
SAINT ESPRIT ET STANDARDISATION Christian Mazel
les articles
Articles
- Confession de foi de l'Église unie du Canada
- Buisson Ardent Frère Pierre Étienne
- La Parole de Dieu, une source inépuisable, Diacre Ephrem
- Je te fais crédit Charles Wagner
Journées
du protestantisme Libéral 2000:
Date et lieu : 20-22 octobre 2000 à Sète.
Thème : “Images et représentations de Jésus”
LES
CONFLITS DE LA MORALE Alain Houziaux
MYSTIQUE
et LANGAGE. Le langage de la mystique - la mystique comme langage,
Waltraud Verlaguet
Parmi les livres: Mai 2000
EDITORIAL
SAINT ESPRIT ET STANDARDISATION
Le jour de Pentecôte, Luc raconte dans le livre des Actes que “chacun entendait parler dans sa propre langue, des merveilles de Dieu”. L’Esprit de Dieu s’adresse à chacun dans sa langue, c’est-à-dire dans sa personnalité profonde, sa culture, son pays, sa famille. L’Esprit agit en chacun, revèle (=ôte le voile) en chacun et envoie chacun en témoin singulier différent des autres, comme une flamme pour illuminer le monde.CONFESSION DE FOI DE L’ÉGLISE UNIE DU CANADA* Depuis longtemps les institutions ecclésiastiques tentent, à l’inverse, de niveler et standardiser.
Au moment de la constitution de l’Eglise Réformée de France (en 1938, E.R. Evangéliques, Eglises réformées, méthodistes et libres), des sensibilités spirituelles entendaient respecter ces apports : communautés de confessants et multitudinistes, orthodoxes et libéraux, mystiques et actifs… Ces dernières années dans l’ERF, et ailleurs, on est parvenu à une standardisation théologique : n’importe quel pasteur peut être orienté vers n’importe quelle Eglise. Les pasteurs sont interchangeables. Et les Eglises aussi. Il semble maintenant que le processus soit achevé. L’institution récupérera-t-elle dans les temps à venir notre mensuel Evangile et Liberté ? Cela dépend des réactions de chacun.* Qu’ont gagné les Eglises et les pasteurs à cette homogénéisation ?Ceux qui ont le vertige des trous à boucher (postes vacants) voient leur rôle simplifié.
Mais quel gâchis devant cette “mise à la norme” de toute une richesse de traditions, d’idées, d’innovations, de témoignages et de personnalités. Les “flammes de feu” sont toutes conformes…* Dans l’histoire, l’Evangile est apparu comme le mouvement fondamental valorisant la personne humaine dans sa dignité de “fille” et de “fils du Père”.
L’esprit de Dieu manifesté en Jésus de Nazareth dresse des êtres uniques dans leur destinée, et solidaires avec leurs compagnons de la marche de l’Espérance. Dans son climat de confiance et de puissance, l’Esprit favorise chaque être à “devenir ce qu’il est”.
En Dieu. Et par l’esprit du Christ Jésus.
Christian Mazel
Christian Mazel
Nous ne sommes pas seuls, nous vivons
dans le monde que Dieu a créé.Nous croyons en Dieu
qui a créé et qui continue à créer,
qui est venu en Jésus, Parole faite chair,
pour réconcilier et renouveler,
qui travaille en nous et parmi nous par son Esprit.Nous avons confiance en Lui.
Nous sommes appelés à constituer l’Eglise :
pour célébrer la présence de Dieu,pour vivre avec respect dans la création,
pour aimer et servir les autres,
pour rechercher la justice et résister au mal,
pour proclamer Jésus, crucifié et ressuscité,
notre juge et notre espérance.Dans la vie, dans la mort,
dans la vie au-delà de la mort,
Dieu est avec nous.Nous ne sommes pas seuls,
Grâces soient rendues à Dieu.
Souffle Saint-Esprit !
Souffle des quatre horizons !
Eveille notre esprit !
Elargis notre horison !Esprit de sagesse,
Fais-nous désirer la Parole !Esprit de douceur,
Fais-nous comprendre la Parole !Esprit de justice,
Fais-nous vivre la Parole !Esprit de vérité,
Guéris-nous par la Parole !Esprit de Sainteté,
Enracine-nous dans la Parole !Souffle Saint-Esprit,
Souffle des quatre horizons !
Eveille notre esprit !
Elargis notre horizon !
La Parole de Dieu, une source inépuisableLe buisson de la Pentecôte
L’arbre de feu aux mille langues
S’illuminait dans l’air cendré,
Et les humains au cœur souillé
Contemplaient de loin le prodige
Où leur honte se consummait
Tandis que la gloire du ciel
Embrasait de nouveau le monde.Grand arbre porteur de message
Tu brillais au petit matin
Tels les feux d’un bateau de ligne
Sur le brouillard fin de la mer.
Et l’incendie perpétué
Auréolait chaque aube grise
Car l’arbre ne se consummait
Ni ne taisait ses flammes vives.Frère Pierre Etienne
(Le Rempart des îles)
Les Presses de Taizé
Méditation biblique: Actes 28, 1-10
«Celui qui obtient en partage une de ses richesses ne doit pas croire qu’il y a seulement, dans la parole de Dieu, ce qu’il y trouve. Il doit comprendre au contraire qu’il a été capable d’y découvrir une seule chose parmi bien d’autres... Celui qui a soif se réjouit de boire, mais il ne s’attriste pas de ne pouvoir épuiser la source... N’aie donc pas la mauvaise pensée de vouloir prendre d’un seul trait ce qui ne peut être pris en une seule fois ; et ne renonce pas, par négligence, à ce que tu es capable d’absorber peu à peu».Diacre Ephrem, né vers 306 en Syrie, grand commentateur de la Bible
Le Mouton NoirActes 28, 1. Une fois sauvés, nous reconnûmes que l’île s’appelait Malte, 2. Les Barbares nous témoignèrent une humanité peu commune.Ayant allumé un grand feu, ils nous prirent tous avec eux, à cause de la pluie qui tombait et à cause du froid. 3. Paul ayant ramassé une certaine quantité de bois mort et l’ayant posé sur le feu, la chaleur en fit sortir une vipère, qui s’accrocha à sa main.4. Quand les Barbares virent la bête suspendue à sa main, ils se dirent entre eux : «A coup sûr, cet homme est un meurtrier, puisque, sauvé de la mer, la Justice n’a pas permis qu’il vive».5. Mais lui, secouant la bête dans le feu, ne souffrit aucun mal, 6.Alors qu’eux s’attendaient à le voir enfler ou tomber mort tout à coup.Après une longue attente, constatant qu’il ne lui arrivait rien de fâcheux, ils changeaient d’avis et disaient : «C’est un dieu !».
7. Aux environs de cet endroit il y avait des terres appartenant au Premier de l’île, nommé Publius, qui nous reçut et nous donna pendant trois jours la plus cordiale hospitalité. 8. Or donc, le père de Publius était couché, en proie aux fièvres et à la dysenterie.Paul entra chez lui, pria, posa les mains sur lui et le guérit. 9. La-dessus, les autres habitants de l’île qui avaient des maladies venaient le trouver, et ils étaient guéris.10. Aussi nous comblèrent-ils d’honneurs et, quand nous gagnâmes le large, ils pourvurent à nos besoins (Traduction Osty-Trinquet)._____________ Il y a aussi des rencontres imprévues que nous ne programmons pas. Envoyé à Rome s’expliquer devant le tribunal de César, Paul fait naufrage avec ses compagnons de navigation, à la suite d’une tempête sévère. Les naufragés s’en tirent plutôt bien puisqu’ils échouent - «hasard providentiel» - dans le petit archipel de Malte, en plein milieu de la Méditerranée. Les anciens raffolaient de ce genre de récits, récits d’aventures authentiques ou romans «à la Jules Verne». Sous la plume de Luc, Paul apparaît ici comme une sorte d’Ulysse chrétien, découvreur d’un nouveau monde.
Des gestes élémentaires
«Les Barbares nous témoignèrent une humanité peu commune» : Luc donne cette indication au début du récit pour résumer le climat d’une rencontre qui va durer trois mois. Les Maltais étaient des «barbares».Le mot ne désigne pas des sauvages. «Barbares» est le nom donné par les Grecs à tous ceux qui ne parlaient pas leur langue et étaient étrangers à leur culture.Il est vrai que ce qualificatif de «barbares» peut comporter un soupçon d’appréhension et de mépris devant des gens dont les références sont autres. La barrière est culturelle et linguistique.Ce sont les Maltais qui vont la franchir.La rencontre va se faire non au niveau d’un échange de paroles, qui est difficile étant donné les circonstances, mais au niveau de gestes élémentaires. Les autochtones posent simplement un de ces gestes fondamentaux qui permettent à la vie de continuer et, parfois, à une relation inédite de s’établir. Ici il s’agit de réchauffer des gens qui sont transis de froid et de pluie : «Ayant allumé un grand feu, ils nous prirent tous avec eux, à cause de la pluie qui tombait et du froid».
Comme les autres naufragés, Paul, que le livre des Actes présente comme le grand messager de l’Evangile vers l’Occident, est ici en situation de celui qui reçoit. De ces «barbares» maltais qu’il n’était pas préparé à rencontrer, Paul reçoit un double don : il reçoit la bonne chaleur du feu dans son corps transis, il découvre en même temps les richesses d’humanité de ces îliens obscurs.Parfois le besoin matériel ou la détresse psychique préservent le messager de l’Evangile de l’arrogance de celui qui a la vérité et qui ne chercherait qu’à être écouté et qu’à donner.
La vipère
Cependant un incident tout à fait inattendu va mettre à l’épreuve le jugement que les hospitaliers habitants de Malte portent sur Paul, lorsque ce dernier se fait mordre par une vipère. Les Maltais sont perplexes devant la personnalité de Paul et s’interrogent sur son identité profonde. Cet homme qui vient d’échapper à la mer et qui est maintenant mordu par un serpent, ne serait-il pas un criminel poursuivi par la déesse Justice ? Comme, après une longue attente, rien d’anormal n’arrive, les spectateurs sont conduits à changer complètement d’interprétation : si Paul est ainsi arraché au naufrage et immunisé contre le venin de la vipère, c’est qu’il est un «dieu» venu parmi les hommes.Nous pouvons définir notre identité chrétienne, personnelle ou communautaire, et la dire aux autres.Mais nous ne sommes pas les seuls à évaluer : à partir de leurs propres repères, les autres se forgent un jugement sur notre identité. Ici le porteur du message chrétien est d’abord évalué négativement, puis surévalué positivement. Luc veut sans doute dire à ses contemporains : les porteurs de l’Evangile ne sont ni des malfaiteurs ni des surhommes, mais des hommes de l’humanité commune, chargés cependant d’une mission qui interpelle.
La «fièvre de Malte» et l’Evangile
Une seconde fois, Paul va être l’objet d’un geste d’accueil, mais cette fois l’initiative vient de la personnalité la plus en vue de l’île (il s’agit sans doute du représentant de l’autorité romaine) : un hébergement de quelques jours est proposé à Paul et à ses compagnons.Cette fois, Paul va «payer de retour» ses hôtes maltais en pratiquant le ministère de la guérison.Décidément avec ce texte un étonnement succède à l’autre.Nous sommes étonnés que Luc ne dise pas mot d’une évangélisation des Maltais par Paul. Qu’a donc fait Paul dans l’île pendant trois mois s’il n’a pas évangélisé ? Nous sommes habitués à ce que le ministère de la guérison précède ou accompagne le ministère de la Parole. Peut-être avons-nous oublié une dimension fondamentale de l’Evangile selon le Nouveau Testament : sa dimension thérapeutique. Jésus est présenté partout comme un thérapeute des corps et des cœurs.Les «miracles» sont autre chose que des coups de main occasionnels, des «signes» donnés à titre publicitaire pour attirer l’attention sur le message. Ils sont liés indissolublement au message et actualisent la force en marche du Royaume.
Le récit de séjour à Malte finit par un dernier geste des gens de l’île envers Paul et ses compagnons : «Quand nous gagnâmes le large, ils pourvurent à nos besoins».L’échange est une roue sans fin qui s’alimente à la générosité des uns et des autres : les témoins de l’Evangile guérissent et, en retour des guérisons, «ils nous comblèrent d’honneurs».
Cette page du livre des Actes, unique en son genre, montre comment, dans un langage fait surtout de gestes, se sont rencontrées l’»humanité» des Barbares et la bienfaisance illimitée et mystérieuse du porteur de l’Evangile.
Michel Cambe
Journées du protestantisme Libéral 2000
Souscrivant à des valeurs théologiques différentes, le protestant libéral est en France un “mouton noir” comme ceux qui diffèrent des autres par la couleur de la peau, les pensées, les convictions, les valeurs, …
La seule présence d’un “mouton noir” dérange et altère l’harmonie du troupeau.
Inutile d’essayer de le “blanchir” en falsifiant ou rejetant à priori ses idées ou plus directement en le privant de tous moyens d’expression, il reste noir.
Pour conserver l’homogénéité du troupeau et gommer la différence, la seule solution pour les tenants de la pensée ou de l’ordre unique est de l’exclure, l’exiler, l’emprisonner, l’excommunier.
En pays berbère, le mouton noir par sa couleur détonne dans le troupeau.
Loin de l’altérer ou de le salir, il en et le joyau.
Sans sa laine et celle de moutons marrons et métis, il ne pourrait y avoir de motifs dans les tapis tissés en laine naturelle qui font la renommée de Kairouan.
Sa différence est source d’enrichissement et de création.
Pour tisser des motifs sur les tapis, la laine peut être teinte en noir, marron… pas le mouton.
Ecologiste originel, le berbère dénigre ce qu’Allah n’a pas créé et privilégie l’authentique, même s’il est différent, car il est source réelle d’enrichissement.
C’est pourquoi le berbère à genoux sur son tapis orienté vers la Mecque continue de dire :
“Allah, protège mon mouton noir”.
Prière millénaire, … prière pour que dans le nouveau millénaire les “moutons noirs” puissent jouer le rôle qu’Allah leur a réservé sur terre;
Georges Lambert
Un “mouton noir”
La Colle sur Loup
Samedi matin :
Date et lieu : 20-22 octobre 2000 à Sète.
Thème : “Images et représentations de Jésus”Programme :
Table ronde : “Qu’est-ce que Jésus représente pour moi aujourd’hui ?”
Animateur : J.P.Sauzède. Participants : P.Nambot, Michel Boissard, Hasmia Ben Youssef.Samedi après-midi : Présidence M.Jas.
- 14 h 15 E. Cuvillier “Les images de Jésus dans le Nouveau Testament”. Exposé de 45 minutes, sans discussion immédiate.
- 15 h 15 Rémi Gounelle “Les images de Jésus dans la littérature apocryphe”. Exposé d’une heure.
16 h 30 - 17 h 45 : Evangile et Liberté,le mouvement et le journal.Samedi soir : film
Dimanche :
- 9 h Culte présidé par Christian Mazel
- 10 h Laurent Gambarotto : “Le couple Jésus-cinéma. Pour une approche médiologique”.
Présidence : P.NambotAprès-midi : présidence B. Félix.
- 14 h E. Cuvillier : “Découvrir Jésus : les images et la réalité”. Exposé de 45 minutes.
- 15 h 00 A. Gounelle : “Inventer le Christ”.
- 15h45 : débat sur les deux exposés
- 16 h Conclusion H.Persoz
- 16 h 30 : fin des journées
Interventions humanitaires : Où en est le droit ?
J.-S. BACH 2000 : INTERLUDEIl y a 10 ans, l’effondrement du mur de Berlin avait pu laisser croire à l’avènement d’un monde réconcilié, délivré de la guerre et géré selon les principes consensuels d’un «nouvel ordre international».Sur le premier point, la Bosnie, la Somalie, l’Algérie, le Rwanda - pour ne citer que quelques exemples - ont rapidement montré qu’il n’en était rien. Sur le second, l’embellie des relations entre les grandes puissances permit pendant quelques années la gestion - faute de résolution - des conflits, souvent civils, sous les auspices des Nations unies. C’est dans ce cadre que l’on vit se développer une pratique d’interventions dites «humanitaires», souvent accompagnée d’une avancée du Droit.Accompagnant les progrès de la justice pénale internationale (tribunaux sur l’ex-Yougoslavie et le Rwanda, Cour pénale internationale, poursuites contre le général Pinochet, etc.), ces évolutions auguraient d’un ré-équilibrage possible entre les deux principes de base de la Charte des Nations unies - souveraineté des Etats et protection des droits de l’Homme - dans la gestion de l’ordre international. La fin de la guerre froide permettait d’envisager de donner enfin à la «souveraineté de l’homme» la primauté sur celle des Etats. Ainsi les 54 pays européens et nord-américains membres de l’OSCE ont-ils reconnu que les engagements qu’ils ont contractés en matière de droits de l’Homme dans ce cadre «ne relèvent pas exclusivement des seules affaires intérieures de l’Etat concerné.» C’est la même préoccupation de faire des Etats des «instruments au service de leurs peuples, et non l’inverse» 1 qui a poussé Kofi Annan à faire de l’intervention humanitaire le thème principal du débat de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 1999. Pourtant, les velléités du Secrétaire général d’ancrer ce concept dans la légitimité internationale n’ont pas fait l’unanimité. En gros, ils s’est vu opposer une fin non-recevoir de la plupart des pays en voie de développement, menés par la Chine et l’Inde.Quant aux pays occidentaux, quoique plus favorables, il se méfient d’un principe qui pourrait faire de la faculté d’intervenir une obligation.Il faut dire que le souvenir proche du Kosovo et du Timor était dans toutes les mémoires - la Tchétchénie n’était pas encore d’actualité - alors que les termes du débat sur l’intervention humanitaire qui avait émergé à la fin des années 80 s’étaient largement transformés.
Un concept ambigu
Une des difficultés de ce débat tient à l’ambiguïté du concept d’intervention humanitaire.Longtemps discrédité par le souvenir des interventions coloniales ou néo-coloniales, il a été remis au goût du jour par des hommes de conviction (tel que Mario Bettati et Bernard Kouchner) pour accréditer l’idée que des populations menacées de famine, massacre, extermination, déportation massive, ou autre forme d’oppression grave et irréversible devaient avoir un droit de recevoir assistance. C’est ainsi que furent votées les résolutions 43/131 (1988) et 45/100 (1990) de l’Assemblée générale des Nations unies, élevant le principe de l’assistance humanitaire au niveau du droit international coutumier.De ce droit des victimes à recevoir assistance ne découle pourtant pas le droit d’acteurs extérieurs à apporter cette assistance par tous les moyens, c’est-à-dire, si nécessaire, avec l’appui de la force. Et Mario Bettati de dénoncer là «l’hypocrisie» du droit international2.
Une attitude courageuse et novatrice du Conseil de Sécurité aurait pu pallier les conséquences de cette hypocrisie, comme ce fut le cas au début des années 1990.L’on a vu en effet, pendant la première moitié de la décennie et jusqu’en 1997 à propos de l’Albanie, se succéder une série de décisions dans lesquelles le Conseil, en qualifiant de «menace à la paix et à la sécurité internationale» des désordres intérieurs caractérisés par des situations de détresse des populations civiles, s’arrogeait le droit de passer outre à la souveraineté de l’Etat concerné et d’intervenir par des moyens coercitifs, directement, ou le plus souvent en donnant mandat à des Etats ou groupes d’Etats de rétablir l’ordre ou de porter les secours nécessaires.Tel fut le cas en Somalie (résolution 794/1992), puis en Bosnie (en commençant par la résolution (816/1993), au Rwanda (résolution 929/1994) et en Haïti (résolution 940/1994).Excepté le cas de l’Albanie, déjà mentionné, ce «zèle interventionniste» du Conseil s’est toutefois tari dans la seconde moitié de la décennie, reflet d’une réaction chinoise d’abord, russe ensuite, devant des pratiques qui risquaient de consolider la mainmise occidentale, et plus spécifiquement américaine, sur la gestion de l’ordre international. Constatons aussi, en sens inverse, la prise de distance des Américains vis-à-vis des Nations unies, «machine» peu contrôlable et qui, en devenant trop active, risquait de les entraîner dans des missions à la fois dangereuses et d’un intérêt minime pour leur propre sécurité (cas de la Somalie).
KOSOVO : L’éthique contre le droit ?
C’est dans cette phase de reflux du Conseil quel l’on s’est trouvé confronté à la montée de la violence au Kosovo dans l’été 1998, violence caractérisée par des attaques de l’Armée de libération du Kosovo (UCK) dont les forces serbes dans la région et une répression de plus en plus dure de celles-ci, non seulement contre les combattants de l’UCK, mais aussi contre les populations civiles. Rappelons que, dès l’été 1998, ces opérations avaient entraîné l’éviction de plus de 250 000 Kosovars de chez eux et la fuite d’une première vague de 80 000 réfugiés à l’extérieur.
La décision de l’OTAN d’intervenir ne fut pas prise sur le champ mais marqua l’aboutissement infructueux d’un long processus diplomatique sous les auspices du «Groupe de contact»3, qui devait s’achever à Rambouillet en février 1999. Les justifications avancées étaient de nature diverse.Solides sur le plan politico-stratégique (risque de déstabilisation régionale) et éthique (population en danger), elles l’étaient moins sur le plan juridique, malgré des références fréquentes aux résolutions 1160 et 1199 du Conseil de sécurité, lesquelles demandaient l’arrêt des violences des forces yougoslaves contre les civils, le retrait des forces engagées dans la répression, le retour des réfugiés et personnes déplacées, et la liberté des secours humanitaires - ensemble de conditions auxquelles le pouvoir yougoslave n’était pas prêt à accéder.Les opposants à l’intervention n’ont pas eu de peine à faire valoir qu’elle violait la Charte des Nations unies, laquelle, selon l’interprétation classique, ne permet l’usage de la force que par résolution du Conseil de sécurité (Chapitre VII) ou en cas de légitime défense. Celle-ci ne pouvant être invoquée par l’OTAN, en l’absence d’une résolution du Conseil - qui n’aurait pu être obtenue en raison des oppositions russe et chinoise - on se trouvait devant le vide juridique constaté par Mario Bettati : en présence d’un risque constaté (notamment par plusieurs résolutions du Conseil de sécurité et rapports du Secrétaire général) de violations massives des droits de l’homme, aucune autorité n’avait mandat pour agir. Les membres de l’OTAN ont donc décidé de passer outre, en soulignant qu’il s’agissait là d’un acte exceptionnel, qui ne devait en aucune manière être interprété comme un précédent.
Certes, l’intervention, humanitaire ou autre, devrait être l’exception plutôt que la règle.D’autre parr, on pourrait souhaiter que le Conseil de sécurité «fonctionne», c’est-a-dire qu’il mette au centre du bien commun international, dont il est le garant, la protection des droits de l’Homme.On pourrait aussi souhaiter sa réforme, de manière à le rendre plus représentatif de la société internationale à l’aube du nouveau millénaire.Sans négliger les efforts dans les deux directions, mais parce qu’ils seront lents à produire leurs effets - témoin des débats interminables de ces dernières années dans les enceintes onusiennes - et qu’une plus grande représentativité du Conseil ne serait pas nécessairement synonyme de meilleure garantie des droits de l’Homme, il est impératif de développer la règle de droit pour permettre l’intervention humanitaire.L’alternative est soit l’abandon des victimes à leur sort, soit le règne de l’arbitraire, qui sera alors celui du plus fort ou du plus téméraire.Des critères à établir
Des juristes travaillent le sujet depuis de nombreuses années et ont énoncé une liste de critères qui devraient encadrer toute intervention dite «humanitaire»4. Ces critères sont très proches de ceux de la «guerre juste» : gravité de la situation; ultime recours après épuisement de toutes les voies non armées de résolution du problème; objectif limité ; proportionnalité des moyens aux objectifs recherchés ; probabilité de succès. Il faudrait y ajouter l’exigence que l’intervention humanitaire soit le fait d’un groupe d’Etats plutôt que d’un seul pays, et que les Etats en question restent en contact étroit avec les Nations unies, se montrant prêts à reverser le sujet dans le portefeuille du Conseil dès que les circonstances le permettent.Notons que cette voie a été suivie au Kosovo, avec la résolution 1 244 subséquente à l’intervention, qui a permis le déploiement de la KFOR et de la MINUKCertes, le droit de l’intervention humanitaire ne sera jamais une règle imparable, tant il est vrai que le droit international est un reflet de relations avant tout politiques. Il n’en reste pas moins essentiel d’en fixer les paramètres pour que, d’un côté, les victimes ne soient pas laissées sans recours aux mains de leurs bourreaux et que, de l’autre, «l’humanité» ne serve pas de paravent à l’arbitraire de la puissance.
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OSCE : Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.
Regroupe l’ensemble des pays européens, les Etats-Unis et le Canada. Fondée en 1994, au sommet de Budapest, elle prend la suite de la CSCE, créée en 1975 par l’acte final d’Heisinki.
Objectif : développer la démocratie et le respect des droits de la personne en Europe, promouvoir la gestion pacifique des conflits entre Etats-membres, assurer la sécurité commune par la maîtrise commune des armements.Le Conseil de Sécurité de l’ONU se compose de 15 membres, dont 5 permanents (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni et Russie) qui ont un droit de veto.
Les autres sont élus pour 2 ans par l’Assemblée Générale.OTAN, organisation militaire intégrée de l’Alliance atlantique, sous commandement américain. Aux 16 membres (Allemagne, Belgique, Canada, Danemark, Espagne, Etats-Unis, France, Grèce, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Turquie) ont été adjoints en 1999 la Hongrie, la Pologne et la République tchèque.
Depuis septembre 1999, le secrétaire général est un Anglais, M.George Robertson.KFOR (Kosovo Force).L’accord de KUMDANOVO signé à l’issue de l’opération «Force alliée» menée par L’OTAN en Yougoslavie prévoyait le déploiement au Kosovo d’une force internationale de 50 000 hommes.
Les cinq zones militaires créées au Kosovo sont sous la responsabilité de la KFOR.MINUK : Mission des Nations Unies pour le Kosovo
Catherine GUICHERD
Assemblée Parlementaire de l’OTAN,
membre de Justice et Paix-France
(Lettre de Justice et Paix, Mars 2000)
LE LIBÉRALISME PROTESTANTPROBLEMES D'INTERPRETATIONLes programmes de concerts et le marché du disque sont inondés d'œuvres de Jean-Sébastien Bach. Dans cette vaste production : que choisir, et dans quelle optique ? Les interprétations "baroquisantes" se vendent bien. Les réalisations remontant à plusieurs décennies font figure de monuments archéologiques et ont une valeur historique de témoignage. Les grands chefs, les cantors et les organistes spécialisés ont leurs critères, leurs effectifs, leurs registrations pour le moins variables, leur lieu (Église ou salle de concerts), préconisent les voix de garçons (comme le Hannover Knabenchor, le Thomanerchor de Leipzig...) ou les voix d'adultes. La finalité spirituelle doit passer au premier plan, comme pour le Cantor de Leipzig qui œuvre " Soli Deo Gloria".
Les auditeurs ne peuvent plus "entendre” comme au Moyen-Age, à la Renaissance avec les divers tempéraments : pythagoricien, zarlinien... puis tempéré égal (cf. Le clavier bien tempéré à l'époque de Jean-Sébastien Bach) qui a, en quelque sorte, déformé leur oreille (on a du mal à réaliser que, selon le tempérament en usage, un sol dièse sonne plus bas qu'un la bémol, pourtant vérifié électroniquement). Le diapason avec le la à 440 Hz est introduit en 1859 à l'Opéra de Saint-Pétersbourg. Au XVIIIe siècle, le ton de chapelle (celui de l'orgue) règne dans les Églises ; par exemple, au temps de Bach, à Weimar, l'orgue était plus haut que notre diapason actuel (selon Jacques Chailley, à peu près un Si bémol , au point qu'il devait transposer les parties d'instruments pour leur permettre de jouer avec l'orgue). Les accords de certains instruments sont différents de la pratique du XXe siècle. Les petites trompettes en Ré sont utilisées pour l'aigu par J.-S. Bach, par exemple. La trompette aiguë (appelée "trompette naturelle" (sans pistons) dans la Messe en Si mineur, dans le deuxième Concerto brandebourgeois (cet instrument disparaît à la fin du XIXe siècle au profit de la trompette à pistons). Actuellement, les orgues sont accordées en "tempéré égal", mais aussi en "mésotonique" (cf. l'orgue Garnier à Metz...), parfois jusqu'à un demi-ton plus bas, ce qui pose aux organistes des problèmes pour l'accompagnement des instruments à vent, des cordes et surtout de la voix : telle est brièvement esquissée la situation à la fin du XXe siècle. Plusieurs conceptions de l'interprétation coexistent.
EFFECTIFS A L'EPOQUE DE J.-S. BACH
J.-S. Bach disposait des "moyens du bord" : effectifs de garçons issus de l'École Saint Thomas et du Collegium musicum de l'Université. L'iconographie montre généralement le Cantor dirigeant depuis son pupitre de jeunes garçons et quelques adultes (tenors et basses). A son époque, l'instrumentarium comprenait un clavecin à un ou deux claviers, un orgue qui assure la basse continue dans les cantates religieuses et les Passions. Dans les cantates profanes : le clavecin assumait ce rôle, et le maître de chapelle dirigeait l'exécution depuis cet instrument (ce qui n'est pas possible depuis l'orgue, car il tourne le dos aux instrumentistes et aux choristes). Lorsque l'orgue est en réparation, le clavecin le remplace.
Bach exploite largement les instruments à vent, par ordre de préférence : les hautbois (oboe ) de tailles et de tessitures différentes, les hautbois d'amour (oboe d'amore ) dont il privilégie le timbre, le hautbois da caccia pour les parties de solistes ; les flûtes à bec (flauti), la flûte traversière (flauto traverso ) comme instrument soliste, le basson (souvent associé aux basses de l'orchestre à cordes pour renforcer le grave). Les cuivres avec les dénominations : tromba (trompette à coulisse), clarino , corno (trompettes et cors), la trompette naturelle (qui ne sonne pas toujours très juste), les cors ajoutent une touche pastorale ; les trombones par 4 ou 3 sonnent avec les flûtes à bec. Aux instruments à vent s'ajoute la famille des cordes (violon, alto, violoncelle) ; selon Albert Schweitzer et l'iconographie, les archets étaient très convexes.CHOIX D'INTERPRETATION
Actuellement, plusieurs possibilités coexistent :
• L'interprétation au culte -par une chorale paroissiale-, en liaison avec l'année liturgique, comme au temps de J.-S. Bach à Leipzig, suivant la mouvance luthérienne. Dans le cas d'"exécutions avec les moyens du bord", ce qui compte, c'est la sincérité et la conviction des interprètes, la justesse d'intonation et la diction précise, même si les qualités les plus sophistiquées ne sont pas atteintes.
• L'interprétation au culte, -par un chœur semi-professionnel-, en tenant compte de la sensibilité piétiste et orthodoxe, de l'environnement à Leipzig, des effectifs et des moyens dont disposait le Cantor qui devait diriger une cantate chaque dimanche (d'où les emprunts à des œuvres antérieures), ainsi que des temps limités de répétition pour les choristes et instrumentistes. Dans cette tendance, mais avec une recherche interprétative plus poussée, se situe la tradition de l'Église Saint-Guillaume à Strasbourg, sous la dynastie des Münch (Ernest, puis Fritz), dans le sillage de Karl Straube, lui -même proche de la tradition de Leipzig.
• L'interprétation en concert, par un chœur professionnel , avec des moyens plus importants, comme par exemple, le Chœur et l'Orchestre de Lausanne ou le Chœur et l'Orchestre de la Fondation Gulbenkian, sous la direction de Michel Corboz, selon les critères assez traditionnels, avec des effectifs nombreux, prenant en considération l'acoustique du lieu (par exemple, à Lisbonne, le Monastère des Hiéronymites).
• L'interprétation "baroquisante" à la mode depuis Nikolaus Harnoncourt (Gustav Leonhardt, Ton Koopman, Philippe Herreweghe, René Jacobs, parmi d'autres...). Les chefs s'efforcent de respecter les intentions de J.-S. Bach, de rechercher le phrasé en cause, l'équilibre entre les voix et les instruments et de créer, autant que possible, le paysage sonore du XVIIIe siècle (pour des oreilles du XXe siècle).
En 1971, Nikolaus Harnoncourt précise que : «bien loin d'être un recul en arrière, cette conception nouvelle doit être comprise comme une tentative d'arracher cette admirable musique ancienne à l'amalgame symphonique, de la libérer de la sonorité "classique" et d'obtenir, grâce à la transparence et à la différenciation des instruments anciens, une interprétation véritablement moderne. »
Édith WEBER
Beaucoup d’amis
d’”Evangile et Liberté nous demandent : “Qu’est-ce que vous croyez
? Quelle est votre foi ?” “Le libéralisme protestant” n’a pas de
catalogues de croyances, de “credo”, de catéchisme. Ce serait une
“contradiction dans les termes”…
Certains
affirment “est libéral” celui qui s’auto-proclame tel… Il suffirait
de le déclarer !
Aussi il
faut s’essayer à donner quelques affirmations claires. Il y a quelques
temps, l’Union Protestante Libérale de Genève a diffusé
une brochure s’efforçant d’exprimer dans un langage simple les grandes
orientations de notre foi chrétienne. Nous les publierons en plusieurs
parutions.
LE LIBÉRALISME PROTESTANT• Le libéralisme protestant est un mouvement issu du christianisme, de la Réforme du XVIe siècle et du protestantisme auquel elle a donné lieu. Il se réclame de l’Evangile, source de vie et de lumière.
• Le libéralisme protestant est la religion de l’essentiel.Il est fondé sur l’Evangile. Pour lui, la foi est une expérience vivante et personnelle de la rencontre avec cet Autre que nous nommons Dieu.
• Le libéralisme protestant reconnaît Dieu dans le témoignage intérieur de l’Esprit-saint, c’est-à-dire l’action de Dieu en l’homme. Cette réalité spirituelle surpasse en signification et en valeur toutes celles de la vie terrestre.
• Le libéralisme protestant place Dieu et la personne de Jésus au centre de la foi. La parole et la vie de Jésus doivent inspirer tous les actes de la vie.
• Le libéralisme protestant est aussi une méthode qui permet de distinguer la foi de la croyance, de découvrir à travers la Bible l’esprit divin et le sens originel, profond, efficace, du message évangélique.
• L’approfondissement des exigences évangéliques et protestantes a conduit à insister sur les dimensions de la liberté et de la foi personnelle ainsi qu’à relativiser le poids des formules doctrinales et des institutions ecclésiastiques. C’est là l’origine du libéralisme protestant qui s’est affirmé surtout dès le début du XIXe siècle et n’a cessé d’évoluer depuis.
• Le libéralisme protestant vise à renouveler la vie chrétienne en cherchant à discerner toujours mieux la puissance de vie contenue dans les Ecritures. Il reste en accord tant avec les besoins religieux des esprits réfléchis qu’avec ceux des âmes simples et confiantes. Il voit aussi dans le progrès des sciences et de la philosophie l’expression d’un mouvement vers la découverte des réalités spirituelles et des sources originelles.
• Le libéralisme protestant maintient fermement le principe fondamental de la Réforme rejetant toute autorité qui pourrait usurper celle de Dieu. Il veut garantir et préserver la liberté qui, seule, donne une chance à la vérité.
• Le libéralisme protestant, enfin, estime avoir une forme particulière de réponse à formuler parmi celles que les Eglises se doivent de proposer aux aspirations religieuses de nos contemporains.
On le voit, le libéralisme protestant n’est ni sectaire, ni inféodé à aucun parti (politique ou religieux) non plus qu’à aucun système économique.
DIEULe libéralisme protestant affirme l’existence de Dieu. Esprit de Vérité, Dieu se situe au centre de notre être, de notre vie.LA BIBLE
Les mots sont insuffisants pour définir Dieu ; ils peuvent même le trahir. Le libéralisme protestant reste prudent face aux dogmes et formules de confession de foi qui, comme les symboles, ont une valeur toute relative.Dieu ne peut pas être monopolisé. Aucune personne, aucune communauté religieuse, aucune Eglise chrétienne n’a le droit de s’approprier Dieu pour elle seule. Dieu vivant est présent partout dans l’histoire des hommes, aujourd’hui comme hier.
La Réforme a voulu rendre à Dieu sa véritable place dans la vie des hommes : la première ! En lui, nous pouvons avoir pleine confiance ; nous pouvons nous fier à lui, avoir foi en lui.Par l’Evangile, Jésus nous apprend à l’appeler notre Père.
Le libéralisme protestant est l’héritier de tous ceux qui ont reconnu que Dieu est à la fois infiniment proche et infiniment lointain. Proche parce qu’il est la source de toute pensée vraie, de toute inspiration juste, de toute intuition saine de toute volonté sainte. Lointain parce qu’il est insaisissable à notre intelligence.
En conséquence, le libéralisme protestant, sans les juger sommairement, est en désaccord avec toute idéologie de laquelle Dieu est absent : athéisme, agnosticisme absolu, matérialisme ou autre. La philosophie, les sciences et la culture, loin d’infirmer ses intimes convictions, peuvent concourir à la découverte des réalités spirituelles.
Le libéralisme protestant demeure critique envers les dogmes proclamés au cours des siècles par l’Eglise chrétienne. Sa conception de Dieu l’oblige à mettre en question, en particulier, le dogme de la Trinité dont la base évangélique reste sujette à discussion.
Il rejette aussi idolâtrie, superstitions ou rites magiques malheureusement toujours prêts à réapparaître. En revanche, il accueille avec joie tous les signes de la présence de l’Esprit qui se révèlent, ici ou là, dans toutes les philosophies et toutes les religions.
LA LETTRE ET L’ESPRITLe protestantisme insiste sur l’autorité des saintes Ecritures. Mais le libéralisme protestant constate que certaines interprétations de la Bible aboutissent à défigurer voire à oblitérer le message de Jésus-Christ. Il entend donc retrouver ce message, pur et simple, comme aux jours où il fut exprimé.
La Réforme du XVIe siècle n’était qu’un début. En nous ramenant à la Bible, elle nous a incités à y retrouver l’Evangile dans ce qu’il a d’essentiel. Cette réforme doit se poursuivre.
La Bible est un recueil d’écrits composés par des hommes inégalement inspirés et relatant des expériences religieuses fort diverses. Elle est par excellence le véhicule du message évangélique. Elle requiert donc, du point de vue spirituel et historique, un examen approfondi et critique. Le protestant libéral voit dans la méthode du libre-examen un stimulant du protestantisme.
La Bible doit être lue dans un climat de liberté et de recherche, non par asservissement à la lettre des textes mais par fidélité à l’Esprit qui les a inspirés. Loin de s’effaroucher devant son caractère humain et face à tous les sédiments que l’histoire a déposés dans ce livre, les théologiens libéraux sont à l’origine de la plupart des recherches historico-critiques qui nous permettent aujourd’hui de mieux comprendre le sens, la portée et l’originalité du message biblique.
Le libéralisme protestant invite par conséquent les hommes à utiliser l’intelligence que Dieu leur a donnée afin de rechercher, avant tout et toujours, le sens des récits contenus dans la Bible et le souffle divin qui la traverse. Il les engage à faire sans cesse l’effort de distinguer le pur Evangile de Jésus de ce qui a été écrit sur Jésus.
Dégagé de sa gangue matérielle et humaine, le message évangélique révèle alors toute sa simplicité, sa saveur et sa puissance de vie.
Le libéralisme protestant rejette donc toute bibliolâtrie ainsi que la notion d’inspiration littérale de la Bible ; il recherche d’autant plus l’Esprit qui vivifie qu’il s’attache moins à la lettre, qui tue.
Union Protestante Libérale de Genève
J’ai peur
DEUX ANGES CHEZ LES LOSERS (PERDANTS)Il faut avoir ressenti au moins une fois la peur, une vraie peur, pour comprendre comment elle peut susciter à l’intérieur du corps, des réactions où l’on se trouve stupide, ou pire encore des sueurs froides, des envies de diarrhées, un souffle court ou la perte de réactions intelligentes.
Que ce soit au milieu d’une paroi d’escalade, dans la banalité de relations quotidiennes ou sous l’emprise d’une colère, la peur nous tombe dessus, comme ces giboulées d’Avril qui nous glacent le dos et nous contraignent à un repli brutal et frileux.Avez-vous déjà observé ces enfants et souvent ces adultes en haut de plongeoirs.Ils s’avancent, prudemment, observent, reculent, hésitent, et reviennent ! Ca peut durer longtemps ! Inutile de pousser, de bousculer, d’expliquer raisonnablement que la hauteur est ridicule, que des milliers d’autres ont déjà sauté de cet endroit.La peur est là, paralysante. Elle vient réveiller et exprimer du plus profond de notre émotion des inhibitions, des angoisses qui prennent là une forme.
Sauter d’un plongeoir ou faire le pas. Oser se lancer. Oser adresser la parole, à un inconnu, parler en public ou plus simplement se montrer devant l’autre. j’ai rencontré des personnes qui sont restées des années à ne pas oser demander à leur conjoint une information qui semblait douloureuse. Je connais des parents qui ont peur de dire leur amour à leurs enfants, des enfants qui ont peur de dire leur colère à leurs parents par peur de détruire tous les liens établis. Plutôt que de prendre le risque de blesser l’autre, ils préfèrent rester blessés eux-mêmes.
La peur est vainqueur du courage. Elle étouffe nos désirs. Elle rétrécit notre existence et accorde aux autres un pouvoir démesuré. La peur nous diminue et nous rend impuissant.
Dans le récit de Pâques, je regarde avec étonnement les femmes revenant du tombeau vide. Mais de quoi peuvent-elles avoir peur ce jour-là?
De la liberté ! C’est sans doute de quoi la peur nous protège le plus ! Elle nous permet d’éviter d’être vraiment libre ! Dommage !
Jean-Paul SAUZEDE
Je te fais crédit
En un après-midi, le Cinéma m’a fait sauter de Los Angeles à New York. Mais ce n’était pas l’Amérique triomphante des Winners et du Boom économique ! À un bout Wim, Wenders m’a enfermé dans un MILLION DOLLAR HOTEL qui tenait plutôt de la Cour des miracles avec ses paumés et ses dingues, rêveurs de stars voisines s’il en reste encore.À l’autre bout Martin Scorcese me précipitait À TOMBEAU OUVERT dans les rues enfiévrées du quartier le plus mal famé de la Cité où une sous-humanité se drogue, assassine et se suicide. La production d’outre-atlantique a décidément ces temps-ci la veine hypermasochiste ! Et dans chacun de ces deux univers d’enfer, une sorte d’ange étrange qui fait tache et a sans doute quelque chose à me dire. Celui de l’hôtel, Tom-tom, a l’innocence et la générosité d’un débile heureux, qui exalte jusqu’au bout des doigts ses sentiments les plus contrastés, un tendre feu-follet qui aime tout le monde, et surtout la non moins étrange Héloïse. Celui de Manhattan, Franck, l’ambulancier des urgences de nuit, est hanté par les fantômes de mourants qu’il n’a pu ressusciter. (Bringing out the dead est le titre de l’original). Il n’a qu’une obsession : sauver des vies humaines. Le combat frénétique qu’il mène contre la mort des pires rebuts de la société nous entraîne dans des rencontres et des situations qui mériteraient analyse et réflexion.
Le catholique Scorcese et son scénariste protestant Paul Schrader (et en amont Joe Conelly l’auteur du livre) ne cachent du reste pas les multiples références au christianisme qui parcourent cette œuvre sombre et captivante. Mais le sauveteur acharné est-il pour autant l’image d’un sauveur alors que l’épuisement et l’alcool le pousseraient à tout lâcher ? Quelle est la part de Jésus quand il y a miracle ? Et peut-on être plus que le témoin de la souffrance des autres ? Une image presque identique ponctue les deux films : les corps des couples amoureux recroquevillés l’un sur l’autre, comme défiant l’espace et le temps. Mais seul le second vivra, dans la lumière aveuglante d’une espérance possible.
Jean Domon
Je te fais crédit
non pas jusqu’au troisième jour,
jusqu’à l’aurore de Pâques,
mais jusqu’à la consommation des siècles.
Ton jour viendra, cela me suffit.
C’est mon calme dans l’inquiétude,
ma lumière dans la nuit,
ma consolation dans les misères et les défaites.
J’ai été conduit à toi par la fleur des champs,
par l’étoile des cieux,
par la voix des Prophètes et de l’Evangile,
par la clarté qui est dans l’ombre des humbles
comme au front des Justes.
Mais je n’ai plus besoin de témoins désormais,
ni de preuves nouvelles.
C’est en Toi seul que je crois
et que je veux m’assurer pour la vie, la mort
et l’éternité.
Charles WAGNER
Fondateur du Foyer de l’Ame à Paris
Inspirateur du mouvement libéral en France