Juillet - août 2000

Plus que 21 ans …
La vie du consistoire

Plus que 21 ans …

Alors que l'été commence et que nous allons profiter du soleil pour refaire le plein d'énergie, une petite nouvelle presque passée inaperçue devrait nous faire bronzer plus intelligemment.
Elle est déjà ancienne dans le flot des médias qui en quinze jours oublient le passé, elle date du 14 juin. Ce jour-là, on annonce l'accord entre le gouvernement allemand et les industriels pour une sortie programmée du nucléaire civil. En 2021, la dernière centrale nucléaire allemande cessera de fonctionner, la page sera tournée de l'exploitation de cette énergie miraculeuse autant que dangereuse. Quelques dizaines de siècles plus tard, les déchets produits aujourd'hui auront peut-être perdu leur radioactivité, juste un peu de patience…, au moins l'Allemagne cessera d'en produire.

La dernière moitié du siècle aura été marquée par le nucléaire, le prochain sera celui de son abandon. Car, à n'en pas douter tous les pays industriels suivront l'exemple, tôt ou tard. Tous feront le choix des énergies renouvelables, soleil, biomasse nouvelle génération, énergie éoliennes. Nous n'aurons plus besoin de faire violence à la terre pour en extraire des sources d'énergie limitées et polluantes, le pétrole s'épuisera, les jours du charbon sont déjà comptés. Les avancées technologiques serviront non plus à faire courir des risques inconsidérés à l'humanité mais au contraire à exploiter intelligemment l'énergie que la nature nous prodigue. C'est précisément grâce à l'avancée technique que nous pouvons enfin réconcilier le développement industriel et social avec la nature, l'un n'étant pas au prix de l'autre.

Le nucléaire n'est cependant pas qu'une source d'énergie hors de prix, c'est aussi, et d'abord, une arme. Et celle-ci, rien n'annonce encore sa disparition, il nous faudra encore un peu, beaucoup, d'avancée de la civilisation, de la démocratie et du développement mondial pour envisager un jour un monde débarrassé de ce danger. En même temps, il ne faut pas rêver, les armes existent depuis que l'homme existe et tant qu'il y aura des hommes, ils se feront violence les uns aux autres. Mais peut-être que nous pouvons là aussi commencer individuellement à nous faire violence à nous-mêmes d'abord pour refuser d'en user contre l'autre. En nous rendant compte qu'elle nous dégrade et nous rend méprisables.

C'est Albert Schweitzer qui insistait sur ce caractère misérable de l'homme moderne qui se laisse bluffer par les mirages du progrès. Il ne saurait y avoir de véritable progrès qu'humain et c'est à cela que doivent servir toutes nos techniques. Alors, peut-être qu'un jour les livres d'histoire parleront du nucléaire comme d'une étape nécessaire dans la construction d'un monde meilleur, la voie est ouverte, quand la suivrons nous?

Roland Kauffmann
 
 

La fête du consistoire au Torrent le 27 mai
C'est sous une pluie torrentielle que nous nous sommes retrouvés au Torrent à Storckensohn pour cette troisième fête du consistoire et que nous avons découvert les locaux rénovés du centre.
Les jeunes ont été les premiers arrivés dès le samedi soir pour une veillée contes animés par un ancien du consistoire, Richard GOSSIN. L'occasion pour eux de se retrouver et de passer un bon moment les uns avec les autres.
Une assemblée nombreuse a assisté le matin au forum organisé sur un thème difficile mais ô combien d'actualité, l'euthanasie, animé par Michel CORDIER et le docteur Bernard PETER. Sitôt qu'il est question de vie ou de mort, de santé ou de maladie, nous sommes tous concernés. Quels sont les critères permettant d'envisager une fin de vie dans la dignité? À quelles conditions peut-on se considérer libre de faire le choix de sa propre fin? Quelle attitude est-on en droit d'attendre du corps médical? Comment les médecins eux-mêmes vivent-ils ces moments pénibles? Autant de questions et bien d'autres encore abordées lors de ce premier temps qui devait donner une tonalité très sérieuse à cette fête.
Ambiance bien plus joyeuse lors du repas servi dans la grande salle des Bruyères rénovée elle aussi bien que plus discrètement. Certains n'ont pas craint cependant de tirer le repas du sac sous le nouveau préau encore en construction. Que les jeunes ont d'ailleurs souvent aidé à calfeutrer, belle troupe de choc.
Nouveau moment sérieux et parfois passionné avec la présentation des candidats à la présidence du conseil synodal. Jean-Paul HUMBERT, Freddy WANWEDINGEN et Geoffroy GOETZ ont chacun à leur tour présenté leur vision de l'Église et leur réponse aux enjeux qui s'annoncent: rapprochement avec l'Église Luthérienne, modernisation des structures de l'Église, revitalisation des paroisses, etc… Un débat franc et direct a suivi au cours duquel chacun a pu poser les questions qui lui tenaient particulièrement à cœur.
Le culte d'installation du conseil consistorial et de reconnaissance du ministère d'Anne-Rachel MULLER-HEITZMANN en présence du président Antoine PFEIFFER aura été un grand moment rehaussé par la chorale interparoissiale. Lors de la prédication, le président du consistoire, Philippe AUBERT a partagé sa vision d'une Église qui ne fait rien d'autre que chercher le Royaume de Dieu (voir en page 3). Tous les participants se sont ensuite retrouvés pour un verre de l'amitié en témoignage de reconnaissance pour le ministère parmi nous de Marc MULLER.

Résister

 "Vous avez entendu qu'il a été dit: "œil pour œil et dent pour dent", mais moi je vous dis de ne pas résister au méchant mais à qui te gifle sur la joue droite tourne aussi vers lui l'autre joue." Évangile de Matthieu, chapitre 5, versets 38-39
Résister
Œil pour œil: une loi pour stopper l'escalade de la violence. Une loi que Jésus nous invite à dépasser pour une maîtrise de soi et un pardon. Une action à mener pour que le "méchant" n' ait pas le dernier mot ni en nous, ni chez l'autre.
Ne pas résister au méchant! Quel paradoxe! Si la suite du verset est une illustration de ce commandement, que nous apprend-elle? Nous voyons deux personnes qui se font face. L'une frappe, l'autre en réponse tend la joue. C'est une illustration sans paroles. N'entre en jeu que le simple langage du corps. L'exhortation de Jésus est en totale opposition à la loi qu'il rappelle. La loi suppose l'intervention d'un tiers entre les antagonistes, Jésus nous demande de nous engager personnellement et immédiatement dans le conflit violent. La loi résulte d'un calcul rationnel et juridique. Elle demande d'évaluer le dommage et d'ordonner la réparation de façon à rétablir l'équilibre rompu. Jésus ne se soucie pas d'équilibre. Au contraire il demande une attitude excessive, une attitude décalée par rapport à nos comportements habituels.
Face à une personne qui laisse parler la violence dans ses gestes, qui agresse le vis à vis, il y a deux réponses possibles: le geste de protection, la fuite qui manifestent la peur ou la riposte violente. Ces attitudes sont des réflexes. Tendre l'autre joue est au contraire un anti-réflexe, la manifestation de la maîtrise de soi. Ainsi pour pouvoir résister au méchant qui est en face de soi, il faut pouvoir résister au méchant qui est en soi, résister aux forces réflexes primordiales. "Tourne vers lui l'autre joue!" au geste violent il convient de répondre par un geste d'ouverture laisser au repos les parties de son corps qui agissent, les mains qui frappent ou les jambes qui fuient et offrir au regard du vis à vis, ce qui fait de nous des personnes uniques, le visage. Il s'agit d'un pardon du corps. Pardon nécessaire au pardon verbal qui suivra. Pardon difficile, peut-être même impossible.

Si la loi générale est un moyen de stopper l'escalade de la violence en cherchant à réparer, Jésus nous demande d'offrir la possibilité d'ajouter encore au dommage et donc de renoncer définitivement à la réparation. Ainsi nous touchons du doigt ce pardon impossible. S i nous savons que notre corps ne peut pas pardonner à la violence qui lui est faite, notre attitude face à la violence peut changer. Notre action (car il s'agit bien d'action et non de soumission) ne vise pas à contrôler ce qui va se passer chez l'autre mais ce qui va se passer en nous. C'est un travail sur notre propre violence mais surtout sur la façon dont nous sommes prêts à entendre la parole de Jésus "mais moi je vous dis", plutôt que la règle commune. Jésus nous révèle quelque chose de notre humanité. Le méchant en nous n'a pas forcément le dernier mot. Nous devons alors penser qu'il en est de même pour notre vis à vis. Jésus nous oblige à entendre différemment les règles habituelles que l'on se donne pour vivre ensemble.
Face à la violence qui est en chacun de nous, tendre l'autre joue, c'est avoir un comportement subversif, porteur de relations nouvelles.

Claude Martin
 

Y a - t - il une recrudescence de la violence?

Il est évident qu'on assiste aujourd'hui à une explosion de la délinquance, et en particulier de la violence. Cependant, pour parler de l'évolution de l'insécurité, il faudrait ne pas se référer uniquement aux années cinquante ou soixante: la société était très différente, c'était une société encore rurale et en pleine expansion économique. Des comparaisons avec des périodes plus anciennes seraient surprenantes. D'autre part, il ne peut exister de société sans violence.

Ceci posé, il est vrai que les statistiques montrent une augmentation spectaculaire de la délinquance depuis 1965: le nombre de délits et de crimes constatés s'est accru de 540%, alors que la population ne s'est accrue que de 20%. Entre 1988 et 1998, les coups et blessures volontaires ont doublé, les vols avec violence ont augmenté de 75%. Il faut ajouter à ces chiffres les nombreux actes de délinquance qui n'ont pas fait l'objet d'une plainte: pour les menaces et le chantage, il faudrait multiplier le chiffre des statistiques par 66. En revanche, l'augmentation n'est pas aussi importante pour les crimes de sang: en 1995, en tenant compte de la différence démographique, il y en a eu un peu moins qu'en 1825, et presque trois fois plus qu'en 1960.

En dehors des statistiques, il est des signes qui ne trompent pas: les hôpitaux et les établissements d'enseignement, où l'on répugnait traditionnellement à faire appel à la police, réclament sa présence. Des lycées autrefois ouverts comme des campus américains sont désormais protégés par des caméras, des grillages, voire des vigiles. Les violences urbaines (incendies de véhicules, agressions de services publics, saccages de commerces par des bandes organisées…) atteignent maintenant les petites villes. Les mineurs sont également touchés par cette évolution ils sont de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes à commettre des actes de violence de plus en plus graves.

Ce constat ne doit pas conduire à une politique du tout répressif, mais il permet de prendre la mesure de la situation afin d'y apporter des remèdes appropriés.

André PACCALIN, magistrat
 

"La violence c'est pas une vie"

Interview du capitaine Patrick BOOTH, chargé des relations publiques à l'Armée du Salut.
 
"La violence c'est pas une vie"
Interview du capitaine Patrick BOOTH, chargé des relations publiques à l'Armée du Salut.
- Le "Groupe des 6" (voir encadré) a lancé le 12 octobre 1999 une campagne contre la violence, sous le titre "La violence c'est pas une vie". En quoi consiste cette campagne?
- Nous avons commencé par deux "jours de colère contre toutes les violences en France" (les 22 et 23 octobre à Paris). Mais la lutte contre la violence passe par un changement d'attitude des individus, c'est donc une campagne de longue haleine.
- De quelles violences s'agit-il?
- Toutes: d'abord l'exclusion, mais aussi la violence dans le sport, sur la route, à l'école, à la maison, dans la cité. Parmi ses causes on peut identifier l'absence fréquente de père et donc de notion d'autorité, mais aussi un rétrécissement du réseau social (manque de grands-parents), la télévision qui introduit des images de plus en plus violentes dans l'intimité des foyers, enfin l'injustice d'un monde où la violence devient un moyen ordinaire de résolution des conflits. L'exemple vient de haut: les jeunes regardent leurs aînés et les malversations financières portant sur des sommes fabuleuses… eux n'ont que leurs poings,…
Cependant, le but de cette campagne n'est pas de rester dans les généralités, mais de montrer que chacun peut être un facteur de paix.
- Par quels moyens?
- Par des actions de sensibilisation: colloques, rassemblements spectaculaires avec lâcher de ballons, pétitions, dialogues, tables-rondes, interventions dans les réseaux associatifs, les écoles, les stades, les maisons des loisirs,… Une certaine dimension médiatique est nécessaire.
- Et ça marche?
- La campagne libère la parole et permet de confronter les expériences, de s'enrichir mutuellement; elle offre une grille de lecture qui permet de découvrir des violences inconscientes (y compris dans nos propres établissements).
Elle a reçu bon accueil de la presse et des media ainsi que de ministères: éducation nationale, justice, intérieur, transports, culture, jeunesse et sports.
- Y a-t-il des résultats?
- Dans de nombreux cas, cette campagne a été un élément déclencheur: élaboration d'une charte entre hébergés et personnel dans un établissement, projet commun à plusieurs générations (jeunes et retraités), "médiateurs urbains" de la Croix Rouge, enfants médiateurs dans des écoles,…
- Comment poursuivre?
- Cette campagne a été bien accueillie, comme si elle était attendue en quelque sorte, mais il faut maintenant pousser la réflexion vers des engagements, faire des propositions.
C'est aussi un défi financier. Le "Groupe des 6" souhaiterait que cette campagne soit déclarée grande cause nationale ; il propose aussi la création d'un "Observatoire de la violence". Et serait-il utopique d'imaginer chaque année une "journée contre la violence"? L'essentiel est de maintenir la mobilisation pour que de proche en proche, une culture de paix gagne en influence.

Le Groupe des six: Armée du Salut, ATD Quart Monde, Croix Rouge Française, Emmaüs, Secours Catholique, Secours Populaire Français.

Pour signer l'appel:

- par courrier: Secrétariat du Groupe des 6: 17, rue Quentin Bauchart, 75384 Paris Cedex 08
- par télécopie: 01 44 13 11 01
- par internet: www.contrelesviolences.org ou site de l'Armée du Salut: www.teaser.fr/salut
- par minitel: 3615 GROUPEDES6
 

Deux questions à Jeanine KOHLER, professeur de lettres

- Pourquoi la violence à l'école?

- Nous, enseignants, nous avons tardé à la dénoncer, car elle remettait en question le modèle idéal que nous avions de nous-mêmes et de notre rôle. Sous la pression des faits, aujourd'hui, tout se dénonce, donc tout se combat, de la grossièreté à l'agression physique. Nous avons enfin pris la mesure du danger: là où il y a violence, il n'y a plus d'éducation. Là où règne l'angoisse, pour les élèves comme pour les professeurs, disparaît le plaisir d'apprendre et de vivre ensemble. Comment en sommes-nous arrivés à cette situation? Nous avons sous-estimé le désarroi des jeunes face au chômage des parents, face à la précarité familiale. Si à ces causes s'ajoutent celle de l'échec scolaire, de la relégation dans une filière dévalorisante, alors la violence peut éclater, brutale et incontrôlable.

- Que faire?

- Dans les cas graves, le travail avec la justice et la police s'impose. Il s'agit de rappeler la loi et les sanctions qui découlent de sa transgression. Au sein de l'établissement scolaire, il nous revient d'appliquer les règles de vie permettant son fonctionnement normal. Autrement dit, nous sommes rappelés à notre rôle d'adultes, chargés de dire non, de poser des limites et de respecter les valeurs morales que nous enseignons. Les adolescents veulent nous voir "assurer" comme ils le disent. À l'égard de nos élèves, ne baissons pas les bras, osons garder l'espérance, exiger le meilleur d'eux-mêmes. La culture est là pour construire. Cherchons ce qui fera sens pour eux, ce qui leur permettra, en littérature par exemple, de se reconnaître dans les mots des autres, dans leurs rêves, dans leurs idées. À eux, plus tard, de faire des choix.
L'école ne peut résoudre les problèmes de la société. Pour s'opposer à la violence, elle propose les réponses de la culture et parle sur la transmission des valeurs intellectuelles et morales qui la fondent.
 

La violence, une maladie du lien

Par Frédéric de CONINCK, sociologue

Au-delà du bien et du mal

Bibliographie

Livres

GILBERT (G): Passeur de l'impossible. Paris, Stock, 2000.
GIRARD (R.): Je vois Satan tomber comme l'éclair. Paris, Grasset, 1999.
BAUER (A.), RAUFER (X.): Violences et insécurité urbaines. Paris, PUF, 1998.
Les religions et la violence. Dossier éd. par A. Morelli, C. Susanne et J. Lemaire. Bruxelles, Ed. de l'Université Libre, 1998.
ROMER (Thomas): Dieu obscur. Le sexe, la cruauté et la violence dans l'Ancien Testament. Genève, Labor et Fides, 1998.
De la violence. Séminaire de Françoise HERITIER. Paris, 0. Jacob, 1996.
De la violence II. Séminaire de Françoise HERITIER. Paris, 0. Jacob, 1999.
MICHAUD (Y.): La violence apprivoisée. Débat avec Olivier MONGIN. Paris, Hachette, 1996.
BARBAGLIO (G.): Dieu est-il violent ? Une lecture des Ecritures juives et chrétiennes. Paris, Seuil, 1994.
COUDERC (CL.): Les enfants de la violence. Paris, Fixot, 1990.

Revues

Actualité religieuse, n°152, 1997, février, La violence et le sacré.
Actualité des religions, n°13, 2000, février, La violence est-elle une fatalité?
Le Monde des débats, n' 7, 1999, octobre, Sortir de la violence.

Wieviorka (M.): L'impasse des interprétations classiques.
Lochard (G.): Médias et violences urbaines: un procès légitime.
Dagnaud (M.): la télé bouc-émissaire.

 

Paroles Bibliques

Philippe Aubert

  

Textes:

Psaumes 8

1 (8:1) Au chef des chantres. Sur la guitthith. Psaume de David. (8:2)
Éternel, notre Seigneur! Que ton nom est magnifique sur toute la terre!
Ta majesté s'élève au-dessus des cieux.
2 (8:3) Par la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle
Tu as fondé ta gloire, pour confondre tes adversaires,
Pour imposer silence à l'ennemi et au vindicatif.
3 (8:4) Quand je contemple les cieux, ouvrage de tes mains,
La lune et les étoiles que tu as créées:
4 (8:5) Qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui?
Et le fils de l'homme, pour que tu prennes garde à lui?
5 (8:6) Tu l'as fait de peu inférieur à Dieu,
Et tu l'as couronné de gloire et de magnificence.
6 (8:7) Tu lui as donné la domination sur les oeuvres de tes mains,
Tu as tout mis sous ses pieds,
7 (8:8) Les brebis comme les boeufs,
Et les animaux des champs,
8 (8:9) Les oiseaux du ciel et les poissons de la mer,
Tout ce qui parcourt les sentiers des mers.
9 (8:10) Éternel, notre Seigneur!
Que ton nom est magnifique sur toute la terre!

Matthieu 6, 24-34

24 Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l'un, et aimera l'autre; ou il
     s'attachera à l'un, et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon.
25 C'est pourquoi je vous dis: Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement?
26 Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n'amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu'eux?
27 Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie?
28 Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement? Considérez comment croissent les lis des champs: ils ne travaillent ni ne filent;
29 cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux.
30 Si Dieu revêt ainsi l'herbe des champs, qui existe aujourd'hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi?
31 Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas: Que mangerons-nous? que boirons-nous? de quoi serons-nous vêtus?
32 Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin.
33 Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus.
34 Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine.

 
À l'occasion d'un rassemblement des paroisses de notre Consistoire, je voudrais avec vous, essayer d'esquisser ce que pourrait être la dynamique de la vie de notre Église. En effet, il nous arrive parfois, aux uns et aux autres, de confondre la mission de l'Église avec un simple rapport d'activités. C'est entre autres, un des problèmes soulevés par le rapport de la commission des nominations. Dans cette fièvre activiste qui nous caractérise si souvent, nous nous épuisons, pasteurs comme laïcs. Nous sommes obnubilés par la nécessité de faire tourner la machine, de trouver les bonnes personnes qui accepteront des engagements que nous savons très lourds. À titre d'exemple, jamais nous n'avons éprouvé autant de difficultés que cette année pour trouver des volontaires aux différentes délégations que requiert le fonctionnement démocratique de notre Église.

C'est alors que nous sommes amenés à faire cette constatation troublante, mais lucide: à l'intérieur de l'Église nos forces diminuent de plus en plus, alors qu'à l'extérieur, les besoins de spiritualité explosent dans tous les sens. Nous pouvons, face à la multiplicité de ces demandes, nous interroger sur la nécessité de répondre à certaines d'entre elles On peut certes analyser toutes ces nouvelles religiosités et tenter de définir la bonne attitude à adopter, mais pour répondre à un tel défi, encore faudrait-il ne pas être en état d'épuisement avancé.

C'est pourquoi je me demande s'il n'est pas temps de nous mettre d'accord sur un programme commun et minimum. Ce programme tient en trois mots, NE RIEN FAIRE. Ne rien faire comme nous y invite le passage de l'évangile de Matthieu. Mais attention, ne rien faire, sauf chercher le Royaume de Dieu.

D'aucuns diront qu'il y a là une contradiction entre ne rien faire, et chercher le royaume de Dieu. À cela je réponds non! Tout au plus un paradoxe comme la Bible les affectionne. Il me semble urgent de rappeler fortement que le christianisme est la religion du Règne de Dieu. Ce n'est pas sans arrière pensées que j'insiste sur ce point en ce lieu où nombreux parmi vous sont ceux qui ont encore en mémoire Albert Schweitzer prêchant sous une pluie battante.

C'est en effet Schweitzer qui a insisté tout au long de ses travaux sur la nécessité de comprendre le christianisme comme LA religion du Règne de Dieu. Jamais le christianisme ne saurait se laisser réduire à un corpus de textes dogmatiques auxquels il faudrait adhérer, pas plus qu'il ne s'épuise dans une vague religion du sentiment, ou ne se fige dans un moralisme bourgeois. Si nous voulons rester fidèles à ce qu'a été l'espérance de Jésus, nous devons être ces hommes et ces femmes dont la première activité est la recherche du Royaume de Dieu et de sa justice.

Ce recentrage me semble d'autant plus nécessaire qu'il nous permettrait de faire valoir, non pas la supériorité de la foi chrétienne sur les autres religions ou courants philosophiques, mais sa spécificité. Ceci nous permettrait certainement, dans le contexte culturel qui est le notre, d'éviter de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Ce recentrage sur la recherche du Royaume de Dieu pourrait servir de critique à notre propre pratique du christianisme. Autrement dit de balayer devant notre porte plutôt que d'aller donner des leçons aux autres. La recherche du Royaume de Dieu comme essence de notre foi chrétienne, même si la formule fait un peu 19e siècle, pourrait nous éviter de faire de la foi la ligne de partage entre le croyant et l'incroyant. C'est une ligne de démarcation qui a perdu toute pertinence dans nos cultures modernes. Utiliser encore cette conception est purement catastrophique sur un plan intellectuel, elle nous coupe totalement de l'esprit de nos contemporains, mais aussi du message biblique. Toute la tradition biblique s'accorde à dire que le contraire de la foi ce n'est pas l'incroyance, mais l'idolâtrie, qu'elle soit religieuse ou profane.

La recherche du Royaume, c'est pour nous une vocation, et comme toute vocation, elle est précédée d'une libération. De quoi sommes-nous libérés? Tout simplement de l'angoisse, des angoisses dont résultent la plupart des formes de dévotion religieuse. Libérés de ces angoisses, fondant notre relation à Dieu sur sa promesse, et non sur nos craintes, notre piété qui s'enracine dans notre recherche du Royaume de Dieu peut prendre alors une forme singulière. Certes, je ne suis pas sans savoir que l'esprit humain est ainsi fait, dès lors qu'on lui offre la liberté, il est subitement pris de crainte et de tremblements. Dès les premières pages de L'Institution de la Religion Chrétienne, Calvin nous met en garde là contre. On a toujours tendance à préférer l'Egypte à la Terre Promise, et ce, quoi qu'on en dise. Il y aura donc toujours des expressions de la foi qui seront des concessions à notre faiblesse humaine. Lorsqu'il veut définir le sacrement, Calvin en parle comme d'une béquille, il y a bien longtemps que nos Églises ont perdu cette audace théologique. Mais peu importe, tout est une question de mesure, à la condition cependant de chercher d'abord le Royaume de Dieu. Une recherche qui ne se confond pas avec la quête d'un trésor, mais avec ce que Calvin appelait une entrée dans l'héritage de Dieu. Or, entrer dans l'héritage de Dieu, revient à entrer dans un jeu au sens d'une scène qu'on peut aussi orthographier cène. Entrer dans un jeu extraordinairement volontaire de nomination de ce qui doit être aimé et de ce qui doit être refusé, et même haï pour Calvin. Un jeu de déploiement d'une énergie immense tourné passionnément vers la seule finalité de l'avancement du Règne de Dieu. C'est en cela que réside la singularité de notre piété calvinienne. Elle s'exerce vers le monde afin de mettre un nom sur les choses, sur les comportements humains, afin de nommer ce qui est de l'ordre de la grâce et donc bon pour l'homme, et de dénoncer tout ce qui, sous couvert de religion de politique d'économie etc…, le défigure et rend ce monde immonde.

Cette piété, nous l'exerçons dans le dialogue, elle est aux antipodes d'une vérité que nous voudrions imposer au monde. Elle accepte cette piété, de se soumettre aux règles du débat démocratique dans une société autonome et responsable, c'est là toute sa grandeur. Pourtant, n'est ce pas aussi sa faiblesse pour ceux qui voudraient que les religions prennent des positions nettes et tranchées sur tous les problèmes de société. Enfin, cette piété, et la spécificité avec laquelle nous la pratiquons, nous en avons encore fait l'expérience ce matin à l'occasion du forum sur le thème oh combien sensible de l'euthanasie.

Ne rien faire, sauf chercher le Royaume de Dieu et sa justice, voilà entre autres où cela peut nous conduire.

Nous avons certainement donné aux membres de nos Églises, nous, les pasteurs, l'impression que nous nous occupions parfois pour ne pas dire souvent, d'autre chose que de la recherche du Royaume de Dieu. Nous avons souvent été incompris dans notre action sociale, dans nos prises de positions politiques, et parfois même dans nos choix culturels. Pourtant, c'est bien cette recherche qui nous anime les uns les autres.

Dans la période difficile que nous traversons, il n'est pas souhaitable de nous mettre à la mode du temps, mais bien de travailler individuellement et collectivement cette piété du Règne de Dieu. Repensons dans nos paroisses à des expressions comme entrer dans l'héritage de Dieu. Osons reparler des vocations et pas seulement de la vocation pastorale, mais celle de tout être humain qui d'abord se tient devant Dieu pour mieux servir les hommes. Essayons de redécouvrir quelle chance nous avons de posséder une telle liberté religieuse, voulue par la nature même de la révélation biblique et magistralement entérinée par le protestantisme. Le chantier est là, il est à l'opposé d'un repli sur nous mêmes. Bien au contraire, il a pour seule espérance de transformer le monde en théâtre de la gloire de Dieu.
 

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