
Articles
Comment
faire pour bien faire ? C. Schwab 1996
Psaume
Waltraud Verlaguet
Source
du temps André VERHEYEN
Billet
d’humeur À la veille de l'an 2000 Claudette
MARQUET
Cinéma
Impressions
de Cannes l'énergie des femmes Jean
DOMON
A.
Schweitzer présenté par L.Gagnebin André
Gounelle
La
venue du royaume de Dieu annoncée par Jésus Extrait
du livre “Albert Schweitzer”.
L’Amérique
et sa nébuleuse protestante. Raphaël
Picon
Enquête
sur "Croyez-vous au Diable" (Suite) Henri
PERSOZ
Les
Ésséniens, les gnostiques et les origines chrétiennes
Michel JAS
Notre société est en train
de succomber au syndrome du dinosaure : ses possibilités en techniques,
en économie, en armements, en communications, en loisirs ont enflé
au point de constituer un corps gigantesque, démesuré au
regard d’une conscience dont la taille n’ a guère progressé
depuis les temps de Cro-Magnon, de Moïse, de Bouddha, d’Aristote ou
de Jésus. Au point qu’elle n’est plus capable de coordonner son
agir et qu’elle risque de crever, écartelée entre les logiques
non maîtrisées de ses formidables pouvoirs.
Certes, on tente ici et là de réunir
des comités d’éthique, on évoque parfois la nécessité
de moraliser telle entreprise, on essaie de monter des barrières
juridiques : toutes ces démarches sont nécessaires. Mais
elles arrivent généralement trop tard. Convoquée quand
on est dans l’impasse, la morale s’épuise en service après-vente
de nos bêtises. Plutôt que de se lancer dans une course-poursuite
après nos actes, la morale doit de toute urgence se faire une place
au coeur de nos conduites. Elle doit être valorisée dans sa
fonction de pilotage plutôt que de servir de mauvaise conscience
ou de pompier après nos ratés.
Cette nécessité de réhabiliter
la morale est exploitée par les moralistes tournés vers le
passé qui proclament des solutions autoritaires et des condamnations
définitives. Ce retour en arrière, véritable régression
vers une morale de clan, exerce une fascination chez ceux qui sont déboussolés
par le tohu-bohu moral de la société actuelle. Des slogans
nazis aux moralismes américains en passant par les ordres de conduite
sectaires, on réduit la morale à des règles édictées
par le chef ou le mouvement, règles que l’on peut maintenir seulement
si l’on désigne un bouc émissaire, si l’on succombe à
la tentation de croisade.
Ce n’est pas en réduisant la morale
à un livre de recettes que l’on va s’en sortir. Le choc des morales
qui agite notre société plurielle exige lucidité,
réflexion et courage. Ces vertus ne sont pas de trop pour rassembler
les humains par- delà leurs conduites divergentes. On les retrouve
chez Eric Fuchs, qui, après avoir arpenté depuis un quart
de siècle le champ de la morale, propose un maître livre
: Comment faire pour bien faire ?…
Mais aujourd’hui les éthiciens sont
trop isolés et leur démarche n’est pas vraiment intégrée
dans les prises de décisions sociales ou individuelles. Qui va inscrire
l’exigence morale dans les lieux où se décide la société
de demain ? On forme les gens en administration publique ou privée,
en gestion ou en communication, mais la question éthique y est terriblement
sous-développée. Quelle est la place de l’éthique
dans la conduite de l’État ? de l’économie ? de l’information
? Chacun touche un peu à la morale comme M. Jourdain fait de la
prose, mais encore…
Quelle est la place de l’éthique
dans la formation des enfants et des jeunes ? En d’autres termes que dans
le « bon vieux temps », la préoccupation morale y est
présente, mais elle manque d’élaboration, de méthode
et de repères pour s’y retrouver au sein de la violence, du mercantilisme
et du désarroi. Il ne suffit pas d’apprendre des techniques et des
langues pour former des personnes.
A moins que notre société
dinosaure ne se pose même plus la question : comment faire pour bien
faire ?
Dieu m’adresse Sa prière
avec ferveur et sans Se lasser
Il crie vers moi.
Béni sois-tu, ô homme,
grand est ton nom.
Je t’en supplie
écoute ma prière.
Ce n’est pas pour moi que je prie
mais pour le monde dans lequel je vis
pour tous mes frères et soeurs ici-bas.
O homme, tu le sais
que mes frères souffrent -
Que ta puissance leur vienne en aide !
Donne-leur leur pain quotidien,
délivre-les des tortures et des guerres,
protège-les contre leurs oppresseurs.
Fais fleurir le désert
et protège ma création.
O homme tout-puissant
je sais que tu en as les moyens :
léve seulement ton bras
et tout s’accomplira.
Pourquoi caches-tu ta face, ô homme,
Je crie vers toi le jour
je crie vers toi la nuit.
Ne détourne pas ton regard
daigne écouter les plaintes du monde
dresse-toi
et nous serons sauvés.
Seigneur, tu es le Tout Autre
dont je ne sais pas grand’chose.
Mais je crois que tu es la Source Créatrice
de l’Univers
et donc de ses dimensions d’espace et de
temps.
Merci pour le temps que tu m’accordes encore
aujourd’hui.
Aide-moi à réserver chaque
jour
le temps de te rencontrer,
le temps d’écouter les autres,
le temps de respirer et d’admirer,
le temps de sourire et de remercier,
le temps de m’arrêter et de réfléchir…
Seigneur, Source du Temps,
que ton Esprit habite le temps que tu m’offres
et lui donne sa dimension d’éternité.
Le temps des vacances est celui des transhumances
humaines.
D’abord ceux qui s’en vont, doivent se souvenir
de ceux qu’ils laissent derrière eux, et qui ne peuvent partir :
malades et leur famille, personnes agées, ceux qui ont de trop petits
moyens.
Pour les “ transhumants “, le dépaysement
est bien le changement d’ ” humus “, de terre nourricière. C’est
le temps d’un nouvel enracinement au sol car la spiritualité de
l’homme n’est pas éthérée, “ dans les nuages “, mais
elle donne un sens aux actes bien terrestres.
La transhumance permet un contact neuf avec
la nature, trop souvent reléguée par l’artificiel triomphant.
Elle offre des occasions de dépouillement et de “ vie simple “.
Tous les biens matériels pèsent sur notre liberté
et notre joie. Ils ne peuvent donner le sentiment de la possession véritable.
On ne possède que soi. Les seuls biens qui aient de la valeur, sont
ceux que nous ne pouvons pas perdre, ceux que nous portons en nous et que
nous emportons toujours avec nous.
La transhumance est la chance de possibles
ruptures avec certaines habitudes, grandes ou petites.
Les nouvelles implantations favorisent le
témoignage.
“ C’est en créant d’autres âmes
que nous créons notre âme” (Lavelle). Pour nous, si les vacances
étaient “ un vide “, elles seraient une épreuve. Elles doivent
être une re-création.
Les transhumances saisonnières nous
rappellent le constant voyage de notre vie vers la “ terre nouvelle “,
la “terre promise“.
Billet
d’humeur
A LA VEILLE DE L’AN
2000
“ A la veille de l’an 2000 “ (variante : du 3e millénaire) : cette vérité première, assenée avec une fréquence d’autant plus grande que le passage fatal d’un millénaire à l’autre se rapproche inéluctablement, agresse mes oreilles et heurte mon bon sens.
A la veille de l’an 2000, entends-je ou lis-je, il n’est plus possible de…Et là, suivent des séries de propositions aussi variées que les fromages en France : il n’est plus possible d’être pour le socialisme façon Jospin ; d’être contre l’homosexualité ; d’être pour les États-Unis ; d’être contre la promotion des femmes ; d’être pour la division des chrétiens ; d’être contre l’Internet ; d’être pour un Etat fort ; d’être contre les vertus du libéralisme ; d’être pour le mariage à vie ; d’être contre le PACS ; d’être pour des Eglises engagées politiquement ; d’être contre les drogues douces ; d’être pour Karl Barth ; d’être contre les CD Rom…
Bref, à la veille de l’an 2000, et sans autre précision, il ne serait plus possible de défendre un certain nombre de convictions et de comportements, sous peine, vous l’avez compris, de passer pour d’incorrigibles ringards, de risibles dinosaures, d’archaïques esprits.
Ainsi s’installe, sous l’apparence anodine de propos de bon sens, une nouvelle forme, une nouvelle ligne de partage absolue entre les bons et les mauvais esprits.
Subitement, fébrilement, comme une sorte d’urgence surgie d’on ne sait quelle appréhension face à un changement de chiffres (de 1 à 2), il conviendrait de se débarrasser, une bonne fois, des scories sécrétées par les temps anciens, au prétexte que des temps nouveaux pointeraient leur nez.
S’agit-il d’un avatar de l’idéologie du progrès, de cette conviction selon laquelle, plus on avance dans le temps, plus on devient — ou doit — devenir “ moderne “ ? A moins qu’il ne s’agisse de réintroduire subrepticement, après la mort, dit-on, des philosophies messianiques, cette idée que l’humanité progresse, irrésistiblement, vers un horizon dégagé et peut-être heureux. Parce qu’on ne peut pas vivre sans le secret espoir que demain sera moins dur, moins triste et moins pesant qu’hier.
A la veille de l’an 2000, à l’aube du 3e millénaire, après 2000 ans de christianisme, il se dirait donc, peut-être maladroitement et non sans naïveté, que demain peut toujours être un autre jour, que du nouveau peut se profiler à l’horizon, qu’une chance de plus s’offre à l’humanité.
A la veille de l’an 2000, il serait donc séant d’être pour la paix et contre la guerre ; pour la justice et contre l’injustice ; pour la liberté et contre l’oppression ; pour la fraternité et contre la barbarie ; pour l’égalité et les inégalités ; pour le bonheur et contre les interminables malheurs.
Dans ces conditions, il existerait une heureuse vision de la modernité, à la veille de l’an 2000 : celle qui consiste à penser et agir pour l’humanisation des humains sur une planète qui n’en a pas fini de réserver des surprises.
Le 25e Prix du Jury Oecuménique est
décerné au film Todo Sobre Mi Madre de Pedro Almodovar, Espagne
Avec brio, humour et humanité Pedro
ALMODOVAR nous confronte à des situations qu’il n’est pas toujours
facile d’accepter.
Manuela, marquée par la mort de son
fils, nous aide à poser sur des personnages singuliers et complexes
un regard dénué de jugement, aimant et compréhensif.
Elle déploie une énergie d’amour
qui permet à chacun de trouver la force de vivre.
Une mention spéciale est décernée
au film Rosetta de Luc et Jean-Pierre Dardenne, Belgique
Rosetta c’est “ la fille courage “
Dans la boue du camping elle lutte avec
une volonté farouche pour survivre.
Elle se bat pour sa mère alcoolique.
La caméra très proche, nous
fait partager l’angoisse et les colères de Rosetta.
Dans sa singularité, elle nous permet
de ressentir la lutte de tant d’hommes et de femmes laissés pour
compte dans nos sociétés d’abondance.
Impressions
de Cannes
L’ENERGIE DES FEMMES
Le Festival de Cannes nous aura offert cette année quelques portraits de femmes de caractère dont l’énergie fait pâlir leurs compagnons masculins, jusqu’à l’indignité parfois. TIM ROBBINS avait bien inauguré la série avec son époustouflant HAUTE VOLTIGE, où l’on voit un Sean Connery littéralement à la traine d’une sorte de James Bond femelle, belle, inventive et farouche à ravir ! L’entreprenante américaine que MIKHALKOV projette en pleine Russie tsariste n’était pas mal non plus ! Et si LE BARBIER DE SIBÉRIE ne nous a pas fait oublier “ Soleil Trompeur “, il nous à réjouis par son rythme et son humour. Avec de tout autres moyens et un tout autre style, les frères DARDENNE nous ont coupé le souffle avec une ROSETTA opiniâtre et vindicative qui n’hésite pas, pour lui faucher sa place, à trahir son petit copain. Lequel brave garçon ne pourra s’empêcher, dans les dernières secondes du film, de relever la méchante. Ah ces mecs ! Seraient-ils devenus des tendres et des mous ? Chez WINTERBOTTOM, ( WONDERLAND ), ils sont carrément lâches, inconsistants. Quant à ceux de Jacques MAILLOT, à part un bon catho humanitaire à souhait ( NOS VIES HEUREUSES ),ils contraignent leurs compagnes à mettre en commun leurs solitudes et partager leurs rêves. On connait dans nos sociétés ces confréries de femmes qui s’organisent et sauvent des situations en péril. Mais le plus beau portrait c’est l’héroïne de TOUT SUR MA MÈRE. * PEDRO ALMODOVAR d’habitude plus cruel nous a surpris comme nous ont surpris pour les mêmes raisons KITANO ou DAVID LYNCH. Comme si ces auteurs, à l’orée du nouveau millénaire, avaient eu envie de donner à leurs personnages un peu plus d’optimisme, de pureté et de générosité.
Encore que, ne le cachons pas, les quelques figures que notre coquin d’Espagnol groupe dans un récit à la limite du vraisemblable ne sont pas des cas ordinaires : 1 prostituée bisexuelle, 2 comédiennes “ homos “, 1 religieuse enceinte d’un “ trans “ . Rien que des femmes encore, chacune avec son destin,ses contradictions et ses souffrances, aux marges de la normalité. Et traversant ces existences cahotiques et fragiles, Manuela l’infirmière qui a eu elle-même à souffrir dans son couple d’une déviance sexuelle et qui tente, trop tard, de retrouver le père de son enfant. Manuela la belle, la pure, qui, au plus profond de sa propre douleur, va être pour chacune de ces femmes une sorte d’ange libérateur, tissant des liens avec l’intelligence et l’énergie de l’amour et modifiant, sans brusquerie ni jugement, le parcours de chacune. Manuela, qui au travers des morts physiques ou morales, fait passer la vie, coûte que coûte.
A. Schweitzer présenté par L.Gagnebin
Laurent Gagnebin excelle à présenter
une oeuvre et un auteur. Il nous en donne une nouvelle preuve avec ce volume
sur Schweitzer, écrit avec la rigueur d’un universitaire et le talent
d’un écrivain. Il n’étale jamais son érudition ; elle
n’en est pas moins très solide et étendue. Le texte, très
agréable à lire, témoigne non seulement d’une grande
connaissance, mais d’une profonde intelligence de la pensée et de
la personne du grand Docteur, dont il faut rappeler qu’il a été
président d’honneur de notre Association Libérale.
L.Gagnebin a eu le souci de montrer toutes
les facettes d’Albert Schweitzer, pasteur, musicien, médecin, philosophe,
théologien, moraliste, homme de foi, de pensée et d’action.
Il souligne justement, ce qu’on oublie souvent, la dimension pastorale
de Schweitzer dont la vie est dominée par un triple respect : respect
de la vérité (en particulier dans la recherche historique
et théologique où la foi ne doit pas conduire à des
mensonges pieux), respect de la pensée (en particulier dans la culture
contemporaine qui tend à l’étouffer et met, de ce fait, en
danger l’humanité de l’homme), respect de la vie, non seulement
humaine, mais aussi animale et végétale, (qui doivent être
défendues contre toutes les menaces qui pèsent sur elles,
depuis la maladie jusqu’à la guerre atomique). Ce respect n’est
pas une attitude passive, mais un engagement actif ; il s’agit de servir,
de cultiver et de développer la vérité, la pensée
et la vie.
Un livre à lire, non seulement pour
connaître Schweitzer mais pour réfléchir soi-même.
Comme l’a souligné justement Bultmann, la vie, et l’oeuvre de Schweitzer
sont une prédication, au meilleur sens du mot, qui ne cesse de nous
aider et de nous interpeller. On doit un grand merci à L. Gagnebin
pour cette présentation exacte, intelligente, chaleureuse, et stimulante
de Schweitzer
Un lien très profond relie l’attente
eschatologique de Jésus et le drame de la Croix. En fait, Jésus,
d’après Schweitzer, fut témoin, chaque jour davantage, du
tragique ajournement de la venue d’un Royaume qu’il attendait d’un jour
à l’autre. C’est alors que Jésus, d’après Schweitzer,
comprend (hypothèse vertigineuse) qu’il doit prendre sur lui les
tribulations ultimes pour hâter la venue du Royaume en se sacrifiant
ainsi en rançon pour les élus et en souffrant à leur
place : “ Cest là le secret de l’idée de la Passion15. “
Il ne s’agit pas dans cette expiation d’un acte exigé par Dieu pour
pardonner aux hommes leurs péchés et les sauver ; il s’agit
d’un sacrifice choisi, d’une souffrance librement consentie et d’une “
mort volontaire16”, pour provoquer la venue du Royaume. C’est ainsi que
la Croix a un caractère sacrificiel et expiatoire : “ La pensée
avec laquelle Jésus va à la mort est donc que Dieu acceptera
le sacrifice librement consenti par lui comme une expiation en faveur des
croyants17. “
En fait, pour Schweitzer, Jésus s’est
trompé et le Royaume de Dieu n’a toujours pas fait irruption dans
l’histoire. Cette affirmation fit scandale. Elle scandalisa les théologiens
libéraux, pour qui l’attente eschatologique de Jésus n’avait
pas à être prise au pied de la lettre, mais dans un sens purement
symbolique, que lui avait déjà, selon eux, conféré
Jésus ; elle choqua tout autant les théologiens orthodoxes
convaincus de l’infaillibilité de Jésus. Albert Schweitzer
se mit ainsi tout le monde à dos. Cela dit, il insista sur le fait
que l’erreur de Jésus était positive et permit à son
message de traverser, de manière universelle, siècles et
millénaires.
L’erreur de Jésus, en effet, nous
permet de la sortir de son cadre pour nous attacher à un message
éternel d’amour et d’espérance, sans nous cramponner à
un contexte, un cadre, pour tout dire un moule très secondaire.
L’attente active du Royaume a donné et donne l’éthique de
l’amour du prochain un dynamisme qui contredit toute résignation.
L’erreur de Jésus démontre la vérité éternelle
d’une Parole qui, en réalité, a surmonté, transcendé
le fait, que l’on aurait pu croire accablant, de la non-réalisation
de son attente du Royaume. Nous découvrons ainsi qu’une vérité
spirituelle authentique, si elle n’est pas indépendante des conditions
historiques qui l’ont vu naître, n’en dépend pas pour autant.
Cette vérité se vérifie, en quelque sorte, par sa
vérité qui transcende le temps.
15. Le secret historique de la vie de Jésus,
op. cit. , p. 178.
16. Ma vie et ma pensée, op. cit.
, p. 60.
17. Ibid. , p. 49.
Au Lazaret, La Corniche, 34200 Sète – Tél. 04.67.53.22.47
PROGRAMME
Samedi 16 octobre
10h00 Introduction des journées par
André Gounelle, président de l’Association Libérale
Evangile et Liberté
10h10 “ L’avenir comme lieu ou non-lieu
théologique ” par Raphaël Picon, pasteur de l’ERF
14h15 Informations sur “ Evangile
et Liberté ”
15h00 “ Les libéralismes et leur
origine ” par Marc Boss, professeur à la Faculté de théologie
de Montpellier
17h15 Table ronde sur le libéralisme
en religion et en politique présidée par Bernard Félix
avec Henri Persoz, Philippe Vassaux et Bernard Viollier
20h30 Mme Chantal Perrier-Layec au clavecin
dans les œuvres de Bach, Couperin, Scarletti
Dimanche 17 octobre
9h30 “ Albert Schweitzer, une éthique
pour l’écologie ”, par Jean-Paul Sorg, professeur de philosophie
et rédacteur en chef des Etudes Schweitzériennes
11h00 Culte présidé par Mme
Perrone Boddaert, pasteur remonstrant aux Pays-Bas
14h00 “ Le clocher de village global. Vers
un christianisme dialogal ” par Jacques Nicole, pasteur de l’Eglise Réformée
du Canton de Vaud, ancien directeur de l’Institut Œcuménique de
Bossey
16h00 Conclusions présentées
par Pierre-Jean Ruff, pasteur de l’ERF.
L’Amérique et sa nébuleuse protestante.
Ce qui, de lui, surprend d’emblée,
c’est la profondeur, l’immensité, la puissance de son pluralisme.
Le protestantisme épouse toutes ses tendances possibles, du libéralisme
le plus osé et insipide au conservatisme le plus farouche et violent
et fait entendre un bouillonnement de voix théologiques aux accents,
aux langages et aux références les plus discordantes. Il
faut le souffle d’un chanteur d’Opéra pour lire d’un trait la rubrique”
Église“ dans les pages jaunes de l’annuaire, un souffle qui aura
bien du mal à dissiper un sourire devant la bizarrerie de quelques
noms : “l’Église du Prince de la Paix“, “l’Église libre du
calvaire“, ou bien encore et tout simplement “l’Église chrétienne“.
Point ici de Fédération Protestante d’Amérique pour
dissiper quelque peu les différences, oser des rapprochements, offrir
des voix communes. Le protestantisme américain s’éclate,
se répand et se dilue au point de ne plus désigner grand
chose d’autre que l’immense nébuleuse spirituelle de tout ce qui
est possible lorsque non catholique. Mais hormis cet écueil préjudiciable
au repérage de l’identité du protestantisme, le sourire de
tout à l’ heure aurait tort de se changer en gros rire moqueur.
Car cette diversité écclésiale, conséquence
rapide mais vraie du principe de l’universalité du sacerdoce si
cher aux Réformateurs, témoigne d’une grande richesse spirituelle
et théologique. Cette pluralité révèle concrètement,
à qui veut s’en rendre compte, ce fait très simple que Dieu
ne se laisse épuiser par rien. Qu’il est bariolé de couleurs,
qu’il est une source inépuisable d’imagination spirituelle, une
myriade de voix dissonantes mais toujours possibles ensemble. Au delà
de la surprise qu’il n’a de cesse de provoquer, le réel protestant
américain témoigne, à travers sa forte pluralité,
de sa vitalité et de sa créativité.
Ce pluralisme se nourrit sans conteste d’une
forte valorisation de la communauté locale. Car c’est bien à
force de répondre aux aspirations de l’individu et de prendre en
compte ses spécificités, que les communautés religieuses
prolifèrent autant.
L’Amérique produit de nouvelles églises
à la vitesse de l’éclair, avec une aisance et un sans gêne
théologique et institutionnel surprenant, et ce, dès lors
que quelque chose manque, ou qu’on décrète que tout doit
être différent. S’il est un point commun à l’ensemble
de ce protestantisme c’est bien d’être globalement plus congrégationaliste
qu’épiscopalien, de privilégier la structure locale au détriment
du dispositif synodal. Même les églises dites “épiscopaliennes”ou
“méthodistes”qui valorisent pourtant la dimension institutionnelle
confèrent au plan local un fort degré décisionnel
et d’autonomie. C’est ainsi que presque dans toutes les églises,
le pasteur est directement payé par la communauté sur une
base salariale décidée par elle et que réside une
grande autonomie théologique et liturgique. Le sentiment d’appartenance
est ainsi davantage porté sur la communauté que sur l’église
à laquelle elle se rattache. Ici, suite à un emménagement
dans une nouvelle ville on cherchera d’abord une communauté qui
nous plaît et non forcément celle qui fait administrativement
partie de l’église du lieu quitté. Et ce aussi parce que
la pluralité du protestantisme traverse bon nombre de ses composantes.
C’est ainsi par exemple que l’Église Unie du Christ a pendant longtemps
valorisé la dimension locale et sciemment refusé de renforcer
son dispositif synodal afin de maintenir en son sein une grande diversité
théologique et spirituelle. Face à l’individu ou à
sa communauté, l’institution compte peu. Sa capacité à
fédérer, à rassembler, à promouvoir une identité
capable de transcender les micro-identifications individuelles ou communautaires
semble bien mince. Mais on ne peut comprendre cela sans, aussi, prendre
la mesure exacte de l’immensité du territoire américain.
Dans ce pays continent où tout surprend par son gigantisme, la nécessité
de s’inscrire dans un réseau à échelle humaine devient
vital. Si seul le local compte c’est bien parce que tout le reste est bien
trop vaste pour pouvoir être pris en compte. Il faut parcourir l’Amérique
d’Est en Ouest, traverser quatre fuseaux horaires, avaler des milliers
de miles, oublier le temps, pour sentir l’urgence de s’arrêter quelque
part, de s’approprier son lopin de terre.
Le protestantisme américain, et c’est aussi là que réside sa richesse, se caractérise sa force sociologique, masse forcément puissante lorsqu’on la pèse d’un pays du Sud de l’Europe où le protestantisme est ce qu’on en sait. Ici, on va à l’Église. Dans le Middle Ouest ou dans le sud des Etats-Unis, la civilisation demeure paroissiale. L’Église est au rendez-vous de la vie quotidienne. Et ce parfois, diront certains un peu méchamment parce qu’il est le seul rendez-vous. La déflagration des centres-villes, l’éclatement géographique de l’habitat américain, les faibles sollicitations culturelles des villes de tailles moyennes ou petites, valorisent inévitablement l’Église comme un lieu de communauté légitime et nécessaire car soumis à peu de concurrence. Loin des côtes Atlantique et surtout Pacifique, peu de choses baissent le taux de fréquentation du culte : une tempête de neige vraiment sévère ou un match de football américain qui tombe mal, et encore… Si l’Église est présente dans la vie des américains elle l’est aussi largement dans la société. De manière parfois simple et presque symbolique à travers la dissémination sociale de symboles religieux : une croix dans une chambre d’hôpital, une Bible Gédéon dans un motel, une prière à l’ouverture d’une séance parlementaire et de manière parfois plus profonde et percutante dans la capacité qu’ont les églises à faire entendre leur voix sur certains sujets de sociétés tel par exemple l’avortement, l’écologie ou certains faits de guerre. Mais l’importance de l’Église et de son influence, ne saurait pour autant voiler une forme certaine de sécularisme qui touche la plupart des communautés religieuses et en priorité les églises dites plutôt “historiques”, ou “traditionnelles”. C’est ainsi par exemple que l’église méthodiste ou l’Église Unie du Christ ont connu ces dix dernières années une baisse sévère et parfois inquiétante de leurs membres et du nombre de leur Église. Car si l’Amérique est prompte à construire de nouvelles églises elle l’est aussi à les fermer.
Le sol américain est océanique à ciel ouvert. Il est en grande partie le résultat géologique du retrait des eaux de lacs et de mer, assèchement fissurant de vastes et profonds canyons et laissant apparaître quantités de masses rocheuses aux formes et aux couleurs extraordinaires. Associés aux phénomènes d’érosion, à la force de la tectonique des plaques, mais aussi et plus simplement à la diversité des micro-climats, aux jeux de lumière, à l’incessante évolution de la végétation, ce sol océanique offre le spectacle souvent surnaturel d’une nature extrêmement diverse et changeante à vue d’oeil. Exactement à l’image de son protestantisme composé de strates multiples, bariolé de couleurs, foisonnant de tout et de rien, extrêmement dépaysant par sa pluralité et se sachant toujours en mutation. Des bribes de foi qui composent un immense tissu religieux aux contours incertains car semblant perméable à tout.
ENQUÊTE SUR “ CROYEZ-VOUS AU DIABLE ? “ (Suite)
JE NE CROIS PAS AU DIABLE PARCE QUE JE NE
LUI FAIS PAS CONFIANCE
A mon avis, la littérature chrétienne
a abusé de cette expression “ croire en “. Il n’y a qu’à
voir les credo qui ne parlent que de croire, et qui d’ailleurs ont oublié
le diable. Il s’agirait de croire en des dogmes et, au delà des
dogmes, en l’existence d’entités plus ou moins surnaturelles qui
séviraient dans ce monde ou dans un autre monde.
Mais que veut dire “ exister “ puisque nous sommes dans le domaine de l’abstrait, du mythe, de l’imaginaire ? S’agissant d’abstractions, nous pouvons tout faire exister, y compris les anges, bons ou mauvais et tous les démons de la terre. Mais il s’agit de pures constructions culturelles, comme les djinns de la forêt ou les sorcières de tous les contes populaires.
Dans la Bible, aussi bien l’hébreu “ âman “ que le grec “ pisteuo “ n’a pas ce sens de “ croire en l’existence de “, mais signifie plutôt “ avoir confiance “; comme le latin “ credo “ d’ailleurs, d’où l’expression “ donner du crédit à “. Quand le Nouveau Testament parle de croire en Jésus, on devrait plutôt traduire avoir confiance en Jésus. Par exemple, l’évangéliste Jean écrit que Jésus ne croit pas en ses disciples ( 2-24 ) dans le sens où il ne leur fait pas confiance.
Suivant Eugène Ménégoz, je pense que la foi devrait être beaucoup plus une question de confiance que de croyance.
Alors comment pourrais-je faire confiance au diable ? L’idée est absurde. justement, par définition, je ne peux pas lui faire confiance. Donc je ne crois pas en lui.
Il faudrait quand-même qu’après Bultmann nous sachions un peu mieux sortir de la mythologie qui fut le mode d’expression des cultures anciennes mais qui n’est plus le nôtre. La Bible présente différentes cosmologies; les Pères de l’Église en ont rajouté d’autres, bien plus précises, bien plus fantastiques. Mais, pour nous, ces cosmologies ne sont pas “ à croire “. Elles sont simplement une représentation imaginaire du monde qui n’ont d’autres objectifs que d’exprimer le mystère de l’homme et surtout le mystère du mal.
Jésus, bien sûr, parle du diable, en des termes d’ailleurs vagues. Parfois c’est le calomniateur, parfois le méchant ou l’ennemi ou le chef des démons. Mais jamais il ne demande d’y croire. Il utilise le langage de son temps, il ne propose pas des articles de foi sur le diable. Puisque même les évangiles ne suggèrent pas de croire au diable, je ne vois pas pourquoi je m’obligerais.
Moins j’ai à croire, plus il me semble possible de faire confiance, au début de ce 21e siècle, à ce Jésus qui a remis l’amour du prochain au centre des exigences éthiques.
LES ESSENIENS, LES GNOSTIQUES ET LES ORIGINES CHRETIENNES POINTS DE VUE DE MICHEL JAS
à propos du récent ouvrage d’Alain Houziaux à partir d’une des séries de conférences au Temple parisien de l’Etoile (textes de Charles Perrot, Pierre Geoltrain, Claude Tassin et Jean-Daniel Dubois).
A l’image de sa couverture qui accroche
le regard mais qui présente un manuscrit de la Mer Morte à
l’envers, "Jésus, de Qumrân à l’évangile de
Thomas" (éd. Bayard/ Centurion ; 1999) me laisse un sentiment
mitigé.
J’ai toujours été vivement
intéressé par les écrits, les essais, les comptes
rendus de conférences, les poèmes de notre ami Alain Houziaux
que certainement tous les croyants libéraux apprécient
et désirent féliciter pour son rayonnement dans et en dehors
du protestantisme français. Je suis moi-même passionné
par les sujets abordés dans ce livre ; par les Mandéens particulièrement
dans leurs relations avec les origines chrétiennes et Jean Baptiste,
passionné par la figure (messianique ou pas) du Maître de
Justice à Qumrân, par l’expression “Fils de l’Homme” dans
les Evangiles comme dans le livre apocryphe des paraboles d’Hénoch
(source occulte des Evangiles, ou simplement texte post-chrétien?).
Or plusieurs de ces thèmes
-problèmes d’histoire comparée des religions-, présentés
par Houziaux et ses conférenciers comme encore incertains, me semblent
avoir, au contraire, été largement résolus.
Le fondateur de la secte de Qumrân
n’est plus compris, depuis entre autres les travaux de l’abbé Carmignac
(1958), ancien directeur de la revue de Qumrân, comme un être
divin incarné, persécuté jusqu’au martyre, et devant
revenir à la fin des temps.
Le Mandéïsme, utilisé
naguère pour expliquer entre autre le mysticisme de l’Evangile de
Jean, n’est plus tenu aujourd’hui comme témoin d’un gnosticisme
pré-chrétien . Depuis les travaux d’Ethel Stephana Drower
et de R. Macuch, le mandéïsme est plutôt situé
dans les contextes tardifs des gnosticismes orientaux. Avec,
en son origine, une émigration quasi certaine du pré ou proto-mandéïsme
(proche peut être de l’essenisme) depuis le Jourdain (l’alphabet
mandéen s’apparente au nabatéen) jusqu’en Basse-Mésopotamie
dès le Ier siècle de notre ère (avec la possibilité
d’une datation très précise : années 38 ou 81 à
partir d’une référence au roi parthe Artaban III ou Artaban
IV!)... D’où la question de savoir -comme je le crois-si les proto-mandéens
n’ont pas gardé le souvenir de Jésus, indépendamment
des Evangiles et la tradition chrétienne, derrière leur curieux
personnage :“Anos Uthrâ”(baptisé par Jean baptiste, mais compris
comme un être angélique d’origine antédiluvienne) ?..
La question du titre ou de la désignation
“Fils de l’Homme” dans la bouche de Jésus d’après les Evangiles
me semble avoir été résolue par l’étude de
Géza Vermès, juif libéral et très grand savant
d’Oxford, dans son incontournable Jésus le juif (en français,
chez Desclée; 1978) .
De même pour le semblable
(avec un sens différent ?) “Fils de l’Homme” dans le livre des paraboles
d’Hénoch (l’intérêt pour cet apocryphe varie en fonction
de sa datation! ) lors de la réception des éditions qumrâniennes
et éthiopiennes des livres d’Hénoch par J. Tadeusz Milik
(1976), Michaël Knibb (1978) et le savant falacha : Ephraïm Isaac
en 1983.
Je ne comprends pas le scepticisme
historique des savants interviewés sur ces questions par Houziaux
qui se fait aussi l’avocat du diable! Sont-ils trop prudents pour tracer
les liens entre les gens de Qumrân et le début du Christianisme?
Pourquoi alors continuer à postuler en l’influence d’un judaïsme
apocalyptique dont l’existence n’est jamais que supposée par les
universitaires modernes ?...Heureusement Charles Perrot s’affirme comme
moins historiquement pessimiste que Pierre Geoltrain ; mais le débat
contradictoire est à peine amorcé...
Ce n’est pas parce qu’un point de
vue est classiquement critique qu’il doit nous agréer, comme s’il
y avait une voie d’autorité chez les libéraux, un conservatisme
à l’envers! Les “miracles” existent dans la découverte des
textes anciens : par exemple la découverte dans le lot des manuscrits
esseniens de la grotte 4 de Qumrân de fragments d’un livre
(le Livre hénochien des Géants) qu’on ne connaissait auparavant
que chez les manichéens du Turkestan chinois dix siècles
plus tard !..
Je reste personnellement convaincu de l’apport
esssentiel de Qumrân pour l’étude du N.T.
Sans aller jusqu’à suivre
les affirmations échevelées de Barbara Thiering qui voit
dans les manuscrits de la Mer Morte la première étape chrétienne
avant la rédaction des Evangiles -à son Maître de Justice,
déduit d’une lecture erronée des manuscrits, je préfère
celui de Tassin-, il ne faut pas non plus embrayer derrière la thèse
plus conservatrice de Carsten Peter Thiede qui voit à Qumrân
(petits fragments grecs de la grotte 7)des arguments paléographiques
nouveaux pour dater Matthieu et Marc dès l’an 50.
Il y a, à l’inverse, un renouveau
des thèses mythologistes (Jésus ne serait qu’une projection
historicisée d’un mythe messianique) autour d’Eisenman et Wise ;
mais qui pour cela refusent la datation des manuscrits au carbone 14.
Les synthèses très
riches proposées par la Revue de Qumrân , dans les années
60 à 80 , ne me semblent pas avoir été, elles,
encore assez exploitées.
Aux tendances révisionnistes
ou déconstructionnistes qui sont des modes récurrentes chez
les universitaires, je préfère les essais, hypothèses
risquées mais souvent positives, que certains méprisent comme
“concordistes”... La théorie associant, par exemple, les esséniens
de Qumrân aux “Hérodiens”du N.T. vient d’être
récemment reprise de façon tout à fait intéressante
par le juif israélien Yigaël Yadin!
En histoire, comme en théologie,
il y a des agnosticismes de système fruits quelquefois (rarement)
d’une paresse coupable ; agnosticismes aussi de luxe pour justifier
par exemple quelque existentialisme de principe : “pour sauver mon Christ
dogmatique,(ou mon refus de tout Christ dogmatique) je m’acharne contre
celui de l’histoire!”.
L’argument de la non-connaissance-absolue
des origines chrétiennes (avec ou non Qumrân, les mandéens,
ou le Fils de l’Homme d’Hénoch) me semble tout aussi exagéré
que n’importe quel autre fondamentalisme pour qui tout est preuve.
J’aurais aimé que Houziaux ou l’un de ses interlocuteurs cite l’ouvrage collectif, fondamental, : Jesus and the Dead Sea Scrolls édité par James H. Charlesworth (1992) que l’on ne trouve encore malheureusement pas cité ni traduit en français.
Dans sa seconde partie : “Jésus
et les évangiles gnostiques”, l’ouvrage de Houziaux privilégie
cette fois la parenté à l’opposition !.. Peut être
un peu trop...
J’aurais aimé que J.D. Dubois
rappelle que les Valentiniens participaient aux offices de la grande Eglise,
donc qu’ils recevaient la lecture des Ecritures selon le canon en train
de devenir officiel.(cf Josep Montserrat-Torrents “Sociologie et métaphysique
de la gnose” Heresis n°23, 1994). Et que nous devrions peut être
lire les textes de Nag Hammadi non comme toujours des textes à prétention
canonique, en concurrence donc avec nos évangiles, mais comme d’abord
des écrits mystiques utilisés dans des groupes d’initiés
(comme chez les visionnaires charismatiques aujourd’hui). Présenter
les Evangiles apocryphes comme injustement retranchés d’une liste
immensément vaste en ses débuts me semble aussi faux que
de négliger l’apport de Nag Hammadi dans nos études bibliques
aujourd’hui!
L’annexe n°2 “L’évangile
de Thomas une nouvelle source d’information sur la prédication de
Jésus” me semble très pédagogique et surtout pertinente.
Par contre cette spécificité
du christianisme rappelée par Houziaux : l’incarnation,
fut, dès la première épître de Jean, exprimée
de façon gnostique et docète : “Jésus venu dans la
chair”(1Jean 4/2), c’est : En sarki, littéralement “dans (sa) chair
(c.a.d. céleste)” ; il n’y a pas l’idée paulinienne de kénose.
Les cathares au Moyen Age qui privilégiaient St Jean l’avaient bien
compris!
Le livre d’Alain Houziaux est courageux,
stimulant bien qu’incertain. Souhaitons qu’il suscite les mêmes passions
que le Jésus de Duquesne, et même plus. Et bientôt,
un second volume!...
