
MARCION (85-160) OU L’ANCIEN TESTAMENT EST-IL PÉRIMÉ ? Gaston DELUZ
LA REGLE DE
TROIS, Christian SANDRÉ
Le libéralisme
aujourd'hui
Prière BAHA’IE pour l’unité du monde
“O toi, Dieu de bonté, tu as créé toute l’humanité de la même substance.Tu as décrété que tous appartiendraient à la même famille.En ta sainte présence, tous sont tes serviteurs, et toute l’humanité s’abrite sous ton tabernacle.Tous se sont réunis à la table de ta générosité ; tous sont illuminés par la lumière de ta Providence.
O Dieu ! Tu es bon envers tous. Tu as pourvu chacun, Tu abrites chacun, à tous Tu confères la vie. Tu as doté chacun et tous de talents et facultés, et tous sont plongés dans l’océan de ta miséricorde.
O Toi, Seigneur bienfaisant ! Unis tous les hommes. Fais que les religions s’accordent, que les nations deviennent une, afin qu’elles soient comme les membres d’une seule espèce et comme les enfants d’une même patrie.Puissent-elles s’associer dans l’unité et la concorde.
O Dieu ! Lève l’étendard de l’unité du genre humain !
O Dieu ! Établis la Très Grande Paix.Cimente les cœurs ensemble.ODieu ! O Toi Père bienfaisant !
Dieu ! Réjouis les cœurs par le parfum de ton amour ; fais briller les yeux par la lumière de ta direction ; charme les oreilles par la mélodie de ta Parole et abrite-nous dans le refuge de ta Providence.
Tu es le Fort, le Puissant, le Clément, Tu es Celui qui est indulgent pour les faiblesses des hommes.”
Le Bahaïsme est une religion fondée par “Le Bab” (1819 - exécuté 1850 Tabriz) et Baha’ullah (1817 - 1892) réformateurs musulmans iraniens.
Le Babisme fut un essai de réforme de l’Islam : émancipation de la femme, suppression du voile, abolition de la polygamie, amour fraternel entre tous les hommes, tendresse envers les enfants, courtoisie dans les rapports sociaux, tolérance religieuse.
Actuellement, le Bahaïsme appelle à une foi universelle fondée sur le dépassement des conflits raciaux, religieux et sociaux.
Persécutée dans les pays musulmans la religion, répandue dans le monde, a construit son centre à Haïfa en Israël.
“Je ne crois pas, disait Gandhi, qu’il puisse y avoir sur terre une seule religion.Mais si un homme atteint le cœur de sa propre religion, il atteint également le cœur des autres religions.”Diversité des langages
Nous nous apercevons tous les jours que les hommes ne regardent, n’écoutent, ne raisonnent pas tous de la même manière - tant s’en faut.Les langages sont également très diversifiés selon les milieux, les générations et les influences culturelles.
Par rapport à cette complexité croissante, on peut regretter que les chrétiens ne fassent pas preuve d’une plus grande créativité au service de l’expression, de la transmission et de la célébration de la foi.
Ce que Jésus a tenté à travers les paraboles, rien ne nous empêche de chercher à le réaliser avec les ressources littéraires et techniques dont nous disposons.
Le navire symbolise l’aventure : un départ d’un monde connu, familier (monotone ou plein de dangers) et une entreprise avec des risques vers les découvertes et peut-être l’Eldorado... De l’apôtre Paul aux courses modernes de voiliers, le navigateur se propose un défi face aux éléments, à ceux vers lesquels il va, et ... à lui-même.
Si l’histoire des Églises chrétiennes est celle de leurs divisions, l’histoire des hommes est celle de la conquête de nouveaux liens et celle des communications avec les proches et les lointains par le langage et l’échange.
La vie, une navigation ?
La boussole a permis une plus grande liberté de recherches et de tentatives improvisées.Dans l’invention d’une direction de vie personnelle et sociale, l’Évangile pose des repères.
L’appel du “large” est une promesse : un présent et un avenir. Comme Dieu est à la fois celui que l’on voudrait connaître et celui que l’on tient déjà ou -plus exactement- celui qui nous tient déjà.
Comment pourrions-nous sans anéantir le mystère divin, nous enfermer dans un passé ou dans un présent qui se détruit sans cesse.
Dieu est une surprise pour demain, un sentier de mer vers l’inéffable et l’inimaginable de l’être.
Que dire de tous ces branchages pour les voiles ? L’art de l’homme est de capter et contrôler le souffle. En hébreu de la Bible, le même mot évoque le vent et le souffle de vie. Il faut tant de soins pour s’approprier l’énergie d’Éole et celle de la vie : prier, lire assidûment la Bible, faire silence, agir ensemble, se lancer dans l’action, méditer, se discipliner.
Chaque aventure (l’orientation de toute une vie humaine et l’aventure quotidienne) se prépare intensément.Bon vent pour cet Avent (=celui qui vient) qui ouvre le cycle de la Bonne Nouvelle et son aventure.
aide-moi à vivre porté par ton souffle
et sans oublier de respirer.
A agir sans être hypertendu.
A accomplir ma tâche
en gardant la sérénité de la foi.
A percevoir les dérangements
comme des ouvertures nouvelles.
A voir chaque être que je rencontre
comme un maître qui m’apprend
quelque chose d’essentiel et d’éternel.
1 Oh ! le bonheur de cet hommeL’ARBRE ET LE FÉTU
qui ne va pas au conseil des Méchants,
ni sur le chemin des Pêcheurs ne s’arrête
ni à la séance des Sarcastiques ne s’assied,
2 mais dans la Tora du Seigneur prend son plaisir
et sa Tora, il la murmure jour et nuit !
3 Il est comme un arbre planté près des ruisseaux
qui donne son fruit en son temps
et dont la feuille ne se flétrit pas.
Et tout ce qu’il fait, il le réussit.
4 Rien de tel pour les Méchants.
mais ils sont comme le fétu que pourchasse le vent
5 Aussi les Méchants ne tiendront pas au Jugement,
les Pêcheurs au rassemblement des Justes.
6 Car le Seigneur connaît le chemin des Justes
mais le chemin des Méchants se perd (Traduction personnelle).
On parle ici d’homo biblicus un peu comme les paléontologues parlent d’homosapiens : ce n’est qu’une image qui veut attirer l’attention sur une donnée centrale du Psaume 1. De même, les acteurs du texte sont cités avec une majuscule initiale pour que chacun réalise mieux que ces rôles, positifs (le Juste, les Justes) et négatifs (les Méchants, les Sarcastiques) restent toujours ouverts au lecteur qui utilise le texte comme un miroir.
Le Psaume 1 décrit l’existence humaine comme une démarche.Voici, pour commencer, le progrès d’un certain comportement qui est qualifié négativement : ne pas aller, ne pas s’arrêter, ne pas s’asseoir (v.1).D’un autre côté, le texte marque les étapes positives de l’épanouissement végétal : un arbre planté, puis arrosé, donnant enfin son fruit et gardant un feuillage verdoyant (v.3).PETIT LEXIQUEAinsi, le psaume est construit sur une opposition forte.Les Méchants sont comme le fétu dispersé par le vent.La bale n’a pas de racine, pas de consistance, pas de fruit.En tout, elle s’oppose à l’arbre qui, lui, est stable, arrosé, vert, fructifère.Le fétu et l’arbre sont en contradiction comme l’instable et le stable, l’inconsistant et le consistant, le stérile et le fécond.La description double (négative au v. 1, puis positive au v. 2) du Juste permet d’inférer, par inversion, l’identité des Méchants.Les Méchants sont ceux qui vont, stationnent, s’assoient aux lieux qui signifient le refus de la Tora : un refus méprisant de la part des Sarcastiques.
La description de ce que fait le Juste (v. 1-2) et de ce qu’il est (v. 3) occupe quasiment toute l’espace du psaume (v. 4).Le texte exprime le néant des Méchants en ne disant pour ainsi dire rien de ce qu’ils font et de ce qu’ils sont : ne parler des méchants que par allusion discrète, c’est en quelque sorte les faire disparaître (rhétoriquement !), alors que, dans la réalité, leur présence est très insistante et lancinante pour celui qui a composé le psaume.
Ces Méchants sont évoqués au pluriel ; ils sont censés n’exister qu’en groupe, qu’en bande.Même s’il fait partie d’une communauté (“le rassemblement des Justes”, v. 5), le Juste ne se définit pas d’abord par son être en groupe (“il ne va pas à”, “ne s’assied pas à”, v. 1), mais par un rapport d’intimité personnelle avec la Tora.Sa consistance vient de là.
Comme la date probable du psaume est post-exilique, la Tora a déjà pris la forme du Livre, et cette Tora est déjà pour le psalmiste ce qu’elle restera pour le Judaïsme : le Pentateuque, noyau central de la bible juive. D’où la traduction un peu interprétative, mais juste proposée par A. Maillot et A.Lelièvre pour le v. 2 : “Mais qui aime le Livre du Seigneur et récite ce livre jour et nuit !” Le Juste du Psaume 1 est déjà un homo biblicus, il est lecteur de Bible. “Jour et nuit, il murmure la Tora”, réalisant ce type d’homme assez particulier que l’on trouve chez les Juifs et les Chrétiens : le “ruminant” de la Parole faite Livre.Pendant que les lèvres du Juste répètent dans un murmure les mots de la Tora, les Sarcastiques retroussent leur bouche dans leurs rictus collectifs et délétères.
En somme, le Psaume 1 est une méditation sur les options fondamentales de la vie.Des éléments élémentaires de la scène de l’existence sont là : terre, eau, vent (pour l’espace), jour, nuit, saisons (pour le temps), plantation, fruit, feuillage, bale (pour les manifestations de la vie).L’intérêt se porte sur le chemin, symbole d’option et de progrès dans une démarche.Un juif heureux, parce que accroché à la Tora, est comme placé au centre du monde, éclipsant son environnement mauvais.Ah ! si l’humanité entière n’était plus qu’un seul Juste heureux de vivre sous la Tora !
Faut-il rappeler que la “Tora”, la Loi, telle que le Pentateuque la présente, c’est d’abord le grand Récit de ce que Dieu a fait pour son peuple depuis la création du monde jusqu’à l’entrée en Palestine et que les commandements représentent la réponse que Dieu attend de son peuple ? La loi est ordre, commandement, mais aussi et d’abord révélation et enseignement.Direction et directive si l’on veut.UN “HONNÊTE DEVOIR D’ÉCOLIER” ?“Oh ! le bonheur de cet homme qui ...” : cet hébraïsme que j’ai gardé pour sa saveur est jugé incompréhensible par les plupart des traducteurs.Le “Oh” initial veut faire sentir la valeur exclamative de la phrase.La traduction courante est : “Heureux l’homme qui”.
Les “sarcastiques”, autrement les “rieurs” (v. 1), les “moqueurs”, bien connus par le livre des Proverbes (Proverbes 1,22, avec la note de la TOB ; 21,24 ; cf. 2 Pierre 3,3) sont caractérisés non par un humour tonifiant (ce qui serait une bonne chose !), mais par leur scepticisme goguenard et leur incrédulité.Au lieu de la “séance des Sarcastiques”, la traduction grecque parle de la “chaire des Pestiférés”, ce qui, aux yeux des anciens interprètes chrétiens, évoquera facilement l’enseignement de mauvaises doctrines.
Le Juste “murmure” la Tora : les anciens pratiquaient une lecture à voix basse mais plus ou moins audible (cf. Josué 1,8 ; Actes 8, 28). Ce léger mouvement des lèvres peut accompagner également la prière, ce qui valut à la future mère de Samuel d’être prise pour quelque ivrognesse marmonnant des mots incompréhensibles (1 Samuel 1, 13-14).
Le “fétu”, plus précisement la “bale” (du blé), devient dans la traduction grecque de la “poussière”, ce qui ne change pas grand chose pour le sens.
Les Impies “ne tiendront pas (ou : “ne se lèveront pas”) au Jugement” d’après l’hébreu.La traduction grecque envisage un jugement indéterminé (par ex. celui qui est rendu aux portes de la ville ou pour permettre l’accès au sanctuaire) : “ils ne tiendront pas lors d’un jugement” (le parallélisme appuierait la traduction grecque).La traduction latine entend : “ils ne ressusciteront pas lors du Jugement”, ce qui représente des croyances plus tardives (avec les débats sur la résurrection ou la non-résurrection des Méchants).
Le Psaume 1, a-t-on dit, est “un honnête devoir d’écolier” (P. Auvray), mais sa banalité le rend intéressant : un juif d’après l’Exil exprime ici les valeurs fondamentales de son existence.Parlant pour beaucoup d’autres, il exprime sans bavure à quoi le Juste s’accroche et ce qu’il a en horreur.C’est la parole d’un homme ordinaire, éloignée du raffinement, mais exprimant une conviction solide.LA RÉCEPTION DU PSAUME 1Le Psaume 1 est dangereux : il classe avec ingénuité le monde en deux camps bien déterminés. Or Paul et Luther ont rappelé avec force que les êtres grâciés que nous sommes, sont à la fois “pêcheurs et justes”.Mais il faut mettre au bénéfice du psaume le rappel vigoureux de la distinction des valeurs : si le bien et le mal se mélangent dans les cœurs (ce que le psaume ne dit pas), ils ne sont pas équivalents (ce que le psaume dit très fort). Leur antagonisme donne sens aux combats de l’existence.
Le Psaume 1 est beau de cette beauté élémentaire qu’ont les choses qui touchent avec justesse à l’essentiel : il est heureux l’homme qui trouve son plaisir et sa raison de vivre dans la Tora, dans la Parole faite Écriture.
Lorsque le livre des Psaumes s’est constitué, on peut penser que le Psaume 1 a été repris (ou composé) avec le Psaume 2 pour servir de “portique” à tout le psautier : la Tora au Psaume 1 et le Roi-Messie au Psaume 2 balisent l’entrée dans le livre des Louanges (titre hébraïque de nos Psaumes).Souvent l’ancienne exégèse des chrétiens (“pères de l’Église”...) appliquait le Psaume 1 au Christ, le seul Juste au milieu d’un environnement pécheur et le Sauveur des hommes par l’arbre de la croix.Cette application christologique du psaume a sa valeur, mais il n’y a pas de raison pour qu’elle fasse perdre à notre texte sa pertinence juive ni son ouverture anthropologique.
On pourrait mettre en parallèle avec le Psaume 1 une peinture de Marc Chagall, intitulée Solitude (Musée de Tel-Aviv). Sur la partie gauche du tableau, on voit un rabbin, malheureux et comme désespéré (la peinture date de 1933), serrant contre lui le rouleau de la Tora, son seul trésor.Sur la partie droite du tableau est représentée une petite vache bien calme, promenant son museau sur un instrument de musique : elle annonce à sa manière la paix du monde prévue par les prophètes.Le rabbin de Chagall avec sa vache est un peu comme le Juste du Psaume 1 avec son arbre : malgré un environnement menaçant, rien ne peut les arracher au Livre qui les fait exister.
Comment écrire
Sur les cadavres de l’effroi
Sans sépultures sépulcralesEt comment dire
Toute l’ horreur qui nous broie
De ce carnaval infernal ?
Le bain de sang
Nourrit le ventre de la terre !
Si les morts n’ont plus de tourmentsNous les vivants
Nous brûlons fous de cet enfer
Mêlant les morts et les mourants...
Pourquoi mon DIEU
Ces haines terrifiées de peur
Sur cette terre per Vous créeeEt vers quels cieux
Conduisez Vous cette terreur
Et ces souffrances torturées ?
Voulant décrire
Votre univers beauté merveille
Je ne puis prier ni pleurerEt même pire :
Malgré la joie de Vos soleils
Je ne parviens plus qu’à hurler...
Au début de ce mois de novembre ont lieu les élections présidentielles aux États-Unis.La campagne électorale a été une démonstration supplémentaire des incompréhensions réciproques franco-américaines, en particulier sur le terrain religieux.Quel que soit le président élu le 7 novembre, c’est sur la Bible qu’il prêtera serment. Et la campagne électorale aura été émaillée, plus que les précédentes, de préférences religieuses. Le candidat démocrate Al Gore se dit “born again”, né de nouveau par la conversion. Il a choisi comme co-listier Joseph Liebermann, juif orthodoxe et pratiquant, défenseur de valeurs traditionnelles, ce qui le fait aussi apprécier par des conservateurs.Liebermann a débuté sa campagne en disant aux Américains qu’ils devaient “renouveler l’engagement de notre nation et de nous mêmes à Dieu et au dessein de Dieu” (“renew the dedication of our nation and ourselves to God and God’s purpose”). De son côté, Georges Bush déclarait qu’il fallait un but moral et spirituel à la croissance (“prosperity with a purpose”).
Drapés dans leur laïcité, les Français ont suivi avec amusement, agacement ou ironie l’utilisation du nom de Dieu par les différents candidats. C’est que la société américaine, et son personnel politique, ont évolué -nous ne sommes plus dans les années 60 où Kennedy, premier président catholique de l’histoire américaine, devait rassurer les citoyens en affirmant que sa foi catholique ne jouerait pas de rôle dans sa vie publique ni dans l’exercice de ses fonctions. Échaudés par les scandales moraux et financiers des dernières années, les citoyens portent de plus en plus d’intérêt à la personnalité du candidat, y compris à ses références religieuses.
Certes, il ne faut pas confondre religion et adhésion à une institution.Les sondages indiquent toujours qu’une large majorité des habitants des États-Unis croient en Dieu.Pourtant, cela ne signifie pas une confiance totale dans les Églises ou groupements religieux.Alors qu’on compte par exemple onze lieux de culte divers dans une petite ville de dix mille habitants, la liberté religieuse est plus qu’une formule aux USA !
La conception française de la laïcité est autre, parce que notre pays a vécu une histoire différente. Au cours des siècles, il n’a guère connu qu’une seule Église, majoritaire, l’Église catholique.Les divers pouvoirs, à commencer par nos rois, ont cherché à la dominer, ou à la manipuler.Depuis des siècles, elle a suscité des réactions anti-cléricales.C’est par rapport à son existence et à son influence que souvent les Français se situent et ont réagi -même si de nos jours la question n’est
plus si brûlante, cela demeure dans l’inconscient collectif.Du coup, la France en arrive à renier son propre héritage religieux.Le mois dernier, l’Union Européenne a programmé une “Charte des Droits fondamentaux”. L’un des projets du préambule mentionnait que l’Europe a un “héritage culturel, humaniste et religieux”.Le Premier ministre français est personnellement intervenu pour s’opposer à ce texte, au nom de la laïcité française.On en arrive ainsi à biffer de l’histoire européenne des siècles où les religions ont aussi apporté leur pierre à la construction. Est-ce en souvenir des guerres que les religions ont provoquées en Europe et, qui, en fait, ont été plus politiques que religieuses ? Est-ce par crainte du fanatisme et du manque d’ouverture ?
Entre des hommes d’État qui, peut-être, citent trop la Bible, et ceux qui mettent entre parenthèses toute référence religieuse, existe-t-il une voie médiane, qui soit celle de la sagesse et de la reconnaîssance ?
Évêque catholique (il fût à Dakar), Mgr Marcel Lefèvre n’a jamais accepté les décisions prises par le Concile de Vatican II (1962-65) qui ont apporté beaucoup de changements.Après des années de controverses avec Rome, il a franchi le pas décisif en 1988 quand, contre les décisions de Rome, il a ordonné à Écône (Suisse) 4 évêques. Excommunié, Lefèvre entraina dans le schisme quelques 250 prêtres restés fidèles aux habitudes de l’Église anté-conciliaire, qu’il regroupa dans la “Fraternité de Saint-Pie X”. Pour freiner l’hémorragie, le pape Jean-Paul II, très classique (concile de Trente 1545-63) sur le plan doctrinal, a accepté de reconnaitre diverses activités et organisations de ces “traditionnalistes” : la communauté monastique du Barroux (qui échappe à l’autorité de l’archevêque d’Avignon) dans le Vaucluse, la “Fraternité Saint-Pierre” qui en Allemagne forme 140 séminaristes.Le pape a des orientations très conservatrices (refus de l’ordination des femmes, mariage des prêtres, contraception...) au détriment des demandes et démarches des catholiques qui souhaitent des évolutions.Mais ces décisions répondent aux exigences des intégristes.Comme aussi le dernier document du Cardinal Ratzinger..Vengeance, justice, pardonLa “Fraternité Saint-Pie X” ne cesse d’être active : elle compte à l’heure actuelle 400 prêtres et forme 150 séminaristes à Ecônes (Suisse), Flavigny-sur-Ozerais (France), en Allemagne, au Royaume Uni, en Australie et aux États-Unis.
À Paris, les Églises de St Nicolas du Chardonnet et de Marly-le-Roi développent une intense activité et s’opposent à Rome avec une grande violence.
C.M. (d’après les journaux)
“J’ai trop souffert et depuis six ans... Pensez, Monsieur le Juge - ou Messieurs et Mesdames les jurés - à tout ce qui encombre et obscurcit ma mémoire, à tout ce qui a démoli ma vie à cause de cet homme, de ces hommes qui sont responsables de ...” Et le plaignant d’évoquer son malheur ou bien telle personne pour laquelle il agit, proche, frère, fils et fille, parents, victimes d’un attentat ou simplement d’une catastrophe à causes diffuses dont la société peine à identifier les responsables, ou encore victimes de secours trop tardivement apportés qui sont la raison de ... Et de décrire l’horreur : mort, mutilation, blessures irrémédiables dans la chair ou dans l’esprit.Vies gâchées pour longtemps et toujours.“Justice, justice, entend-on clamer à la télévision, je veux enfin identifier et voir ceux par qui j’ai tant souffert et leur crier mon dégoût et ma haine.Justice, car il faut qu’ils souffrent ce que j’ai souffert et qu’ils entendent en outre mon mépris. Justice, et leur punition ne sera que peu de choses en face de ce que j’ai connu depuis si longtemps...”
N’avons-nous pas entendu bien souvent ces cris exprimant un trop-plein de douleur devant les journalistes, un trop-plein qui est d’autant plus débordant que les lenteurs de la justice l’ont fait supporter plus longtemps ?
Justice.Ne faut-il pas en fait entendre vengeance ? Sans bien le comprendre, c’est ce que beaucoup réclament.Vengeance. Certes, il est bon, peut-être, que ces paroles qui font mal à ceux qui, comme moi, sont
à l’extérieur du drame, que ces paroles fassent connaître cette souffrance afin qu’un jour elle puisse, tel un deuil, s’évacuer lentement, s’apaiser, devenir autre, tout en restant constitutive de l’être endolori.Mais l’idée de vengeance va plus loin que le cri premier de toute douleur.Elle demande la punition la plus sévère pour le responsable présumé, elle vise à “faire payer”, c’est l’expression qui vient sur les lèvres des victimes.Et c’est demandé comme un dû.Attention me diront ici certains lecteurs.Vous êtes en train de juger ces malheureux.Et de quel droit le faites-vous ? En réalité, devant ces très fréquentes manifestations médiatiques, je ne parle pas tant pour un jugement de ceux qui s’expriment, que pour dire mon émotion viscérale, première, devant l’impasse où ces gens s’engagent.
Car il s’agit bien d’impasse.Notre société en est-elle encore là, à cette sorte de loi du talion dont l’application est exigée des magistrats ?
Il est évident - et c’est triste peut-être - qu’une peine lourde satisfait les victimes, apaise, adoucit les rancœurs accumulées.Les plaignants le disent après un jugement sévère ; il est probable que le travail de l’oubli ou, à tout le moins, le dépassement du mal souffert, se fait mieux ainsi.En tout cas, beaucoup le pensent, les journalistes souvent les premiers.
Notre justice, cependant, n’est pas mue par un tel processus que, faute de mieux, je viens d’appeler celui du talion.Elle existe dans un but d’ordre dans la société.Elle est le fait de tiers au drame décrit, de tiers commis pour faire cesser le trouble créé et désireux qu’il ne se reproduise pas.De là découle la punition infligée aux fautifs afin d’empêcher qu’ils ne récidivent, afin d’aboutir à une indemnisation - si difficile ! - des victimes, afin de décourager d’autres de commettre les mêmes fautes. On énumère ainsi toutes sortes de motifs que les juges doivent avoir à l’esprit.
Toute peine décidée par un juge peut toutefois - on le sait trop bien - être contreproductive. Elle satisfait rarement les victimes dont la souffrance s’accroît d’avoir été si mal comprises. Elle aigrit les fautifs, les isole et engendre aussi chez eux un sentiment d’incompréhension et un désir de vengeance contre la société qui a ainsi décidé contre eux.Cercle infernal ! Et comment dire l’absurdité ou l’horreur de ces longues peines de prison que notre code édicte et que notre justice applique...
Le rôle de la justice - est-ce une utopie ? - devrait être de rétablir les victimes dans leur dignité sans attenter à celle des autres.Elle permet - les comptes rendus de procès le montrent parfois - un dialogue, une communication entre victime et coupable où chacun dépasse le rôle qu’il s’est mis à jouer au début de l’audience.Le processus de dépassement de la souffrance des victimes passe par ce dialogue. Reconnaître la faute, l’erreur, demander pardon, cela ouvre des perspectives, cela permet d’échapper à cette revendication latente de vengeance et d’écrasement de l’autre, de sortir de ce personnage où chacun s’enferme dans une fausse dignité.
Combien plus digne et utile est l’attitude de ceux qui raisonnent les victimes et s’interposent devant leur soif de se venger elles-mêmes, pour éviter qu’elles ne basculent dans la violence irraisonnée et que, de victimes, elles deviennent agresseurs.Il faut beaucoup de sang-froid et de lucidité quelquefois pour parler à ceux qui se disent victimes et que révolte la non-reconnaissance immédiate de leur douleur et de leur droit à l’exprimer violemment.
Dans le désir de faire souffrir ceux qui les ont atteints, de faire expier, les exemples en retour de meurtres, de blessures ou simplement d’accidents que la société aurait pu peut-être prévoir et éviter sont très fréquents et l’attitude des uns et des autres, est à mes yeux, souvent choquante : le fait de souffrir n’excuse pas toute démesure.De plus les journalistes trouvent-ils leur rôle dans cette peinture complaisante d’une société inconsciemment mue par l’idée de vengeance ? Les lecteurs apprécient-ils ?Les limites de notre justice apparaissent en tout cas très vite. N’est-ce pas un peu de honte que je suis finalement saisi ?
En définitive, dans leur souffrance les victimes appellent une punition exemplaire des coupables et trouvent qu’elle tarde à venir ; la société cherche à prononcer un jugement serein par un simple besoin d’ordre et d’équilibre.Mais qui va dire réellement sa compassion aux victimes et va parler de relèvement aux coupables, à leur tour des meurtris en puissance ? (Relèvement ? J’emploie ce mot qui fait un peu paternaliste faute de mieux).
À toute faute cependant existe une issue. Une issue encore à la portée des hommes que nous sommes.Mais elle est difficile à trouver.Tant refusent cette voie. Les mots qui l’accompagnent sortent maladroitement de notre bouche, n’est-ce pas ?
“Va et ne pèche plus.”
Serait-ce cela ?
Selon les pharisiens, seul Dieu peut s’exprimer ainsi. Nous sommes de ceux qui pensent que Dieu a besoin des hommes.
Art et Evangile
Louis XIV collectionnait les œuvres de ce peintre italien : sa douceur le rassurait et sa spiritualité ne le dérangeait pas.Le Louvre expose aujourd’hui une trentaine de ces tableaux.
La fuite en Égypte. La scène est située dans le cadre d’une nature grandiose et paisible qui lui donne une atmosphère à la fois solennelle et apaisée.Le bonheur tranquille et l’assurance sans faille de la sainte Famille s’harmonise avec les grands arbres immobiles et magnifiques, avec la rivière aux bords fermes et nets se prêtant parfaitement à l’approche de l’âne qui vient boire sans mouiller ses sabots ; pas un caillou sur le sol sans ornières, pas de ronce ni un fourré gênant.
Ce monde est déjà par lui-même paradisiaque et révèle la sainteté de la Vierge Marie, de saint Joseph, de l’Enfant Jésus et des anges venus du ciel tout proche leur faire l’hommage de fruits et de fleurs. La sainte Famille vivant dans le sacré ne s’émeut pas de cette présence surnaturelle qui lui est familière. A quelques mètres un second tableau presque identique, à la différence qu’un ange aux très grandes ailes, fait boire l’âne, ce qui permet à Joseph de lire sa Bible, quel bon exemple, tout en regardant la Vierge du coin de l’œil...
Les angelots sont joyeux, gais et joueurs.Certains cueillent sans peine puisqu’ils savent planer dans les airs, les fruits d’un haut palmier, d’autres en apportent du ciel dans un grand panier plat qu’ils confient à leurs frères un peu plus âgés et plus calmes pour les donner à Marie et Joseph.De clairs nuages blancs tamisent une lumière douce ; il n’y a pas de danger, personne ne vient.Le visiteur est saisi par une telle scène manifestant aussi évidemment la présence secrète et pourtant bien sensible du monde divin venu parmi nous.
Un peu plus loin, le très grand tableau représentant “la sainte Famille” est du même style, avec les anges, les petits et les grands et Joseph qui lit encore sa Bible.Cette fois, pourtant, le ciel est masqué par des nuages, des anges y tiennent une croix et l’un d’eux qui pleure, montre un calice.
• A une époque traversée de guerres, de famines, d’épidémies et d’injustices l’Albane détourne notre regard de la dureté d’un monde de cruauté et d’angoisse en nous faisant pénétrer dans l’irréel d’une religion calmante. .../...
Et pourtant le Caravage avait su représenter de façon réaliste et dramatique la puissance du renouvellement intérieur entraîné par la venue du Christ dans un monde très humain, pauvre et même dur ! Les frères Le Nain n’allaient pas tarder non plus à ouvrir les yeux sur la réalité des hommes.
Saint Vincent de Paul, qui avait pratiquement le même âge que l’Albane, savait transmettre au monde élégant de la cour l’horrible réalité des galères qu’il connaissait bien pour en être l’aumônier général et il embauchait les belles dames dans ses Filles de la Charité pour s’occuper des défavorisés.
La renaissance mystique qui s’affirmait dans un climat de ferveur prenait souvent l’Évangile au sérieux dans un engagement fervent auprès des plus malheureux.Et le protestantisme, alors en plein essor, provoquait évidemment une saine émulation.
• Certes, l’Albane, par sa peinture, rend d’une certaine manière manifeste la Présence secrète de Dieu.Mais cette illumination est si irréelle qu’elle conduit en fait à se détourner de la vie que le Christ regardait en face.
La preuve en est que cette même lumière surnaturelle éclaire également les scènes mythologiques que l’Albane peint de la même manière. Ainsi la “Toilette de Vénus” comporte les mêmes angelots joueurs accédant au même “ciel”, la même nature heureuse…
Louis XIV s’entourait à Versailles de ces tableaux de l’Albane : beauté irréelle d’un monde fantasmatique ! Bel opium pour le roi.
“La religion de l’avenir sera beaucoup moins intellectualiste que le protestantisme ; elle n’aura pas, comme lui, l’horreur de la tradition, œuvre humaine, opposée à la Bible, œuvre divine. Elle les fondra par le pouvoir des sciences historiques qui nous ont mis tout le passé de l’humanité si près des cœurs et nous permettent de respecter partout, dans la grandeur comme dans l’humilité, l’œuvre de Dieu combinée à celle de l’homme, souffrant et inquiet. Un vrai croyant, libre et respectueux, comprend et s’assimile le bien partout ; il aime Dieu sous tous ses noms, et l’humanité dans tous ses efforts. Lui seul, au sein des foules, qui si souvent adorent sans savoir quoi, vénère l’âme vivante de ces formes, devenues lettres mortes pour les autres.
“Je ne suis ni protestant, ni catholique, ni juif, mais un peu de tout cela, et avec une entière sincérité, non en sceptique qui rit de tout, mais en croyant, qui croit plus que ne contiennent les formules et qui essaie d’embrasser la vérité au point où viennent converger les rayons particuliers que les obscurs et les haineux adorent séparément, en criant aux autres : anathème !”
Créer une maison de Dieu et du peuple, célèbrer, dans la grandeur comme dans l’humilité, l’œuvre de Dieu combinée à celle de l’homme, voilà la dynamique d’un véritable libéralisme. Voilà notre projet. Il est la concrétisation d’une alchimie de Dieu et du peuple. Il nous conduit sur les chemins inédits du Royaume. Nous leur serons fidèles, comme furent fidèles nos grands devanciers dans la foi.Pierre-Yves Ruff
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Pour l’Association, les membres du bureau : André Gounelle, Président. Marie-Anne Deslous-Paoli, Trésorière. Pierre-Yves Ruff secrétaire.
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De grands vents cinématographiques nous arrivent de l’Est ces temps-ci, aux parfums de shintoisme, de boudhisme ou d’Islam. Après le Prix œcuménique du Festival de Cannes décerné au japonais Aoyama Shinji, ceux de Berlin et Locarno sont allés successivement aux chinois Zhang Yimou et Wang Shuo. * Et qui aujourd’hui n’admire pas la profondeur humaine de Yiyi, du taïwanais Edward Yang ? Ce déplacement de nos intérêts cinéphiles ne contribue-t-il pas à cette ouverture inter-culturo-religieuse que nous souhaiterions voir triompher des racismes et des guerres ethniques?Une autre nation, plus proche de nous, nous séduit et nous questionne : l’Iran.Nous la pensions immobilisée dans son corset intégriste, et elle n’a cessé de nous envoyer des images d’hommes et de femmes qui marchent. On n’a pas oublié Abbas Kiarostami avec Au travers des oliviers, Le Goût de la cerise, le Vent nous emportera. On s’est ému cet automne, dans Un temps pour l’ivresse des chevaux, pour ces enfants kurdes qui luttent contre la neige, la peur et le désespoir à la poursuite d’une improbable survie. Et voici maintenant à l’honneur les Makhmalbaf, père et fille, qui nous entraînent dans les caillasses arides et majestueuses de ce même Haut Kurdistan. Derrière deux troupes qui marchent, courent, rampent et ne s’arrêtent que pour boire et faire pipi : des vieux irakiens qui tentent de repasser la frontière et de jeunes iraniens qui ne cessent de la traverser, les premiers chargés de leur maigre barda et les seconds d’énormes caisses de contrebande. Deux groupes humains dont la misère extrême se confond avec le décor aride qui les écrase et qui l’un et l’autre vont être visités par le représentant du luxe le plus haut et le plus inutile qui soit : le Savoir.Le pouvoir de lire, écrire jusqu’à ressembler à ces prédicateurs hyper-évangéliques tellement possédés par leur discours stéréotypé qu’ils restent aveugles aux réalités quotidiennes. Surréaliste situation, qui nous entraîne alors dans une série d’événements dont on peut dire que la portée métaphorique et la qualité cinématographique, images et sons, transcendent largement l’anecdote. Il faudrait ici reprendre un à un ces signaux qui nous suggèrent des non-dits que nous ne décryptons pas toujours. Mais reconnaître en même temps la valeur universelle de cette méditation sur la culture, la misère physique ou intellectuelle, l’incompréhension mutuelle, l’exil, la langue, l’ethnie, la terre, etc…
En fait, ces images nous arrivent d’une terre originaire d’un genre que nous connaissons bien : la parabole. un récit qui s’attache moins au récit qu’à sa représentation symbolique et ne s’intéresse pas à la psychologie des personnages mais à notre propre commentaire. Un antique et poétique procédé qui se double ici aujourd’hui d’une malignité politique : celle de dire beaucoup de choses sans avoir à les dire. Et c’est alors que le héros principal du film apparaît non sous les traits d’un homme mais dans l’image d’un objet : tour à tour bouclier, brancard, paravent, porte, attelle et finalement le nom même de son porteur : TABLEAU NOIR.
Avec écrite cette seule phrase que personne n’aura finalement appris à lire : Je t’aime.
À ceux qui connaissent l’engagement dans l’action,
il faut la prière.
À ceux qui connaissent la prière, il faut l’engagement.
Tâchez de vivre vos conversions personnelles, individuelles,
mais sans oublier qu’il y a aussi un péché social
qui exige une reconversion sociale.
La violence, le terrorisme, c’est quelque chose d’affreux.
Mais nous n’avons pas le droit d’oublier
que la violence mère de toutes les violences,
la violence numéro un, ce sont les injustices
qui écrasent plus des deux tiers de l’humanité.
La guerre la plus sanglante, c’est la misère.
Mais quand on se plonge dans l’Eucharistie,
quand on boit, quand on mange la Parole du Seigneur,
on découvre aussi que là où il y a une créature humaine
qui souffre, c’est le Christ vivant qui souffre.
Là où il y a une créature écrasée,
c’est le Christ qui est écrasé.
L’Esprit Saint désire que nous, les chrétiens,
surpassions les divisions ridicules
comme les étiquettes de conservateurs et de progressistes,
de verticalistes et d’horizontalistes,
de priants et d’engagés.
Tu donnes du pain à qui a faim :
c’est bien
mais mieux vaudrait que nul n’ait faim
et que tu ne donnes à personne.
Tu habilles qui est nu : c’est bien
mais si seulement tous étaient vêtus
et qu’il n’y ait point telle nécessité.
Supprime le malheur
et les œuvres de miséricorde
n’auront plus de raison d’être.
Le feu de l’amour s’éteindra-t-il
pour autant ?
Non ! Car plus authentique est l’amour
que tu portes à un heureux
que tu n’as pas à assister
plus pur sera cet amour
et bien plus franc.
Car si tu assistes un malheureux,
peut-être désires-tu t’élever
en face de lui
et qu’il soit au-dessous de toi ?
Parce que tu l’as assisté
tu parais en quelque sorte
plus grand que lui ;
souhaite qu’il soit ton égal !
Augustin d’Hippone (354-430)
Cahier de la Réconciliation n° 1/2 - 2000