
Enquête
sur Croyez vous au diable? (suite) Le
Rabbi Léonard SZTEJNBERG (Judaïsme)
Les
protestants allemands en fête Solange
et Christian Mazel
L'Apocalypse,
une confession de foi pour un bi-millénaire?
Ernest Winstein
C’est la rentrée ; faut-il jouer les nostalgies ? Tout s’évanouit-il quand on fait ses bagages et que la sonnerie du préau ou du téléphone retentit ?La religion joue-t-elle cette partition du “jamais plus”?!
Non, sur le bonheur elle nous enseigne trois vérités :Le bonheur est ce que l’on respire
“Au jour du bonheur jouis du bonheur…”
(Ecclésiaste 7:14)
Même l’Ecclésiaste dans son lucide désenchantement invite à saisir l’instant : goûtons la trêve de nos conflits, la réconciliation familiale, le sursis d’une maladie, et
ce sentiment même fugitif que la vie nous est offerte.Le bonheur dès lors est plus que la mémoire, avec ses récits et ses images, il est la certitude que ce qui a été vécu intensément ou sereinement ne passe pas :
“…et voici, je suis avec vous tous les jours…”
(Matthieu 28:20)Le bonheur est ce que l’on désire.
“Plusieurs disent : ‘Qui nous fera voir le bonheur ?’…”
(Psaume 4:7)
S’il y a une sagesse dans le contentement, il y a une promesse dans le désir ; non pas la convoitise de nouveaux plaisirs ou de plus grands pouvoirs, non pas l’ambition d’être mieux connu et reconnu…Mais l’aspiration à quelque chose, en soi et dans la relation avec les autres, qui dépasse la satisfaction momentanée et qui nous projette vers un accomplissement à la fois pressenti et insaisissable.
Ce qui est amorcé dans notre condition entravée annonce une dimension de liberté non mesurable.
“Le faux bonheur dissipe, le vrai dilate” (Vinet)Le bonheur est ce qui nous engage.
Parce qu’il y a de grands malheurs et de lourdes menaces, et simplement ce temps qui passe et dévore et dépouille, le bonheur c’est souvent de prendre ses distances, de se dégager et de “cultiver son jardin”.Or voici qu’un nouveau manque se fait sentir : le plaisir tranquille et la joie même légitime ne suffisent plus à nous combler : qu’avons-nous donc oublié, quelle erreur avons-nous commise, mais où donc ai-je mis les clés… de mon bonheur ?!
“Personne n’a le droit d’être heureux tout seul !”
C’est le message simple et le témoignage de tous ceux qui, comme Raoul Follereau à qui l’on doit cette formule, n’ont pas accepté le malheur des autres et se sont lancés à corps perdu et à cœur donné dans l’aventure humanitaire et les causes solidaires.L’entreprise n’a pas besoin d’être gigantesque ou spectaculaire pour être valable : il suffit parfois d’emmener quelques jeunes dans une action de développement outre-mer, de leur faire découvrir les richesses du grand âge dans une maison de
retraite ou de les mobiliser autour du thème de l’exclusion…Alors, lentement mais sûrement, se réalise, se répand et se répercute cette vérité ancienne et actuelle :
“Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir”.
(Actes 20 : 35)
LES S.E.F. : SANS EGLISE FIXE Les institutions ecclésiastiques (catholique romaine, protestantes et autres religions) veulent toujours niveler les administrés-adeptes dont elles ont la charge : dogmes, doctrines, croyances, soumission au “magistère” (=Maitre). Devant leurs impératifs, les tenants de la liberté spirituelle doivent abdiquer et disparaître, ou faire face. Vieille histoire - hélas - toujours nouvelle…
Quand en 1938 fut reconstituée en France l’”Eglise Réformée” (le terme historique aurait dû être le pluriel “Eglises Réformées”) 4 unions d’Eglises s’unifièrent : Eglises Réformées Evangéliques (théologiquement orthodoxes), Eglises Réformées (pour la plupart d’orientation libérale), Eglises Méthodistes et Eglises Libres (Eglises de professants). Les premières années furent marquées par un attentif et amical respect des différences et des personnalités. La volonté de s’accepter les uns les autres a été intensément vécue pendant et après la guerre 39-45.
Par la suite, au détriment de la responsabilité des Eglises (locales), une dérive autoritaire (sacramentaire, doctrinale et administrative) a progressivement pris le dessus : formation de grandes régions (journal, examens septennaux, consécrations et reconnaissances des ministres, payement des traitements par la Région et non plus par les Eglises, organisation des dessertes pastorales par la Région… etc… interventions diverses), liturgie, adhésions à des organismes internationaux plus ou moins restrictifs aux plans de l’expression de la foi.
Les Eglises “libérales” ont disparu : habiles manœuvres ecclésiastiques, difficulté de pourvoir des “postes” avec un personnel non-formé par les Facultés de Théologie (cf. exclusivisme du Barthisme), choix désastreux, zizanies internes ou manque de militantisme.
Les 2 Eglises “libérales parisiennes” sont très menacées actuellement de disparaître en tant que libérales.L’Institution (de par sa conception même) avec son souci d’homogénéité écclésiastique et doctrinale (on coupe toutes les têtes qui dépassent l’alignement des rangs) gagne par une constante et savante pression.
Ne serait-ce pas des “victoires à la Pyrrhus” (I) ?
Dans le protestantisme en France, les Eglises “libérales” sont des “portes” par lesquelles beaucoup trouvent leur “famille de foi”. Un exemple : au début des années 1960 un pointage révéla que la majorité des 1500 membres-inscrits à l’Eglise de l’Oratoire du Louvre (à Paris) n’étaient pas “nés protestants”, mais l’étaient devenus par décision personnelle. Ce mouvement n’a jamais cessé.
Les Eglises libérales sont des phares pour l’affirmation de l’Evangile et sa liberté. Elles sont des communautés d’accueil pour les libres croyants francophones qui, sans elles, vivent en solitaires.
Dans sa magistrale collection sur “l’histoire de l’Eglise” Daniel Rops affirme que le protestantisme subsistera tant qu’en lui le libéralisme restera vivant. Il a raison.
Il est désastreux de vouloir interdire au Saint Esprit de se manifester comme il veut.
Parlant de la Cananéenne (non-juive), Jésus disait : “Il y a plus de foi dans cette femme que dans tout Israël”.
La liberté de recherche et d’adhésion personnelle est liée à l’Evangile de Jésus.Sans elle la Bonne Nouvelle est pervertie.
La nécessaire tension Institution-foi personnelle est sans cesse à revivre.Les Eglises imaginent et organisent des services de secours aux SDF.
Elle pourraient éviter de fabriquer des Sans Eglise Fixe…3 remarques optimistes :
1 - Quoiqu’il en soit, les “libéraux” qui entendent exprimer leur foi dans le langage et la culture d’aujourd’hui et dans les actions sociales sont (au vu des enquêtes et de l”’expérience actuelle) de plus en plus nombreux au milieu des institutions ou hors d’elles. Ce libéralisme est en pleine expansion.
2 - La méthode du “libre examen” et les acquis des sciences ont marqué les recherches théologiques de ces dernières décénnies. Très certainement et très durablement.
3 - Le Dieu de la Bible est libérateur. Dans les Eglises, sans elles ou contre elles, l’Esprit de Jésus de Nazareth et son Evangile ne cessent de libérer “les cœurs et les esprits”.
Je reçois, par Internet, l’information suivante :Interrogé par un journaliste sur l’avenir du courant libéral au sein de l’Eglise réformée de France, le nouveau président de la Fédération Protestante de France a été manifestement agacé par la lecture d’un certain manifeste libéral “au bas duquel se trouvent quelques grands noms du protestantisme”, estime que ce texte n’apporte pas grand-chose de nouveau, mais que le dialogue entre l’évangile et la modernité incarné par le courant libéral, s’il a toute sa place, “ne peut vivre durablement que dans un étroit dialogue avec son Eglise d’origine, sinon, il est condamné”.
1. Qu’un manifeste n’apporte pas grand chose de nouveau, cela n’a rien d’étonnant. Un texte de ce genre a pour fonction d’affirmer quelques principes essentiels, et non de proposer de l’inédit. Le manifeste de Théolib (dont je suis l’un des signataires), qui est ici visé, prend soin de se situer dans une continuité en se référant aux synodes de tendance libérale, et en citant des textes du début du siècle. Il ne prétend pas à l'originalité. Ce manifeste entend surtout souligner que dans la conjoncture actuelle, le libéralisme de bonne entente et de concorde avec tous (dont je crois avoir été, et je ne le regrette nullement, l’un des artisans) doit s’accompagner d’un libéralisme plus critique et polémique qui n’hésite pas à s’opposer et à contester (ce qui me paraît juste, à condition qu’il s’agisse de débats d’idées et non de querelles de personnes ou de partis). Est-ce cette volonté de s’exprimer plus contradictoirement qui agace le nouveau président de la Fédération Protestante de France ? Qu’il se rassure, il s’agit pour nous, un peu dans la ligne de ce que souhaite O.Abel, de lancer ou d'animer des discussions de fond, et non d’entrer dans des guérillas stériles et destructrices.
2. La déclaration du pasteur J.A de Clermont insiste sur le lien que les libéraux doivent garder avec leur Eglise d’origine.L’expression “Eglise d’origine” est un peu maladroite, puisque parmi ceux qui soutiennent Evangile et Liberté ou Théolib, on trouve, selon une expression employée par l’un d’eux, des “lecteurs d’évangile hors Eglise”, soit qu’ils n’aient jamais appartenu à une Eglise, soit qu’ils aient rompu, pour des raisons souvent légitimes, avec leur Eglise traditionnelle. Peu importe ; dans une interview, on n’a pas le temps de peser ses termes.
Le pasteur J. A.de Clermont soulève ici une question qu’ont souvent débattue les protestants libéraux suisses et français : faut-il parler de “protestantisme libéral” ou de “libéralisme protestant”? Dans le premier cas, nous sommes avant tout des “protestants”, et l’adjectif libéral indique et précise notre manière de l’être (à côté d’autres manières possibles d’être protestant). Le lien avec une Eglise protestante est donc essentiel dans cette perspective ; le libéralisme ne vient qu’en second lieu, comme qualificatif.Dans le second cas, nous sommes avant tout des libéraux (comme il en existe dans d’autres religions ou Eglises), et “protestant” indique notre manière d’être libéral. Le lien avec une Eglise a ici moins d’importance. A vrai dire, ce débat m’a toujours paru un peu scolastique et sophistiqué. Pour ma part, je ne vois pas de contradiction, ni même de tension entre mon libéralisme et mon appartenance à l’Eglise Réformée. A mes yeux, des réformés cohérents et conséquents (mais je sais bien qu’ils ne le sont pas tous) sont forcément, théologiquement et spirituellement, peu ou prou, des libéraux. Et il me paraît essentiel de garder le lien avec l’évangile (plus, à vrai dire, qu’avec des institutions), et de dialoguer avec tous ceux qui s’en réclament. Si c’est cela qu’entend le président de la Fédération protestante quand il parle d’un étroit dialogue avec des Eglises, j’en suis d’accord, tout en soulignant que la plupart des libéraux ne se situent pas au dehors des institutions ecclésiastiques comme des interlocuteurs extérieurs, mais au dedans, ils en sont membres, voire responsables, à part entière.
Ce qui me parait particulièrement intéressant dans les propos du pasteur de Clermont, c’est qu’ils impliquent non seulement la légitimité, mais aussi la nécessité du libéralisme au sein des Eglises Protestantes. Il y occupe une place essentielle, que l'on doit préserver et maintenir.Il me semble qu’il découle des propos du Président de la Fédération Protestante, même s’il ne le dit pas explicitement, que si un libéralisme en rupture avec les Eglises est condamné, à l’inverse des Eglises, surtout protestantes, qui tenteraient d’éliminer leurs libéraux, sont condamnables.
L’hebdomadaire protestant “Réforme”
a publié 2 articles sur le libéralisme protestant : le premier
de Pierre-Yves Ruff et le deuxième de Rémy Hebding. Réforme
ne faisant pas paraitre cette réponse à l’article d’Hebding,
nous présentons cet exposé d’un membre d’Eglise.
NDLR
C’est un lieu commun de dire que les moutons se laissent tondre la laine sur le dos.D’expérience je peux dire qu’il n’en est rien.Pour tondre un mouton, d’abord il faut l’attraper ; ensuite on doit le mettre dans la position idoine pour l’immobiliser, et enfin posséder l’outil adapté pour couper la laine (si cet outil s’appelle “des forces” ce n’est peut être pas un hasard). Pour que le mouton se “laisse tondre”, il faut employer des techniques le mettant en position de ne pas pouvoir se défendre.
Or donc, les libéraux sont-ils des moutons ou des veaux qui vont se laisser mener à l’abattoir sans rechigner ?Réforme a publié dans son numéro 2828 du 24 juin, une page sur le libéralisme intitulé “Débat”. Débat ? Quel débat ?
D’un côté, un article de Pierre-Yves Ruff explique ce qu’est le libéralisme théologique, ses particularités, et il le présente comme une voie offerte pour un chemin de foi individuel.La phrase mise en exergue de cet article “pour la liberté de conscience” caractérise assez bien la pensée libérale.En quelque sorte une “profession de foi”.
De l’autre, point de vue de Rémy Hebding, qui se résume par : “il ne faudrait pas se tromper d’époque”. Cette simple observation disqualifie totalement l’article de P.Y. Ruff, et dispense de le prendre au sérieux.La réponse n’est pas au même niveau.
D’un côté, on parle d’une manière de vivre sa foi, de l’autre on juge ex abrupto que le libéralisme est dépassé et on l’assimile à la veine romantique du dix-neuvième siècle.
Rémy Hebding dit : “il ne s’agit pas de se tromper d’époque. Aujourd’hui, la priorité est plutôt de faire entendre l’interpellation évangélique en des termes compréhensibles que de se battre contre des barrières depuis longtemps au sol. La liberté est une belle chose mais elle ne saurait à elle seule être un article de foi”.
Cette argumentation est absolument contestable, pour autant qu’on puisse considérer que cela en soit une. En effet, R. Hebding affirme gratuitement que le libéralisme est dépassé, et qu’il ne parle pas le langage nécessaire à notre époque. Et nous devrions prendre son opinion, respectable au demeurant, comme “parole d’évangile” ?
Monsieur Hebding, a t-il déjà discuté sérieusement avec des libéraux ? Non seulement avec les grands anciens, mais également avec ceux qui venant d’horizons divers, ont justement trouvé dans le libéralisme le lieu de rencontre avec le message de l’évangile. Il serait sans doute étonné de constater à quel point le “romantisme du XIXème siècle” parle aux gens de notre temps, et répond à leur attente. Connaît-il les publications du protestantisme libéral, Le Protestant, Evangile et Liberté, Théolib ? A-t-il lu des théologiens comme L. Gagnebin, B. Reymond et A. Gounelle ?
Comment prétendre sérieusement que ces publications et ces penseurs se trompent d’époque ? Pourquoi vouloir discréditer le libéralisme en le reléguant au rayon des vieilles photos couleur sépia de l’arrière-grand-mère ?
Je suis d’ailleurs extrêmement surpris des propos de Rémy Hebding dont je lis fréquemment les articles dans Réforme. Il étaye habituellement ses raisonnements avec beaucoup de sérieux.Mais, ici son argumentation manque de consistance et de loyauté.Il nous accuse de nous en prendre à des barrières qui n’existent plus.N’existent-elles vraiment plus ?Peut-être sont-elles effectivement tombées, mais ces temps-ci, ceux qui veulent les relever sont légion. Et pour ce faire, tous les moyens leur sont bons, à commencer par l’amalgame.
Monsieur Hebding commence par un préambule tendant à mettre sur le même plan libéralisme et fondamentalisme.Le premier a la prétention de se croire à l’écoute de la Parole de Dieu sans intermédiaire autre que le Saint-Esprit. Le second court le risque de diluer le message chrétien dans un humanisme inconsistant. Doit-on en conclure que Rémy Hebding aurait eu des informations plus précises que d’autres, qui lui assureraient qu’il détient “la plénitude de la vérité” en matière de message chrétien ? Et en particulier que le message de Jésus Christ n’est pas imprégné d’un “humanisme” tellement inconsistant que les “bien-pensants” d’il y a 2000 ans ont fait mettre Jésus en Croix ?
En dépit de la faiblesse des arguments de Rémy Hebding dont je veux croire qu’ils font preuve d’une méconnaissance totale de ce qu’est le libéralisme sans mauvaise intention, je n’aurais probablement pas réagi si je n’avais pas le sentiment très fort que le libéralisme fait aujourd’hui l’objet d’une opération organisée de “normalisation” et de mise au pas. Sans doute, les barrières que Rémy Hebding voit à terre, laissent-elles passer trop de vent, et certains, de peur de s’enrhumer, ont entrepris de les réédifier.
Je m’interroge sur l’environnement de cet article. Les trois articles de la colonne “Nouvelles” sur le côté gauche, viennent curieusement en appui des propos de Rémy Hebding, en suggérant des amalgames douteux. Le premier porte sur le scoutisme ; on y rappelle que depuis l’affaire de Perros Guirrec, le mouvement scout est très nettement entaché de sectarisme dans l’esprit de nombre de nos concitoyens, peu au fait de la réalité du mouvement créé par Baden Powel, le second parle des témoins de Jéhovah, gravement mis en cause dans le rapport parlementaire sur les sectes. Et enfin un article intitulé “Secte” traite des raelliens. On voudrait faire passer les libéraux pour une secte, on ne s’y prendrait pas autrement. Quand on sait que les libéraux risquent actuellement d’être éliminés de leurs paroisses traditionnelles dans la région parisienne, on s’interroge sur la date où paraît cet article et sur l’environnement où on l’a placé dans Réforme”.
Je termine par les propos de Monsieur François Goguel qui nous a quittés il y a quelques semaines. (voir Evangile et Liberté n°123 de juin 99) :
“Le libéralisme évangélique n’a pas à porter de condamnation absolue contre les dogmatismes, qu’ils soient catholiques romains ou se réclamant de la Réforme. Mais ce qu’il ne peut admettre, c’est que ces dogmatismes, au surplus divers, prétendent tous au monopole de la vérité ; que pour chacun d’entre eux, il n’y aie point de salut en dehors de son Eglise. Nous devons donc annoncer, proclamer, ce que nous croyons, ce dont nous sommes certains : il y a plusieurs demeures dans la maison du Père, et donc plusieurs chemins pour accéder à cette Maison”.
Alors, les libéraux se laisseront t-ils tondre sans rien dire ?
Le 20 octobre 1949, Mlle Elisabeth Schmidt, pasteur de l’Eglise réformée de Sète, est consacrée. C’est la première fois qu’une femme est reçue pasteur dans l’E.R.F.Qui a décidé dans l’Eglise de reconnaître le ministère pastoral féminin?Qui est Elisabeth Schmidt, pourvue depuis 1936 d’une délégation pastorale annuelle, dont on reconnaît la vocation ?
La question du ministère pastoral féminin, évoquée en 1939 dans l’E.R.F., est posée en 1945. L’Eglise réformée de Sète demande la consécration de son pasteur. Elle s’adresse au président du Conseil national : le pasteur Boegner s’engage à soutenir “personnellement devant le synode national la demande”.
E. Schmidt expose la situation des femmes dans l’E.R.F. au synode régional de Quissac en 1947.Sans négliger les Epîtres de Paul, elle précise que rien dans l’enseignement de Jésus ne montre l’exclusion de la femme des charges confiées à un homme. Dans l’Eglise primitive, des femmes exercent un ministère. Dans l’Eglise catholique, le Culte de Marie, les ordres religieux féminins compensent le silence des femmes. L’Eglise réformée limite leur rôle à l’inverse des mouvements du Réveil et de l’Armée du Salut. E. Schmidt conclut : des femmes sont présentes dans presque toutes les professions, le droit de vote leur a été donné. Manquent-elles d’autorité ? Cet attribut vient de Dieu, pense-t-elle, ajoutant ne pas croire “qu’une femme puisse tenir longtemps si Dieu ne la maintient”.
Les délégués synodaux savent tout cela : la Bible n’autorise ni n’interdit à une femme d’être pasteur. Une minorité est favorable au ministère en cas de vocation authentique.
La majorité pense que la femme doit être soumise à l’homme. On argumente. Les propos “non-théologiques” fleurissent : “en tenant un foyer, une femme semble donner son maximum” dit le secrétaire général de l’E.R.F.. La question est renvoyée au synode national de 1948. En 1949 on admet, enfin, la consécration d’une femme, mais ce doit être l’exception et la femme pasteur doit rester célibataire.
Seize ans après, en 1965, la question revient, la société a évolué. Une minorité voit l’E.R. comme une communauté patriarcale dont le pasteur est le père.A une courte majorité, le synode lève les restrictions précédentes. La décision définitive n’est arrêtée qu’en 1966, synode de Clermont-Ferrand. Aux Colloques d’Orsay, en 1979 et 1982, les femmes réfléchissent au sacerdoce féminin, souhaitant qu’il favorise une relecture de la Bible.L’Eglise de Sète fixe la consécration de son pasteur au mois d’octobre 1949. Le pasteur Westphal préside, le Président de région prononce les paroles d’installation, Mlle Schmidt rappelle comment Dieu l’a guidée jusqu’à ce jour.
Depuis son adolescence, elle est convaincue que Dieu est “présent au dedans de chacun”. Elle a été élevée par son père, député des Vosges avant la première guerre et sa mère, professeur d’allemand, sans aucun préjugé. En Suisse où sa mère est soignée, Elisabeth entend parler de la Bible et de l’amour de Dieu. En France, elle suit l’instruction religieuse à Sèvres, elle est baptisée en 1923. Elève brillante, elle étudie en philosophie “La liberté chez Malebranche : ses rapports avec la grâce”.Elle apprécie les réunions de la Fédé, rencontre quelques uns de ses amis : Madeleine Barot, C. Bonzon, C. Julien, Ch Westphal.Mlle Schmidt est décidée à servir l’Eglise. A la Faculté de Théologie de Genève, elle obtient, en 1934, le prix de prédication.Elle veut être pasteur mais rien n’est prévu pour les femmes.M. Bertrand, président de l’Union des E.R., l’envoie à Saint-Croix-Vallée-Française. Pendant ses six années de ministère cévenol, E. Schmidt réveille cette église et “ranime les tisons sous la cendre”. Elle organise des cours ruraux, une Union chrétienne de jeunes filles.
Aux débuts de la Guerre, elle est surprise par l’invasion allemande, accablée par la défaite et l’armistice et voit ariver les premiers réfugiés. Au printemps 1941, M.Barot, secrétaire générale de la Cimade, lui demande son aide. E. Schmidt part au Camp de Gurs, au service des réfugiés. Avec une assistante sociale, elle organise les secours, apporte la lumière et l’amour du Christ. Six mois après, atteinte de typhoïde, elle est évacuée. En septembre 1942, elle rejoint l’Eglise de Sète. Consacrée en 1949, Mlle Schmidt dessert Sète et les protestants disséminés du bassin de Thau jusqu’en 1958. Servir dans la paroisse vacante de Blida-Médéa, en Algérie, lui paraît l’appel attendu.
De retour en France en 1963, elle termine son ministère pastoral à Nancy en 1972 et profite de sa retraite auprès de sa sœur, à Castres,jusqu’en 1986.
L’E.R.F. et d’autres églises protestantes ont préféré, jusqu’en 1965, “le ministère obscur, difficile et précieux de la femme du pasteur et celui des diaconesses”.
Pourtant la Réforme a été favorable à l’émancipation de la femme. L’Eglise réformée doit, en partie, son maintien au zèle des mères qui “rectifient” le soir, les “erreurs” enseignées par le prêtre après la Révocation. Seule femme pasteur jusqu’en 1966, E. Schmidt est “pionnier” en ce domaine mais non “leader”, elle souhaitait que l’E.R. reconnaisse sa vocation, l’appel de Dieu et sa “passion” au service d’une foi.
Notre civilisation a préféré le rendement et l’efficacité au charme des relations personnelles. Comme dans les super-marchés, les objets abondent, mais les personnes s’effacent. Vous cherchez en vain un employé qui vous renseigne, et les acheteurs passent, muets et glacés, comme si vous apparteniez à une espèce différente.Jadis, on pouvait parler à l’épicier, au boucher, au boulanger. Dans les cas plus graves, on recourait au curé, au pharmacien, au médecin.Maintenant, il ne reste plus que le psychanalyste : il vous minute férocement son temps, il se tait et vous coûte très cher.
Même en famille, surmenés de travail, de sollicitations, de télévision, les êtres se côtoient et ne se parlent plus. Les femmes elles-mêmes la quittent “pour travailler”, mais peut-être n’est-ce parfois que pour trouver des interlocuteurs.
Paradoxe de notre époque : plus les moyens de communication se multiplient et se perfectionnent, et plus la communication réelle entre les hommes disparaît ! Bombardés d’informations, réduits à la passivité de spectateurs devant le déferlement des événements et des individus, étrangers à nous-mêmes et aux autres, nous nous plaignons de notre solitude, mais nous sommes excédés de contacts.Dans l’entassement des villes et dans la foule des indifférents, on se sent plus seul que dans les déserts parce qu’on est, à la fois, distrait de soi et frustré des autres. On envie le solitaire qui peut se recueillir ou le villageois qui a quelqu’un à qui parler.
Louis Evely “Oser parler”
“On nous dit que le discours de Jésus fut une suite de paraboles (Mat. 13,3). Constatant que nos contemporains, qui vivent surtout en ville, sont parfois insensibles aux images rurales évoquées ou au décalage culturel, je rêvais, depuis longtemps, d’exprimer le message de ces paraboles dans des situations et un langage d’aujourd’hui”.
Comme les Paraboles, ces chants parlent de la vie, de l’amour, de la mort, de la peine et de la joie des hommes, pour évoquer Dieu et le Royaume.
Il est fait pour vos enfants qui ne pratiquent plus…
Ceux qui aiment l’Evangile mais pas la “religion”…
Ceux qui cherchent… ceux qui voudraient qu’on leur parle de l’Evangile sans “pieuseries” ni mots “piégés”…
Et pour vous, qui retrouverez l’Evangile autrement.Editions AIR-LIBRE
83 RUE MONISTROL.56100 Lorient
Tél. 02.97.37.07.71 - Fax 02.97.37.07.85
Parce que l’humain déficitaire sur le plan mental et spirituel ne résiste pas au fait d’imaginer D’ à son image en projetant (tel un automatisme de répétition) ses affects et représentations sur le Divin inconcevable par essence, il génère des énergies déréglées qualifiées de diable ou de démon.Par contre, satan n’existe plus dès lors que cesse ce réflexe idolâtre vis-à-vis de D’. Cette bénédiction qu’est l’anéantissement de satan se produit parce qu’en s’interdisant de se représenter D’, le croyant se trouve directement face à la sainteté et à la puissance inouïe du Divin qui n’ont d’égal que Sa miséricorde infinie.
Une telle expérience de la foi authentique parce que non anthropomorphique évacue définitivement, par la lucidité qu’elle génère, le mythe du diable.
Dans ces conditions, il va de soi que l’éveil spirituel, né du vécu d’un contraste entre humain et Divin, a pour corollaire immédiat l’inexistence du hasard, qui se trouve remplacé par la conviction qu’en son lieu et place existe désormais une justice immanente d’essence divine. Tous les événements de la vie sont alors perçus par l’initié comme autant de signes, d’actes de justice, de vérité et donc de miséricorde.
La sanctification du croyant consiste dès lors à identifier et à interpréter toujours plus profondément le sens des messages venus de l’En-Haut divin qui lui sont adressés au travers des circonstances multiples de la vie.
C’est bien dans ce contexte de l’existence d’une justice immanente d’essence divine qui ne laisse pas de place au hasard et au diable, que le Nouveau Testament enseigne que tous nos cheveux sont comptés en permanence, et que pas un passereau ne tombe en dehors de la justice immanente (Mat. 10,29-30).
C’est dans ce sens que de son côté le judaïsme authentique et sa tradition orale traitent de satan, sans lequel l’homme ne pourrait pas travailler, se marier, avoir des enfants…, la pulsion charnelle “yètser hara” étant identifiée au diable dès lors qu’elle dérègle dangereusement le comportement humain, inféodant la victime à l'idolâtrie, c’est-à-dire à la méconnaissance du contraste absolu et bénéfique entre l’humain et le Divin.
Enfin, contrairement à des idées désuètes associant trop souvent la chair au sexe, c’est ce dérèglement qui est qualifié de “chair” par le N.T. (Romain 8,6 ; Galates 5,17…), qui reprend à son compte la tradition orale juive faisant ici figure de racine (Romain 11,18).
Croire et craindre le diable et les démons, c’est ouvrir la porte à l'idolâtrie et au thème du bouc émissaire, l’ignorance superstitieuse se permettant d’assimiler au diable tout ce qui ne correspond pas à ses présupposés et ce, après avoir osé décréter unilatéralement ce qu’est D’.
Encore aujourd’hui le mythe du diable reste l’origine profonde des atrocités et des guerres.
On ne peut dès lors qu’être attristé en lisant l’ouvrage du prêtre catholique René LAURENTIN intitulé “Le démon mythe ou réalité ?” (Fayard 1997)
Ce prêtre se situe en effet aux antipodes des réalités exposées ci-dessus parce qu’il ne comprend pas que le dogme de la Trinité chrétienne et le rite eucharistique sont des ingrédients parmi d’autres, générateurs d’inhibitions magico-religieuses de la pensée et donc des croyances au diable et démons qui sont accompagnées par l'émission d’énergies humaines déréglées.Le Rabbi Léonard SZTEJNBERG (Judaïsme)
Pour la succession du pasteur
de l’Eglise du “Foyer de l’Ame” à Paris, des événements
importants pour le protestantisme libéral se sont déroulés
ces derniers mois.Nous ne pouvons dans ce mensuel relater les faits dans
leurs détails. Nous ne retiendrons que les réflexions du
pasteur Pierre-Jean Ruff, responsable de cette communauté spirituelle
toutes ces dernières années.
NDLR
Une crise importante secoue aujourd’hui la paroisse réformée libérale du Foyer de l’Ame à Paris. Au-delà de l’événement local, cette crise remet en cause les principes auxquels les libéraux français sont attachés. Elle interpelle également sur les orientations prochaines du protestantisme en France…Nous sommes ici confrontés à une double interrogation. Elle concerne d’une part le protestantisme libéral et les églises qui en restent, d’autre part le fonctionnement de nos églises.
Pour ce qui est des églises et des fidèles de sensibilité libérale, comment être protestant et libéral si l’on ne prend en compte que le droit ecclésiastique, et encore assorti à son goût ? Comment demain le Foyer de l’Ame aura-t-il une parole crédible sur la liberté chrétienne ?Que sera son âme ?
Pour ce qui est des églises protestantes en France, où allons-nous de la sorte ?Le protestantisme réformé s’orienterait-il vers un type d’églises où les membres n’auraient le droit que de payer et de se taire ? Les faits mentionnés ne sont-ils qu’une mauvaise plaisanterie isolée ou sont-ils le prélude de ce vers quoi vont nos églises ? Cautionne-t-on vraiment un mode d’organisation où les Assemblées Générales ont le droit d’élire les conseillers tous les trois ans, de voter un budget, puis d’obéir sans voix au chapitre ?Après avoir confisqué au peuple de l’église le droit de participer réellement à son gouvernement, court-on le risque de voir interdire un message non conforme à des directives officielles? Alors que nos sociétés occidentales s’orientent résolument vers des modes de gestion démocratiques, l’église reviendrait-elle à un système d’autorité de type épiscopalien ? Demain, dans nos églises, aurons-nous encore la liberté de dire ce que nous croyons ?Qui nous dira ce que nous devons croire et espérer ? Si la direction de nos églises devient autoritaire, sans voix accordée à son peuple, valait-il la peine de faire une Réforme ?
Pour notre 7° Kirchentag, nous avons eu la même joie de la découverte d’un peuple en joie : ouverture au monde, échanges amicaux, foi intensément vécue dans la musique.Une foire aux idées
Le Tour de France cycliste, les déplacements du Pape, les aventures de chanteurs (à la Une des journaux, de la Télé) ont droit à une large information dans les médias.
Mais un rassemblement de près de 200.000 Protestants pendant 5 jours à Stuttgart en Allemagne est dédaigneusement omis. Désinformation et propagande sournoisement politiques guettent les “Olympiens” qui partout manipulent l’opinion.C’est précisément contre cette occulte inoculation d’émotions et de sentiments que les Eglises protestantes allemandes -après le nazisme et les férocités des guerres- ont imaginé un vaste forum où s’affirment et se confrontent idées, points de vue, informations mondiales, interprétations des gesticulations politiques en face d’une lecture attentive et intelligente de la Bible.
Dans les 800 stands et les innombrables comptoirs de librairie, chacun peut questionner, discuter, objecter, échanger (souvent avec une tasse de café). A l’exception des livres, rien n’est à vendre. Le “commerce” se fait avec les idées.
Une fraternité de foi
Les cultes et réunions sont de styles les plus variés : des guérisons des pentecôtistes aux rassemblements pour réflexions, des enthousiasmes revivalistes chantant aux orchestres improvisés par les jeunes, des concerts remarquablement exécutés aux interviews des hommes politiques ou des artistes. A l’écart du prétendu laïcisme “à la française”, les responsables politiques -comme dans les pays anglo-saxons- osent parler de leur convictions religieuses et du sens qu’ils veulent donner à leur vie.L’homme et la femme dans leurs fonctions publiques acceptent de se présenter en “êtres humains” avec leurs efforts, leurs limites, leurs loyaux essais.
Le 28° Kirchentag de Stuttgart a été moins politisé que les précédents : il y a une décroissance des éléments politiques partisans pour une valorisation de la spiritualité et une émergence des charismatiques. Dans cette région, carrefour des routes du sel et de mines, le thème “vous êtes le sel de la terre” était porteur symbolique, une pyramide de sel (15 m de diamètre et 5 m de haut) était dressée sur la grande place où avait lieu l’ouverture du Kirchentag.
L’image des Eglises
Durant ces dernières décennies, les Eglises ont donné le spectacle d’une désaffection galopante et de la désertification.L’autoritarisme après Vatican II et les problèmes financiers et ecclésiastiques des protestants n’ont rien arrangé.
Pour le Kirchentag, pour une semaine, toutes les Eglises sont envahies, submergées. Depuis longtemps il n’y a jamais eu autant de monde ! Une ville entière accepte de s’interroger sur les questions essentielles de l’existence humaine.
Pour le culte de clôture, le spectacle d’un stade archi-comble devenant “Temple de l’Esprit” dans la ferveur des chants (au rythme dynamique), avec l’accompagnement de milliers de cuivres, les prières et les messages (oraux et chorégraphiques) est inoubliable.
Germanophones ou pas du tout, vous êtes invités au prochain Kirchentag en juin 2001 à Frankfurt sur le Main (ville chère aux Réfugiés protestants français du XVII° siècle) !.
Solange et Christian Mazel
Un langage symboliqueL’auteur ne peut pas parler ouvertement de Rome, de l’empereur, de ses généraux. Il utilise donc un langage symbolique : Rome est remplacée par “Babylone” dont les Juifs avaient gardé le cuisant souvenir de la déportation sous Nabuchodonosor au 6è siècle avant J.C. Le dragon (Apo 12) est une autre façon de parler de Satan (Rome ?), la bête qui monte (Apo 13) représente la puissance persécutrice romaine.
On sait que l’empereur Domitien demandait à ses sujets une obéissance assortie d’une adoration quasi-religieuse. Les insoumis, parmi lesquels les chrétiens qui confessaient que Jésus (et non César) est seigneur, s’exposaient aux représailles.
Quel est le message de l’Apocalypse ?
L’auteur de l‘Apocalypse, ou le rédacteur final, compatit avec les frères persécutés.S’il insiste longuement sur les difficultés et les souffrances, c’est pour faire comprendre qu’elles peuvent durer ou reprendre. Que les destinataires sachent qu’il est, lui aussi, banni à cause de la foi, et qu’il faut tenir ferme contre l’oppression.
Dieu semble absent.Il n’oublie cependant pas ses fidèles.Ils sont inscrits dans le “livre” et, un jour, ils auront part à la “victoire” finale qui sera le fait de Dieu. Entre temps, le messie intervient.Et quoi que l’on puisse penser au sujet de la mort du Christ en la personne de Jésus et quelles que soient les difficultés que puisse rencontrer le messie-roi, celui-ci triomphera !
Le livre est porteur d’un message à des croyants du premier siècle. Mais alors, n’est-il pas dépassé, difficile, inaccessible ?Il est pourtant témoin de la foi d’une époque. Or, tout témoin nous interpelle…, son message nous touche.
Un message pour notre temps : Tenir bon et croire à l’avenir du monde !
L’Apocalypse n’est ni un livre de chevet - gare aux insomnies si la lecture restait littérale ! Ni un livre de recettes faciles pour questionnement métaphysique. Son message n’est ni celui des Témoins de Jéhovah qui voient la réalisation de telles prophétie dans les événements contemporains ! Ni celui des piétistes de tous bords se disant inspirés du Saint-Esprit pour oser donner en parole divine leurs propres divagations.L’idée du retour d’un Christ doit être traduite ainsi : Dieu pourvoit.
Le maître mot reste la foi en une force et une volonté divines supérieures -supérieures au pouvoir des maîtres de l’époque et de ceux qui, de tout temps, ne défendent que leurs propres intérêts : Dieu garde le dernier mot. Ceux qui, malgré le poids écrasant de la situation présente, ne perdent pas la foi, ont la conviction que Dieu ne les perd pas de vue. Leur foi leur offre de vivre dans une dignité qui leur est refusée par les tenants du pouvoir. L’avenir reste ouvert sur un nouveau “royaume”, qui ne sera d’ailleurs pas au ciel, mais “sur la terre” ! Quelle que soit l’idée que nous nous faisons d’un tel royaume, y “croire” consiste à prendre notre part à son avènement, à sa construction.C’est ainsi que nous sommes disciples du maître de Nazareth et que nous accueillons sa royauté, sa messianité.
Face à la difficulté de vivre ensemble aujourd’hui : ne pas perdre la foi.
A ceux qui croyaient que la civilisation apporterait le bonheur, que la conscience de l’histoire et des échecs humains, des guerres et des horreurs qu’elle entraîne ou qui la provoquent, éviterait de nouvelles catastrophes humaines, et constatent aujourd’hui que la bête immonde de la tentation de tout détruire, à commencer par l’autre que soi, provoque des ravages inattendus dans tous les continents du monde et même à notre porte, l’Apocalypse rappelle que tout est toujours possible. Non seulement faut-il veiller, mais savoir aussi que l’on peut être pris dans l’engrenage, comme le sont les centaines de milliers de victimes de ces dernières années du 20è siècle. Pour ceux qui croient que la vie ne vient pas de nulle part et que Dieu garde le dernier mot, il reste, au-delà des exactions, un avenir ouvert. Dieu nous appelle à y collaborer dès maintenant, sans perdre la foi, en dépit de tout ce qui viendrait contrarier le vivre-ensemble de l’humanité.
Ernest Winstein