Février 2000

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Paroles Bibliques

Même si tout est bouleversé, vivre, jour après jour, de la grâce…

 
"Elle s'est manifestée, la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes." Tite 2, verset 11.

La vie chrétienne, pour une Église de la fin du 1er siècle.

Le texte: Tite 2, 1-14 (traduction en français fondamental).

1 "Mais toi, dis ce qui est en accord avec l'enseignement juste.

Les personnes âgées
2 Demande aux hommes âgés d'être sobres, respectables, raisonnables, solides dans la foi, dans l'amour et la patience. 3 De même, demande aux femmes âgées de mener une vie qui plaît à Dieu. Elles ne doivent pas dire du mal des autres, ni être esclaves de la boisson. Qu'elles enseignent ce qui est bien. 4 Qu'elles apprennent donc aux jeunes femmes à aimer leur mari et leurs enfants, 5 à être des personnes raisonnables et pures. Elles doivent s'occuper de leur maison, être aimables, obéir à leur mari. Alors on ne pourra pas dire du mal de la parole de Dieu.

Les jeunes gens
6 Encourage aussi les jeunes gens à être raisonnables. 7 Toi-même, donne en toutes choses l'exemple d'une bonne conduite: sois sincère et sérieux quand tu enseignes. 8 Que tes paroles soient justes pour qu'on ne les critique pas. Ainsi, nos ennemis ne trouveront aucun mal à dire de nous et ils seront couverts de honte.

Les esclaves
9 Il faut que les esclaves obéissent à leurs maîtres en toutes choses. Ils doivent chercher à leur plaire en évitant de se disputer avec eux 10 et de les voler. Qu'ils soient toujours parfaitement fidèles à leurs maîtres. Alors, en toutes choses, ils feront honneur à l'enseignement de Dieu notre Sauveur.

Jésus a voulu faire de nous son peuple
11 Oui, Dieu a montré son amour qui sauve tous les êtres humains. 12 Cet amour nous apprend à rejeter ce qui est mauvais et les désirs de ce monde. Ainsi, nous pourrons mener sur cette terre une vie raisonnable, juste et fidèle à Dieu, 13 en attendant le merveilleux jour que nous espérons. Ce jour-là, notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ paraîtra dans sa gloire. 14 Il a donné sa vie pour nous, afin de nous libérer de tout mal. Il a voulu faire de nous un peuple pur, un peuple qui soit à lui, toujours prêt à faire le bien.

Bouleversements…

Bouleversements lents, étalés sur des décennies, ou catastrophes subites comme celles qui ont marqué l'entrée dans l'an 2000 (la marée noire qui pollue nos côtes et les tempêtes qui ont dévasté notre pays), nous sommes tous concernés! Car ces événements nous amènent à mieux comprendre les contrées qui sont directement exposées chaque année à de pareilles catastrophes; ils nous poussent à faire le point sur nos propres comportements; ils nous obligent à modifier en profondeur notre manière de vivre… Et quelles que soient les initiatives et les solidarités mises en œuvre maintenant, il restera des blessures et des séquelles pendant bien des années.

Des bouleversements, il y en a eu, au 20e siècle! Sans remonter aux deux guerres mondiales, sans même remonter au-delà de Mai 68, que de bouleversements dans nos pays européens! Citons l'essor économique des "Trente Glorieuses", avec ses corollaires, l'inflation galopante et l'invitation massive à l'immigration venue du Sud; la sécularisation, en fait la déchristianisation de la société, la chute du Mur, la désagrégation du bloc soviétique, la réalisation et l'élargissement de l'Union Européenne, la mondialisation de l'économie et l'inquiétante montée du chômage…

Rien n'est donc plus comme "avant": la réalité même d'un pays n'est plus une évidence; la vie ou la survie des Églises historiques minoritaires (l'Église réformée par exemple) n'est plus certaine; le travail n'est plus ni stable ni sûr, la famille peut éclater une ou plusieurs fois au cours d'une existence humaine; la sécurité des biens et des personnes n'est plus assurée dans certaines portions du territoire…

Se perdre ou s'adapter…

Ce qui est vrai à l'échelle du monde ou à celle d'un pays, l'est également dans notre vie individuelle et familiale: que surviennent un décès, une séparation, un départ, un changement dans notre travail et voilà qu'il faut se remettre sur pied, tout réorganiser, rééquilibrer et réorienter.

On ne se rend pas assez compte combien chaque bouleversement (qu'il soit technique ou politique, démographique ou économique, culturel ou spirituel) nécessite de changements et d'adaptations dans la simple gestion quotidienne, sans parler d'une vision d'avenir cohérente. Un exemple parmi bien d'autres? Qu'on néglige ou repousse la question d'un encadrement spirituel de qualité pour les enfants issus de l'Islam, et nous voici devant un problème de "sauvageons" de plus en plus difficile à résoudre!

Mais pourquoi, me dira-t-on, rappeler l'histoire des 30 dernières années pour introduire à un verset aussi limpide que Tite 2,11: "Elle s'est manifestée, la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes."

Une situation nouvelle

Le salut par la grâce de Dieu, n'est-ce pas le pur enseignement des grandes épîtres de Paul? Tout au plus pourrait-on remarquer qu'il manque le mot "foi", souvent remplacé par les mots "piété", dans les épîtres à Timothée et Tite! Certes, la signature est toujours celle de l'apôtre Paul, mais les lecteurs ont bien changé! À travers ces dernières épîtres, appelées "pastorales", on se rend compte que l'Église n'est plus toute jeune, et qu'en quelques dizaines d'années, des problèmes nouveaux ont surgi… Déjà, l'enthousiasme et la spontanéité du début sont retombés. L'Église est établie: plus visible, elle est aussi devenue plus facilement critiquable; dispersée dans un monde différent, elle rencontre, au mieux, l'indifférence, et de plus en plus, l'hostilité, jusqu'à la persécution parfois.

Lorsqu'une Église n'a plus le feu sacré d'une communauté "jeune", que se passe-t-il? Les membres peu convaincus vont "voter avec leurs pieds" et simplement se retirer. D'autres, un peu plus "chrétiens", iront chercher leur bonheur ailleurs, dans une Église plus jeune; d'autres enfin, vers des spiritualités orientales plus dans l'air du temps… Eventuellement, ils fonderont eux-mêmes leur secte ou leur groupe. Pour des communautés vieillissantes, autrefois conquérantes, le choc est rude!

Mais devant cette situation nouvelle, nous ne sommes pas démunis. Déjà les épîtres pastorales l'avaient envisagée, et proposé des initiatives nouvelles. Là où les problèmes se réglaient par la présence de l'apôtre, ou par son courrier répondant au cas par cas, il faut à présent faire face avec les moyens du bord; là où les membres fondateurs garantissaient la vie de la communauté, il faut à présent vivre avec une vieille génération diminuées par l'âge quand elle n'a pas déjà disparu, et une nouvelle génération qui ne sent pas toujours concernée par les choix des anciens…

(Dans le même sens, vous qui lirez ces lignes, n'accepterez peut-être pas, tels que, tous les conseils de l'épître à Tite

Priorités…

Mais il y a deux ou trois choses à y prendre impérativement en compte. D'abord, être conscient du fait qu'une Église qui veut vivre et grandir doit s'occuper de tous ses membres, et par priorité, de ceux qui sont le plus fragilisés. De même dans une famille, il faut que tous les membres se sachent aimés, et tout particulièrement lorsqu'ils sont immatures, sans ressources, handicapés ou très âgés! L'épître à Tite désigne par priorité les personnes âgées, les femmes au foyer, les jeunes et les esclaves.

Aujourd'hui on pourrait citer les adultes déboussolés par l'instabilité du travail ou de la vie du couple, sans oublier ni les enfants, ni les jeunes, ni les plus âgés avec leurs problèmes spécifiques. L'Église a vocation d'être là pour tous, pas pour une seule catégorie de gens. Et ce service pour tous mérite une organisation solide, dans laquelle le pasteur sera, certes, responsable, mais pas seul à être impliqué une Église, une communauté locale, est toujours à édifier, toujours à reconstruire et un pasteur, un conseil presbytéral ou paroissial, doivent être là pour tous, pas seulement pour une ou deux catégories de personnes.

Enfin, et surtout, il faut éviter la tentation totalitaire, qui consisterait à tout contrôler, à tout diriger dans les moindres détails, à légiférer en toutes choses. Car toutes les recommandations de l'apôtre sont, comme dans les grandes épîtres, rattachées à la grâce, et non à la loi.

Salut par la grâce ou sacrifices pour faire son propre salut?

Jean Baubérot écrit: "Au 21e siècle, il faudra coûte que coûte, encore et toujours défendre le salut par la grâce! Il faut montrer aux gens en quoi le salut par la grâce donne une vision de la vie différente. … C'est un peu par là que le protestantisme tient debout ou tombe. Je reconnais que c'est polémique à la fois contre les autosaluts* séculiers (comme le sacrifice pour la patrie, pour le progrès, pour le conformisme) et polémique contre les autosaluts religieux. Nous sommes appelés à une perpétuelle autocritique des conceptions que nous avons de notre salut. Proclamer le salut par grâce, c'est un défi difficile, mais c'est le cœur même de la raison d'être du protestantisme."

Ce n'est pas la morale ou le moralisme qui font le chrétien, et encore moins qui feraient le salut, mais c'est l'amour de Dieu en Jésus-Christ.
C'est l'amour de Dieu en Jésus-Christ, la grâce, qui suscite des hommes et des femmes chrétiens, c'est-à-dire heureux d'aimer les autres à leur tour au nom de Jésus-Christ, et de trouver pour cela les indications concrètes et toujours actuelles dans la Parole de Dieu.

Frédéric HUMBER.

*autosalut: salut opéré par ses propres forces humaines, par dévouement, sacrifice etc… et non reçu comme un don de Dieu, qui nous mette en marche pour aimer et servir le prochain. (NdR)