François d'Assise, des mères Thérésa et des Gandhi...
Claudette MARQUET

SAINTE CENE, SYMBOLIQUE ET NOUVEL AGE

Associer Sainte Cène et Nouvel Age peut sembler à beaucoup de lecteurs un non-sens. Si la Sainte Cène, préfiguration du Royaume, partage et rappel du repas du Seigneur, est depuis toujours inscrite au coeur de nos pratiques cultuelles, le Nouvel Age, quant à lui, porte en son sein une idée de gnose nous rappelant que ce mot définit une pensée jugée comme hérétique par l'Eglise. Aujourd'hui, le Nouvel Age est critiqué parfois très sévèrement, surtout par ceux qui n'en perçoivent que les exagérations que nous transmettent les médias ; il est apprécié, au moins en partie par ceux qui l'ont rencontré. Le Nouvel Age se définit comme une soif -et donc une recherche passionnée- de spiritualité dans un monde trop matériel. Cette recherche a toujours existé depuis que l'homme pense ; elle va dans tous les sens, s'exprime de multiples manières, puise dans la méditation antique, extrême orientale, annexe les derniers résultats de la science physique, de la psychologie ; elle s'alimente à toutes les mystiques, philosophiques...etc... pour pousser un cri, parfois désespéré, pour nous appeler à vivre une spiritualité forte, une communion avec le créé, avec les autres et avec nous-mêmes, pour unir tout ce qui est brisé et séparé. Le Nouvel Age est sûrement porteur d'amour. Même si nous ne sommes pas toujours d'accord il me semble fondamental aujourd'hui de rencontrer le Nouvel Age, cette "nébuleuse mystico-ésotérique" comme le dit F. Champion. La Sainte Cène, notre communion, comme son nom l'indique, est bien elle aussi acte d'amour, moment d'intense spiritualité et d'union avec Dieu et entre nous. Les lignes qui suivent, veulent traduire la Sainte Cène en langage du Nouvel Age. Cette traduction passe par le déchiffrage du symbole. Le symbole est communion, union des morceaux, reconnaissance et renaissance. Le symbole peut nous faire vivre l'inexprimable. On ne peut que regretter amèrement d'avoir vu nos églises se vider de certains symboles et d'avoir vidé le sens de ceux qui restent. Que signifient le bâtiment lui-même, la chaire, la table, la croix, la musique, la disposition des participants...etc.. Regrettons de ne plus savoir lire les symboles, d'y être étranger. Il n'y a que très peu de commentaires bibliques nous offrant une lecture symbolique et mystique des Ecritures et nous abandonnons cela aux courants de la "nébuleuse mystico-ésotérique" qui parfois s'y perdent mais qui aussi y atteignent des sommets de spiritualité.
Traduire la Sainte Cène en langage Nouvel Age, c'est vouloir montrer qu'il est possible de vivre un "christianisme New Age" ou "Mystico-spirituel et holiste" ; c'est-à-dire dans l'unité du créé et du père sans être une uniformité. Parce que nous nous plaçons ici dans un christianisme New Age, nous gardons la notion d'un Dieu Personnel - le Père- et nous abandonnons la notion trop "panthéiste du grand Tout".
La Sainte Cène commence par une invitation. Une demande du Christ à venir partager le pain et le vin. Comme chacun le sait, ce n'est pas l'officiant qui invite mais le Christ lui-même. Comment, aussi bien dans le catholicisme que dans le protestantisme, a-t-on pu décréter qu'un tel ou un tel n'était pas digne de participer au repas du Seigneur ? Si la cène est ouverte à quelqu'un, c'est bien à celui qui en est le moins digne et qui en a donc le plus besoin ou à l'exclu qui doit être réintégré dans le monde. Le Christ n'a jamais demandé à quiconque un bilan de sa vie pour le rencontrer. Le Nouvel Age a une mentalité résolument ouverte et accueillante ; il ne comprend pas l'exclusion surtout dans le domaine spirituel. Il est vrai que la Cène telle que la pratiquent les protestants est "ouverte" mais nous nous posons la question de savoir si les non baptisés peuvent y être admis. Question vide de sens dans  le Nouvel Age.
L'adepte du Nouvel Age, baptisé ou pas, répondra à l'invitation telle qu'il la ressentira dans son for intérieur à travers la liturgie de la Cène. Il viendra participer à une vérité et une réalité spirituelle par les symboles et par sa spiritualité. Nous ferons une double lecture du symbole.
 

1) Le cercle cosmique ou la danse sacrée :

Ayant répondu à l'invitation, nous formons le cercle autour de la table sur laquelle se trouvent le pain et le vin, la Bible (théoriquement ouverte) et parfois la croix. Le cercle symbolise le cosmos dans ses limites, il est englobant. Dans la Cène nous englobons le monde. A ce moment il prend symboliquement forme, il a du sens. Nous englobons le monde dans une chaîne dont chaque participant est le maillon. La chaîne est signe de solidarité, de complémentarité et d'union. Elle est service et amour quand nous servons notre voisin. La chaîne ne peut être complétement fermée ;  il y faut au moins trois places en plus des présents visibles : celle de Jésus, homme parmi les hommes et présent parmi eux, celle de l'absent fatigué, malade ou décédé qui n'a pu venir et est là présent en esprit ; et enfin celle d'un éventuel retardataire. Signe de la chaîne du monde, action de partage et d'accueil en signe d'amour, il manque la méditation qui pour le Nouvel Age s'exprime en terme de “vibrations” ou “d’ondes” émises par nos corps en harmonie avec nos cœurs. Dans la méditation, chacun met ses vibrations en relation avec celles des autres.Il ne peut y avoir qu’harmonie et accords, que la musique accompagne, pour la danse sacrée.David danse devant l’arche, anges et chérubins chantent et bougent, la danse est l’expression corporelle primitive de la joie. Et c’est bien avec notre corps aussi bien qu’avec notre esprit que nous célébrons notre Dieu, que nous vivons de sa présence. La chaîne Cosmique, la danse et la nourriture spirituelle partagée fondent le vécu du Royaume. Nous sommes en harmonie vibratoire les uns avec les autres et avec le Jésus de l’histoire au delà du visible.
La danse sacrée n’est pas le chaos car le centre structure l’ensemble.Le centre est le Christ cosmique, véritable axe du monde, qui relie tous les points du cercle entre eux par les rayons qu’il tisse par son énergie. Cette énergie nous est communiquée, c’est la grande énergie cosmique, principe vital.C’est elle qui nous fait saisir l’au-delà de nous mêmes, l’éternité.Le regard matérialise cette énergie.Le regard sur les symboles fait vivre. Regard sur la table signe d’accueil, de nourriture et de partage ; regard sur la croix, arbre décharné de la mort et de l’amour ; regard sur la Bible ouverte qui livre la Parole ;  regard sur le pain et le vin, signes du travail, de la promesse de la récolte, de la nourriture de base. Regard aussi sur tous les visages qui constituent le cercle. Car un cercle, quand on se situe sur sa limite, tourné vers l’intérieur est la figure géométrique qui ne laisse jamais une image en dehors du champ visuel.En bref, regard sur la Vie, sur les vies qui, ensemble, posent l’identité dans sa spécificité mais aussi dans la complémentarité et la dépendance. La Cène nous révèle à nous-mêmes, nous invite à la méditation intérieure et à l’ouverture sur les autres et sur l’Autre, toujours révélateur.
 

2) Le Jardin d’Eden :

Outre ce que dit le christianisme classique sur le Royaume, le mémorial et “l’anamnèse”, le New Age, très écologique, a au cours de la Cène une vision du Royaume étendue à la Création par la symbolique de l’arbre. La Cène, ronde cosmique, devient image du Jardin d’Eden. La Création achevée, la Genèse nous présente le Jardin d’Eden jardin d’arbres où se trouve Dieu, jardin royal avec ses deux arbres centraux, celui de la connaissance et celui de la vie.L’arbre se retrouve partout dans la Bible : l’Arche de Noé en bois, le chêne de Mambré, l’échelle de Jacob, la branche d’amandier, le sycomore de Zachée, la croix, l’arche de vie dans la Jérusalem céleste de l’Apocalypse et combien d’autres encore ! Pourquoi cette symbolique de l’arbre dans l’Ecriture ? Parce qu’elle nous révèle l’homme comme lieu de communication. L’arbre est un cosmos avec ses  racines qui plongent en terre, le tronc qui passe par la surface du monde et relie l’arbre aux cieux, domaine de Dieu. Il y a communication entre la Sève qui monte de la terre, force intérieure et télurique, et la lumière qui attire et vient d’en Haut. Les branches en tous sens montrent l’universalité de la communication. Cette communication est absolue sur la Croix qui “dit” Dieu. Les hommes eux-mêmes sont des arbres, les membres inférieurs sont les racines posées au sol et y puisant l’énergie de la terre.Le tronc est le même mot que pour l’arbre ! Les bras et les doigts désignent bien les branches et les rameaux.La tête et l’intersection du tronc et des bras désigne le lieu de l’échange des énergies. La symbolique va jouer sur plusieurs plans. La Cène rend l’image de l’Eden : nous sommes les arbres, l’arbre de vie étant bien là au centre, dans la lumière divine comme la décrit la vision de la Jérusalem de l’Apocalypse. La Cène devient lieu d’échange des esprits, de la terre, des hommes, de Dieu. Elle est lieu de communication, donc de Parole. Ici le New Age -qui n’est pas nouveau finalement !- rejoint le Christianisme pour l’enrichir. La Cène, préfiguration du Royaume par la présence spirituelle du Christ saisie à travers le pain et le vin, devient réalité par les symboles qu’elle véhicule, par l’appel à la connaissance et à la spiritualité. Cette Communion au créé par l’image de l’arbre, à la terre par les pieds et les jambes, à l’esprit des morts, à celui des absents, à l’Esprit divin nous projette hors du  temps, dans un moment d’éternité, dans un nouvel Eden.
La Cène est un sujet inépuisable et nous resterons toujours en deça des mots et des impressions pour en sonder l’insondable mystère. Chacun peut y puiser la vérité à sa manière.Beaucoup verront dans ces lignes écrites ci-dessus des évidences, certains seront peut-être choqués.Dans tous les cas, une approche de la Cène marquée par “l’esprit Nouvel Age” nous rappelle ceci : l’Amour doit conduire à l’accueil inconditionnel de l’autre. Par les vibrations harmonisées des consciences cosmiques terriennes humaines et divines (nous sommes là hors du christianisme classique), l’analyse New Age de la Cène nous dit que la communion intègre toute la Création : passée, présente et future.Enfin ce type d’analyse insiste sur le rôle de la symbolique, rôle hélas trop souvent perdu. Tous ces enseignements sont là pour enrichir notre spiritualité, pour nous permettre de nous situer et pour nous faire saisir davantage l’Amour de Dieu.
Vincens Hubac

EVANGILE ET LIBERTE SUR INTERNET

Depuis cet été Evangile et Liberté est disponible sur le réseau des réseaux : Internet. Hébergé par l'église réformée de Mulhouse à l'adresse suivante (htt://www.newel.net/particulier/erm). Passé l'effet de surprise ou de nouveauté, cette découverte que notre revue est présente sur ce nouveau média, pose la question : internet, effet de mode, lubie de jeunes pasteurs ou nouvel outil pour la théologie ?
Il convient d'abord de préciser les choses. Il existe actuellement pas moins de 800 sites religieux francophones, toutes tendances confondues avec une prédominance catholique et évangélique. La mouvance réformée compte une quinzaine de sites pour la plupart fédérés dans un petit réseau "réformés On Line". Le site ERM (église réformée de Mulhouse) en fait partie.

1- Le premier enjeu est finalement de mettre à la disposition d'un plus large public la pensée théologique proprement réformée, de diffuser le contenu de conférences tenues dans des cadres traditionnels, d'offrir au visiteur d'un site des outils pour forger sa propre pensée. D'où la publication de textes théologiques à proprement parler (principalement inspirés par la Société française de Théologie et Gabriel Vahanian), de recensions d'ouvrages et un petit lexique théologique qui propose une définition de termes tels que "l'homme", "Dieu", la "parole" etc... d'une manière novatrice. C'est dans cette exigence de réflexion et de diffusion de la pensée théologique que s'inscrit la publication en ligne d'Evangile et Liberté sur ce site. Il s'agit pour la revue de conquérir un nouveau public, hors de nos milieux écclésiaux traditionnels ou hexagonaux.

2- Le second enjeu d'un tel site est bien évidemment de servir de relais à la vie paroissiale. Sans prétendre encore passionner les paroissiens traditionnels, l'on tente l'expérience avec les jeunes et particulièrement les catéchuménes. Une tentative passionnante de leur donner la parole. Et l'on est surpris de constater le sérieux de leur démarche. Après l'aspect ludique et après une mise en commun de leurs propres questions, la recherche s'est faite sur réseau et une synthése est rédigée par les jeunes et publiée sur le site.

3- Le troisième enjeu du site est bien éidemment de jouer son rôle de vitrine du protestantisme réformé. Qu'il s'agisse d'une présentation de son histoire, de ses paroisses et mouvements, il est primordial de développer la complémentarité. C'est pourquoi, à chaque fois que cela est possible, chaque information est mise en relation avec une information complémentaire sur un autre site. De manière à proposer au visiteur le tableau le plus complet possible de l'Eglise. Privilégier la diversité des opinions, des regards sur une même réalité historique, mettre à dispositions les documents officiels de nos institutions (Fédération Protestante de France ou ECAAL/ERAL) avec toujours un regard porté vers l'horizon, vers d'autres sources de réflexion. A ce niveau là, ERM ressemble à une bibliothéque.
Ces trois enjeux vont bien entendu de pair avec une réflexion sur les évolutions de notre société : questions politiques ou économiques sont également abordées. Proposer une réflexion innovante à l'Eglise sans être fasciné par l'outil technologique et ses sirènes, telle est la démarche qui guide l'élaboration de ce site. L'on se plaint souvent d'une église à la traîne ou à la remorque, toujours en retard d'une évolution sociale.

Roland Kauffmann