
Je n'aime pas le mot pluralisme Pasteur Michel BERTRANDFévrier 2000
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Je n'aime pas le mot pluralisme Pasteur Michel BERTRANDPas de conflit dans l’Église!Jean-Michel SAUTTER, Formateur et" coach" d’entreprise.
Le débat œcuménique Marcel MANOEL
Dialogue ou / et débat R.D. WeillDébat et Dialogue ... en politique Rencontre avec Christine Lazerges, député de l’Hérault. Propos recueillis par E. Humbert
Le dialogue dans l’Église: Un pilotage à vue!Maurice Morin, délégué syndical des contrôleurs aériens Marignane –Marseille.
Qui va piano… Alain Girard
Dialogue ou / et débat
Je n'aime pas le mot pluralisme car comme tous les mots en" isme" il a tendance à ériger en un système statique et clos, la réalité vivante, complexe, féconde de notre diversité. Et en ce sens le pluralisme peut, en effet, tuer le débat quand il se réduit à des affrontements dogmatiques entre des positions connues d'avance, sortes de connivences conflictuelles qui souvent d'ailleurs ne peuvent vivre les unes sans les autres. Notre Église a parfois connu cela et le "débat" politique nous en donne l'image chaque jour.Mais je n'aime pas non plus le mot pluralisme quand sous couvert de largeur d'esprit, il juxtapose les différences dans l'indifférence réciproque et installe une pseudo tolérance qui annule la possibilité même de débattre. Cela est particulièrement vrai aujourd'hui où dire les choses clairement est souvent moins bien perçu que de rester dans un flou et une ambiguïté qui arrangent tout le monde. Le relativisme ambiant, volontiers consensuel, supporte mal la recherche de la vérité et l'expression de convictions consistantes; on préfère l'authenticité des opinions, la sincérité des émotions et parfois l'excès des passions.
Enfin et surtout, je n'aime pas le mot pluralisme quand il prétend définir la réalité de notre Église. Car en 1938 l'Église réformée de France ne s'est pas construite sur le constat d'une diversité dont on prendrait son parti en l'aménageant, mais sur une dynamique d'unité autour d'une déclaration de foi. C'est pourquoi je parlerai plutôt de pluralité pour désigner cette unité dans la diversité où se confrontent les convictions diverses et se construisent les convictions communes sous la seule autorité du Christ. Il ne s'agit pas d'un pluralisme doctrinal où tout serait également acceptable, ni d'un oreiller de paresse, ni d'une forme de relativisme ou de scepticisme, mais d'une quête plurielle et communautaire en vue de rendre compte ensemble d'une vérité qui est toujours au-delà des langages dans lesquels nous prétendrions l'enfermer.
Et ce cheminement qui appelle entre nous discussion et travail d'approfondissement, trouve sa source dans le sacerdoce universel qui fait de chaque croyant un représentant du Christ pour son frère. Ce principe, loin de justifier un repli individualiste, nous relie aux autres dans l'Église, ouvrant un nécessaire espace pour la rencontre, pour le soutien fraternel, pour le débat et parfois la confrontation. Et pour cela nul besoin de ténors, ou de grandes voix, ou de maîtres à penser, ou de gourous, car chaque croyant a une égale valeur de parole et un droit égal d'apprécier celle des autres; mais nous avons besoin des frères et des sœurs pour opérer le permanent décapage de notre fidélité. Celle-ci ne résulte pas de l'addition d'opinions individuelles, elle est le fruit d'un discernement communautaire de la volonté de Dieu. D'où l'importance de la parole de chacun comme de l'écoute de chacun à l'égard des autres, car seule la diversité des points de vue peut faire surgir le plein relief du Christ et nous garder des prétentions individuelles et des dérives sectaires. Cette possibilité de débattre entre nous et devant Dieu est une chance et un privilège pour notre Église. Et je me réjouis de la voir régulièrement mise en œuvre dans les assemblées, les conseils et les synodes, et bientôt encouragée par le processus" Débat 2000 - 2000 débats" .
Cela implique de se donner le temps de clarifier les enjeux, d'entendre et d'échanger les arguments, de laisser se déployer les idées, les connaissances, les convictions, au-delà des avis des seuls experts théologiques. Cela implique aussi le courage d'affronter les désaccords, la volonté de les laisser s'exprimer librement dans le cadre d'un échange où chacun a la possibilité de prendre part. Cela implique enfin d'accepter par avance d'être interrogé et décalé par la parole des autres, constamment déplacé et renouvelé par la Parole de l'Autre. C'est ce qui fait du débat un temps de mise à l'épreuve, un temps d'interpellation, de remise en question, de conversion, où les convictions, loin de se dissoudre et de perdre leurs arêtes, s'affinent, s'avivent, se clarifient, se nuancent, se modifient parfois.
C'est dire que contrairement à ce qu'on croit souvent, le débat n'est pas d'abord un exercice intellectuel réservé à quelques-uns ou un questionnement aussi futile qu'interminable, mais il n'existe que sur fond de convictions fortes clairement énoncées. Il ne peut se vivre qu'entre des hommes et des femmes suffisamment enracinés dans la promesse du Christ pour ne pas avoir peur de la pluralité. On pourrait reprendre ici l'image musicale chère à BONHOEFFER, rappelant que lorsque retentit clairement la mélodie de l'Evangile, lorsque l'on est assuré de l'essentiel, lorsque notre identité nous est donnée, alors on peut accepter les variations, les différences, la diversité, la pluralité même si elles nous étonnent ou nous dérangent. Mais lorsqu'on est incertain de l'essentiel, alors la polyphonie devient cacophonie et bientôt s'installe le silence de voix exténuées. Au fond, la qualité du débat dans l'Église est toujours un signe de vitalité spirituelle.
Débat et Dialogue ... en politiqueIl en va aujourd'hui du débat comme du Royaume de Dieu selon la célèbre phrase de Loisy. Là où on attendait celui-ci, c'est l'Église qui est venue. Là où on attend le débat, c'est le dialogue qui prend sa place.
Bien sûr, cette affirmation n'est pas toujours exacte, elle a seulement pour but de souligner qu'il n'y a pas identité entre le dialogue et le débat, ni même similitude, ce qu'on aurait tendance à croire dans un monde de plus en plus consensuel et uniformisateur.
Le débat peut passer par le dialogue, mais s'il s'y arrête c'est qu'il n'y a pas de véritable enjeu et qu'il ne s'agit plus que d'un échange entre des personnes de bonne volonté, un entretien de bonne compagnie. Le dialogue sert alors à maintenir les bonnes relations entre les participants. Il permet d'ajuster des discours, des pensées, des idées et donc de mieux se comprendre. Chacun garde ses positions, ses idées et ne cherche pas à les faire partager aux autres mais seulement, et c'est beaucoup à se faire comprendre. Il n'y a donc pas d'enjeu véritable.
L'Evangile est-il un objet de débat ou un objet de dialogue? Voici une question que l'on peut se poser.
Le verbe débattre est dérivé de battre, le" dé" ayant une valeur intensive. Pendant longtemps il a gardé le sens de" battre fortement" . Ce sens c'est atténué, mais débattre signifie encore aujourd'hui" discuter vivement" .
le débat suppose que son objet est essentiel et vitale et qu'il mérite que l'on se batte pour lui (on se débat pour sauver sa vie lorsqu'on est pris dans un piège).
Posons-nous les questions suivantes:
Entre Jésus et les pharisiens, chefs du peuples...y avait-il dialogue ou débat?
Au XVIe siècle, entre les Réformateurs et les responsables de l'Église, y avait-il dialogue ou débat?
Aujourd'hui entre les religions doit-il y avoir dialogue ou débat? Dialogue et débat?
Loin d'opposer ces deux mots et leurs sens, prendre en compte leur différence c'est chercher à choisir ce qui aujourd'hui peut être objet de dialogue et ce qui peut être objet de débat pour ne pas affaisser le débat dans un dialogue sans véritable portée.
R.D. Weill
Pas de conflit dans l’Église!Rencontre avec Christine Lazerges, député de l’Hérault.
- Comment définiriez-vous dialogue et débat?
- Il me semble que dans un débat chacun énonce ses arguments, échange librement pour faire avancer la pensée, mais sans forcément envisager de se laisser convaincre. Un dialogue commence par une écoute réelle des arguments de l’autre.
J’aurais tendance à reprocher aux acteurs politiques de pratiquer trop souvent le débat sans dialogue. Pourtant le débat politique devient très riche lorsque s’y mêle le dialogue.
- Le débat politique est-il toujours un combat partisan?
- Si l’hémicycle est en effet un lieu de conflits partisans, il y en a en amont quantité de lieux ou le débat et le dialogue fonctionnent parfaitement. Les groupes de travail sont vraiment des lieux de débats entre spécialistes qui s’écoutent et parviennent à se forger une opinion commune. Le dialogue devient plus difficile quand s’affrontent ceux qui ont étudié la question et ceux qui ne la connaissent pas. Dialogue et débat sont rendus difficiles par un niveau de connaissance absolument inégal. C’est d’ailleurs le problème du débat politique d’une façon générale. S’y ajoute souvent le conflit entre l’intérêt public et l’intérêt localiste, pour ne pas dire électoraliste.
- Vous avez dit" débattre pour faire avancer la pensée"... La pensée avance-t-elle?
- Je l’ai expérimenté dans ma circonscription en suscitant des réunions complètement ouvertes: les gens ont des idées, ont envie de parler et cela permet réellement de faire progresser les idées. Je suis persuadée que l’avenir est dans le développement de la démocratie, le débat local, le dialogue. Les politiques sont particulièrement bien placés pour créer des lieux d’écoute.
Il me semble qu’il n’y a plus suffisamment de lieux de débat et de dialogue dans notre société. Les églises pourraient en être, elles ne le sont pas assez.
- Dans l’hémicycle aucun groupe n’est prêt à entendre les arguments des autres.
- Plus le sujet est idéologique, plus c’est difficile. Dans le cas du PACS, le débat a été complètement brouillé par des a priori idéologiques et affectifs. Les positions étaient figées d’avance, sans beaucoup de discussion possible. Mais par exemple, la réforme du code de la famille est vraiment le type de réforme qui doit se fonder sur le dialogue entre les politiques et pas seulement sur le débat.
- Le débat politique n’est-il pas discrédité par les empoignades de mauvaise foi dans un hémicycle à moitié vide, que nous montrent les journaux télévisés?
- Le débat dans l’hémicycle n’est que la partie visible de l’iceberg. Si nous y sommes peu nombreux c’est que nous travaillons ailleurs: à l’Assemblée Nationale il y a 30 réunions tous les jours. C’est en commissions qu’ont lieu les vrais débats car toutes les tendances y sont représentées. Dans l’hémicycle plus rien n’avance: on s’assure simplement qu’il y ait les majorités, on vient faire ratifier le travail préalable.
Propos recueillis par E. Humbert
Le dialogue dans l’Église: Un pilotage à vue!
Pourvu qu'il n'y ait pas de conflit! Telle est l'angoisse fréquente des organisateurs - et des participants - de nombre de nos assemblées d’Église. Et s’il pouvait en être quelque chose de bon?Un conflit n’est pas la fin du monde. Tout en faisant tout pour les éviter, les désamorcer et les résoudre, remarquons que les crises peuvent aussi être le révélateur de quelque chose: un problème, une idée, un changement. Disons-nous également que si un feu doit éclater, autant que ce soit maintenant, plutôt que de le laisser couver et finir par embraser la maison tout entière. Et disons-nous enfin que si une équipe ou une communauté sait résoudre un conflit, elle en sort grandie et renforcée. Le philosophe anglais David Hume ajoutait:" La vérité surgit du désaccord entre amis ".
Si le conflit fait partie de la vie, comment se fait-il qu’il soit parfois si difficile à Éviter, à enrayer, et souvent si violent dans l’Église de l’Evangile? En plus des innombrables racines humaines (peur pour soi ou crainte du changement, besoin de pouvoir ou de conquête, intérêt personnel, etc.), le conflit trouve paradoxalement dans nos Églises un terrain de développement particulier. D’une part, le bénévolat peut empêcher la remise en cause personnelle: si nous donnons notre argent, notre temps, le meilleur de nous-mêmes, comment admettre que ceci ne soit pas le meilleur tout court? Comment accepter que quelqu’un ose formuler une observation? Et comme nous y mettons notre passion, il n’est pas étonnant que l’affrontement soit passionné! D’autre part, en confrontant les expériences à l’intérieur et à l’extérieur de notre Église, on observe clairement dans nos communautés et nos instances un immense déficit de connaissances face aux pièges de la communication. Si, avec I Corinthiens 12, nous admettons et essayons de nous remonter le moral au sujet des différences dans l’Église, savons-nous réellement faire avec ces différences dans un conseil presbytéral ou une assemblée générale? On observe également une grande difficulté à découvrir les clés qui permettraient d’ouvrir quelques portes, chez nous et chez les autres. Le souci légitime de ne pas trop dire, par pudeur, par discrétion, nous conduit parfois à ne rien dire, ni rien savoir, de ce qui nous fait avancer ou nous empêche d’avancer, les uns et les autres. Dès lors, tâtonnant sur un territoire Étranger dont nous n’avons que des cartes fragmentaires et muettes, il n’y a rien d’étonnant à ce que nous risquions de broncher à chaque pas.
Si, dans notre Église, la dérive vers le conflit peut se relativiser et s’expliquer, elle peut également se soigner très bien. Tout simplement en apprenant à mieux communiquer, c’est-à-dire à redécouvrir quelque chose que nous pensons être inné, mais qui ne l’est plus du tout dans notre monde. Alors que tout autour de nous entreprises, administrations, associations, investissent dans cette formation de leur personnel et de leur encadrement, pourquoi nous en dispenserions-nous, même avec les ressources du saint-Esprit? Enfin, pourquoi ne pas demander une aide parmi tous ceux qui se tiennent aux marges de nos paroisses avec leur expérience quotidienne de la conduite des réunions, de la gestion des conflits, de la formation?
Jean-Michel SAUTTER,
Formateur et" coach" d’entreprise
La pensée en taille unique!
Lorsque l’on est conseiller presbytéral d’un côté, délégué syndical de l’autre, on est vite amené à faire des comparaisons des différentes pratiques de négociations. Conclusion: l’Église est un lieu de dialogue sous -exploité.Cinq heure, Noël est proche Le ciel sombre est étoilé. L'air est glacé Aucun faisceau halogène ne perce cette noirceur. Seuls, les projecteurs jaunes éclairent les parkings. Les terminaux sont pleins de passagers énervés. Les avions sont cloués au soi, une grève vient de commencer.
Profitant de la négociation sur temps de travail, les employeurs veulent casser la convention collective. Les salariés ainsi que leurs syndicats ne sont pas d'accord. La réunion devant débuter a neuf heures, les négociateurs patronaux arrivent peu avant les représentants des salarié sont déja présents et les informent que dix aéroports sont bloqués Surprise, mauvaise humeur, menaces Sur les aéroports c'est la panique les téléphones rougissent car toutes les compagnies font pression pour essayer de faire décoller leurs appareils. Enfin , vers dix heures, les directions retirent leur projet.
Après une assemblée du personnel il est décidé de reprendre le travail. Les grands oiseaux blancs peuvent à nouveau s'élancer vers le ciel dans un fracas assourdissant
Dans cette crise, il est facile de constater que c'est le rapport de forces qui à permis de faire pencher la balance en faveur des salariés.
Dans le cadre d'une réunion d’Église comme le Conseil presbytéral, nous ne sommes pas dans une configuration bi-polaire comme dans un conflit social, mais dans une configuration multipolaire. La pression est surtout exercée par des individualités qui ont de l'emprise sur le groupe (le savant, le silencieux, le râleur, l'indécis, l'agresseur). Le groupe arrive à fonctionner malgré (ou grâce) à cette diversité. Mais les discussions sont interminables et les décisions sont difficiles à prendre. D'autant plus que l'amitié vient peser sur le groupe et rendre le vote majoritaire compliqué voire impossible. Les compromis vont souvent à l'encontre de l'efficacité et engendre une perte de dynamisme ou le découragement. Ici, à mon avis, c’est le vote secret qui devrait pouvoir remplacer le rapport de force. Encore faudrait-il pouvoir le proposer sans froisser les susceptibilités.
Finalement, les négociations syndicales et les réunions de conseil presbytéral, ont une chose en commun: Des deux côtés on ne peut douter qu’il s’agit d’équipes de femmes et d'hommes complètement désintéressés prêts a donner une partie de leur énergie et de leur temps à la communauté par idéal ou par amour du prochain. N’avons-nous pas là, les atouts suffisants pour apprendre à mettre en place de vraies "plates-formes" de dialogue?
Maurice Morin, délégué syndical des contrôleurs aériens Marignane –Marseille.
Qui va piano…
Avez-vous remarquer nos difficultés à exposer nos convictions, à nous opposer à des idées à discuter des idées que nous ne partageons pas? Le conflit ou le claquage de porte n’est plus de mise aujourd’hui car nous vivons à l’heure de la pensée unique…La pensée unique n’est pas la pensée d’un seul, c’est l’unique pensée d’un groupe qui tend à faire prévaloir ce qu’il entend par la vérité, sa vérité qui vise à renfermer en elle toutes les vérités possibles et les ériger en contenu de pensée, le seul valable et donc le seul qui doive dominer. Actuellement c’est une tendance idéologique qui, sans porter son nom, induit fortement nos comportements sociaux. Il n’est pas bon aller à contre-courant. La pensée unique c’est la pensée bonne, la seule susceptible de réaliser un consensus. Elle est synonyme d’identité en ce qu’elle ne comporte pas de contradiction et s’impose avec l’impérialisme de la vérité supposée. De ce fait elle prétend abolir tous les conflits en noyant les différences, ce qui, par ailleurs, entraîne un immobilisme paresseux. Si dans un premier temps elle semble commode et sécurisante, elle nivelle toute différence et par là est en facteur d’uniformité donc de stagnation des idées. Elle est certes un facteur de cohérence dans la vie d’un groupe, d’ordre, mais au détriment du progrès des idées.
On voit ainsi tout de suite les écueils que constitue un tel système de pensée pour l’Église. En effet si la pensée unique élimine la pluralité de points de vue, la diversité des idées au profit d’un dogmatisme monolithique, elle élimine toute vie au niveau des relations des membres de l’Église entre eux. Si elle abolit la possibilité de tout désaccords, du même coup elle supprime la possibilité des débats constructifs et, avec elle, celle d’accords dûment fondés et justifiés sur la base d’une entente préalable. La pensée unique enlève toute chance d’échanges créateurs, peut-être agressifs mais toujours fructueux dans l’Église. Elle empêche l’entente de se réaliser sur la base d’un partage fécond des idées. C’est dire aussi que la pensée unique est créatrice d’une certaine carence dans les rapports inter-ecclésiaux qui simplifie les idées consensuelles et évite les points litigieux. Cela ne peut aller sans grave conséquence sur le plan spirituel lui-même. Si elle semble être un facteur d’ordre, celui-ci est complètement formel et porte préjudice à une communion réelle entre membres de l’Église, facteur d’une vie ecclésiale dynamique solide et forte.
Vivre un pluralisme cohérent cela ne signifie pas se relâcher dans la poursuite de la vérité mais, au contraire en faire le moteur de l’échange. Si la pensée unique empêche tout dialogue à deux ou plusieurs voix., elle s’oppose à une autre recherche du consensus fondée, elle, sur l’entente réalisée sur la base du partage d’idées: l’unité qui nous vient de l’Esprit.
Marguerite Baude. Théologienne, professeur de philosophie.
Le débat œcuménique
Lentement, lentement les négociations entre syndicat et dirigeants avancent à petits pas, tout comme les projets d’Église. Témoignage d’un délégué syndical." Dans le cadre de la semaine d’action demandant la réduction du temps de travail par l’adoption de la semaine de 35 heures, et cela au niveau européen, le syndicat X de la Société Y demande l’ouverture de négociations sur cette revendication au niveau de notre établissement ".
Cette délégation du personnel que j’ai retrouvé il y a peu de temps date du 29 novembre 1979. Plus de quinze ans de représentation syndicale m’ont démontré que la patience était un des meilleurs atouts du représentant syndical.
Bien sûr, on peut parler des entreprises de déstabilisation, des radios couloirs, des " coups de gueules " ou des " tuyaux crevés ". Mais cela n’empêche: il faut être patient. Patient dans tout ce que cela suppose de pugnacité, de répétition des paroles et des gestes, d’âpreté. Quelques fois, quelques seulement, un peu d’humour permet de faire que les relations ne soient pas sans arrêt à " couteaux tirés ".
Combien de problèmes maintes fois remis sur le tapis, de réponses absentes ou évasives, qui font du délégué du personnel un sempiternel râleur.
Placé à la conjonction des exécutants (le personnel) et des dirigeants (l’encadrement), il faut sans cesse être sur la brèche, car personne ne vous épargne que ce soit d’un côté ou de l’autre. Alors me diriez-vous, vous êtes " maso "? Loin de moi cette pensée, au contraire c’est une impression de servir à quelque chose, de rendre à la communauté de ceux qui n’ont pas le pouvoir, un certain sentiment d’exister.
C’est dans cette patience que l’on peut discerner certaines similitudes entre la Section syndicale d’une entreprise et le Conseil presbytéral d’une paroisse.
Bien sûr, le conseil presbytéral n’a pas à revendiquer (quoique…!), il n’a pas à polémiquer ni exiger telle ou telle action, ou mener telle ou telle " rébellion ".
Mais le conseil presbytéral doit avoir souvent une grande patience car les affaires traitées qui sont celles de l’église avancent lentement, lentement… Bien sûr s’agissant des affaires de l’Église nous avons " l’éternité devant nous "…
LE parallèle que l’on peut distinguer dans la façon de vivre sa condition de représentant syndical ou de conseiller presbytéral se retrouve en fait dans cette notion de service. Et si, de l’action, naissent de relations amicales ou fraternelles, alors c’est pleinement réussi. Avec bien sûr, il ne faut jamais l’oublier: de la patience!…
Alain Girard
Qu'est-ce que la théologie des religions?
Marcel MANOELL'œcuménisme ne se réduit certainement pas au dialogue œcuménique, mais se vit tout autant dans le culte rendu ensemble à Dieu, ainsi que dans le témoignage et le service communs du Christ. Ce dialogue est aujourd'hui doublement interrogé. Certains se demandent s'il est utile de le continuer, alors qu'on en voit si peu d'effets. D'autres pensent que c'est plus largement le débat inter-religieux qui devrait maintenant mobiliser nos forces. Le dialogue œcuménique a-t-il donc encore un intérêt spécifique?
Un débat … pour entendre
On imagine souvent – et on pratique malheureusement parfois! - le dialogue œcuménique comme une négociation entre institutions rivales qui doivent néanmoins unir leurs forces contre l'athéisme ou les autres religions. Le but est alors d'arriver à une sorte d'accord général qui éliminerait les points de friction. On troquerait un peu moins de magistère papal contre un peu plus de sacerdoce universel, pas trop de piété mariale contre pas trop de femmes ordonnées, etc. … avec, au plan local, la recherche d'un savant équilibre entre les uns et les autres!
Bien loin de cela, le débat œcuménique, pour être vrai, ne peut être rien d'autre que l'accueil et la confession de l'unité reçue:" L'unité est un don de Dieu le Père, réalisée en Jésus-Christ et manifestée par l'Esprit-Saint.
Nous confessons que l'Église est une, comme elle est sainte, universelle et apostolique. L'unité n'est donc pas une donnée seconde, mais elle fait partie de l'être même de l'Église..."(Synode national ERF 1994). Le dialogue œcuménique a donc pour première fonction d'écouter. S'il met en œuvre tous les moments du débat (la question, la comparaison, l'approbation, la critique, le refus, etc.) ce n'est pas d'abord pour concilier des points de vue et des intérêts, mais pour que ses partenaires reçoivent ensemble, dans le débat lui-même, la parole d'un Autre, du Seigneur, qui seul a la Parole pour la vie de son Église.
C'est sans doute dans la mesure où il est le lieu de cette disponibilité assumée en commun que le débat œcuménique se différencie des autres débats, par ailleurs fort nécessaires, entre les différentes religions et familles de pensée humaines.
Un débat continué
Normalement, tout débat tend à une conclusion qui vient le clore, au moins provisoirement. S'il est écoute du Seigneur, le débat œcuménique ne peut tendre qu'à sa poursuite.
Bien sûr, on peut et doit espérer que les dialogues à propos des conflits du passé pourront un jour être clos par la réconciliation reconnue et proclamée, un don de Dieu qui déborde largement les textes d'accord et les motions de conciliation qui jalonnent pourtant utilement nos cheminements. Mais ce
serait une grande naïveté de croire que le débat œcuménique pourrait s'arrêter là! Car, au-delà de la réconciliation des mémoires, il aura toujours pour tâche la concertation en vue du témoignage actuel, et la vérification de la communion dans le service que chaque Église, en chaque lieu, a pour vocation d'enraciner dans une réalité, une culture, une histoire et une actualité particulière. Là, l'arrêt du débat signifierait le repli sur soi et l'oubli de la fraternité et de la communion!
Un débat pour construire l'Église et pour proposer l'Evangile.
Enfin, le débat œcuménique n'a pas son sens en lui-même. S'il est vraiment écoute de la volonté du Seigneur, il est au cœur de la vie de l'Église. Il nourrit son témoignage et contribue à sa construction.
Ce qui veut dire qu'il est appelé à produire des résultats: des paroles et des gestes qui proposent la foi, des accords qui formulent les convergences et articulent les différences reconnues, une pratique commune avec des ministères et des structures acceptés, au service du témoignage évangélique et de l'édification de l'Église. Ce qui veut dire aussi que le débat œcuménique ne devrait pas être confiné dans des groupes de spécialistes, mais s'ouvrir largement à toutes celles et tous ceux qui participent à la vie et à la mission reçues du Christ!
par Marc Boss
La théologie chrétienne a produit, au fil de son histoire, des discours très divers, voire contradictoires sur l'attitude qu'il convient d'adopter face aux autres religions. Ces discours relèvent de ce qu'on appelle la" théologie des religions". La "théologie des religions" ne doit pas être confondue avec des disciplines académiques telles que l'histoire ou la sociologie des religions. Ces disciplines qu'on regroupe habituellement sous l'appellation de "sciences des religions" reposent en principe sur une approche purement descriptive des croyances, des pratiques et des institutions religieuses. La théologie des religions revendique au contraire une démarche normative. Ce qui l'intéresse, ce n'est pas tant le fait que le droit. La théologie des religions ne prétend donc pas adopter la position neutre d'un observateur qui se contenterait d'établir un inventaire des croyances; elle prend le risque de dire non seulement ce qui se croit, mais aussi ce qui devrait être cru. Elle s'interroge par conséquent sur la valeur et la signification des religions du point de vue d'une tradition particulière — en l'occurrence, pour ce qui nous concerne, la tradition chrétienne.
La théologie des religions est-elle aussi vieille que le christianisme lui-même? On pourrait le soutenir, puisque dès l'antiquité les théologiens chrétiens ont cru devoir se positionner face aux religions gréco-romaines d'une part et au judaïsme d'autre part. Mais ce n'est qu'à partir des années 1960 que la théologie des religions s'est progressivement imposée, dans l'Église catholique aussi bien qu'au Conseil Œcuménique des Églises, comme une tâche centrale de la réflexion théologique. À la troisième Assemblée du Conseil Oecuménique à New Dehli (1961) comme au Concile de Vatican II (1962-1965), les grandes Églises chrétiennes constatent une crise des conceptions traditionnelles de l'activité missionnaire. C'est pour répondre à cette crise — qui s'annonce au moins partiellement comme un effet de la décolonisation — que la mission des chrétiens envers les croyants des autres traditions religieuses se voit repensée en termes de dialogue plutôt que de témoignage unilatéral ou de prosélytisme. Mais ce que l'on entend alors par dialogue est loin d'être clair. Comment faut-il dialoguer, dans quel but, avec quelles limites? Doit on renoncer à chercher la conversion du partenaire de dialogue ou le dialogue doit-il être conçu comme une forme douce, non agressive de prosélytisme? Doit-on accepter de se laisser transformer par le dialogue ou le dialogue a-t-il pour seul objectif de transformer l'autre? Autant de questions que pose le dialogue inter-religieux, questions auxquelles la théologie des religions a pour tâche de répondre. On pourrait dire, de ce point de vue, que la théologie des religions est la théorie dont le dialogue inter-religieux est la pratique.
La théologie des religions n'est donc pas simplement une discipline périphérique et plus ou moins facultative de la théologie tout court. Les options que nous prenons, délibérément ou non, en matière de théologie des religions, ne déterminent pas seulement la vision que nous avons des autres religions, elles affectent aussi et d'abord la manière dont nous nous comprenons nous-mêmes. La confrontation avec d'autres traditions religieuses nous oblige à repenser, à frais nouveaux, les pratiques et les croyances qui constituent notre héritage et notre identité. C'est dire l'ampleur de l'enjeu.
Il me semble, pour ma part, qu'une interprétation conséquente du principe de la justification par grâce devrait nous permettre de relever ce défi avec une tranquille assurance. Tirer les conséquences de ce principe dans le champ du savoir théologique, c'est admettre en effet que nous ne sommes pas justifiés devant Dieu par nos doctrines ou nos croyances, mais bien plutôt malgré elles! Cela n'implique pas que les doctrines et les croyances soient sans importance et que tout discours théologique en vaille un autre. Tout dialogue doit inclure la possibilité d'un désaccord, sans quoi le prétendu dialogue n'est guère qu'un exercice diplomatique ou un échange de politesses (ce qui, soit dit en passant, vaut déjà mieux qu'un coup de hallebarde!). Mais si le dialogue présuppose la possibilité d'un désaccord, ce désaccord devrait pouvoir s'exprimer sans faire surgir automatiquement le spectre d'une damnation réciproque! Parce qu'elle nous permet de dissocier la question "comment être sauvé?" de la question "que faut-il croire ou penser?", la doctrine de la justification nous offre — pour peu qu'on étende sa portée au domaine de la connaissance — d'envisager, avec la sérénité requise, l'ensemble des issues auxquelles un dialogue authentique doit normalement pouvoir conduire, qu'il s'agisse d'une meilleure compréhension mutuelle, d'une révision doctrinale réciproque (voire unilatérale) ou du simple constat d'un désaccord persistant.

Paroles Bibliques
Même si tout est bouleversé, vivre, jour après jour, de la grâce…
"Elle s'est manifestée, la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes." Tite 2, verset 11.La vie chrétienne, pour une Église de la fin du 1er siècle.
Le texte: Tite 2, 1-14 (traduction en français fondamental).
1 "Mais toi, dis ce qui est en accord avec l'enseignement juste.
Les personnes âgées
2 Demande aux hommes âgés d'être sobres, respectables, raisonnables, solides dans la foi, dans l'amour et la patience. 3 De même, demande aux femmes âgées de mener une vie qui plaît à Dieu. Elles ne doivent pas dire du mal des autres, ni être esclaves de la boisson. Qu'elles enseignent ce qui est bien. 4 Qu'elles apprennent donc aux jeunes femmes à aimer leur mari et leurs enfants, 5 à être des personnes raisonnables et pures. Elles doivent s'occuper de leur maison, être aimables, obéir à leur mari. Alors on ne pourra pas dire du mal de la parole de Dieu.Les jeunes gens
6 Encourage aussi les jeunes gens à être raisonnables. 7 Toi-même, donne en toutes choses l'exemple d'une bonne conduite: sois sincère et sérieux quand tu enseignes. 8 Que tes paroles soient justes pour qu'on ne les critique pas. Ainsi, nos ennemis ne trouveront aucun mal à dire de nous et ils seront couverts de honte.Les esclaves
9 Il faut que les esclaves obéissent à leurs maîtres en toutes choses. Ils doivent chercher à leur plaire en évitant de se disputer avec eux 10 et de les voler. Qu'ils soient toujours parfaitement fidèles à leurs maîtres. Alors, en toutes choses, ils feront honneur à l'enseignement de Dieu notre Sauveur.Jésus a voulu faire de nous son peuple
11 Oui, Dieu a montré son amour qui sauve tous les êtres humains. 12 Cet amour nous apprend à rejeter ce qui est mauvais et les désirs de ce monde. Ainsi, nous pourrons mener sur cette terre une vie raisonnable, juste et fidèle à Dieu, 13 en attendant le merveilleux jour que nous espérons. Ce jour-là, notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ paraîtra dans sa gloire. 14 Il a donné sa vie pour nous, afin de nous libérer de tout mal. Il a voulu faire de nous un peuple pur, un peuple qui soit à lui, toujours prêt à faire le bien.Bouleversements…
Bouleversements lents, étalés sur des décennies, ou catastrophes subites comme celles qui ont marqué l'entrée dans l'an 2000 (la marée noire qui pollue nos côtes et les tempêtes qui ont dévasté notre pays), nous sommes tous concernés! Car ces événements nous amènent à mieux comprendre les contrées qui sont directement exposées chaque année à de pareilles catastrophes; ils nous poussent à faire le point sur nos propres comportements; ils nous obligent à modifier en profondeur notre manière de vivre… Et quelles que soient les initiatives et les solidarités mises en œuvre maintenant, il restera des blessures et des séquelles pendant bien des années.
Des bouleversements, il y en a eu, au 20e siècle! Sans remonter aux deux guerres mondiales, sans même remonter au-delà de Mai 68, que de bouleversements dans nos pays européens! Citons l'essor économique des "Trente Glorieuses", avec ses corollaires, l'inflation galopante et l'invitation massive à l'immigration venue du Sud; la sécularisation, en fait la déchristianisation de la société, la chute du Mur, la désagrégation du bloc soviétique, la réalisation et l'élargissement de l'Union Européenne, la mondialisation de l'économie et l'inquiétante montée du chômage…
Rien n'est donc plus comme "avant": la réalité même d'un pays n'est plus une évidence; la vie ou la survie des Églises historiques minoritaires (l'Église réformée par exemple) n'est plus certaine; le travail n'est plus ni stable ni sûr, la famille peut éclater une ou plusieurs fois au cours d'une existence humaine; la sécurité des biens et des personnes n'est plus assurée dans certaines portions du territoire…
Se perdre ou s'adapter…
Ce qui est vrai à l'échelle du monde ou à celle d'un pays, l'est également dans notre vie individuelle et familiale: que surviennent un décès, une séparation, un départ, un changement dans notre travail et voilà qu'il faut se remettre sur pied, tout réorganiser, rééquilibrer et réorienter.
On ne se rend pas assez compte combien chaque bouleversement (qu'il soit technique ou politique, démographique ou économique, culturel ou spirituel) nécessite de changements et d'adaptations dans la simple gestion quotidienne, sans parler d'une vision d'avenir cohérente. Un exemple parmi bien d'autres? Qu'on néglige ou repousse la question d'un encadrement spirituel de qualité pour les enfants issus de l'Islam, et nous voici devant un problème de "sauvageons" de plus en plus difficile à résoudre!
Mais pourquoi, me dira-t-on, rappeler l'histoire des 30 dernières années pour introduire à un verset aussi limpide que Tite 2,11: "Elle s'est manifestée, la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes."
Une situation nouvelle
Le salut par la grâce de Dieu, n'est-ce pas le pur enseignement des grandes épîtres de Paul? Tout au plus pourrait-on remarquer qu'il manque le mot "foi", souvent remplacé par les mots "piété", dans les épîtres à Timothée et Tite! Certes, la signature est toujours celle de l'apôtre Paul, mais les lecteurs ont bien changé! À travers ces dernières épîtres, appelées "pastorales", on se rend compte que l'Église n'est plus toute jeune, et qu'en quelques dizaines d'années, des problèmes nouveaux ont surgi… Déjà, l'enthousiasme et la spontanéité du début sont retombés. L'Église est établie: plus visible, elle est aussi devenue plus facilement critiquable; dispersée dans un monde différent, elle rencontre, au mieux, l'indifférence, et de plus en plus, l'hostilité, jusqu'à la persécution parfois.
Lorsqu'une Église n'a plus le feu sacré d'une communauté "jeune", que se passe-t-il? Les membres peu convaincus vont "voter avec leurs pieds" et simplement se retirer. D'autres, un peu plus "chrétiens", iront chercher leur bonheur ailleurs, dans une Église plus jeune; d'autres enfin, vers des spiritualités orientales plus dans l'air du temps… Eventuellement, ils fonderont eux-mêmes leur secte ou leur groupe. Pour des communautés vieillissantes, autrefois conquérantes, le choc est rude!
Mais devant cette situation nouvelle, nous ne sommes pas démunis. Déjà les épîtres pastorales l'avaient envisagée, et proposé des initiatives nouvelles. Là où les problèmes se réglaient par la présence de l'apôtre, ou par son courrier répondant au cas par cas, il faut à présent faire face avec les moyens du bord; là où les membres fondateurs garantissaient la vie de la communauté, il faut à présent vivre avec une vieille génération diminuées par l'âge quand elle n'a pas déjà disparu, et une nouvelle génération qui ne sent pas toujours concernée par les choix des anciens…
(Dans le même sens, vous qui lirez ces lignes, n'accepterez peut-être pas, tels que, tous les conseils de l'épître à Tite
Priorités…
Mais il y a deux ou trois choses à y prendre impérativement en compte. D'abord, être conscient du fait qu'une Église qui veut vivre et grandir doit s'occuper de tous ses membres, et par priorité, de ceux qui sont le plus fragilisés. De même dans une famille, il faut que tous les membres se sachent aimés, et tout particulièrement lorsqu'ils sont immatures, sans ressources, handicapés ou très âgés! L'épître à Tite désigne par priorité les personnes âgées, les femmes au foyer, les jeunes et les esclaves.
Aujourd'hui on pourrait citer les adultes déboussolés par l'instabilité du travail ou de la vie du couple, sans oublier ni les enfants, ni les jeunes, ni les plus âgés avec leurs problèmes spécifiques. L'Église a vocation d'être là pour tous, pas pour une seule catégorie de gens. Et ce service pour tous mérite une organisation solide, dans laquelle le pasteur sera, certes, responsable, mais pas seul à être impliqué une Église, une communauté locale, est toujours à édifier, toujours à reconstruire et un pasteur, un conseil presbytéral ou paroissial, doivent être là pour tous, pas seulement pour une ou deux catégories de personnes.
Enfin, et surtout, il faut éviter la tentation totalitaire, qui consisterait à tout contrôler, à tout diriger dans les moindres détails, à légiférer en toutes choses. Car toutes les recommandations de l'apôtre sont, comme dans les grandes épîtres, rattachées à la grâce, et non à la loi.
Salut par la grâce ou sacrifices pour faire son propre salut?
Jean Baubérot écrit: "Au 21e siècle, il faudra coûte que coûte, encore et toujours défendre le salut par la grâce! Il faut montrer aux gens en quoi le salut par la grâce donne une vision de la vie différente. … C'est un peu par là que le protestantisme tient debout ou tombe. Je reconnais que c'est polémique à la fois contre les autosaluts* séculiers (comme le sacrifice pour la patrie, pour le progrès, pour le conformisme) et polémique contre les autosaluts religieux. Nous sommes appelés à une perpétuelle autocritique des conceptions que nous avons de notre salut. Proclamer le salut par grâce, c'est un défi difficile, mais c'est le cœur même de la raison d'être du protestantisme."
Ce n'est pas la morale ou le moralisme qui font le chrétien, et encore moins qui feraient le salut, mais c'est l'amour de Dieu en Jésus-Christ.
C'est l'amour de Dieu en Jésus-Christ, la grâce, qui suscite des hommes et des femmes chrétiens, c'est-à-dire heureux d'aimer les autres à leur tour au nom de Jésus-Christ, et de trouver pour cela les indications concrètes et toujours actuelles dans la Parole de Dieu.Frédéric HUMBER.
*autosalut: salut opéré par ses propres forces humaines, par dévouement, sacrifice etc… et non reçu comme un don de Dieu, qui nous mette en marche pour aimer et servir le prochain. (NdR)