Février 2001

Parmi les livres


 

LA SAGESSE SOCRATIQUE
Un jour, un vieux philosophe socratique, nommé Aristophane, fut engagé pour donner une formation sur la planification efficace de son temps à un groupe d'une quinzaine de dirigeants de grosses entreprises nord-américaines.Son expérience constituait l'un des cinq ateliers de leur journée de formation. Le vieux philosophe n'avait donc qu'une heure pour "passer sa matière".

Debout devant cette élite (prête à noter tout ce que l'expert allait lui enseigner), le vieil Aristophane regardait chacun, un par un, lentement, puis leur dit : "Nous allons réaliser une expérience".

De dessous la table qui le séparait de ses auditeurs, Aristophane sortit un pot immense d'un gallon (pot de verre de plus de quatre litres), qu'il posa délicatement en face de lui.

Ensuite, il sortit environ une douzaine de cailloux à peu près gros comme des balles de tennis et les plaça délicatement, un par un, dans le grand pot. Lorsque le pot fut rempli jusqu'au bord et qu'il fut impossible d'y ajouter un caillou de plus, il leva lentement les yeux vers ses auditeurs et leur demanda : "Est-ce que ce pot est plein ?".

Tous répondirent : "Oui".

Il attendit quelques secondes et ajouta : "Vraiment ?".

Alors, il se pencha de nouveau et sortit de sous la table un récipient rempli de graviers. Avec minutie, il versa ces graviers sur les gros cailloux, puis brassa légèrement le pot. Les graviers s'infiltrèrent entre les cailloux... Jusqu'au fond du pot.
Le vieux philosophe leva à nouveau les yeux vers son auditoire et redemanda : "Est-ce que ce pot est plein ?".Cette fois, ses brillants auditeurs commençaient à comprendre son manège.

L'un d'eux répondit : "Probablement pas !".

"Bien !" répondit le vieil Aristophane.

Il se pencha de nouveau et cette fois, sortit de sous la table une chaudière de sable. Avec attention, il versa le sable dans le pot. Le sable alla emplir les  espaces entre les gros cailloux et le gravier.

Encore une fois, il demanda : "Est-ce que ce pot est plein ?".

Cette fois, sans hésiter, et en choeur, les brillants auditeurs répondirent : "Non !".

"Bien !" et comme s'y attendaient ses prestigieux auditeurs, il prit le pichet d'eau qui était sur la table et remplit le pot jusqu'à ras bord.

Le vieux philosophe leva les yeux vers son groupe et demanda : "Quelle grande vérité nous démontre cette expérience ?".

Pas fou, le plus audacieux, songeant au thème de cette formation, répondit : "Cela démontre que même lorsque l'on croit que son agenda est complètement rempli, si on le veut vraiment, on peut y ajouter plus de rendez-vous, plus de choses à faire".

"Non" répondit Aristophane.

"Ce n'est pas cela.La grande vérité que nous démontre cette expérience est la suivante : si on ne met pas les gros cailloux en premier dans le pot, on ne pourra jamais les faire entrer tous, ensuite".

Il y eut un profond silence, chacun prenant conscience de l'évidence de ces propos.
Aristophane leur dit alors : "Quels sont les gros cailloux dans votre vie ?".
- "Votre santé ?"
- "Votre famille ?"
- "Vos ami(e)s ?"
- "Réaliser vos rêves ?"
- "Faire ce que vous aimez ?"
- "Apprendre ?"
- "Défendre une cause ?"
- "Votre carrière ?"
- "Prendre le temps ?"
Ph. Vaur "Le mentorat"
Communiqué par J.P. Sauzède
 

DES TRACES
Réflexions sur l’illustration de la couverture
Quelles traces est-ce que je suis ?
Habitudes personnelles faciles ? Pensée unique de la société contemporaine ? Glissade dans un consensus "mou" ? Faire "comme tout le monde" ?
Quelles traces aimerais-je suivre ?
L'expression "suivre Jésus" utilisée plusieurs fois dans les Evangiles, peut-elle passer des "sables et sentiers pierreux" à la neige alpestre ? Du 1° siècle au XXI° comment comprendre (intellectuellement et pratiquement) faire suite aux actions, aux paroles, aux attitudes, à la vie de Jésus ?
Quelles orientations et quelles méthodes demeurent ?
Peut-on ne pas laisser de traces derrière soi ?
Quelle trace est-ce que ma vie laisse derrière moi ?
Bonheur tout simple
L'idée qu'on se fait du bonheur
Est une chose,
Le vivre en est une autre.
Pourquoi chercher si loin
Lorsqu'il peut être tout près
Dans la fraîcheur inattendue,
Belle, mais fragile et passagère.

C'est un art de le trouver,
De savoir l'accueillir
Quand il se présente, joyeux.

Le bonheur est blotti au fond de toi.
Sors chaque jour une perle de cet écrin,
Il y en a plus que tu ne penses
En ce moment qui fuit,
Et sache reconnaître que tu es heureux.

Le bonheur est comme une fleur.
Contemple-la quand tu chemines,
Elle ne dure pas longtemps,
Sa vie est courte.
Cueille la joie sur sa corolle épanouie
Quand elle est devant tes yeux.

Le bonheur est furtif.
A toi de le retenir.
C'est une coccinelle sur une feuille,
Un papillon, un regard d'enfant,
Une rencontre, une source
Toujours renouvelée.

Sache dire merci
Quand le bonheur est là.
Il vient d'en haut,
Il te laissera son empreinte,
Sa lumière t'éclairera.
Cette espérance des passionnés de la vie,
Etoile qui demeure
Et ne s'éteint point,
Sera ta raison d'être et d'aimer.

Hélène Ellenberger
Communauté de Caulmont
Christian Mazel

VACANCES D'HIVER
Quelques jours de ski.Quelle chance, quel privilège de pouvoir à ce point se dépayser, changer de vie, retrouver le soleil, le vent, l'espace et la blancheur, la glisse, l'ivresse, la vitesse, et la remontée silencieuse entre les sapins givrés.Qu'y a-t-il de plus éloigné du quotidien, de la grisaille, des murs fermés et des embouteillages ?

Et pourtant, là aussi, souvent, chacun reproduit ses attitudes quotidiennes.Même sur des skis dans les montagnes, je suis encore ce que je vis ici.
Moi, le toujours pressé, je cherche la vitesse, je fonce dans les descentes ; ou moi l'ambitieux, qui veux toujours aller plus loin, doubler les autres, dans ma voiture ou mon travail, là aussi je cherche à les dépasser, ou à me dépasser moi-même ; ou moi l'aventurier, qui cherche au jour le jour le risque, le jeu, le défi, là je saute sur la moindre bosse et trouve la voie la plus raide, étroite, vertigineuse ; ou moi l'original, qui veux me distinguer, me défaire de la masse, ses modes et ses courants, là je fais du hors-piste ; ou moi le timide, le craintif qui essaie d'éviter tous les pièges de la vie, là j'ai peur du vide et tourne en longs lacets prudents sans regarder trop vers la pente ; ou moi le rêveur, l'inadapté, l'insatisfait, je glisse doucement et m'arrête pour regarder le paysage...

Ainsi la vie de tous les jours se reproduit - en mieux parfois, c'est vrai - même là où rien ne lui ressemble.A moins que je décide d'en changer, que moi l'activiste j'apprends à m'arrêter, moi le prudent craintif, je m'accoutume au vide, j'apprivoise le vertige, moi le doubleur ou le joueur, j'apprenne à suivre et regarder les autres, ou bien le paysage, moi le rêveur, l'évadé, je rentre dans mon corps et j'habite le présent.
A l'apogée de la semaine, au 7ème jour, quand finit le temps du travail, sachons profiter de ces moments de pause, de retraite, où on prend des distances par rapport aux attitudes de vie qu'on ne sait plus maîtriser, pour que de ce recul naisse une liberté nouvelle et créatrice, celle pour laquelle Dieu nous a fait et que la routine nous fait perdre.

J.JUILLARD
 

AUX FRONTIERES DE L’IMMORTALITE
Incassable, le nouveau film de l'indo-américain Night SHYAMALAN va-t-il, avec plus de 2 millions d'entrées dès la deuxième semaine, surpasser l'immense triomphe que continue d'enregistrer, en salles puis en cassettes, le précédent : Le Sixième Sens ? Il y a pourtant, sous couvert de fantastique, une grande naïveté dans cette histoire de brave type qui se découvre à son corps défendant immortel et faiseur de Bien. Bruce Willis, plus que jamais à contre-emploi, est, dans ce rôle finalement peu enviable, le jouet d'un ange noir au pouvoir maléfique et au prénom biblique, Elijah.On retrouve ici, comme dans Le Sixième Sens, la même attirance pour le paranormal, la même inspiration mystique qui ne peut provoquer en nous à la fois que trouble et fascination.Ce mariage de Hollywood et de Pondichery serait-il l'annonce d'une nouvelle veine cinématographique au début d'un siècle qu'on s'acharne à prédire spirituel ? Il vaut la peine de se poser la question.Une chose est certaine, c'est un climat d'étrangeté et de religiosité qui ne déplaît pas aux jeunes générations. Voilà pourquoi ceux qui ont succombé aux charmes du premier courent au second, et pourquoi les deux méritent d'être saisis d'un même regard.

Les thèmes plus ou moins métaphysiques en filigrane sur la mort et la vie, la présence et l'absence, le sacré et le profane, la pureté et le sordide sont nombreux ainsi que les images qu'elles soutiennent.Autant de sujets traités le plus souvent avec une mesure et une apparente nonchalance qui exigent un surcroît d'analyse si l'on veut en comprendre l'intention.

Je dirai par exemple que le Sixième Sens est une perversion de la doctrine catholique du Purgatoire et de la prière pour les âmes défuntes. Il s'agit en effet d'un petit garçon qui, là aussi à son corps et son âme défendants, a le pouvoir de voir et d'entendre des êtres morts, véritables revenants qui n'ont pas trouvé le repos et le harcèlent jusqu'à ce qu'il les délivre de leurs tourments. Nous sommes bien ici dans le fantastique au sens étymologique, c'est-à-dire le fantasme, le monde à la fois visible et fantomatique de la magie et de la possession. Ce qui est particulièrement intéressant c'est l'imagerie, remarquablement filmée, dans laquelle se meut cette aventure singulière.Citons entre autres l'église vide dans laquelle l'enfant joue avec des figurines reliées à la tente au milieu de son appartement sous laquelle il se réfugie pour y reconstituer un autel avec vierge en stuc et cierges allumés. notons aussi la présence, tout au long du film, de marionnettes ou de poupées, porteuses d'âme torturée de ses "correspondants", objets dépositaires symboliquement du "double", de la face obscure de ces frontaliers de la vie et de la mort.Citons encore ces portes verrouillées qu'ils ne peuvent ouvrir ou ces corridors-travellings dont la signification est évidente. On les avait déjà parcourus dans d'autres oeuvres récentes et on les retrouve dans Incassable. C'est le dernier plan du film, où David fuit la révélation que vient lui crier Elijah sur le véritable rôle qu'il a joué dans les actes de bienfaisance de son protégé. On pourrait dire cette fois que le sujet essentiel de ce nouveau délire est une anthropologie dualiste selon laquelle l'être humain est à la fois Bien et Mal, liés et complémentaires. Mais le Mal, esthète et distingué, est fragile (l'Homme de verre).Il est hanté par la figure du héros qu'il traque dans les B.D. et qu'il veut faire passer dans la réalité quotidienne.C'est pourquoi il s'empare de David-le-Bien, son double inversé qui, lui, est incassable et l'oblige à découvrir son pouvoir bénéfique. On retrouve ainsi le thème de la substitution des pouvoirs au bénéfice de la "bonne cause".Et quelques images pieuses comme cet accoutrement de moine bénédictin dont se revêt David lorsqu'il transmet aux passants sa force psychique dans une posture (arrêt sur image !) de Christ bénissant.

Mais tout cela n'est peut-être que rêve.Car, comme le Mandrake de mon enfance dépouillé de sa cape magique, l'Immortel David revenu à la maison n'est plus qu'un piètre mari et un père sans envergure.Alors ? Faut-il s'inquiéter de ces divagations qui confortent la confusion grandissante des religiosités actuelles, ou s'amuser de ces fictions qui, avec bien d'autres "produits" médiatiques constituent le nouvel univers onirique de nos enfants ?

Jean Domon
 

Nous avons publié dans le n° 140 (Janvier 2001) une collection d'extraits de l'article sur la bénédiction de Dorothea Greiner (parue dans Vie et Liturgie).Nous apportons ici encore quelques autres extraits de cette étude.Nous l'illustrons d'un dessin de Rembrandt (1606-1669), le célèbre peintre protestant hollandais, lecteur assidu de la Bible : la bénédiction par Jacob (Israël) de ses 12 fils. "Il bénit chacun d'eux en leur donnant la bénédiction qui était propre à chacun" (Genèse 49).
LA BENEDICTION : BENIR et ÊTRE BENI (suite)
Qui a le droit de bénir ?

Toute personne qui souhaite la présence de Dieu pour une autre personne peut bénir.

En exagérant un peu, on peut dire que la bénédiction est le sacrement du sacerdoce universel. S'il n'y a que quelques personnes qui bénissent lors des cultes publics, ce n'est pas une question de dignité, mais une question d'ordre.

C'est Dieu qui bénit.Nous, que faisons-nous ? Nous parlons, nous posons les mains sur d'autres.Cela aussi, nous l'appelons "bénir".Mais la phrase que nous prononçons, "(Que) Dieu te bénisse", manifeste que c'est Dieu qui bénit.

Quand et où bénir ?

Il y a un temps et une place pour toute chose - et donc aussi pour la bénédiction.

Les situations traditionnelles de bénédiction sont les situations de crise et les étapes marquantes de la vie. La bénédiction a donc indiscutablement sa place aux baptêmes, confirmations, mariages et services funèbres. Elle peut prendre place au début ou à la fin du culte.

Font naturellement partie des situations de crise les situations génératrices d'angoisse, la surcharge physique ou psychique, la maladie, la mort, etc.

Il est donc clair que la bénédiction n'a pas seulement sa place à l'église mais aussi dans le monde. Elle unit la foi et la vie, la vie et la foi.Elle peut et doit être donnée dans nos églises. Elle peut et doit être donnée dans nos maisons, dans les hôpitaux, au lit, à table, à la porte.

Pourquoi Bénir ?

La bénédiction fait certainement participer à la grâce et au salut de Dieu.Quand Paul commence et termine ses épîtres par une bénédiction, celle-ci est généralement formulée comme suit : "A vous, grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ".

La bénédiction vise aussi le bonheur de l'être humain.

Les êtres humains ont besoin d'un lieu où leurs désirs; qui concernent aussi la vie sur cette terre, puissent être accueillis.

Dieu veut bénir. Il a besoin de personnes qui s'investissent dans le service de la bénédiction.

Dans la bénédiction, Dieu se souvient de notre humanité. La bénédiction nous aide à vivre la foi avec notre corps et notre âme, pas seulement avec notre tête. Car nous sommes des êtres dotés d'un corps et d'une âme. La foi n'est pas seulement mémoire cognitive ; la foi se vit avec l'esprit, les sentiments et tous les sens.

Comment bénir ?

La personne qui bénit n'est pas la représentante de Dieu sur terre : elle est au service de la relation entre Dieu et l'être humain.Elle-même se tient à l'arrière-plan, derrière cette relation qu'elle aide à advenir."Que Dieu te bénisse".Il faut de l'humilité pour bénir.La personne qui bénit est présente, mais dans un acte où elle s'efface derrière la relation qui est en jeu, la relation entre Dieu et la personne qui a besoin de la présence de Dieu.

Pour celui qui est béni, l'acte de bénédiction a la structure fondamentale de l'"extra nos" (c'est-à-dire qu'il ne dépend pas de nous).

La bénédiction est un service d'amour qu'une personne accomplit pour une ou pour beaucoup d'autres, et que personne ne peut accomplir pour soi-même.La bénédiction implique qu'on parle à la deuxième personne du singulier ou du pluriel.

Bénédiction et théologie de la création

Claus Westermann est l'un des rares théologiens de la seconde partie du siècle dernier qui ait cherché à penser la bénédiction en termes de théologie systématique. Sa thèse est la suivante : dans la bénédiction, le Créateur se tourne vers l'être humain.Il fonde et il ancre l'acte de la bénédiction dans la théologie de la Création.

Par sa bénédiction, Dieu veut nous aider à poursuivre notre chemin, quel que soit ce chemin. Chaque pas que la bénédiction aide à franchir est un pas vers la vie, une vie vécue dans la présence de Dieu.

Théodore Monod : la foi et le respect
"Si l'on devait trouver quelques termes pour définir la personnalité de Théodore Monod, sans doute seraient-ils "curiosité", "convictions", ou "fidélité", et encore "foi et respect".
Dès l'enfance, Théodore Monod ne se lasse pas de chercher questions et réponses sur l'univers, Dieu, le monde, etc.Réponses d'abord suggérées ou données par ses parents, Dorina et Wilfred Monod, pasteur dans la "tribu" des Monod comme se plaît à dire Théodore.

L'abondante correspondance, que Théodore entretient avec ses "parents bien-aimés", comme son "journal" témoignent de cette curiosité.Car Théodore écrit et dessine. Beaucoup. Dans ce "journal", ses lettres, ses poèmes, ses prières, ses recherches scientifiques, il expose régulièrement et clairement ses interrogations ou ses certitudes.Le bel esprit du chercheur, à la fois d'analyse et de synthèse, est tout entier dans ses textes.

A 15 ans l'adolescent a créé une Société d'histoire naturelle ; à 24 ans le jeune homme a soutenu sa thèse de sciences ; à 25 ans, il a rédigé un livre de prières pour le "Tiers ordre des Veilleurs" créé par son père.

Sa correspondance, d'une écriture élégante, parfois pleine d'humour, relate avec minutie ses innombrables traversées du désert, ses rencontres aussi diverses que celles d'André Gide, Albert Schweitzer ou Amadou Hampaté Bâ, ses attentes spirituelles et ses découvertes scientifiques.

Rien n'entamera d'ailleurs son goût et sa rigueur pour ces deux domaines, essentiels pour lui, du spirituel et du scientifique. En effet si Théodore Monod doit faire, à 20 ans, le choix difficile de la profession, entre le pastorat et la science, il saura tout au long de sa vie concilier ces deux recherches. En attestent les longs et riches débats avec Teilhard de Chardin, ou le déroulement de sa propre existence où se répondent et s'entrecroisent la foi et la recherche, l'existence de "l'apprenti enfant du Ciel et l'enfant de la terre" tel qu'il se définit lui-même.

Nicole Vray
Auteur de "Monsieur Monod, scientifique, voyageur et protestant"
Ed. Actes Sud

CHRETIEN SOCIAL et LIBERAL
L'homme des déserts où il retrouve dans la solitude ses "sources", était aussi un passionné des questions sociales et du "vivre ensemble".Il a toujours appartenu au mouvement du christianisme libéral et social. Son père, le pasteur Wilfred Monod stigmatisait déjà les scléroses ecclésiastiques : "Le christianisme s'est blotti paresseusement dans la coquille de la religion sacramentelle". C'est pour un christianisme dynamique et ouvert sur le monde que Théodore Monod s'est aventuré toute sa vie d'homme de foi.

Jusqu'à ses dernières forces Théodore Monod a été un "battant". Dans ses écrits, ses conférences, ses interviews et sa présence sur les lieux de manifestations publiques, il a cru avec Gandhi et Martin Luther King à la puissance de la non-violence active. En particulier, comme scientifique, il était opposé à l'arme atomique à cause de ses destructions monstrueuses et de ses conséquences incontrôlables pour notre planète.

Pour lui l'homme est encore "en devenir" et l'humanité en voie d' "homminisation". L'homme doit évoluer de la violence barbare à la paix du coeur et la solidarité sociale.

On lui objectait un jour, en public, que la méthode non-violente était un processus à long terme et exigeait beaucoup de temps. Il répondit immédiatement : "Raison de plus de commencer tout de suite".

En disciple reconnaissant de François d'Assise, Théodore Monod a lutté pour le respect de la création. Il a combattu avec zèle pour supprimer les souffrances des animaux (Vivisections, chasse, mauvais traitements). L'unité de la vie sur la Terre impose des solidarités et des attentions spéciales aux vivants, créatures du Dieu d'amour, famille du Père.

Comme chrétien convaincu, Théodore Monod s'affichait "pré-nicéen".Sa foi se rattachait à celle des croyants d'avant les Conciles qui par la promulgation de "dogmes" ont jugé, condamné, exclu, anathémisé et divisé. Le premier concile doctrinaire fut celui de Nicée (325) où l'Empereur païen a imposé sa volonté aux Eglises.Son christianisme était sans exclusive. "Pour moi, il y a une montagne, la même pour tous, que nous gravissons les uns et les autres par des sentiers différents.Les uns montent par ici, d'autres par là, mais nous avons tous les uns et les autres, l'ambition ou l'espoir de nous retrouver au sommet, dans la lumière, au-dessus des nuages".

Dans ses déplacements dans les déserts (du Sahara à l'Asie), il vivait une existence très "spartiate" qu'il raconte avec humour, toujours, pince-sans-rire, dans ses ouvrages. Il plaisantait à propos de lui-même avec beaucoup d'esprit et d'humilité.

Mais cette discipline personnelle de vie, il l'appliquait avec une grande discrétion dans sa conduite quotidienne.

Dans la simplicité, il vivait l'abstinence complète d'alcool et de tabac, la marche à pied, la recherche des moindres traces de vie végétale et animale (les éponges sous les ponts de Paris, la botanique des voies aériennes du Métro...) qui le faisait s'émerveiller de la beauté de la nature. Il se récitait chaque jour pour lui-même les Béatitudes en grec néo-testamentaire, selon l'habitude du "Tiers Ordre protestant des Veilleurs" auquel il appartenait.En communion avec les musulmans, et en particulier avec ses amis les Souffis, il jeûnait le vendredi. Mais d'une manière générale il pratiquait le végétarisme, sans rigorisme ou casuistique. Il savait s'adapter et vivre les contraintes avec une bonne humeur conviviale.

Christian Mazel

SAVANT ET CROYANT
CHR.M. : Est-ce qu'un scientifique a une manière particulière de lire la Bible ?
TH. M. : Je ne sais pas, cela dépend de bien des choses, cela dépend de quelle partie de la Bible, il s'agit. Cela pose tout le problème de l'adéquation des récits bibliques aux problèmes scientifiques. C'est un problème extrêmement général.
Tout esprit qui veut avoir un contact avec la Bible de façon précise et efficace, doit opérer un certain nombre de distinctions entre les parties de cette bibliothèque. Il doit également s'informer autant que possible de l'histoire de cette bibliothèque et replacer les textes dans une perspective historique. Ces textes ont été écrits à des époques différentes, dans des milieux parfois différents. Pour les comprendre utilement et en tirer la partie religieuse qui nous intéresse, il faut évidemment replacer ces différents textes dans leur milieu d'origine, c'est-à-dire en un temps où les auteurs de ces textes partageaient les connaissances de leur temps. Cela est manifestement évident et explique que les auteurs bibliques n'aient pas pu rédiger de manuels de paléontologie ou de géologie.
Ils ont fait beaucoup plus : ils nous ont apporté des éléments d'édification morale et religieuse et non pas des éléments directement utilisables pour l'histoire scientifique.

CHR.M. : Dans votre vie de savant, y a-t-il conflit entre les sciences et leur "doute méthodique", et la foi chrétienne ?
TH.M. : Question considérable.Il faudrait beaucoup de temps pour y répondre.De façon générale la réponse est non. Il n'y a pas de conflit pour moi entre la foi chrétienne et les données scientifiques dont je m'occupe.Je ne vois pas très bien sous quelle forme ce conflit pourrait naître, sauf si nous en venions à attribuer aux récits bibliques une compétence qu'ils n'ont pas et qu'ils ne cherchent pas à avoir. Les récits de la Genèse, poèmes de l'origine, ne sont pas uniques : il y en a plusieurs.Il y a au moins deux versions, peut-être une troisième, mais ces récits sont destinés à nous donner des commentaires religieux sur ce que l'homme peut deviner ou interpréter quant aux origines de la terre, du Monde et des êtres vivants.Mais ils ne prétendent pas avoir, dans ce domaine là, une compétence scientifique que manifestement les auteurs de ces textes ne pouvaient pas avoir à l'époque où ils écrivaient.Ce sont des poèmes qui ont une grande importance au point de vue religieux, mais ils ne peuvent  pas être, et ils ne sont pas des traités de l'histoire de la terre ou de la paléontologie qui était totalement ignorée jusqu'à une époque extrêmement tardive.
Dans les premiers siècles de l'ère chrétienne encore, les Pères de l'Eglise avaient imaginé que les animaux n'avaient été créés que pour l'utilité ou le plaisir de l'homme : ils ignoraient bien entendu, et on ne leur en veut pas, les distances temporelles des Dinosauriens, des trilobites et des ammonites. Aujourd'hui nous connaissons les distances de ces énormes groupes animaux qui nous ont précédés de très loin et qui nous succéderont peut-être, le jour où l'homme aura disparu.
 

Le Sahara
Cet affreux Sahara oriental, interdit désormais même au chameau et au bédouin, n'a pas toujours été cette image de désolation et de mort : l'homme préhistorique a pu y vivre, chassant la girafe et élevant des vaches, et puis le climat a changé, et il changera encore, comme ailleurs : les rennes ont quitté la France, ils y reviendront avec la prochaine période glaciaire.
La permanence des choses n'est qu'une illusion : à notre échelle d'êtres éphémères on ne voit pas naître et disparaître la montagne, les continents s'écarter ou se rejoindre, les climats passer du sec à l'humide ou du froid au chaud...
Comme on l'a dit, de mémoire de rose on n'a jamais vu mourir un jardinier.Et pourtant ceux-ci, comme la fleur, retourneront un jour à la poussière.
Tout s'écoule, tout passe, tout se transforme dans le domaine des choses visibles : ce sont seules les spirituelles, les invisibles qui elles sont éternelles.L'expression "réalités spirituelles" n'est au fond qu'un pléonasme...

Th. Monod Bulletin des Veilleurs

DONNER SON NOM
Aucun texte de loi n'oblige un homme qui se marie à donner son nom à sa future épouse, pas plus qu'une femme se mariant à "perdre" le sien.
Pour la femme qui se marie, c'est une tradition de notre culture patrilinéaire de prendre le nom de son époux, alors que ses enfants en auront l'obligation s'ils sont reconnus par leur père.
Chacun des conjoints qui se marie peut garder son nom ou encore joindre au sien le nom de son partenaire.Tout est possible.
Le droit familial considère comme inaliénable le nom que vous avez reçu de vos parents. Pour la sécurité sociale ou sur votre carte d'identité chacun garde son nom.
Qui est en fait le nom de son père.

Pour une femme, prendre le nom de son mari c'est quitter le nom du père, de son père, et choisir à la place, le nom d'un homme.C'est passer d'un nom reçu au nom désiré. Mais cette conversion identitaire n'est pas sans ambiguïté.L'alliance nécessite-t-elle une telle perte au point de renoncer, dans les relations sociales, à son nom d'origine ?
On sait bien que chacun des conjoints vient avec ses histoires de famille, son patrimoine culturel et affectif et que la vie commune nécessite justement de ne pas être dans l'effacement de cette culture. Au contraire ! La rencontre amoureuse a lieu dans la reconnaissance de ces deux identités.Alors lâcher son nom pour prendre celui de son mari reste une démarche, sans doute belle et amoureuse, mais aussi ambiguë.

Pour un homme, donner son nom à une femme, c'est choisir une femme qui va s'appeler comme sa mère. Et le risque de confusion demeure ! Bien des femmes, épouses, en font l'expérience, qui ont l'impression que leur mari les prennent pour leur mère ! Comment l'homme quitte-t-il son père et sa mère, pour reprendre l'invitation de la Genèse, s'il garde le nom du père et plus encore celui de sa mère ?
Nos sociétés ont fait le choix de nommer la filiation par le nom du père.Elles n'ont pas fait le choix de demander officiellement à la femme de prendre le nom de son mari.Ni au mari de prendre le nom de sa femme. Mais pourquoi pas ? Imagninez un instant, Messieurs, que vous preniez le nom de votre femme...
Pour ma part, je ne me sentirais plus relié : à mon père par son nom et à mes enfants. C'est bien aussi cela, le nom, qui nomme et marque mon lien, en tant qu'homme.
Ce qui me paraît questionnant enfin, c'est lorsque l'enfant ne porte pas le nom du père. Car être né de sa mère, cela est incontestable, mais c'est être né du père et de quel père qui est plus incertain.

Jean-Paul SAUZEDE

DIEU A-T-IL BESOIN DE SACRIFICE ?
 
Nous commençons une enquête théologique qui s’étendra sur plusieurs numéros, à propos de la question : “DIEU A-T-IL BESOIN  DE SACRIFICE ?” Divers points de vue  seront exposés dans cette recherche.Voici la première contribution.
Philippe Vassaux

La croix est-elle le choc décisif ?

Dans la mesure où la croyance cherche à s’imposer d’elle-même et relève de l’ordre de la certitude, je préfère vous dire ce que je pense qui relève de la conviction.Bultmann affirme que la croix est un événement de l’histoire que l’on peut situer et dater et que la résurrection est un événement de la foi, symbole d’une victoire sur la mort et les forces de destruction.Il me paraît indubitable que la croix a été le choc décisif qui a permis aux premiers chrétiens de comprendre qui était Jésus de Nazareth et quelle était sa nature et sa mission.

Dire que Jésus est le Christ est une première confession de foi. Jésus, le fils du charpentier, est le messie attendu en Israël, l’envoyé de Dieu chargé de révéler au monde sa volonté sainte.A la différence des prophètes il n’y a qu’un seul messie.La divinité de Jésus-Christ porte davantage, à mes yeux, sur sa mission que sur sa personne, même s’il est vrai qu’il authentifie son action par sa vie. D’après les témoignages du Nouveau Testament Jésus a fait tout ce qu’il a dit, il a accompli tout ce qu’il a promis.Il est allé jusqu’au bout de sa mission en acceptant la mort pour faire connaître la bonne nouvelle de la venue parmi nous et en nous du règne de Dieu.Je préfère le mot règne à celui de royaume qui a une connotation trop exclusivement géographique.

Il serait difficile d’imaginer Jésus se mariant, mourant entouré de ses enfants et de ses petits-enfants en leur faisant, en toute sérénité, d’ultimes recommandations, un peu comme Calvin est représenté sur son lit de mort au milieu de la compagnie des pasteurs de Genève ! La croix a bien été le choc décisif qui a permis à ses disciples de comprendre vraiment qui il était.Quand je dis que Jésus est mort pour nous, je ne dis pas qu’il est mort à notre place, mais qu’il est mort en notre faveur.

Bien entendu la mort de Jésus n’est pas due à la volonté divine.Le sang de la croix n’est pas destiné à apaiser la colère d’un dieu irascible et cruel qui serait le contraire du Père qu’il nous a révélé et qui, selon le mot de Voltaire, serait plus mauvais que le pire des hommes.

La mort de Jésus relève de la responsabilité de quelques hommes qui ont pensé se débarrasser à jamais d’un personnage encombrant, prêt à remettre en question leur autorité, leurs privilèges et leurs entreprises malsaines.

Le calcul était faux.C’est l’inverse qui s’est produit.

La croix au lieu d’être un gouffre inexorable est un commencement nouveau.
La mort de Jésus a donc bien été, me semble-t-il, le choc décisif qui a permis à l’Évangile de se répandre à travers le monde comme une traînée de poudre.C’est souvent lorsque l’un d’entre nous n’est plus parmi nous que nous comprenons enfin ce qu’il représente pour nous, ce qu’il continue à être malgré tout au-delà de la vie et de la mort.Le Christ selon la chair n’est plus parmi nous, le Christ selon l'esprit, c’est-à-dire l’esprit du Christ est toujours présent pour garder, aider et soutenir ceux et celles qui ont choisi de le suivre en toute liberté parce qu’ils ont entendu un jour son appel pressant, le seul qui soit en mesure de répondre aux questions, aux défis et aux espoirs du monde présent.

Philippe Vassaux
 
 
 

EXPOSITION : L'ECOLE DE PARIS
Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris
Gilles Castelnau

En 1897, le Hollandais van Dongen arrive à Paris, en 1904 l'Espagnol Picasso s'installe au Bateau Lavoir à Montmartre et van Dongen tient sa première exposition personnelle.En 1905 les Allemands tiennent table ouverte au Dôme à Montparnasse.C'est l'époque où les Fauves exposent au Salon d'Automne.
Le Roumain Brancusi, en 1906, l'Italien Modigliani et l'Espagnol Juan Gris, en 1909, le Russe Chagall, le Polonais Kisling, puis le Hollandais Mondrian, le Japonais Foujita et enfin le Lituanien Soutine.
En 1917 Modigliani et Foujita font leur première exposition qui font scandale car on les juge trop érotiques.

Ils arrivent des quatre coins de l'Europe, mais se retrouvent à Montparnasse à la Closerie des Lilas à la Coupole ou au Sélect, logent, comme Modigliani, Léger, Chagall et Soutine à la Ruche, ancien pavillon de l'Exposition universelle, devenu logement bon marché ; ils s'unissent dans la fraternité que l'on appellera l'Ecole de Paris et lorsque les organisateurs du Salon des Indépendants veulent exposer leurs oeuvres en les classant par nationalités, Kisling, Zadkine, Lipschitz, van Dogen, Picabia, Mondzain démissionnent.Aucune exclusive anti-française parmi eux : ils élisent le Français Paul Fort, Prince des poètes, à la Closerie des Lilas.

Ils sont venus à Paris pour y trouver l'extraordinaire dynamisme intellectuel qui permettait l'ébullition des idées et l'ouverture à toute expérimentation nouvelle en un horizon élargi.
A travers leur diversité, un grand dénominateur commun fait, à mon avis, le charme de cette très belle exposition : sa paix tranquille.
Certes, les cafés de Montmartre et de Montparnasse explosaient de conversations passionnées, d'interminables discussions théoriques, de colères et de rires. Ces jeunes artistes n'étaient pas tristes ! Ils n'étaient pas des militants révolutionnaires non plus. Leurs couleurs sont douces et feutrées, leurs personnages apaisés.

Le cubisme a tenté Pablo Picasso, Juan Gris, Lipschitz et quelques autres, mais ils sont pour la plupart demeurés figuratifs. Les dadaïstes et les surréalistes suivront une tout autre voie et se réuniront passage de l'Opéra et boulevard de Clichy, par haine de Montmartre et de Montparnasse, dira Aragon.
Les peintres de l'Ecole de Paris sont tous d'accord, et c'est ce qui fait le charme prenant de cette exposition, pour une douce peinture figurative.
L'image de l'homme qu'ils nous donnent est émouvante et sensible ; elle donne à penser au lecteur des Evangiles : est-ce ainsi que l'on peut se représenter les hommes qui suivaient Jésus, séduits par la paix et l'humanité émanant de son Esprit ?

Le visiteur se demandera si ces têtes inclinées aux yeux baissés ou sans regards de personnages doux et tranquilles, révèlent la faiblesse et la lassitude de vies finalement difficiles cachées sous la jovialité des réunions de Montparnasse, l'angoisse peut-être ou la vie intérieure d'existences compliquée... (la détresse des tableaux de Soutine la révèlent en tout cas) ou tout simplement la discrétion naturelle des étrangers.

Un regard tranquille sur la ville de Paris.Les portraits sont, certes, la grande majorité de ces toiles ; citons pourtant Maisons à Paris : charmant petit tableau de Juan Gris, aux maisons de guingois, paisibles sous un ciel très clair, d'un bleu très doux.
Et une belle Vue de Paris, d'Alexandra Exter, avec l'alignement des ponts sur la Seine, la silhouette de Notre-Dame, le clocher de Saint-Germain-des-Prés, peints dans des gris, des bruns, un peu de rouge brique très calmes et heureux, caractéristique de l'image que ces hommes et ces femmes se faisaient de Paris, typique aussi du regard tranquille qu'ils jetaient sur notre ville.

Les habitués des Salons de l'époque, engoncés dans la tradition naturaliste de la peinture académique ne pouvaient qu'être sensibles à l'appel silencieux, au cri secret de cette Ecole de Paris dans une Belle Epoque qui vivait ses dernières années heureuses avant le cataclysme de la Grande Guerre.

L'Ecole de Paris existe.Plus tard, les historiens d'art pourront mieux que nous en définir le caractère et étudier les éléments qui la composent, mais nous pouvons toujours affirmer son existence et sa force attractive qui fait venir chez nous les artistes du monde entier, écrivait en 1925 André Warnod, qui inaugurait ainsi cette appellation.

Toujours est-il que nombre de livres, de journaux et de publications de l'époque révèlent l'intérêt que le mouvement suscitait ; l'exposition nous les présente dans plusieurs vitrines : l'Ecole de Paris, les Artistes de Montparnasse, Paris capitale culturelle de l'Europe centrale, etc.
De nombreuses photos font aussi revivre les lieux devenus mythiques : le Lapin Agile, le Bateau Lavoir, le Bal Tabarin, etc.
 

Merci pour les vivants
nous te disons merci pour les vivants
qui ont traversé la terre
depuis l'aube des temps
jusqu'à maintenant
et qui lui ont donné
sa marque humaine.

Merci pour les vivants
qui ont traversé la terre
et dont les paroles de pardon,
les gestes d'amour,
les actes de courage,
les chansons d'espoir et de joie
sont parvenus jusqu'à nous
et nous ont permis de tenir debout
dans l'existence.

Merci pour les vivants
qui ont traversé la terre
éclairés par la Parole
et qui nous ont révélé
la lumière de ton visage.

Merci pour les vivants
qui ont traversé notre vie
en déposant la tendresse
dans le déroulement de nos jours.
Sans eux, notre existence serait restée
une longue marche solitaire et vide.

Merci pour leur amour,
leur présence et leur regard,
ils nous ont fait naître
à la vie de chaque jour.

Merci pour l'espérance
que tu enracines en nous
grâce à Jésus, le Vivant, ton Fils,
passeur de toutes les nuits
et de toutes les morts.

Inge Ganzevoort
Communauté de Caulmont
 

APPRENDRE A ATTENDRE
Je crois qu'il faut
apprendre à attendre
comme on apprend à
créer. il faut semer
patiemment des graines,
arroser avec assiduité la
terre où elles sont semées
et accorder aux plantes le temps qui leur est propre.
On ne peut duper une
plante, pas plus qu'on ne
peut duper l'Histoire.
Mais on peut l'arroser.
Patiemment, tous les
jours. Avec
compréhension, avec
humilité, certes,
mais aussi avec amour.

Vaclav Havel
Cahiers de la Réconciliation
n° 1/2 - 2000