de mai 1999

Éditorial
RESPONSABLES ET COUPABLES Christian Mazel
Articles et chroniques
LES ENFANTS D’ABORD, la chronique cinéma de Jean Domon
INSTITUTION ET AUTORITÉ Pierre STABENBORDT
L’AFRIQUE NOIRE ENTRE LA TOURMENTE  ET L’ESPOIR Esclavage - Colonisation - Indépendance Pierre Cadier
ENQUETE : CROYEZ-VOUS AU DIABLE ?
Billet biblique n° 3 JESUS TRAVAILLEUR Henri PERSOZ
Le dossier
Freud et la Bible
Textes divers
Prière des indiens Hopi
Fête des mêres, Charles SINGER
Prière, Waltraud Verlaguet
Ma maison, Antoine NOUIS
Courrier des Lecteurs
La résurrection de Jésus, Maurice Causse 15/03/99
Les statuts de l'ERF et le libéralisme théologique, Raymond Magill, 77210
À propos du barthisme en France, Bernard Reymond, Lausanne.
Au sujet de la résurrection et le temps de cet évènement, Elyan Cohin, Manosque 04100

LES ENFANTS D’ABORD
On peut regretter que le réalisateur d’Un dimanche à la campagne ou du Capitaine Conan se soit adonné, avec ÇA COMMENCE AUJOURD’HUI et après la réussite télévisuelle de De l’autre côté du périph, à quelque chose qui ressemble plus à un socio-documentaire qu’à une fiction. Mais comment empêcher Bertrand Tavernier, dénonciateur enragé de l’A.M.I., défenseur passionné des sans-papiers et autres urgences, de se saisir du langage cinématographique qui est le sien comme d’une arme, ou comme haut-parleur à ses “gueulantes” bien connues ? On lui reproche son “misérabilisme”, mais au moins ce coup de projecteur, un peu trop accumulateur de catastrophes j’en conviens, a-t-il le mérite de poser la question de l’étouffement du monde scolaire par la détérioration de son environnement social. Voilà qui est plus utile à ma conscience citoyenne que les circonvolutions intello-nombrilo-masochistes d’un certain nombre de films français récents prétendus psychologiques. A part la curieuse déclaration “face-caméra” d’une institutrice, la démonstration m’a paru éviter le didactisme et en plus de la remarquable prestation de l’instit-idéal, Philippe Torreton, les enfants, dans leur spontanéité et leur vérité, captivent notre émotion.
On a reproché également à ce film de n’en être pas un, de ne pas avoir de style. Ce n’est sans doute pas du “grand cinéma” comparable à la dramaturgie superbe et profondément humaine de La Ligne Rouge. Mais pourquoi vouloir les comparer ?A travers son enquête précédente la caméra de Tavernier a trouvé un rythme vif et mobile, un usage du plan rapproché convainquant, une image colorée au service d’un scénario équilibré.Le sujet et la façon dont il est traité ne doivent pas nous masquer le fait qu’il s’agit bel et bien d’une fiction.
C’est également le souci d’une enfance menacée qui a conduit un autre cinéaste, Jacques Doillon, à sortir sur les écrans ces jours-ci, PETITS FRERES. Et c’est aussi sans conteste, une fiction.on connaît les talents de Doillon dans la direction de très jeunes acteurs. Qu’on ne s’y trompe pas, la créativité de ces adolescents l’est dans l’interprétation, pas dans le texte qui est rigoureusement écrit comme toujours par l’auteur. Si le scénario m’a paru plus léger que chez Tavernier l’intérêt du film réside ici aussi dans l’enchaînement des séquences qui créent un climat particulier.Un climat qui n’est pas sans nous angoisser quand on voit ces “petits” obligés de détruire et de voler s’ils veulent trouver leur place à côté des “grands”. Autant dans le premier cas les adultes, enseignants et parents, sont liés dans leur combats ou leurs démissions, à la périlleuse croissance des gamins, autant ici sont-ils totalement absents. Mais quel humour et quelle santé percent derrière l’angoisse !

Et si l’on a raison de rechercher dans le cinéma sa dimension esthétique et magique, pourquoi ne pas aussi apprécier cette autre veine créatrice qui nous livre le point de vue d’un auteur sur un sujet qui nous concerne tous. Un film peut être aussi l’invitation à un dialogue, avec l’auteur et entre les spectateurs. Les deux titres cités fournissent matière à ce dialogue et ouvrent le débat.On pourrait y ajouter un troisième, également récent, et qui lui se voulait carrément documentaire grâce à une caméra braquée en exclusivité sur les élèves d’un Collège de Gennevilliers : GRANDS COMME LE MONDE, de Denis Gheerbrant. Ce cinéaste modeste avait déjà réalisé un tournage dont le titre conviendrait parfaitement à définir ce mélange d’inquiétude et d’optimisme que nous inspirent nos jeunes générations : la vie est immense et pleine de dangers.

Jean Domon
 
 

INSTITUTION ET AUTORITÉ Pierre STABENBORDT
La proximité des élections au Parlement Européen relance un débat déjà ancien : celui de l’autorité dont peut jouir une institution. De nos jours, des institutions, religieuses aussi bien que politiques, voient leur image de marque entachée de soupçons, soit à cause de leur fonctionnement, soit pour des raisons de personne.
Pour ne prendre que deux exemples, ce débat a été alimenté dès le début de cette année par l’ébranlement d’Institutions, et non des moindres : le Comité International Olympique et la Commission Exécutive Européenne. Dans le premier cas, des membres du Comité ayant été achetés, pour qu’ils influencent le choix d’une ville pour de prochains Jeux Olympiques. Ils ont dû démissionner. Dans le second cas, c’est le fonctionnement de la Commission qui a été critiqué par un rapport au Parlement Européen. Après quelques tentatives pour minimiser l’affaire, puis pour discréditer ce rapport, et après quelques atermoiements, la Commission a dû démissionner collectivement, ce qui constitue une première de taille ! Nous voyons ainsi poindre, parfois, un sentiment de responsabilité parmi les princes qui nous gouvernent…
L’après-guerre avait vu un rêve : faire régner sur notre planète la paix par l’entente des nations ; ce projet s’était concrétisé par la création de l’Organisation des Nations Unies. Dans un autre domaine, mais avec un espoir semblable, il y avait eu en 1948 la création du Conseil Œcuménique des Eglises, puis de la KEK, ensemble d’Eglises protestantes, anglicanes et orthodoxes à l’échelle européenne.
De nos jours, la confiance dans des institutions pour régler les problèmes n’est pas très grande, c’est le moins qu’on puisse dire. Leur magie ne paraît plus efficace.Ainsi, les problèmes des Balkans ne sont pas plus clairs à la fin de ce siècle qu’au début, alors que bien des institutions européennes ou mondiales ont été créées entre-temps.
Est-ce dû à ces institutions elles-même, à leur dysfonctionnement ? Est-ce le manque de transparence, les décisions ou les changements de personnes se déroulant dans des conditions connues des seuls initiés ?Est-ce dû au fait que les états-majors et leurs apparatchiks sont de plus en plus coupés des réalités, éloignés des hommes de la base, et de leurs préoccupations quotidiennes ? Les causes ne sont pas identiques pour toutes, mais toutes sont concernées.
Ce n’est pas la première fois dans l’histoire. Enfants de la Réforme, nous en savons quelque chose, puisque ce mouvement a consacré l’échec de la réforme d’une institution par elle-même. Par ailleurs, on n’a pas attendu la fin de ce siècle, ni même 1968, pour que fleurissent les critiques et les interrogations. Les “affaires”, les soupçons, ne datent pas d’hier.Seulement, de nos jours, on exige des institutions plus qu’autrefois : moins de copinage, moins d’administration, et plus de transparence, plus de vie.Faut-il reprocher aux médias d’en parler ? Faudrait-il cacher tous les cadavres dans des placards ?
Quelques constatations s’imposent. Tout d’abord, il s’agit de faits, et non seulement de rumeurs. Ensuite, tout cela apporte de l’eau au moulin de sectes, et surtout aux Témoins de Jéhovah, pour qui certaines de ces institutions sont signes de la fin des temps : selon eux, ce sont de nouvelles Tours de Babel, érigées par les humains qui se prennent pour des dieux, et veulent lutter avec orgueil contre le vrai Dieu.
Et puis le développement d’Internet, accélère ce mouvement qui, au mieux, rend les institutions superflues, au pire les discréditent. Elles y sont en effet court-circuitées. En d’autres époques, on se serait contenté d’en créer de nouvelles, comme on a remplacé la défunte Société des Nations par l’ONU, ou comme cela s’est passé pour la création d’Eglises libérales, orthodoxes, évangéliques, en face ou contre d’autres. Mais, de nos jours, c’est en dehors de toute centralisation ou organisation officielle que des liens se tissent.
L’un des exemples connus, bien que limite, est le site électronique créé par Monseigneur Gaillot en 1996, “Partenia.org”, après sa nomination au diocèse fantôme de Partenia ; il attire de la correspondance de tous les continents (114.000 appels en 1998), comporte un catéchisme, une mise à jour, etc., le tout en plusieurs langues. La liste de sites religieux que donne un annuaire montre qu’ils s’agit souvent de francs-tireurs, ou de catalyseurs. Bien sûr, il y a là du meilleur comme du pire. Il faut tenir compte, en tous cas, de ce mouvement.
Il est vrai que sur le Web on vit d’autres relations que hiérarchiques, formelles ou administratives, encadrées par des commissions, des décrets, des articles de loi et de foi.Les règles du jeu sont différentes. Le partage y est souvent convivial et chaleureux. Certains sites religieux officiels font alors contraste, quand ils ne présentent que des adresses ou un organigramme.
Qu’en est-il, plus précisément, des institutions religieuses ?A leur manière, elles vivent en effet les mêmes problèmes que d’autres. Au point qu’une question ne peut être passée sous silence : si les Eglises institutionnelles sont désertées, existera-t-il quelque part une limite à toutes les dérives de pensée et de foi ? A regarder les rayons des librairies, n’en sommes-nous pas déjà arrivés à ce stade ? On y voit en effet plus d’ouvrages sur le rayon “ésotérisme” que sur ceux des judaïsme, christianisme et islam réunis.
En ce qui concerne le protestantisme, sa dissémination est croissante, aussi bien en ville qu’en milieu rural. Quel lien avec la ou les institutions peut avoir un “paroissien” isolé à 70 kms du plus proche centre paroissial ? Et une organisation qui forme et envoie des pasteurs existera-t-elle toujours ? Ce qui supposerait, d’ailleurs, qu’une vérité religieuse ne puisse se perpétuer sans l’existence d’un corps constitué de spécialistes de cette transmission. C’est un cas de figure, mais est-ce le seul possible ?
Le temps n’est plus où des références étaient imposées d’autorité, avec des textes obligatoires. Le temps des organisations intouchables et incontrôlables, énonçant les certitudes, est passé.
Je lisais dernièrement la constatation mélancolique d’un pasteur de paroisse : “L’Eglise a du mal à vivre au-delà du cercle confidentiel des personnes engagées dans la vie de l’Eglise”. De telles réalités peuvent être effectivement dures à vivre, et en particulier pour quiconque a une responsabilité dans l’institution.Mais ce genre de constatation rend-elle entièrement compte de ce qu’est l’Eglise et de son objectif ? Ne sommes-nous pas trop liés à certaines formes ? Le nombre de croyants est-il seulement celui des pratiquants et des recensés, celui figurant dans des statistiques de l’institution ? Il est certain que le  chiffre de quelques centaines de foyers pour telle ou telle paroisse, ou bien celui du pourcentage des pratiquants par rapport à l’ensemble d’une population, a de quoi donner du vague à l’âme.Mais est-ce là toute la réalité ?
Notre fin de siècle n’est pas une fin tout court. Par ses interrogations sur les institutions, elle nous oblige à un effort de réflexon, d’imagination, de communication et de clarté, qui peut être salutaire.

Pierre Stabenbordt

L’AFRIQUE NOIRE ENTRE LA TOURMENTE ET L’ESPOIR
Esclavage - Colonisation - Indépendance

Tout a commencé en 1492.
On oublie trop souvent que l’Afrique Noire a été connue par l’Europe à la même époque que l’Amérique : les deux “découvertes” sont quasi simultanées. A part le ruban du Nil qui n’a donné accès qu’à une portion limitée et cloisonnée de l’Afrique tropicale (Nubie, Ethiopie), le Sahara constituait une barrière qui n’a pas été franchie par l’antiquité méditerranéenne. Les Arabes, à partir de l’Afrique du Nord où ils sont installés depuis le 7° siècle, ont été les premiers à établir des contacts importants avec les populations subsahariennes. Quant à l’Europe, c’est par la voie maritime que se situe sa toute première relation directe avec l’Afrique Noire : les mêmes progrès de la navigation (boussole, gouvernail, …) qui vont rendre possible l’aventure vers l’Ouest, ont à la même époque permis d’atteindre le sud du Sahara : presqu’île du Cap-Vert en 1444, cap de Bonne Espérance en 1487, continent contourné en 1497, ce qui est tout à fait contemporain du 1492 de Christophe Colomb. Les Portuguais sont en tête. Des échanges commerciaux, diplomatiques et religieux s’établissent assez vite, dans lesquels des Africains prennent aussitôt des responsabilités : troc de produits, échanges d’ambassadeurs, prêtres africains ordonnés et même un évêque congolais sacré par Rome. Blancs et Noirs n’étaient pas identiques, mais ils se considéraient mutuellement comme des partenaires, faisant partie de la même communauté humaine.
Cette relation sans être tendre était relativement équilibrée et prometteuse. Elle ne durera qu’une ou deux générations : pour satisfaire leur besoin en main d’œuvre dans les mines et plantations, les nouveaux maîtres de l’Amérique se tournent vers l’Afrique Noire, et ce sera la déportation massive et infamante que l’on sait. Du coup la relation va devenir subordination systématique et généralisée, et liée à la race. Dans la légalité et avec une intensité croissante (son sommet se situe au début du 19° s.), la traite atlantique va durer plus de trois siècles pendant lesquels “la peau blanche est un titre de commandement…, la couleur noire au contraire est la livrée du mépris” (Girods de Chantrans, 18° s.)
Les premiers profiteurs de cette opération sont bien évidemment les Européens. A terme, l’Amérique en tirera également profit, mais elle doit compter avec sa population décimée et ses sols et sous-sols exploités. Le perdant, totalement perdant, c’est le continent africain.
Au début les achats sont faits aux chefs africains qui possèdent déjà des esclaves capturés le plus souvent au cours de guerres intertribales. Mais bientôt ce seront les habitants des différentes ethnies qui seront capturés. Les négriers européens ne quittent pas la côte où parfois ils s’installent dans de solides forts de type moyenâgeux qui leur servent à la fois de protection (surtout contre leurs concurrents d’Europe) et d’entrepôts pour la marchandise humaine en attendant son embarquement. Pour la capture, ils traitent avec les chefs de quelques royaumes proches de la côte qui, armés par eux et payés par troc, procèdent à des razzias systématiques. Ce commerce ressemble à l’exploitation d’une mine : tranche par tranche, de plus en plus profondément dans les terres, 200, 500 kms bientôt 1.000 kms et souvent plus.
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A partir de là, on peut deviner ce que va subir le continent africain.

POPULATION EMPORTEE
D’abord l’hémorragie elle-même : femmes,  hommes, enfants, surtout la tranche d’âge 12-25 ans.Leur nombre est difficile à établir : probablement 15 millions de déportés, qu’il faut multiplier par 3, 4, peut-être 5, pour tenir compte de ceux qui sont morts dans les attaques de villages, dans les marches forcées vers la côte et dans l'entassement invraisemblable du transport maritime. Elle s’ajoute à la traite arabe par le Sahara et l’océan Indien, dont le chiffre est sensiblement équivalent. Nous sommes en face de la déportation d’êtres humains la plus importante - et de beaucoup - en quantité et en durée dans l’histoire de l’humanité.

PAYS DESORGANISÉ
Mais la deuxième conséquence est plus lourde encore pour le long terme. La menace est permanente, créant la peur, la désorganisation des chefferies, des familles, de l’agriculture. Et ceci pendant un temps si long que le tissu social en est dissout, la structure traditionnelle se défait, la mémoire même disparaît. Une tempête sur dix à quinze générations : de quoi tout laminer. En sorte que lorsqu’enfin cette aberrante chasse à l’homme cesse au 19° siècle, c’est un monde malade qui se présente, paraissant vide d’identité et de culture. Ce qui va tout logiquement susciter un fort paternalisme dans le mouvement missionnaire qui s’amplifiera tout au long du siècle et un fort dirigisme dans la colonisation qui s’installera dans son dernier quart.Il faut longtemps pour se remettre d’un pareil choc. L’Afrique noire est à la dérive.
Pour vous faire quelqu’idée de ce qu’est devenue alors l’Afrique, regardez une carte de ce continent établie au 18° siècle ou au début du 19°. Et comparez la avec une carte du continent américain de la même époque.Les deux continents ont été “découverts” quasi simultanément.Mais voyez la différence : en Amérique l’ensemble du pays est depuis longtemps reconnu ; chaînes de montagnes, bassins fluviaux sont tous placés sur la carte et au bon endroit. Tournez-vous maintenant vers la carte africaine : la côte est tracée avec grande exactitude mais l’intérieur est fantaisiste. Les grands fleuves ne seront dessinés que dans le courant au 19° siècle (Niger 1830 par Lander, Zambèze 1864 par Livingstone, Congo 1877 par Stanley), alors que les cours de l’Amazone, du San Francisco, du Mississipi n’ont presque plus de secret depuis le 17° siècle. Le lac Victoria n’est repéré qu’en 1858 et le kilimanjaro atteint seulement en 1889 tandis que les Andes sont parcourues par Pizzaro dès le début du 16° siècle.
Je sais le côté très relatif de ces explorations à initiative européenne : les populations autochtones ne les avaient pas attendues pour vivre et s’organiser dans ces pays. Mais cette comparaison constitue tout de même un signe de l’immobilité et même du recul de l’Afrique noire victime d’un sérieux traumatisme depuis le fameux 1492.

STRUCTURE MENTALE DE DOMINATION INSTALLEE
Une domination systématique et aussi longue d’une population sur une autre ne peut que pénétrer profondément dans les mentalités, celles des dominants comme celles des dominés : quand enfin l’émancipation a pu être obtenue (Angleterre 1833, France 1848, USA 1865, Brésil 1888), la perception que l’on a de l’autre différent de soi reste imprégnée par cette domination/subordination. A l’équation esclave = noir s’est ajouté son inverse beaucoup plus grave noir = esclave, ce qui n’était pas le cas dans l’esclavage de l’antiquité ni dans celui encore pratiqué en Méditerranée au 16° s. La domination n’est plus seulement un fait social, elle devient un fait de nature, donc reçu comme immuable, indiscuté, et elle s’installera dans les têtes, vraie structure mentale de racisme qui subsistera bien au-delà du moment où l’institution de l’esclavage sera abolie.
Marguerite Yourcenar, parlant de ce tournant au sud des Etats-Unis, souligne que jusqu’à présent le Blanc avait méprisé le Noir, maintenant il le hait : “Les aspects légaux d’une vieille et énorme injustice prenaient fin, mais une longue  iniquité ne se laisse pas raturer d’un trait de plume… L’un des groupes tient l’autre non seulement pour inférieur mais encore pour sub-humain” (1).  Sur cette même terre, un siècle plus tard Martin Luther King aura à mener contre le racisme un rude combat qui aujourd’hui encore n’est pas totalement gagné.
En Europe, Blancs et Noirs sont moins directement aux prises les uns avec les autres, c’est moins brutal, mais la distance est installée dans les esprits des uns comme des autres. Au 19° siècle, comme si ils sentaient le besoin de justifier la subordination dans laquelle avaient été tenus si longtemps les Africains, de nombreux savants et penseurs ont constitué des sociétés d’ethnologie à Paris, Londres, Amsterdam,… s’employant à démontrer que biologiquement (y compris l’intellect) une hiérarchie existe entre les races (angle facial, forme du crâne, poids du cerveau, …), et ils en tirent des conclusions péremptoires qui ont la faveur de l’opinion : “L’histoire ne jaillit que du seul fait des races blanches”(Gobineau), “Jamais un homme à la peau noire n’a pu s’élever spontanément jusqu’à la civilisation” (Broca), et même “le noir est plutôt fait pour manger que pour réfléchir” (Virey). Des hommes comme Saint-Simon, Cuvier, A. Comte, Michelet, Loti, B. Constant s’associent à cette orientation.Tous sont contre l’esclavage, mais la domination subsiste dans les têtes et souvent dans les faits. Jusqu’à Victor Hugo, l’ami des pauvres, le chantre de la justice : en 1879 il déclare dans une conférence : “L’Europe possède toute la civilisation”… L’Afrique “toute la barbarie”. L’Afrique “n’a pas d’histoire”. “Rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème, l’Europe le résoudra… Si Dieu offre l’Afrique à l’Europe, c’est pour qu’elle la développe… et qu’elle résolve ses (propres) questions sociales en déversant dans cette Afrique son trop-plein de prolétaires changés en propriétaires”. Ainsi l’état d’esprit des meilleurs est imprégné de domination.
On ne peut mieux inviter à la colonisation. Elle sera mise en route à la Conférence de Berlin (1885) à partir de laquelle les puissances européennes vont se partager le continent. Même les bonnes volontés et les réalisations incontestables de cette période maintiendront une hiérarchie dans les relations. Etat d’esprit que ne fera pas disparaître l’accession aux indépendances autour  de 1960 : le changement dans les statuts ne va pas, là non plus, être accompagné d’un changement dans les mentalités, tant l’empreinte est forte. L’Afrique Noire va apparaître comme marginalisée et… dépendante, surtout dans le domaine de la culture et dans celui de l’économie. Plusieurs facteurs y ont contribué : l’un deux, particulièrement important, se trouve dans l’euro-centrisme - nous dirions plutôt maintenant dans le nordo-centrisme - dont le début semble bien pouvoir se situer en 1492.

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QU’EN EST-IL AUJOURD’HUI ?
Notons d’abord une évidence éclatante que l’on oublie souvent de prendre en considération : malgré ce qu’elle a subi, la population d’Afrique noire a survécu, elle est là et bien là, en pleine expansion et faisant preuve d’une vitalité étonnante. Peut-on en dire autant de la population autochtone de l’Amérique ?
Si des injustices économiques évidentes demeurent, cause d’émigration difficile à maîtriser, si de nombreuses équivoques culturelles et politiques subsistent, s’il y a encore beaucoup à faire pour que dans les têtes du Nord comme dans celles du Sud un vrai partenariat soit vécu, celui qui sait regarder perçoit un peu partout des signes d’espérance.
Au sud, de nombreux jeunes (ils n’ont pas vécu le temps colonial) font le compte de leurs valeurs traditionnelles, les associent à ce que l’Europe peut apporter, sont assez libres pour reconnaître les erreurs et les faiblesses du passé, de part et d’autre, et font le bilan des éléments positifs à leur disposition. Plusieurs ont produit ces dernières années de belles séries d’articles, d’ouvrages et d’interventions dans des colloques : leur réflexion est significative. Et au-delà des intentions, des réalisations voient le jour. Ici et là des paysans noirs ne veulent plus subir et s’organisent. Quand un Président de l’Afrique du Sud parle d’égal à égal - on pourrait presque dire “remet à sa place” - un Président des Etats-Unis, c’est que les têtes se relèvent.
Au Nord, ce qu’il y a comme fausses manœuvres dans la coopération est de plus en plus dénoncé.On commence sérieusement à comprendre qu’on ne peut plus agir pour, mais avec, que l’assistanat doit être remplacé par la justice… et que nous sommes tous embarqués sur le même navire.
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Les raisons d’espérer apparaissent mais ce n’est pas encore gagné.
Le chemin doit conduire à un total partage, et on devine le sérieux sursaut qui s’impose pour atteindre une vraie justice économique, politique, culturelle.
Mais avant tout, et comme le point de passage obligé : le regard sur l’autre complètement changé. Bien au delà de nos dévouements et de nos gestes caritatifs, et des bonnes dispositions au Sud comme au Nord, et des calculs de développement et de mieux vivre : pour rendre possible et vrai ce renouveau parvenir à une écoute et à un respect de l’autre ; percevoir d’une manière toute nouvelle l’identité de l’autre différent de moi, son être.Oui, on peut parler d’une conversion des uns et des autres, au Nord comme au Sud, quand nous cherchons à regarder l’autre comme Jésus nous a regardés.
Evangéliser la relation. La mission est loin d’être terminée.

Pierre Cadier
 

 
ENQUETE : CROYEZ-VOUS AU DIABLE ?

Dans le cadre de notre enquête, après le texte du “Rite d’exorcisme” de l’Eglise Catholique Romaine (avril 99) nous publions dans ce numéro (1) “Freud et le Diable” de Michel Baron, psychothérapeute, (2) la réponse du pasteur Pierre-Jean Ruff, du Foyer de l’Ame à Paris.
OUI AU DIABLE ET AU DIEU BON
Il faut de tout sur terre. Il faut des esprits évolués et modernes. Il faut aussi des esprits primaires et archaïques. De ce nombre-là, je suis. Je crois au diable et je crois à Dieu.
Certes, je n’ai pas besoin de me les représenter. Pour moi, Dieu n’est pas un noble vieillard barbu qui siège sur quelque nuage. Le diable n’est pas davantage un personnage cornu, armé d’une fourche, qui règne sur les flammes éternelles de la perdition.
Pour moi, Dieu est le principe du bien et de l’amour. L’Ennemi, comme l’appelle Jésus, est le principe du mal et de la haine.
Voilà la dualité simple - et non simpliste, je l’espère - à laquelle je crois.
Donc, je crois qu’il existe une puissance supérieure que j’appelle Dieu et que d’autres appelleront le Bien, la Pureté, l’Absolu, ou de quelque autre vocable, mais toujours avec une majuscule indicatrice d’une transcendance ou d’un autre plan de l’être.
Je crois aussi à une puissance négative, opposée à la première. Elle divise (le diabolos), détruit, isole et conduit au néant.
Bien entendu, je ne dispose d’aucun moyen totalement objectif pour justifier de leur existence à l’une et à l’autre. Toutefois, si je suis dans l’incapacité à apporter une preuve de leur présence et de leur action, je puis cependant dire sur quoi se fonde ma conviction. Mes justificatifs se situent sur deux plans : celui de la pensée théologique et celui de l’intuition.
Dieu, le diable, le Bien, le Mal et la théologie
Que savons-nous sur Dieu ? Que pouvons-nous avancer de certain à son sujet ? Lui seul parle bien de lui.
Pourtant, comme le dit l’Ecclésiaste, nous avons en nous la pensée de l’éternité. Penser au sens de la vie, quelque nom que nous donnions à cette démarche, est au cœur de notre vocation d’homme. Ainsi, Wilfred Monod consacre trois volumes de mille pages chacun au problème du Bien. Le sous-titre du livre est éclairant : Essai de théodicée, ou tentative pour parler de Dieu.
A la lecture, on est surpris, car cet ouvrage consacre bien plus de place au principe et au problème du Mal qu’à celui du Bien ou de Dieu.
Comme Wilfred Monod, je pense que présentement, il est impossible de parler de Dieu ou du bien en taisant le problème du Mal ou de l’Ennemi.
La théologie chrétienne officielle déclare que Dieu a créé le monde où nous sommes et ce monde n’est qu’excellence. C’est l’homme, il est vrai, tenté par un mystérieux personnage, qui est la cause de tous les malheurs que nous connaissons. Augustin d’Hippone déclare que “l’énorme faute du premier homme bouleversa la nature qui produisit des ronces et des épines”.
Pour moi, cette explication des choses abîme trop l’image de l’homme donc aussi, malgré les apparences, celle de Dieu pour que j’y souscrive. Elle va aussi contre le sens commun.
C’est pourquoi je me trouve bien mieux au bénéfice de la mouvance dualiste.
Trois assertions religieuses s’avèrent incompatibles :
           - Dieu est amour
- Dieu est tout-puissant
- Le mal existe
Ces assertions, nous pouvons les coupler deux à deux. Mais les trois ne peuvent pas s’assortir. Heinrich, dans le Diable et le bon Dieu de Sartre, formule le syllogisme caustique : “Rien n’arrive sans la permission de Dieu. Dieu est la bonté même. Donc, ce qui arrive est le meilleur”.
Nous sommes obligés de récuser l’une des trois assertions ci-dessus évoquées. Pour moi, c’est la toute-puissance de Dieu qui est de trop, même si je crois Dieu toute-puissance de persuasion et d’amour.
Comme mes amis dualistes, je crois que, présentement, deux influences rivales s’opposent dans le monde. Comme eux, je crois que la fin des temps scellera la victoire de Dieu (la plupart des cathares croyaient en un salut universel).
Contrairement à ces mêmes cathares, je ne crois pas que ce monde-ci soit mauvais et l’œuvre de l’Ennemi : je suis agnostique quant aux origines et je crois que le monde actuel relève de la nature et de ses lois, pour lesquelles les notions éthiques du bien et du mal ne sont pas appropriées.
Je rappelle encore que, pour les gnostiques chrétiens, les lois qui régissent ce monde ne reflètent pas l’action d’un Dieu bon, puisque, biologiquement, on n’y vit que de la mort des autres et que la loi de la nature contredit celle de l’Evangile en privilégiant les forts par rapport aux faibles et les espèces par rapport aux individus.
L’intuition du Bien et du Mal, de Dieu et de l’Ennemi
D’aucuns diront : que vient faire l’intuition dans cette réflexion ? Je leur répondrai que, selon son propre dire, dans toute son activité scientifique, ce qui a été le plus utile à Einstein pour ses découvertes, ce fut l’intuition. De surcroît, où se situe la frontière entre la  foi et l’intuition ? Ne sont-elles pas toutes deux cousines germaines ?
Le vrai n’est pas seulement ce qui relève de la déduction logique.La vie, la mort, la souffrance, les sympathies et les antipathies, l’amitié, la confiance relèvent d’autres critères que ceux que la seule raison. Le cœur n’a-t-il pas ses raisons que la raison ne connaît pas ?
Donc, je crois à l’importance et au rôle de la conscience, cette voix intérieure qui nous incite à reconnaître et à distinguer des valeurs opposées.
Je crois aussi qu’entre nous, humains, des ondes ou des énergies transitent.Il n’est pas nécessaire de croire à la magie blanche ou noire pour transmettre du bien ou du mal, même à distance, même à l’insu de celui auquel nous pensons.
Je crois également que l’amour authentique, celui qui reconnaît et respecte la liberté de l’autre autant qu’il l’entoure de sollicitude, est toujours une forme d’exorcisme.Je veux dire par là qu’aimer, c’est toujours libérer, créer des espaces de lumière, aider à lutter contre les forces de la nuit.
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Oui à Dieu. Oui au diable. Ainsi en est-il aujourd’hui. Hier, je ne sais pas et peu importe. Demain, comme tous les croyants, je crois que tout ne sera que lumière.

Pierre-Jean Ruff
Billet biblique n° 3
JESUS TRAVAILLEUR
Les Juifs firent cercle autour de lui et lui dirent : “Jusqu’à quand vas-tu nous tenir en suspens ? Si tu es le Christ, dis-le nous ouvertement”. Jésus leur répondit : “Je vous ai parlé et vous ne croyez pas.Les œuvres que je fais au nom de mon Père me rendent témoignage, mais vous ne me croyez pas parce que vous n’êtes pas de mes brebis.
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Les Juifs à nouveau ramassèrent des pierres pour le lapider. Mais Jésus reprit : “Je vous ai fait voir tant d’œuvres belles qui venaient du Père.Pour laquelle de ces œuvres voulez-vous me lapider ?” Les Juifs lui répondirent : “Ce n’est pas pour une belle œuvre que nous voulons te lapider, mais pour un blasphème, parce-que toi qui es un homme, tu te fais Dieu”. Jésus leur répondit :”N’a-t-il pas été écrit dans votre loi : J’ai dit : vous êtes des dieux ?Il arrive donc à la loi d’appeler dieux ceux auxquels la parole de Dieu fut adressée. Or nul ne peut abolir l’Ecriture. A celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde, vous dites “Tu blasphèmes” parce que j’ai affirmé que je suis fils de Dieu.Si je ne fais pas les œuvres de mon Père, continuez à ne pas me croire. Mais si je les fais, quand bien même vous ne me croiriez pas, croyez en ces œuvres. Et ainsi vous connaîtrez et vous connaîtrez de mieux en mieux que le Père est en moi comme je suis dans le Père.
Jean 10/24-38

Une fois de plus, à la question posée : “Es-tu le Messie ?”, Jésus ne répond pas par un oui franc et massif.Les bibles en français essayent bien de tirer la réponse vers le oui en traduisant le grec “eipon umin” par “je vous l’ai dit”. Saint Jérome, plus fidèle, traduisait en latin “loquor vobis” : je vous ai parlé.
Et Jésus explique que le vrai débat porte sur son travail, sur ce qu’il a fait et non pas sur ce qu’il est. Ses œuvres témoignent pour lui bien mieux que tous les titres glorieux que les autres veulent lui faire porter.L’évangéliste Jean (mais aussi les autres évangélistes) fait donc un terrible retour en arrière par rapport aux épîtres pauliniènnes qui ne parlent que du Messie et jamais de ses œuvres.
Qu’est-ce d’ailleurs que le Messie ? La pensée juive sur ce point est à l’époque très diverse. Pour les uns, le Messie est le nouveau roi, tout ce qu’il y a de plus humain, pas du tout surnaturel, qui chassera les Romains et restaurera Israël dans ses droits légitimes.Pour les autres, il est le rédempteur surnaturel qui bouleversera le Temps et inaugurera le grand jugement de Dieu. On comprend que Jésus n’aie pas voulu se laisser enfermer dans ces catégories puisqu’il n’a été ni l’un ni l’autre.
Donc Jean se méfie pas mal de ce titre de Messie et préfère situer Jésus par rapport à son travail, à ses réalisations, celles qui donnent la vie. Donnez donc la vie à tous ces pauvres gens au lieu de perdre votre temps à vous poser des questions métaphysiques sur les titres à donner à Jésus.
Mais le débat rebondit, car le vrai blasphème, ce n’est pas d’être pris pour le Messie, mais d’être pris pour Dieu lui-même. Et voila que Jésus s’embarque dans une théologie osée : ceux qui recoivent la Parole de Dieu sont dieux eux-mêmes ! L’homme est divinisé par la Parole. Celle-ci unit celui qui la proclame et celui qui la reçoit dans une même atmosphère divine.Pour Jean la Parole est Dieu (cf. prologue), mais l’homme, touché par la Parole, participe aussi au Divin.
Alors, si beaucoup sont appelés dieux, Jésus le premier peut l’être, évidemment. Jésus n’est pas Dieu tout seul ; il l’est avec la multitude de ceux qui sont touchés par la Parole.
Le seul titre que Jésus parait accepter est celui de fils de Dieu. Mais tout bon juif est fils de Dieu. C’est pour cela que les prières juives (et chrétiennes) commencent par “Notre Père”.
Et Jésus ramène une fois de plus le débat sur les œuvres qu’il fait au nom de Dieu. S’il faut croire en quelque chose, c’est en ce travail qu’il a accompli, travail de solidarité vis-à-vis des malades, des souffrants et des exclus. Voila les œuvres d’amour qui, mieux que les titres ambigus, expliquent comment Jésus s’est approché de Dieu.

Henri PERSOZ
 Courrier des Lecteurs

ARTICLE SUR LA RÉSURRECTION DE JÉSUS
L’article de Gaston Deluz est ce, qu’avec plus ou moins d’érudition, pensent, mais n’expriment qu’avec précaution, la plupart des gens vraiment conscients.
Or, pour l’essentiel qui est fort simple, la thèse sur le caractère spirituel de la résurrection était développée dans l’article “Jésus-Christ” d’A. Sabatier, en 1880, dans l’encyclopédie des sciences religieuses. C’est à ce moment là qu’il y avait eu scandale, et une réaction terrible orchestrée par la Société des Missions évangéliques et Edouard de Pressensé. A cette occasion avait été fondée la faculté de théologie de Lausanne (des Mômiers) destinée à vider la faculté de Paris de ses étudiants. A l’époque, l’offensive échoua, grâce à la situation d’Auguste Sabatier au journal “le temps”, dont il était le n°3, immédiatement après les deux directeurs, Hébrard père et fils, grâce au talent de Sabatier, à sa générosité incroyable envers les contradicteurs les plus malhonnêtes, et à l’assentiment d’une masse dont la foi était certes dérangée, mais qui faisait confiance à l’authenticité spirituelle du grand homme. M. Goguel fut encore au bénéfice de cet héritage spirituel.
L’échec de Sabatier fut de ne pas avoir réussi à faire un catéchisme. Peu avant sa mort il avait tenu à Crest, dans la Drôme, à l’invitation du franciscanisant P.Sabatier (aucun rapport de parenté) une série d’entretiens avec une quarantaine de pasteurs sur ce problème de l’enseignement élémentaire de la foi chrétienne. Cette tentative n’eut pas de lendemain, A. Sabatier étant mort en 1901. Le problème reste toujours aussi actuel.
Maurice Causse 15/03/99
 

LES STATUTS ERF ET LE LIBÉRALISME THÉOLOGIQUE
En mai dernier, avait lieu l’Assemblée Générale de L’Eglise. A l’ordre du jour figurait la mise en conformité d’une disposition mineure avec les statuts de l’E.R.F. Statuts que j’ai découverts avec stupéfaction, alors que je m’affirmais “réformé depuis 60 ans”, statuts que j’ignorais et qui m’apparaissent en opposition complète avec les valeurs fondamentales qui me rendent fier d’être protestant.
Très attaché à la paroisse et à la personne de son pasteur, j’ai tenu dans mon explication de vote à préciser que je votais NON, pas à la modification  proposée mais à l’ensemble des statuts de l’E.R.F. Je me suis appuyé sur la lecture publique d’une partie de votre article, “lesquels sont chrétiens ?” du N° 110 d’Evangile et Liberté d’Avril 1998.
Tant dans mes prises de positions au sein de la communauté qu’au micro de la radio locale “arc en ciel” pendant 10 ans, je me suis efforcé (une causerie d’une heure mensuelle sur la pensée protestante) d’éclairer l’histoire des premiers siècles et de replacer dans leur contexte historique le Symbole des apôtres, Nicée-Constantinople, etc… et de revenir au message d’humilité adressé par Jésus à Nicolème quant à l’intelligence des choses célestes. Car nous croyons tous peu ou prou aux vieux docteurs d’Israël.
J’ai ajouté, sur le mode de la dérision, que juriste de formation, j’estimais l’Assemblée Générale souveraine et qu’elle devait procéder à ma radiation en application des articles 3 et 1 de l’annexe avec effet rétroactif de 60 ans. J’ai ajouté que, persuadé que le conseil ne requérerait pas la force publique pour m’interdire l’entrée du temple, je continuerai à participer à la vie de la paroisse en oubliant l’Eglise Réformée de France et ses statuts.
Par fidélité à l’adage “Reformata sed semper reformanda”, il serait nécessaire, me semble-t-il, que l’Eglise dite réformée commence par réformer ses propres statuts qui dans leurs stricte application excluent tous les protestants libéraux et qui paraissent constituer l’élément dynamique du Protestantisme français.
Je crains que bien des protestants n’aient, comme moi jamais lu les statuts de l’ERF et ignorent l’abîme qui s’est creusé entre leur foi et leur Eglise officielle.
Raymond Magill, 77210

A PROPOS DU COURRIER DES LECTEURS SUR “LE BARTHISME EN FRANCE”
Dans son “Courrier des lecteurs”, le numéro d’avril d’Evangile et Liberté cite la phrase suivante d’Henry Babel : “En Suisse, le barthisme a désertifié les paroisses et n’a pas fourni une seule personnalité pastorale digne d'être cité en exemple”
Je crois avoir étudié la question d’assez près (voir mon livre sur Les Francophones et Karl Barth, Lausanne, 1985), connaître suffisamment la Suisse romande, voire la Suisse dans son ensemble, et avoir critiqué la théologie barthienne avec assez de constance, dans mes écrits comme dans mon enseignement, pour pouvoir et devoir m’inscrire en faux contre ce jugement à l’emporte-pièce.
On peut ne pas souscrire du tout aux options théologiques des barthiens et préférer absolument d’autres conceptions de l’action pastorale que les leurs, mais on n’a pas le droit de lancer des contrevérités de cet ordre. Les exemples existent en effet, et ne sont pas aussi rares que le donne à entendre le propos rappelé ci-dessus, de paroisses de Suisse romande, mais aussi de France qui sous la houlette de pasteurs barthiens ont connu une fréquentation de fidèles fort enviable. Quant aux “personnalités pastorales” dont Henry Babel prétend qu’elles furent inexistantes, je pourrais en citer plusieurs, et même d’envergure, en particulier dans les cantons de Neuchâtel et de Vaud.
Les protestants libéraux n’ont jamais rien gagné à dénigrer leurs adversaires… sans eux, nous n’aurions pas été contraints de repenser notre libéralisme à la base et de nous adonner à tout un travail de reprise théologique qui, si je vois bien commence à porter quelques fruits.La lutte continue, même si c’est sous d’autres formes.
Bernard Reymond, Lausanne.

AU SUJET DE LA RÉSURRECTION ET LE TEMPS DE CET ÉVÉNEMENT : Les physiciens et astro-physiciens cherchent “l’univers-fantôme” ou “matière sombre” (JP Petit, Michaël Riordon et David Schram). Cet ou ces autres univers pourraient être à flêches du temps opposées. Pour le nôtre : partant d’un passé nous allons vers un avenir en “mourant” à chaque seconde de notre vie. Dans le plan de chriralité (= effet miroir) on irait de l’avenir vers le passé en “ressuscitant”.
Elyan Cohin, Manosque 04100

Prière des indiens Hopi

Oh, Grand Esprit,
dont j’entends la voix dans les vents
et dont le souffle donne la vie au monde entier,
Ecoute-moi !

Je suis petit et faible.
Je ne peux me passer de ta force et sagesse.
Fais-moi marcher en Beauté
et prends soin que mes yeux visent toujours
le coucher du soleil qui s’approche,
en rouge et pourpre.

Fais que mes mains
respectent ce que tu as créé
et aiguise mon oreille
pour mieux entendre ta Voix

Rends-moi sage,
afin que je pénètre les choses,
que tu as enseignées à mon peuple.
Aide-moi à lire les leçons que tu as cachées
dans chaque feuille, chaque rocher.

Je cherche de la Force
non pour être plus important que mon frère
mais pour mieux comprendre
mon plus grand ennemi, mon propre moi.

Fais que je sois toujours prêt à te joindre
avec les mains propres les yeux levés.
Afin que, quand la Vie s’éteint
comme le coucher lent du Soleil,
mon âme puisse te joindre sans honte.

Lettre des amis.
FÊTE DES MÈRES

Par toi je suis venu au monde :
tu m’as ouvert les yeux
sur les boutons d’or des étoiles
et sur les feuilles des arbres
tremblant comme des papillons
sous la musique du vent.
Tu m’as appris la beauté,
ma mère !

Tu m’as appris à aimer, ma mère,
et c’est alors seulement
que je suis né en vérité.

Tu m’as appris Dieu qui est amour,
et la première église,
où j’ai contemplé la tendresse
de Dieu,
était ton visage, Maman !
Charles SINGER

PRIÈRE

Dieu, mon Dieu
Le mien ? Le nôtre ?
Celui des autres ?
Qui es-tu?
Je ne sais plus -
est-ce que j’ai jamais su ?
Pourtant tu es là
je le sais car je le crois -
Alors aide-moi à croire
car ce n’est pas si facile
Tu le sais…
Quand ceux qui disent qu’ils ne croient en rien, ont toutes les certitudes -
et moi je suis là avec mes doutes ;
quand ceux qui disent qu’ils ne croient en rien, ont toutes les réponses -
et moi, je n’ai que des questions…
Et pourtant Tu es là
je le sais car je le crois !
Si donc la foi - ma foi -
n’était justement que doutes et questions… ?
Alors aide-moi :
à douter des forces du Mal
et à poser les vraies questions,
pour qu’un jour - Ton jour -
Tu sois ma réponse.

“Prièmes”
Waltraud Verlaguet
 

RESPONSABLES ET COUPABLES

Notre époque cherche des “responsables”.
Cette vogue atteint toutes les sphères : politiques, économiques, sociales, religieuses.
Mais qui accepte de se reconnaître “coupable” selon la célèbre formule ?
]
Il y a des responsables embusqués.
Le procès du “sang contaminé” laisse un sentiment d’“échecs” et de confusion. Des politiques jugent des politiques. La complexité des bureaucraties parlementaires dé-responsabilise les individus “aux commandes”. Les responsabilités se diluent face aux victimes… et aux électeurs. Les agencements de la société sont en cause.
La profusion des procès touche les activités médicales, scolaires, professionnelles. De cet acharnement judiciaire, le président Clinton en connaît quelque chose !… D’autres aussi.
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Des responsables s’éclipsent.
On nous dit que le responsable de la délinquance des mineurs est “la société”. C’est elle qui excite le besoin de consommation, du nécessaire “paraître”, d’“arriver” et de s’“éclater”. Enseignants, police, municipalités sont montrés du doigt. Ne pourrait-on pas penser à la passive résignation des parents et familles devant les charges éducatives et les abandons d’autorité (familles “éclatées” par exemple).
]
Les origines des accidents de montagne sont-ils toujours le lot de l’organisation des stations de ski, les erreurs de la météo, les délais d’arrivée des secours. Pourquoi pas la neige qui tombe quand ce n’est pas notre moment voulu ?
Les accidents sont-ils fatals ? Le Service des Routes est-il le seul responsable des accidents de la circulation ?
On pense au tunnel du Mont-Blanc. Quels sont les erreurs humaines ? Avec le courage de la lucidité, qui ose sortir des routines et des irresponsabilités ?
]
Le dépérissement des Eglises en Occident est-il le fait de la “sécularisation” et des fatalités historiques et culturelles ? Ne pourrait-on s’interroger sur l’autoritarisme institutionnel et doctrinal ? On commence à reconnaître, le droit à l’ “inculturation” de l’Evangile en Afrique ou dans le Pacifique : on essaie de concevoir que, pour ceux qui ne mangent que du riz ou du manioc et ceux qui ne boivent que du thé, la farine et le vin de la “cène” (repas) de la Palestine du 1° siècle n’est pas indispensable. La langue, les styles des chants et manifestations expriment un vrai accueil de la foi.Pourquoi veut-on toujours et partout imposer aux chrétiens des divers continents au XXI° siècle, les formulations des croyants de culture grecque du IV° siècle ? Pourquoi ce refus d’“aggiornamento” de l’expression ? Pourquoi ce “tabou” absolu sur un blocage doctrinal (Trinité, Expiation, toute puissance) ?
]
L’évangile apporté par Jésus conduit le croyant à la reconnaissance de ses erreurs, inattentions, omissions volontaires et inconscientes à l’égard du prochain.
Les protestations d’innocence, les déclarations d’irresponsabilité, les négations obstinées bloquent les relations humaines.
Par l’aveu de ses limites, l’être humain offre à ses frères une ouverture et un dialogue, un échange constructif dans la sincérité d’un face-à-face et dans l’amour vécu dans la réalité.

Christian Mazel

MA MAISON, tu la connais, Seigneur,
Tu sais les belles pierres bien taillées
que je montre à tout le monde.
Tu connais aussi les petits cailloux difformes
cachés au fond de mon grenier.
Ils font partie de ma maison.
Aujourd’hui je veux tous te les présenter.
Voici mes pierres de joie, et mes pierres de souffrance,
La pierre de mes combats, et celles de tes absences.
voici mon agenda, mon travail, mes passions,
Toutes les pierres de ma foi, et celle de ton pardon.
Les pierres de mes succès, et celles de mes faillites,
La pierre de mon péché, la quête de tes visites.
Les pierres de mes journées, mes paroles, mes silences,
Ma soif, ma fragilité, la pierre de l’espérance.
Ces cailloux qui construisent les murs de ma maison,
Seigneur, qu’ils s’éternisent en pierres de guérison.

Antoine NOUIS
“La Galette et la Cruche