
Noël n’eût servi à personne s’il n’en était
résulté un Evangile, afin que le monde entier puisse reconnaître
le Fils et que soit révélée la raison pour laquelle
il s’est fait homme. A savoir que la bénédiction soit dispensée
à tous ceux qui, par l’Evangile, ont cru en Christ.
Dieu a ainsi accordé plus d’attention à l’Evangile, à
cette venue de la Parole parmi nous, qu’à la venue corporelle de
Jésus au sein de l’humanité. Christ est le soleil levant.
L’Evangile est le jour.
Même si le Christ naissait et se trouvait crucifié pour la millième fois, cela ne servirait de rien, si la Parole de Dieu ne venait, elle, l’apporter à tous ; si elle ne venait me l’offrir à moi en disant : c’est pour toi, prends-le, reçois-le.
Martin Luther (1483-1546)
Citations du livre “Gorgée d’Evangile”
de Michel Bouttier cf. p10
Introduction aux journées de Sète, Octobre 1998 :
Michel Jas propose cinq courtes citations :
- “Si je diffère de toi,
loin de te léser, je t’augmente” (Antoine de Saint-Exupéry)
- “Chaque religion est la seule vraie” (Simone Weil)
- “J’ai beaucoup appris d’amis musulmans, juifs, bouddhistes et shintoïstes. Ils ne m’ont pas rendu moins chrétien, mais fait devenir chrétien autrement” (A. Gounelle)
- “On ne grandit pas Jésus-Christ en enfonçant Bouddha ou Mahomet” (Wilfred Monod)
- Enfin les cathares paraphrasant 1 Cor 13/2 : “Tout ce qui est sans amour est néant” (Cathares languedociens - Traité anonyme).
EDITORIAL
BESOIN D’AFFABULATION
ET LIBERATION
Les jeunes enfants aiment qu’on leur dise des contes avec beaucoup d’imagination et de merveilleux. Depuis la naissance de l’humanité. Ils les cherchent à la télévision.Ils ont besoin de rêver... Les puissants (rois et savants, ou les 2 à la fois !) rendent hommage aux “petits”. Les faibles et démunis découvrent un roi parmi eux. La nature chante la joie de l’homme. L’univers se peuple et s’anime.
Les adultes sont-ils tellement différents ? Ne gardent-ils pas une “âme d’enfant” au long de leur vie, par certains aspects. On sait les succès de tous les phénomènes prétendus “magiques” ou miraculeux !...
Dans l’enfance de la philosophie, les mythes (grecs ou orientaux) expriment en “histoires” les énigmes et mystères de la vie humaine. Le vrai n’est pas l’historique. Mais le vécu.
Les premiers chrétiens et leurs successeurs ont rêvé la naissance de Jésus, pour eux le plus beau jour de l’histoire du monde.Faute d’archives (même les recensements romains !...) l’imagination populaire avec les traditions orales, en occident chrétien, s’est envolée vers des formes poétiques qui -comme les paraboles de Jésus- orientent leurs pensées.
Au solstice de notre hiver occidental et au milieu des bouleversements
tragiques pour beaucoup, écrivons dans le concret le merveilleux
: les chaussures aux pieds pour aller faire des visites inattendues, écrire
des lettres - surprises, inventer des cadeaux, apporter le nécessaire
à toute vie humaine c’est-à-dire “un peu d’amour”...
Par nous, le merveilleux existe toujours.
Christian Mazel
Pendant les premiers siècles de l’Eglise, on ne célébrait pas la naissance de Jésus. Saint Augustin ne la comptait pas au nombre des fêtes chrétiennes importantes. Et quand Jean Chrysostome prêcha le 25 décembre 386, il s’exclama : “Il n’y a même pas dix ans que cette fête est manifeste chez nous”...
Le mot Noël (du latin natalis : né), quant à lui, n’apparaît pas avant le XIIIème siècle. C’est dire combien il s’agit d’une invention tardive. Les Réformateurs ne s’y trompaient pas. Devant une assemblée dominicale plus fournie que d’habitude, un dimanche qui tombait le 25 décembre, Calvin commença ainsi son sermon : “Si vous croyez que Jésus est né un 25 décembre, vous êtes pires que des bêtes sauvages...” Quant à Luther, fidèle à l’interprétation spirituelle des médiévaux, il reprit de Maître Eckhart la célèbre formule : A quoi te sert que le Christ soit né il y a si longtemps dans une étable s’il ne naît aujourd’hui dans ton coeur ?”
A l’appui de ces réserves séculaires, l’exégèse
contemporaine a établi de manière irréfutable qu’il
n’y a à peu près rien d’historique dans les récits
dits de Noël, à savoir ceux de Matthieu et de Luc.
Est-ce à dire que cette fête si populaire, soit désespérément
vide de contenu ? Du point de vue historique, sans aucun doute. Mais peut-être
pas du point de vue symbolique, comme le laisse entendre le mot de Luther.
Noël signifie naissance. Mais quelle naissance, en vérité
?Noël n’est pas tant un événement du passé qu’une
expérience personnelle. Quelque chose d’essentiel peut naître
en nous maintenant à condition de se poser les bonnes questions.
Pour illustrer cela, je ne trouve pas mieux que ce conte derviche recueilli
par Idries Shah :
Il était une fois un homme qui observait la marche de la Nature.
A force d’attention et de réflexion, il finit par découvrir
le moyen de faire du feu. L’inventeur décida de voyager de tribu
en tribu pour enseigner aux gens l’art et les avantages de faire du feu.
Il transmit ses connaissances à de nombreux groupes. Certains
tirèrent parti de ce savoir. D’autres, pensant qu’il devait être
dangereux, le chassèrent avant même d’avoir eu le temps de
comprendre de quel prix cette découverte aurait pu être pour
eux. Pour finir, une tribu devant laquelle il faisait une démonstration
fut prise de panique : ces gens se jetèrent sur lui et le tuèrent,
persuadés d’avoir affaire à un démon.
Les siècles passèrent. La première des cinq tribus
qui avaient appris à faire le feu en avait réservé
le secret à ses prêtres. Ceux-ci formaient un clergé
qui vivait dans l’opulence et détenait tout pouvoir tandis que le
peuple se gelait.
La seconde tribu avait fini par oublier l’art de faire du feu et idolâtrait
les instruments.
La troisième tribu adorait une effigie de l’inventeur lui-même
: n’était-ce pas lui qui les avait enseignés ?
La quatrième tribu conserva l’histoire de la création
du feu dans ses mythes et ses légendes ; certains y ajoutaient foi,
d’autres en doutaient. Seuls les membres du cinquième groupe se
servaient effectivement du feu, ce qui leur permettait de se chauffer,
de faire cuire leurs aliments et de fabriquer toutes sortes d’objets utiles.
Vincent SCHMID
le Protestant
En ce temps-là, il fut procédé au compte de Noël. Selon l’Evangile de Luc, les habitants de la Palestine se mirent en route pour aller se faire enregistrer chacun à son lieu d’origine, afin que l’empereur des Romains puisse savoir combien il avait de sujets en ses provinces, et donc combien il était puissant.Il est important de savoir le nombre des habitants d’un pays, parce qu’on peut déterminer à partir des résultats du recensement les ressources et les besoins de la population, donc les possibilités politiques, économiques, sociales,etc. Au lieu de naviguer à vue, on navigue à la boussole.
Joseph et Marie allèrent donc se faire enregistrer dans le grand compte. L’évangile ne nous informe pas sur Jésus : a-t-il été inscrit ou pas ?Est-il né avant le passage de ses parents à l’état civil ou après ? Ou peut-être ne considérait-on pas les petits enfants, sachant que seule une faible proportion en parvient à l’âge adulte ? Reste qu’on ne pourra sans doute jamais dire si Jésus a été retenu dans les éventuelles statistiques de ce temps lointain.
Nos comptes de Noël du moment, ce sont les statistiques établies par les organismes officiels des étrangers : tant d’exilés en quête d’un statut de réfugié, tant de demandeurs d’asile, tant de chercheurs de travail, toute une humanité à la dérive qu’il faut répertorier et répartir entre les régions et communes. Le sentiment fleurit ça et là que “les autres” pourraient plus aisément et mieux se charger de ce fardeau, alors que “nous” ne voyons pas comment héberger tous ces inconnus. Le compte est vite fait : la barque est pleine, proclamait un vieux slogan.
Quant aux enfants que ces imprudents voyageurs entraînent avec eux dans leurs périlleuses entreprises, faut-il les enregistrer ou les considérer comme quantité négligeable ? Survivront-ils seulement au passage des montagnes ?
Le vrai compte de Noël se fait avec le regard de Dieu. Ce n’est pas une affaire de prestige et de puissance : j’ai tant de millions de sujets, tant de milliers de soldats, tant de réfugiés sur les bras ... C’est plutôt une connaissance qu’on cherche à avoir des besoins et des possibilités d’une population donnée afin de mieux partager les ressources et d’assurer la vie quotidienne de tous.
Quand Dieu fait le compte de ses créatures, il les appelle une
à une, il connaît chacune d’elles par son nom (voir Jean 10).
Il porte sur elles un regard d’amour, leur donnant la vie en abondance
et les conduisant dans la joie. Joie comparable à celle que la naissance
du Christ suscite dans le coeur des croyants à chaque fois qu’on
célèbre Noël : parce que la fête nous redit que
le vrai compte de Noël, c’est de savoir que nous sommes quelqu’un
aux yeux de Dieu, que chacun de nous compte pour Lui.
Jean-François REBEAUD