
Le dossier
SCIENCE,
CONSCIENCE ET SENS
Par ces cinq études, nous tentons d’articuler
des concepts scientifiques avec les problèmes philosophiques
ou théologiques qu’ils posent. Nous souhaitons ainsi contribuer
très modestement, à la réflexion sur l’articulation
de la science avec la foi.
A. HOUZIAUX
Courrier des lecteurs
Doctrines
chrétiennes et anti-judaïsme
Telle une prière, souhaitons que les
autorités rabbiniques comprennent que les rites chrétiens,
s’inspirant des notions religieuses juives, à l’instar de l’holocauste
d’Isaac par Abraham (préfigurant selon la christologie, la crucifixion
de Jésus, lequel obéit volontairement à son Père
céleste, comme Isaac suivit son père sur le chemin de l’holocauste),
ont généré des réflexes magico-religieux confondus
avec la Spiritualité, aboutissant à “aider” les juifs à
se sacrifier (involontairement) pour leur salut et celui du monde.
La formation de cet inconscient collectif
chrétien anti-juif résulte des croyances religieuses juives
erronées, aggravées par l’Eglise qui ira jusqu’à accuser
les israélites de déicide parce que responsables de la mort
de Jésus.
Aujourd’hui cette accusation est abandonnée
mais le rite eucharistique subsistant, rien n’est changé sur le
fond. En effet, avec le sacrifice de la messe célébré
quotidiennement de par le monde par les prêtres catholiques, on refait
et on revit aujourd’hui en esprit, avec transsubstantiation, la mort salvatrice
de Jésus en croix avec les conséquences dramatiques précitées
que cela comporte.
D’autres courants chrétiens non catholiques
ont des doctrines mettant en exergue la remémoration du sang rédempteur
versé par le roi des juifs il y a deux mille ans sur la croix pour
le salut du monde (étant entendu qu’Isaac, en direction du mont
Moriah, préfigurait l’holocauste de Jésus pour les chrétiens
instruits).
Il y a là pour des esprits attentifs,
voire clairvoyants, l’origine profonde des atrocités séculaires
innommables endurées par les israélites en Europe.
L’Histoire a montré les conséquences
effroyables engendrées par de telles doctrines, anticipant Auschwitz.
En effet, les faits historiques atroces sont là pour montrer qu’au
travers de Jésus c’est bien tout le peuple juif qui a été
mis en holocauste pour le salut du monde et cela résulte de doctrines
théologiques chrétiennes imprégnant l’inconscient
collectif occidental qui s’enracinent et se légitiment à
partir de croyances professées malheureusement encore aujourd’hui
par le corps rabbinique.
Dieu de calme et de beauté
Dieu de tendresse et de feu
Dieu secret, Dieu éclatant
Dieu de passion et de larmes
Dieu très humble et infini
Je clamerai ton nom
Dieu de nos gémissements
Dieu de nos naissances, Dieu de toute résurrection
Dieu sensible au cœur, Dieu de nos mémoires
notre Dieu de splendeur
Je clamerai ton nom
Dieu de douleur
Dieu de tourment, Dieu de pitié
Dieu de la veuve et de l’orphelin
Dieu des pauvres, Dieu du calvaire
Je clamerai ton nom
Dieu du désert, Dieu de nos chants
Dieu de nos rires et de nos pleurs
Dieu des abîmes, Dieu de tendresse
notre Dieu de lumière
Je clamerai ton nom
Dieu de nos fêtes
Dieu des limites, Dieu des espaces
Notre goût de source, notre pain partagé
Je clamerai ton nom
Dieu de sainteté, Dieu uniquement saint
Dieu du reproche, Dieu des pardons
Dieu des ruisseaux et des baptêmes
Mon Dieu d’oubli et de mansuétude
Je clamerai ton nom debout, au rythme
des cantiques.
Des mots nouveaux qui soient acérés afin d’ouvrir notre cœur pour qu’en jaillisse la prière, non pas distraite ou machinale, mais vraie.
Des mots nouveaux pour proclamer l’Evangile,
qui remuent les jeunes et touchent les vieux.
Des mots qui fassent surgir l’herbe au désert
et réveillent les morts ; des mots qui fassent lever le soleil et
ruisseler le rocher de larmes de joie.
Des mots vrais qui correspondent à
une expérience. Que ceux qui utilisent ces mots n’aient pas peur
de leur peine et sortent des chemins usés. Que ceux qui veulent
parler haut et fort de Dieu s’attendent à être éprouvés
: Dieu leur fera vivre ce qu’ils ont dit.
Les mots ronflants seront dégonflés, les mots savants dégringoleront de leur trône, les mots trop beaux seront humiliés.
La liberté n’est pas un résultat.
Elle est une tension,
Un vouloir, un devenir,
Une création permanente.
On n’est jamais libre :
On se libère.
La liberté fait de nous
Des hommes de combat :
Des échecs, des victoires,
De grands élans généreux,
D’immenses lassitudes ;
Tantôt des cris de joie
Et tantôt des sanglots.
Jacques Leclerc
EDITORIAL
CE QUE L’ESPRIT DIT
AUX EGLISES
D’abord l’Esprit ne dit pas les mêmes
paroles aux 7 (chiffre symbolique de la plénitude) Eglises de l’Apocalypse
de Jean. Aujourd’hui de quel droit faire des recommandations à toutes
les Eglises ? De quel droit parler au nom de toutes les Eglises ? Les Eglises
sont des communautés responsables tandis que les “paroisses” sont
les relais d’une autorité centrale.
Chaque être humain est aimé de
Dieu d’une façon particulière comme le Seigneur s’adresse
à chaque Eglise. Nous pouvons faire nôtre l’affirmation musulmane
: “ Dieu voit la fourmi noire qui sur la pierre noire marche dans la nuit
noire”.
Dans cette diversité (le contraire
du clonage) nécessaire, Jésus appelle à l’amour les
uns pour les autres. A la question posée à un rabbin “ A
quoi voit-on que les hommes sont faits à l’image de Dieu ”, celui-ci
répondit : “C’est qu’ils sont tous différents ”… Aimer n’est
pas toujours naturel.
Aimer les autres à cause de leurs
idées, c’est aimer nos idées chez les autres. Aimer les autres
pour les services qu’ils nous rendent, c’est nous aimer dans les autres.
Aimer une idée plus que les hommes, c’est de l’idolâtrie.
Si Dieu aimait la vérité, la justice, la sainteté
plus que nous, il eut laissé périr les vaniteux, les menteurs,
les impurs que nous sommes.
Ecouter s’apprend
Comme la danse, la musique, la médecine
ou le sport, la lecture et les langues étrangères.
Dans le silence qui s’ouvre à l’écoute,
il y a une puissance de décantation, de clarification, de classement
des urgences et des importances.
Marcher par l’Esprit. Pourquoi porter une
lumière dans ce monde bien obscur ?
Dans le Talmud, le rabbi José raconte
: “ Une fois, marchant dans la nuit noire, j’aperçus un aveugle
qui allait portant une torche à la main. Je lui demandai : “ Pourquoi
portes-tu cette torche ? Il réplique “ Tant que j’ai la torche,
les gens peuvent me voir et m’aider ”.
Ô DIEU, garde-nous étonnés, afin que l’enfant persiste en nous, quand bien même les années s’enroulent à l’entour de nos cœurs et de nos corps (…)
Garde-nous étonnés par tout ce qui survient et tout ce qui revient, afin que la poussière de la vie s’envole au clin d’œil de notre humeur, et que la somnolence s’enfuie au commandement de notre attention. (…)
Garde-nous étonnés de toi, des autres et de nous-mêmes, afin que chacun de nos jours soit dépoussiéré par l’énergie de ta grâce et que nous demeurions des enfants, tes enfants, pour l’honneur et le bonheur du monde.
GEORGE SAND, LE PROTESTANTISME ET LES ARDENNES
Philippe Vassaux
C’est au soir de sa vie, en 1869, que
George Sand entreprend deux voyages dans les Ardennes qui sont à
l’origine d’un roman, ou plutôt d’une nouvelle, “ Malgrétout
”. La bonne dame de Nohant descend à Givet, à l’hôtel
du Mont d’Haurs, où avaient déjà logé Théophile
Gautier et Victor Hugo.
La Revue des Deux-Mondes lui a commandé
un récit romanesque qui commencera à paraître en feuilleton
en mars 1870. Elle passe à Revin, petite ville industrielle sur
les bords de la Meuse, au pied du Mont Malgrétout, appelé
ainsi en souvenir d’une ferme construite par un habitant de Revin en dépit
des obstacles dressés devant lui par l’administration et ses concitoyens.
Séduite par la beauté des Dames
de la Meuse, une blonde, une brune et une rousse, qui d’après la
légende, ont été condamnées à être
pétrifiées pour avoir succombé aux charmes de trois
braconniers déguisés en damoiseaux pendant que leurs maris
étaient tués lors des Croisades, elle situe son roman non
loin de cet endroit, dans un manoir, sur les bords du fleuve. George Sand
écrit à son fils Maurice : “ Je viens de voir un pays admirable,
les vraies Ardennes, sans beaux arbres mais avec des hauteurs et des rochers
”. C’est dans ce cadre si différent du Berry, mais dont elle n’a
pas hésité à dire : “ C’est l’un de mes paradis ”,
qu’elle imagine l’histoire de Sarah Owen, une anglaise protestante, à
la fois austère et pleine de vie, généreuse et droite,
à laquelle elle semble s’identifier en se donnant le beau rôle
!
Ce roman inattendu, l’un des derniers avant
la publication de ses souvenirs, mêle la musique, l’amour de Sarah
pour le musicien Abel qui nous fait penser à son idylle avec Frédéric
Chopin, le charme discret d’un romantisme finissant. Plus influencée
sans doute par le Virgile des Géorgiques que par J.J. Rousseau,
George Sand décrit la nature avec une remarquable précision.
Elle a su tirer magnifiquement parti de ces quelques jours dans la forêt
des Ardennes, au milieu des multiples méandres de la Meuse dont
la complication est un peu à l’image de ses démêlés
sentimentaux.
Fille d’un officier, descendant par la main
gauche d’un protestant, le maréchal Maurice de Saxe, et qui a été
en garnison à Charleville dont elle décrit le théâtre
et l’atmosphère provinciale comme le fera un peu plus tard Rimbaud,
placée d’autorité à Paris au couvent des Augustines
anglaises où elle est passée par une crise de mysticisme
au point d’être à deux doigts d’entrer en religion, George
Sand est mariée trop jeune à un baron d’Empire inconstant
dont elle se séparera pour mener une vie souvent agitée.
Influencé par le mysticisme humanitaire du saint-simonien Pierre
Leroux, Malgrétout laisse entrevoir en filigrane le souci de l’auteur
de préserver son indépendance, de refuser les facilités
d’un riche mariage. Sa préoccupation égalitaire l’oppose
à l’Empire libéral, même si elle réussit parfois
dans ses démarches officieuses en faveur de ses amis républicains.
Malgrétout est un roman à clefs.
Mademoiselle d’Ortosa ressemble comme une sœur jumelle à l’impératrice
Eugénie, l’ambitieuse et coquette espagnole qui veut, par tous les
moyens, épouser un souverain. Eugénie de Montijo ne pouvait
que s’offusquer de la description féroce faite de sa personne en
belle amazone insensible à toute humanité : ses beaux yeux,
ses pieds cambrés, son catholicisme exacerbé –l’impératrice
était intervenue pour que le temple du St-Esprit, à Paris,
ne soit pas construit sur la place St-Augustin, comme l’avaient prévu
l’architecte Baltard et le baron Haussmann, deux bons protestants, mais
dans une rue adjacente, avec une façade anonyme – et même
sa virginité qu’elle garde comme une arme suprême tout en
cherchant à aguicher les hommes haut placés en se jouant
de leurs sentiments. George Sand règle ses comptes avec l’impératrice
qui ne comprend pas une telle hostilité alors que, au dire de Gustave
Flaubert, elle voulait la faire entrer à l’Académie française.
La fin de l’Empire est venue à point pour George Sand.
Son intérêt pour le protestantisme
est celui d’une personne qui est restée croyante en dépit
de sa vive critique du catholicisme. Visitant les grottes de Han, à
la frontière, dans les Ardennes belges, elle donne dix sous pour
se faire expliquer une coutume locale qui consiste à passer sous
un ruban consacré à la Vierge afin d’éviter toute
chute. “ C’était une pratique religieuse, catholique, il n’est pas
besoin de le demander, puisqu’il fallait payer ”. George Sand fait cependant
une distinction entre le catholicisme qu’elle considère comme une
religion trop intéressée et les superstitions païennes
qui l’accompagnent parfois.
Lorsque Sarah Owen prend sur elle d’accueillir
la pauvre d’Ortosa parce qu’elle est repoussée de partout et bien
qu’elle ne lui soit pas sympathique, on entrevoit quels sont les principes
religieux de George Sand : “ Les premiers jours, elle se livra aux pratiques
d’un catholicisme exalté, disant que la dévotion était
son seul remède. Il était bon qu’elle se repentît,
et, protestante, je n’avais pas le droit de lui dire qu’il y avait une
bonne et une mauvaise manière de prier ; elle eût cru que
j’y portais l’esprit de secte. Je la laissai faire et ne m’occupai que
de sa santé ; mais bientôt elle m’avoua d’elle-même
que son mysticisme lui faisait plus de mal que de bien. Je la questionnai,
je vis qu’elle n’était même pas catholique ; elle était
superstitieuse et fataliste, un peu païenne, mauresque encore plus.
Ses notions religieuses étaient frappées d’étroitesse
et de démence comme ses notions sur le monde. J’essayais de redresser
un peu son jugement, il ne me sembla pas qu’elle me comprit beaucoup ;
mais elle était contente de trouver quelqu’un qui s’occupât
d’elle sérieusement et patiemment, et elle m’écoutait avec
une grande avidité ”. Un attachement trop grand aux biens de ce
monde, trop de conservatisme, une doctrine qui a le pas sur la vie constituent
pour George Sand autant d’obstacles à une vraie morale et au progrès
social auxquels elle croit fermement.
La famille Owen est reçue à
Nouzonville chez le pasteur Clinton, un mélomane dont il est fait
grand éloge. En 1870, l’un des deux pasteurs de Sedan s’occupe des
disséminés du département, mais il n’y a pas encore
de poste fixe à Charleville et à Mézières où
le culte n’est célébré qu’une fois par mois ainsi
qu’aux grandes fêtes dans une salle de la mairie. George Sand a elle
aussi des amis pasteurs. Elle correspond avec Alexis Muston, pasteur à
Bourdeaux dans la Drôme, qui a célébré le mariage
de son fils Maurice et le baptême de son petit-fils Marc-Antoine.
Ses deux petites-filles recevront une instruction religieuse protestante.
Hippolyte Taine a fait le même choix pour sa fille. George Sand correspond
aussi avec Adolphe Schaeffer, pasteur à Colmar.
L’affinité de George Sand pour le
protestantisme n’est pas seulement liée à un rejet du catholicisme
jugé trop rétrograde ou à des amitiés protestantes,
elle est plus profonde. “ Ma conscience soutint un combat, cela est certain
; mais elle manqua de lumière parce que je manquais d’expérience.
Je me suis souvent interrogée sur ce point, en véritable
protestante formée au libre examen, et je suis d’autant plus convaincue
que la conscience est relative à l’individu ; elle n’est donc pas
suffisante sans le développement de l’esprit, sans la notion de
l’idéal et la connaissance de la réalité ”. George
Sand sympathise avec les éléments les plus avancés
du protestantisme. Ses convictions, même si elle ne l’a pas clairement
déclaré, sont très proches du protestantisme libéral,
comme en fait foi cette allusion à la liberté d’examen qui
aurait enchanté un Samuel Vincent.
Le protestantisme français du XIXème
siècle a eu suffisamment de rayonnement pour intéresser des
personnalités aussi différentes que Jules Favre, Hippolyte
Taine, Charles Renouvier ou George Sand. Des bords de l’Indre aux bords
de la Meuse, celle-ci n’en finit pas de nous surprendre. Témoin
vigilant des interrogations de son temps et des luttes, qu’elles soient
intérieures ou non, de tous les temps, elle écrit dans l’une
de ses toutes dernières lettres : “ Je crois que tout est bien,
vivre et mourir, c’est mourir et vivre de mieux en mieux ”. Revenant de
ses obsèques en 1876, Ernest Renan trouvera le mot juste : “ Une
corde est brisée dans la lyre du siècle ”. Evoquant les dames
du temps passé, Agrippa d’Aubigné avait raison de dire :
“ Une rose de l’automne est à nulle autre exquise. Elle réjouit
le cœur de l’Eglise ”. Quand cela est vrai, les Eglises ont toutes chances
d’être davantage fréquentées !
Ph. Vassaux
ASSEMBLEE DU DESERT : 5 septembre 1999
L’Assemblée du 5 septembre 1999, au
Mas Soubeyran, dans le Gard, marquera la clôture du cycle triennal
que le Musée du Désert a consacré à l’édit
de Nantes. Après les siècles meurtriers de La Rochelle et
de Privas, Richelieu impose aux réformés sa “ paix de grâce
”, la paix d’Alès : l’édit de Nantes est confirmé,
mais avec l’ordre de raser les fortifications des villes soulevées
; les “ places de sûreté ” qui étaient, pour les réformés,
la garantie de l’édit sont supprimées. Dorénavant,
point d’autre “ sûreté ” que le roi pour “ ceux de la R.P.R.
”.
Point d’autre paix ? “ Si seulement tu comprenais,
Jérusalem, ce qui peut te donner la paix !… ” Ce verset de Luc,
19 : 41, associé à l’annonce du prophète Zacharie
(9 : 9-10, “ Les arcs de guerre seront retranchés ; il parlera de
paix aux nations ”), sera le fil conducteur de la journée.
Le culte du matin, à 10h30, sera présidé
par le pasteur Jean-Daniel CAUSSE, professeur à la Faculté
de théologie protestante de Montpellier. L’après-midi, on
entendra les allocutions de Liliane Crété, historienne et
de Henri ZUBER, conservateur aux Archives nationales. Le message final
sera donné par Corine FINES, pasteur de l’Eglise Réformée
Evangélique Indépendante de Nîmes.
FEUX
DE LA SAINT-JEAN (BAPTISTE)
Au début de l’été, on
fête la Saint-Jean, on se réjouit, on danse autour du feu.
C’est une tradition populaire. Mais, au juste, qui était-il ce Jean-Baptiste
dont on connaît les images ou les statues et que la légende
a plus ou moins déformé.
Il m’a semblé utile d’en tracer un
portrait conforme sinon à la réalité du moins en référence
aux deux sources qui nous parlent de lui : l’historien juif Flavius Josèphe
et les évangiles.
Fils du prêtre Zacharie, dès
sa naissance il y eut controverse : au lieu de lui donner le nom de son
père comme cela se pratiquait couramment, ses parents prennent le
risque de la nouveauté : il s’appellera Jean et ne suivra pas nécessairement
la filière paternelle. Il quitte sa famille pour vivre chez les
Esséniens, une sorte de secte de pieux célibataires vivant
près de la Mer Morte (Manuscrits du Qumran).
Il fait ensuite cavalier seul et on le retrouve
prêchant et baptisant (d’où son surnom) sur les bords du Jourdain,
près d’un gué. Aux gens qui venaient à lui, il leur
faisait reconnaître leur part de responsabilité dans tout
ce qui allait mal, puis les plongeait dans le fleuve pour leur donner une
possibilité de vie nouvelle. On l’imagine facilement, bronzé
à demi-nu, les traits taillés à coups de hache, avec
une voix de plein air. Il plante ses menaces comme on enfonce des pieux
en apercevant les chefs de l’oppression religieuse : “ Serpents venimeux,
cruels et rusés, pourquoi venez-vous ici faire semblant de vouloir
le changement, liés comme vous êtes à l’argent et au
pouvoir ? Ne vous targuez pas d’appartenir par naissance à la lignée
des hommes de Foi ; en fait, vous êtes des arbres stériles
que la hache attaque déjà à la racine. Produisez des
actes créatifs, sinon tant pis pour vous ”. Dangereux qu’il était,
cet homme, et inattaquable, car il ne trichait pas et ce qu’il demandait
aux autres, il commençait par le pratiquer lui. (Leçon à
ne pas négliger). Dénonçant injustice et hypocrisies,
c’était une cible rêvée pour les pouvoirs en place.
Il y avait en ce temps là assez de résistants, de maquisards,
sans y ajouter ce prophète de ce danger public, mais même
à l’abri, il avait encore de l’influence. Il avait fait des adeptes,
des disciples qui feront parler d’eux plus tard et notamment un certain
Jésus de Nazareth, un parent à lui.
Finalement, pour faire taire le Baptiste,
il n’y avait plus qu’un moyen radical : l’assassinat. Et là nous
avons deux versions. D’après les évangiles, ce serait une
vengeance de femme, une certaine Hérodiade, belle-sœur du gouverneur
et qu’il avait fait sienne. Jean l’avait contesté devant toute sa
cour : “ Cette femme, tu n’as pas le droit de la voler à ton frère…
”. Pour Flavieus Josèphe, c’est un motif plus politique : il y avait
dans le comportement du Baptiste un ferment de révolte, de révolution
et comme c’était un genre d’homme qu’on ne pouvait ni acheter, ni
effrayer, il valait mieux y mettre bon ordre.
Jean a été exécuté,
mais il continue à se manifester chez tous les hommes droits, loyaux,
incorruptibles qui luttent contre les injustices et les hypocrisies, les
mensonges officiels et l’arrogance de ceux qui détiennent l’avoir,
le pouvoir et le savoir.
Sa manière à lui était
rude, sans nuances. C’était un défricheur et il devait tailler
la route. On peut dire qu’il est mort, mission accomplie, puisqu’un de
ses disciples, Jésus, aidé de quelques autres, a pris la
relève, comme le prédisait le précurseur. “ Lui, il
vous plongera dans l’esprit et le feu, la tornade de son inspiration et
l’incendie de son combat ”… C’est peut-être un des sens du feu de
la Saint-Jean et je me permets de vous rappeler le dernier couplet de la
“ Danse du feu ”. ”Ma leçon, la dernière, vous dit : Mes
enfants, on ne fait rien sur terre qu’en se consumant ”.
E. Mihière
La date de la fête de la “ Saint-Jean
” a été choisie au solstice d’été parce qu’on
la met en relation avec l’affirmation johannique : “ Il faut qu’il croisse
et que diminue ” (Jean 3/30).
ENQUETE : CROYEZ VOUS AU DIABLE ?
Après le texte du “ Rite d’exorcisme
” de l’Eglise Catholique Romaine (avril 99), nous avons publié dans
le numéro de mai “ Freud et le Diable ” de Michel Baron, psychothérapeute,
et la réponse du pasteur Pierre-Jean Ruff, du Foyer de l’Ame à
Paris. Voici des réflexions de Jean-Paul Sauzède à
propos de cette enquête.
Pardieu, j’y crois au diable. Sans quoi,
comment serais-je ce que je suis ?
Paul TILLICH disait que Dieu est peut-être
ce que nous avons de plus profond et de plus intime en nous, que nous ne
savons pas nommer, si ce n’est par le terme de profondeur.
Le Diable est du même ordre, ce que
je n’arrive pas à nommer, mais qui vient perturber ma profondeur
mais aussi mon extérieur. Je ne saurais lui donner une figure, une
attitude, mais je constate dans ma vie, et dans le monde cette puissance
et cette force. Le diable (dia-bolos), vient diviser, mettre la zizanie,
c’est un perturbateur, il s’oppose au symbole (sun-bolos), la parole et
les sacrements, qui rassemblent, donnent une forme, un sens, un ordre et
permettent à la vie de naître.
Le diable, c’est ce qui me permet de donner
un nom à la folie des hommes, la folie que traite les psy, mais
aussi celle de l’injustice sociale, de la violence délibérée
ou de la maladie.
Le monde n’est pas un ring où s’affronteraient
puissances bénéfiques et maléfiques ? Mais le monde
et ma vie sont des lieux de grâces reçues, mais sans cesse
exposées au risque de la perdition, de la maladie, de la violence.
Ce que je reçois (ma vie, l’amour de l’autre, mes relations, mon
travail, etc.) sont un don sans cesse aux prises avec le risque d’un dévoiement,
d’une faille, ou d’un détournement. Le diable entre par effraction,
il prend le pouvoir, il s’insinue, il peut me perdre. Si, selon la bonne
formule théologique, Jésus est pour le pécheur et
contre le péché, le diable est pour le péché
et contre le pécheur.
Le diable sollicite mon agressivité
car il y a un vrai combat contre le diable et pour la vie, la maintenir
dans un projet, lui donner un sens, garder et faire fructifier le don reçu.
Je retrouve ce combat dans certains dialogues et tout particulièrement dans une relation d’aide. Face à des personnes en souffrance, la rencontre paraît un combat entre ce qui divise et perturbe et ce qui peut apaiser et rassembler. L’entretien permet d’assister à une sorte de lutte entre le diviseur, et le désir de se rassembler. J’ai pu faire l’expérience de personnes en profonde lutte interne, par exemple en cas de dépression, pour retrouver un élan de vie et du lien face à une prodigieuse puissance qui semble attirer le dépressif vers un fond. La présence d’un tiers et la parole prononcée et échangée viennent alors offrir, comme une grâce, un “ rassemblement ”, contre “ l’écartement ” de la personne, pour reprendre une expression du Psalmiste.
Mais le diable n’est pas que de l’ordre de l’inquiétant, et du nuisible. Il s’appelle aussi Lucifer et trouve son étymologie dans la lumière (Lux). C’est dire qu’il y a des moments de bazar existentiels et sociaux qui peuvent être aussi source de lumière et d’avancée. C’est dire que nos vies ont parfois besoin d’être visitées et troublées par ce “diable-lumineux” pour y mettre un peu d’air, de clarté, et peut-être de souffle. Il y a des séparations et des révolutions dures et douloureuses, sources de blessures, mais aussi de vie et de nouveauté. Dieu n’est pas que du côté de la paix confite ou de l’amour communautaire, pas plus que le diable n’est que du côté du péché mignon et malin.
Je reste toujours surpris par les “ afin que
” des évangiles ! Pourquoi interrogent les évangiles, cet
homme est-il lépreux, pourquoi le péché, la souffrance,
et la mort ? Pourquoi je m’interroge dans ma vie, le diable et “ lucifer-lumineux
” qui envahissent nos vies, nos écartèlements ou nos conflits
personnels ou sociaux ?
“ Afin que ”, c’est la réponse de
l’évangile. “ Afin que la gloire de Dieu soit manifestée
”.
Je crois que même le diable y contribue.
Elle part à la fois d’une acceptation et d’une critique de la position existentialiste. Elle estime que le salut annoncé par l’Evangile signifie et implique que le décès ne constitue pas la fin de notre existence. Ce salut ne se réduit pas à la vie après la mort. Il a de multiples aspects. Dieu nous sauve de toutes les négativités qui pèsent sur notre existence et qui essaient de la détruire : la négativité de la faute et de la culpabilité, celle de l’absurde ou de l’insignifiance, celle des puissances sociales, politiques et économiques du monde (cf. Paul Tillich, Le courage d’être (1952), Tournoi, Casterman, 1967). Le salut veut dire le pardon, le don du sens, la libération. Il comprend également la victoire sur la mort. La résurrection des défunts ne résume pas à elle seule le message de l’Evangile ni n’en constitue le centre, mais elle en fait partie intégrante, elle est un des éléments de ce centre. Ceux qui prétendent que le message évangélique ne concerne pas l’au-delà ont tort.
Il faut bien reconnaître que nous ne disposons d’aucun savoir sur ce qui suit le décès. Si l’on pouvait le connaître et se le figurer, ce ne serait justement pas un au-delà. Nous ne savons pas comment les choses se passeront ni ce qui arrivera. Les conceptions traditionnelles ont le défaut de vouloir en dire trop. Bultmann a parfaitement raison quand il dénonce le caractère non seulement hasardeux et illusoire, mais pernicieux et pervers de toutes les représentations de l’au-delà. Pourtant, on ne peut pas se satisfaire du silence ni se borner à l’affirmation du fait, sans rien dire de son “comment”, attitude qu’on pourrait illustrer par ces quelques vers d’un poème de Marie Luise Kaschnitz : “ Croyez-vous, m’a-t-on demandé, / A une vie après la mort ? / Et J’ai répondu : oui. / Mais alors que n’ai pas su / Dire / A quoi ça ressemblait / Là-bas ” (“ Ein Leben nach dem Tode ”, in Kein Zauberspruch. Gedichte, Franfort-sur-le-Main, Insel Verlag, 1972, P.119).
A première vue, il y a beaucoup d’honnêteté
et de sagesse dans ce propos. Il présente toutefois deux inconvénients.
D’abord, quand on se contente ainsi de l’affirmation “ nue ” du fait, on
donne très souvent le sentiment qu’il s’agit d’une parole vide,
convenue, sans contenu, prononcée pour la forme. Nous sommes des
êtres de parole, et ce qui ne s’exprime pas d’une manière
ou d’une autre dans le langage disparaît de notre horizon, s’évanouit
de notre existence. Ensuite, en se taisant, on crée un vide où
viennent se loger des images et des superstitions de tout genre. Nos silences
favorisent le succès d’une littérature de basse qualité
et qui n’est pas toujours inoffensive. Il faut donc éviter deux
pièges : d’abord, de parler de l’au-delà comme s’il était
objet de savoir, ensuite, de le passer sous silence. Entre ces deux écueils,
il existe une voie, celle de l’évocation, autrement dit d’un discours
qui ne présente pas une théorie, mais des symboles (au sens
de Tillich), explicitement reconnus comme tels et qui nous donnent ce que
Calvin appelle un “ goût ” ou un “ petit goût ” de l’au-delà.
Le Nouveau Testament utilise principalement deux symboles, celui de la résurrection des corps et celui du Royaume. Il ne faut pas les prendre à la lettre, les interpréter littéralement, essayer d’en déduire une description de l’au-delà. La tradition chrétienne l’a parfois fait dans sa prédication, dans sa théologie et dans l’art qu’elle a inspiré ; elle est alors tombée dans l’absurde Mais si ces symboles ne dépeignent pas l’au-delà, on peut cependant en tirer quelques enseignements
a) La vie après la mort vient toujours d’un acte de Dieu qui nous la confère. Notre destinée et notre nature se terminent normalement par le décès. Il n’existe pas en nous quelque chose qui, par nature, échapperait à la mort, qu’elle serait incapable d’atteindre et d’emporter. Le symbole de l’immortalité de l’âme, qu’à de rares exceptions près la Bible évite, a l’inconvénient de présenter la vie éternelle comme une qualité qui appartiendrait à une partie de l’être humain, et non comme un don qu’il reçoit de Dieu
b) Le symbole de la résurrection des corps est le plus fréquemment utilisé dans le Nouveau Testament. Paul nous interdit de le prendre à la lettre, en employant l’expression “ corps spirituel ” (1 Cor. 15, 14) qui indique bien qu’il s’agit d’une corporalité que nous ne pouvons pas nous figurer. Ce symbole comporte deux indications : d’une part, que notre finitude persiste dans la vie éternelle ; nous y restons des êtres limités, comme nous le sommes dans la vie présente, par notre corps. Il ne faut pas concevoir l’entrée dans l’au-delà comme une sorte de divinisation qui nous ferait participer à l’essence divine. Nous sommes des créatures et nous le demeurerons. Ensuite, que notre identité ou notre personnalité ne disparaissent pas. En effet, notre corps fait de nous des êtres distincts, reconnaissables, séparés des autres par une frontière nette et formant une unité. Mais en parlant de “ corps spirituel ”, le Nouveau Testament souligne qu’une transformation profonde s’opère. La vie éternelle ne consiste pas seulement dans le prolongement ou la continuation de la vie actuelle ; elle est une autre forme d’existence.
c) Du symbole du Royaume, de la nouvelle terre et des nouveaux cieux, on peut tirer un autre enseignement, celui du caractère universel, cosmique de la vie éternelle. Elle ne concerne pas seulement l’individu, mais le monde tout entier
d) Le Nouveau Testament n’invente pas les symboles qu’il utilise. Il les emprunte aux cultures et aux religions de l’époque, principalement, bien sûr, à celles du bassin méditerranéen. Cependant, il ne les reprend pas tels quels, il les modifie. La principale transformation qu’il effectue consiste à leur donner comme centre le Christ ; il s’en sert pour proclamer le Christ et expliquer sa personne et son œuvre. C’est de lui et par lui que vient la vie éternelle ; elle est son œuvre et nous la recevons dans la foi en lui.
Les chrétiens ne devraient-ils pas tenter une opération analogue avec le thème de la réincarnation qui connaît actuellement un grand succès dans le monde occidental. Au lieu de se demander s’il s’agit ou non d’une représentation biblique (cf. Geddes MacGregor, Reincarnation as a Christian Hope, Londres, Macmillan, 1982), ne feraient-ils pas mieux de la reprendre et de la transformer en la centrant sur le Christ, de s’en servir comme d’une possibilité de langage pour dire l’Evangile ? Mais, d’autre part, on constate que la Bible n’a pas repris toutes les représentations de l’au-delà qu’on trouve dans le monde ambiant ; elle en a adapté voire adopté certaines et en a laissé d’autres. Tout langage, toute image n’a pas la capacité de dire l’Evangile ; la réincarnation en serait-elle incapable ?
