
les articles
LUTHER DEVANT LA DIETE DE WORMS (1521)Christian Mazel
Nous apprenons la mort de
Dom Helder Camara. En hommage à son courageux témoignage
et sa foi si profonde, nous présentons ces quelques réflexions
de cette exceptionnelle personnalité chrétienne, connue et
aimée dans le monde.
Pour la Toussaint: LA
MORT ET LES INVISIBLES
A propos des sectes en France Yves Bernard
Suite de notre enquête sur : CROYEZ-VOUS AU DIABLE ? Laurent Schlumberger
A la sortie du culte, POUR L’HOMME ? André Gounelle.
Billet biblique n°4 ET LA PAROLE ÉTAIT DIEU, Henri Persoz
LA NUIT RÉHABILITÉEPierre Stabenbordt
LA MAGIE DU JEU Jean Domon
A propos du film “A mort la mort” Pierre Nambot, Vice-président de l’ARP et “Profilien”
LE DALAÏ LAMA à la CATHÉDRALE ST PIERRE à GENÈVE
le dossier
Les précurseursL'Athéisme dans l'histoire occidentale Jean GEORGELIN
Chenevière et Druey, adversaires de Vinet
La seconde moitié du XIXe siècle
L'école de la psychologie religieuse
Foi et vérité
L'Athéisme antique
Le Moyen-âge
La renaissance
Le 17e siècle
Le 18è Siècle
La Révolution
le 19e siècle
Notre époque
Nous apprenons la mort de Dom Helder Camara. En hommage à son courageux témoignage et sa foi si profonde, nous présentons ces quelques réflexions de cette exceptionnelle personnalité chrétienne, connue et aimée dans le monde.Luther (1483-1546) est souvent mal connu : il a divisé la chrétienté et jeté un encrier à la tête du diable !… dit-on.
En fait, la division a été décidée par l’excommunication lancée par la Bulle “Exsurge Domine” du pape Léon X contre Luther (1520-21) et par “la mise au ban de l’Empire” (privation des droits civils et des protections légales) promulguée par Charles-Quint après la Diète de Worms (1521).Peut-on reprocher de faire du camping dans les environs à ceux qu’on a violemment mis à la porte de la maison ?
Comme Jésus, Luther voulait une réforme de la vie religieuse et de l'Eglise. Il ne voulait pas créer une nouvelle religion. Il désirait restaurer la foi personnelle et trouvait la source de cette nouvelle spiritualité dans les Evangiles. Dans son combat pour un renouveau, il déclara un jour que Dieu l’avait conduit “comme un cheval aveugle”.
Comme Jésus aussi, il savait risquer sa vie pour ses convictions. Un siècle avant Luther, le réformateur tchèque Jean Hus, muni d’un sauf-conduit par l’Empereur Sigismond, avait été condamné par un Concile d’évêques (qui déposa le premier pape Jean XXIII) réuni à Constance.
Hus fut brûlé vif à Constance (1414-15). Erasme et les “bibliens” avaient contesté les idées anachroniques de l'Eglise et la corruption des “princes de l'Eglise”. Luther, cet homme du peuple, fut écouté et suivi.
Moine à Wittenberg, il découvrit dans l’Epitre aux Romains que la “justification” de l’homme n’est pas due à son propre “mérite” mais à la seule grâce de Dieu par la foi du croyant.
Un acte prit par la suite une valeur symbolique : l’affichage (selon la coutume des universités) de 95 thèses contre les indulgences (en versant de l’argent pour soi ou pour d’autres, le donateur obtient la libération des Enfers). Cette date du 31 octobre 1517 a été retenue depuis 1617 pour la célébration de la Réformation (1).
Cette critique théologique s’aggravait du refus par les allemands d’une soumission à Rome. Ce vaste mouvement religieux et national émut l’Empereur Charles-Quint.
Celui-ci convoqua le moine les 17 et 18 avril 1521 à Worms pour se justifier de ses idées religieuses au cours d’un interrogatoire public (“Diéte” avec les princes et les Electeurs). On connait la courageuse réponse : “Je ne puis autrement” “Il est dangereux d’agir contre sa conscience”…Caché dans le château de la Wartburg par son ami le Prince de Saxe, Frédéric, il traduisit le Nouveau Testament et la Bible en allemand. Œuvre littéraire et spirituelle considérable. Les œuvres du Réformateur sont souvent rééditées (2).
Un credo que nous pouvons retenir de Luther se trouve dans le feuillet retrouvé après sa mort : “Que personne ne pense avoir suffisamment pratiqué l’Ecriture Sainte sauf s’il a dirigé des communautés pendant 100 ans avec des prophètes comme Elie et Elisée, Jean-Baptiste, le Christ et les apôtres… Prosterne-toi sur leurs traces dans la prière ! Nous sommes des mendiants. Voilà la vérité”.
Christian Mazel(1) ETR 1988/3, 412-16 Marianne Carbonnier-Burkard
(2) Vient de paraitre : Luther “œuvres. 1 “Bibliothèque de la Pleïade n° 455, Ed. Gallimard. Paris 1999, présentation par Marc Lienhard et Matthieu Arnold (Strasbourg). La précédente édition en français est aux Editions Labor et Fides 17 volumes à ce jour (depuis 1957).
MILLE RAISONS DE VIVREPar la grâce que tu me fais
D’un silence sans solitude
Tu me donnes le droit d’implorer,
De réclamer
Pour mes frères prisonniers
d’une solitude sans silence.
-*-
Ne nous condamne pas
à être seuls
tout en étant ensemble.
Permets-nous d’être ensemble
tout en étant seuls.
-*-
J’aime toujours plus les fleurs,
elles me parlent de l’éphémère de la vie
et me mettent face à face
avec l’éternité.
-*-
Ne te laisse pas tirailler
entre hier
et demain
vis toujours et seulement
l’aujourd’hui de Dieu.Pour la Toussaint
LA MORT ET LES INVISIBLES
Un amour m’attend…Ce qui se passera de l’autre côté,
quand tout pour moi
aura basculé dans l’éternité,
je ne le sais pas :
je crois, je crois seulement
qu’un amour m’attendJe sais pourtant qu’alors il me faudra faire,
pauvre et sans poids,
le bilan de moi.
Mais ne pensez pas que je désespère :
je crois, je crois tellement
qu’un amour m’attend.Ne me parlez pas des gloires et louanges
des bienheureux,
et ne me dites rien non plus des anges…
tout ce que je peux
c’est croire, croire obstinément
qu’un amour m’attend.Maintenant, mon heure est si proche
et que dire ?
Oh ! mais sourire…
ce que j’ai cru, je le croirai plus fort
au pas de la mort,
c’est vers un amour
que je marche en m’en allant,
c’est dans un amour
que je descends doucement.
Si je meurs, ne pleurez pas :
c’est un amour qui me prend.Si j’ai peur - et pourquoi pas ?
Rappelez-moi simplement
qu’un amour, un amour m’attend.
Il va m’ouvrir tout entière
à sa Joie, à sa Lumière.Sœur Marie du Saint Esprit
Dans Exode 33 Dieu ombre de sa paume sa Trace au creux du rocher, protégeant sa vérité de l’invisibilité où, de dos seulement, il se laisse voir. Ainsi la vérité des choses est maintenue sur le fond de l’Ouvert. Elle restitue ainsi les relations humaines à leur bien, à leur justesse malgré leur précarité. Lao-Tseu, six siècles avant J.C., exprimait déjà cette idée dans ce triple aphorisme :
Trente rayons convergent vers le moyeu,
mais le vide entre eux fait avancer le char.
D’une motte de glaise on façonne la jarre,
mais c’est le vide en elle qui en donne l’usage.
Murs, portes et fenêtres forment la maison,
mais le vide de la chambre permet d’y habiter.
Voici l’explication :
La matière est utile,
l’immatériel donne l’usage véritable.Marc FaeslerLa graine se pourrait contempler et se dire : Combien je suis belle et puissante et vigoureuse. Je suis cèdre. Mieux encore je suis cèdre dans son essence.
Mais je vois, moi, qu’elle n’est rien encore.Elle est véhicule, voie, passage. Elle est opérateur.
Qu’elle fasse son opération ! Qu’elle conduise lentement la terre vers l’arbre. Qu’elle installe le cèdre pour la gloire de Dieu
Alors je la jugerai sur ses branchages.Saint ExupéryL’avenir est cette barque d’aujourd’hui qui demain sera portée par d’autres eaux plus profondes.Louis EvelyVous voudriez connaître le secret de la mort.
Mais comment le trouverez-vous sinon en le cherchant dans le cœur de la vie ?
La chouette dont les yeux faits pour la nuit sont aveugles au jour ne peut dévoiler le mystère de la lumière.
Si vous voulez vraiment contempler l’esprit de la mort, , ouvrez amplement votre cœur au corps de la vie.
Car la vie et la mort sont un, de même que le fleuve et l’océan sont un.
Dans la profondeur de vos espoirs et de vos désirs repose votre silencieuse connaissance de l’au-delà ;
Et tels des grains rêvant sous la neige, votre cœur rêve au printemps.
Fiez-vous aux rêves, car en eux est cachée la porte de l’éternité.
Car qu’est-ce que mourir sinon se tenir nu dans le vent et se fondre dans le soleil ?
Et qu’est-ce que cesser de respirer, sinon libérer le souffle de ses marées inquiètes, pour qu’il puisse s’élever et se dilater et rechercher Dieu sans entraves ?Khalil Gibran “Le prophète”Le même fleuve de vie, qui court à travers mes veines nuit et jour, court à travers le monde et danse en pulsations rythmées.
C’est cette même vie qui pousse à travers la poudre de la terre sa joie en innombrables brins d’herbe, et éclate en fougueuses vagues de feuilles et de fruits.
C’est cette même vie que balancent flux et reflux dans l’océan-berceau de la naissance à la mort.
Je sens mes membres glorifiés au toucher de cette vie universelle. Et je m’enorgueillis car le grand battement de la vie des âges, c’est dans mon sang qu’il bat en ce moment.Rabindranath TagoreLa mort n’est pas l’ultime vérité.
(L’offrande Lyrique)
Elle nous parait noire, de même que le ciel nous parait bleu.
Mais elle ne noircit pas plus l’existence que l’azur céleste ne tache les ailes de l’oiseau.Rabindranath Tagore
(Offrande Lyrique)
Que cherchent-ils ?
Qu’attendent-ils tous ceux et toutes celles sur qui les sectes et les communautés en tous genres exercent l’attraction que nous savons ?Ne les considérons pas trop vite comme des victimes que leur crédulité excessive et naïve fourvoie dangereusement tandis que temples et églises se vident. Dans ce jugement il y a assurément quelque chose de vrai. Il n’en reste pas moins superficiel.
Que cherchent-ils ? N’est-ce pas une guérison, un bien-être ? Et ce bien-être, ils le désirent non pas pour demain mais tout de suite, pour ce temps en heures, en jours, en mois et en années que nous avons à vivre ici-bas. C’est la réalisation immédiate de ce qu’ils attendent de l’existence qui les met sur le chemin des sectes ou des communautés para-ecclésiales. Il est possible, certes, de trouver à l’attente et au «savoir attendre» des aspects positifs, voire dynamiques, mais la valeur dont ils affectent légitimement l’existence terrestre l’emporte et les rend impatients.Le langage futuriste que nos liturgies ou la prédication ont longtemps tenu, et tiennent encore trop souvent, génére chez eux le sentiment que l’aujourd’hui de l’existence est oublié. Sans le savoir ils donnent raison au professeur John Mbiti du Kénya, qui lors d’une assemblée du Conseil Oecuménique avait lancé la remarque suivante : « Nous posons toujours la question : Y a-t-il une vie après la mort ? Mais très rarement la question : Y a t-il une vie avant la mort ?».
Quant à nos querelles doctrinales qui nous divisent de façon persistante, malgré toutes nos prières, elles les laissent indifférents. En ce temps où la vérité de toute chose évolue constamment, ils jugent ce genre de différent archaïque et prétentieux.
Par ailleurs le caractère répétitif des cultes dominicaux les ennuie.Or, l’Evangile nous engage sur un chemin qui fait très largement honneur au temps présent. Rien n’importe plus pour lui que l’espace de temps entre naissance et mort.
N’est-ce pas le temps qui nous est offert pour passer de la mort à la VIE ? (Jn. 5/24 - Luc 15/24) N’est-il pas clair que l’Evangile nous lance dans une aventure de Vie Nouvelle, riche de sens, ici et maintenant ? Et lorsque Jean Baptiste dit de Jésus qu’il est au milieu de nous pour nous baptiser du Saint-Esprit (Jn. I/33), créateur de Vie Nouvelle et de Liberté (I Cor. 3/17), est-ce pour aujourd’hui ou pour demain ? Le sens fort de ce que la théologie a nommé l’incarnation ne se situe t-il pas dans la perspective d’une possible transformation de l’existence quotidienne à l’écoute de l’Evangile ? Plus encore, lorsque Jésus parle de Vie Eternelle (Jn. 17/3), il en parle comme d’une réalité immédiatement saisissable. C’est aujourd’hui, en effet, que tout être humain entre ou n’entre pas en Vie Eternelle. C’est selon qu’il connaît ou ne connaît pas, selon qu’il vit ou ne vit pas de la pensée de Dieu, telle que l’a exprimée et vécue Jésus de Nazareth.L’Evangile est EXISTENTIEL. Bonne nouvelle, nous ne naissons pas pour mourir, comme il arrive qu’on le dise avec un air désabusé.
Nous naissons pour participer à la vie et plus nous participons à l’Amour plus nous participons à la VIE. Et plus nous donnons SENS et POIDS à notre existence, un POIDSd’ETERNITÉ.
Nous avons à présenter le salut autrement qu’à travers le schéma que nous nous sommes employés à rendre accablant : péché (surtout lui), pardon et vie promise dans l’au-delà.
Parlons de fragilité humaine. D’un être humain divisé, instable donc ou encore en situation de tentation, entre deux arbres (Gen. 2). Tels nous sommes. Inutile de dramatiser. Et cependant nous sommes considérés et discrètement accompagnés par l’Esprit. Il nous est destiné. Nous avons à l’accueillir comme un cadeau.Il nous questionne, nous éveille et nous éclaire. Il clarifie, responsabilise et dynamise la personne. Il l’oriente et la stabilise. Il se reçoit dans le silence de la prière.
Ainsi se manifeste, dès les premières pages de la Bible à la dernière, l’Amour de Dieu pour l’Humanité. Cet Amour est acceptation de ce que nous sommes, au point de s’abandonner totalement entre nos mains criminelles, en Jésus de Nazareth. Mais cet Amour est nourri par une espérance inégalable dont chacun de nous est l’objet.
Nous avons à retrouver le sens originel du mot «SALUT» :
En langue hébraïque, la racine la plus employée pour le dire indique une opposition à tout ce qui peut avoir un caractère d’oppression, de mise à l’étroit et par voie de conséquence de situation arrêtée. Il s’agit de mise au large, d’ouvrir un espace à celui qui est ou qui pourrait se sentir à l’étroit, en manque d’air. En grec, sauver signifie : garder sain et sauf, laisser vivre, conserver avec soi et garder en mémoire.
Nous retrouvons ici l’Amour inconditionnel et Éternel de Dieu. Un Amour créateur de confiance, c’est à dire de FOI (on ne s’abandonne pas à quelqu’un qui n’aime pas) et tellement engageant, fort et puissant qu’il nous transforme. Car l’Evangile de l’Amour manifesté par Jésus de Nazareth a trois effets dès l’instant où il est entendu et reçu. Tout d’abord, il rend chacun à lui-même, à sa propre vérité. Il le rend également à Dieu, au Dieu d’Amour. Et enfin, il le rend aux autres semblables, aux prochains, à une relation d’amour ouverte, confiante et paisible.La santé de chacun et de chacune, son bien-être, son équilibre et le sens de son existence sont au bout de cette triple restitution. Et il n’en faut pas plus pour que l’Espérance soit alors au rendez-vous. C’est bien ce qui advenait au passage de Jésus. A cet égard le récit de sa rencontre avec Zachée (Luc 19/ 1 à 10) est exemplaire.
Qu’avons nous fait de la puissance de l’Evangile, de sa capacité à remettre d’aplomb et en état de guérison l’existence de tout l’être humain, ce qui constitue la manifestation la plus claire du règne de Dieu ?Nous avons dérapé. Les églises, leurs institutions, quelles qu’elles soient et leur fonctionnement ; les débats tournant autour de la confession de foi ; les démonstrations destinées à établir le bien fondé des positions de chacun ; le conservatisme peureux ou encore la recherche de pouvoir nous ont accaparés et mobilisés au détriment d’un Evangile, d’une Bonne Nouvelle dont le pouvoir est thérapeutique.
C’est à cet Evangile explosif, porteur d’avenir heureux et constructif qu’il faut faire retour. Comme Protestants nous nous disons «Réformés», mais nous nous sommes installés dans une réforme qui eut lieu au 16 ème siècle et nous l’avons crue définitive. Nous sommes des «Réformés» d’hier !!!
Yves Bernard30140 Mialet
C’est connu : les hommes sont plus cruels que les bêtes (même dites féroces). Il y a foule pour voir d’innocents gladiateurs s’étriper dans l’arène ou pour voir brûler vifs des sans-pouvoirs. A l’heure actuelle le cinéma et la télé proposent souvent des déferlements de violences : défoulement ou excitation ? L’homme est plus rancunier et raffine davantage ses cruautés que l’animal (Balkans, Afrique, Europe, Indonésie).Souvent on s’interroge sur ce qui pousse ainsi les êtres humains à être “méchants”. Les causes peuvent être multiples : désir de triompher par tous les moyens, éducation (ou son manque), influences non-contrôlées. Mais ce qui donne les plus terribles pulsions de méchanceté dans la vie sociale, n’est-ce pas un sentiment d’être malheureux, victime du mal (problèmes de santé, difficultés de couple, insuccès professionnels, non-reconnaissance de ses qualités, défaillances de l’estime de soi).
La méchanceté serait la manifestation d’une revanche, une compensation, une mise à égalité. Cette réaction est, bien entendu, le plus souvent inconsciente.
Souvent dans l’Ancien Testament “le méchant” est “l’idolâtre qui se donne d’autres lois… Le monde n’est pas mauvais en soi (Jean 17/15). Le mal est plutôt une habitude, une torsion qui est animosité contre Dieu” (A. Maillot).
Des personnalités comme Gandhi, Martin-Luther King, Nelson Mandela ont essayé d’aimer “le méchant”, de le traiter comme un être humain avec ses problèmes, et de désarmer son agressivité.
L’Evangile nous apporte la conviction que Dieu est toujours bonté (Matth. 5 : 45) et source de bonté. Inépuisable.
Et nous, pour qui serions-nous “le méchant” ?Christian Mazel
Extraits du livre
d’André-Numa BERTRAND :
“L’Evangile de la Grâce”Au cœur même de l’Evangile, on trouve ce que Péguy appelle “les paraboles de l’Espérance”, c’est-à-dire les paraboles de la Brebis perdue, de la Drachme perdue et de l’Enfant prodigue ; paraboles dans lesquelles s’exprime l’espérance que Jésus a mise dans les hommes et jusque dans les plus déchus d’entre eux : sauver ce qui est perdu, ramener à la vie ceux qui sont morts. Dans ces paroles brèves que l’Evangile a comme enfoncées dans le cœur de l’homme, brille une espérance presque douloureuse, tant elle est démesurée, hors de proportion avec ce qu’ose attendre l’humanité moyenne. Cette gloire unique que les prophètes réservaient au peuple prédestiné : être une espérance de Dieu, elle est offerte maintenant au dernier des pécheurs. Offerte ? Non pas seulement offerte, mais donnée, livrée, abandonnée ; que cette espérance soit couronnée ou non d’une victoire, nul ne peut refuser d’en être l’objet, car tout homme est appelé à la repentance et toute repentance est “un couronnement d’une espérance de Dieu”.
Et parce que nul ne peut empêcher que Dieu espère en lui, nul ne peut non plus renoncer à espérer lui-même ; il n’y a pas d’abîme de perdition où ne descende encore cette grâce de l’espérance, la première que le cœur naturel de l’homme enlève aux autres et s’enlève à lui-même, la dernière que l’Evangile persiste à offrir à quiconque repousse toutes les autres et refuse d’entendre la voix de Jésus-Christ.
Quand l’espérance atteint à cette puissance et cette profondeur, il semble que l’on touche comme du doigt son caractère surnaturel.Il éclate d’abord dans son absoluité même, dans l’intrépidité, dirai-je, avec laquelle elle dépasse les prévisions de la sagesse humaine.Certes, toute espérance est déjà un appel à une force supérieure, capable d’introduire des commencements nouveaux dans notre vie ; mais avec quelle timidité s’exerce en général notre appel à cette possibilité de renaissance ! Il semble que nous ayons peur de trop demander et que nous soyons surtout préoccupés de ne pas trop contredire à l’ordre de la nature et aux lois habituelles de la nécessité. Les hommes essayent volontiers de sauver des flots ceux qui sont tout près de la rive ; ceux qu’ils veulent amener à la repentance, ce sont les pécheurs pas trop endurcis, ceux dont il est “vraisemblable” que l’on puisse encore attendre quelque chose.
Seule l’espérance chrétienne ose s’adresser à ceux qui découragent les tentatives les plus persévérantes, seule elle descend dans la nuit, non pas seulement pour y porter l’aumône de la pitié, mais pour y faire briller les trésors de l’espérance, pour y faire entendre la parole d’un renouveau possible, d’une résurrection promise à ceux qui sont morts.
Editions la Cause.
Le livre “L’Evangile de la Grâce a paru en 1934. Il n’a pas perdu , en 65 ans, de son actualité.Il mérite qu’on le lise et qu’on le médite.
Le pasteur A.N. Bertrand (1876-1946), connu pour son libéralisme théologique, a marqué le protestantisme français. Nous nous réjouissons de cette ré-édition.
Contre l’éternel retour des anges, très à la mode, et contre les innombrables productions cinématographiques qui font du satanisme une source appréciable de revenus, contre les peurs infantiles et contre bien des religions, contre certaines phrases de la Bible même, je crois fermement que le diable n’existe pas.
Le ciel est pour moi vide de tous ces froissements d’ailes, de ces combats d’anges de lumière ou déchus, de ces sonneries de trompettes qui ont la force de métaphores, sans plus. Car ce que l’on désigne par le mot “ciel” est cet ailleurs qui est en même temps ici, ce lointain déjà présent au ras du sol, sans commencement assignable ni fin délimitée, où Dieu règne. Dieu seul. Et dont je ne peux par conséquent rien dire.
Tout ce que je peux éventuellement dire de Dieu, comme croyant et théologien chrétien se ramène en effet, à un moment ou à un autre, à Jésus le Christ. Car hors de Dieu-dans-sa-parole, que pourrais-je déchiffrer de lui ? Hors de Dieu-en-Jésus-Christ, que pourrais-je connaître de lui ? Hors de Dieu mêlé à l’humain, inscrit dans la finitude des hommes, tissé aux mots et aux langages qui sont les nôtres, que pourrais-je dire de lui ?Or, ce que je découvre en Jésus-Christ, d’abord, c’est que Dieu, toujours, me précède.Il est toujours déjà là. Avant que je sache le nommer, il m’a déjà nommé ; avant que je le connaisse, il me connaît ; avant que je l’appelle, il m’a appelé. Il me précède, non pas bien sûr dans l’ordre du temps que dans celui de l’existence. Ce que je découvre en Jésus-Christ, ensuite, c’est que si Dieu me précède, c’est pour mon bonheur.Car il me nomme pour que je vive, il me connaît pour m’aimer, il m’appelle pour que je sois responsable. Dieu nous précède, absolument, et c’est pour notre bonheur : c’est en somme ce que Jésus-Christ nous fait comprendre quand il nous invite à considérer Dieu comme “notre père”. Et c’est ce que signifie, très simplement, ce que nous appelons la grâce : cette relation inconditionnelle, sur laquelle nous n’avons pas de prise, qui précède toutes les autres et qui en est la condition. En Jésus-Christ, Dieu nous place dans une relation fondatrice, où nous n’avons rien à gagner et rien à perdre, où nous sommes libérés de tout marchandage dès lors que nous comprenons cela. Une relation inconditionnelle.
Revenons au diable ou plutôt, puisqu’il n’existe pas, au diable-dans-les-mots, à la logique diabolique qui, elle, existe bel et bien et exerce ses ravages. La logique diabolique c’est de chercher autre chose que cette relation inconditionnelle. C’est de vouloir la contourner. C’est de la fendre, de la tailler, en pièces. C’est de la transformer en relation conditionnelle, c’est-à-dire une relation sur laquelle moi aussi je veux avoir prise, où je puisse entrer en négociation, dans laquelle je puisse me rêver comme maître, créateur, origine de ma propre vie.“Comme des dieux” en quelque sorte.
Dans cette logique-là, “dieu” (et il faut bien y mettre des guillemets, puisque ce mot ne désigne alors rien d’autre que ce que je veux qu’il soit) devient proprement infernal. Si la relation avec lui devient conditionnelle, les conditions pour la maintenir deviendront toujours plus élevées. Il exigera toujours plus, pusqu’il est “dieu”.Il faudra lui offrir non seulement ma prière, mais aussi ma morale et mon temps, mon argent et ma famile, mon pays et ma sexualité, et tout ce qui fait l’humanité.Il n’y en aura jamais assez et ce ne sera jamais trop, puisque tout cela sera la condition pour que simplement j’aie le droit et le sentiment de vivre aux yeux de “dieu”, c’est-à-dire à mes propres yeux. Cette logique est donc à la fois infernale et délicieuse : c’est ce qui fait tout son succès. Le diable est le nom collé à ce dieu imaginaire que nous recréons jour après jour, parce que nous avons du même coup l’illusion d’être notre propre père, notre propre maître, notre propre dieu, un dieu que nous pouvons séduire et maudire à la fois.
“Dieu en dehors de Jésus-Christ, disait Luther, c’est le diable”. On ne peut, me semble-t-il, dire les choses plus simplement.Et du même coup renverser le mot de Baudelaire. Car la plus belle ruse de la logique diabolique, c’est de nous persuader que le diable existe.
Laurent Schlumberger
Ce dimanche matin, au culte, l’officiante (une conseillère presbytérale) a lu une confession de foi qui commence ainsi : “je crois que Dieu a créé le monde pour l’homme”.Cette phrase m’a fait sursauter.
Elle témoigne d’un égocentrisme humain bien naïf. N’est-il pas démesuré et un peu ridicule d’affirmer que les galaxies, les étoiles, les planètes ont été créées pour l’homme ? Il parait insensé de penser que l’immensité de l’Univers a pour finalité le minuscule être humain.
Il y a beaucoup plus grave. D’une naïveté sommes toutes inoffensive, on glisse vite à des comportements beaucoup moins innocents. L’être humain a estimé que puisque le monde était “pour lui”, il pouvait user à sa guise de la nature, des végétaux et des animaux, et tout se permettre à leur égard. On en voit le résultat effroyable: des animaux à qui on impose des souffrances abominables ; on les manipule et on les torture ; on les nourrit avec des farines qui les rendent fous et les empoisonnent ; on les entasse et on les fait voyager dans des conditions atroces.
Le récit de la création, au début du livre de la Genèse, raconte que Dieu a regardé, à plusieurs reprises, le monde avant la création de l’être humain, et qu’il l’a trouvé bon.Bon en lui-même, et non pas d’abord ni seulement bon pour l’homme. Dieu charge Adam de cultiver et de soigner la terre, pas de l’exploiter à sa guise, de l’abîmer sans retenue, ni de la détériorer sans le moindre scrupule. Les créatures de Dieu, même si nous les utilisons pour nos besoins (comment pourrions-nous l’éviter ?) ont droit à notre respect. Nous devons les traiter aussi bien que possible, à la fois en les servant et en nous en servant.Dieu a créé les animaux et les végétaux pour eux-mêmes, autant que pour nous, et il nous a créés pour eux autant que pour nous.
Je sais bien que la confession de foi lue ce matin entend souligner l’amour de Dieu, et en cela je lui donne raison. Il n’en demeure pas moins qu’elle le fait très mal. j’ai été dire mon malaise à l’officiante. Elle m’a gentiment écouté.L’ai-je convaincue ? Je n’en sais rien, mais, pour moi, croire en la création signifie reconnaître la dignité du monde. Je trouve qu’il serait grand temps que nous chrétiens en prenions conscience.
André Gounelle.
Au commencement était la Parole. Et la Parole était tournée vers Dieu. Et la Parole était Dieu. (Jean 1-1)L’évangéliste Jean reprend un thème très biblique : Dieu crée le Monde en parlant. La découverte de Yahvé par les fils d’Israël est fondamentalement la découverte du Dieu qui parle à son peuple : “Ecoutez la parole que vous adresse Yahvé” répète sans cesse la Bible hébraïque. Parole de justice ; parole de défense de la veuve de l’orphelin et de l’étranger.Parole qui ne retourne pas à Dieu sans avoir accompli le résultat que Dieu attendait, ainsi que le précise, par exemple Esaïe au chapitre 55. La Parole de Dieu n’est pas une parlote mais une action efficace. Obligation de résultat, dirait-on aujourd’hui.
Mais Jean, dans son prologue, va plus loin. Dieu n’est pas seulement Celui qui parle, Il est la Parole elle-même. Qu’est-ce que Dieu ? Nous ne savons pas très bien ; il faut se l’avouer. Mais ici, Jean avance une idée : Dieu, c’est la Parole.Dieu est ce qui fait que les hommes peuvent communiquer, partager leurs sentiments, leurs espérances et leurs tristesses, peuvent s’édifier les uns les autres, se haïr et s’aimer.
Le Dieu-parole tisse les solidarités et les compassions.La Parole est la face de Dieu tournée vers le Monde. Elle est Dieu pour les hommes.Elle est cette relation spirituelle entre les hommes. Elle va d’un homme à l’autre, d’un peuple à l’autre. Elle traverse le temps et l’espace. Elle peut émouvoir des milliers d’hommes en même temps et se transporter d’un millénaire à l’autre. C’est pourquoi elle participe à l’éternité et à l’infini de Dieu.Elle est même cette éternité et cet infini.
Aux temps bibliques, mais aujourd’hui encore, ce Yahvé-parole s’oppose aux autres dieux qui ne sont que des images, des idoles. Les idoles ne parlent pas ; elles ne créent pas ; elles sont sans vie. Seul Yahvé est vivant, créateur, parce qu'il est Parole, Esprit.La vie est du côté de la parole, alors que les idoles, taillées de mains d’homme, sont enfermés dans le silence de la matière inerte.
Mais voilà le paradoxe : Ce Dieu-parole est aussi un trop long silence. Dieu est muet car il n’a pas de forme.Il emprunte pour parler le canal déformant des hommes. Dieu n’a pas d’autres moyens pour parler que de laisser la parole aux hommes. Et la Bible ne s’en cache pas qui écrit : “La parole vint au prophète de la part du Seigneur et il dit :”.
Alors la Parole de Dieu devient Parole d’homme. Paroles de Dieu et Paroles humaines sont inextricablement mêlées dans ce monde, pour le meilleur et pour le pire, comme le bon grain et l’ivraie. Et nous sommes tous co-ouvriers avec Dieu dans cet énorme chantier de la Parole qui permet au Royaume de s’approcher. Mais combien de fois les hommes ont voulu s’emparer de la Parole de Dieu pour leur seul profit ?
Jean a bien vu la difficulté. C’est pourquoi il poursuit : la Parole a habité parmi nous sous la forme du Fils unique.Lui avait une forme puisqu’il était fils d’homme.
Il est vrai qu’aujourd’hui nous ne savons plus très bien ce que Jésus a dit lui-même et ce que les évangélistes ou les traditions pré-évangéliques ont rajouté ou corrigé. Mais dans ce même évangile de Jean(10-34), Jésus, accusé de vouloir se faire Dieu, répond à ses interlocuteurs par une citation biblique : “Vous êtes des dieuxHenri Persoz
Un soir, nous étions dans un petit village de la France profonde. Tout à coup, à dix heures et demie, les lumières de la rue se sont éteintes. Panne de courant due à un orage ?Non, la commune coupait tout simplement son éclairage pendant la nuit. Habitués à la débauche de lumière de nos villes, les citadins de passage en étaient tout surpris, et même un peu perdus.Lorsqu’on survole la France de nuit, c’est ainsi qu’on la voit : les grandes taches de lumières des villes, et puis quelques îlots éclairés, enfermés dans les ténèbres, apparemment sans communication entre eux.
Du coup, il y de moins en moins de lieux d’où l’on puisse bien regarder les étoiles, à cause de cette pollution lumineuse qui gêne l’observation. Il faut se retirer haut ou loin pour admirer la voûte étoilée. Pour la majorité de nos contemporains, peu importe d’ailleurs le ciel, ils préfèrent cette clarté artificielle qui les rassure. A l’époque où des autos sont guidées par satellites, l’étoile polaire a moins d’importance pour eux que de baigner dans ces lueurs plus ou moins vives qui chassent les démons. Au moment de l’éclipse du mois d’août, même en des régions où le soleil n’était pas entièrement obscurci, il y a eu des gens pour rester enfermés chez eux.Permanence chez l’être humain de réactions qui datent de millénaires, imprimées en lui depuis des temps immémoriaux !
A la suite de ces lointaines peurs religieuses, on pourrait penser retrouver dans la Bible, et en particulier dans l’Evangile la classique opposition : celle entre Lumières et Ténèbres, Bien et Mal. Ce dualisme est en effet présent dans beaucoup de religions, même quand il n’aboutit pas à l’adoration du Soleil.
Or la réalité biblique est plus nuancée. Certes, “Dieu est lumière”, mais l’inverse n’est pas vrai : la Lumière n’est pas dieu.Jésus a dit : “Je suis la lumière”. Mais cette phrase est une affirmation polémique, qui situe Jésus à une place incomparable, qu’aucune autre puissance ne peut occuper, pas même le dieu Soleil.
Dans l’Evangile, le sens de la nuit n’est pas simplement négatif (sans nous étendre sur la signification de la nuit dans la mystique chrétienne, ni les prolongements plus ou moins racistes).
L’évangile de Marc rapporte ainsi un très beau texte (1,32-34) : le soir, après le coucher du soleil, toute la ville est rassemblée à la porte. On amène à Jésus malades et “démoniaques”.Alors que les ténèbres règnent encore, la nuit de l’angoisse et du cauchemar est devenue la nuit de l’espérance et de la guérison. C’est ainsi une nouvelle création qui commence, avec un nouveau jour. Suivant la manière juive de décompter, la journée commence en effet à la tombée du soleil, quand paraissent les premières étoiles. Nous sommes donc déjà le lendemain du sabbat, c’est à dire le dimanche.Nous sommes déjà au huitième jour, celui qui deviendra le jour de la Résurrection, et celui du culte chrétien.
Cela éclaire un autre passage de Marc (4,35), souvent utilisé comme exergue à une annonce de décès : “Sur le soir, Jésus leur dit : Passons sur l’autre rive !” Ce texte était souvent entendu comme “soir” d’une vie, entrée dans la nuit de la mort. Alors que ce soir et cette nuit sont passage dans le monde nouveau du Règne de Dieu - dans le cas précis de ce récit de Marc, celui où les tempêtes sont apaisées et les frayeurs calmées. Quant aux récits de la Passion qui sauve le monde, ils se déroulent en majorité durant la nuit, depuis Gethsémané jusqu’aux ténèbres de midi à trois heures le lendemain.
D’où aussi les exhortations à veiller durant la nuit. Parce que c’est là durant la nuit que l’Epoux arrive (Matth. 25, 1-12 ; la parabole “des dix vierges” n’aurait aucun sens si elle se déroulait de jour).
Ainsi, distinguer le jour et la nuit comme le font nos contemporains, avec d’un côté la lumière qui est bonne, de l’autre les ténèbres qui sont mauvaises, est d’un dualisme trop simpliste par rapport aux Ecritures. C’est l’expression de religions très anciennes, maintenant l’être humain dans les terreurs du noir, réduit à se sauver par des lumières artificielles. La religion biblique n’a pas peur du noir, car “La nuit devient lumière autour de moi, même les ténèbres ne sont pas obscures pour Toi” (Ps. 139, 11-12).
Pierre Stabenbordt
La Tour Eiffel indique quotidiennement le nombre de jours qui nous séparent de l’an 2000. Et la télévision. Mais le calcul du temps n’est pas le même pour tous sur toute la terre.Les Tibétains entrent en l’an 2114,
Les mayas vivent en 5113,
Les Juifs en 5758,
Les Musulmans en 1418,
Les Talibans en 1375,
Les Zoroastriens en 1366,
Les Thaïs en 2540,
Les Hindous en 2054,
Les Karennis en 2736.
On pense aujourd’hui que Denys le Petit (Rome 500-545) a retardé la venue de Jésus de 4 à 6 ans. Jésus est né plus tôt que l’indique le calendrier chrétien. Ci-contre un cadran solaire lançant son appel
On n’a pas oublié, et on espère revoir, La Vita e bella de Roberto Benigni, ce clown bondissant et chaleureux qui, pour protéger son fils de l’horreur d’un camp de concentration, transfigure la cruauté des grandes personnes en un jeu d’enfant.Entre autres excellents titres qui sortent ces temps-ci sur nos écrans*, comment ne pas lier ce souvenir à L’été de Kikujiro ? Ici aussi l’auteur du film en est également le principal interprète. Ici encore la fiction rassemble un adulte et un enfant pour nous emporter dans un tourbillon d’humour et de tendresse où le jeu précisément va transcender la réalité. Et si Takeshi Kitano, qui nous avait habitués à des rôles de yakusa violent, n’est ici ni clown ni père, il va en quelque sorte progressivement le devenir. Kikujiro, 50 ans, est une espèce de rustre balourd et sans scrupule.Comme il est au chômage et s’ennuie, il accepte d’accompagner à la recherche d’une maman hypothétique un petit garçon de 9 ans, Masao, en vacances et qui lui aussi s’ennuie. Et nous voilà partis dans le cinématographiquement classique road movie. Mais pédestre. Et dont les étapes ne vont cesser d’aller vers un délire de plus en plus réjouissant. Notre voyou ne ménage pourtant pas, au départ, ni les grossièretés ni les coups tordus. Mais le petit garçon trottinant tristement avec ses petites ailes sur son sac à dos, une fois plumé de son argent de poche, va peu à peu arracher de ce coquin une compassion, une envie de le distraire.Sans jamais rien demander ni provoquer, il va éveiller chez la brute cette poétique et naïve imagination que les Grands étouffent sous des allures de durs et lui rendre, pour un temps, sa propre enfance. Le rêve, le rire parfois mêlé de larmes, la fantaisie, l’improvisation loufoque, le goût du mime et du masque gagnent même les rencontres de passage. Ainsi ces deux motards “black angels” mal dégrossis qui pour amuser le petit ange se déguisent et font les pitres. Par la magie du jeu, une parenthèse de bonheur.
Oserai-je dire que dans son genre, le Ghost Dog de Jim Jarmusch a lui aussi quelque chose d’à la fois primitif et enfantin, et que cette histoire m'a réjoui ? Il s’agit pourtant d’un tueur à gages capable de refroidir ses victimes sans un frémissement de sourcil. Mais un moineau posé sur le bout de son fusil le trouble et c’est au milieu d’une volière de pigeons qu’il vit en ermite. Un ermite qui a son code d’honneur et se soumet avec application, et beaucoup de distinction, à la Voie d’un Samouraï. Un mystique en quelque sorte qui, entre l’amitié d’un indien et la fréquentation d’un noir français, a fait de sa vie insolite une sorte de jeu pour grande personne.Mais s’il y a dans cela quelque magie, j’avoue qu’elle est surtout due aux dons conjugués du réalisateur et de l’acteur. Et pourquoi pas ?
Jean Domon* Beautiful People par exemple, mais je rappelle aussi Rosetta et Kadosh, (cf L’énergie des femmes - Ev. et Lib. de Juillet-Août).
Film de Romain Goupil, qui passe actuellementThomas, rôle principal fort bien interprété par le réalisateur lui-même, a vécu mai 68 comme tant de militants en lutte pour un idéal auquel ils croyaient passionnément. Trente ans plus tard, il ne peut y renoncer mais se débat dans une existence traversée par des attitudes apparemment contradictoires. Dans une société consumériste qui s’est plutôt détériorée depuis 68, avec la drogue, le sida, l’horizon désespéré des laissés pour compte, et face à la disparition de ses camarades militants, Thomas crie “à mort la mort”. Pour que sa vie ne verse pas dans une désillusion tragique, il tente d’exorciser toute nostalgie aliénante par un regard libre qui n’hésite pas à tourner en dérision les conformismes sociaux de notre époque.
Ce personnage généreux et sympathique, voire séduisant, est-il dans la bonne voie en s’accrochant à l’idéal brisé de ceux qualifiés de “soixante-huitards”? Et s’il persiste dans cette direction, ne lui manque-t-il pas un sens plus profond de la vie, une authentique dimension spirituelle qui ne se réduise pas des devises du genre “avant la vie c’est le désir, après la vie c’est le souvenir” ? Sans doute les nostalgiques de cet événement marquant verront-ils le film avec émotion, peut-être même avec un sentiment d’échec et d’amertume, peut-être regretteront-ils aussi l’esprit de communauté et de fraternité qui embrasa la jeunesse d’alors. D’autres, au contraire, seront tentés de conforter leur point de vue en affirmant que mai 68 et son vent utopique voulaient tout balayer sans proposer de solution durablement viable. Bien d’autres spectateurs se tiendront à distance de ces deux points de vue tout en sachant que la confrontation des hommes et de leurs idées est la condition même d’une recherche ouverte sur de nouveaux possibles.
Qu’en pensent les jeunes d’aujourd’hui ? Ils éprouvent une difficulté à en comprendre tous les enjeux, à en saisir la portée exacte pour les générations précédentes. Si les discussions et les polémiques sur le sujet leur sont plutôt étrangères, par contre le débat de société induit par cet événement les intéresse pour autant qu’il puisse faire apparaître des éléments profitables au présent et à l'avenir.
Pierre Nambot,
Vice-président de l’ARP et “Profilien”
Dans le cadre de diverses manifestations inter-religieuses, le Dalaï Lama a captivé les foules les 7 et 8 août à Genève. La cathédrale de Genève n’est pas parvenue à contenir la foule des participants. Plusieurs centaines de personnes ont suivi la célébration sur le parvis à travers des haut-parleurs, tandis que 2000 autres avaient trouvé place à l’intérieur de l’édifice.Le Dalaï Lama, dont l’autorité spirituelle est respectée à travers le monde entier, représente sur le plan politique une figure controversée, car il symbolise le voeu de nombreux Tibétains de se libérer de la domination chinoise.
En 1950, les forces communistes chinoises ont revendiqué et envahi le territoire. Le Dalaï Lama est parti en 1959 en exil en Inde. Depuis lors, il parcourt le monde pour parler du bouddhisme et faire campagne en faveur de l’indépendance du Tibet.
Introduction du pasteur Vincent SchmidC’est un commentaire du pasteur Vincent Schmid sur le texte de Luc 9.51-56 :
“Ce passage de l’Evangile de Luc nous parle d’éthique. Quel esprit nous anime en face de celui qui est différent par sa religion et par sa foi ?Notre foi et notre religion font partie de notre être intime. Il s’agit donc d’un terrain hypersensible. L’épisode suivant le montre : les disciples, vexés par le refus des villageois qui sont de croyances différentes, entrent dans une colère meurtrière et veulent se venger. Or, Jésus n’a pas un mot de reproche envers les villageois. En revanche, il réprimande sévèrement ses disciples. Ce sont eux qui doivent apprendre à se détacher de la violence qui les saisit à cette occasion.“Telle est la base d’une démarche vraiment spirituelle.En guérissant la violence qui nous habite, on rend possible la relation avec celui qui est différent, et qui pourtant est notre frère humain. Aujourd’hui, le problème de la violence religieuse est menaçant. On ne compte pas moins de cinquante-six guerres ou foyers de tension à caractère religieux plus ou moins marqués. Il y a donc un bon et un mauvais usage de la religion.Le mauvais suscite un esprit de violence et d’animosité qui nous entraîne à la ruine et finit par rendre le monde invivable. Le bon usage, au contraire, recherche un esprit de charité, d’estime mutuelle et de compréhension sympathique. Il permet à chacun d’être ce qu’il est dans un monde viable.
“Il y a trente ans, l’homme posait le pied sur la lune.Avec le recul, on se rend compte que la véritable révolution fut mentale plus que technologique.Pour la première fois, on a pu contempler de loin notre planète bleue. Elle est devenue soudain plus petite, et l’idée d’une éthique commune à laquelle chaque religion pourrait adhérer sans se dénaturer est apparue plausible.Une éthique qui s’accorderait sur l’inacceptable, sur une communauté des refus. “La concorde entre croyances différentes est bonne”, peut-on lire dans l’Edit que l’empereur bouddhiste Asoka promulgua au 3e siècle avant J.C. En effet, le respect est non seulement profitable aux autres, mais d’abord à soi-même.Puisse ce jour marquer d’une pierre blanche notre marche hésitante vers plus de lumière !”
La prédication du Dalaï Lama
“Où que j’aille dans ce monde, j’ai toujours éprouvé un profond respect pour les grandes religions et les grands courants spirituels, car je suis conscient qu’ils ont tous apporté d’immenses bienfaits à l’humanité. Ils en apportent en ce moment et ils continueront à en apporter dans le futur. De cela, je suis intimement convaincu.
“Nous voici à une époque où, de façon générale, nous avons atteint un état de développement matériel et technologique que l’humanité n’a jamais connu jusqu’à ce jour. Outre qu’il faille utiliser cette capacité à maîtriser les éléments extérieurs à des fins altruistes, il convient aussi de l’accompagner d’un développement intérieur, d’une maîtrise de l’esprit, sans laquelle jamais notre humanité ne pourra connaître la sérénité et la paix véritable.
“Pour moi, le développement intérieur prend racine dans l’amour, la compassion, la patience, la tolérance, dans une attitude sans attachements ni désirs excessifs.Toutes les grandes religions délivrent ce même message spirituel, d’où il découle qu’elles doivent éprouver du respect mutuel les unes pour les autres.
“Il ne suffit pas d’adopter une religion, d’appartenir à une religion.Il faut aussi la mettre en pratique.Par la force et la grâce de l’expérience, l’esprit peut petit à petit se pacifier, devenir plus serein, plus fort, plus courageux. Si bien que, lorsque les difficultés surgissent dans la société et entre les nations, la force que procure l’expérience religieuse intérieure aide à les résoudre.
“La religion est comme un médicament. On doit l’ingérer pour combattre la maladie. Débattre des qualités du médicament ne sert pas à grand chose. Il faut le prendre quand nous sommes malades. De la même manière, quand notre esprit est troublé et notre paix intérieure détruite, il faut utiliser la médecine de la spiritualité. C’est dans ces circonstances qu’elle a sa raison d’être et peut déployer son efficacité.
L’expérience et la mise en pratique sont donc essentielles, quoique difficiles, et ne débouchant pas instantanément sur des résultats probants. Cela se travaille à long terme et doit conduire à une véritable transformation intérieure à force de patience, de détermination et de persévérance.”“La spiritualité demande beaucoup d’efforts au fil d’un processus de transformation et de familiarisation progressif destiné à habituer l’esprit à une nouvelle façon de sentir le monde. Ainsi se développera une force intérieure allant de pair avec la joie intérieure, la sérénité.
“Dans le psaume que nous avons chanté, nous avons loué la sagesse, l’amour et l’activité d’une instance transcendante, Dieu pour les chrétiens.
Nous louons la sagesse, l’amour, la compassion parce que nous en reconnaissons la valeur. Mais il ne suffit pas de les célébrer, il faut qu’ils imprègnent nos actes quotidiens.“Les grands courants spirituels ont des visions métaphysiques ou philosophiques différentes. Mais sur le fond, toutes visent à rendre l’homme meilleur, c’est-à-dire à développer en lui l’amour, la compassion, la patience, la tempérance. Ces qualités se retrouvent au cœur de toutes les traditions religieuses.
“La diversité des visions philosophiques, métaphysiques et spirituelles correspondent à la diversité des êtres humains qui ont chacun leurs besoins et leurs aspirations propres.
“Comment ces religions, malgré leurs diversité, peuvent-elles aider l’homme à devenir meilleur ? Prenons tout d’abord le cas des grandes religions qui envisagent un Dieu créateur. Ce concept a une très grande puissance. En effet, l’homme descend directement de ce créateur.Il doit donc agir pour se conformer à ce que le créateur attend de lui, c’est-à-dire développer l’amour, la compassion et une certaine intimité avec le créateur, surtout dans les religions qui n’envisagent pas une série d’existences successives. Le concept de Dieu créateur est une profonde source d’inspiration propre à donner un sens à chaque instant de l’existence et le sentiment d’avoir accompli la volonté du créateur.
“Dans son introduction, le pasteur a mentionné les innombrables guerres ou conflits qui ont eu pour origine les divisions entre les religions. Je pense que ceux qui ont déclenché ces conflits au nom de la religion ne l’avaient pas pratiquée au plus profond d’eux-même et ne s’étaient pas transformés à son contact. Le pratiquant d’une religion qui a pu se transformer, qui a acquis une certaine sagesse et la paix découlant de cette transformation spirituelle, reconnaît dans les autres traditions spirituelles les mêmes qualités de transformation intérieure. De ce fait, il est nécessairement conduit à les respecter. Si , en revanche, nous n’avons retenu de notre religion que le nom, sans la mettre en pratique et sans changer au plus profond de nous-mêmes, cela signifie que nous n’avons pas su réduire notre haine, nos attachements, nos obsessions. Nous n’avons pu ou su utiliser la médecine de la religion pour anéantir la haine qui nous habite et qui débouche sur des guerres de religions. si on observe aussi la vie politique et économique, on constate que toutes sortes de pratiques, telle la corruption, ne sont pas en accord avec le bien-être de la communauté. Il serait pourtant possible d’y remédier avec davantage de discipline et d’éthique.
“Une parole tibétaine dit : “Le témoin intérieur compte plus que le témoin extérieur”. Ce qui signifie qu’il vaut mieux être en harmonie avec sa conscience qu’avec le témoin extérieur qui nous regarde et nous juge. C’est pour cela que nous devons nous imposer cette discipline qui consiste à agir au sein de la communauté de telle façon que nous n’ayons rien à nous reprocher vis-à-vis de notre témoin intérieur.C’est à cette condition que nous serons entièrement satisfaits de nous-mêmes.
“Je m’adresse maintenant aux nombreuses personnes qui n’ont foi dans aucune religion, ni de chemin spirituel dans le sens religieux. Ils doivent comprendre que l’amour et la compassion ne sont pas l’apanage de la religion. A partir du moment où ils reconnaissent que comme eux, tout être humain souhaite éviter la souffrance et atteindre le bonheur, ils doivent développer des qualités humaines pour ne pas infliger des souffrances inutiles.
“Ceux qui obtiennent du pouvoir, de l’argent et de la renommée en ayant une activité néfaste pour la société n’auront jamais de satisfaction intérieure profonde. Cela leur manquera toujours.Quant à moi, je me suis constamment efforcé de devenir meilleur et de prendre soin d’autrui. Je pense qu’au jour de ma mort, la conviction d’avoir tout entrepris pour développer mon “bon cœur” me réconfortera, me rendra serein et me permettra de mourir en paix. Dans la tradition bouddhiste, on se prépare aux vies futures en tentant de trouver la sérénité dans cette vie déjà.
“Je suis particulièrement heureux d’avoir partagé ce service dominical avec vous, d’avoir entendu ces paroles de l’Evangile, d’avoir exprimé quelques mots sur ce que je pense être l’essence de la spiritualité. Ce fut une très belle occasion de vous rencontrer ici, frères et sœurs. Mon dernier conseil sera celui-ci : pratiquez vraiment, appliquez dans le concret votre propre chemin spirituel.Merci !”