
VÉRITÉ ET NON-DITS, Christian Mazel
les articles
Un, deux, trois… … millénaires, et après ?!, Jean-Jacques Maison
Entre ce que je pense…
Aime tes amis, “L’ami”. Charles VagnerBILLET “Le regard du frelon”, Jean-Marie de Bourqueney (Echanges)
ENQUÊTE SUR : Croyez-vous au diable?, Michel JasBillet d’humeur
Proclamons une année d'indulgence, Claudette MarquetVitalité du protestantisme ?, B.Felix
Vœux pour l’Eglise de l’an 2000, Gisèle Prévoteau
Le temps de vivre, Louis Evely “Chaque jour est une aube”
Au rendez-vous des pères, Jean-Paul SAUZEDELes libéraux à travers les siècles
La mort de Giordano Bruno (1548-1600) Christian Mazel
FONCTIONNEMENT DE L'ÉGLISE ET DEMOCRATIE
Début janvier 2000, le Colloque organisé à Paris (Faculté de Protestante de Théologie) sur le thème "DEMOCRATIE ET FONCTIONNEMENT DES ÉGLISES" a été une grande réussite tant par le nombre des participants (120 env.) que par la qualité des interventions et l'intérêt des discussions et échanges. L'ambiance a été cordiale et accueillante.Mais peu d'"officiels" ou "permanents" des Eglises y ont pris part. N'aurait-on pas le temps de réfléchir sur le fonctionnement actuel des Eglises ? Protestants, catholiques et croyants d'autres religions éprouvent le besoin plus que jamais d'évaluer le fonctionnement des institutions. Des "libéraux" - pasteurs, prêtres et responsables ou non - sont victimes de difficultés au sein des divers "appareils". Ont présenté un exposé à ce Colloque André Gounelle (introduction et conclusions), Claude Peuron (pouvoirs des conseils presbytéraux, régionaux et nationaux et assemblées générales), Pierre-Jean Ruff (attributions des assemblées générales), Olivier Pigeaud (le rôle modérateur des conseils régionaux), Bernard Reymond (Ecritures et autorité dans les Eglises réformées), Jean-Daniel Roques (Europe et garanties des individus et des cultes), Ernest Winstein (Quel synodalisme dans l'Eglise de la Confession d'Augsbourg ?), Pierre Alause (L'Eglise à toujours réformer : outillage pour y voir clair), Sylvain Dujancourt (Relations Eglises et Etats en Alsace-Lorraine).Les actes complets du Colloque paraîtront (conférences et interventions) prochainement aux Editions Théolib - Van Dieren (17 rue Henry Monnier - 75009 Paris - http//www.vandieren.com)
Christian Mazel
a publié en février:
Introduction
au colloque, André Gounelle
Conclusion
du colloque, André Gounelle
Il est possible d'en savoir plus et de commander les actes de ce colloque sur le suite de Théolib! Organisateur de ce colloque!
Parmi les livres
EDITORIAL
VÉRITÉ ET NON-DITS
Le bureau de la vérification de la publicité a - parait-il - interdit ce clip publicitaire “20 % de la population consomment 80 % des ressources de la planète. Le résultat de cette gloutonnerie, c’est la mort de la nature” L’intérêt général oblige -pense-t-on - à occulter des vérités…
Il y a une vingtaine d’années un satellite russe a perdu au dessus du Canada 80 kg d’uranium. Le nuage invisible a sillonné la terre.Il est passé par les Landes, Nimes, Vaison-la-Romaine, l’Italie du Nord. D’où des pluies torrentielles. Puis à New-York 5 m de neige. Bien d’autres nuages nucléaires tournent autour de la planète et descendent progressivement.Personne n’en parle. Trop d’intérêts considérables sont en jeu.
Saura-t-on jamais la vérité sur l’assassinat de John Kennedy ? la disparition de Ben Barka, celle de Robert Boulin ou Beregovoy ? Et bien d’autres Tchernobyl nucléaires et politiques ? Les compétitivités individuelles et nationales auxquelles sont éduqués jeunes et peuples, justifient les obscurités entretenues. Jusque dans les Eglises, les “cachotteries” sont organisées.
Elles se font complices des silences avantageux et profitables.
S’informer est un devoir et une difficile science.
Une vérité lumineuse a été nommée, il y a 2000 ans.
Dieu a donné en Jésus une image de la transparence, du partage vrai et de la solidarité pleinement vécue.
Les chrétiens sont ceux qui inventent un monde de clarté où chacun peut être “la lumière qui éclaire tout homme venant dans le monde”, où chacun est respecté comme unique, irremplaçable, porteur de la dignité de fille et fils du Père.
“… A tes yeux un millénaire ressemble au jour d’hier quand il est passé…”
(Psaume 90:4, traduction Maillot Lelièvre)
Malgré ce qui devrait être la banalité et la neutralité des chiffres, le passage du 31 décembre 1999 au 1er janvier 2000 nous fait réfléchir, plus et autrement qu’un autre Nouvel-An, au déroulement du temps… Le psaume 90 nous y aide, mêlant foi et sagesse, résignation et espérance, ancrage surtout en Celui sur qui le temps n’a pas prise mais qui le remplit de son admirable et bienfaisante présence.Le temps qui passe
Sablier ou horloge électronique nous rappellent cet écoulement, cet effacement du temps dont les dates et les deuils, les calendriers et les archives sont autant de signes qui marquent les destinées les plus brillantes et les existences les plus obscures. Tandis que les fêtes nous paraissent comme l’exorcisme de l’angoisse tapie au cœur de l’homme devant la pensée de sa propre disparition.
Et la prière du psalmiste résume peut-être l’essence de toute prière, comme la main tendue du navigateur en péril ou le signal de détresse de l’alpiniste accroché à la paroi ou le regard muet du malade dans son agonie : “Avant que les montagnes soient nées… d’éternité en éternité, tu es Dieu” (verset 2)Le temps qui met à l’épreuve
Dans le langage de l’époque, repris tout au long de l’histoire religieuse, l’homme, devant le vieillissement qui s’installe et la mort qui s’approche, tremble en songeant à ce qu’il a fait de sa jeunesse, de sa santé et de sa vie, et voit se dresser sur son seuil ou à son chevet l’ombre de son dieu :”…nous sommes achevés par ta colère et terrifiés par ta fureur.” (verset 7)
Cette notion de courroux divin, qui prive encore beaucoup de nos contemporains d’une relation saine avec l’Eternel, n’est que la projection de la conscience troublée par les fautes cachées ou par les conséquences des péchés connus et commis au grand jour.
En comparant un millénaire à un jour et en contemplant le grand souffle de Dieu sur nos vies dérisoires il nous est donné de relativiser les culpabilités et les fantasmes et de nous tourner vers ce Dieu qui, en un seul instant, peut nous faire participer de son éternité.Le temps qui apaise
Dès lors ce temps en fuite qui nous écrasait et semblait nous écarter des sources de la vie véritable peut nous rendre le calme par le fait même qu’il ne nous appartient pas ; mieux nous constatons que, par son intermédiaire, nous appartenons à un Autre. Et alors, au lieu de nous affoler devant les instruments de plus en plus perfectionnés qui nous talonnent par le calcul de notre précarité et la prévision de notre fin prochaine, nous découvrons notre chance : “Enseigne-nous à bien compter nos jours afin que nous conduisions notre cœur avec sagesse” (verset 12, trad. Segond révisée)
Le temps du Dieu qui revient
Toute la quête des hommes “A la recherche temps perdu” peut ainsi être retournée en affirmant, avec le psalmiste, que nous sommes attachés au Dieu qui, sans cesse, vient à nous…
Mettons-nous ensemble à la recherche du Dieu retrouvé, car il revient, non pas au terme d’une histoire chronologiquement déteminée, fût-ce bible en mains, mais au cœur de cette histoire, qui, de millénaire en millénaire ne peut être que le Temps éternel de sa grâce.Jean-Jacques Maison
Entre ce que je pense,
Ce que je veux dire,
Ce que je crois dire,
Ce que je dis,
Ce que vous voulez entendre,
Ce que vous entendez,
Ce que vous croyez comprendre,
Et ce que vous comprenez…
Il y a au moins neuf possibilités de ne pas s’entendre !
N’en restons pas là ! Apprenons à communiquer autrement.La lettre des amis
AIME TES AMISL’Ami. Aime tes amis, et ne t’en prive pas ! Dis-le leur, et répète-le souvent ! Prouve-le-leur, et réitère la preuve ! Mets son cœur au large en les aimant royalement ! Fais-leur fête, rend-les heureux, mets du soleil sur leur chemin ; que ta maison leur sourie ! Toute heure passée près d’eux est une heure de grâce. Les occasions qu’on regrette le plus sont celles d’aimer et qu’on a perdues.
“L’ami”. Charles VagnerBILLET
“Le regard du frelon”Il paraît que les insectes voient différemment de nous. En tout cas, je ne sais comment le frelon, à qui je venait d’envoyer une bonne rasade d’insecticide, me voyait. Mais, bien que légèrement “groggy”, le voilà qui, dans une ultime méchanceté, m’attaque bille en tête, tout dard sorti. Heureusement (pour moi…) mon pantalon suffisamment épais le vit s’écraser en ne laissant sur la blancheur du tissu que la trace posthume de sa fatale attaque. Ultime honneur ou bête méchanceté ?
Il est parfois étrange de constater que, bien que doué de raison, bien que partiellement émancipé du règne de l’animalité, l’homme n’est parfois qu’une bête, bêtement méchante. Les témois au procès de Klaus Barbie racontaient tous que le souvenir qui les hantait encore cinquante ans plus tard, c’était le regard de cet homme. Même si l’intelligence peut être présente dans la méchanceté, le regard du frelon reste.
Dans les évangiles, Jésus, dans ses innombrables rencontres “en passant”, cherche toujours à modifier le regard des humains sur Dieu sur eux-mêmes et sur les autres.Changer de regard c’est percevoir le monde de manière sans cesse renouvelée. C’est pour cela que 2000 ans plus tard, la foi est toujours nouvelle…Jean-Marie de Bourqueney (Echanges)
ENQUÊTE SUR : CROYEZ-VOUS AU DIABLE ?
On raconte que Brassens aurait dit avant de mourir : “Si Dieu existe, il exagère !”Le dualisme est moins choquant que les affirmations conjointes de la toute puissance de Dieu et de l’existence du Mal, reconnaissait Pierre Bayle (art. Paulicien in D.H.C.) tout en donnant le change : l’hypothèse qualifiée de manichéenne resterait “absurde et contradictoire”.
Dualistes ou Monistes ? Les protestants, longtemps accusés de manichéisme à cause de leur méfiance à l’égard de la théologie naturelle, cherchèrent à se dédouaner d’une image trop naïve et médiévale-catholique du diable !…
Mais cette réduction comporte aussi des dangers. Car si le dualisme (ontologique ou existentiel) sacrifie la providence et toute puissance actuelle de Dieu (“il” pleut = “Dieu” pleut !…) à sa bonté infinie, le monisme sacrifie cette bonté (l’amour de Dieu = Dieu n’est qu’Amour) à quelque inquiétante souveraineté.
Historiquement, le piétisme dans le protestantisme heureusement rectifia, ré-évangélisa, l’image protestante de Dieu. Moins hautain dans sa grandeur il redevint plus adorable !
Les catholiques d’ouverture aujourd’hui s’abreuvent de François Varillon ou de Denis Vasse… Dans le protestantisme libéral nous avons les positions géniales et hardies de Wilfred Monod (père de Théodore) -à quand la prochaine réédition de “Aux croyants et aux athées”?-… … Que P.-J. Rufff a eu raison de les mettre en parallèle avec les positions non-anthropomorphiques des cathares dans leur livre des deux principes (Italie du Nord, fin XIII°, trad. et éd. par R. Nelil) et la récente Process Theology nord-américaine…
J’avais énormément apprécié la façon dont P.J. Ruff présentait son très courageux Un seul Dieu ? ou le problème du mal (paru en 1989) : “Pourquoi, comment, je suis dualiste… L’objectif, c’est moins d’indiquer le profil de l’autre divinité que de dédouaner le Dieu de l’Evangile de la responsabilité de tout ce qui est mauvais. Enfin, le dualisme est plus une orientation d’esprit qu’une affirmation clairement énoncée. Ceux qui s’en réclament en ont des approches différentes. D’où ma préférence à parler de mouvance dualiste plutôt que de dualisme. Le dualisme est l’une des réponses théologiques possible à l’interpellation du Mal. Pourquoi le Mal?
D’où vient-il ? comment concevoir qu’un Dieu tout-puissant et amour le tolère ? Est-il plausible et convaincant de dire que le Mal n’est que la résultante des fautes des hommes, donc de leur liberté , Les dualistes ont en commun que les réponses classiques aux questions si dessus posées ne les satisfont pas”.
Le débat entre Monisme et Dualisme (ou : amorce de Dualisme), je le trouve déjà chez Job.
Avec d’une part, L’HYPOTHÈSE D’UN DIEU MÉCHANT :
- Est-ce que Dieu a du souci pour les hommes? (ch. 3)
- Les amis de Job disent que Dieu fait souffrir pour éduquer, pour corriger (ch.5) ; Job trouve ce Dieu-éducateur trop sévère (Ai-je péché, qu’est-ce que cela te fait espion de l’homme ?”7/20),
- Si Dieu est absent au jour de l’épreuve (9/11), c’est qu’il manque de franchise (10/13),
- Dieu est obsédé par la faute de l’homme : “il faut que je sois coupable” 9/29,
-Il est contre l’homme (ch. 10) ; il ressemble à un fauve cruel, un briseur de crâne (ch. 16).Et avec ensuite le début d’un DÉDOUBLEMENT (pré-évangélique ?) DE L’IDÉE DE DIEU :
- appel à Dieu contre “Dieu” : “Ah ! s’il existait entre nous (entre Job et Dieu) un arbitre ! 9/33 ; “Qu’il (le Dieu de mes larmes) défende l’homme contre Dieu” 16/21,
- que Dieu (le Dieu que j’invoque) soit lui-même garant de Job auprès de la première idée qu’il avait de Dieu (17/3),
- la victoire de ce Dieu là (défenseur de l’homme) est entrevue en 19/25-26.
A cause de ce débat, Job est pour moi totalement messianique !…
Dans notre réflexion il faudrait aussi et surtout verser au dossier le Concept de Dieu après Auschwitz par le philosophe juif-allemand Hans Jonas (Trad. Fr. 1994).Michel Jas
Billet
d’humeur
PROCLAMONS
UNE ANNÉE D’INDULGENCE
VITALITÉ DU PROTESTANTISME ?Les premiers mots de ce billet d’humeur portent sur les remerciements de la signataire à celles et ceux des lectrices et des lecteurs d’“Evangile et Liberté” qui ont pris la peine de répondre à la question “Que pensez-vous de Taizé ?”. J’ai reçu plusieurs lettres, circonstanciées souvent, qui dans l’ensemble soulignaient la perplexité (pour le moins) que génère le comportement actuel de la communauté. Dont acte.Et pour ne pas quitter le terrain des thèmes qui peuvent fâcher ou susciter les réactions vives, je vous soumets la proposition que je développe ci-dessous.
Vous venez de vivre, dans l’indifférence ou dans l’enthousiasme, la traditionnelle semaine de prières pour l’unité des chrétiens.L’an dernier, à pareille époque, je vous avais entretenus de mes états d’âme et, pour tout dire, de mes découragements vis-à-vis d’une pratique qui perdait, au fil des ans de stagnation dogmatique, son sens et son efficacité.En cette année jubilaire -à quelques mois près, si l’on est puriste - je me suis dit qu’il fallait inaugurer des temps nouveaux et tenter d’inventer des attitudes nouvelles.
Puisque notre ami le pape Jean-Paul II a décidé de relancer la pratique des indulgences - rémission des peines temporelles mais cette fois, en souvenir de Luther, à titre gracieux - j’ai pensé que nous pourrions débusquer d’heureuses surprises.D’abord, cesseraient, pour certains, les colères stériles, les déceptions à répétition, l’énergie dépensée en vain contre telle ou telle contribution papale ou épiscopale.
Ensuite, s’opérerait en chacun (en tout cas, en moi, je l’espère) une “métanoia”, une conversion du regard et du cœur qui orienterait la lecture des textes et des comportements romains vers ce qu’il y a, forcément, de bon dans toute production humaine, fut-elle romaine.Prenons un exemple qui me touche particulièrement : l’interdiction définitive du pape de l’accès des femmes à la prêtrise.J’ai personnellement tempêté, urbi et orbi, contre cette déclaration abusive et prétentieuse d’un seul à décider pour tous, au nom de la fidélité à l’évangile.
Si j’avais été dans mon année d’indulgence, j’aurais pu orienter mon regard vers les quelques phrases, positives et fortes : les femmes sont égales en droit aux hommes ; mépriser les femmes, c’est mépriser le message évangélique ; Marie, mère du Seigneur, confirme, à toutes les femmes, leur éminente dignité ; il faut, partout et toujours, lutter pour que leur soient donnés les moyens de leur autonomie et de leur épanouissement.
J’aurais alors conclu qu’il y a toute une partie du texte qui méritait approbation et pour l’autre partie, j’aurais pu penser, avec indulgence, que les réformes sont lentes, dans les institutions et que d’ici 10 ou 20 ans, l’Eglise romaine procédera certainement à un nouvel “aggiornamento”.
Chères lectrices, chers lecteurs, entrons avec entrain dans la pratique des indulgences ; sachons découvrir l’idée, la phrase, le mot même, qui a parfum d’évangile dans une feuille romaine ou dans un libellé épiscopal ou dans une pratique romano-épiscopale ; mettons-les en exergue et réjouissons-nous de ce petit bonheur qui met du sel dans notre vie spirituelle.
Je me suis permis ce clin d’œil à l’égard de notre Eglise-Sœur pour la bonne raison qu’il s’origine dans une conviction ancienne : ce qui nous unit à elle est sans commune mesure avec ce qui nous en sépare : même Dieu, même Christ, même Esprit, même baptême, même Bible, même amour de Dieu et du prochain… qui dit mieux ?
Je compte sur votre indulgence…
Claudette MARQUET
Depuis quelques mois, la paroisse est sans pasteur. Le président du conseil presbytéral cherche à renseigner un éventuel candidat à ce poste et il lui parle des paroissiens.“Voyez-vous, il y a Jean et Pierrette. Ils sont là depuis toujours. Leur grands-parents étaient au conseil presbytéral, il y a bien longtemps. Une de leurs filles est handicapée profonde et ils s’occupent beaucoup d’elle. Ils ont créé une association de parents d’handicapés.Ils s’écoutent, s’encouragent, apportent une aide morale à ceux qui craquent, visitent aussi les adultes trisomiques de la maison d’accueil de l’Espérance, leur font faire du jardinage.On ne les voit jamais au temple… ou si peu, mais quelquefois aux études bibliques.
“Il y a Dominique. Près de chez elle, habitent des immigrés mal dans leur peau, d’anciens harkis aussi dont les enfants sont devenus violents : bagarres, petits larcins. Elle les assiste, fournit des vêtements, aide à établir des dossiers, les défend devant la police, devant la préfecture. Tout son temps y passe; On ne la voit pas au temple, bien sûr, le dimanche c’est le seul jour qu’elle peut partager avec son mari juif.
“Il y a Myriam et Alice. Toutes deux ont aidé des catholiques à constituer une œuvre de prévention du Sida et d’écoute des sidéens. Quand elles nous parlent -bien rarement, car on ne les voit guère- c’est passionnant.
“Jean-Claude s’est lancé avec Gisèle, une catholique dans une catéchèse œcuménique avec le curé de Saint François. Beaucoup de réunions de préparation leur prennent du temps.La catéchèse a lieu à l’église à peu près à l’heure du culte. Alors…
“Il y a aussi Joseph et Josette qui est catholique. Ils font de l’enseignement aux gens du troisième âge. C’est fou ce qu’il y a, surtout à la campagne, d’appétit d’instruction, d’ouverture sur le monde et sur les religions.Depuis dix ans, ils ont fait un travail magnifique. Pour les religions, le curé leur a dit qu’il était trop pris, c’est donc Joseph qui s’en est chargé. Beaucoup de succès : j’y vais d’ailleurs assez régulièrement. On ne les voit guère au temple, seulement pour les grandes réunions, car ils habitent loin. De plus, ils sont en train de créer avec juifs et musulmans une Fraternité d’Abraham. Vaste projet que notre précédent pasteur soutenait activement et auquel Dominique prend part.
“Le secours populaire a mobilisé Claude. Ils ont un vestiaire très bien tenu. Mais il faut réparer les vêtements, les rendre présentables. Tout le temps que Claude ne passe pas à l’éducation de ses trois jeunes y passe. C’est une mère célibataire.
“Henri-Roger travaille le week-end pour les émissions de radio religieuse, associé avec les paroisses de Saint-François et de Saint Martin.Il est très rarement au culte.
“Adeline a monté une chorale. Cela marchait bien autrefois dans la paroisse. Mais maintenant il n’y a plus assez de monde. Pensez : tous les jeunes sont partis assez loin pour leurs études. Alors elle s’est tournée vers l’administration pénitentiaire et elle a pu constituer une chorale chez les détenus. Nous les avons entendus à la prison à Pâques. C’était très émouvant. Elle a réussi parce que son frère Max est visiteur de prison. Il y est toutes les semaines. On ne les voit pas au temple ou si peu…
“Avec Mireille, Jacqueline et Adeline, Marc a monté une association d’accueil des familles des détenus. Des catholiques les ont rejoints un peu plus tard. La Mairie leur a fourni une vieille maison qu’elle a réparée. Ils sont en train de l’aménager avec six chambres et ils prévoient une permanence, tous les soirs. Le plus important est d’écouter ces familles, de leur apporter l’espoir et la dignité. Ils cherchent des volontaires pour les aider.
“Jacques, François et Béatrice militent dans une association de défense de la nature. Jacques l’a constituée et s’est présenté aux élections cantonales comme candidat écologique. Tous sont adorables, cependant leur amour de la création leur fait un peu oublier l’amour de leurs semblables. On ne les voit guère au temple, car ils ont agacé un peu certains paroissiens.
“De plus, Béatrice anime un groupe d’adolescents qui réparent de vieilles ruines.Les chantiers ont lieu les week-ends, deux fois par mois. Les chantiers ont lieu les week-ends, deux fois par mois. Les jeunes sont durs à tenir, mais passionnés. Cela leur évite de traîner ailleurs.
“Jean-Paul et Isabelle sa copine ont monté une garderie d’enfants le dimanche. C’était pour que les parents soient libres de venir au culte. Cela marche mal.Les parents libérés vont à la braderie mensuelle ou au cross…
La paroisse comprend, à trente kilomètres environ, la bourgade de Saint-Julien-des-trois-Rois.Ce sont surtout des personnes âgées depuis que l’usine de boutons a fermé. Sybille et Françoise les visitent régulièrement comme Bertrand visite, un peu plus loin, deux vieux couples à Saint-Michel-Aux Anges. Tous ces vieux hésitent à venir au temple l’hiver, même en se groupant. Et l’été, ils préfèrent recevoir leurs petits-enfants. Ils se réunissent le dimanche chez les uns ou chez les autres pour regarder le culte à la télévision et se passer des revues religieuses”.
“Et au temple finalement, interroge le candidat pasteur ?”
Et son interlocuteur de reconnaître que les cultes sont très peu suivis, qu’il n’y a plus personne pour tenir l’orgue depuis la mort de la chère Nadine et qu’un jeune guitariste joue souvent, mais suivant un rythme un peu fantaisiste que les rares paroissiens peinent à suivre. Et de conclure que tous les paroissiens sont très attachants, très occupés et que le pasteur sera heureux de les rencontrer.
Où ? Chez eux ou dans les lieux de leur apostolat, bien sûr.
Ce tableau d’une paroisse est, vous l’avez compris, imaginaire.Mais l’est-il tellement ?
Bien des protestants sont, par leur foi, amenés à des engagements concrets dont ils sentent la nécessité pour les autres- peut-être aussi un peu pour eux. C’est ainsi qu’ils manifestent leur façon de répondre à l’amour premier de Dieu.C’est à cela que je pensais au forum des institutions protestantes à Versailles au mois d’octobre.Le protestantisme de paroisse s’étiole, mais le protestantisme tout court, celui des œuvres et mouvements est bien vivant. Ne lui demandez pas plus de théologie qu’il ne s’en trouve dans la parabole du Jugement dernier !
B.Felix
Vœux pour l’Eglise de l’an 2000
LE TEMPS DE VIVREA l’heure du nouvel an et, dit-on, du nouveau millénaire, à l’heure des vœux partagés, peut-être est-ce aussi le moment de faire des vœux pour notre Eglise !
Qui es-tu, toi, l’Eglise ?
Es-tu une vieille dame digne et fatiguée, ressassant orgueilleusement ses souvenirs d’Edit et de Révocation, ses guerres, ses défaites et ses victoires ?
Es-tu un adolescent coléreux et révolté contre tout ce qui ne lui ressemble pas, manquant tellement de confiance en soi qu’il ne sait rien dire d’autre que : “Non, je ne suis pas comme vous !” ?
Es-tu un acharné de l’action, si fébrile à remplir sa mission qu’il ne sait plus savourer l’instant ?
Es-tu un fervent de la prière, si concentré à sa supplication qu’il ne voit plus la splendeur du monde et n’entend pas le murmure de ses frères ?
Es-tu un penseur très sérieux, pinaillant sur chaque mot, pénétré de bonnes conceptions au risque de perdre corps, cœur et âme ?
Ou bien, Eglise,
N’est-tu pas une grande, immense famille dont le Père est étonnant, au Nom imprononçable, à la Présence invisible,
une famille dont le Fils aîné a tracé un chemin nouveau et difficile,
une famille qui doit toujours grandir pour rester vivante ?
Puisses-tu, Eglise, être une famille sans frontières, à l’écoute vraie du monde et des attentes des hommes.
Puisses-tu, Eglise, être une famille sans frontières, à l’écoute vraie du monde et des attentes des hommes.
Puisses-tu, Eglise, avoir la confiance des enfants que protège leur Père, afin de pouvoir apprendre à grandir et t’ouvrir aux autres, ton prochain !,sans te perdre toi-même.
Puisses-tu appredre à t’aimer toi-même pour découvrir l’autre !Gisèle Prévoteau
AU RENDEZ-VOUS DES PÈRESComment échapper au temps ? Qui nous délivrera du temps ?
Il y a cependant en nous autre chose que du temps. Il existe des moments où nous en sommes libérés, des moments d’éternité, des heures où nous laissons revenir notre âme, où nous recommençons à être, où nous coïncidons avec le meilleur de nous-mêmes.
L’homme se souvient alors de sa destination essentielle : il est fait pour penser, se souvenir, imaginer, rêver, créer. Il est capable de s’associer à cette sorte de contemplation paisible et heureuse qui est le charme d’un beau paysage, de s’identifier aux merveilleux nuages, au chant d’un oiseau, à l’odeur de l’herbe coupée, au “bruit des rames reposées au fond des barques qui accostent”.
Il arrive ainsi que nos facultés se délient, la libre disposition nous est rendue de ce qui nous est le plus personnel et cependant le plus inaccessible.Notre dimension intérieure s’est ouverte et on y pénètre pour des découvertes infinies. Le passé revient, vivant comme un présent, le présent est immobile comme le passé, on pourrait y vivre toujours. La beauté n’est-elle pas plus réelle que la vie, la prière plus intense que le travail, l’amour plus fort que nos désirs, et une certaine sorte de vie n’est-elle pas si puissante qu’elle défie la mort ?
Nous sommes à la fois dans le temps et hors du temps. Si nous étions tout entier dans le temps, nous nous écoulerions avec lui sans le remarquer. Or nous assistons à sa fuite.
Nous ne prenons conscience de l’écoulement du temps que si quelque chose en nous y échappe. Comment serions-nous conscients du temps si ce n’est à partir de l’éternité ?
Notre vraie demeure est ailleurs.Notre vrai temps est celui qui se goûte, qui se détaille, qui se distend infiniment à notre gré, qui est capable d’enfermer l’éternité dans un instant.
On peut imaginer notre vie éternelle comme la présence à soi de tout ce qui a été vécu, de tout ce que nous avons voulu et aimé au cours de notre existence. Avez-vous de quoi peupler cette éternité ? A la question banale : “Avez-vous de quoi vivre ?”, Il faudrait ajouter : “Avez-vous de quoi mourir ?” !Louis Evely “Chaque jour est une aube”
J’ai été surpris d’être invité par une association de femmes dans une Z.U.P. pour parler de la place des pères. “On se demande si on n’est pas allé un peu loin dans nos revendications contre les hommes”, me disaient-elles. “Est-ce que nos enfants dans leurs expressions violentes ne sont pas entrain de parler de leur mal-au-père ?”.
Mais que sont les pères devenus ?Si c’est bien le père qui permet à la famille d’exister et de sortir l’enfant d’un couple symbiotique mère-enfant, il n’a pas à attendre que cette place lui soit donnée par la mère.et dès l’instant de la naissance, rappelle Christiane Olivier, le père par sa voix, son odeur, ses gestes, par sa manière si particulière de porter l’enfant, va offrir les signes de sa présence, d’une présence d'homme différente de cette de la mère.
1 enfant sur trois vit avec une femme seule. La moitié des pères divorcés ne voient plus leurs enfants après cinq ans de séparation. Et aujourd’hui dans plus de 90 % des jugements de divorce ce sont aux mères que sont confiés les enfants. Le père ne transmet plus un bien, la loi s’en occupe. Il ne transmet plus son métier, le service public de l’école s’en charge et assure une formation plus large.
Il transmet encore son nom. Mais certaines femmes aujourd’hui accouchent d’un enfant avec un père géniteur sans lui donner son nom. Le débat autour de l’anonymat des accouchements “sous X” est intéressant à cet égard, car il prive l’enfant de son histoire et maternelle et paternelle. Or les psy savent aujourd’hui dans l’intimité d’un cabinet la quête incessante de l’enfant devenu adulte pour retrouver d’où il vient. Au moins avoir une photo,un visage, le son d’une voix, ou un nom. L’enfant sait qu’il vient d’une mère, cela est indéniable, et sauf exception, il la connaît. Mais son père, ce pater incertitus, comment va-t-il le rencontrer, voire même s’y confronter. Et les pères choisissent d’autant plus le silence qu’ils ne peuvent plus s’abriter derrière un statut dominant.Bien sûr le père a encore des fonctions, qu’il partage avec la mère, et réciproquement, même s’ils ne sont pas interchangeables. La fonction de poser la loi, de nommer des interdits, séparer l’enfant de la mère, transmettre, et permettre à l’enfant d’aller vers l’extérieur et les autres.Mais cela est à inventer par chaque père, dans une relation à créer avec les enfants. Etre père cela demande de s’inventer.
Je repense à cette personne qui me disait combien il était difficile de prier un Dieu “père” (“papa”), alors que son propre père avait été si violent et absent. Comment chercher confiance et protection auprès d’une image paternelle qui renvoie d’abord à celle d’un homme maltraitant ? J’ai besoin, dans ma spiritualité, de contacter cette figure bienveillante d’un père spirituel qui m’accompagne sur ma route des permis et des défendus, et m’entraîne dehors.Jean-Paul SAUZEDE
Les libéraux à travers les siècles“La condition Masculine” mouvement fondé par Me Antoine Leenhardt soutient le droit des pères en ce qui concerne la garde et l'éducation de leurs enfants. Centre Associatif Champeret, 23 rue Descombes, 75017 Paris. Tél. 01.46.22.25.32 ; Internet : www.sos-divorse.org.
Théologien, savant et philosophe, Giordano Bruno a été -après un procès de plusieurs années- condamné et brûlé vif à Rome le 17 février 1600 en place publique. Ses livres ont été mis à l’Index. Il fut la victime de l’intolérance religieuse (Rome et Genève). Fils d’un gentil-homme du Royaume de Naples, il est entré au couvent des Dominicains à 17 ans. Il y étudia pendant 13 ans la théologie thomiste et les philosophes anciens et modernes. Savant en astronomie, il critique la philosophie d’Aristote (en particulier sa cosmologie) et il pousse très loin les principes de Copernic (infinité de l’univers et pluralité des mondes). Panthéiste, il affirme l’éternité et l’unité de la substance. Il annonce Spinoza. Pour lui la connaissance du monde fondée sur l’expérience et la raison est le but suprême de la pensée. Esprit anti-dogmatique, il est un des fondateurs de la pensée critique moderne.En 1576, objet d’un procès en hérésie à Rome, il fuit à Genève. Mais la rigueur calviniste l’oblige à partir.Il va à Toulouse, à Paris (en 1582 Henri III lui propose une chaire en Sorbonne), à Londres (1583 ; donne des leçons à Oxford), en Allemagne (il enseigne à Wittenberg et Frankfort), à Prague et à Venise (il fréquente Galilée dans un foyer intellectuel vivant). C’et là qu’il est arrêté.Il a publié un certain nombre d’ouvrages importants exposant ses opinions novatrices et révolutionnaires (dans tous les sens du mot…) de façon souvent polémique et parfois satirique (contre les coutumes et croyances des Eglises de l’époque).
Nous commémorons le 400° anniversaire de sa mort à Rome : 1600 année “sainte” et bissextile…
La bibliographie paraîtra dans le numéro de mars
Christian Mazel