Éditorial: Proche Orient, Chypre etc…: mêmes combats pour survivre! Pierre Vinson
Vie de l'Église
Situation au Proche-Orient
La paroisse de l'Illberg, un avenir fait d'espérance…
Concerts de Saint-Paul
Parmi les livres: Bernard COTTRET, La Renaissance 1492-1598, Civilisation et Barbarie, Les Éditions de Paris, 2000, 172 pages.
Page biblique : Dieu est mon juge (Dani-El) Michel Cordier
Le
dossier : témoigner
Un silence qui doit parler! Robert MOLLET,
Bible en Val de Drôme ou la quête du sens Pasteur Samuel AMEDRO
Convictions et Immersion Corinne AKLI
Malheur à moi si je n’évangélise!
Des médias et des personnes
«De partout vers partout» Marthe WESTPHAL, Interview Elisabeth HAUSSER
Proche Orient, Chypre etc…: mêmes combats pour survivre!
Pourquoi le Proche Orient?Je crois qu’il n’est pas nécessaire de faire un dessin: d’un côté le peuple juif, qui veut vivre sur un territoire mais qui a peur de disparaître sous le poids du regard hostile des peuples voisins et qui utilise tous les moyens pour exclure un autre peuple de ce territoire. D’un autre côté des palestiniens éparpillés sur une terre qu’ils revendiquent et qui se réfugient dans une solution définitive: la violence aveugle aussi inutile qu’expéditive!Dieu est mon juge (Dani-El)La brimade et l’injustice contre le fanatisme et la haine!
Pourquoi Chypre? parce que j’ai eu l’occasion de m’y rendre et j’ai pris conscience que c’est un conflit oublié depuis plus de 25 ans. Ce conflit a coupé en deux cette île qui était un pays. D’un côté des chypriotes turcs et musulmans minoritaires (Chypre du Nord) et de l’autre des chypriotes grecs et orthodoxes majoritaires (Chypre du sud). Le combat armé a cessé grâce à l’ONU, mais la "ligne verte" qui sépare l’Ile en deux continue d’entretenir une tension et une amertume palpables. Un rien peut faire exploser le fragile équilibre artificiel. Là aussi mépris et repli sur une identité contre procès d’intention et sentiment de supériorité.
Autre combat: à l’école, dernièrement ma fille a été agressée par une de ses camarades de classe. Entre elles, le courant ne passait pas. Un jour, la seule réponse à cette situation a été la violence physique. Le résultat fut une question: que faut-il faire? se taire, oublier et continuer à avoir peur d’une prochaine agression ou parler, porter plainte et avoir peur d’être mal vue par l’ensemble de la classe? La encore, le pouvoir de la force physique contre la peur et la rancune tenace.
Proche Orient, Chypre etc… école, vie: même combat pour survivre?
Il n’est pas question de jeter la pierre à l’un ou l’autre.
Il n’est pas question de chercher un responsable ou un coupable à la situation de blocage, il n’est pas question de prendre parti pour l’un contre l’autre.
Il est question de dénoncer des comportement de peur et de rancune qui n’apportent que violence et repli.
Parce qu’il est facile de haïr, il faut oser des gestes courageux de respect et d’amour. Parce qu’il est facile de rejeter la faute sur l’autre, il faut oser exprimer son mal vivre et entendre le mal être de l’autre. Parce qu’il est facile de prendre le pouvoir, il faut reconnaître l’autorité d’autrui et ses propres limites. Parce qu’il est facile de se croire humilié, il faut revendiquer sa place d’être humain, créature de Dieu. Parce qu’il est facile d’être hypocrite, il faut oser l’honnêteté. Parce qu’il est facile de vivre dans l’amertume et la rancune, il faut partager ses convictions et ses souffrances.
Et comment sortir du cycle infernal de la violence peureuse sinon par la parole, parole qui peut-être difficile à dire et à entendre, mais parole qui engage dans un cycle libérateur du pardon et l’appréciation de la réalité qui nous est jusqu’à présent inconnue.
Pierre VINSON
légende de la photo (page 4 nov 2000.jpg):Situation au Proche-Orient
copie moderne d'une icône russe représentant l'archange Michel. On notera qu'il se tient aux portes de l'enfer, sans son arme ni ses attributs impériaux usuels. Il soutient de son bras droit le disque céleste inhabituellement grand et frappé du monogramme du Christ vers lequel sa seconde main attire l'attention.Texte biblique
En ce temps se lèvera Mikael, le grand Prince qui se tient auprès des enfants de ton peuple. Ce sera un temps d’angoisse tel qu’il n’y en aura pas eu jusqu’alors depuis que nation existe. En ce temps-là, ton peuple échappera: tous ceux qui se trouveront inscrits dans le Livre. Un grand nombre de ceux qui dorment au pays de la poussière s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour l’opprobre, pour l’horreur éternelle. Et les gens réfléchis resplendiront, comme la splendeur du firmament, ceux qui ont enseigné la justice à un grand nombre, comme les étoiles, pour toute l’éternité.
Daniel 12/1-3 (lecture du 19/11 calendrier de lecture de la Fédération Protestante de France)
Développement
Nous n'avons plus l'habitude des récits d'apocalypse. Dans une prophétie, Dieu envoie un message à son peuple pour l'inviter au retour à l'Alliance. Dans un texte d'apocalypse, Dieu annonce ce qui marquera son intervention finale dans notre histoire. Au temps de la prophétie, un changement d'attitude des hommes peut entraîner un changement dans la volonté de Dieu (cf. Jonas); au temps de l'apocalypse, toutes choses sont figées, irrémédiables. La fin du livre de Daniel - dont ce passage- est un texte d'apocalypse. Nous sommes alors à la toute fin de l'Ancien Testament, plus précisément en 164 ou 163 avant JC lorsqu'un héritier de l'empire d'Alexandre le grand décide d'interdire le culte juif, de persécuter les juifs pratiquants et de livrer le Temple rebâti à Jérusalem au retour de l'Exil par Esdras aux païens. Le croyant écrasé par les méchants, assoiffé de vengeance, tente alors de dire sa foi en Dieu - qui seul pourra lui rendre justice.
Œil pour œil?
Le judaïsme a très tôt distingué les textes rassurants dans lesquels Dieu - appelé YHWH- est favorable et riche en miséricorde, des textes critiques et exigeants où il est appelé Elohim et se révèle objet de crainte. Par là se manifeste le décalage entre la volonté de Dieu et ce que les hommes font, la différence entre l'Alliance et notre vie quotidienne. Sûrs de la présence de Dieu à leur côté, les auteurs de l'AT n'hésiteront pas à exprimer leur conviction d'une rétribution du bien et du mal [cf. Ps 50/22s, Ps 11/5-7, Abdias,…]. Dans son discours d'adieu, Moïse lui-même emploie le mot [shilem 32/35].Tous pour un, un pour tous?
Pendant longtemps, comme l'illustrent les différentes versions de l'Alliance [cf. Ex 34/6s, Ex 20/5s et Dt 5/9s], le choix entre suivre ou rejeter Dieu concerne le peuple dans son entier. Dieu brosse de son peuple et de son histoire un tableau sans illusion ni concession, exigeant une réciprocité d'engagement à son Alliance [cf. Dt 1-7,11,27,30; Jos. 24]. Ce n'est que tard, au temps de l'Exil, avec Ezéchiel 18, que l'accent est déplacé du peuple entier vers la responsabilité de chacun.Jour du Seigneur
Avec Amos [5/18], apparaît l'expression "Jour du Seigneur". Vite reprise par tous les prophètes, elle s'oppose au réquisitoire des prophètes - qui pointe du doigt les fautes reprochées au peuple-, s'intéressant aux conséquences de la présence renouvelée de Dieu au sein de son peuple touché par le péché. D'un auteur à l'autre l'accent sera plutôt du côté de la crainte éprouvée par les ennemis de Dieu [cf Soph. 1/14-18] ou plutôt du côté de l'espérance du juste opprimé [cf. Es. 61].Subsister
À l'époque décrite par Daniel, la révolte des Maccabées contre Antiochus Epiphane, les persécutions nécessitent des réponses fortes aux questions du mal et de la mort. Plusieurs textes bibliques nous montrent des hommes ayant échappé à la mort. C'est le cas des trois seuls récits de résurrection de l'AT (autant que le Christ dans les Évangiles), tous issus du cycle des prophètes Elie et Elisée, qui permettent pour un laps de temps le retour à la vie d'un corps mort [I R 17, 2 R 4 & 13]. De leur côté, deux hommes réputés pour leur justice, le même Elie et un certain Hénok (Gen 5/24 selon ce qu'en ont compris toutes les traditions anciennes), bénéficient, eux, d'être repris par Dieu sans connaître la mort. Cela ne suffit pas face au martyre des hommes pieux.Ressusciter
L'idée de résurrection était connue dans les cultes païens en Canaan, liée au renouveau annuel en agriculture. À ce titre, Israël l'a longtemps repoussée. Elle n'est qu'évoquée comme image de restauration [Osée 6/1-3], de libération [Ez. 37] ou de réhabilitation [Es. 53/10-12] du peuple. C'est en y associant l'œuvre du Christ que le christianisme voit dans ces trois textes des préfigurations de la résurrection, pratiquant une relecture que le judaïsme refusait. Ce qui comptait pour les hommes d'alors, c'était l'espérance du peuple des vivants en son Dieu et non le geste de résurrection en lui-même. Le seul vrai texte où Dieu détruit la mort est Es. 25/8 prolongé par 26/19. Ici la résurrection assure pour le peuple une nouvelle façon de vivre l'Alliance, une façon parfaite. Le temps est venu d'une confiance absolue, plus forte que la peur de la séparation.Mikael
En hébreu, le prénom Mikael est une question: "qui est comme Dieu?" ne pouvant recevoir d'autre réponse que: "personne". Son nom sonne comme le long discours de Job 38-41, évoquant la puissance inconnue de Dieu. Comme dans le cas de Job, son interlocuteur sera au plus profond de la détresse humaine. Comme dans Job, Dieu aura soin de protéger les siens des coups les plus durs de l'ennemi. Il ne s'agira pas de tenir les siens à l'écart de tout danger, mais de veiller à ce que malgré la souffrance apparaisse la certitude que la promesse de Dieu ne tardera plus à s'accomplir. Les justes, dont les morts pour leur foi, subsisteront et (re)vivront à jamais auprès de Dieu tandis que les impies resteront à jamais séparés de Lui. Mieux, avec une forme de reconnaissance apparaît pour les plus méritants. Bien avant Romains 8/18-39 et I Cor 3/13-15 est posé que rien ne parviendra plus à briser le lien entre Dieu et ceux qui ont décidé de lui être fidèles. Au verset 13 - qui clôture le livre et la rédaction de la Bible juive-, l'auteur en reçoit confirmation pour lui-même.Avec Josué et David
Désormais le croyant peut, heureux ou dans l'épreuve, affronter la mort en paix reprenant avec confiance à son compte les paroles de fin de vie de Josué [Jos 23/14] et David [I R 2/2]: "Voici, je m'en vais aujourd'hui sur le chemin de toute la terre". Et Josué d'insister: " reconnaissez de tout votre cœur et de tout votre être que pas une seule parole n’est restée sans effet de toutes les excellentes paroles qu’avait dites le Seigneur, votre Dieu, à votre sujet. Tout s’est accompli pour vous; pas une seule de ces paroles n’est restée sans effet".Michel CORDIER
Devant la haine et le mépris de l’autre
Devant le langage des armes,
Devant l’ordre de la force et de l’injustice,Nous voulons toujours croire :
Au droit de l’homme et au respect de l’autre,
À la tolérance et à la fraternité,
À la liberté et à la paix.C’est pourquoi, aujourd’hui, nous disons deux fois non :
NON à l’antisémitisme, à la haine des Juifs, au rejet d’Israël,
NON à l’oppression des Palestiniens, à la haine des Musulmans, à l’exclusion des Arabes.Nous croyons fermement que le Dieu d’Abraham veut bénir toutes les familles de la terre.
Il nous appelle ici et là au dialogue, à la responsabilité, à l’action,
Non pour tuer ou broyer notre prochain,
Mais pour construire tous ensemble un monde fraternel.
Dimanche 26 novembre 2000.Orchestre PROMUSICA. Dir. André GENDRAUD.Dimanche 11 février 2001
Violon Gunars LARSENS
Vivaldi concerto pour 1, 2, 3 et 4 violons. Vivaldi Les Quatre Saisons.Récital piano violon. Gunars LARSENS, Yasuyo YANO.Dimanche 11 mars 2001
Mozart, les sonates pour violon et piano.Quatuor FLORESTANDimanche 25 mars 2001
Mozart: Les Dissonances. Turina: Prière du Torero. Hindenmith: L'ouverture du Vaisseau Fantôme.Ensemble LUDUS, Dir. Jean-Luc DARBELLAY.Dimanche 13 mai 2001
Trompette Marc ULRICH. Cor: Olivier DARBELLAY. Bach, Mozart, HaydnQuatuor BARTHOLDI.
Stekel, Barber, Faure.
Bernard
COTTRET, La Renaissance 1492-1598, Civilisation et Barbarie, les Éditions
de Paris, 2000, 172 pages.
La Renaissance, terme ambigu qui recouvre des réalités différentes selon les pays. Il s'agit d'un phénomène intellectuel la redécouverte de la culture antique à travers les classiques grecs et latins. C'est ainsi que l'occident chrétien se prend à espérer une nouvelle synthèse, une harmonie entre la Sagesse des Anciens et la Révélation biblique. Vaste espérance qui sera portée au plus haut par la plume des humanistes, la peinture, la musique, l'architecture et la politique au sens classique du mot.La Renaissance s'étale au long des bords de Loire, elle s'installe dans des châteaux voulus par un roi lettré pour ses maîtresses qui l'étaient moins. Elle s'incarne dans le génie de Léonard de Vinci, d'Erasme, de Budé et bien d'autres encore. Désireux de comprendre notre présent Bernard COTTRET nous montre une toute autre Renaissance, celle qui commence par un silence de mort.
En 1492, Grenade tombe aux mains de Ferdinand d'Aragon, la victoire de la "Chrétienté" va mettre un terme à la cohabitation entre la culture occidentale et orientale. La rupture est de taille, elle n'a été possible que grâce à une révolution militaire qui encore de nos jours donne une suprématie totale et parfois arrogante aux forces de l'occident, l'invention de la stratégie. La guerre et la culture sont les deux temps forts de la civilisation qui constituent le ferment de la Renaissance. Cette même année, Christophe COLOMB découvre l'Amérique et ce, pour le plus grand malheur de ses habitants. Cette fois le cimetière ne se limite pas au quartier aujourd'hui touristique de l'Alhambra, il est à l'échelle d'un continent un grand cimetière sous la lune comme aurait pu l'écrire Georges BERNANOS. Derrière ce drame se profilent deux monstres sacrés de notre modernité. Le premier investit toutes les formes du réel, la culture, l'économie, le droit, la religion aussi, c'est la politique internationale. Elle est alimentée le plus souvent par une volonté d'hégémonie et se met en œuvre en suivant les arcanes qui tendent à l'absolutisme de certaines règles mathématiques: "Les ennemis de nos ennemis sont nos amis".
Au même moment se pose la question trop souvent résumée à la controverse de Valladolid: les Indiens ont-ils une âme? Ne nous y trompons pas, c'est bien la question des droits de l'homme qui est ainsi posée, et du même coup, celle de l'ingérence humanitaire dans la politique des états.
L'espérance de la grande synthèse recevra les coups les plus terribles de ce qui devait en être la clé de voûte: la religion. Dans sa théologie Platonica, et son Christina Religione, Marsile Ficin pense réconcilier le platonisme et la Chrétienté. Toute la Bible était dans Platon, la Sagesse des Anciens aussi. Ficin cherchait à reconstituer une généalogie du savoir, mais comme le remarque COTTRET, "une généalogie fantasmatique du savoir qui relie Platon à Mercure et Zoroastre". Sous des traits bien moins raffinés et une érudition glanée dans de faux bouquins achetés au poids comme disait le poète, la recherche spirituelle de bon nombre de nos contemporains n'est pas très éloignée de cet idéal. "Tout est en tout et réciproquement", la formule a fait fortune, l'école de Ficin aussi. À l'exception de quelques résistances, la nouvelle philosophie aura une influence considérable sur les Belles-Lettres et les arts. Luther, sans pour autant devenir le nouveau prêtre de ce platonisme chrétien, se réjouira sans réserve de la fin d'Aristote dans les universités. Calvin, pour sa part n'entrera jamais directement dans ce débat. Pour lui, le temps est venu d'imaginer un monde dans lequel, l'homme, le prince, l'État, se mettent en scène en fonction des métaphores bibliques, d'où sa rupture aussi rapide que surprenante avec l'humaniste. Certes, Calvin dispute avec Erasme, mais plus significatif, à ma connaissance il ignore Thomas More et Machiavel.
Luther et Calvin sont bien des hommes de la Renaissance, mais des hommes de la fracture. C'est dans les réformes religieuses que se cristallise la montée des états nations. Le désir de s'affirmer allemand, français ou anglais n'est pas uniquement le fait du prince, c'est aussi l'expression d'une volonté populaire ou aristocratique. Henri VIII et Charles Quint en sont la parfaite illustration, à contrario pour ce dernier il est vrai. La religion, lieu par excellence de l'imaginaire des hommes et des femmes de la Renaissance, prend des allures de champ de bataille où s'accompagnent plus que ne s'opposent la violence et le sacré.
Dans cette Europe de la Renaissance, les réformes protestantes sont coupables de crime contre l'humanité. La formule peut choquer, mais elle traduit ce que Denis CROUZET veut nous faire comprendre dans son livre sur la Saint-Barthélemy en parlant de crime humaniste. L'altérité n'a pas sa place dans la grande harmonie, les Huguenots, pour ne citer qu'eux, sont des briseurs de rêve. Les massacres prennent alors une dimension expiatoire, le sang des victimes purifie les bourreaux. Sous la bannière de la chasse à l'hérésie se cache une tentative de purification spirituelle d'une société qui s'épuise dans ses propres contradictions. Nous ne sommes pas très éloignés des purifications ethniques des temps modernes.
En confrontant le lecteur à toutes les ambiguïtés de la Renaissance, Bernard Cottret nous fait comprendre qu'il serait illusoire de croire que la culture, aussi raffinée soit-elle, puisse être l'antidote de la barbarie. Citant G. STEINER, COTTRET nous rappelle: "Que les bourreaux des camps de concentration avaient pu lire Shakespeare et Goethe. Leur culture humaniste et littéraire n'est pas en cause; leur sombre labeur terminé, les nazis pouvaient se réunir pour jouer de la musique de chambre. Ni Bach, ni Mozart n'ont su enrayer dans l'Allemagne nazie la prolifération du mal". À lire et à méditer.
Et pourtant elle vit! Il est vrai que la situation de la paroisse de l'Illberg peut susciter bien des interrogations: fermera? fermera pas? Qu'est ce qui se passe? Que va-t-on faire? Qu'en est-il de la chapelle? Questions bien légitimes auxquelles il convient de faire droit et de répondre.En concertation avec le conseil presbytéral de Mulhouse et le conseil consistorial, l'association des Amis de l'Illberg a été réactivée. Elle est composée des membres des conseils paroissiaux de l'Illberg et de Saint-Jean (membres de droits selon les statuts, ce qui s'explique par le fait que l'Illberg est "fille" de Saint-Jean) mais aussi de diverses personnes du protestantisme mulhousien attentifs à l'avenir de la paroisse. L'Association remplit sa mission de soutien en prenant à sa charge l'entretien et la gestion des bâtiments (presbytère et chapelle). C'est à ce titre qu'après consultation des services techniques municipaux, l'association a décidé de ne pas démolir la chapelle aussi longtemps que nous ne serons pas fixé sur ce que nous voulons faire dans ce secteur paroissial.
Le conseil paroissial a été prolongé dans ses fonctions jusqu'à l'été 2001 et s'occupe de l'animation de la communauté, cultes, visites et Ralliement. Toutes les paroisses mulhousienne s'impliquent dans le soutien de l'Illberg: Saint-Jean a pris en charge l'école du dimanche, Saint-Étienne la catéchèse, Dornach l'organisation des casuels (mariages, baptêmes, enterrements) et tous les pasteurs de Mulhouse se relaient pour assurer les cultes. Ceux-ci ont lieu chaque 2e dimanche du mois au presbytère, rue George Sand à 10h15 et tous les 4e samedis du mois au foyer communal de Froeningen à 18h.
Le conseil presbytéral joue son rôle en apportant sa garantie financière et en assumant une part importantes des offrandes écclésiales. En même temps il a réuni une structure composée de personnes motivées de l'ensemble des paroisses: le "réseau Illberg". Ce réseau se réunit régulièrement et fait des propositions. Le pasteur Francis DIÉNY a été chargé de rencontrer les associations du quartier ainsi qu'un grand nombre de paroissiens. Il rend compte de ses observations au réseau.
Deux groupes de travail se sont attelés à la rédaction d'un "projet de vie", ce projet sera discuté par le réseau, puis par le conseil paroissial et le conseil presbytéral. Il sera approuvé pour Noël et en janvier, des orientations définitives seront prises.
L'intention première de toute cette démarche est de ne pas handicaper l'avenir, aucune décision n'est prise pour le moment mais des propositions sont faites, étudiées. Viendra le moment des choix, étant bien évident que nous ne pourrons pas tout faire et qu'il convient de s'assurer de la motivation des paroissiens de l'Illberg, premiers concernés. Concertation et consultations sont les maîtres mots de l'affaire.
Et pourtant, elle vit, c'est bien vrai même si cette vie est fragile, elle est bien réelle. Soutenir la paroisse dans cette étape difficile est une question de solidarité d'Église. Chacune de nos paroisses, si elle devait traverser les mêmes difficultés s'attendrait à trouver de l'aide auprès de ses sœurs mulhousiennes ou consistoriales. Chacun d'entre nous peut aider de manière très simple: soit en participant aux rencontres du réseau (la prochaine aura lieu le 21 novembre à 20h à la chapelle de l'Illberg), soit en participant aux cultes du 2e dimanche, soit en soutenant financièrement la paroisse pour qu'elle puisse continuer à assurer sa mission dans cette partie de l'agglomération. Elle vit et elle continuera aussi longtemps qu'elle saura qu'elle peut compter sur nous!
Oui! la réponse est oui! La diaconie témoigne. Par son existence même, dès lors qu’elle est une "mise en service collective de la foi" (1) et non seulement une simple action à caractère social ou médico-social, ou sanitaire.
Mais cette question renvoie rapidement à des questions essentielles que je ne peux qu’évoquer ici: La mise en pratique de la foi, est-elle seconde, voire secondaire ou bien au cœur même de la foi? Jésus répond à sa manière lorsqu’il dit à ses disciples: "comprenez vous ce que je vous dis? Eh bien vous aussi faites de même".
Autres questions dont l’exploration révélerait bien des décalages: faut-il assimiler témoignage et évangélisation? une communauté ecclésiale pour être véritablement l’Église ne doit-elle être tout à la fois missionnaire et diaconale? S’engager collectivement contre les pauvretés, refuser tout fatalisme n’est-ce pas du ressort de l’urgence du témoignage?
Témoigner dans une société laïque
Aujourd’hui toutes ces questions trop rapidement évoquées se sont complexifiées. En règle générale, depuis la séparation de l’Église et de l’État et la création de la Loi associative de 1901, l’action diaconale s’est structurée en association distincte. Son objet social doit respecter strictement le principe de Laïcité. Elle s’est aussi professionnalisée pour faire face à de nouveaux besoins. Des collaborateurs compétents sont donc recrutés, mais pas nécessairement chrétiens, même si, on attend de leur professionnalisme qu’il ait, au minimum, un caractère humaniste.
Par ailleurs la solidarité dans sa dimension pratique et humaniste relève désormais en grande partie des Etats. La diaconie, engagée collectivement, devient une mission de service public ou d’intérêt général. Cela lui interdit tout prosélytisme (ce qui ne signifie pas que les chrétiens engagés doivent garder leur langue dans leurs poches).Témoigner c’est veiller!
Souvent l’action d’entraide reste vigilante, active et parlante face aux situations de souffrance d’urgence et de fragilités dont des personnes sont victimes et dont les causes sont souvent issues de choix ou de pressions économiques, politiques et sociaux des états nations. Ce qui, on en conviendra, j’espère, à quelque chose à voir avec l’Évangile.
Dans cette perspective, le chemin entre "Église" et "œuvre" est-il convergent ou divergent? Malheureusement la distance entre les deux reste préoccupante.
L’annonce de l’Évangile dans le monde diaconal relève, selon Isabelle GRELLIER (2) de trois conditions:
- La liberté, et donc le respect du droit à la parole de l’autre; surtout si celui-ci est souffrant ou fragilisé.
- L’authenticité, le témoignage exige tout à la fois l’engagement personnel – même si la vérité échappe toujours – et la possibilité pour l’interlocuteur d’exprimer sa propre quête de sens.
- La réciprocité, le témoignage est de l’ordre du dialogue entre deux interlocuteurs égaux, différents et se reconnaissant comme "semblables".
Si ces trois convictions sont réunies, alors un témoignage est possible.
Enfin disons que la singularité du témoignage dans une action d’entraide est peut-être bien qu’il implique une action "en creux". Pour citer Gérard DELTEIL (3). "dans une société où le message chrétien a donné lieu à tant de déformations, le témoignage de l’Évangile auprès de ceux qui sont aux prises avec la détresse et le scandale de l’injustice ne saurait être qu’un patient cheminement à la recherche de mots vrais. Peut-être faut-il passer d’abord par le silence et la perte de tout langage convenu, habiter nous-mêmes ce dénuement pour que puisse naître de cette dépossession, une parole vraie".Robert MOLLET,1 j’emprunte cette définition à Frédéric de CONINCK
Secrétaire général
de la fédération de l’Entraide protestante.
2 Isabelle GRELLIER. Action diaconale et évangélisation; pour quel service? in "actes du colloque théologique de Glay 1998", publié par la Fédération de l’entraide protestante, 2000.
3 Gérard DELTEIL, Prosélytisme et évangélisation in "Actes du 63e synode de l’Église réformée de France, 1963".
Bible
en Val de Drôme ou la quête du sens
Qui suis-je? D'où je viens? Où je vais? Pourquoi je vis? La quête du sens de la vie traverse l'humanité et notre fin de 20e siècle, peut-être plus que toute autre période.Convictions et ImmersionLa mémoire trouée par l'oubli de ses origines, l'homme se fourvoie dans la multiplicité des sens. Et pourtant notre identité, notre culture, sont fondées et structurées par un livre ou plutôt par Les Livres: la Bible. Pour que nos contemporains puissent la redécouvrir et se la réapproprier, il y a comme une urgence, une utilité publique à sortir la Bible de nos temples et de nos Églises, à la mettre sur la place publique. La Bible fait partie du patrimoine culturel de l'humanité. Elle n'est la propriété d'aucune Église.
Forte de ce credo, l'association "Bible en Val de Drôme" est née à Crest en août 1996. Elle réunit toutes les fractions du christianisme et les volontaires laïcs qui ont voulu se lancer dans l'aventure. Son objectif? Créer, pour septembre 1997, un véritable événement culturel en offrant au plus large public possible un "Mois de la Bible", avec un maximum de manifestations culturelles centrées sur la Bible et son message: la belle exposition de l'Alliance Biblique, une exposition de peintures, des conférences, une nuit du Gospel, un grand concert de musique sacrée, des films d'inspiration biblique, un projet pédagogique spécifique avec la réalisation, en collaboration avec les enseignants, d'un petit livret expliquant simplement la Bible et qui fut donné à tous les élèves…
On le voit, l'enjeu œcuménique était de taille: après avoir eu l'impression de piétiner pendant quelques années, il nous fallait un projet à réaliser ensemble. Mais ce que nous pensions être le plus petit dénominateur commun aux différentes familles chrétiennes de notre secteur (catholique, réformée et évangélique), à savoir la Bible, est apparu en fin de compte, pouvoir être une véritable pomme de discorde entre les uns et les autres. Il nous a donc fallu faire un pas de plus: apprendre à lâcher prise sur ce que nous pensions posséder, accepter de ne plus vouloir défendre une orthodoxie de lecture pour cheminer avec l'autre. Nous n'étions plus là pour " apporter l'Évangile " mais simplement pour créer l'occasion d'une rencontre en ouvrant le Livre avec tous, sans chercher à évaluer si la rencontre avait lieu ou pas. Un seul contrat moral a pu garantir la réussite d'un tel projet: respecter
le caractère culturel des manifestations en s'interdisant tout prosélytisme particulariste. Certains jouèrent le jeu sincèrement et honnêtement et de véritables amitiés sont nées entre nos communautés. Aujourd'hui encore, catholiques, réformés et évangéliques (Vie Chrétienne en France) de notre vallée vivent de l'essor venu de cet événement. Le Groupe Biblique Œcuménique qui vivotait auparavant, connaît maintenant un véritable succès: nous sommes assez forts pour ne plus y rechercher le seul consensus en osant aborder de manière frontale et fouillée tout ce qui nous différencie. L'association Bible en Val de Drôme continue son action en organisant 4 conférences par an et porte actuellement un projet de voyage en Israël. D'autres groupes, par contre, n'ont pas accepté la charte de non-prosélytisme et se sont, de fait, exclus eux-mêmes du projet et du mouvement œcuménique. Au fond, est-ce vraiment un mal?Pasteur Samuel AMEDRO
Corinne AKLI est pasteur à Aubervilliers
et présidente d'un Club de Prévention qui déploie
douze éducateurs de rue sur des quartiers en difficulté de
Seine Saint Denis. Depuis novembre 1998 elle assure les fonctions de Secrétaire
Nationale du Secours Populaire Français. Elle a été
chargée de la première mission de secours d'urgence au Nicaragua
après le passage du cyclone Mitch et suit, sur le long terme, la
questions des zones sensibles en France et l'application de la loi contre
les exclusions.
Par Corinne AKLI
Cette misère qui
m'entoure
J'ai parfois l'impression que cela n'aura pas de fin. Ici ou au loin, chaque jour les sirènes hurlent leurs nouveaux drames. Les populations les plus pauvres sont toujours plus touchées que les autres quand le malheur frappe à la porte. Ces hivers qui n'en finissent pas de laminer les corps et les cœurs. Voilà les sans abri, sans travail, sans papier, sans famille. Les mômes aussi, mal nourris, mal soignés, en difficultés sociales et scolaires. Les ados qui se rebellent. Les personnes âgées, les infimes, les isolés. Longue procession des victimes du mal vivre. À force d'être immergé continuellement dans la grande pauvreté ne risque t'on pas d'y perdre son âme? Francis PONGE disait "J'aime mieux marcher dans la boue que dans l'indifférence". Pour moi aussi cette immersion, loin d'être dangereuse ou morbide me semble au contraire vitale.
Immersion et convictions
Loin de perdre mes convictions j'ai l'impression qu'elles se renforcent et qu'elles fructifient. L'immersion c'est comme la plongée sous-marine, il faut soit une grosse bonbonne d'oxygène, soit une grande capacité pulmonaire. Si la bonbonne de nos convictions est une annexe qu'on doit porter à bout de bras, alors c'est sûr qu'on va la perdre au détour d'une mauvaise passe. Mais si la force est intérieure personne ne peut vous l'arracher. Ce qu'on risque de perdre, c'est ses illusions et toutes ces théories superflues, qui sont venues s'ajouter à l'Essentiel. Tant mieux, ce dépouillement est nécessaire. Mais l'Essentiel c'est comme un grand souffle qui m'anime et me réanime continuellement. Ma foi c'est comme une respiration, si je la perdais je m'en apercevrai tout de suite. Les gens disent parfois "celle-là, elle ne manque pas d'air" ou bien "elle est gonflée", ils n'ont pas tort. Je tiens bon, non par mes propres mouvements, mais par l'Esprit qui m'habite. Il y a des jours où on ne peut plus compter sur ses propres forces, ses outils, les dispositifs, les techniques, on avance alors les mains nues, vulnérable. Etre simplement là, proche, en essayant d'écouter, de comprendre avec bienveillance et, souvent, cette pauvreté extrême porte du fruit.Se mouiller sans couler
Un autre risque, c'est celui de tellement compter sur le travail en réseau, le partenariat qu'on oublie ce pourquoi on était venu. Oui, je siège dans les Conseils communaux de Prèvention de la délinquance, les Contrats Locaux de sécurité, les Missions Locales, les Plis, les Flaj et autres commissions obscures où se trament les politiques sociales. Et leurs débats sont loin de mes études de grec ou d'hébreu. Je me demande parfois à quoi ça me sert toute mon érudition! Par contre, ce genre de débat est très souvent en phase avec des pages entières de l'Évangile: qu'est-ce que la justice? Que fait-on des pauvres? des petits? de la famille? La parabole du verre d'eau et du pain partagé. Les conseillers généraux, les députés, les élus locaux ou associatifs que je côtoie savent bien qui je suis, qui je représente (tenant-lieu/ lieutenant de Dieu). Je ne représente pas seulement les mômes et leurs éducateurs mais aussi les valeurs de la Réforme, les principes de la chrétienté.
On ne peut pas tout partager-------------------------------------
On ne me dit pas tout et moi non plus je ne dis pas tout, ce sont des associations ponctuelles sur des projets précis. Je ne peux pas tout cautionner et les autres non plus ne peuvent souscrire à l'ensemble de mon ministère. Mais nous faisons un bout de route ensemble aussi loin que nous pourrons avancer dans cet en-commun qu'est la recherche de la paix sociale, de la justice et de la fraternité. Loin de camoufler mon étendard, je le mouille d'une parole qui m'engage. Et la laïcité à la française a tout à y gagner. Les autres savent bien que les Églises ont souvent été pionnières dans les œuvres de bienfaisance, défendant les causes les plus désespérées et, quelque part, cela inspire le respect.
Evangéliser est incontournable. Mais
dépasser les peurs, repenser le contenu de l’Évangile, se
former, utiliser les médias nouveaux et surtout ne pas négliger
les rencontres interpersonnelles est tout aussi incontournable.
Par le pasteur Claudette MARQUET, responsable
de l’émission «Présence protestante»
Evangéliser! que de projets et de remords ce verbe, voire cette injonction, a suscité au cours des 20 siècles d’histoire du christianisme. Qui n’a en tête la fameuse formule de l’apôtre Paul: "Malheur à moi si je n’évangélise!" Formule, oui, car au fil des générations, il l’est devenu, ce verset, le plus souvent sorti de son contexte et de son histoire avec ses heurs et malheurs, pour se transformer en slogan, comme s’il suffisait d’agiter un mot pour faire advenir la chose. Pourtant et pour faire court, il semble bien qu’il n’y ait point de christianisme sans mission (un ordre de marche) et qu’il n’y ait point de mission sans évangélisation (un contenu spécifique).
Evangéliser, il le faut donc.Prendre des coups
Que l’affaire ne soit pas facile, il suffit de relire le livre des Actes et les lettres de Paul, par exemple, pour s’en convaincre. Le pauvre apôtre a constaté à maintes reprises qu’il y avait plus de coups à prendre que de gloire à tirer de l’entreprise évangélisatrice. De sorte que l’on peut, à bon droit, penser qu’il existerait une singulière concomittance entre l’ordre d’évangéliser et le commencement des ennuis. Tout bien pesé et en caricaturant quelque peu le propos, on pourrait dire: mieux vaut parler de Jésus et de son message, entre soi dans son temple, que de s’aventurer sur les places publiques. S’il existe un obstacle premier à la mission évangélisatrice, c’est bien celui-là: la peur de prendre des coups et la peur du ridicule. Sans parler de nos éternels débats de chrétiens sur le bien ou le mal-fondé qu’il y a à s’adresser en direct aux foules, munis d’affirmations à l’emporte-pièce, plus proches du camelot que du dévot.Ventres affamés et ventre repus
Mais si, après 20 siècles, le monde, les sociétés et nos Églises ne sont pas devenues de fidèles témoins de l’évangile du Ressuscité, c’est sans doute que les obstacles ne se résument pas à celui-là. À chaque époque, son histoire. Notre monde est marqué par la sécularisation; travaillé par un religieux diffus; matérialisé au sens où le champ de l’humain se réduit au profit de l’argent, du pouvoir, du bien-être immédiat, etc.; profondément fracturé entre les nantis et les précaires (société à deux vitesses, clivage Nord-Sud, etc.) - monde dans lequel ni les ventres affamés ni les ventres repus n’ont d’oreilles, comme aime à dire l’archevêque de Strasbourg, Joseph DORE. Cette dure réalité, à la fois ancienne et nouvelle, exige de reprendre à nouveaux frais nos confessions de foi et nos théologies, nos herméneutiques et nos prédications, notre catéchèse et bien sûr, les méthodes et les contenus de l’évangélisation.
Que savons nous de l’Évangile?
Dans l’ensemble et emportées sans doute par 20 siècles de bons et loyaux services, nos Églises supposent souvent connu des fidèles eux-mêmes l’élémentaire du message évangélique. Or, ce n’est pas exact - à quelques exceptions près, celles de ces laïcs valeureux qui se forment en permanence et prennent du temps sur leur temps pour lire, travailler, réfléchir à ce que veut dire croire et témoigner aujourd’hui. Comme l’essentiel est supposé connu et intégré sans état d’âme, on n’ose plus parler et se parler à cœur ouvert: comment les évangiles ont-ils vu le jour? Sont-ils des récits historiques? Symboliques? Jésus est-il vraiment ressuscité? et comment le dire et le vivre aujourd’hui? Le christianisme est-il réellement la seule vraie religion? Peut-on aller à Dieu sans passer par le Christ? Peut-on vivre sa foi tous les jours et pas seulement le dimanche? Si oui, comment? Face à ces lourdes interrogations, toutes les contributions sont les bienvenues.Diversités
Nous savons qu’il y a parmi nous, Églises protestantes - pour se limiter à cette partie-là du christianisme - diversité de moyens d’évangélisation qui sous-tendent une diversité de théologies et d’herméneutiques. Nous nous sentons - je l’espère - tous aimés du même Dieu, envoyés par lui dans le même monde, mais nous constatons nos divergences, voire nos oppositions quant à l’interprétation de ces missions générales, à notre vision du monde, aux moyens à mettre en œuvre pour y être fidèles. Puisions-nous éviter de nous entre-déchirer sur ces questions: ce serait déjà un beau fruit de notre sanctification.
Evangéliser: il le faut. Est-ce simple: non. Sommes-nous d’accord, entre chrétiens, sur les voies et moyens: non. Faut-il se retirer de la course et attendre des jours meilleurs: non.
St Paul prenait la plume, le bateau et la parole pour porter témoignage de la Bonne Nouvelle du Dieu devenu homme, nous pouvons prendre aujourd’hui la plume, la parole, le bateau, mais aussi les moyens dits modernes de communication: presse, radio, télé, Internet, vidéos, affiches, tracts, marketing divers, pubs, sondages. Jamais nous n’avons disposé de tant de vecteurs possibles pour nos messages de foi, d’espérance et d’amour. Aucun n’est meilleur ou pire que l’autre si nous savons les laisser à leur place de moyens.
Moyens qui, de mon point de vue, ne doivent pas nous faire perdre le nord évangélique. Il faut certes améliorer l’usage que nous faisons des médias, proclamait la 5e assemblée du Conseil Œcuménique en 1975, "mais rien ne pourra remplacer le témoignage vivant de chrétiens, de groupes et de paroisses, en paroles et en actes, qui participent aux souffrances et aux joies, aux luttes et aux fêtes, aux déceptions et aux espoirs de ceux et celles avec lesquels ils veulent partager l’évangile." Car évangéliser, faut-il le rappeler, ne signifie pas, me semble-t-il, transformer son interlocuteur en chrétien patenté pour arriver à le faire croire en Jésus-Christ mais seulement, et c’est déjà beaucoup, témoigner.Je crois que la rencontre de personne à personne, de chair et de sang, bien réelle et non virtuelle, est la voie de communication irremplaçable pour tout ce qui a quelque importance et valeur dans la vie. "Rien de ce qui est important ne s’enseigne que de personne à personne" écrivait NIETZSCHE. Et PEGUY d’enfoncer le clou: "Le spirituel est lui-même charnel" Car Dieu s’est incarné.
Exergue
"Je crois que la rencontre de personne à
personne est la voie de communication irremplaçable pour tout ce
qui a quelque importance et valeur dans la vie".
«DE
PARTOUT VERS PARTOUT»
Marthe WESTPHAL,
présidente du Défap de novembre
1991 à mai 2000*
- Lorsque la Cévaa s’est constituée en 1972, son principe était «la Mission de partout vers partout». Qu’en est-il aujourd’hui de cette séduisante formule?
M. W. Elle partait d’une réalité: l’Évangile a maintenant été annoncé sur toute la terre, il n’y a pas un pays qui n’ait son Église; donc ce sont ces Églises qui, sur place, sont missionnaires et elles peuvent aussi aider l’évangélisation dans d’autres pays. Au lieu d’avoir toujours un mouvement partant du Nord, c'est-à-dire des pays riches, vers le Sud où sont les pays pauvres, on envisageait une interactivité, une réciprocité. Trente ans plus tard, le défi de la Cévaa reste une utopie… réalisable!
Par ailleurs, les changements intervenus dans le Conseil du Défap, maintenant constitué par les délégués directement désignés par les Églises au lieu d’être une émanation de l’Assemblée générale, signifient que ce sont les Églises qui prennent en charge la Mission. De même un changement dans le Conseil de la Cévaa peut être significatif: toutes les Églises, grandes ou petites, ont le même nombre de délégués afin de mettre les pauvres au même rang que les riches dans les prises de décision. On demande maintenant que les délégations comprennent un jeune et une femme. Peu de problèmes pour les pays européens mais en Afrique, c’est le chef de l’Église du pays qui est délégué et ce n’est jamais une femme, alors que la vraie vie des Églises en Afrique est portée surtout par les femmes et leurs mouvements.
Je trouve cela intéressant, de même que la présence de délégués des œuvres et mouvements. La compréhension mutuelle en sera modifiée.
- Nos Églises du Nord conservent-elles
ce sens missionnaire, qui est l’essence même de leur existence?
M. W. Les Églises protestantes en France, et surtout les paroisses, ont tendance à vouloir reconstituer leur propre communauté en disant que «le reste viendra en plus». Ce n’est pas un signe d’ouverture vers ce que les autres Églises, celles d’ailleurs, peuvent nous apporter. Toutefois les différentes Églises qui composent le Défap honorent la cible qu’elles ont accepté de verser, ce qui manifeste leur engagement missionnaire; d’autre part, il y a souvent des petits groupes paroissiaux qui prennent à cœur la Mission. Je pense aussi qu’une paroisse qui s’investit dans une session biblique à vocation œcuménique fait œuvre de mission: elle évangélise à sa porte.
- Jean ALEXANDRE, qui a été
secrétaire général du Défap, s’élève
contre la multiplicité des organismes qui s’occupent de missions,
ce qui est lourd pour les Églises.
M. W. Effectivement, l’ECAAL et l’EELF versent en plus à la Coluréum luthérienne, et les Églises d’Alsace sont en relations avec la Mission de Bâle. Cela donne une impression de dispersion qui n’est peut-être pas très mobilisatrice pour les paroisses
Pour en revenir aux relations entre Églises du Nord et du Sud, il semble curieux qu’elles puissent partager la même compréhension de l’Évangile tout en ayant de si fortes différences dans leurs expressions. Lorsque nous accueillons un pasteur africain dans une paroisse, il sait qu’il doit s’adapter aux Français mais ne pensons-nous pas que nous devrions nous adapter à lui? Les difficultés ne sont pas d’ordre théologique mais d’ordre culturel. Elles vont porter sur le respect de l’agenda, des horaires, ce qui est important mais pas essentiel, mais aussi sur une manière de prêcher, de vivre la liturgie. Ce que nous pouvons apprendre des envoyés africains, ou polynésiens, c’est un mode d’expression de la foi beaucoup plus simple et populaire que dans nos milieux intellectuels protestants français…
Nous nous étonnons que nos paroisses n’évangélisent plus, qu’il y ait de moins en moins de monde, alors que les Églises africaines sont pleines. Compte tenu du caractère multi-ethnique de notre société, pouvons-nous apprendre de pasteurs et laïcs venant du Sud comment on parle simplement de la foi ou bien faut-il aller dans leurs pays, en prendre de la graine et la rapporter chez nous? La notion d’Église universelle nous incite à reconnaître que l’Évangile tel qu’il est annoncé dans une communauté du Mozambique de type presbytérien, latino-américain ou pentecôtiste a quelque chose à nous dire. Que ceux qui ont la chance de voyager à l’étranger se donnent la peine de voir et rencontrer ces communautés!
- Dans nos paroisses, ce sont souvent les
jeunes qui montrent de l’enthousiasme avec les pasteurs venus du Sud.
M. W. Un exemple intéressant est celui de Frédéric SETODZO à Strasbourg. Il est Togolais, il travaille à Hautepierre, dans un quartier extrêmement difficile où il y a des jeunes de plusieurs origines. Avec eux, il fait du chant, de la danse, du théâtre et il évangélise. Est-ce grâce à son charisme ou bien parce qu’il est Africain et trouve des moyens d’exprimer la foi qui intéressent les jeunes? En tous cas, «ça marche»!- Qu’en est-il des Africains envoyés par la Cevaa dans un autre pays d’Afrique?
M. W. Ils ne sont pas toujours bien acceptés parce que la communauté africaine à qui l’on envoie un agronome, un pasteur ou même un théologien du Sud a l’impression qu’il s’agit d’un «produit de seconde qualité», même si cet envoyé a été formé en France ou en Suisse. L’Afrique reste trop soumise à l’idée que la culture occidentale est la meilleure et l’envoyé lui-même n’est pas assez convaincu de sa propre valeur pour arriver à s’imposer. Mais il y a des exceptions!
- Donc, c’est le mouvement du Nord vers
le Sud qui prédomine dans la Mission au loin?
M. W. Nous essayons d’apporter une aide aux Églises du Sud dont les projets ont un rapport avec l’évangélisation, essentiellement des projets de formation. Je pense à deux projets en cours, qui sont propres au Défap. Le premier, le RED (Réseau École Développement) est partagé par des Églises différentes dans des pays différents d’Afrique; il concerne une formation dans le primaire et le secondaire suivant des méthodes nouvelles. L’État français y contribue à travers plusieurs ministères qui ont demandé au Défap de servir de relais et de garantie; il est donc nécessaire d'avoir un regard sur ce qui se fait.
Le second projet concerne Haïti. Il s’agit de former ce que les Haïtiens nomment des «cohortes de superviseurs», c’est-à-dire des formateurs de formateurs. Là aussi l’État français contribue très largement à l’envoi d’abord de six professeurs puis de quatre pour aider les instituteurs à se former et à transmettre leur formation. Ces projets sont d’autant plus intéressants qu’ils permettent aux enfants, aux jeunes, d’accéder à plus de dignité. Je raconte volontiers ce qui m’est arrivé dans un avion au retour du Nicaragua: une place était libre à côté de moi, je commençais à écrire mon rapport. Un jeune homme vient s’asseoir et me dit: «Qu’est-ce que tu fais? – J’écris ce que j’ai vu dans ton pays. – Moi aussi, maintenant, je sais lire et écrire. Avant, j’étais mineur dans les mines d’or du Nord, je travaillais du lever au coucher du soleil. C’est grâce à la campagne d’alphabétisation que j’ai découvert que j’étais un homme, pas une bête.» Cette campagne a eu un slogan: «Jésus, maintenant je peux lire ton nom».
Je crois que la Mission consiste à annoncer l’Évangile - c’est sa source même – mais aussi à entendre l’Évangile et à nous aider mutuellement à le recevoir.