
LE SENS DES REPAS DANS LA BIBLE
Les Juifs célèbrent la Pâque au cours d’un repas familial (Pâque signifie passage). Dans la Bible, les repas jouent un rôle important. C’est Dieu qui nourrit et désaltère son peuple. La nourriture est une grâce que l’homme doit solliciter et pour laquelle il doit dire merci. Par voie de conséquence, les repas sont sources et signes d’une communion : il se crée une identité de vie entre tous ceux qui participent aux mêmes sources de vie. Communion qui s’établit certes, au niveau des hommes : Manger ensemble, unit, scelle une alliance par exemple (cf. Gen 26/26 à 31) ; mais communion également au niveau religieux entre les hommes et les dieux. Participer à des repas païens, c’est pour Israël une sorte de prostitution qui encourt la colère de Dieu (cf. Nom. 25/105).
Si les auteurs bibliques s’opposent tellement à la présence d’Israélites ou de chrétiens à ces repas sacrificiels païens, c’est qu’ils savent que Dieu aussi, ou son Christ, veulent s’unir à Israël ou à l’église par des repas. Dans l’Ancien Testament, ce sont “les sacrifices d’actions de grâce” où la vie de la victime, qui est saignée, ainsi que sa graisse (= pain de Dieu) qui est brûlée sur l’autel (= la table de Dieu) sont offerts à Dieu, alors que sa chair seulement est mangée par celui qui offre le sacrifice et ses invités. Ainsi, une communion est établie non seulement entre les commensaux, mais encore entre ceux-ci et Dieu, le “Maître de l’alliance”. De même, selon le nouveau Testament, le repas eucharistique établit et scelle une communion entre Jésus-Christ et les siens.
LE REPAS DE LA PÂQUE JUIVE
Mais l’usage du repas de la Pâque juive se perpétue avec une fonction toute particulière : c’est un mémorial institué par Dieu (cf. Ex. 12/1 à 11), une action, une fête dont le déroulement, dans les moindres détails, célèbre et actualise la “Sortie d’Egypte”, la libération économique, politique et surtout religieuse d’Israël. Au temps de Jésus, le repas pascal était empreint d’une solennité simple et joyeuse. On y buvait 4 coupes de vin.
A la première, le père de famille bénissait Dieu “pour la joie et le souvenir”. Ce qui l’animait alors, ce n’est pas seulement le souvenir de l’homme reconnaissant pour la délivrance passée, mais aussi la certitude que Dieu aussi se souvient, et qu’il se passe alors quelque chose, qu’une situation nouvelle est créée ou qu’une ancienne est restaurée, que son alliance et ses promesses sont en quelque sorte confirmées.
Puis on apportait les “herbes amères”,
les “pains sans levain”. On remplissait la seconde coupe. Alors commençait
la partie caractéristique du repas. Le fils posait cette question
liturgique :
“ Qu’est ce qui distingue cette nuit des
autres nuits… ?” La réponse du père devait “commencer avec
la honte et finir avec la louange”, évoquant ainsi la misère
et l’humiliation du séjour en Egypte, l’esclavage et la faim, puis
la puissance de Dieu qui délivre et qui donne à son peuple
la gloire des triomphes et l’abondance.
Les aliments du repas pascal ne rappelaient
pas seulement le dernier repas pris à la hâte sur la terre
de la servitude dans une maison épargnée par le sacrifice
d’un agneau : ils visaient à associer les convives aux réalités
qu’ils signifiaient. Gamaliel qui fut le maître du futur Paul, disait
: “ Il faut que dans chaque génération, chaque homme se considère
comme ayant été lui-même délivré d’Egypte.
Il faut que tout Israélite sache que c’est lui qui a été
délivré de la servitude”.
Les aliments ainsi expliqués, on chantait
une partie du Hallel (Ps 113 à 118), on faisait des ablutions, puis
on mangeait. Bientôt, une troisième coupe était remplie
sur laquelle le père de famille prononçait une bénédiction.
Enfin, venait la quatrième coupe, on chantait la fin du Hallel et
le repas se terminait après une quatrième bénédiction.
Un repas tout baigné de la joie de la délivrance magnifique
dont Israël avait été l’objet. Mais aussi, comme Israël
avait de nouveau perdu sa liberté, le souvenir de la grande rédemption
passée soulevait l’espoir d’une nouvelle délivrance. Le passé
devenait le gage du futur. Les coupes et les bénédictions
annonçaient le banquet messianique. Le chant du Hallel en exaltait
l’espérance.
Ce même mouvement oscille entre ce
que Dieu a fait et ce qu’il fera.
Editorial L’AN 2000 : PEURS ET FETES
L’arrivée de l’an 1000 a laissé
le souvenir d’une panique religieuse et sociale en Occident. Exagérée
ou non.
Les catastrophes finales prophétisées
par l’Apocalypse de Jean sont datées (Apo. 20/7). Le retour d’un
Christ vengeur avec ses cataclysmes effrayants semait la terreur.
Pour cette fin du 2ème millénaire,
certains croyants échauffés par des interprétations
fondamentalistes bibliques s’apprêteraient à manifester en
nombre et en force à Jérusalem. La police israélienne
est sur les dents. A quelles aberrations suicidaires les gourous n’entraînent-ils
pas les envoûtés.
Pour profiter de l’émoi millénariste,
bien des sectes s’agitent.
Pourquoi chercher parmi les morts celui qui
est vivant ?
Il y a une fissure par laquelle perce le
jour,
Il y a dans le temps une fracture qui nous
libère,
Il y a le vent qui se lève et qui
vient du tombeau,
Il y a le large qui s’offre à notre
advenir.
Parce que l’Homme-Jésus n’est plus
là
Parce que ce qui était scellé
est ouvert,
Parce que femmes et anges se sont rencontrés,
A l’opposé de la visite que fit l’ange
à la femme.
Je ne sais rien dire de la résurrection
de Jésus,
Que le cheminement de nos pas de tristesse,
Sur les routes du monde qui vont à
Emmaüs,
Où nos vies sont brisées en
des miettes de joie.
La résurrection de Jésus est
un secret,
Que nous avons à vivre plus qu’à
dire,
Elle traverse toutes nos morts
Et ressuscite tous nos bonheurs.
Elle est éternité au cœur de
nos tendresses,
Elle est l’avers de nos fragilités,
Elle est pour nous et non pour Dieu,
Elle est pour l’homme qui a peur de la mort.
Père, je pense à toi maintenant, à toi seul. Je sais que c'est pour toi un drame : voir s'achever ainsi la vie de ton témoin, du fils que tu t'es donné ! Te voilà mutilé dans l'image de toi que tu avais pas à pas construite dans l'esprit et le cœur de ton peuple. Tu te tais mais je te sais et te sens présent dans ce silence que certains croient être indifférent, voire approbateur. Tu contemples, muet, ce spectacle où s'étalent la bestialité et la haine mesquine. Comme tu dois souffrir !… Mais j'insiste, et je le ferai jusqu'à mon souffle ultime, ne condamne pas et poursuis ton œuvre d'amour. Tant d'hommes et de femmes en ont besoin, même si leur indifférence et leur ingratitude les tiennent éloignés de toi.
Croix infamante qui broies mon être
de chair, je te bénis. Sois pour les hommes la révélation
suprême de Dieu, une fontaine de purification perpétuelle
et une source intarissable de renouveau. Qu'ils découvrent en toi
une loi de dépassement et de révolution permanente. Que la
morale y trouve son fondement, les rapports sociaux une règle, l'espérance
humaine son reposoir. Que chaque vocation d'homme y découvre sa
norme et sa mesure.
Croix accablante à mon corps et légère
à mon âme, ne deviens jamais un motif de larmes et de commisération
sentimentale mais sois un ferment d'énergie virile et d'obstination
dans l'amour. Je te lance dans l'avenir comme on lance un gant. Heureux
ceux qui te relèveront avec enthousiasme et détermination
pour te planter au centre de leur vie et au centre de l'humanité
comme le lieu où Dieu agit de toute la force de son amour.
Vendredi Saint
Il a fallu ce long chemin de croix, seigneur.
Plus tu t'éloignais vers ton destin,
Larguant les amarres, seul,
Sans amis, sans aucun signe de tendresse
Plus le vide se creusait en nous,
Autour de nous.
Alors ta croix a pris toute la place :
Nous avons fait une croix sur l'espérance…
Il a fallu ce long chemin de croix avec toi,
Seigneur,
Pour que ta parole parvienne en nos cœurs
:
" Mère voici ton fils !
Fils voilà ta mère ! "
Tu savais combien la souffrance ferme les
portes
Tu savais l'immense solitude
Quand tout est perdu,
Quand il n'y a plus à aimer,
Quand le temps n'a plus d'avenir.
Et tu nous confies le secret de ta joie
:
Naître les uns aux autres,
Devenir à l'autre aussi proche
Que mère et fils,
Recevoir vie les uns des autres…
Il a fallu ta croix sur notre enfermement,
Ta croix sur nos luttes solitaires,
Sur nos lassitudes…
Seigneur Dieu, ouvre nos cœurs aux autres
Pour qu'ils soient nos plus proches prochains.
Car sans eux Jésus reste l'Absent.
En ce vendredi saint, au pied de la croix
Nous te remettons cette mère, ce
frère,
Ce fils, cette amie que tu nous as demandé
De garder dans ta paix.
Comme un pauvre
qui ne veut pas s’imposer,
tu accompagnes chacun
sans forcer l’entrée de notre cœur.
Tu es là, tu offres ta confiance,
tu ne délaisses personne,
même quand les profondeurs
crient de solitude.
Pour t’accueillir
nous avons besoin de guérison.
Pour te reconnaître, il importe
que nous prenions le risque de refaire
à tout moment le choix de te suivre.
Sans ce choix,
à chaque fois radical, nous nous
traînons.
Te choisir, c’est t’entendre nous dire :
“Toi, m’aimes-tu plus que tout autre ?”
Billet d’humeur de Claudette
MARQUET
LA
PARITÉ A TOUT PRIX ?
Depuis quelques semaines, j’en perds mon
latin. Je ne sais plus quoi penser de la question relative à la
parité entre hommes et femmes en politique. Je ne sais plus si je
suis pour ou si je suis contre.
Ou plutôt, j’étais, jusqu’à
ces derniers temps, une adepte convaincue de la parité. Persuadée
qu’en ce terrestre monde, rien n’est jamais acquis à l’homme (ni
à la femme) et que toute liberté acquise est une liberté
conquise ; convaincue de l’éminente dignité et égalité
des sexes (en fait, comme il n’en existe que deux, il vaudrait mieux dire
: égalité des deux sexes) ; adepte de la formule “cela ne
va pas de soi, mais cela va mieux en le disant” qui peut devenir en la
circonstance “cela va de soi en l’inscrivant en toutes lettres dans notre
constitution”) ; assurée que les opposants à la parité,
tels les vieux sénateurs de droite (il y en a peut-être des
jeunes, d’ailleurs) ne pouvaient être que bêtement et massivement
misogynes ; croyant dur comme fer que les arguments avancés par
quelques intellectuelles “bourgeoises” ne valaient pas pipette - bref,
tout me poussait à me ranger sans état d’âme du côté
des députés et du Président de la République
qui, à l’unanimité, ont adopté le projet de loi.
Et voilà que je ne sais plus trop que penser. On me dit que la parité hommes-femmes, c’est humiliant pour les femmes. Comme s’il fallait imposer leur égalité, incapables qu’elles seraient de la démontrer chaque jour. Si l’on donne un coup de pouce aux femmes, pourquoi pas aux handicapés, aux étrangers, aux adeptes de Dieu Oignon ou aux porteurs de cheveux roux.
On me dit encore que tout cela va dans le
sens du communautarisme, cette vilaine réalité qui consiste
à agglutiner, par paquets spécifiques, des humains ségrégés.
On me dit que l’on votera pour une femme,
non parce que c’est une femme, mais parce qu’elle fera un bon député.
Sinon, mieux vaut un homme (même un moins bon, bien sûr).
On me dit que ce serait nier l’universalité
de l’humanité. Un humain est un humain et non d’abord un homme ou
une femme.
Tant d’horreurs menaçantes ont fini
par ébranler mes convictions les plus fortes. Et je serais tentée
d’écouter les intellectuelles qui, quoique minoritaires, peuvent
proférer des vérités.
Alors quoi faire ?
Réflexion faite, il me semble que
tous ces débats et ces ébats ressemblent d’assez près
à ce qui s’est passé dans ma chère Eglise voici plus
de 40 ans, lorsqu’il s’est agi de commencer la réflexion sur le
pastorat des femmes.
Les arguments fusaient de toute part : le
biblique, le théologique, l’écclésiologique, l’œcuménique,
l’anthropologique, le sociologique, le psychologique. Chaque partie trouvait
les siens dans l’un ou l’autre domaine. Et puis il a fallu voter. Ceux
qui ont voté pour n’étaient pas forcément plus chrétiens
que les autres. Peut-être, et c’est beaucoup, en phase, un peu plus,
avec les évolutions de la société.
Un peu de sagesse, donc, dans cette affaire
de parité. Non, la parité en politique, ne menace personne
; ce n’est pas le début du commencement de la fin ; ce n’est pas
humiliant ; ce n’est pas dangereux.
C’est seulement et c’est déjà
beaucoup, un petit coup de pouce apporté par des hommes à
leurs plus proches prochains.
Car n’oublions pas que la cause de l’opprimé
est aussi défendue et aboutit grâce à l'appui d’une
partie du camp adverse.
Gageons que dans 20 ans, lorsqu’il y aura
50 % de députées et de sénatrices, tout le monde trouvera
la situation normale.
Encore un effort, monsieur Badinter !
Mark
Rothko
Musée d’Art Moderne de la Ville de
Paris - 14 janvier – 18 avril
Mardi à vendredi 10 h – 17h30 ; samedi
et dimanche à 18h45
Contemplation
A un visiteur qui découvrait ses immenses
toiles, l’Américain Mark Rothko (1903-1970) conseilla de s’en approcher
de très près, à 45 cm environ, “jusqu’à devenir
lui-même couleur, être entièrement saturé”, vibrer
à l’unisson de cette peinture chargée d’émotion.
Au musée d’Art Moderne, les toiles
sont placées bas, presque de plain-pied avec le visiteur qui, pour
peu qu’il ne soit pas trop pressé, se sent alors baigné,
englobé comme dans un milieu aquatique ; un Noir américain
emporté dans une extase contemplative évoquait une musique
de son pays que j’ignorais et qu’il me décrivit ainsi : “ Mais c’est
la musique de cette peinture ! ”.
Seulement de la couleur, mais quelles couleurs !
“ J’ai emprisonné la violence la plus
absolue dans chaque centimètre carré ”, disait Rothko.
Ses œuvres “permettent d’infinies variantes
de tons de valeurs, d’accords, de dissonances ou de complémentarités”,
écrit Suzanne Page, la directrice du Musée d’Art Moderne
de la ville de Paris.
Mais la découverte dépend
de nous, de notre patience. Il faut du temps pour mesurer l’effet Rothko,
pour percevoir cette lumière qui semble rayonner de l’intérieur
des toiles.
Loin de laisser la couleur au hasard de
son inspiration, Rotko était un méticuleux ; il observait
interminablement l’impression qui surgissait de ses essais ; il modifiait,
tentait autrement… “ La seule chose qui m’intéresse, a-t-il dit,
est l’expression des émotions humaines essentielles. Le tragique,
l’extase, le malheur ”.
Pessimiste et déprimé, il
l’était : l’exposition se termine sur deux rectangles tragiques
justement, gris et noirs, qui précèdent tout juste son suicide.
Mais on peut pénétrer autrement sa peinture.
Une mystique
Personnellement, je l’ai ressentie comme
induisant au contraire une grande paix, une véritable harmonie intérieure.
J’ai été sensible à la luminosité de ces immenses
toiles, à leurs couleurs aux étranges tons discordants, et
j’ai senti monter en moi une contemplation optimiste, heureuse. Les mots
qui me venaient à la pensée, étaient force, courage,
vie, renouveau, résurrection…
Et c’est sans doute là la raison
d’être du succès de ces toiles étonnantes. Leur contemplation
patiente renvoie le spectateur à lui-même, à sa vraie
nature, habituellement inexprimée, à son espace intérieur
où surgit le dynamisme créateur de la vie. On s’interroge
sur la disponibilité que l’on découvre alors en soi, une
sorte d’hypnose, d’étrange rencontre sereine dans le secret de son
âme.
L’immensité de ces toiles nous baigne
d’une impression d’infini mais notre monde intérieur n’est-il pas
infini dans la fusion avec ce monde extérieur aux couleurs lumineuses
?
On jettera un coup d’œil discret aux autres
visiteurs, souvent figés sur place le long des murs, se tenant éloignés
de ces grandes toiles, comme s’ils voulaient prendre du recul par rapport
à leur force d’attraction, sans pour autant sortir encore de l’exposition,
de crainte, peut-être de perdre quelque chose d’essentiel : un miroir
dans lequel leur moi se réfléchit. Crainte de redescendre
trop tôt d’une montagne sacrée, de quitter cet au-delà
intérieur sans s’être encore réellement redécouvert…
de retrouver dehors le bruit du boulevard, la bousculade, les préoccupations
quotidiennes. On ne quitte pas indemne cette étonnante exposition.
Une huile sur toile de 1960 (175,9 x 175,3 cm) a été récemment adjugée 2.202.800 $ à New-York. Le succès de cette exposition nous interroge sur ce besoin de mystique que manifestent tant de nos contemporains.
David
Hockney
Galerie sud du Centre Georges Pompidou
Jusqu’au 26 avril 1999
A la différence de Rothko, les toiles
de David Hockney sont tout à fait figuratives : paysages du désert
californien, cour intérieure d’une maison imaginaire, etc.
Les couleurs sont violentes, en à
plats massifs. Hockney a dû s’inspirer de Cézanne ; de Van
Gogh aussi, dont il repeint la fameuse chaise de la chambre d’Arles et
dont il a les couleurs pures.
Les effets de perspectives donnent le tournis
: les paysages représentés vus de haut, les routes aux sinuosités
étranges, sont inquiétants et vertigineux.
Ces tableaux sont, sans doute, très
beaux ; mais ils laissent le spectateur mal à l’aise.
Hockney prend du recul ; il joue avec les
paysages, la cour de la maison, la chaise. On sent qu’il ne se sent pas
partie prenante du monde qu’il nous montre avec un rire grinçant.
C’est en cela qu’il se sépare de Cézanne et de sa passion
de comprendre et de saisir la Montagne Sainte-Victoire ; de Picasso aussi
qui, certes, découpait les objets en cubes mais pour finalement
mieux les montrer. Les impressionnistes s’intégraient, en un doux
panthéisme, dans une nature qu’ils nous faisaient aimer.
Hockney n’aime rien ; il s’amuse comme un adolescent heureux d’une technique découverte. Il nous détourne du monde pour nous enfermer dans une ironie finalement destructrice. Peintre païen mais sans sagesse.
LA RELIGION DES HUSSARDS NOIRS Instituteurs des débuts de la IIIème République
Pour une " religion laïque "…
Dans les années 1860-1870, Ferdinand Buisson, Jules Steeg et Félix Pécaut, tous trois protestants, ont en effet élaboré une sorte de réforme du christianisme et tous trois, dès 1879, vont jouer un rôle important dans l'organisation de l'enseignement primaire : dès 1880, Félix Pécaut organise et dirige l'école normale de Fontenay, où il dispense des cours de morale aux futures institutrices ; Jules Steeg lui succède à sa mort en 1896, après avoir publié en 1882 un Cours de morale à l'usage des instituteurs. Quant à Ferdinand Buisson, inspecteur général de l'instruction publique, il est à la tête de l'enseignement primaire de 1879 à 1896, et ses directives vont façonner la politique scolaire de la Troisième République jusqu'en 1940 : plus que Jules Ferry, c'est lui qui est véritablement la cheville ouvrière de cette politique scolaire, lui qui établit les programmes et rédige les instructions aux instituteurs - et c'est donc à lui que doit être portée à crédit la diffusion massive du Tour de la France par deux enfants. Il est en outre l'auteur de plusieurs ouvrages qui définissent sa propre conception de la religion et de la façon dont elle doit ou ne doit pas être enseignée : De l'enseignement de l'histoire sainte dans les écoles primaires (1869). La Religion, la Morale et la Science. Leur conflit dans l'éducation contemporaine (1902), et surtout La Foi Laïque (1912), qui rassemble ses principaux discours et articles sur le sujet.
Les idées de Ferdinand Buisson sont très particulières, et sa conception du rapport religion/laïcité tout à fait originale : il ne s'agit pas d'évacuer la religion au profit de la morale et la spiritualité au profit du matérialisme ; il ne s'agit pas non plus de ne conserver de la religion que sa dimension morale ; et il ne s'agit pas davantage de se borner à ménager les convictions religieuses de la population. Il s'agit véritablement de fonder une nouvelle religion, une religion "qui n'a ni autels, ni dogmes, ni miracles, ni clergé, et qui est simplement l'aspiration de l'homme vers toutes les formes de la perfection de l'esprit". Les idées de Ferdinand Buisson, on le voit, ne sont ni celles de Paul Bert, ni celles de Jules Simon, ni même celles de Jules Ferry, mais ce sont, à d'infimes variations près, celles de l'auteur du Tour de la France par deux enfants, et l'on peut aller jusqu'à dire que, en imposant ce manuel dans toutes les écoles primaires, Ferdinand Buisson n'a peut-être pas tant cherché à garantir strictement l'application du principe de laïcité voté en 1882, qu'à substituer au christianisme traditionnel une nouvelle religion, qui serait au protestantisme ce qu'a été le protestantisme au christianisme, c'est-à-dire une réforme libérale et morale, un retour à l'essence même de la religion.
Cette nouvelle religion, "sans dogmes, sans miracles, sans prêtres", a bien entendu un fort ancrage chrétien. Elle respecte la plupart des commandements du Décalogue, elle condamne les sept pêchés capitaux, elle exalte les trois vertus théologales et les quatre vertus cardinales. Interdictions et prescriptions chrétiennes sont non seulement respectées dans Le Tour de la France par deux enfants, mais aussi illustrées par des épisodes qui dénoncent les méfaits de l'avarice, de la colère, de l'envie, de la gourmandise, de l'orgueil ou de la paresse (pêchés capitaux), exaltent la foi, l'espérance et la charité (vertus théologales), ainsi que le courage, la justice, la prudence et la tempérance (vertus cardinales). On reconnaît même au passage la transposition de quelques épisodes de la Bible (par exemple la parabole du Bon Samaritain, au chapitre XXXI, et la tempête sur le lac de Tibériade, apaisée par la prière, au chapitre XCIX), l'illustration de paroles du Christ ("frappez et l'on vous ouvrira", au chapitre II), ainsi qu'une citation explicite, mais non référencée, de l'Evangile ("Que votre main gauche ignore ce qu'a donné votre main droite", épigraphe du chapitre XIX).
Religion dont le fond reste chrétien,
à forte tonalité protestante, mais qui se veut aussi œcuménique
et prône "un idéal moral qui n'est ni dépendant ni
exclusif d'aucune formule métaphysique", qui se définit avant
tout comme humaine, distingue nettement la religion de l'Eglise, et lutte
fermement contre les superstitions qui entravent le développement
de la liberté et de la connaissance :
“Tout ce qu'il y avait, je ne dirai pas
de divin, mais d'humain, et par conséquent de précieux dans
les religions du passé, nous l'avons gardé intégralement.
Nous n'en avons rien retranché ; nous n'avons diminué en
rien le patrimoine de la conscience humaine. (…) Nous n'entendons nullement
faire la guerre à l'idée religieuse, encore moins supprimer
la liberté religieuse. Ce que nous voulons combattre (…) ce n'est
pas l'idée religieuse, c'est l'idée ecclésiastique,
l'organisation cléricale ou plutôt la tyrannie cléricale.
C'est surtout l'établissement, au service de la contre-révolution,
de tout un système de contre-éducation, qui, sous prétexte
de religion, perpétue les superstitions, les préjugés
et les fanatismes ; je veux parler d'un ensemble de procédés
qui constituent une véritable entreprise d'abêtissement.”
Ferdinand Buisson
LA RESURRECTION DES DISCIPLES D'EMMAUS Luc 24 v 13 à 32
Comment terminer l'histoire de la bonne nouvelle par la mort du héros en pleine force de l'âge ? Telle fut une des grandes questions de la première communauté chrétienne. Et chaque évangéliste fait état de ces légendes d'apparition qui disent, chacune à leur manière, que la mort n'a pas le dernier mot. Luc, dans cet épisode d'Emmaüs, ne déroge pas à la tradition mais fait œuvre d'originalité car il a probablement composé lui-même une bonne partie du récit.
Il y a dans cette belle histoire un permanent quiproquo. Lorsque Jésus apparaît aux disciples, ceux-ci ne le reconnaissent pas et, lorsqu'ils le reconnaissent, Jésus disparaît. Le ressuscité est donc une sorte de compagnon de route irréel que l'on ne peut voir et connaître en même temps. Il est absent lorsqu'il est présent et présent lorsqu'il est absent. Il ne peut se faire connaître que dans le regret de ne pas l'avoir reconnu. C'est ainsi que Luc exprime le paradoxe de cet homme qui est mort mais toujours présent et beaucoup plus présent depuis qu'il est mort.
Et voilà que les disciples, interrogés sur la route par Jésus, se perdent dans cette histoire de tombeau, de femmes qui n'ont pas vu le corps et puis d'autres compagnons qui sont allés au tombeau et n'ont pas vu Jésus, comme les disciples en ce moment, sur la route d'Emmaüs, ne voient pas Jésus qui marche avec eux.
" Esprits sans intelligence, cœurs lents à croire tout ce qu'ont déclaré les prophètes… ", interrompt Jésus, arrêtez avec vos histoires de corps qu'on a vu ou qu'on n'a pas vu, je vais vous expliquer les Ecritures. Le problème de la résurrection ne consiste pas à savoir si le tombeau est vide, mais à avoir un cœur et une intelligence pour comprendre cette histoire écrite de Dieu qui réclame, par Moïse et par les prophètes, qu'on fasse ce qui est bien à Ses yeux et que l'on pratique la justice. Par exemple, que l'on s'occupe de la veuve, de l'orphelin, de l'étranger et du pauvre.
Ce n'est qu'après avoir rappelé cette lutte de Dieu et fait le geste habituel de rupture du pain que Jésus est reconnu. Mais aussitôt, il disparaît : le ressuscité n'est pas celui qui a quitté le tombeau, mais c'est le disparu qui a expliqué les Ecritures et partagé le pain (le disparu de Pâques, comme dit Louis Simon à propos de son récent livre " Mon Jésus ").
Alors les disciples se lèvent. Mais le verbe en grec, traduit par "se lever" est le même que celui traduit ailleurs par "ressusciter". La résurrection est donc contagieuse, communicative. Lui ressuscite d'expliquer les Ecritures ; eux ressuscitent d'avoir entendu les Ecritures. La résurrection est le partage du pain, de la bénédiction et de cette longue route faite ensemble, pendant laquelle on cherche à comprendre, avec le cœur et l'intelligence, la vieille sagesse d'Israël. Elle se passe donc dans notre tête et pas dans une histoire de corps que l'on n'aurait plus vu.
D'ailleurs, les ressuscités d'Emmaüs ne voient le ressuscité que lorsqu'ils ne le voient plus. Parce que la résurrection, pour reprendre le verset 32, c'est quand les cœurs brûlent de se faire ouvrir les Ecritures.
Qu'évoquent les récits de Résurrection
?
Pierre et Jean, sur les dires des femmes,
de ces femmes comme telles, mais aussi comme
médiatrices de toutes les communautés porteuses de ce message,
Se rendent en hâte au Tombeau, pour
vérifier…
Mais elles n'y peuvent précisément…
rien voir.
Dans le tombeau disparaît la chose
à voir.
Risque alors de naître la relation
à la personne….
Entre les deux mouvements, celui de voir
et celui de croire, gît l'inévitable enjambement, qu'on nomme
la Foi.
Le mystère par excellence - que ne
peut éviter personne puisqu'il s'agit de la mort - débouche
inexorablement sur ce…vide.
Par rapport à cette chose à
contempler, la Foi est Libération.
Elle perce le mystère, pénètre
jusqu'à la personne mais ne repose jamais que sur la seule relation
avec elle.
L'Ange ne dit rien d'autre que :
"Celui que vous cherchez n'est pas ici”
(Marc 16,6)
La Foi est libération par rapport
à la réduction à la chose à contempler, pour
passer à la relation à la personne sur qui, seule, elle repose,
et de qui elle dépend.
C'est bien ce qu'éclaire le message
de l'Ange : "Celui que vous cherchez n'est pas ici "…
Celui que l'on cherche à atteindre
à travers cette mort n'y est pas lui-même domicilié.
La quête débouche sur un gouffre
: le vide.
C'est en passant au-delà - de l'autre
côté de la rive- en enjambant l'abîme qui nous sépare,
qu'alors éclate la Foi
… sans pouvoir trouver aucune espèce
de justification dans le fait, dans l'objet, dans la chose.
Ce n'est qu'à cette condition et
à ce prix que l'amour est possible.
Ne peuvent jamais cohabiter amour et preuve.
L'amour, par nature, exclut toute vérification. Le besoin de preuve
détruit la relation, en tentant de s'y substituer.
LA JOIE DE PAQUES ET NOTRE RIRE
Nous sommes terriblement rebelles à la joie, le fond de nos cœurs lui est fermé et même hostile. Nous estimons que tout le progrès que nous avons fait depuis plusieurs années, c'est de ne plus croire au bonheur, c'est de ne plus nous attendre à la joie.
Parce que nous sommes devenus si pessimistes, nous croyons être devenus raisonnables. Nous pouvons disserter indéfiniment sur tous les dangers qui nous guettent, sur le poids des impôts et sur l'aggravation probable de la crise, mais nous sourions dès que quelqu'un veut nous persuader du bonheur. Nous nous sommes fait une vertu de ne pas croire en Dieu, de ne pas espérer en lui et nous tenons, comme à la plus chère de nos acquisitions, à la plus sûre de nos expériences, à ne pas nous laisser entraîner à cette chose si douloureuse et qui nous a déjà fait tellement souffrir : espérer.
Oui, sans doute, il est impossible à l'homme d'être heureux. Il nous est terriblement difficile, avec nos soucis, avec les deuils que nous avons subis, avec les déceptions que nous avons rencontrées, de croire que nous pourrions encore nous renouveler, recommencer notre vie et trouver un nouveau bonheur. Et cependant, ce qui est impossible à l'homme est justement ce qui est si aisé à Dieu. C'est précisément à Dieu qu'il appartient de faire cette chose impossible : nous rendre heureux. Comment voulons-nous que Dieu se manifeste si nous ne laissons opérer en nous que les choses que nous pourrions faire nous-même. Faire des choses impossibles, c'est la part de Dieu, c'est son attribut imprescriptible, c'est sa signature. Notre grand péché, c'est de ne pas assez attendre de Dieu, de ne pas assez exiger de lui et, par le fait même, nous lui refusons le moyen de se montrer Dieu en nous. Toute l'étendue en nous que nous avons fermée au bonheur, nous l'avons fermée à Dieu. Toutes les zones de notre âme où nous nous sommes résignés à ne pas laisser entrer la joie et la lumière, nous en avons exclu Dieu. Il faudrait accepter cette chose impossible : que le bonheur nous envahisse de nouveau, qu'il soulève toutes les montagnes de notre cœur, qu'il nous réjouisse de la plus fraîche, de la plus neuve, de la plus violente joie, pour que Dieu en nous puisse redevenir Dieu. Et c'est précisément ce qui devrait se passer… à Pâques.
A Pâques, il nous est révélé combien Dieu s'intéresse à nous, combien Dieu veut intervenir dans nos vies, combien Dieu veut prendre de place dans notre existence, et son amour est tel que si on consent à y croire, il ne peut pas faire autre chose que de prendre en nous toute la place et opérer tout renouvellement. C'est cela que la Passion nous révèle, c'est que Dieu nous aime. L'amour qu'il a pour nous, la passion d'amour avec laquelle il veut nous transformer et nous sauver. La Passion nous révèle notre terrible pouvoir sur Dieu. Quand quelqu'un nous aime, nous avons un grand pouvoir sur lui, pouvoir de le réjouir, pouvoir de le faire souffrir.
Eh bien, la Passion est la révélation du pouvoir que nous avons sur Dieu. Il s'est livré à nous, nous l'avons eu à notre disposition, on en a fait ce qu'on a voulu. On a pu prendre sa main, mais c'était pour la percer, son visage, mais c'était pour le souffleter. Son cœur, il nous l'a livré, c'était pour que nous le percions. On a pu tout lui faire, le dénuder, et tout ce qu'on peut faire subi à quelqu'un qui vous aime et qui vous est livré.
Et cependant, quand on y pense, quelle source de joie il y a là. Tout cela, qu'est-ce que cela signifie, sinon le pouvoir que nous avons sur lui pour le réjouir ? Puisqu'il nous montre ainsi combien il nous aime, il nous montre ainsi combien il est sensible à notre amour. Nous pouvons, pour le réjouir, tout ce que les autres, tout ce que nous-mêmes avons pu faire pour le faire souffrir.
Nous aussi, nous pouvons réjouir son cœur. Quelle joie, quelle audace, quelle folie d'amour doit engendrer en nous l'exemple même de ses bourreaux. C'est avec eux qu'il nous faut rivaliser de zèle et en voyant tout ce que Jésus leur a donné de pouvoir sur lui pour faire souffrir, nous mesurons tout le pouvoir qu'il nous donne sur lui pour le réjouir.
Jusqu'ici, nous avons aimé Dieu d'un amour découragé, accablé, d'un amour qui n'osait pas se dire, qui ne croyait pas plaire, qui n'avait pas l'audace de croire qu'il pouvait réjouir. Nous venions devant lui, et accablés de son silence, nous partions vite. Nous en avions vite assez de rester, de parler, d'agir seuls. Mais ce que la croix nous apprend et ce que nous rend présent la résurrection de Pâques, c'est un Dieu tendre, simple, enfant, infiniment sensible à nos marques d'affection, infiniment vulnérable, un Dieu sans préjugés contre nous, qui prend sa joie dans notre cœur. Quel étonnement est le nôtre !
Dieu est infiniment meilleur que nous ne l'avions jamais cru, Dieu grandit devant nous à sa véritable stature, Dieu, enfin, brise l'étroite enveloppe dans laquelle l'avaient enfermé nos préjugés, nos déceptions. Dieu se montre Dieu devant nous.
C'est cela la joie de Pâques, c'est avoir retrouvé Dieu, l'avoir reconnu tel qu'il est et a toujours été, tel que nous l'avions méconnu. Pâques, c'est venir devant Dieu s'agenouiller, s'asseoir et rire de joie à la pensée qu'on le réjouit.
LES MULTIPLES FACETTES DE L’ORGUE LITURGIQUE
• PATRIMOINE HISTORIQUE ET
LITURGIQUE
L’orgue historique J. Boizard (1714), à
l’Abbaye de Saint-Michel-en-Thiérache, par l’acoustique du lieu,
par ses sonorités et ses nombreuses possibilités de registration,
convient à la musique autour du XVIIIe siècle. Lambert Chaumont,
né peut-être à Liège vers 1630, mort le 23 Avril
1712 à Huy, est à la fois prêtre carmélite et
compositeur. Il est connu par ses 111Pièces d’orgue sur les huit
tons (opus 2, Huy, 1695), groupées par tons et en “Suites”, selon
l’usage français. Serge Schoonbroodt, chanteur, chef de chœur, concertiste
et organiste, confère élan et brillance à ces brefs
Préludes, Duos, Trios, Voix humaine, Récit, Fugue, Écho,
danses diverses (Allemandes, Chaconnes). Il met très adroitement
les registres en valeur (cornet, plein jeu, “cromhorne”...) ; la combinaison
des jeux, particulièrement riche, est conforme à l’ethos
des tons. Il spécule sur la construction claire et transparente.
Ces 41 pièces pouvant être jouées isolément
illustrent à la fois l’esthétique du Nord et du Grand Siècle.
Ce disque peut aussi animer l’entrée et la sortie du culte dans
les Temples dépourvus d’orgue. Il fait honneur à Radio France
(France Musique).
Lambert CHAUMONT, Pièces d’orgue,
par Serge Schoonbroodt, Tempéraments, Tem 31 60 15. 1998.
L’orgue historique de l’Abbatiale de Marmoutier
appartient au parc d’instruments dus à André Silbermann (1709)
et complétés par son frère Jean André (1746).
Cette réalisation émane du Centre Européen de l’Orgue
présidé par le Professeur M. Thomann. Michel Chapuis, spécialiste
du répertoire classique, tant pour la facture que pour l’interprétation,
a judicieusement sélectionné des œuvres démontrant
la valeur de l’instrument et permettant d’exploiter, entre autres, le cromorne
(pas agressif) et de renforcer l’esprit français en insistant sur
les timbres exceptionnels, par exemple, dans des extraits du Livre d’Orgue
de Gilles Jullien, pour rehausser le caractère méditatif
de l’Élévation de Fr. Couperin. Deux chorals de J. S. Bach
pour le temps de l’Avent (Nun komm der Heiden Heiland ) et de Noël
(Wie schön leuchtet der Morgenstern), quelques versets du Magnificat
(de J. F. Dandrieu) avec leur destination liturgique évidente, de
même que le Notre Père (Vater unser ) avec son texte paraphrasé,
développé par Georg Boehm, sont magistralement interprétés.
Fedorova Ekaterina forme avec l’organiste une équipe équilibrée
au service de l’expression. Michel Chapuis, qui n’est plus à présenter
aux Amis de l’orgue, a le mérite d’interpréter neuf œuvres
françaises et allemandes sur un instrument approprié dont
il connaît les secrets et tire le maximum d’expression et de luminosité.
Voici un exemple d’adéquation totale de l’instrument historique
aux œuvres sacrées.
Aux Orgues authentiques André Silbermann
(1709) de l’Abbatiale Marmoutier (en Alsace). Michel Chapuis, SACD 29.
• ORGUES ET INSTRUMENTS
DIVERS
L’orgue prend une large part aux services
religieux (cultes, messes) et, par extension, au concert. Il peut être
associé au chant, à des instruments classiques (violons,
flûtes, hautbois, trompettes...), mais aussi inattendus, comme ce
fut le cas des “Heures Musicales” (1998) à l’Oratoire du Louvre.
Marie-Louise Girod avait convié François Goebel avec sa bombarde
et sa cornemuse, combinant ainsi des sonorités éclatantes.
La brillance du paysage sonore était complétée par
son aspect quelque peu théâtral, “bretonnant “ et folklorique
: succès garanti pour l’ouïe et la vue et pour l’auditoire
qui avait envahi l’Oratoire. Après la splendide improvisation à
l’orgue sur le thème du Choral Nun komm der Heiden Heiland (pour
le temps de l’Avent), le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, particulièrement
solennel, ainsi que trois versions de S. Scheidt, D. Buxtehude et
J. Pachelbel du choral précédant, ont suivi des pièces
bretonnes pour bombarde et orgue, y compris une Improvisation sur
un Angelus breton traité en canon. L’ENSEMBLE POLYPHONIQUE DE VERSAILLES
(environ 80 chanteurs), sous la direction si sensible et attentive de François-Marc
Roger, présenta un choix varié de pages de musiciens bien
connus : Ch. Gounod, Z. Kodaly, I. Stravinsky, B. Britten et le regretté
Roger Calmel, dont le Salve Regina fut interprété et écouté
avec émotion, de même que le Notre Père de M.
Duruflé. La version de Amazing grace (cornemuse, orgue et chœur),
posa un point d’orgue, en apothéose, sur ce concert exceptionnel.
Les exemples ne manquent certes pas pour
illustrer le rôle de l’orgue, “Roi des instruments” et des organistes
: virtuoses dans le cadre de la vie culturelle et sociale (concerts spirituels)
et surtout liturgiques dans le cadre de la vie cultuelle et religieuse
(cultes dominicaux et services solennels). C’est dans ce sens que J.-S.
Bach, selon son charisme, a œuvré toute sa vie .
