… Un jour, ce n’était pas ici et ce n’était
pas à “Evangile et Liberté”
J’avais le sentiment, et je crois n’avoir pas
été le seul ce jour-là, que les intervenants n’avaient
rien à dire.Il fallait donc synthétiser le vide et j’étais
embarrassé.
J’en ai parlé tout-à-l’heure à
table et quelqu’un m’a dit : “la synthèse du vide, c’est Dieu”.
Alors, peut-être aurais-je dû laisser parler Dieu…
Aujourd’hui, j’ai le problème inverse.
C’est à dire qu’il y a plusieurs manières
de conclure et de faire une synthèse. Il y a une manière
où l’on pourrait “lier la gerbe” comme on dit souvent, mais je ne
peux pas le faire de cette manière là, dans la mesure où
chaque intervention était dans un registre suffisamment différent,
avec sa propre richesse. Il aurait été difficile -et réducteur
surtout-, de synthétiser l’ensemble de ces propos.
Néanmoins, j’ai quand même essayé
de le faire, et j’étais arrivé ici, comme chaque fois qu’on
me demande quelque chose comme cela, avec des petites fiches et j'ai essayé
de classer, selon mes propres critères (qui ne sont pas tout-à-fait
les miens, je vous les expliquerai), les propos que j’ai pu entendre des
différents intervenants, pour en tirer quelques conclusions.Alors,
plutôt qu’une gerbe, il s’agira d’un potager que nous allons visiter
ensemble, avec quelques légumes. Et, de ces légumes, j’espère
que vous pourrez faire un bon plat (et ceux qui me connaissent, savent
que les bons plats, c’est quelque chose d’important pour moi.Au moins autant
que la théologie, sinon plus…!).
J’ai essayé de classer ce que j’ai entendu,
au travers d’un auteur que j’aime beaucoup, qui a d’ailleurs été
cité hier par Jean-Paul Sauzede : c’est Martine Bouveur.
Martine Bouveur a écrit un livre tout
simple, que j’ai lu au tout début de mes études de théologie,
et qui m’a donné la passion de la philosophie. Ce livre s’appelle
“Je et tu” ; et j’ai essayé, à partir de là, d’étendre
ses critères.
En quelques mots, (parce que je ne vais pas ici
faire une conférence sur Martine Bouveur), ce livre défend
la thèse selon laquelle il y a deux modes de relation entre les
individus : “je - tu” et “je - cela”.
“Je - tu” c’est quand il y a un face à face entre deux êtres à égalité, sur un même pied : les regards se croisent et le respect s’installe.
“Je - cela”, c’est dans une relation où j’utilise l’autre ; l’autre m’est utile, je peux même le manipuler, voire le posséder.On a vu tout ce que cela veut dire. Il dit aussi qu’on ne peut pas vivre sans ce mode de relation. Imaginez que vous alliez chez votre boulanger. Vous allez chez votre boulanger parce qu’il est utile. Il est boulanger.
C’est à partir de cela que j’ai essayé
de classer ce que j’ai entendu en 5 parties et je retiendrai 3 points à
chaque fois.
La triangulation aussi cela peut-être par
exemple : l’autre, moi et Dieu, ou le vide, ou la vacuité et puis
en fait, je commencerai par un premier point qui est sur l’existence et
l’abstraction.
J’accompagnerai ce que je dis de quelques mots d’un livre (Je ne suis pas l’un de ses plus fervents adeptes, quoique ce soit la mode en ce moment de beaucoup l’aimer.Moi je l’aime bien, et quand on dit je l’aime, c’est suffisamment lourd de sens maintenant). C’est Christian Bobin (Il y a quelques Bobinolâtres dans la salle). C’est l’un de ses plus célèbres livres, le dernier je crois : “L’homme qui marche” C’est un livre très court, très facile à lire et qui décrit un homme qui marche en Israël, il y a a 2000 ans. Mais il ne le nomme jamais. Alors je m’accompagnerai de quelques-uns de ses textes, en guise de minutes de méditation, par exemple.
A
- Existence et abstraction :
J’ai noté 3 idées.
La première, il me semble, c’est que vous
avez fait, les uns et les autres, des comparaisons systématiques
et des complémentarités entre la pratique, d’une part, et
la réflexion sur l’amour, d’autre part.
On pourrait dire, pour caricaturer, comme dans
les années 70, “ne dites pas l’amour , faites le”, mais en tout
cas, cela va plus loin que cette simple affirmation. On a bien senti quand
même qu’il y avait deux manières de comprendre cette réflexion
: une manière bouddhiste et une autre manière. L’avantage
dans les dialogues inter-religieux, c’est que, quand on invite les bouddhistes,
on se sent musulman et juif et chrétien en même temps. C’est
vrai que là, on a senti je crois, en tout cas, moi, je l’ai ressentie,
une très nette différence entre ce que pourrait signifier
la réflexion du côté judéo-christiano-islamique
(en prenant l’ordre chronologique) et du côté bouddhiste,
où l’on a bien senti que c’était plutôt la méditation,
plus que la réflexion au sens habituel du mot.
En même temps, cette pratique et cette
réflexion simultanées permettent donc de ne pas nous enfermer
dans une pratique.
Savoir aimer, c’est savoir aussi penser son amour.Mais
savoir penser son amour ne serait rien si l’on n’aimait pas dans la réalité.
Je ne citerai jamais bien sûr, vous le comprendrez, les gens qui
ont dit cela au fur et à mesure mais vous les reconnaissez évidemment.
En psychologie, on a bien vu aussi l’intérêt,
l’importance, du fait de comprendre les relations humaines.Mais en même
temps, au-delà de la compréhension, il faut toujours prendre
le risque de l’inattendu, de l’inexprimable. Donc, alors même que
l’on croit que l’on comprend tout, il reste toujours un inexprimable, un
inattendu, un inexplicable.
Peut-être que notre pratique du dialogue
inter-religieux c’est aussi cela.
J’ai particulièrement apprécié
le fait que les Juifs soient juifs, les musulmans musulmans, les bouddhistes
bouddhistes et les chrétiens chrétiens et qu’on ne fasse
pas du dialogue inter-religieux un simple mélange où chacun
veut essayer de singer l’autre. Il y a eu là je pense, un respect
mutuel tout-à-fait important pour le noter.
2ème point sur existence et abstraction
Penser l’amour au-delà de l’humain, l'amour
de Dieu, l’amour comme compréhension du monde. On l’a vu aussi :
Penser, c’est un acte d’amour. Alors en philosophie, avec l’islam on l’a
bien vu, avec le croyant juif qui est un chercheur permanent, qui cherche
toujours à comprendre et à penser pour mieux aimer.
Donc penser l’amour au-delà de notre réalité
humaine.
3ème point
Mieux comprendre, c’est aussi mieux vivre.
Mieux comprendre, ce n’est pas tout savoir ou
tout justifier.
J’ai particulièrement apprécié
l’interpellation musulmane (ou philosophique, je ne sais pas comment le
dire, mais je crois que là, c’était la casquette musulmane)
sur le fait que la souffrance n’appartient pas à la métaphysique
; que l’on ne peut pas justifier la souffrance ; qu’elle reste injustifiable.
J’aimerais que l’histoire chrétienne ait
entendu cette parole, parce que ce n’est pas toujours le cas dans nos histoires
chrétiennes (Je ne parle pas simplement de certaines encycliques
de Jean-Paul II, mais je parle aussi de notre propre histoire protestante).
Mieux comprendre c’est aplanir sa feuille, (vous
voyez qui je cite, là c’est facile). Aplanir sa feuille, réduire
les plis, c’est prendre en compte la fragilité humaine dans ses
aspects psychologiques, mais aussi spirituels, existentiels. C’est prendre
en compte l’histoire des individus.
Pour accompagner ce premier point, je vais vous lire un petit passage de cet Homme qui marche” de cet Homme qui n’est jamais nommé mais que vous avez reconnu.Je ne veux pas que ce soit pris comme une récupération chrétienne de tout ce qui a été dit parce que, au fond, je pense que ce Jésus, puisque c’est de Jésus qu’il s’agit, vous l’aviez deviné, est un Jésus qui pourrait être tout à fait, pas simplement chrétien.
“Il dit qu’il est la vérité ; c’est
la parole la plus humble qui soit.
L’orgueil, ce serait de dire : la vérité,
je l’ai, je la détiens, je l’ai mise dans l’écrin d’une formule.
La vérité n’est pas une idée mais une présence.
Rien n’est présent que l’amour.
La vérité, il l’est par son souffle,
par sa voix, par sa manière amoureuse de contredire les lois de
pesanteur sans y prendre garde.”
Martine Bouveur définit cette relation
comme évidemment la relation la plus parfaite.
La relation idéale entre deux individus
face à face, avec les regards qui se croisent. la rencontre de deux
personnes, au sens fort du mot personne.
Trois points que j’ai notés dans les propos
des uns et des autres :
- Le fait que, dans cette relation, nous soyons
avant tout concernés les uns par les autres.
“Concernés” : on pourrait le traduire
par de multiples mots et je vous renvoie à la prédication
de ce matin sur l’hésitation que nous avons à employer certains
mots : “compatissant”, “sympathie” etc… tous ces mots qui ont été
un peu galvaudés par notre pratique.
En tout cas, c’est prendre le risque d’un face
à face, même s’il faut réprimander l’autre.
C’est rentrer aussi dans l’être et non
dans l’avoir. C’est la rencontre de deux êtres et ce n’est pas la
volonté de posséder quelque chose de plus.
L’amour est respectueux de l’autre, donc il ne
cherche pas à posséder.
Le lien diminue la violence, nous a-t-on dit
aussi.
Je voudrais prendre un exemple facile : Marseille
évidemment, puisque à Marseille il y a une particularité
qui a été très bien résumée par un homme
de théâtre qui venait d’une autre ville, d’une autre province
française, (une province qui était je crois l’Ile de France,
dont la ville était je crois Paris). Cet homme qui venait de Paris
a dit : “ce qui m’a étonné à Marseille, c’est que
tous les gens se regardent.” Ca ne veut pas dire qu’ils s’aiment ; ils
peuvent se détester, se haïr, ou se taper dessus, … mais ils
se regardent. Et là, il y a déjà un premier, pas,
peut-être, dans l'ordre du “je - tu”, de cette relation.
Mais cette relation, elle doit être dans
les deux sens. Savoir être un “je” pour l’autre, mais aussi savoir
être un “tu” pour l’autre. Vouloir être aimé n’est pas
en soi illégitime. Savoir être un canal, savoir être
entendu. Savoir recevoir, pas seulement donner. Combien de fois dans notre
christianisme, on nous a enseigné à donner, mais peut-être
pas assez à recevoir.
2ème point sur “je et tu” (mais vous comprendrez
qu’il y aurait beaucoup plus de choses à dire) “Codification”, “inattendu”.
J’ai été frappé par le fait
que tous les intervenants parlaient de l’inattendu, mais en même
temps de la nécessité de codifier un certain nombre de choses.
Au fond, tous les intervenants faisaient jouer une dialectique permanente,
entre technique et sagesse, amour et devoir (peut-être
que le devoir était lié à l’amour, ça c’est
une idée tout à fait forte). La mémoire dans le judaïsme,
comme relançant l’acte, (ça aussi j’ai bien aimé).
Cette idée que la mémoire n’est pas simplement là
pour faire mémoire, comme on fait mémoire de nos morts, mais
pour relancer une dynamique d’amour.La possibilité de l’amour parfait
et, en même temps, mise en route permanente de cet amour.
Et enfin 3ème point dans ce “je et tu”
qui mériterait à lui seul deux de nos journées libérales,
sur la fusion.
Vous l’avez tous plus ou moins dit : être
deux ce n’est pas entrer dans une fusion (méfions nous d’ailleurs
de l’utilisation abusive, dans nos mariages de : “ils ne sont plus deux,
mais un”. Ils sont peut-être un mais quand même deux. C’est
vrai que cette dialectique entre le “un” et le “deux” est tout à
fait fondamentale et vous l’avez bien dit, il n’y a pas de fusion entre
l’homme et Dieu dans l’islam orthodoxe.
Il n’y a pas de fusion entre les êtres
humains, (j’allais dire entre les hommes, mais quand je dis les hommes,
j’embrasse toutes les femmes), donc pas de fusion humaine. parce que sinon
cela devient de la possession. Il y a une asymétrie, nous a-t-on
dit aussi, entre l’être humain et Dieu.
J’accompagne ce “je et tu” de quelques pages
tout-à-fait importantes, qui rejoignent d’ailleurs le thème
du regard que j’ai abordé juste à l’instant.
(Toujours dans ce même livre).
“L’humain est ce qui va ainsi, tête nue,
dans la recherche jamais interrompue de ce qui est plus grand que soi.
Et le premier venu est plus grand que nous ; il faut détacher chaque
mot de cette phrase et le mâcher et le remâcher. La vérité
ça se mange.
Voir l’autre dans sa noblesse de solitude, dans
la beauté perdue de ses jours, le regarder dans le mouvement de
venir, dans la confiance à cette venue. C’est ce qu’il s’épuise
à nous dire, l’Homme qui marche ; ne me regardez pas ; regardez
le premier venu et ça suffira ; et ça devrait suffire.
Il va droit à la porte de l’Humain ; Il
attend que cette porte s’ouvre ;
La porte de l’Humain, c’est le visage. Voir face
à face, seul à seul, un à un.
Dans les camps de concentration, les nazis interdisaient
aux déportés de les regarder dans les yeux, sous peine de
mort immédiate.
Celui dont je n’accueille plus le propre visage,
et pour l’accueillir il faut que je lave mon propre visage de toute matière
de puissance, celui là je le vide de son humanité et je m’en
vide moi-même.
dans cette relation où je vais rendre l’autre
utile, voire objet.
On nous a parlé de pulsion, de réflexe,
de possession.
De possession dans l’amour humain, spirituel,
mais aussi peut-être intellectuel, dans le dogmatisme que nous réfutons
ici ; dans cette volonté que l’on a de croire que nous savons tout,
que nous comprenons tout, que nous comprenons les autres, que nous savons
qui est Dieu.
2ème point ; (c’est un cheminement tout
cela).
Vous nous avez bien dit, les uns et les autres,
combien cet amour et cette volonté de s’émanciper de la possession
de l’autre est un cheminement et non pas une chose naturelle.
Cela suppose donc un enseignement, (et je voudrais
dire et redire ici encore, combien je trouverais fondamental que, dans
nos collèges et dans nos lycées, nous ayons un minimum d’enseignement
psychologique. Pour que les gens puissent comprendre, -pas totalement bien
sûr, qu’ils ne se prennent pas pour des psys- mais qu’ils comprennent
mieux, déjà leur adolescence peut-être, et leur relation
avec leurs parents. Il y aurait là, peut-être, un dossier
à ouvrir).
“Je - cela” c’est aussi le masque d’autre chose
; quand l’autre rentre en relation avec moi, en m’utilisant avec mon étiquette,
par exemple la mienne : “pasteur”
Peut-être veut-il me dire quelque chose
d’autre.
Et peut-être qu’au-delà de ce “je
- cela”, il y a un “je - tu” qui se profile. Il y a peut-être, comme
l’a dit tout à l’heure Ali Tabassé, il y a peut être
là une blessure d’amour. Et je crois qu’il nous faut être
attentifs à ce que nous disent les autres.
(P.15)
“C’est une pesanteur des sociétés
marchandes -et toutes les sociétés sont marchandes, toutes
ont quelque chose à vendre- que de penser les gens comme les choses,
que de distinguer les choses suivant leur rareté et les hommes
suivant leur puissance.
Lui, il a ce cœur d’enfant de ne rien savoir
des distinctions : le vertueux, le voyou, le mendiant et le prince ; il
s’adresse à tous de la même voix limpide, comme s’il n’y avait
ni vertueux, ni voyou, ni mendiant, ni prince, mais seulement, à
chaque fois, deux vivants face à face.
On m’a enseigné en faculté de théologie,
qu’il y avait généralement une conception chrétienne
de l’amour, avec une triangulation. Que j’aimais mon prochain, mais qu’entre
mon prochain et moi il y avait quelque chose, que je vais appeler Dieu,
ou Jésus-Christ, ou la parole de Jésus-Christ, et qu’il y
avait une sorte de triangulation dans l’amour.
Alors, quel est ce troisième pôle
entre l’autre et moi ?
On a entendu plusieurs troisièmes pôles
possibles : le silence, les déités, la médiation du
coran, qui n’annule pas non plus le face-à-face mais qui est par
l’intermédiaire aussi du coran. On l’appelle aussi transcendance.
Aussi une autre triangulation que j’ai entendue
ce matin : peuple - Jérusalem - Dieu : (importance du lieu). On
a dit même, chose formidable, et le schéma est encore derrière
moi, qu’il n’y a pas une triangulation, mais un quadrilatère, un
chaudon du désir ou des désirs.
Triangulation aussi avec le devoir
On dit en psychologie, en psychanalyse, qu’il
y a un “sur-moi” mais on pourrait dire qu’il y a un “sur-nous” quelque
chose qui est entre nous. Qui est de l’ordre du devoir.
J’ai bien entendu l’appel des uns et des autres,
à essayer de faire du devoir une chose qui ne soit pas contraignante,
mais à laquelle on adhère librement.
Ce “sur-nous”, cette chose qui est au-dessus
de nous, qui me fait faire le bien non pas parce que cela me fait plaisir,
mais parce qu’il faut faire le bien, fait naître alors la morale,
et donc l’amour au sens moral.
Il y avait là d’ailleurs, sans doute,
une grande proximité entre l’islam et le judaïsme.
Dieu est-il amour ?
C’est une question qui mériterait beaucoup
plus de deux journées.
On a entendu beaucoup de choses autour de cette
question qui a été lancée.
Est ce que la transcendance est par-delà
le bien et le mal et Dieu n’est pas ontologiquement en lui-même,
amour ?
On nous a dit aussi que la présence surgit
de l’intérieur, que Dieu nous rend ontologiquement vraiment libre.
tout cela ce sont des questions qui nous ont
été lancées.
Et c’est vrai ; Je pense que nous avons en tant
que chrétien à réfléchir sur cette notion Dieu
est-il amour ?
“Il ne parle pas pour attirer sur lui une poussière
d’amour,
Ce qu’il veut, ce n’est pas pour lui qu’il le
veut, ce qu’il veut c’est que nous nous supportions de vivre ensemble.
Il ne dit pas “aimez-moi”, il dit “aimez-vous”
Il y a un abîme entre ces deux paroles,
; il est d’un côté de l’abîme et nous restions de l’autre.
C’est peut-être le seul homme qui ait jamais
vraiment parlé, brisé les liens de la parole et de la séduction,
de l’amour et de la plainte.
Et enfin un point qui pour moi est le plus important
puisque c’est “je - moi”, relation entre moi et moi (c’est déjà
tout un programme).
Il y a des choses qui ont été dites
et d’autres qui n’ont pas été assez dites.J’ai ressenti un
manque à cet égard.
3 points
- La relation entre moi et moi passe par un détachement
nous a-t-on dit une autre fois. En tout cas par le fait que je ne dois
pas me laisser prisonnier de la réalité de mes réalités,
de mes perceptions.
2ème point, le fait que je dois intégrer
ce qu’il y a en moi ; j’ai des combats intérieurs, je dois intégrer
mes propres histoires, mes propres peurs, mes propres fragilités.
A cette condition là, alors, je peux arriver
au troisième point :
l’attachement et l’amour de soi, qui ne va pas
de soi, d’ailleurs (nous a-t-on rappelé). Je ne le ferai pas, mais
j’aurais aimé développer ce point, parce que je trouve
que dans le christianisme, cela nous a été dit juste à
l’instant, nous avons peut-être survalorisé - je le dis d’une
manière provocante- nous avons survalorisé l’amour du prochain
au détriment de l’amour de soi.
Inversement, certaines modes contemporaines survalorisent
l’amour de soi, au détriment de l’amour du prochain (il faut être
performant, il faut sauter d’un pont avec les pieds accrochés à
un élastique : ça c’est bien ! Là, on s’aime. Il faut
s’équilibrer soi-même. Il faut se tourner vers soi). Mais
on oublie peut-être les autres, et on les laisse sur le bord de la
route.
Et, en même temps, est-ce-que dans le christianisme,
on n’a pas trop insisté sur l’amour de l’autre et pas assez sur
l’amour de soi ?
“Tu aimeras ton prochain comme toi-même”.
Même de Christian Bobin je n’ai rien à
lire sur ce sujet.
Je n’ai rien trouvé sur l’amour de soi
et je dois dire ma déception.
S’aimer, c’est aussi savoir recevoir, et j’aimerais
que dans notre christianisme, nous sachions équilibrer entre l’amour
de soi et l’amour de l’autre.
Alors en conclusion, en conclusion de cette conclusion,
qui n’est que provisoire, je vais vous lire les dernières lignes
de C. Bobin,
Ceux qui emboîtent son pas et croient que
l’on peut demeurer éternellement à vif dans la clarté
d’un mot d’amour, sans jamais perdre souffle, ceux-là, dans la mesure
où ils entendent ce qu’ils disent, force est de les considérer
comme fous.
Ce qu’ils prétendent est irrecevable,
leur parole est démente. Et cependant, que valent d’autres paroles,
toutes les autres paroles échangées depuis la nuit des siècles
?
Qu’est ce que parler ? Qu’est-ce qu’aimer ? Comment
croire et comment ne pas croire ? Peut-être n’avons nous jamais eu
le choix qu’entre une parole folle et une parole vaine.
Alors j’ajoute : Soyons fous, pour ne pas être vains.
