
DISCRETION
ET DISCERNEMENT
Chut, restons
discrets !
La discrétion et le discernement ont une même étymologie
: c’est-à-dire reconnaître chez l’autre sa vraie nature, sa
vraie personne sans entrer dans une confrontation qui le pousserait à
trop se dévoiler. Voir ce que l’autre ne voit pas toujours en lui-même.
La discrétion permet de sentir ce que l’autre vit, ce qu’il
éprouve en lui laissant la liberté et la responsabilité
de le nommer.
La discrétion n’est pas une fausse pudeur. Elle est un regard
respectueux et attentif sur l’autre.
Mais elle est parfois vécue comme une vertu qui vient freiner
l’attention à l’autre. Par respect, je finis par ne pas oser questionner
l’autre et ne pas m’intéresser à lui en tant que personne.
“je ne veux pas être indiscret” entend on souvent ; c’est-à-dire,
je ne vous pose aucune question et je ne viens rien demander de vous. Restons
dans une rencontre sans courage et sans confiance mutuelle pour dire et
se dire !” Dommage. Par peur de déranger, comme si l’autre
était perçu comme étant trop petit ou trop faible
pour refuser de répondre.
Il y a certes une forme d’indiscrétion abusive et violente,
mais il y a aussi une forme de discrétion qui s’apparente à
une fausse indifférence.
J’aime croire que Dieu est à la fois discret et indiscret avec
moi.
Indiscret quand il vient me questionner et me chercher là où
je n’ai pas envie. Indiscret dans son désir d’amour pour m’accompagner
dans mes solitudes ou mes passions. Indiscret lorsqu’il m’interpelle dans
les secrets de mon existence. Mais son indiscrétion confirme son
attention pour moi.
Discret lorsqu’il sait déjà avant moi, lorsqu’il dessine
d’un simple regard mon chemin de vie ou qu’il m’accompagne de sa présence
silencieuse. Discret et présent même dans le silence.
Pour le professeur et historien Rudolf von Thadden : la jeune génération manifeste clairement sa lassitude après16 ans de pouvoir chrétien-démocrate.
L’Allemagne a réussi à réduire considérablement les voix de l’extrême droite : elles ne sont plus que 3% aujourd’hui.
Gerhard Schröder est un ancien soixante-huitard pour qui la réconciliation entre les deux peuples allemand et français est à vivre différemment que par le passé. Ceci pour la bonne raison que les nouvelles générations n’ont pas le même rapport au passé que leurs aînés.
Autre pièce à verser au dossier : alors que Helmut Kohl était le digne représentant d’une Allemagne rhénane et catholique, son successeur est originaire de Basse-Saxe. De cette Allemagne du nord, protestante, moins concentrée sur l’axe Paris-Bonn, et attirée par les Britanniques. Pour le professeur de Göttingen, le dialogue européen va subir des transformations, au risque, peut-être, de remettre en cause le rôle privilégié joué par la France dans l’Europe d’après-guerre. Ceci face à une Allemagne complexée par son passé et se rachetant en accordant à l’ennemi d’hier une place politiquement disproportionnée. “La baltique est notre Méditerranée”, se plaît-il à souligner. Il précise, pour écarter toute ambiguïté : “Je ne veux pas d’une Europe réduite à la chrétienté latine. Comment ignorer les grands moments de notre histoire commune ? Celle de l’Europe : la Réforme, les Lumières.” Et d’insister sur le tournant important du XVIIIe siècle dans le domaine des idées -Kant, Lessing -, plus important à ses yeux que la chrétienté latine trop souvent évoquée par l’Eglise catholique. Il poursuit sur cette lancée en rappelant que l’Allemagne ne saurait se limiter à la Rhénanie ou à la Bavière. De même que l’Allemagne n’a pas connu que des hommes politiques catholiques comme Konrad Adenauer ou Helmut Kohl.
Willy Brandt ou Helmut Schmidt, tous deux protestants, n’ont pas failli à la cause européenne. Ils annonçaient déjà cette sortie de l’Europe latine en direction de cette Mare nostrum du nord, incluant la Grande-Bretagne mais aussi les pays scandinaves.
Réforme N°2790.
PACS
: PRISE DE POSITION DES A.F.P.
(Associations Familiales Protestantes)
Colloque de Saumur-Fontevraud 17 et 18 octobre 98
Les AFP ont quelque fierté d’avoir exprimé sur ce projet
et ses différents avatars une position claire et nullement politique.
Les AFP ont dénoncé :
u L’hypocrisie d’un projet qui rassemble et assimile couples homosexuels
et couples hétérosexuels,
u son ambiguïté quant à sa raison première
: le PACS consacre-t-il un lien sexuel ou une simple communauté
de vie ?
u et, surtout, les dangers qu’il fait courir aux liens familiaux dans
notre société civile : d’une part au mariage civil dont il
cherche à affaiblir la symbolique en offrant une caricature de pacte
qui ne protège pas le plus faible et distribue plus d’avantages
qu’il n’exige d’engagements ; d’autre part aux liens parentaux qu’il prétend
ignorer, alors qu’il est proposé à des concubins qui ont
plus de deux millions d’enfants et à des homosexuels qui ne cachent
pas leur volonté de réclamer ensuite le droit à l’adoption...
A nos yeux, la société civile doit traiter différemment la liberté sexuelle et les liens familiaux...
Mais la famille n’est pas une manière de vivre sa sexualité parmi d’autres. La famille est la cellule de base qui génère et régénère la société ; elle est formée d’une trame (un homme et une femme) et d’une chaîne (le ou les enfants qu’ensemble ils mettent au monde). Pour sa survie comme pour sa cohésion, la société civile doit protéger les liens qui unissent les parents à leurs enfants, les enfants à leurs parents, les parents l’un à l’autre...
Lorsque les liens familiaux craquent et se démaillent, on constate des fragilités qui affectent en premier lieu les enfants, mais aussi les exclus du monde du travail et les pauvres. Pour son équilibre et sa santé, la société doit encourager et soutenir les liens familiaux...
Or le PACS prétend régler de la manière la plus légère mais également la plus profitable aux riches et aux forts, certains problèmes de couples sans considération aucune des enfants. Les AFP conçoivent que divers arrangements de type financier doivent pouvoir être conclus entre partenaires de vie, -et la plupat sont déjà possibles et accessibles aux homosexuels. Mais les AFP ne peuvent admettre la création d’un nouveau statut civil n’entraînant aucun droit ni aucun devoir envers les enfants du couple relevant de ce statut...
Si une réforme du droit doit intervenir pour les couples hétérosexuels non mariés, elle doit régler les droits et devoirs des parents non mariés à l’égard de leurs enfants communs et introduire enfin un partage équitable entre père et mère. Cette réforme-là est urgente...
C’est un appariement sans engagement qui vise à concurrencer le mariage sans assurer la protection du plus faible en cas de rupture...
Ajoutons que le “pacte” offert aux homosexuels en Suède spécifie
que l’adoption, la procréation médicalement assistée
et la garde conjointe d’enfants leur sont strictement interdites.
Les AFP, qui désirent redire leur attachement au mariage laïc
et à la famille, estiment qu’il est plus urgent de tenter de remédier
à la débâcle démographique et aux destructurations
familiales que de voir imposer par une minorité bruyante une mascarade
pseudo-matrimoniale. Elles se permettent de rappeler que plusieurs milliards
viennent d’être retirés aux familles. Est-ce le moment d’en
distribuer aux plus fortunés des partenaire sexuels sans famille
?
Communiqué par M. P.P. Kaltenbach
“ELEMENTS DE REFLEXION SUR LA FAMILLE, LA CONJUGALITE ET LA FILIATION”
La Fédération protestante de France a adopté les “Eléments de réflexion sur la famille, la conjugalité et la filiation” proposés par sa Commission d’éthique, au moment où le Parlement légifère à propos du Pacte civil de solidarité. Ce document aborde la famille de manière globale, au-delà du projet de loi. La FPF, n’y voyant pas de propositions réellement nouvelles, estime suffisant de prévoir un encadrement juridique et fiscal des diverses formes de vivre ensemble.
La FPF observe dans la proposition du PACS, au-delà des aspects “utilitaires”, une demande de reconnaissance symbolique : “la demande d’une société où les liens de solidarité conjugale soient plus durables, mieux reconnus, plus encadrés, et moins soumis aux effets pervers d’une logique de libre-consentement privé, sans engagement”. C’est que la conjugalité moderne pose le mariage comme une alliance entre individus égaux, non plus subordonnée à la filiation, mais vécue comme une sincérité, une fidélité, un plaisir libres. Cette libre-alliance brise l’assujettissement des femmes à leur rôle dans l’économie de la filiation. Les cultures protestantes ont d’ailleurs souvent bataillé en ce sens.
Plaidoyer pour le mariage
C’est justement pour aller jusqu’au bout de cette grande idée
que la conjugalité doit retrouver le sens de l’institution qui lui
manque : le mariage, auquel nul ne saurait être contraint, mais pour
lequel la FPF plaide vivement : “Car pour nous, le mariage n’est pas un
sacrement de l’Eglise, c’est un acte civil et civique fondamental, l’apprentissage
par excellence du lien social”.
La FPF ouvre alors le débat quant à l’homosexualité. “Au fond, remarque-t-elle, nous avons affaire à une demande de “reconnaissance publique” d’une conjugalité homosexuelle. Il faut entendre cette demande, tant au plan des Eglises qu’à celui de l’Etat, l’accompagner et lui faire place”. La diversité des protestants les porte à osciller entre une position plutôt favorable à l’institutionnalisation de couples homosexuels - qu’il faut créditer d’un désir de vie commune heureuse et durable - et une position qui ne voudrait pas que l’on noie dans un doux mélange les interdits sexuels et l’institution du mariage.
Homosexuels et célibataires : pas d’enfants !
La FPF insiste d’une part sur le fait que dans une société
où les liens sociaux et économiques sont de plus en plus
précaires, tout ce qui contribue à des engagements plus durables,
et à la réinvention de formes de fidélité où
l’attachement mutuel des personnes va au-dela de leurs différences
sexuelles, doit être soutenu. Bien des textes bibliques s’attachent
aux personnes dans leur singularité et sans considération
de sexe, de langue, de races, ou autres. Mais de l’autre côté,
un tel contrat ne saurait se substituer au mariage, acte civil et politique
fondamental, qui articule la différence des sexes et la différence
des générations. On connaît l’importance accordée
par les textes bibliques à cette bénédiction généalogique.
Les positions protestantes convergent en tout cas nettement sur un point : un tel contrat ne saurait donner une forme juridique à l’adoption ni aux pactes mutuels d’assistance pour des couples homosexuels. “Il y a d’autres moyens pour ces derniers d’avoir des enfants”, souligne la FPF, qui estime que ce fait reste du ressort moral de chacun, sur lequel il est vain de légiférer. Car le droit a une toute autre fonction, notamment la protection des plus faibles : les enfants ne sont pas seulement des êtres désirables, et encore moins des êtres auxquels d’autres êtres auraient droit pour s’accomplir pleinement, mais des êtres qui simplement “arrivent”. Les parents ont donc envers eux des obligations qu’ils ne peuvent définir à volonté...
La famille, entre conjugalité et filiation
Le texte aborde ensuite la question plus générale de
la place accordée à la filiation dans nos sociétés.
Peut-on subordonner entièrement le lien de filiation, qui n’est
pas un contrat, au lien d’égale et libre conjugalité ? Un
enfant n’est-il qu’un adulte miniature, auquel on demande de “consentir”
? Pour qu’un enfant puisse se distinguer de ce que les autres disent qu’il
est, ne faut-il pas qu’il ait des parents qui aient l’autorité de
lui dire ce qu’il est pour eux ? Pour qu’un enfant puisse inventer à
son tour, et prendre sa place dans l’histoire humaine, ne faut-il pas qu’on
lui ait transmis une mémoire plus ancienne, qui donne un cadre à
sa propre mémoire ? interroge la FPF...
Redéfinir l’institution de manière non utilitaire
En dehors du point de vue strictement juridique, les projets de PACS
posent donc la question plus large de la reconnaissance symbolique d’autres
formes d’union que celles de conjoints mariés de sexes différents,
et indirectement la question de la filiation. “sur ce dernier point nous
réaffirmons notre conviction que l’institution de la filiation suppose
deux parents de sexes différents, notamment du fait que toute l’histoire
du devenir adulte est celle de la différenciation entre soi et l’autre”,
soulignent les protestants de France.
De ce fait, la Fédération protestante de France considère comme important que la société continue à soutenir le mariage entre conjoints de sexes différents “comme une institution centrale qu’il faudrait défendre sur des bases autres que seulement utilitaires”. Et il lui semble urgent de “trouver un équilibre, dans la famille, entre le lien de conjugalité et le lien de filiation, aucun des deux ne pouvant être ni subordonné à l’autre, ni fusionné dans l’autre, ni totalement dissocié de l’autre”. Et de conclure : “C’est le sens même de l’institutionnalité qu’il nous faut ainsi retrouver, redéfinir, et réinventer ensemble”.
S.P.P.