
Il aura donc fallu tout un battage médiatique,
des milliers de journalistes mobilisés, des cohues monstres pour
s'arracher une paire de lunettes en carton, des dizaines de propos incohérents
sur une prétendue dépression magnétique qui ferait
tomber la station MIR en plein sur Paris, quelques centaines d'autres illuminés
qui se réfugient dans un bunker en attendant la fin du monde, …
tout cela pour nous rappeler que la terre tourne autour du soleil, que
de temps en temps la lune passe entre les deux, et que c'est là
un phénomène aussi naturel que la pluie et le beau temps.
Eh oui, des éclipses, il y en a toujours
eu, et il y en aura toujours, même des totales. Environ tous
les 18 mois. La dernière fut en Guadeloupe, en 1998 (tiens! on en
a moins parlé, pourtant c'est aussi la France…); la prochaine se
produira notamment à Madagascar en 2001 (je suppose qu'on en parlera
moins aussi, peut-être parce que les gens de là-bas sont plus
préoccupés de se sortir de la misère que de faire
leurs choux gras avec un phénomène somme toute aussi banal).
Que l'on ne se méprenne pas: il n'est
pas dans mon intention de dénigrer la beauté de l'événement
en soi. Tous ceux qui ont eu la chance d'assister à cette éclipse
totale en scrutant entre les nuages sont unanimes: c'est grandiose, c'est
magique, c'est époustouflant. Ce qui est moins grandiose, et plus
inquiétant, c'est la manière dont l'événement
à été traité depuis le début, notamment
par les grands médias. Le livre de Paco Rabanne, par exemple, n'aurait
pas mérité un entrefilet dans un journal, mais Monsieur passe
dans de grandes émissions littéraires où personne
n'ose lui dire la vérité en face; des milliers de gens avides
de sensations et de frayeurs se l'arrachent (il doit bien rigoler aujourd'hui),
et voilà un phénomène vieux comme le monde et qui
s'est déjà produit des millions de fois transformé
en prémices de fin du monde. Qu'un grand scientifique comme Hubert
Reeves ait été invité par une grande chaîne
publique pour commenter l'événement en direct, c'était
certes une bonne idée, mais qu'un journaliste lui pose en substance
cette question: "Est-ce que vous aussi vous avez un moment la crainte que
le soleil ne réapparaisse pas?", n'est ce pas prendre le spectateur
pour un imbécile?
Ou alors, et bien plus pernicieusement,
il s'agit là du reflet de la manière dont cette éclipse
à été indirectement présentée et ressentie:
non plus comme un événement physique et naturel, mais comme
un phénomène mythologique, surnaturel, voire religieux. Pour
s'en persuader, il suffit de se rappeler quelques termes chocs qui ont
servi à le décrire: "la lune commence à grignoter
le soleil"; "l'astre du jour est dévoré par la déesse
de la nuit"; "comme un énorme serpent qui engloutirait le dieu soleil";
"nos ancêtres devaient penser à un quelconque combat céleste
entre le bien et le mal"; etc.
Ils ont du se retourner dans leurs tombes,
nos ancêtres, eux qui, comme les Chaldéens ou les Babyloniens,
avaient déjà très bien compris le mécanisme
des trajectoires célestes. Et jusque dans la Bible, où dès
les premiers chapitre de la Genèse les astres et autres soleil et
lune sont totalement démythifiés, présentés
non pas comme des dieux mais comme de simples "créatures" (la science
dira: de simples corps célestes, soumis à des lois précises
et vérifiables).
Le 11 août, c'est de l'histoire ancienne,
mais le relent d'irrationnel et la soif de surnaturel qu'il a un moment
drainés à sa suite n'ont pas disparus. À l'approche
de cette fin de millénaire, cela ne risque que de s'accentuer. Je
pense qu'il est de notre responsabilité commune, Églises,
pouvoirs publics, médias, de transmettre à tous, surtout
aux plus jeunes, de véritables bases de connaissances rationnelles,
cartésiennes, scientifiques, afin qu'à l'avenir une éclipse
reste tout simplement une éclipse, aussi magnifique soit-elle.
Sinon, nous risquons fort de démarrer
le troisième millénaire sous une autre bande de totalité:
celle de l'obscurantisme culturel. Et alors, ce pourrait bien être
le signe de la fin du monde!
Un
nouveau départ
Genèse
12, 1-4 : Dieu appelle Abram à quitter son pays
Le Seigneur dit à Abram :
"Quitte ton pays, de ta famille et de la
maison de ton père vers le pays que je te ferai voir. Je ferai de
toi une grande nation et je te bénirai. Je rendrai grand ton nom.
Sois en bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront,
qui te bafouera je le maudirai : en toi seront bénies toutes les
familles de la terre". Abram partit comme le SEIGNEUR le lui avait dit,
et Loth partit avec lui. Abram avait soixante-quinze ans quand il quitta
Harrân. Il prit sa femme Saraï, son neveu Loth, tous les biens
qu’ils avaient acquis et les êtres qu’ils entretenaient à
Harrân. Ils partirent pour le pays de Canaan."
Abraham est un personnage fascinant, une
figure par excellence de l’ancêtre, ancêtre commun des trois
religions monothéistes : Judaïsme, Christianisme et Islam.
Chaque religion pose un autre regard sur Abraham :
Pour le judaïsme, Abraham est surtout
vu comme le "juste". Face aux ordres de Dieu et face à la justice
humaine.
Pour les chrétiens, il est avant
tout "le père dans la foi", celui qui croit aux promesses divines.
Pour l’islam, il est en premier lieu , al-Khalïl "Ami de Dieu" et
un musulman exemplaire.
Le récit d’Abraham qui se présente
comme un nouveau départ se situe à un moment important dans
la Bible. Les premiers onze chapitres du livre de la Genèse sont
consacrés aux origines de l’humanité et forment une sorte
de pré-histoire du peuple de Dieu. Désormais Dieu entre en
relation avec un homme, une famille. L’histoire d’Abraham est celle du
commencement : il s’agit de l’origine de la foi.
Sa vocation suit le récit de la tour
de Babel (Genèse 11, 1-9) où est présenté l’autosuffisance
humaine qui entraîne la division et la dispersion des humains. Dieu
alors invite Abraham à aller vers une terre nouvelle et il promet
de l’accompagner, ne pouvant se résigner à ce que sa création
aille à la dérive.
La bénédiction don d’une vie
plus grande et plus pleine reçoit ici une dimension illimitée
: "par toi se béniront tous les clans de la terre".
Par Abraham une source de vie et de bonheur
vraiment universelle entre pour la première fois dans l’histoire
de la planète. Mais le récit contient un autre élément
tout aussi essentiel dans le premier mot prononcé par Dieu.
Le premier acte de rencontre entre Dieu
et l’homme est un acte de séparation pour accéder à
cette promesse d’une vie plus grande radicalement autre.
Abraham accepte l’offre de Dieu, et donc
ose fonder son existence sur cette promesse et sur la confiance en celui
qui pourra la réaliser. C’est là une première définition
du mot foi. En d’autres termes : croire c’est avoir confiance et "marcher
avec Dieu".
La foi d’Abraham est une attitude de confiance,
qui s’extériorise aussitôt en une démarche concrète.
Il ne doit plus compter uniquement sur ses propres forces limitées
: il peut s’appuyer sur le roc de la promesse divine. Il rompt avec l’habituel,
il va vers l’inconnu et ceci par des sentiers inexplorés et périlleux.
Mais la confiance d’Abraham fléchit dès le début et
il cherche des solutions par ses propres moyens. Comme lorsqu’il tente,
succombant à la peur, en Egypte, de faire croire à l’ennemi
que sa femme Sarah est sa sœur.
Certes nous sommes bien filles et fils d’Abraham,
oscillant entre confiance et oubli de Dieu, entre espérance et compromission,
mais quoi qu’il en soit nous restons appelés par Dieu, touchés
par sa grâce infinie. Dieu comme à Abraham, nous invite à
quitter, à rompre avec nos attachements pour accéder à
la confiance en lui.
Notes bibliques :
Promesse : La mention de la promesse faite
par Dieu à Abraham est triple : Genèse 12, 1-9, Genèse
15, 1-20 et Genèse 17, 1-8.
Promesse d’une descendance (Genèse
12, 5; 15, 2; 17, 4-6) et promesse d’une terre (Genèse 12, 7; 15,
7; 17, 8). Chacune de ces trois péricopes possède une spécificité
théologique.
Abram-Abraham : au début du récit
l’ancêtre est appelé Abram. Les variantes du nom du patriarche,
Abram et Abraham, sont à éclaircir. Plusieurs interprétations
peuvent être données. On a souvent pensé qu’il s’agissait
de deux formes dialectales d’un même nom. D’après Thomas RÖMER,
on peut s’imaginer que le nom "Abraham" est une création théorique
des auteurs de Genèse 17, dans le but de distinguer "Abraham", l’ancêtre
d’Israël, des nombreux "Abram" que l’on trouvait partout dans le Proche-Orient
ancien.
Littérature :
Thomas C. RÖMER (Ed.) Abraham, Nouvelle
jeunesse d’un ancêtre. Labor et Fides, Genève 1997.
Autre livre de Thomas Römer, le
Dieu obscur

À paraître le 10 septembre
1999
Thomas
pris de doute, John B. COBB collection La Bibliothèque de Théolib,
aux éditions Van Dieren. Isbn 2-911087-14-3 - format 12 x 17,7 cm
- 112 pages.
C'est sous la forme d'un "roman" que John
B. Cobb a choisi d'aborder - dans ce petit livre paru originalement en
anglais en 1990 - de nombreuses interrogations christologiques.
Thomas, jeune étudiant en théologie
est bouleversé par le discours de Janet Levovsky, la femme pasteur
dont il doit devenir l'assistant à l'Université. Les propos
du pasteur Levovsky semblent mettre en cause la divinité de Jésus.
Est-elle chrétienne ? Est-elle croyante ? Thomas veut savoir !
Il va rencontrer et interroger de nombreuses
personnes d'horizons très divers. Il sort de ce parcours libéré
des formules toutes faites, ouvert à des idées nouvelles.
Il est devenu un chercheur de vérité. Ce ton romanesque permet
à John B. Cobb d'analyser de manière accessible à
tous de nombreuses questions de Christologie.
Nous en abordons quelques unes dans l'ordre
où elles interviennent dans le livre: la croyance dans l'unicité
de la divinité de Jésus est-elle nécessaire à
la foi chrétienne ? Comment au cours de l'histoire s'est forgée
la Christologie orthodoxe ? Il s'agit de comprendre le christianisme comme
un mouvement historique, au travers duquel l'Esprit de Dieu est progressivement
exprimé. Il faut aborder des manières alternatives de considérer
l'autorité de la tradition.
Comment le christianisme libéral
se comprend-il lui-même ? Ce style de pensée a été
par moments largement répandu dans quelques courants du protestantisme.
Il a également suscité des oppositions très vives.
Comment les théologies féministes
ont introduit l'élément de la féminité dans
le débat christologique ? Les féministes peuvent-elles rester
chrétiennes ou doivent-elles devenir post-chrétiennes ?
Quel regard les bouddhistes portent-ils
sur le christianisme ? Quelles interrogations le bouddhisme pose-t-il aux
chrétiens d'aujourd'hui ? Comment les chrétiens peuvent-ils
discuter avec les bouddhistes sans jamais les condamner ou renoncer à
leurs propres affirmations. Dans un monde où les chrétiens
sont de plus en plus en relation avec ceux qui suivent d'autres chemins
religieux, l'importance de ces questions est manifeste.
John Cobb conclut par une discussion directe
entre plusieurs théologiens sur des questions christologiques centrales.
L'auteur: John B. COBB
Il est né en 1925 au Japon, de parents
qui y étaient missionnaires méthodistes. Après son
service militaire, la fin de la seconde guerre mondiale, il entreprend
des études de littérature, de philosophie et de théologie
à Chicago. Ce jeune homme pieux, militant dans les groupes d'étudiants
chrétiens connaît alors une profonde crise spirituelle. Il
la surmonte grâce à un professeur de philosophie, C. HARTSHORNE,
qui l'initie à la pensée de Whitehead, le plus grand philosophe
du courant dit du Process.
Cobb entreprend, alors, de reconstruire
une théologie qui à la fois soit fidèle aux Écritures
et qui utilise les grandes catégories de Whitehead. Après
quelques années de pastorat en Géorgie (U.S.A.), il enseigne
à Claremnont (Californie). Il écrit une œuvre (une vingtaine
de livres et une centaine d'articles) impressionnante par sa solidité,
son ouverture, et son ampleur. Il ouvre des voies inédites et audacieuses.
Il dialogue (et parfois polémique) avec les théologiens de
la mort de Dieu, les théologiens de la libération, les post-modernes.
Il travaille avec des savants, des biologistes, des économistes,
des artistes. Il se préoccupe du bouddhisme. Il est l'un des plus
importants théologiens de notre temps.
Cobb n'est pas seulement un homme d'études.
Il a participé aux luttes pour l'égalité raciale et
contre la guerre du Vietnam. Il ne cache pas ses sympathies pour le féminisme,
et il est un militant écologique.
Autre ouvrage de John B. Cobb disponible
en français Bouddhisme-Christianisme : au-delà du dialogue
?, Labor et Fides, 1988, 178p., isbn 2-8309-0117-7.
À paraître le 10 septembre 1999
Après
la mort de Dieu, André Gounelle, Édition Van Dieren, collection
La Bibliothèque de Théolib
isbn 2-911087-15-1 - format 12 x 17,7 cm - 96 pages. Réédition
d'un ouvrage paru en 1974, augmentée d'une importante postface.
Quelques mots de l'auteur:
Je commence par trois remarques sur l'expression
"mort de Dieu".
Premièrement, cette expression a
quelque chose de curieux, d'étrange, d'insolite.
Classiquement, les athées déclarent que Dieu n'existe pas, et qu'il ne peut pas mourir, parce qu'il n'a jamais vécu; seul un vivant meurt. De leur côté, les croyants disent que Dieu existe et qu'il est éternel. Dans l'antiquité classique, le qualificatif immortel, équivaut à divin; il s'agit de deux synonymes. Parler de la mort de Dieu est donc un non sens aussi bien pour ceux qui nient que pour ceux qui affirment son existence. L'expression "mort de Dieu" entend signaler que quelque chose a disparu, s'est anéanti dans notre histoire. Quelqu'un qui y a été vivant, actif n'est plus. Personne pas même Dieu n'échappe au temps, et ne peut se dire immuable.
Deuxièmement, ce changement concerne le christianisme. Si on laisse de côté quelques emplois plus anciens et assez exceptionnels, on trouve l'expression "mort de Dieu", au dix-neuvième siècle chez des écrivains en révolte contre le christianisme, comme le poète et peintre anglais William Blake, le poète français Gérard de Nerval, le romancier allemand Richter, dit Jean-Paul, et surtout le philosophe allemand Nietzsche dont l'œuvre comporte plusieurs récits de la mort de Dieu. Au vingtième siècle, Sartre l'a utilisée. Elle apparaît toujours liée à un refus et un rejet du christianisme. Quand on proclame la mort de Dieu, en général on entend désigner la fin sinon du christianisme, du moins d'un christianisme, le christianisme conventionnel, traditionnel, dogmatique et ecclésiastique.
Troisièmement, dans les années 60-70, plusieurs théologiens d'expression anglaise, surtout des américains (mais aussi quelques français) reprennent cette expression à leur compte et l'utilisent pour désigner la crise religieuse que connaît l'Occident. Après y avoir régné en maîtresse parfois tyrannique pendant des siècles, la religion ébranlée au cours du dix-neuvième siècle, en particulier par la montée de la laïcité, a connu un regain de jeunesse et de vivacité avec les deux guerres mondiales - les malheurs et les détresses ont toujours rendu plus pieux les être humains. Dans les années soixante, avec la prospérité, le progrès de la technique, la vague de la sécularisation monte et le religieux connaît un recul spectaculaire. La mort de Dieu, au sens de mort du christianisme n'est pas seulement un cri de révolte elle devient un fait constatable, palpable, quasi évident.
C'est dans ce contexte que j'ai écrit
en 1974 ce petit livre qu'on réédite aujourd'hui. Le titre
Après la mort de Dieu indique bien mon projet: non pas analyser,
une fois de plus, les raisons et les divers aspects de la crise, mais examiner
ce qu'elle peut entraîner, ce qui va en découler d'un point
de vue spirituel. Par spirituel, j'entends ce qui donne sens à l'existence
humaine. où allons-nous désormais chercher le sens ? À
cette question on donne quatre réponses:
Pour la première, après la
mort de Dieu, il y a l'homme, seulement l'homme qui désormais va
pouvoir accéder à la vérité qu'il porte en
lui. Pour les unes, il va devenir vraiment humain, il ne sera plus aliéné,
que ce soit par la société qui a sécrété
la religion comme opium selon les marxistes, que ce soit par son désir
profond et malheureux de conférer sens et valeur à son existence
selon Sartre. Pour les autres, il va dépasser l'humanité,
que ce soit en devenant un surhomme, comme l'y invite Nietzsche, ou au
contraire par la dissolution de sa personnalité, selon une voie
repérée par Foucault ou par Marc Taylor pour qui la divinité
et l'humanité sont également des illusions à dissiper.
La deuxième réponse affirme qu'après la mort du Dieu des doctrines, des rites, des lois et des orthodoxies, on va, enfin, découvrir le vrai Dieu, le Dieu de la vie, de l' invention, de la liberté. Ce qui le masquait, le cachait, le défigurait tombe, et il va apparaître dans sa vérité. La formule de Paul Tillich, que j'ai choisie comme titre à un petit recueil d'articles de lui que j'ai publié, "Dieu au dessus de Dieu" caractérise bien cette orientation. Après nos fausses images et conceptions de Dieu, on retrouve le Dieu qui se manifeste dans la Bible (mais dont la Bible ne parle pas toujours justement), un Dieu proche et non pas lointain, compagnon et non pas tout autre; un Dieu qui n'est pas tout-puissant, même s'il a de la puissance; un Dieu dynamique qui nous ouvre et nous appelle vers l'avenir.
La troisième réponse considère qu'après la mort de Dieu, il nous reste le Christ, être humain exemplaire qui ne sert pas de messager et d'intermédiaire entre Dieu et nous comme on l'a traditionnellement cru, mais qui nous révèle la vérité, l'authenticité que nous portons en nous et ne savons pas discerner. Il dévoile le sens de la vie, il nous montre le chemin d'une existence libre et pleinement humaine. Pour reprendre une boutade qui fit beaucoup rire il y a trente ans, ici on proclame: "Dieu est mort, et Jésus est son Fils". Cette religion d'un Christ sans Père, d'un messie sans Dieu, d'un prophète sans transcendance a favorisé des cantiques, des textes liturgiques, une piété qui encensent Jésus, mais ne se réfèrent jamais à Dieu, faisant ainsi, comme l'a justement noté G. Vahanian de Jésus une idole.
Enfin, une quatrième et dernière réponse préconise de se tourner vers d'autres dieux. Le christianisme est mort, mais il existe d'autres religions, le bouddhisme par exemple, ou des religiosités diffuses, ainsi le New Age qui vont prendre le relais et devenir véhicules de sens pour l'être humain, sans compter ces religions séculières du sport ou de la politique qui faisaient fureur dans les années 60, un peu moins aujourd'hui, me semble-t-il, car des désenchantements parfois cruels sont intervenus. En tout cas n'ont pas diminué, bien au contraire l'attrait pour les religions étrangères, et le goût pour des religiosités sauvages (au sens que les sociologues donnent à ce mot, c'est à dire non régulées ni contrôlées par une institution).
Dans ce livre, j'indique et explique que ma préférence, mon option personnelle vont dans le sens de la seconde solution, c'est à dire de ce que l'on pourrait appeler, selon une expressions des penseurs du Process, un néo-théisme, ou un théisme non classique.
Pour cette réédition, j ai écrit une postface qui vingt-cinq ans après la rédaction de ce petit ouvrage tente de faire le point. Pendant ce quart de siècle, bien des choses se sont passées. Le seul fait que le livre ait été tapé sur une vieille machine à écrire mécanique et que j'ai rédigé la postface sur un ordinateur me rend sensible aux changements intervenus. Pourtant, mes propos d'alors ne me paraissent pas désuets, et je continue à m'y reconnaître. Je résume cette postface en trois points.
Premièrement, on parle aujourd'hui beaucoup moins de "mort de Dieu" qu'il y a trente ans, et l'expression fait un peu "rétro", "ancien combattant". Mais la crise qu'elle désignait n'a pas disparu; elle se poursuit. En un sens nous nous y sommes habitués. Aujourd'hui, pour la qualifier, on parle plutôt de postmodernité ou de postmodernisme. Les mots changent, les problèmes demeurent. D'ailleurs des auteurs comme Thomas Altizer et Mark Taylor voient dans la postmodernité une herméneutique, entendez une interprétation et un commentaire de la mort de Dieu.
Deuxièmement, les orientations qui se proposent à nous, qu'on essaie d'élaborer, entre lesquelles on se partage sont en gros les mêmes. Le Christ sans Dieu a moins de succès, mais des positions voisines ont été adoptées par les théologies dites de la Croix, qui ont un certain succès parmi les ecclésiastiques; j'ai consacré un paragraphe dans cette postface à les discuter. On est plus sensible qu'il y a trente ans aux problèmes soulevés par la rencontre entre religions, et par l'attitude à adopter à leur égard. En 1974, je signalais ces question en les qualifiant d'insolites, en disant qu'elles se situaient à contre courant. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. La recherche d'une appréciation à la fois accueillante et critique des autres religions est actuellement à l'ordre du jour. La théologie chrétienne se trouve là devant un de ses chantiers actuellement les plus urgents. Si on m'en laisse le temps, j'envisage de lui consacrer mon prochain livre.
Enfin, ma propre quête, jalonnée par des livres, des articles, des cours, des conférences, a suivi la piste qui, en 1974, m'a semblé la plus juste et la plus féconde: la formulation d'un nouveau théisme. Sur cette piste, je continue à avancer, tant bien que mal, avec l'aide de théologiens qui m'ont beaucoup apporté. D'abord, Paul Tillich dont je codirige la traduction française des œuvres (ce qui me prend beaucoup de temps…). Tillich développe une théologie de la culture, renouvelle les doctrines anciennes, et propose une vision originale et profonde de Dieu, de l'être humain et du monde, et sa méthode m'intéresse tout autant, sinon plus que ses reformulations. Ensuite, les théologiens du Process que j'ai été le premier à faire connaître en France. Leur foi et leur pensée se centrent sur le "dynamisme créateur de Dieu" selon le titre d'un de mes livres, qui sera réédité dans cette collection en décembre 1999. Dieu y apparaît comme un chef d'orchestre qui anime, inspire et dirige ses musiciens pour exécuter une symphonie. Enfin, Albert Schweitzer, qui a pris place dans nos collections, dont l'intelligence et le discernement ne cessent de me nourrir et de m'émerveiller. Dans la postface, je souligne également, plus que je l'ai fait en 1974, l'intérêt de se tourner vers notre passé, beaucoup plus riche et non conformiste qu'on l'imagine habituellement. La Réforme a ouvert quantité de pistes, avec Zwingli, avec Castellion, avec Socin que l'on a ensuite laissé tomber. Et puis le dix-neuvième siècle, et le début du vingtième siècle avec Schleiermacher et Troeltsch en Allemagne, avec Vincent, Sabatier et Bois en France, avec aussi Wagner, Monod se révèlent une mine inépuisable et mal connue. Il vaut la peine de prendre le temps de les lire et de les méditer. Ils sont bien plus actuels que des ouvrages publiés trente ou quarante ans plus tard.
Toute pensée, toute spiritualité constitue un voyage inachevé, un itinéraire qui ne se termine jamais. La réédition de mon petit livre, vingt cinq ans après sa première parution, n'entend nullement lui attribuer une valeur intemporelle et une permanence définitive. La postface a pour but essentiel de montrer qu'il n'a de sens que si on l'insère dans un mouvement que si on le situe sur une route qui a commencé longtemps avant sa rédaction et se poursuit bien après sa publication.
L'auteur: André GOUNELLE
Il est né en 1933, d'une vieille famille
protestante des Cévennes qui comporte plusieurs pasteurs. Après
une enfance et une adolescence passée au Maroc, il fait des études
de philosophie puis de théologie. Aumônier militaire en Algérie,
pendant la guerre d'indépendance, pasteur à Dijon puis à
Nîmes, il est nommé en 1971 professeur à la Faculté
de Théologie Protestante de Montpellier, poste qu'il occupe jusqu'à
sa retraite en 1998.
Il a publié de nombreux ouvrages
et articles sur B. Pascal, sur P. Tillich, sur les théologiens de
la mort de Dieu et sur ceux du Process, sur les principes théologiques
du protestantisme. Son œuvre lui a valu un doctorat honoris causa de l'Université
de Lausanne, et un autre de l'Université Laval à Québec.
Il a été pendant douze ans
membre du Conseil National de l'Église Réformée de
France. Il préside l'Association libérale Évangile
et Liberté, et codirige la traduction française des œuvres
de Tillich, et il fait partie de l'équipe de Théolib.
Autres ouvrages disponibles:
Laurent Gagnebin, Albert Schweitzer, Desclée de Brouwer (Temps et Visages), Paris 1999. 176 pages.
Voici enfin, sur Schweitzer, un livre utile, pratique, une adéquate introduction à l'ensemble de son œuvre. Pas une biographie, ni hagiographique ni psychologique ou pire… Il s'agit aujourd'hui principalement d'exposer sa pensée qui en France reste méconnue, des intellectuels et universitaires au premier chef. Dans son impressionnante somme Le silence des bêtes (Fayard, 1998), qui récapitule toutes les traditions spirituelles et morales qui, "des Présocratiques à Jacques Derrida", ont abordé "l'énigme de l'animalité", Elisabeth de Fontenay, philosophe à la Sorbonne, n'évoque pas une seule fois ce que Schweitzer en a dit sous l'angle du principe de respect pour la vie. Ignorance. Il faut lui adresser le livre de Gagnebin. Nous avions relevé cependant, il y a cinq ans, que dans leur anthologie Des animaux et des hommes (Livre de poche, 1994), Luc Ferry et Claudine Germé avaient accordé une place à quelques pages de La civilisation et L'Éthique. Pour centrale qu'elle y soit (c'en est le noyau philosophique, dirons-nous), l'idée de respect pour la vie, avec son versant "protection des animaux", n'épuise pas l'originalité de la pensée schweitzerienne, bien évidemment. Laurent Gagnebin y entre (nous y fait entrer) en poussant la porte du… pasteur. Chapitre 1: Le pasteur et la prédication. Le regard fixé sur le "Docteur de Lambaréné", on n'aurait pas assez souligné que Schweitzer "fut aussi et d'abord, pour ne pas dire avant tout, pasteur". De la part du théologien qu'est "avant tout" Laurent Gagnebin, il n'est pas surprenant, sans doute, que cette ouverture-là ait été pratiquée et qu'elle oriente tout l'essai, jusqu'à sa conclusion qui insiste encore sur la foi du croyant et du mystique, le mot de la fin étant donné à Schweitzer lui-même; "Avoir de la religion veut dire pour moi être homme, simplement être homme, dans l'esprit de Jésus".
On ne saurait contester la légitimité ni même la pertinence de l'approche de Gagnebin, et encore moins mettre en question la foi profonde, véridique de Schweitzer, foi donnée (un héritage familial en quelque sorte et au-delà, toujours, une grâce) et foi réfléchie, raisonnée ("je dois à la pensée d'être resté fidèle à la religion de mon enfance…"), mais on peut néanmoins relever que cette approche est un choix, un "essai", que son intérêt tient d'ailleurs à cette singularité, à cette liberté même - que cependant d'autres choix sont possibles (bien entendu et heureusement) et que celui qui a été fait là aura tout de même pour effet (pour vertu?) de maintenir Schweitzer captif de la pensée théologique protestante, de l'institution protestante, et de le laisser encore à la périphérie de la pensée philosophique. Peut-être est-ce juste ainsi? Peut-être est-ce son destin, après tout? Son destin est sa famille, protestante, libérale!
En aucun cas, on n'en fera grief à L. Gagnebin dont l'immense mérite aura été d'affirmer et de montrer que l'œuvre écrite de Schweitzer est "celle, exigeante et plus difficile qu'on le suppose, d'un authentique chercheur et d'un spécialiste". Sur huit chapitres que compte son essai, il en a consacré expressément trois, fort denses, à la philosophie. Dans un langage toujours clair. Dans cette clarté française que Schweitzer appréciait beaucoup et que même il idéalisait. Sa langue première était l'allemand, via le dialecte alsacien, mais bilingue et fier de l'être, citoyen français depuis 1918, il a toujours surveillé la version française de sa pensée, en supervisant soigneusement la traduction de ses œuvres, notamment Les grands penseurs de l'Inde (1936) et Ma vie et ma pensée (1960). Il en a arrêté lui-même l'expression conceptuelle et ce sont donc ses choix lexicaux qui, dans les œuvres publiées de son vivant, font encore autorité. Or, cela n'est pas allé sans des partis pris discutables. Gagnebin s'y limite et dans le cadre de son ouvrage il a raison. Sauf pour le mot "respect", dont nul ne peut manquer de signaler qu'il rend imparfaitement le sens d'Ehrfurcht, il ne renvoie jamais, fût-ce entre parenthèses, au texte original en allemand, Quand il écrit par exemple que telle conclusion "s'imposait" à Schweitzer et qu'il note la fréquence de cette expression sous sa plume, il n'est pas inintéressant de savoir qu'elle traduit (pauvrement) l'allemand "denknotwendig", c'est-à-dire: ce qui s'impose comme une nécessité logique à la pensée, avec la même force qu'un théorème de géométrie. D'où l'éclat chez Schweitzer de l'eschatologie conséquente et de l'éthique conséquente. L'erreur, la faiblesse, le péché, pour lui, est toujours une sorte d'inconséquence. Dans tous les textes, l'affirmation de la vie" recouvre Lebensbejahung, qui nous fait pourtant entendre plus nettement un "oui à la vie", qu'il appartient à l'homme de prononcer ou pas. Affaire d'exégèse? Oui, avis aux exégètes. En attendant leurs études pointues, soyons heureux de disposer, dans une bonne collection et chez un bon éditeur, de cette large introduction qui leur ouvrira la voie.
Le souci de transmettre quelque chose de l'évangile ou d'éveiller les enfants, avant l'âge de l'école biblique, à la foi conduit parfois à méconnaître ce qu'ils sont, ce qu'il peuvent comprendre et recevoir.
Cet enfant de 6 ans qui pose la question: mais pourquoi Dieu il a envoyé son fils - pourquoi il n'est pas venu lui-même, montre bien la logique dans laquelle s'inscrit sa pensée. Il attend une réponse tout aussi logique, que lui a fait sa grande soeur: Pour rester disponible aux prières de tous les hommes. Dans un premier temps cette réponse est largement suffisante. Elle en suscitera une autre plus tard. Mais il faut la lui laisser intégrer et mettre en relation avec d'autres images, par exemple, sa mère qui prépare le repas et envoie sa soeur l'aider dans ses devoirs - chacun à sa place -tout le monde n'est pas disponible en même temps. Il fera des relations comparera, imitera: moi je fais ça, toi tu fais ça.
On voit par là que " transmettre " quelque chose de l'ordre de notre foi ou de notre connaissance de l'Evangile demande de la prudence. Il faut se méfier de notre " mystique " et rester très pragmatique. Parler de façon réaliste à l'enfant et attendre ses questions. Il y a une différence entre les questions sur la vie, et par là sur la mort, et les questions de transmission de l'Evangile. On parle d'éveil biblique, d'éveil à la foi. On ne peut éveiller à la foi mais seulement se poser des questions sur la foi.
Rythme de développement
C'est entre deux et six ans, d'après
Piaget, que l'enfant traverse le stade de l'intelligence figurative. Ceci
quelque soit son degré d'évolution du langage, parfois déjà
très mature. L'acquisition de la notion de mort est un phénomène
progressif, difficile à situer chronologiquement (3 ans?), et semble
dépendre des expériences propres à chaque enfant (plus
rapide chez les enfants confrontés à la mort dans leur entourage
ou qui sont eux-mêmes menacés dans leur corps). Au plan intellectuel
il découvre l'irréversabilité, du " plus jamais "
(4-5 ans), l'universalité, la mort concerne tout le monde y compris
l'enfant lui-même (vers 5 ou 6 ans), enfin l'inconnu après
la mort. Au plan affectif l'enfant est confronté, comme l'adulte,
à un problème existentiel dramatique et fondateur.
Latence
Vers 6-7 ans, Il entre dans une phase de
latence. Il atteint un certain équilibre qui va le rendre plus aptes
aux sublimations et plus disponibles pour les apprentissages. C'est à
cette époque qu'il se socialise, apprend le respect d'une discipline,
des règles de politesse, etc. Dans cette période de latence
la dimension " magique ", qui infiltrait auparavant sa pensée, sera
atténuée et protégera l'enfant des obsessions. En
l'absence d'une telle atténuation, des représentations mentales
fantasmatiques deviendraient trop envahissantes et l'empêcherait
de garder sa souplesse et son ouverture sur le monde extérieur.
Comme une ludothèque
Chez les petits je verrai bien un club comme
une ludothèque. On raconterait des histoires, on regarderait des
livres que l'enfant lui-même choisirait! Et de là surgirait
des tas de questions. Mais cette animation ne se ferait pas au même
rythme que l'école et les activités extra scolaires. L'enfant
pourrai venir avec ses parents - un grand frère - une grande sœur.
Il n'y a pas que les moniteurs qui peuvent répondre. Un parent peut
se trouver embarrassé alors que quelqu'un du groupe trouvera spontanément
une réponse simple et claire à une question qui le mettra
peut-être plus directement avec un ressenti personnel lui permettant
de mieux comprendre à quel niveau l'enfant pose sa question. Si
Dieu a créé le monde, est-ce qu'il a créé les
dinosaures? Pas besoin de partir sur le " big bang " ni de faire appel
à Th.Monod. Dans un premier temps rester dans la logique de l'enfant:
Dieu a créé les animaux et a demandé à l'homme
de les nommer, alors pourquoi pas les dinosaures?
Un ressenti
Ce que l'on transmet ce ne sont pas des
paroles mais un ressenti. Par exemple: quand au moment du coucher ma mère
me chantait le cantique: Reste avec nous Seigneur, le jour décline
la nuit s'approche et nous menace tous… C'est sa force tranquille et l'assurance
qui émanait d'elle qui me rassurait et j'ai mis longtemps avant
de faire le rapprochement de ces paroles avec les pèlerins d'Emaüs.
Mais qu'importe je savais qu'elle avait une force en elle.
Le conte biblique: rencontre avec une parole vivante.
Entretien avec Françoise Mahéo-Jaguin, conteuse du groupe "conte biblique" au Centre 8 à Versailles. Propos recueillis par E. Humbert.
Le conte biblique s’adresse-t-il
à de jeunes enfants?
Tout à fait: notre groupe accueillait
en principe des enfants de 5 à 7 ans, mais nous en avons parfois
eu de 3 ans à 8 ans. Il faut qu’ils aient envie d’écouter
et soient capables de rester tranquilles. Chacun a le droit de ne pas écouter,
mais pas de gêner les autres. En début d’année on raconte
dix minutes, puis jusqu’à vingt minutes ou plus en fin d’année.
La capacité d’écoute et d’attention s’acquiert. (1). Le conte
est un voyage. Au début les enfants ont un peu de mal à partir
car ils ont l’habitude d’avoir un livre, des images, un support visuel,
alors que là ils doivent se créer leurs propres images, ("La
dame nous a lu un livre sans livre!" …) mais ça vient très
vite. Quel que soit l’âge - enfants, adolescents, adultes - la magie
du conte opère toujours! Il faut seulement adapter le vocabulaire
et les explications (2).
Pourquoi raconter la
Bible aux petits?
Pour qu’ils fassent connaissance avec des
personnages et des histoires qu’ils vont rencontrer tout au long de leur
vie dans la peinture, la musique, les monuments,… Parce qu’elle fonde notre
culture judéo-chrétienne.
Que racontez-vous?
On peut tout raconter aux enfants, même
David et Bethsabée, … mais ce n’est pas toujours facile! Il y a
un indispensable et très gros travail collectif, biblique et exégétique,
et d’oralité. Il faut être au clair soi-même sur ce
qu’on va raconter car les enfants sentent la moindre faille et poseront
justement la question à laquelle vous n’aviez pas eu envie de répondre.
Et si personne ne la pose, on la voit surgir dans les dessins ou modelages.
Car après le conte on propose aux enfants de dessiner, modeler,
découper… s’ils veulent. Leurs dessins expriment parfois avec un
grande justesse le point important, et les échanges entre eux pendant
qu’ils dessinent sont très instructifs.
Ces histoires les intéressent
donc?
Presque toujours. Parfois même un
enfant refuse de dessiner parce qu’il a ressenti quelque chose de trop
profond et personnel pour pouvoir l’exprimer. L’enfant s’identifie très
fortement à un personnage et vous ne savez jamais lequel: David
ou Goliath ou…l'ânesse de Balaam. Les héros bibliques ne sont
pas comme ceux des contes profanes, "méchants" ou "gentils", dans
un monde magique et simpliste. Ils sont profondément humains et
leur complexité rend possible l’identification.
Que pensez-vous transmettre
aux enfants?
Le conte est la rencontre avec une parole
vivante. Ce n’est pas un catéchisme, ni une "histoire sainte". C’est
un humus dans lequel nous espérons que quelque chose pourra s’enraciner.
Nous souhaitons que les enfants se posent des questions, qu’ils poursuivent
la réflexion chacun à sa façon. Notre rôle n’est
pas de leur faire rencontrer Dieu, ni de leur assener la vérité
vraie: nous leur ouvrons un chemin, sans savoir ce qu’il y aura au bout.
(1) Il parait que cela peut même avoir des répercussions sur
le plan scolaire. (2) Problèmes de vocabulaire: "l’autel est une
grande maison avec beaucoup de chambres", "La caravane qui traverse le
désert, combien a-t-elle de roues?" …
La Bible est un roman extraordinaire, elle
a été transmise oralement pendant des milliers d’années;
figer le texte par écrit était risqué, et maintenant
on prend d’autres risques en osant le raconter à nouveau.
Mini-Église
ou Jardin Biblique…
La petite enfance a-t-elle vraiment la place
qui lui revient dans la vie de nos paroisses? L’Église qui, par
sa définition même, doit offrir à ses membres une vie
communautaire, est-elle assez présente dans cette formation si importante
pour le développement du petit enfant?
Les rubriques des journaux paroissiaux indiquent souvent la présence d’une garderie pour les petits pendant l’heure du culte: les parents peuvent ainsi participer à ce culte essentiellement fait pour les adultes pendant que leurs enfants sont occupés et gardés par quelques bonnes volontés. Pourtant ça et là, on constate que la place de la petite enfance a été reconsidérée. La garderie se transforme alors en mini-Église ou en Jardin biblique: il ne s’agit plus seulement d’occuper les enfants pendant cette heure mais de leur raconter des histoires de la Bible, de leur proposer des activités et des jeux à thème biblique.
Il est vrai aussi que l’Ecole biblique pour les petits a toujours existé: je connais une paroisse où dorment au fond d’un placard des fiches et du matériel qu’on utilisait, il y a 30 ans ou 40 ans. Cette catéchèse n’a d’ailleurs jamais complètement disparu et se maintient toujours grâce à des bonnes volontés compétentes. Des trésors existent donc en ce domaine et ils méritent d’être connus. On peut mettre à l’actif de la SED sa volonté de publier quelques-uns d’entre eux. Grâce aux auteurs qui se sont donnés la peine de mettre par écrit leurs expérimentations, grâce à la persévérance de tous, la publication d’un matériel qui donnera des idées à d’autres, aboutit enfin.
Commencer l’école biblique avant 7 ou 8 ans provoque-t-il un désintérêt vers 10-11 ans? Il me semble que le risque de ce phénomène de ras-le bol diminue fortement si nous savons adapter à chaque tranche d’âge notre annonce de la Bonne Nouvelle. Il faut donc qu’une formation soit offerte aux catéchètes par les paroisses qui doivent prendre au sérieux les enfants confiés à l’Église.
Nous avons devant nous des enfants pleins de vie, de véritables bandes dessinées à eux seuls, qui bougent par saccades et s’expriment par des bulles, qui aiment le chocolat, la crème chantilly, la télé, les voitures, les poupées, la bagarre, les playmobiles, les légos, les déguisements, Mac Donald, Walt Disney… Ils ont des héros qui les font vibrer et en même temps à la moindre bosse, ils se réfugient dans vos bras où un baiser suffit pour repartir au combat.
Nous parlons à ces enfants d’un livre,
la Bible, et nous leur racontons des histoires dans les grands livres.
Nous parlons d’un livre que beaucoup de parents lisent peu et nous sommes
ainsi inévitablement, pour certains enfants, à contre-courant
de ce qu’ils vivent à la maison.
Un enfant est toujours entre le rêve
et la réalité, le monde réel et le monde imaginaire.
Quand nous communiquons avec les enfants, il faut avoir sans cesse à
l’esprit qu’ils passent de l’un à l’autre sans transition, parfois
même dans la même phrase. Cela trouble notre bonne vieille
logique d’adulte. Aussi, devrons-nous éviter de dire à un
enfant: " c’est faux! Tu inventes! Tu mens! ". L’enfant ne comprendrait
pas.
Ces enfants attendent qu'on les fasse rêver, avec les histoires qu’on leur raconte. C’est à nous de jouer le jeu. Avec certaines histoires, nous sommes très proches du conte de fée, comme par exemple, l’histoire du petit berger David qui devient un grand roi. Avec d’autres histoires, nous serons très proches de leurs préoccupations journalières, très concrètes, comme par exemple, l’histoire de la brouille, du pardon, de la pièce retrouvée,… Les enfants que nous avons devant nous, sont très attentifs malgré toute la vie qui bouillonne en eux. Tout ce qu’on leur raconte lors d’une séance d’éveil, est raconté, de retour à la maison, aux parents. CE n’est plus la maîtresse a dit, mais la monitrice, le moniteur, le pasteur a dit. Il faut en être toujours conscient, pour ne pas tomber dans le moralisme, mais bien rester dans l’Éveil et l’envie d’être toujours plus éveillé.
Un besoin de dire non
Trois ans, c’est la crise d’opposition.
L’enfant use et abuse du " non ". Il prend peu à peu conscience
de ce qui est permis et défendu et il découvre ce que veut
dire oui et non. Il est un être volontaire qui teste ses possibilités.
Il veut tout faire tout seul, il se sent grand. Sa volonté rencontre
celles des autres, notamment des parents et il va lui aussi se positionner
en s’affirmant contre. C’est un passage tout à fait normal, une
des manifestations de la structuration de la personnalité. L’adulte
va nécessairement aménager sa relation à l’enfant:
celui-ci a besoin à la fois de se sentir respecté et de sentir
le poids de l’adulte; lorsque vers trois ans et demi l’enfant est accueilli
à l’éveil biblique, nous avons affaire à quelqu’un
qui sait dire non et il faut faire avec.
Ils cherchent les limites
En disant "non", l’enfant est aussi en recherche
de ses propres limites. Il veut savoir jusqu’où il peut aller. Lorsqu’il
ne rencontre jamais de résistance, il est en danger, il se sent
perdu… Il y a une sorte de défi chez l'enfant, "je veux voir jusqu’où
on me laisse" mais s’il ne rencontre pas de limite, il peut être
désespéré. L’adulte, père ou mère, institutrice
ou catéchète, doit donc se poser comme un véritable
adulte face à lui. Quelqu’un en qui il peut avoir confiance, quelqu’un
qui le prend au sérieux, qui le guide qui croit qu’il grandit mais
ne le considère cependant pas comme un être autonome, capable
de décider en tout.
À l’éveil biblique, c’est
l’équipe de catéchètes qui prépare les rencontres.
C’est ensemble que nous bâtissons une séance dans ses moindres
détails. Mais nous souhaitons rester disponibles aux désirs
des enfants. Si nous rencontrons l’opposition, ensemble, avec les enfants,
nous apprenons à négocier, nous sommes les adultes, ceux
sur qui les enfants comptent pour ne pas se sentir perdus et nous ne l’oublions
pas.
Les tout-petits aiment
les livres
Les tout-petits, même s’ils n’ont
pas été stimulés par leur famille, montrent un grand
intérêt pour les livres. Il est clair que tous les enfants,
sans exception, ont le goût du livre avant de maîtriser la
lecture.
Le livre, pour les petits, est avant tout
un objet, un jouet qu’il va explorer: il va le toucher, le retourner, le
caresser. Le format, le support (papier), le façonnage (reliure),
sont d’une très grande importance pour les petits qui aiment " lire
" avec les mains bien avant de savoir lire avec les yeux et la tête.
L’enfant entretient avec l’image des rapports de complicité. Il
est des couleurs et des formes qu’il ne se lassera pas de regarder parce
qu’elles réveillent sa sympathie, son amitié, son sourire
son humour. C’est par la matière même du livre que commence
la découvete. L’apparence, la couverture, la forme, les couleurs,
l’épaisseur, l’odeur… C’est un vrai plaisir sensoriel. La vue, le
toucher, l’odorat sont sollicités. Les émotions ressenties
au contact du livre-objet sont très fortes mais il faut aller plus
loin. Cet objet-livre contient une histoire. L’adulte aide l’enfant à
prendre possession du livre, lui apprend aussi à le respecter; le
livre prend tout son sens quand l’enfant découvre que ce livre s’ouvre
et qu’apparaissent d’autres images qui donnent accès à la
parole.
À ce moment-là, l’intervention
de l’adulte est bénéfique. Le livre est prétexte à
des moments de rapprochement. Si l’adulte prend le temps de rentre dans
le jeu: tourner les pages, montrer des images, en retour, il découvre
avec plaisir l’enfant caresser l’image, écouter…
Une véritable communion s’établit,
le livre est alors plus qu’un jouet, un objet agréable au toucher,
il devient en prétexte à échanges. L’enfant va choisir
des images, des situations à travers lesquelles il peut s’identifier
à un personnage. Il est à même de déceler dans
l’image, l’émotion traduite. Si l’adulte est attentif dans ces moments
d’intimité et à l’écoute de l’enfant, un dialogue
s’instaure. Le livre va devenir le point de départ de l’échange
et la parole (la voix avec ses intonations, son rythme, ses sonorités)
est alors très importante.
Il ne faut pas hésiter à raconter
plusieurs fois la même histoire, avec des phrases courtes, simples,
dans un vocabulaire accessible aux enfants. Pour cela, deux règles
d’or:
faire plaisir à l’enfant et se faire
plaisir. Si on ne se fait pas plaisir, le message ne passe pas. Le mieux
est de rentrer avec l’enfant dans l’histoire. L’enfant a besoin de complicité.
Pour ce la, l’enfant doit aimer l’image, le dessin, la qualité du
livre. On ne peut pas aimer du laid.
Offrir quelque chose qui aide à progresser:
un bon dosage de connus et d’inconnus. Ce dosage dépend de l’âge
de l’enfant et de ses connaissances. Les pédagogues et psychologues
s’accordent à dire, que pour la compréhension d’un texte
d’une notion, il faut connaître 80% des mots du texte, le reste étant
" deviné " par le contexte, le sens,…
Où peut-on trouver cette relation
d’amour du créateur, si ce n’est que dans ce livre qu’est la
s’agit de:
- Connaître un livre plein d’histoires. Il serait plus précis de dire: connaître des livres pleins d’histoires, puisque la Bible est un ensemble de livres et d’histoires. Histoires du peuple juif. Histoires de femmes, d’enfants, d’animaux même comme l’ânesse de Balaam, les corbeaux d’Elie. Histoires d’hommes, de prophètes, de rois comme David, Salomon, de bergers… Histoires d’un homme Jésus, le fils de Dieu. Les paraboles sont des histoires que les enfants affectionnent tout particulièrement.
- Découvrir ces personnages extraordinaires avec les enfants pour qu’ils fassent partie de leur connaissance de base. Ils garderont en mémoire ces noms, plus tard ils apprendront à mieux les connaître, ils approfondiront le sens de ces histoires. La Bible n’est pas un " catéchisme ", mais une " histoire de famille ", l’album de famille de Dieu. Si ‘l’on veut travailler à l’éducation des enfants, deux solutions se présentent: on peut acheter un manuel qui, sous forme de conseils ou de, explique " comment élever son enfant ", mais on peut aussi lire un bon roman qui met en scène une famille.
À travers l’histoire des parents aux prises avec l’éducation de leurs enfants, je me trouve interpellé. Je suis amené à réfléchir sur la façon dont moi-même, je me comporte avec mes enfants. Les succès et les échecs des personnages du roman sont souvent plus éclairants que bien des conseils. Je ne trouve pas de recettes toutes faites, mais je deviens acteur. Cette lecture m’oblige à réfléchir sur ma propre pédagogie et à l’inventer.
La Bible est un peu la deuxième solution: ce n’est pas un livre de recettes sur la façon de se conduire avec Dieu et les autres, mais une histoire, l’histoire d’un peuple qui peu à peu, tout au long de sa vie, a découvert qui est son Dieu et comment celui-ci l’a éduqué. CE n’est pas un roman, mais l’expérience concrète d’un groupe d’hommes et de femmes. Aussi y trouve-t-on un peu de tout, de tout ce qui fait l’existence quotidienne.
La Bible et les enfants
Dès 2-3 ans, les enfants ont le goût
des histoires. On pourrait craindre que les enfants, attirés par
certains héros, par l’aspect extraordinaire de certains récits,
par la violence en certains cas, n’en restent pas là et n’accèdent
jamais à la vraie dimension des textes bibliques. Certains auteurs
appellent cela faire une " lecture plate ", c'est à dire une lecture
où l’on prend tel quel ce qu’on lit, sans jamais décoller
de l’anecdote.
Il faut être patient et savoir respecter le rythme du développement intellectuel des enfants. Il faut être humble aussi: notre manière " adulte " de lire la Bible n’est pas obligatoirement la seule bonne.
Il faut savoir aussi que l’enfant est capable de dépasser cette lecture plate. La pensée de l’enfant à cet âge est avant tout anecdotique: c’est l’histoire qui l’intéresse e premier lieu. Par contre, la fonction symbolique se met progressivement en place et cela dès l’âge de deux ans (un simple morceau de bois peut représenter au cours d’un jeu, un cheval un pistolet ou autre chose.)
Au cours d’un jeu, l’enfant est capable d’inventer ses propres symboles. Mais pour entrer dans ces symboles qu’il n’a pas inventés lui-même, comme ceux que l’on trouve dans la Bible, il a besoin de l’aide de l’adulte. Il faut rappeler que l’abstraction n’est accessible qu’à partir de 7-8 ans.
L’histoire du peuple de Dieu est entendue
par l’enfant, comme une histoire qui le concerne, au même titre que
l’histoire de sa famille. C’est l’écho à ses origines, sans
qu’il puisse l’exprimer. Cela peut commencer à être des éléments
de réponses à ses questions: " Et avant qu’est-ce qu’il y
avait sur terre? ", " Comment c’était la terre avant? ", questions
formulées vers les 6-7 ans, mais qui existe en chacun de nous beaucoup
plus tôt que cela sans doute.
Il est inévitable de faire un choix,
dans les histoires de la Bible que l’on racontera à ‘enfant, on
ne peut pas out voir. La présence de l’adulte est indispensable
entre la Bible et l’enfant, car la Bible est un livre qui se lit avant
de se vivre.
Éveil à
la vie
" Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles
De l’appel de la vie à elle-même…
Vous pouvez leur donner votre amour
Mais non pas vos peines,
Car ils ont leurs propres peines…
Vous pouvez vous efforcez d’être comme
eux,
Mais ne tentez pas de les faire comme vous…
"
Ce texte de Khalil Gibran donne de grandes lignes de ce que l’on voudrait offrir, comme éveil à la vie.
La vie est une relation, une relation d’amour
avec quelqu’un. La vie c’est aussi des événements banals
et des temps de fête; la vie c’est des joies et des souffrances.
Quand nous disons vie, tout le monde sait de quoi il s’agit et même
le tout petit enfant en déjà l’expérience. Mais en
tant que chrétiens, en temps que pasteurs et catéchètes
nous voulons aller plus lion; La vie c’est encore plus: au coeur de la
vie il y a une formidable présence, il y a Dieu. Nous voulons que
les enfants découvrent cette présence, dans le concret de
leur vie.
L’enfant ne viendrait pas au monde, sans
les parents qui le mettent au monde, mais jamais un homme n’est conçu
sans que Dieu en personne ne s’engage. Dieu aime aussitôt, et aime
jusqu’au bout cet enfant. Nous sommes donc " co-créateurs " au sens
de collaborateurs de Dieu dans l la création.
En tant que co-créateurs, Dieu nous
demande d’accueillir un inconnu, de l’adopter. La vie de chacun est un
mystère venant d’ailleurs. En tant que co-créateurs, on ne
peut pas avoir de sentiment de propriété, mais nous avons
le devoir de faire connaître à l’enfant, l’autre co-créateur,
puisque nous n’avons qu’une petite participation à cette création.
Il ne faut pas oublier que Dieu n’attend pas notre permission pour faire
irruption dans le cœur de petits.
Extrait de l’album de famille de Dieu. Oser
l’éveil biblique, l’éveil à la vie.Pages 12,13.
L’art et la manière de pratiquer l’éveil à la foi
Les lieux où se déroule l’Éveil à la Foi différent beaucoup. Si les parents, les grands-parents sont parties prenantes, ils le font à la maison, a cours de déplacements en voiture, pendant les promenades. Les moniteurs opèrent dans les locaux paroissiaux.
Cette formation a lieu à des fréquences diverses, quotidiennes pour les parents motivés, épisodiques pour les grands-parents, mensuelles pour les moniteurs (dans le cadre de l’Église de Tours).
Le contenu de ces moments est lui aussi très variable. Les parents, les grands-parents font à peu près la même chose: lecture d’un texte inspiré de la Bible, comptine simple, initiation à la prière… Certains parents font chanter des cantiques à leurs enfants au cours de déplacements en voiture ou au cours de promenades à la campagne.
Le travail des moniteurs a un aspect beaucoup plus " professionnel ". Ils ne peuvent pas improviser. L’Éveil à la Foi demande aux monitrices beaucoup de travail de préparation. Notre pasteur les aide et elles se retrouvent tous les mois pour mettre au point le déroulement de leur après-midi.
Le groupe d’Éveil à la Foi de Tours, qui se réunit tous les mois, se compose d’enfants dont l’âge va de 4 à 8 ans. Il faut donc s’adapter à des comportements qui sont très variables: enfants énervés, turbulents… L’accueil des enfants se fait par un jeu pour qu’ils apprennent à se reconnaître. Les monitrices les font ensuite chanter. Au chant succède un moment de prière et de calme. Les livres de la collection " Ce que dit la Bible " sont ensuite utilisés pour présenter la Bible aux enfants. Une illustration est présentée, le texte qui lui correspond est lu. Les enfants commentent chaque image. L’Éveil à la Foi se déroulant sur trois ans, la première année ce sont des textes de l’Ancien Testament. Une activité manuelle ayant un rapport avec le texte étudié clôture la séance.
Les motivations qui entraînent les parents, les grands-parents ou les monitrices à pratiquer l’éveil à la foi des petits sont les mêmes. Ils estiment qu’ils doivent transmettre aux enfants, suivant leur âge, ce qu’ils ont reçu au cours de leur vie chrétienne. Pour eux l’Éveil à la Foi doit offrir en priorité un premier contact avec la Bible, une initiation à la prière.
À cela s’ajoute, pour les monitrices, un travail de préparation et d’organisation. Elles ont en charge un groupe de 12 à 15 enfants sur 18 enfants inscrits. Pour les cinq parents qui participent effectivement à la vie de l’Église, l’Éveil à la Foi est, pour eux, une chose essentielle. Pour les quatre autres, ils souhaitent que leurs enfants aient les bases qui leur permettront de " choisir " quand le moment sera venu.
Un regret habite les monitrices: les parents ne leur font pas part des réactions de leurs enfants. Leur grosse question, qui reste sans réponse: " Pourquoi les parents que l’on ne voit jamais au temple, mettent-ils leurs enfants à l’Éveil à la Foi? "
Le chant pendant l’éveil à la foi
Le chant est une des composantes de l’éveil à la foi. Apprendre à chanter aux enfants d’un âge varié n’est pas très facile. La différence de maturité entre les enfants du groupe est grande (4 à 7 ans). Un autre facteur important est la fréquence des rencontres: une par mois. Les enfants retiennent vite, mais ils oublient vite. Il y a des exceptions. Les enfants dont les parents sont engagés dans la vie paroissiale chantent souvent en dehors des réunions.
La façon de faire chanter change suivant les groupes. Certains chantent assis ou debout, pour d’autres il faut danser en même temps. De toutes façons les enfants aiment chanter. Il faut pourtant une méthode pour obtenir des résultats. Georges Philip a enseigné des trucs: vitesse de respiration, reprise de souffle… Les monitrices en ont utilisé certaines mais pas d’autres. Elles apprennent aux enfants les chants, strophes par strophes, et non pas phrases par phrases, en chantant tout le temps avec eux.
Apprendre à chanter est une chose, mais que leur apprendre?
Les monitrices se réunissent en début d’année et sélectionnent des chants dans " Nos cœurs te chantent ". Le choix se fait selon deux critères: la facilité de la musique et la fréquence des cantiques au cours des cultes. Inutile de dire que vient en tête " À Toi la gloire ". Le but poursuivi est simple. Il faut que les enfants allant au culte puissent chanter avec les adultes. Ainsi ils ont la sensation de faire partie de la communauté, de ne pas être laissés pour compte.
"Je hais l’éveil à la foi"
Un éveil de la foi pour les petits?
Quelle horreur! Qui a eu cette idée de vouloir calibrer, initialiser
nos chères petites têtes blondes dès leur si jeune
âge? Une mère de famille s’exprime.
N’est-ce pas lasser nos enfants que de leur infliger un éveil à la foi? Je vois plusieurs difficultés. D’abord pourquoi enlever au futur catéchète ou au pasteur, quelques années plus tard, le plaisir de labourer une terre vierge de connaissance biblique? N’est-il pas doux et agréable ce jour où, le temps de la confirmation et des boutons d’acné arrivant, des parents s’aviseront enfin de conduire leur progéniture au temple? Quel magnifique privilège de pouvoir enseigner alors, que Jésus n’est pas un maçon d’origine hispanique mais un juif de Galilée. Quelle faveur de pouvoir évoquer "le prince d’Egypte" comme personnage de la bible même s’il vous est répondu que l’on a préféré "le roi Lion"! Quelle saine émulation de se voir contraint d’expliquer tout l’évangile en trois leçons! Ensuite, il faut bien constater que, malheureusement les catéchètes perdent souvent du temps à vouloir utiliser des méthodes pédagogiques qu’ils pensent plus actuelles: vidéos, tableaux, photos, participation active. Les apôtres avaient-ils un tel matériel pour annoncer l’évangile? Cette pratique donne un côté ludique à l’enseignement biblique tout à fait déplaisant. Nos enfants ne risquent-ils pas d’imaginer que la foi est sans contrainte? sans sacrifice? Comment voulez-vous qu’un enfant de 2 à 5 ans comprenne la logique de la vraie instruction religieuse protestante celle qui, rigoureuse (rugueuse?), nous fut inculquer dans notre enfance? Enfin je ne suis pas sûr que cet "éveil à la foi" des petits ne soit pas un alibi pour opérer dans l’ombre une action un peu plus perfide: Le détournement des parents au culte! Dans notre paroisse, un temps d’éveil à la foi, une fois par mois, avait été proposé aux enfants dont les parents avaient demandé le baptême.
Certains conseillers presbytéraux s’étaient en effet inquiétés de ce qu’un "foyer mixte" aille à la messe plutôt qu’au temple. Ils apprirent que les catholiques avaient commencé un éveil religieux. Ils décidèrent d’en faire autant. Avec enthousiasme donc, des monitrices avaient regroupé des petits de 2 à 6 ans dans une salle annexe au temple. Après le premier cantique du culte ils quittaient leur parents. C’était alors, pour eux, l’occasion de dessiner, de chanter joyeusement, d’écouter de belles histoires avec des images. De cela je ne disconviens pas. Pourtant l’expérience périclita très vite! Les responsables paroissiaux avaient pensé à tout sauf à une chose: Admettons que les enfants aient apprécié ce temps mis à part. Ce sont nous, les parents, qui devions nous lever tôt le dimanche matin pour suivre un culte sans image! Je hais l’éveil à la foi!
