
Septembre 2000
Septembre La vie de l'Église
Le Synode de l'Eglise Réformée d'Alsace et de Lorraine (Eral), réuni à Strasbourg, les 17 et 18 juin 2000, a élu le nouveau président du Conseil Synodal. Le pasteur Jean-Paul HUMBERT succède au pasteur Antoine PFEIFFER.Les voeux du Synode
VOEU N°1 : À propos de l'Union Européenne
VOEU N°2 : À propos de l'Arménie
Escatalens en brefInterview de Christian VELTEN-JAMESON
Escatalens for ever (chanson…)
Le Dossier:
"Pas de travail, trop de travail"
Paroles Bibliques
Le 7e jour pour quelqu’un qui n’a pas de travail?
par Jean-Pierre Molina
Camp de Jeunes à Escatalens dans le Tarn et Garonne du 15 au 30 juillet 2000Rares sont ceux qui pourront ou devront prolonger la trêve de l'été. Pour la plupart d'entre nous, les vacances sont terminées.Restent tout juste…
…encore un peu d'été indien - souhaitons-le - pour les retraités…
…les dernières semaines pour les étudiants, semaines de vacances ou de "job" avant de faire face à la rentrée…
…et toujours l'attente des malades et des accidentés, dans des conditions moins caniculaires que durant l'été avant de reprendre une existence et une activité aussi normales que possible…Au temps de l'été succède le temps de la rentrée. La publicité se charge de nous le rappeler sur tous les tons.
Et maintenant que les retours de vacances ont charrié leurs millions de véhicules, ce sont les commerces et les grandes surfaces qui verront déferler des millions d'enfants et de parents en quête des fournitures obligatoires ou ostentatoires de la rentrée des classes.
Mais, plus que ces migrations saisonnières pourtant impressionnantes, le temps lui-même nous entraîne toutes et tous dans son flot irrésistible.
La mythologie grecque avait fait du Temps le plus ancien dieu de son Panthéon, Chronos, un dieu monstrueux dévorant ses propres enfants.
Le temps, comment éviter de s'y perdre? Comment faire pour ne pas en être dévoré?Comment en limiter les contraintes?
Car les contraintes sont là, liées au rythme du jour et de la nuit, au cycle des lunaisons et des saisons, au vieillissement et à la mort. Chaque être vivant sur Terre porte en lui une horloge interne à laquelle on n'échappe pas impunément. Que d'accidents au petit matin, que de catastrophes par défaillance humaine, liés au non respect des rythmes biologiques Le temps commence à être maîtrisé lorsqu'on se sert intelligemment de son rythme: "Tant que la Terre subsistera, les semailles et la moisson, le froid et la chaleur, l'été et l'hiver, le jour et la nuit ne cesseront pas." (Genèse 8).
Dieu a mis le temps au service de l'homme: dans le récit de la Création, il prend le temps de se réjouir de son œuvre, c'est l'un des sens du jour du repos, et dans le Décalogue, il invite son peuple à faire de même, en organisant son activité de façon à libérer complètement le jour du repos. Dans le même esprit, une campagne de sensibilisation des Églises titrait, il y a quelques années: "Notre dimanche n'est pas à vendre". Car le temps s'organise. Même des sociétés très archaïques accordent à tous leurs membres des jours de repos et des temps de fête. Il ne faut pas laisser réduire en miettes le temps pour notre repos, notre famille, notre pratique religieuse. Un premier moyen de les défendre, c'est d'y rester fidèles.
Sur la façade fraîchement restaurée du foyer protestant de Saint-Louis, un cadran solaire interpelle le passant:
"Le Temps, Dieu Te Le Donne: Choisis Ce Qu'en Feras". Ces vers sont inspirés d'une chanson de J.L. DECKER ("le temps que Dieu te donne" sur le livre de l'Ecclésiaste 3). Ils nous invitent à la reconnaissance, car le temps est un don de Dieu, recevons-le donc comme tel. Ils nous invitent à exercer notre liberté car malgré notre conscience lucide des contraintes, il nous reste des possibilités de choix tout à fait significatives. Ils nous rappellent notre responsabilité, car tout choix peut se révéler une démission, une destruction, ou au contraire, un engagement constructif, prolongeant l'action du Christ parmi les hommes, jusqu'au temps sans fin de la joie de Dieu.
Frédéric HUMBER.
Escatalens en brefRaconter toutes nos expériences serait une chose évidemment impossible, mais je vais, tout de même, essayer d'en décrire un maximum. Avant tout, je me présente: je m'appelle Aurélie BISSINGER, j'ai 16 ans et je fais partie du groupe de jeunes sur Mulhouse, signe particulier: toujours cette envie de découvrir des impressions nouvelles, des façons de penser ou de vivre différentes… mais j'avoue que ce petit village de 300 habitants au sud de la France, me m'attirait pas spécialement. Après quelques quartiers libres, ce lieu avait acquis pour nous un certain charme. Notre accent ne s'entrechoquait plus avec le leur, mais au contraire, se complétait. Par la suite, l'idée de présenter un spectacle ouvert au public, nous permettait de s'investir, de s'aider… la solidarité ouvrait ses portes, les journées se déroulaient de plus en plus vite, rythmées par la ¼ d'heure bible en matinée, où il fallait réfléchir seul à quelques versets de la bible indiqués auparavant, et le moment de la veillée qui annonçait le repos avec chants, prières et différents textes lus.
Cependant, lors de sorties dites "intellectuelles", l'utilisation de nos neurones s'avérait utile. Nous avons ainsi pu partager pendant quelques instants, la vocation de différents métiers (imprimeurs, paysans, pasteur dans le Sud-Ouest…) ainsi que quelques techniques anciennes de travail.
La visite de la centrale nucléaire de Golfech nous a permis de débattre sur un sujet actuel en référence avec notre thème de départ: "La création continue…".
Tout ce programme laissait, malgré son ampleur, un peu de détente marquée par le moment sieste (pratique obligatoire dans la région), les différents tournois sportifs organisés (tennis de tabl, volley, baby-foot… et la pétanqe!). les baignades étaient les bienvenus par cette chaleur. Mais sans cette ambianse amicale, le camp n'aurait pas été ce qu'il a été!Maintenant, laissons place à d'autres projets, pour de nouvelles aventures! À l'année prochaine!
Aurélie BISSINGER
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(les jeunes animent le culte de la paroisse réformée de Montauban)
Le nouveau président de l'Église Réformée d'Alsace et de LorraineEscatalens for ever (chanson…)Parking Saint-Marc à 19h le samedi 15 du mois de juillet
Dans un bel autobus tout rose à plus de 30 nous sommes embarqués
Voilà c'était parti nous allions tous passer de superbes vacances
Dans un petit village très joli qu'en Alsace on appelle Esc atalens (e)
Sur le trajet évidemment l'ambiance fut rapidement à la déconne
Mêm' si personn' ne savait vraiment où se trouvait le Tarn-et-GaronneDès l'arrivée on s'est dit oh la la ça va pas être la vie en rose
Les sanitaires la vaisselle même pas le temps de faire une pause
J'te dis pas la galère et pas le droit d'aller dans la chambre des filles
Vous tous qui m'écoutez croyez-vous réellement que c'est une vie
J'étais peinard à la maison et voilà qu'on n'en fait faire des tonnes
Mais qu'est-c' qui m'a pris de venir en camp d'été dans le Tarn-et GaronneHeureusement que peu à peu on a fini par remonter la pente
À s'éclater à coup de blagues qui valaient à peu près 7, 50
Sous le soleil de l'océan et à la mer et la pauvre Nadine
Qui nous voyait défiler un par un pour la séance de biafine
En se donnant un peu de mal on a fini par activer tous nos neurones
Et à nous sentir vraiment bien dans ce coin de Tarn-et-GaronneBien sûr on était tous crevés quand on rentrait souvent très tard le soir
Mais le brave Raymond assurait comme un chef au volant de son autocar
Le lendemain quand on nous servait un plat de haricot au cumin
Je vous le jure on le vidait tout en entier tellement on avait faim
Pour tenir le program' de toute une journée fallait vraiment qu'on se cramponne
Faut dir' que le soleil tape vraiment très fort dans le Tarn-et-GaronneMaintenant nous devons rentrer à la maison mais nous nous souviendrons
Très longtemps encor' de ces moments que nous avons vécu ici con
De tous ces gens si différents qu'on a connus et qui nous ont appris
Qu'avec un peu de respect un peu d'amitié c'est si simple la vie
À vous tous nous souhaitons bonne chance avec le vieux mot de Cambronne
Et tout' notre vie nous nous souviendrons de camps en Tarn-et-GaronneJean-Marc MEYER Escatalens 27.7.00
VOEU N°1 : À propos de l'Union EuropéenneLe pasteur Antoine Pfeiffer, président sortant du Conseil Synodal, a introduit la session synodale par un message qui reprenait les éléments essentiels du rapport de la commission de nomination. Ce rapport triennal s'efforce d'établir un bilan contrasté de la situation de l'Eral. Antoine Pfeiffer estime qu'"être délégué au Synode, c'est participer à la construction de l'Eglise sous l'autorité de son chef". Il souligne la complexité des tâches assumées par le président : présence sur le terrain, administration, représentation auprès de divers organismes d'Eglises et de la société civile... Deux questions dominent ce rapport et les enjeux de cette session du Synode : comment associer l'ensemble des membres de l'Eral aux débats et aux décisions à prendre ? Comment envisager "la création d'une Eglise unie d'Alsace et de Lorraine" ? Traduisant une large aspiration partagée par les membres des deux Eglises protestantes d'Alsace et de Moselle et de leurs instances dirigeantes, Antoine Pfeiffer affirme que "cette unité est attendue par le peuple de nos Eglises. Elle dynamisera, j'en suis persuadé, la visibilité du protestantisme dans notre région".Trois candidats se présentaient à la présidence du Conseil synodal : Geoffroy Goetz, Freddy Vanweddingen et Jean-Paul Humbert. C'est celui-ci qui a été élu. Jean-Paul Humbert est né le 10 décembre 1946 à Genève. Il est marié et père de 4 enfants. Après des études de théologie à Genève (Suisse) et à Aberdeen (Ecosse), il a été ordonné pasteur le 13 octobre 1974 à Genève. Il a enseigné le français en Côte d'Ivoire pendant deux ans et l'Ancien Testament à l'Ecole de Théologie de Porto-Novo au Bénin pendant 3 ans. Il a été successivement pasteur à Châteleine (Suisse), à Lézan, à Briançon et, depuis 1989, à Strasbourg.
Le nouveau président du Conseil Synodal de l'ERAL est élu pour un mandat (renouvelable) de trois ans.
Après son élection, le nouveau président du Conseil synodal a fait la déclaration suivante : " A l'aube du troisième millénaire, le christianisme est appelé à une remise en question fondamentale ; il est appelé à réussir une nouvelle synthèse culturelle. Après celle de l'Antiquité, celle du Moyen-Age, celle de la Réforme, le monde comme l'Eglise attend une Parole de Dieu, une parole forte, en prise avec les questions concrètes de nos contemporains, une parole qui responsabilise et considère les gens comme des adultes. Il s'agit de nous tourner tous ensemble avec courage vers le Dieu vivant afin de placer toute notre confiance dans sa Parole créatrice. Si elle veut rester fidèle à son identité, l'Eglise Réformée d'Alsace et de Lorraine ne doit pas placer son espoir de survie ou de reconquête dans les uvres toutes humaines d'une bonne gestion, mais elle est appelée aujourd'hui plus que jamais à ne fonder son espérance que dans la foi seule."
Le nouveau Conseil synodal élu se compose des personnes suivantes : Jean-Louis Gindensperger (vice-président), Philippe François, Georges Rempp, Raymond Wagner, Etienne Warnery et Frédéric Wennagel. Il a été installé dans ses nouvelles fonctions au cours d'un culte en l'église Saint-Paul de Strasbourg. Le Trésorier délégué sera nommé ultérieurement. Le rôle essentiel du Conseil synodal est de mettre en uvre les décisions du Synode et de gouverner l'Eral entre les sessions synodales. Les présidents des quatre consistoires de l'Eral y sont régulièrement invités.
Le Synode a procédé au renouvellement de l'équipe des Visiteurs synodaux, des Commissions et des délégations auprès de divers organismes dEglises.
Sur la base des débats portant sur les rapports présentés au Synode et sur le message dAntoine Pfeiffer, quatre axes de travail ont été confiés par le Synode au nouveau conseil synodal : la synodalité, les relations de lEral avec les autres Eglises et notamment lEcaal (Eglise de la Confession dAugsbourg), la situation du corps pastoral et la présence de lEglise au monde.
Le Synode a adopté le budget présenté par son Trésorier, Pierre-Michel Rinckenberger. Il a exprimé sa vive reconnaissance à chacun des membres du Conseil synodal sortant, notamment Antoine Pfeiffer, Guy Volk (vice-président), Pierre-Michel Rinckenberger ainsi qu'aux deux secrétaires du bureau synodal.
Le Synode a adopté deux voeux (À propos de l'Union Européenne et à propos de l'Arménie)
La prochaine session du Conseil Synodal aura lieu le samedi 18 novembre 2000 à Mulhouse (Haut-Rhin). L'Assemblée Commune réunissant le Synode de l'Eral et le Consistoire Supérieur de l'Eglise de la Confession d'Augsbourg (Ecaal) se tiendra les 18 et 19 novembre 2000 à Mulhouse.
Richard Gossin
VOEU N°2 : À propos de l'Arménie
A l'occasion de la prochaine session extraordinaire de l'Assemblée Générale des Nations Unies sur le développement social (Genève 26 - 30 juin 2000), le Synode de l'Eglise Réformée d'Alsace et de Lorraine. réuni à Strasbourg les 17 et 18 juin 2000- partage les inquiétudes de la communauté oecuménique mondiale à propos de l'aggravation de la situation économique, sanitaire et sociale des pays les plus pauvres et particulièrement de leur population la plus défavorisée, à laquelle contribue fortement une mondialisation axée principalement sur la recherche des meilleurs profits financiers;
- rappelle et soutient l'engagement déterminé des Eglises au plan mondial, depuis des décennies, en particulier du Conseil Oecuménique des Eglises (COE) et au plan européen (Conférence des Eglises Européennes), en faveur d'un ordre économique mondial juste et dun développement durable. Une société durable est intimement liée à la recherche d'une bonne qualité de vie pour chacun, fondée sur la justice, la paix et la participation aux processus de décision. Le COE définit l'ordre économique optimum comme la combinaison de véritables libertés politiques avec un système d'échanges économiques permettant des mesures de sécurité sociales et environnementales suffisantes;
- rappelle que toute société durable doit pouvoir:
- protéger ses citoyens par une législation sociale,- maintenir des services publics (soins, éducation, police),
- assurer la pérennité de tous les biens collectifs (eau, air, sol) et la réparation par les responsables de tout dommage causé;
- constate que l'appauvrissement de larges secteurs de la population est un phénomène mondial qui touche aussi l'Europe dans son ensemble, surtout les pays d'Europe centrale et orientale.
C'est pourquoi le Synode :
- appelle l'Union Européenne à ne pas fonder sa coopération avec ces pays d'Europe et les autres parties du monde sur les seuls critères financiers du libéralisme économique, mais à intégrer pleinement l'objectif de la société durable dans l'ensemble de ses politiques: emploi, commerce extérieur, coopération, développement...
- demande à l'Unlon Européenne d'orienter ses politiques pour réduire le fossé entre le Nord et le Sud et la division en Europe même;
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- demande au Conseil Synodal de communiquer cette prise de position au gouvernement français en l'exhortant à manifester une volonté politique forte en faveur du développement social pour tous.
Lattention de lopinion a de nouveau été attirée par la proposition de loi présentée devant lAssemblée nationale et le Sénat sur le génocide du peuple arménien. Le Synode de lEral, reconnaissant le malheur des peuples arménien, grec et kurde sous lEmpire Ottoman et la République de Turquie, propose aux autorités de la République Française et des autres pays de lUnion Européenne de demander à la République de Turquie de reconnaître clairement le génocide du peuple arménien contre les Grecs et les Kurdes avant toute admission de la Turquie dans lUnion Européenne.
Trop de travail
Interview de Christian VELTEN-JAMESONVous êtes directeur général adjoint de la banque du groupe Alcatel. Vous avez quatre enfants et vous êtes président des Œuvres de Saint-Jean et administrateur de MIRP Entreprises, deux associations protestantes aux activités très différentes. Comment faites-vous pour concilier ces multiples charges avec votre vie de famille?
En fait, ma vie est très organisée, sinon je ne pourrais pas mener de front tout cela, d’autant que je tiens énormément à ma femme et mes enfants. Voulez-vous connaître mon emploi du temps? Je suis à mon bureau, rue La Boétie, à 8h, parce que je peux passer un moment tranquille à regarder certains dossiers que je vais traiter.
De 9h à 17h30, je suis en contact avec mes collaborateurs et avec des clients pour des réunions, des rendez-vous. Je déjeune à la cafétéria ou d’un sandwich que je prends à un distributeur, ce qui me permet d’avoir dix minutes de solitude dans mon bureau, sans coup de téléphone. Je crois qu’il doit y avoir six mois que je ne suis pas sorti pour déjeuner, sauf avec un client. C’est quelquefois un peu pénible de ne pas changer d’endroit de toute la journée.
De 17h 30 à 20h, je travaille dans mon bureau, je lis des rapports et des documents pour préparer mon travail.Ainsi votre vie de famille commence à 20 heures?
Approximativement. J’ai la chance d’habiter à un quart d’heure à pied de mon domicile. Cela me donne un peu de temps. Lorsque j’arrive, mes enfants ont dîné.
Je consacre une heure aux deux plus jeunes, puis ils vont se coucher; je dîne avec ma femme vers 8h et demie; les deux jumeaux, qui ont quinze ans, viennent nous rejoindre et nous parlons jusqu’à 10h: on refait le monde ensemble: c’est le meilleur moment de la journée!
Les week-ends comme les vacances sont consacrés à la famille. Nous visitons un musée ou une exposition, en général le samedi matin, et je fais du sport avec les enfants. Si nécessaire, je passe à mon bureau le dimanche de 5h à 8h et je dépote une masse de dossiers.Et la vie associative?
Il y a des coups de téléphone, que je prends au bureau plutôt que chez moi. Les réunions de travail se passent entre 7h et 9h, autour d’un plateau-repas. Pour les Œuvres de Saint-Jean, nous nous partageons entre membres du conseil les réunions de commission avec les hôpitaux. Je suis responsable de La Croisée, la maison d’accueil qui se trouve dans l’hôpital des Diaconesses.
J’ai une vie très disciplinée mais équilibrée grâce au sport, au yoga qui me permet de n’être pas stressé – j’en fais une heure et demie chaque semaine à la place d’un déjeuner - et à l’équilibre de ma vie familiale: si ma femme travaillait à temps complet, ce ne serait pas possible. Cela dit, l’hygiène est de savoir dire non. Si je ne peux pas, je le dis. Il y a des limites au temps et à l’énergie: je refuse de mettre les pieds au bureau le samedi. Je ne veux pas faire comme mon père, qui est mort six mois après avoir pris sa retraite.
Je vois ma vie comme un tabouret à trois pieds: l’un est ma vie familiale, l’autre mon métier, le troisième la vie associative.Quel conseil aux gens surchargés?
La discipline de vie est indispensable. Le moment de détente pour passer du travail à la famille: j’ai habité en banlieue, la demi-heure de train me permettait de décompresser, maintenant, c’est le quart d’heure à pied. Aux personnes impliquées dans des associations, je conseille de traiter le travail associatif comme celui d’une entreprise: seule la finalité est différente et il est gratifiant de mettre ses compétences au service d’une œuvre.
Propos recueillis par Élisabeth HAUSSER
Le travail, qu'en pensent les jeunes ? Par R. D. WeillAujourd'hui, y a-t-il trop ou trop peu de travail ?
Ni l'un, ni l'autre ! La question n'est pas tant de savoir s'il y en a trop ou pas assez sur un plan macro-économique, ni sur le territoire européen ou français. L'enjeu est : quel travail pour quels travailleurs potentiels...Pourtant certains se plaignent d'avoir trop de travail d'autres insuffisamment ou pas du tout.
La vraie cause du chômage des uns alors que d'autres se plaignent de crouler sous le labeur tient en l'inadéquation entre les emplois disponibles et les personnes disponibles sur le marché de l'emploi. La poussée démographique est aussi un facteur souvent oublié.Il n'y a pas assez de personnes compétentes pour occuper les emplois disponibles ?
Trois facteurs expliquent la situation actuelle. D'abord, le développement des technologies crée une "aspiration vers le haut" exigeant des personnes un niveau plus élevé et pointu de formation. Ensuite, les exigences de rentabilité nécessitent un personnel répondant à des caractéristiques humaines aussi exigeantes. Certaines personnes ne peuvent entrer dans ces contraintes. Enfin, l'externalisation des tâches de bas niveaux et leur délocalisation vers des pays où l'on trouve de la main d'œuvre moins chère expliquent que les personnes non-qualifiées ont davantage de mal à trouver du travail en Europe."Un personnel répondant à des caractéristiques humaines exigeantes" dites vous ?
Il ne s'agit pas d'avaler des couleuvres quant au droit du travail et à la nature de ce travail. Les qualités humaines attendues sont apparemment toutes simples : La motivation, la ponctualité et un sens du relationnel permettant le travail en équipe. Au moins autant que la compétence ces trois valeurs sont recherchées par les chefs d'entreprises.Serait-ce admettre que certaines personnes ne pourront jamais répondre au contraintes liées au travail salarié ?
On estime que 4%. de la population active est le seuil du chômage incompressible. Mais il y a encore du chemin à faire puisque la France tourne autour de 10%.L'une des causes du manque d'offre d'emplois n'est-il pas la réglementation et le coût (les charges) du travail en France ?
C'est le discours des patrons. Et je suis obligé d'admettre qu'il est, en partie, fondé. La réglementation française est très rigide. Il faudra bien procéder à des assouplissements. Le débat sur les trente cinq heures, même si ces dernières ne vont pas changer la face du monde du travail, a eu le mérite d'ouvrir le débat. Le coût du travail pousse les entreprises à rechercher "l'effet d'aubaine" quant aux lieux d'implantation de leur activité en France ou à l'étranger.Ne croyez-vous pas que beaucoup de ceux qui travaillent "trop" le font pour gagner plus ?
Peut-être, sans doute pour certains. Mais d'abord faut-il s'entendre sur ce "trop de travail". Qui dit qu'ils ont trop de travail ? Qui leur impose d'en avoir tant ? Est-ce indispensable, imposé, volontaire ? Est-ce lié à une sous- qualification qui rend certaines tâches plus longues et difficiles à accomplir que le temps normalement nécessaire ? Il n'en demeure pas moins que l'intensité du travail s'accroît.Il y a pourtant bien des métiers plus prenants que d'autres, plus astreignant en terme de temps passé ?
Ceux que l'on entend se plaindre le plus de l'astreinte du temps sont les petits patrons, les commerçants indépendants et aussi les cadres...
Est-ce un sentiment lié simplement au stress du jeune cadre dynamique qui n'arrive pas à concilier tout ce qu'il voudrait faire dans sa vie : au travail, en famille, dans ses loisirs...? Je crois en tout cas que, le plus souvent, le sentiment de ne pas avoir assez de temps pour faire son travail provient majoritairement de ceux qui se fixent eux-mêmes leurs objectifs.Les techniques modernes seraient-elles la cause du "trop de travail" ?
En effet, non seulement l'évolution des techniques vers le travail à la maison, à domicile et à distance, mais aussi simplement le type d'activités qui évolue vers le tertiaire et les services, rendent moins pertinent le dosage temporel du travail. Aujourd'hui, il s'agit de remplir une mission, de la réaliser pour une date précise sans forcément que l'on contrôle le temps mis à l'accomplir. C'est l'une des grandes mutations en cours dans le monde du travail.Ne croyez-vous pas qu'elle est porteuse de risques?
Risqué ou pas, le télé-travail à domicile est une demande forte, des cadres par exemples, qui y voient une liberté d'organisation de leur temps, une meilleure gestion de leur vie familiale et des loisirs.
Il faudra voir comment cela se met en place. Mais cette évolution, à mon sens irréversible, marque les limites d'une compréhension en terme de durée du travail salarié. Il vient le moment, il est déjà là pour certains, où l'on se mettra au travail sans s'y rendre... Se pose alors la question des nouveaux équilibres et des contrôles, par les salariés et les patrons, de la masse de travail effectué ou à effectuer!Quelles grandes évolutions voyez-vous pour l'avenir ?
Je ne m'aventurerai pas en des pronostics hasardeux. Je crois qu'il faut s'attendre encore à des changements notoires dans la façon de travailler dans le futur. Ces mutations sont évidemment déstabilisantes et risquent d'engendrer d'autres laissés pour compte. Les réactions de beaucoup pour s'opposer à ces changements expriment leurs craintes... L'évolution est, cependant, inévitable. Il conviendra de s'adapter aux nouvelles situations ainsi qu'à la globalisation des échanges, tous en restant attentifs, au nom de l'Evangile, à ceux qui ne pourront s'adapter.
Pascal Hubscher
80 jeunes, de 12 à 18 ans, ont répondu à onze questions autour du travail. Tous catéchumènes d'Eglises réformées, ils habitent une grande ville, sa banlieue, sa grande banlieue et en province. Les résultats ne peuvent nous renseigner avec précision sur ce que savent ou ne savent pas les jeunes en général sur le travail. Ce questionnaire sous forme de jeu n'a pas la prétention de servir d'enquête (1).Le rôle des médias
Néanmoins les réponses marquent des tendances et donnent quelques indications sur les sources d'informations. Ainsi, on constate que les questions renseignées avec le plus de précision sont celles qui ont fait ou font la une des médias. 85% des jeunes savent que l'horaire moyen du travail est de 40h. Sans doute une conséquence des débats autour des 35 h. 64% connaissent le nombre de travailleurs étrangers en France. 50% savent que, à travail égal, le salaire des femmes est moindre que celui les hommes.
À contrario, 8,75% seulement savent combien de salariés en France sont syndiqués. Les manifestations syndicales, montrées par la télévision peuvent conduire à cette erreur d'appréciation puisque 54,25% disent qu'il y en aurait 30%, et 37% qu'il y en aurait 70%, alors qu'en réalité ils sont 9%.Impressions
Les réponses aux questions qui demandent un savoir précis sont moins déterminées. Elles traduisent plus des impressions qu'une connaissance réelle. Par exemple à la question : Dans l'industrie, sur l'année, un ouvrier ou un ingénieur, travaille, moins, autant, beaucoup plus qu'un artisan du Moyen-Âge, ils sont 10% à donner la bonne réponse. De même 15% savent que l'introduction de machines dans les ateliers crée des emplois. Mais curieusement ils sont près de 69% à connaître le nombre de morts chaque année par accident du travail.Le sens
Ils sont 76,25% à penser que, pour la plupart des gens, le travail est un gagne-pain.
Quant à ce qui est écrit dans la Bible, les catéchètes auront à s'interroger. En effet, près de la moitié des jeunes (47%) croient que l'expression " le travail c'est la santé" est un verset biblique et 45% pensent que "si on travaille bien on sera sauvé". N'est-ce pas la théologie des mérites qui est là de retour ? Ils sont 8% à donner la bonne réponse.Selon le sexe
74% des garçons contre 56,25% des filles savent qu'il y a 3,5 millions d'étrangers en France. À l'inverse 58% des filles contre 54% des garçons savent, qu'à travail égal, le salaire des femmes est moindre que celui des hommes. Les garçons semblent mieux connaître le nombre de décès par accident du travail que les filles. 80% d'entre eux donnent la réponse exacte alors que les filles sont 67%. Si 73% des filles et 74% des garçons pensent que le travail est un gagne-pain, 21% des filles contre 4% des garçons estiment qu'il est une valeur alors que 18% des garçons contre 8% des filles le perçoivent comme un plaisir.
44% des filles pensent que le travail c'est la santé (34% des garçons) et que le salut et le travail sont liés, contre 50% chez les garçons. Ceux-ci sont 17% à donner la réponse juste alors que les filles sont 11%.Selon l'âge
Les différences sont très nettes quant à l'appréciation du salaire des femmes. Les 16-18 ans répondent bien à 80% contre 34% pour les 12-13 ans et 53% pour les 14-15 ans.
Autre différence : 79% des 12-13ans connaissent le nombre de décès par accident du travail alors que les 14-15 ans ne sont plus que 65% et les 16-18 ans 46 %.
Une autre différence à remarquer concerne le sens donné au travail. On voit que les plus âgés, même s'ils sont 64% à penser que le travail est un gagne-pain, 28% d'entre eux le voient comme un plaisir et 18% comme une valeur, alors que 15% des 12-13 ans et 12% des 14-15 ans le perçoivent comme une valeur. Les 14-15 ans sont 6% à le concevoir comme un plaisir et les 12-13 ans, sont 12%.
Il est enfin étonnant de constater que 19% des 12-13 ans donnent la bonne réponse quant à ce que dit la Bible contre 12% pour les 14-15 ans et 9% seulement pour les plus âgés.(1) "Information Evangélisation", bulletin de l'Église Réformée de France,
n° 6 de décembre 1999
Lorsque les circonstances de la vie font de vous une chômeuse ou un chômeur, une nuée de documents, de dossiers, de paperasses à remplir et d’administrations vous tombent dessus. Soudain elles sont concrètes, elles se mettent à exister. C’est comme les dents, vous n’y aviez pas pensé et tout d’un coup elles se manifestent. Dans quelle case je rentre? Où dois-je cocher? Alors on tente de comprendre la question qui est derrière la question! Parfois vous êtes un peu dans l’une et un peu dans l’autre! Jeux d’échec…? (Mon échec?) Quatre coups plus loin, que va-t-il m’arriver? Quel nouveau pion va m’être bouffé? Retard de paiements? Fin de droits? Coupure du RMI? Or il en va de ma survie, parfois de celle de mes enfants. Quelle case cocher?Chaque organisme, chaque administration, chaque service, presque chaque guichet qui vous deviennent familiers et qui sont désormais pour vous chômeuse ou chômeur des incontournables, vous le devinez très vite, correspondent à des montagnes labyrinthiques de lois, de décrets d’applications, de modifications, de rajouts, d’améliorations de toutes sortes, de règlements, dont vous subodorez sans jamais pouvoir nulle part le formuler, qu’une vie entière d’homme de loi, spécialisé pour chacun des cas, ne viendrait pas à bout! Alors vous, comment savoir quelle case cocher?
Cela est tellement vrai que Pascale, le jeudi 2 février 2000, au repas débat de TO7, a déclaré publiquement : “Lorsque je vais à la Caisse d’Allocations Familiales, je m’arrange toujours pour voir deux guichetières… La dernière fois, la deuxième m’a dit le contraire de la première ; lorsque je le lui ai fait remarquer, elle a répondu : “ho! celle-là ne dit que des bêtises…”.
Le gouvernement veut mettre en place, dans les départements, un lieu unique pour les chômeuses et les chômeurs pour qu’ils n’aient pas à répéter vingt et une fois “mon entreprise m’a licencié” et dans ma tête, à ces mots, ou à d’autres, mille choses défilent, stupéfiantes, dont le vis-à-vis n’a pas idée, car pour lui c’est routine! C’est du genre “pourquoi c’est tombé sur moi?” ou “je ne suis plus bon à rien”, “tu es dans le trou”, “tu ne t’en sortiras plus”, etc. Chaque mot qui suit m’angoisse de plus en plus. À l’A.N.P.E. ils appellent cela : “reconstitution de carrière” une horreur, c’est pire qu’à confesse!
Oui vivement que je n’ai plus à le faire qu’une fois pour toutes. Mais est-ce vraiment possible?
Comment ça se passera avec mes découverts bancaires et l’argent qui ne rentre plus comme avant? Avec les H.L.M. où j’ai du mal à payer le complément de loyer? Avec l'E.D.F. et la facture en retard? Les S… ils me proposent un compteur à carte où il faudra que je paye d’avance la carte qui se débitera peu à peu! Et le gaz, l’eau? Le téléphone, la loi prévoyait un demi prix d’abonnement, depuis des mois ça traîne et je paye plein pot! Faut-il que j’aille encore pleurer?Quelle énergie il faut! Faire son Curriculum Vitae, les lettres de motivation manuscrites, les enveloppes timbrées, trouver les adresses d’employeurs potentiels, éviter ceux qui vous ont déjà dit non. Supporter ces non sempiternels! Radié, rayé, existez-vous encore?
Qui suis-je? Un produit à éviter, je n’ai plus d’identité, je suis chômeuse ou chômeur, c’est le vide. Une listéria, mystérieuse, semble m’avoir contaminé.Un guichet unique? La solution à ce mal être?
Et toutes les associations, tous les organismes de formation se contenteront-ils d’un dossier unique? Les “genres restos du cœur” qui nous aident, ils ont leurs dossiers, leurs statistiques… Peut-on échapper à soi-même lorsque l’on devient chômeuse ou chômeur? Ultime possibilité, j’ai pensé à me mettre à mon compte : quel parcours du combattant!
Vraiment, être au chômage ce n’est pas les congés payés de 1936. L’esprit libre, on peut prendre des congés, tout oublier ; pas comme chômeuse ou chômeur! Le chômage c’est le contraire des vacances.
Le chômage c’est le vide, c’est la vacance!

Paroles Bibliques
1. Ce n’est pas mon problème : je n’ai pas l’expérience du chômage. Mais c’est à moi qu’on a posé la question. Pourquoi? Probablement parce que je lis la Bible et que j’aime le repos. C’est donc une demi compétence que je vais étaler ici.Il existe plusieurs formes de chômage, repos forcé qui continue à subir la loi de la productivité assaisonnée d’une bonne dose de culpabilité. C’est au chômage de longue durée que je me réfère ici. Pour constater : qu’on ait en vue le 7e jour ou une simple pause dans l’effort, le chômage crée un temps sans "emploi" ni vrai repos. Un temps occupé par le "souci" au sens où Jésus utilise ce mot dans le discours sur la montagne (1). Ainsi le chômage comme le travail asservi s’oppose au sabbat. Car le sabbat ou 7e jour n’est pas une simple mesure d’accompagnement de l’emploi, qui perdrait sa pertinence au gré du bon vouloir ou des mauvaises fortunes du premier patron venu.
2. Le sabbat institue le repos. Pourtant le repos du 7e jour ne se confond pas avec du loisir et c’est une question en soi, de savoir si le 7e jour a cause commune avec les loisirs commerciaux ou s’il faut les opposer. La planche à voile, le ski… sont-ils ennemis du culte, leur conflit relève-t-il d’un malentendu, ces réalités ont-elles seulement quelque chose en commun? Au quotidien nous connaissons toutes sortes de repos : vacances, jours chômés, pauses sur le tas… dont la plupart obéissent aux mêmes impératifs que le travail sur lequel ils sont moulés : rentabilité, rapport bénéfice-risque, qualité-prix, etc. Le sabbat, lui, relève d’une autre culture – biblique. Il n’est pas aménagé comme une parenthèse dans la cadence souveraine du travail, une concession à la fatigue dans un temps voué à produire. Il a pour fonction d’offrir un cadre à la vie commune entre des hommes, un Dieu et sa création (que nous appelons nature). Il s’applique aux hommes, aux bêtes, aux machines, aux plantes et aux astres. Prétention délirante? Prétention biblique…
3. Dans la Bible, donc, c’est le repos qui structure le monde; le repos et tous ses équivalents qui s’appellent la paix, la grâce; la rémission, la délivrance : tout ce qui impose une limite à l’empire du travail et des rapports de domination, comme pendant les six jours de son propre travail Dieu impose des limites à l’expansion du chaos. Il s’agit de libérer ce qui est captif : temps contraint, terres aliénées, animaux attachés, hommes en prison, familles endettées… Pour mettre en œuvre cette volonté, la Loi biblique organise le calendrier autour du 7e jour auquel elle donne les extensions suivantes : 7e semaine, 7e mois, 7e année, 50e année. À toutes ces échéances, un temps de fête et d’arrêt de la production, qui culmine au Jubilé (50e année) par l’annulation des inégalités.
4. Ainsi compris, le repos du 7e jour garde envers les sans emploi toute sa portée d’obligation collective et de droit des individus : pour le salut public et la santé des personnes, il est capital de défendre au milieu de cette pollution des énergies que constituent la lutte pour l’emploi et l’épreuve du chômage, des jours et des temps consacrés au repos de l’âme.
Seulement, un tel droit est fort peu revendiqué des foules. Et comment le défendre pour que la salutation juive "shabbat shalom" - le repos dans la paix – exprime une réalité et non une simple vue de l’esprit? Certainement pas en rêvant de rétablir, à l’instar des soi-disant républiques islamiques, une sorte de chrétienté moderne où le temps de la libération intérieure serait… obligatoire! Mais pas non plus en acceptant l’excuse de la création d’emplois pour entériner la dislocation de tous les temps de repos censés permettre l’ouverture et la rencontre.5. On comprendra mieux la différence entre le 7e jour et un intervalle de vacances assujetties aux conditions du marché ou entre la justice biblique et une dictature religieuse appuyée sur l’exploitation du pétrole, si l’on considère, par exemple, le sabbat sous la forme de l’année sabbatique : son application à la lettre se traduirait aujourd’hui par un arrêt complet de toute production et accumulation. Les centrales produisant le courant électrique elles aussi se reposeraient. L’argent ne travaillerait pas. Durant un an… Une telle utopie aurait peut-être un sens à l’échelle mondiale mais à plus petite échelle elle conduirait sans doute au suicide économique. D’où la conclusion des experts en Histoire biblique : la loi de l’année sabbatique n’a pas dû être souvent appliquée et celle du Jubilé, jamais. Ouf! Merci sécularisation. Et dommage pour la forêt amazonienne et les peuplades qui y survivent.
6. Et "celui qui n’a pas de travail", que vient-il faire à ce point du débat? Rien de très caractéristique, en définitive. Bien sûr, quand il est suffisamment ruiné, le chômeur partage avec les lecteurs de la Bible une particularité frustrante : le 7e jour, il est privé de ski et de planche à voile. Pour autant, les chômeurs n’ont pas pour habitude de revendiquer le droit au sabbat : ils réclament du travail et des congés payés.
C’est que, de fait, le dimanche des églises, le samedi des synagogues et les loisirs commerciaux sont tous des travestissements du repos de Dieu unificateur de la création. Ils sont condamnés par l’organisation de la société mercantile où ils s’exercent à séparer ce que Dieu a uni, la chair et l’esprit, le sport et la prière, l’hygiène de vie et la dépollution de l’âme… Et le cas du chômeur n’est pas plus que celui de Bill Gates significatif de cette incompatibilité entre civilisation de l’argent et sabbat. Simplement le chômeur se retrouve bien malgré lui au nombre des signes prophétiques que le Seigneur Dieu pose sous notre nez pour nous avertir des catastrophes qui menacent la création. Le sabbat forcé du chômeur fait partie d’une série : les revanches du sabbat. Ainsi de la verdeur de la campagne après la mort des industries qui nourrissaient les hommes et empoisonnaient la terre dans les anciennes régions actives de notre pays. Ainsi les tempêtes inhabituelles qui laissent deviner combien jouer avec l’équilibre de l’écosystème peut coûter plus cher qu’une année de jubilé mondial… Cas extrêmes qui illustrent seulement à quel point le cours ordinaire d’un monde régi par le dieu Marché est contraire à la vie.7. D’où la question : le sabbat a-t-il jamais été appliqué? Et celle-ci qui lui est symétrique : Jésus de Nazareth traite le sabbat avec une totale désinvolture, qu’avons-nous, en tant que chrétiens, à vouloir lui donner une importance monumentale (2)?
Réponse : Jésus ne se moque pas du 7e jour. Mais il a compris avant tout le monde que sur ce terrain la surenchère est le meilleur allié de l’indifférence. Et qu’à faire du perfectionnisme légal, en voulant surcharger la Loi de conditions d’application impitoyables ("Si t’as pas tout accompli, t’as rien fait"), on rend le commandement inapplicable : on fait remonter au ciel ce que Dieu avait placé "à ta portée, dans ta bouche et dans ton cœur" (3). Voilà pourquoi, malgré le fait que les loisirs populaires sont complètement intégrés aux aspects les plus idolâtres du marché, il faut travailler à réconcilier le culte et le ski, la nature et l’industrie. Et tout de suite, sans attendre la 7e ou la 50e année; sans attendre non plus que toutes les conditions soient rassemblées pour réussir de bout en bout.
Traduction pour la personne privée d’emploi? Chaque instant où elle est aussi autre chose qu’un chômeur – quelqu’un qui chante juste, une mère, un lecteur de l’actualité, une passionnée de course à pied, un frère dans la foi – chacun de ces instants est le 7e jour de Dieu. À une condition : appliquer en même temps ce même raisonnement à Bill GATES, au banquier, aux redresseurs de tort du MEDEF ou à Claudia SCHIFFER. Chaque fois que ces gens deviennent autre chose qu’un pouvoir, une fortune qui prime le droit ou deux fesses de luxe… c’est le 7e jour. De là à dire que la fréquence de l’événement atteint une fois par semaine…
(1) Mt 6, 25-27 – (2) Mc 2, 27 etc. – (3) Dt 30, 11-14.