
Éditorial Foi
et Athéïsme, Christian Mazel
Croyez-vous
au diable ? C.M.
Le
diable et l'exorcisme romain, ENI
Billet d’humeur, "C'est
quelques fois la faute aux médias", Claudette
Marquet
Emotions,
Jean-Paul Sauzède
Églises,
Pluralisme d'expressions ou dogmatismes, Pierre
A. Bailleux
La lettre écarlate
Le protestantisme réformé,
un espace de vie
Un nouvel ordre moral,
Heureux
qui chemine avec les autres, anonyme
Il y a des religions
athées.
Contrairement à
ce que qu'on croit souvent, la foi en un Dieu personnel ne définit
pas la religion. Des religions ne placent pas Dieu au centre de leur affirmation:
bouddhisme, confusianisme, shintoïsme (Japon)... Les 3 religions monothéistes
(Judaïsme, Christianisme, Islam) n'ont pas le monopole de la foi religieuse.
À l'intérieur des religions monothéistes, la question de l'athéisme subsiste : Dieu, du fait de sa transcendance, n'est rien de ce qui existe. Le théologien Jean Scot Erigène (lXe siècle) appliquait à Dieu le mot "Rien". Chez certains cabbalistes juifs, Dieu est SEFIRAH, c'est à dire NEANT.
Les chrétiens
se sont trop souvent considérés comme propriétaires
de Dieu, en tous cas de la vérité sur Lui. Cette prétention
a conduit à toutes les violences perpétrées durant
des siècles. Les chrétiens et les monothéistes sont
souvent responsables des images que les gens se font de Dieu.
Les images de Dieu
tout-puissant, dangereux, rétributeur, sanguinaire (Rédemption
par le sang) défigurent le Père présent dans l'Évangile
de Jésus. Des croyants peuvent ainsi justifier l'athéisme
d'honnêtes chercheurs en quête de Dieu.
Avec la "mort des certitudes" et la nécessaire reconnaissance de l'agnosticisme (conviction selon laquelle nous déclarons ne pas savoir), la frontière entre croyant et athée devient floue, perméable et poreuse.
Si les croyants admettent que toutes les religions sont imparfaites, inadéquates selon certains aspects, relatives aux temps et cultures, et si les athées renoncent à toute forme de "bigoterie" anti-religieuse, alors le dialogue devient échange. Un athée qui cherche n'est-il pas plus croyant qu'un convaincu bardé de certitudes et qui excommunie les autres ?
Une prière s'exprime
: "Nous te prions pour les croyants guettés sans cesse par leur
propre incrédulité et pour les incrédules que leur
doute peut conduire si près de Toi ".
" La libre pensée
est une bonne nouvelle et la bonne nouvelle rejoint la libre pensée".
" Etre chrétien
et revendiquer ma liberté de pensée n'est pas contradictoire
".
" Ce livre... veut
jeter des ponts, stimuler la traversée : que des chrétiens
osent aller plus avant en terre laïque ; que des laïcs osent
s'aventurer plus fermement en terre évangélique.
Derriére les
mots trop usés, les expériences sont parfois plus proches
qu'on ne l'imagine ".
" ... J'en suis convaincu
: il est temps de rapprocher les libres penseurs et les libres croyants
".
CROYEZ-VOUS
AU DIABLE ?
L’Equipe de rédaction d’Evangile
et Liberté lance une enquête sur cette question.
Nous nous proposons d’interroger des personnalités
avec des points de vue théologiques et religieux très divers.
L’enquête durera plusieurs mois. Un
mensuel marche à grandes étapes…
Nous commençons par les réflexions
que donne le document romain sur le “Nouveau rituel d’exorcisme” qui traite
de cette question.
D’autres réactions suivront.
C.M.
LE DIABLE ET L’EXORCISME ROMAIN
Le diable existe. C’est ce qu’affirme un document publié par le Vatican le mardi 26 janvier 1999: le décret du “ Nouveau rite des exorcismes ”.
Suivant les indications données en 1963 par le Concile Vatican II, Rome avait modifié, les années suivantes, tous les différents rites liturgiques, sauf un, celui des exorcismes, dont le texte remonte à 1614.
L’exorcisme suppose l’existence personnelle d’un ange, créé bon par Dieu, mais qui devient par sa faute ennemi du Seigneur : Satan. Certains théologiens catholiques – comme le Néerlandais Herbert Haag- ont soutenu que l’existence de Satan en tant que personne ne peut se fonder sur la Bible. Le “ Malin ” ou le “ Diable ”, selon Herbert Haag, serait seulement une grande métaphore pour indiquer la puissance terrible du mal.
De son côté, le théologien
suisse Urs Von Balthasar, décédé il y a dix ans, affirmait
: “ ’Eglise ordonne de croire qu’il existe un enfer éternel ; mais
celui-ci pourrait être vide ”.
Mais comme l’avait déjà fait
Paul VI (décédé en 1978), même le pape Jean-Paul
II en 1986 avait répété comme une vérité,
l’existence du diable, et soutenu que la plus grande victoire du démon
est justement celle de faire croire qu’il n’existe pas.
Le nouveau rite des exorcismes, se référant aux nombreux passages dans lesquels l’Ancien Testament et Jésus parlaient de Satan, et rappelant la définition du Concile de Latran (Rome en 1215) proclame l’existence du diable, et donc la nécessité, en certains cas rares, de l’exorcisme. Les diables, souligne le texte, “sont des créatures angéliques, qui se sont opposées à la volonté salvatrice de Dieu”.
Le nouveau rituel maintient la distinction entre “exorcisme mineur”, c’est-à-dire la prière avec laquelle les catéchumènes “renoncent à Satan”, et “l’exorcisme majeur” qui vise expressément à libérer de la possession diabolique.
Mais l’exorciste (toujours un prêtre,
et nommé par l’évêque de son diocèse), précise
le texte du Vatican, doit “agir avec la plus grande prudence. Il ne doit
pas penser que celui qui souffre d’une maladie psychique est possédé
par le démon”.
“Les signes de l’obsession diabolique, continue
le document, sont : parler des langues inconnues, manifester des choses
lointaines et occultes, démontrer une force physique non conforme
à l’âge et à l’état de santé, ou une
aversion viscérale envers Dieu, au nom de Jésus, à
la Vierge Marie. Mais ces signes peuvent être seulement un indice,
car on ne doit pas croire qu’ils proviennent nécessairement du diable”.
Pour distinguer s’il s’agit d’une maladie psychique, ou d’une véritable “possession diabolique”, précise le texte, l’exorciste peut consulter “des experts en science médicale et psychiatrique, qui ont le sens des réalités spirituelles”. C’est justement à cause de ceci que les journalistes italiens écrivent qu’avec ce nouveau document, le Vatican s’ouvre aux théories de Sigmund Freud.
Mgr Corrado Balducci, un des plus grands experts italiens en exorcisme (sur sa carte de visite, il est écrit démonologue) a affirmé à la revue Avvenire, journal des évêques catholiques italiens : “La possession diabolique est un cas très rare. Sur mille cas de personnes que l’on dit possédées, 970 ont seulement des troubles psychiques ; les trente autres présentent une combinaison de phénomènes psychiatriques et para-psychologiques, et ont certains pouvoirs qui vont faire l’objet d’examens ultérieurs ; et à la fin, cinq ou six, au maximum, sont des vrais possédés du démon ”.
Mais d’autres journaux ironisent sur la possibilité même de l’existence du diable, le grand adversaire du bien et de Dieu : “Si avec le nouveau rituel écrit Il Manifesto, les nouveaux apôtres réussissaient à arracher définitivement le mal et les ténèbres, qu’adviendrait-il de nos pauvres jours ? Nous attendons avec anxiété la version du rituel des exorcismes de l’an 3000 ”.
Que ce soit dans une manifestation sportive, la remise d’un oscar, ou encore l’événement quotidien filmé à la télé, c’est l’émotion qui est traquée, c’est elle qui va donner à l’action sa force et son intensité.
Filmer l’événement porte peu à conséquence, mais accrocher sur l’image la mort en direct, les larmes qui coulent ou le cri du désespoir, voilà qui va susciter l’impact, l’intérêt de l’émission. Mettre au grand jour ce qui est du secret, de l’intime de chacun. Comme ces files de voitures qui, sur l’autoroute, en sens inverse, ralentissent pour observer l’accident et guetter quoi ? L’impact, les dégâts ou la souffrance de l’autre sur le bas-côté, son émotion et son sang ? L’angoisse de l’autre et sa joie, sa souffrance et ses rires, nous renvoient à nous-mêmes, à nos larmes et nos joies. Ils sont une sorte de regard sur nous-mêmes. Mais, ouf, il s’agit d’un autre, des autres ! Regardons, mais passons vite.
Pourtant, dans cette soif d’émotions,
celle de la dernière course de vélo, et celle qui a traversé
le défilé de mode, ce film, cette exposition, et même
cette rencontre politique, il y a un langage, qui, au-delà des mots
et de ma raison, me touche et me parle. C’est un langage qui me parle,
comme un langage archaïque que je ressens et qui me nourrit de façon
parfois saine ou parfois toxique (les neurosciences nous le montrent très
clairement aujourd’hui).
Je me souviens d’un président d’une
grande association protestante qui après de nombreuses années
de service bénévole, alors qu’il était généreusement
et justement remercié, dit à la tribune : “je ne suis pas
là pour faire du sentiment”. Mais si !!! Justement ! Faisons du
sentiment, osons dire ce qui nous renoue et nous touche, parlons de notre
cœur et pas toujours de notre tête.
D’où vient que nous ayons appris
à cacher nos sentiments, à dire nos colères, nos peurs,
nos élans ou nos chagrins avec tant de difficultés ?
D’où vient que nous soyons toujours
à masquer nos larmes, à détourner les conversations
dès que du sentiment et plus encore de l’émotion, surgissent
au coeur de la relation ?
Sans doute, la pudeur vient protéger
notre intimité et masquer ce qu’il devient risqué de dévoiler
dans le contact et la relation à l’autre. Ces émotions dissimulées
nous renvoient aussi vers des évènements plus anciens et
plus douloureux de notre histoire personnelle.
Pourtant, entrer en relation nécessite
un dévoilement. Le dévoilement de son cœur, et de ses émotions.
Cela demande pour certains du courage et de la patience. Pour d’autres,
simplement un élan spontané.
Entrer en relation demande d’oser. oser dire
et se dire. Oser se montrer et accueillir l’autre avec tout ce qu’il est,
et pas seulement avec son intelligence.
Entrer en relation demande de prendre le
risque de dévoiler un peu de ce que je suis, de ce que je ressens,
de ce qui me touche ou me fait vibrer, de ce qui parle à mon cœur.
Et cela n’a rien de mièvre. C’est
un langage d’homme.
L’Eglise de l’Alliance à Braine (Belgique) lance une protestation au président de l’Eglise Protestante Unie de Belgique, qui envisage une modification de la base actuelle de cette Fédération, pour adopter une structure commune avec le mouvement fondamentaliste. Voici quelques extraits de cette lettre.
La lettre écarlate
Le
protestantisme réformé, un espace de vie
Un nouvel
ordre moral
LA LETTRE
ECARLATE
Au 17ème siècle, une “lettre
écarlate” offrait à la vindicte populaire tout ce qui ne
rentrait pas dans les normes d’une communauté puritaine dans la
Nouvelle Angleterre. C’est ce que Nathaniel Hawthorne dénonce dans
son roman “The Scarlet Letter” en 1850, véritable fable de la rédemption
et de la justice de Dieu où tout péché est signe de
damnation.
On pourrait penser qu’un tel récit
relève de la pure fiction ou d’une époque révolue.
Ce serait faire fi des mécanismes socio-religieux qui nous paraissent
au contraire fonctionner avec une grande efficacité dans nos sociétés
contemporaines.
Dans le flux et le reflux des idéologies dominantes qui marquent l’écoulement de l’Histoire, il semble que nous vivons actuellement une vague d’intégrisme en réaction à la pensée libertaire qui suivit la prise de conscience de mai 68.
Cet éternel retour au même, n’épargne pas les communautés ecclésiastiques. Le christianisme réformé a connu ses heures de profond libéralisme théologique qui a imprégné la spiritualité de générations de protestants.
C’est cette église, ouverte sur le monde et donnant à l’humain toute sa possibilité d’être, qui nous a interpellés. Cette église a donné et devrait continuer à donner à des protestants la possibilité de vivre un christianisme en dehors de toute aliénation dogmatique et doctrinaire, la possibilité de vivre sa foi personnelle dans la liberté, la possibilité de reconnaître l’Autre, son prochain, dans sa différence –quelle qu’elle soit- et de lui conserver sa dignité.
Où est cette église aujourd’hui
? Elle est là où des chrétiens continuent à
lutter pour que survivent des valeurs d’amour, de tolérance, de
respect, de dignité face à des juges qui condamnent au nom
d’une connaissance du péché qu’ils prétendent seuls
détenir et qu’ils sont, en fin de compte, seuls à définir.
Mais qui peut dire ce qu’est le péché aux yeux de Dieu ?
La liberté de conscience et le libre
examen, principes énoncés par Martin Luther, Sébastien
Castellion et Alexandre Vinet sont des valeurs pour lesquelles nous nous
sommes voués corps et âme depuis de nombreuses années.
LE
PROTESTANTISME REFORME, UN ESPACE DE VIE
Pour le protestant réformé,
la foi –cheminant en étroite complicité avec la raison- s’avère
être une source de progrès et de réelles inspirations
quant à son propre devenir et à celui de l’humanité.
Dans cette quête existentielle, le libre examen –appréhendé comme une méthode et non comme une doctrine- apparaît comme une condition essentielle à tout progrès réel de la conscience humaine. C’est en cela que cette méthode profondément ancrée dans la tradition réformée reste un outil spécifique et nécessaire (dans le sens philosophique du mot) légué à tout protestant.
Certes, il est des questions qui taraudent la conscience, mais on n’arrivera jamais à tout clarifier ; c’est pourquoi, sans confondre la foi et la raison, le protestant en cherchera donc les relations, les rapports et les interdépendances éventuelles. La spiritualité trouvera dans le doute le creuset préalable d’où surgiront la connaissance et une réflexion authentique permettant d’opposer à l’obscurantisme religieux –source de tous les fanatismes et de l’intolérance qui asservit l’homme- la voie royale d’une foi libérée des entraves dressées face à Dieu, à lui-même et aux autres.
Ainsi donc, dans cette volonté de vivre autrement sa foi, tout espace sacré –comme domaine de prospection réservé aux uns et dénié aux autres- perd son sens et relève d’une limitation arbitraire tracée par certains pour vouer à la damnation ceux qui ne reconnaîtraient pas le monopole qu’ils prétendent détenir du message chrétien.
Le seul espace que reconnaît la foi réformée est un espace de vie qui échappe à toute coercition institutionnelle. Le protestantisme n’a jamais connu et ne connaîtra jamais de nihil obstat, d’imprimatur ou d’index car la recherche philosophique, théologique et éthique est formellement libre.
Que notre spiritualité est bradée
au goût du jour, voilà une des accusations portée à
notre égard par les milieux obscurantistes. Or, nous affirmons à
la suite de Hegel, philosophe protestant, que “ce n’est pas en niant les
contradictions, mais en se montrant capable de les affronter, de les mettre
en valeur, de les analyser et de les surmonter au prix de nouvelles contradictions
et de nouveaux développements que l’on fait preuve de forces spirituelles
””.
C’est dans la foulée de ce postulat
que le protestant réformé inscrit sa démarche, ne
cherchant en aucune manière à susciter des luttes stériles
et à entretenir de vaines polémiques. Bien au contraire,
son projet est de maintenir une qualité de réflexion, de
participer dans un climat fraternel à des débats, d’ouvrir
le chemin vers un véritable dialogue…
UN NOUVEL
ORDRE MORAL
Depuis quelques années, des églises
fondamentalistes (de type charismatique ou évangélique qui
possèdent (–elles-seules- La Vérité) ont interpellé
officiellement le Ministre de la Justice.
Ces églises fondamentalistes ne reconnaissent
pas deux des principes de la Réforme, à savoir : la liberté
de conscience et le libre examen.
Heureux qui chemine avec les autres
Heureux qui chemine avec les autres
en se rappelant la lenteur de son propre
cheminement.
Heureux celui qui se croyait exclu et qui
s’est senti écouté et accueilli.
Heureux qui sait écouter la richesse
inédite des autres.
Heureux qui, en parlant des pauvres et des
exclus quand ils sont lointains, ne reste pas sourd à leurs cris
et à leurs paroles quand ils sont proches.
Heureux celui qui entre en communication
avec les immigrés
tout proches et le Tiers monde plus lointain,
sans les rendre encore plus dépendants.
Heureux qui cherche d’autres langages que
les mots
pour entrer en communion avec les autres.
Heureux celui qui accepte d’exposer ses
idées
tout en acceptant que les autres refusent
d’y adhérer.
Heureux qui ne se prend pas pour le centre
de l’humanité.
Heureux celui qui, sans craindre les épreuves,
s’enracine dans la durée et la patience,
sans jamais se lasser de faire des petits
pas pour rencontrer enfin les autres.
[…]
Heureux qui a un souci de cohérence
entre ce qu’il dit et ce qu’il fait ;
entre sa vie personnelle et les combats
qu’il mène ;
entre son attention aux personnes et ses
actions sur les structures.
Heureux qui s’en remet chaque jour à
Dieu dans la prière,
il sera efficace par la grâce de Dieu.
Heureux celui qui est humble. Il aimera
comme Dieu.
Heureux celui qui espère toujours
:
il trouvera la route qui conduit au cœur
des autres et de Dieu.
