
Pour aller plus loin: le Conseil Oecuménique des Églises

L'assemblée plénière aura
pour tâche d'évaluer l'ensemble du travail effectué
par le COE depuis
l'assemblée de Camberra (1991) et d'adopter
les lignes directrices du travail futur.
Parmi les thèmes variés qui seront
traités, quelques points forts se dégagent.
- La relation entre l'ecclésiologie et
l'éthique.
- La clôture de la décennie ścuménique
des Églises solidaires des femmes.
- La compréhension de la mission et de
l'évangélisation d'une part, de la relation entre Evangile
et culture d'autre part.
- La question de la contribution des Églises
à un développement durable, face à la tendance actuelle
à la globalisation économique. L'accent sera mis sur le thème
du désendettement, avec pour toile de fond l'année du jubilé
(Lv 25)
- Le programme "vaincre la violence" en particulier
dans les grandes villes.
- La déclaration d'orientation générale
"vers une conception et une vision communes du COE" élaborée
à l'occasion du cinquantenaire du COE.
- La restructuration du COE au vu des problèmes
financiers de ces dernières années.
- Les relations entre l'orthodoxie et le monde
ścuménique en général, et avec les Eglises
protestantes en particulier.

- Quels sont les enjeux de l'Assemblée
générale de Harare pour la vie des Églises?
- Il y a une dizaine d'année, à
la question "qu'attendez-vous du COE?" les Églises n'ont pas pu
répondre. Cette indifférence nous a interpellés: que
signifie "la communauté fraternelle des Églises qui confessent
Jésus Christ comme Seigneur et Sauveur selon les Ecritures"? (texte
de la constitution). N'est-ce qu'une formule pieuse? Cette communauté
est-elle purement fonctionnelle? sans signification spirituelle et ecclésiale
profonde? L'assemblée générale de Camberra (1991)
a demandé au Comité central une réflexion sur l'interprétation
des textes fondateurs. Dans sa conclusion, celui-ci reconnaît que
le COE ne représente pas la pleine communion entre les Eglises.
Mais il affirme qu'en y adhérant, elles acceptent une "responsabilité
mutuelle" qui va au delà d'une simple organisation de services communs:
elles ne peuvent plus se combattre ou rester indifférentes les unes
aux autres.
Certaines ont vivement réagi, surtout
des orthodoxes, qui ne se sentent pas encore prêtes à accepter
les autres comme vraies partenaires dans une véritable communauté.
La position officielle de l'Église orthodoxe est qu'elle seule est
la véritable Eglise chrétienne, descendant des apôtres
sans interruption.
- C'est aussi la position de l'Église
catholique romaine!
- Oui, mais plus nuancée depuis le concile
de Vatican 2. Pour la majorité des Églises membres, le document
de base est un effort pour aller au delà de la pure fonctionnalité,
au delà d'une organisation dont les Églises peuvent contrôler
le travail et en tirer profit. Il a été adopté par
le Comité central à une écrasante majorité,
ce qui lui donne une autorité non négligeable. Mais l'assemblée
générale d'Harare veut pouvoir formuler sa réponse
à cette prise de position du comité sortant.
- Une écrasante majorité... il
y a pourtant des orthodoxes au Comité central!
- Les orthodoxes russes, les plus critiques,
se sont ostensiblement abstenus lors du vote.
Depuis la diffusion du document, une réponse
sérieuse et globalement positive est venue du patriarcat de Constantinople.
Mais les églises slavonnes sont très réticentes, or
ce sont les plus nombreuses (Russie 100Millions, Serbie et Bulgarie 7 à
8 Millions); elles représentent à peu près un tiers
des croyants au sein du COE et ont donc un poids considérable.
Le "patriarcat oecuménique" a convoqué
les églises orthodoxes à Thessalonique en avril, pour adopter
une position commune lors de l'assemblée générale.
Cette conférence a décidé de maintenir l'adhésion
au COE et d'envoyer des délégués à Harare,
mais avec un mandat très restrictif: ils ne participeront pas au
prières ou liturgies, ni aux décisions de l'assemblée
sauf sur des questions concernant spécifiquement leurs Eglises.
- Ils ne seront donc qu'observateurs?
- Oui, c'est l'intention de certains d'entre
eux. Mais il est probable que toutes les Églises orthodoxes ne suivront
pas cette position officielle. Qui sait ce qui peut se passer dans les
mois qui restent? Il y a une dynamique qui dépasse l'institution.
Le COE essaiera d'éviter l'éclatement et la confrontation.
- C'est une période de crise?
- Oui, d'une certaine façon, mais le mot
"crise" est négatif; je dirais plutôt que c'est probablement
le début d'un processus de réorientation, qui continuera
sans doute au delà de l'assemblée, pour répondre aux
défis du 21ème siècle. Dans une situation de mondialisation
rapide, de pluralité religieuse et culturelle grandissante dans
tous les pays, cette discussion est prise tellement au sérieux qu'elle
ne laisse pas indifférents.
Peut-être faut-il revoir les structures?
Depuis Vatican 2, l'Église catholique fait partie du mouvement ścuménique
et se présente comme modèle et moteur,... mais reste à
l'écart du COE. Il faut se demander sans cesse s'il n'y a pas d'autres
façons d'établir des liens, d'autres façons d'exprimer
la communion, qui existe déjà, même limitée.
Peut-être faudrait-il créer un forum plus ouvert, pour franchir
les barrières institutionnelles. Cela concerne aussi les Églises
pentecôtistes et évangéliques.
- Y aura-t-il des conséquences sur la
vie des Églises si l'Assemblée générale adopte
ce document?
- Il ne représente pas encore une conception
partagée par toutes les Eglises. S'il est pris au sérieux,
les conséquences devraient se situer surtout au niveau des relations
locales et nationales. C'est là le vrai test de la sincérité
de l'appartenance au COE. D'autre part des modifications seront certainement
nécessaires dans les structures des institutions oecuméniques,
en particulier la représentation des Églises et les processus
de décision.
L'important et l'urgent aujourd'hui est de dépasser
les barrières historiques et de se poser la vraie question: comment
vivre notre communauté en Christ de façon crédible,
à l'aube du 21ème siècle?
Propos recueillis par Eliane Humbert. Genève, septembre 1998.

L'année 1998 est le 50ème anniversaire
du COE, mais aussi de la Déclaration universelle des droits de l'homme,
et de la création de l'état d'Israël.
-1- Les Droits de l'Homme
L'une des rares déclarations publiques
de la première assemblée du COE en 1948 portait sur les droits
de l'homme et spécialement sur la liberté religieuse. Depuis
quelques années une série de consultations régionales
ont été engagées en vue de proposer une prise de position
ścuménique sur les droits de l'homme à l'aube du 21è
siècle. (La dernière déclaration date de 25 ans).
-2- L'endettement international.
l'assemblée va se tenir en Afrique australe
où se situent les trois quarts des états les plus pauvres
et les plus endettés. Ces pays dont la dette absorbe presque toutes
les possibilités de développement, attendent une parole claire
du COE. Une campagne "Jubilee 2.000" (lancée dans le monde depuis
l'Angleterre) vise à la suppression de toutes les dettes des pays
les plus pauvres pour rappeler le sens biblique du jubilé. Après
une enquête auprès des Eglises, un projet de déclaration
sera soumis à l'Assemblée. Une telle déclaration n'est
pas seulement un voeu pieux, sans impact sur la réalité;
la réflexion critique du COE sur l'endettement international n'est
pas récente. Or depuis la déclaration de 1985 à Buenos
Aires, la position des institutions financières internationales
(FMI, banque mondiale) a beaucoup évolué. Les responsables
reconnaissent que les situations créées par leur politique
ne sont plus justifiables ni au niveau politique, ni au niveau éthique.
La pression continue des ONG (Organisations non-gouvernementales), spécialement
des Eglises, n'est pas négligeable. Une déclaration du COE
ne changera pas radicalement la situation, mais peut inspirer la réflexion,
et encourager les Églises à faire pression sur leurs gouvernements.
-3- La mondialisation
Ses effets se font sentir surtout dans les pays
du sud, mais aussi de plus en plus dans les pays industrialisés.
Le clivage entre riches et pauvres augmente et cause non plus seulement
la marginalisation, mais l'exclusion finale de ceux qui n'ont pas les moyens
de rester en jeu.
Le COE a commencé sa propre réflexion
sur la globalisation, car c'est un défi à l'oecuménisme.
La recherche d'une unité de toute l'humanité, d'un ordre
international basé sur justice et paix a abouti aujourd'hui à
une certaine unité économique et financière, mais
est-ce cela qu'on voulait? Comment répondre à cet oecuménisme
de domination*? Comment passer à un oecuménisme de solidarité?
Y a-t-il dans la tradition biblique ou chrétienne des ressources
pour une vision alternative de la globalisation? La création
comprend les cieux et la terre; la gérer est différent de
l'exploiter ou la détruire. Il faut dépasser la position
défensive et critique et formuler des propositions constructives.
-4- Questions d'actualité:
D'autres questions politiques risquent de surgir:
Congo, Angola, Soudan, Moyen-Orient (une déclaration sur l'avenir
de Jérusalem est attendue des Églises d'orient),...
L'Assemblée fera aussi le point sur la
décennie "Les Églises solidaires des femmes": comment intégrer
les résultats, approfondir les questions posées... Il n'y
a pas 40% de femmes parmi les délégués** car toutes
les Églises n'y sont pas prêtes. S¹il est souhaitable
que les assemblées soient équilibrées (40% de femmes,
20% de jeunes, des laïcs, des représentants de minorités),
il faut aussi que les Églises se sentent bien représentées.
selon la formule du professeur MIGUEZ-BONINO (Argentine)
** mais quand même 38%; c'est plus qu'à
Camberra
Propos recueillis par E. Humbert - Genève,
septembre 1998

Où ça?… - A Harare, au Zimbabwe! - Euh…??? - En Afrique Australe, l'ex-Rhodésie! - Mais qu'est-ce que tu vas faire là-bas? - Je suis l'un des délégués de l'Église Réformée de France à la 8ème Assemblée du Conseil Ścuménique des Eglises. - … Et c'est quoi ça?… L'śil de mon interlocuteur s'arrondit. Il me soupçonne peut-être d'aller faire un safari photo près des chutes du Zambèze! Ou bien, s'il est plus au courant de la vie de l'Église , il s'inquiète de ce "machin" auprès duquel on prétend le représenter…
50 ans déjà…
L'Eglise réformée de France a été
l'un des membres fondateurs du Conseil Ścuménique des Eglises,
à Amsterdam en 1948. Cette adhésion répondait à
plusieurs priorités: la paix et la reconstruction au sortir de la
guerre, l'unité pour proclamer l'Evangile dans le monde moderne!..
Depuis lors, l'intérêt pour le COE a nettement baissé
dans nos églises. L'institution a grandi, elle a multiplié
ses engagements et ses programmes … et nous la voyons souvent comme une
sorte d'ONU ecclésiastique, frappée de la même maladie
bureaucratique et de la même impuissance à réaliser
ses objectifs… A l'occasion des cinquante ans du Conseil, les églises
ont été informées, consultées, écoutées…
Pour sa part, l'Église réformée de France avait fortement
souhaité un renouvellement. Le Synode national d'Orthez (1991) encourageait
déjà le COE "à poursuivre la réflexion déjà
entreprise sur sa vocation et ses objectifs… à lutter contre l'hypertrophie
de l'institution, ainsi que contre un discours souvent perçu comme
péremptoire et unilatéral, … à favoriser relations
et échanges entre Églises membres…". A Reims (1997) le Synode
a soutenu le projet exposé par le pasteur Konrad Raiser, secrétaire
général du COE: un Conseil qui se voit comme un instrument
-mais pas le seul- du mouvement ścuménique, qui veille à
la coordination et à la cohésion de l'ensemble au lieu de
se charger de tout, et qui se veut donc plus souple dans son organisation,
donnant plus de place à la relation entre les Eglises, et mieux
articulé avec les autres organismes internationaux et nationaux…
A Harare, nous soutiendrons donc cette vision du COE.
Déclin ou Jubilé?
Cette assemblée va être confrontée
à deux crises au moins. Une crise interne: la famille orthodoxe
considère que le COE est trop marqué par son origine protestante
et occidentale, et réclame une meilleure considération. Une
crise externe: les églises d'Afrique qui accueillent cette assemblée
sont situées dans une région déchirée de plusieurs
conflits, jusqu'à celui qui implique actuellement plusieurs pays
autour du sort du Congo (Ex-Zaïre): comment y vivre un jubilé,
proclamation de justice et d'espérance?… Plus toutes les autres
difficultés, jusqu'aux problèmes financiers! Tout cela peut
amener l'assemblée à se dérouler dans une grande confusion.
Nous serons là simplement vos témoins, écoutant et recevant pour vous, partageant à notre tour les difficultés et les convictions de notre Eglise. Que l'Esprit nous donne ensemble de vivre et de proclamer dans la vérité le message choisi pour thème: "Tournons-nous vers Dieu dans la joie de l'espérance".
Et après?
Notre rôle de délégués
sera d'informer et de faire partager -autant que faire se peut- ce qui
aura été vécu dans cette assemblée. Mais ce
sera à chacun de prendre des initiatives: nouer des contacts, s'intéresser
à ce qui se passe ailleurs, aux questions et aux propositions de
nos frères et sśurs de par le monde, partager des liturgies, apprendre
à mieux prier les uns pour les autres… Il ne s'agit pas là
de faire fonctionner une organisation mais, pour chacun, de vivre le caractère
ścuménique de sa foi en Dieu, une foi qui nous donne des frères
en Christ, et qui attend avec l'Esprit la réconciliation du monde.
A Harare, nous témoignerons pour vous de cette foi: à vous
de faire que nous ne soyons pas de faux témoins!
L'unité dans la communion
Mais qu'elle est donc cette unité parfaite?
L'Évangile a le souci de l'édification
et du maintien de la communion entre des personnes et des communautés
qui conservent leurs différences.
Engagé par vocation dans la recherche
d'un juste dosage entre unité et diversité, le mouvement
ścuménique n'a pas toujours échappé à la tentation
de privilégier l'un au détriment de l'autre. Il est vrai
que l'histoire impose parfois des choix sans nuance. Pour les pionniers
de l'unité chrétienne, toute ambiguïté aurait
fait figure de renoncement: "Que tous soient un." Tiré de l'évangile
de Jean (17,11), le premier adage unitaire s'inspirait de la prière
de Jésus: "Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée,
pour qu'ils soient un comme nous sommes un, et pour qu'ils parviennent
à l'unité parfaite". Invitées à oublier les
déchirures de leur histoire si peu édifiante, les Églises
étaient appelées à retrouver l'unité perdue.
Après s'être si vilainement déchirées, excommuniées
mutuellement et anathèmisées de toutes sortes, elles se devaient
maintenant de reconstruire la maison commune.
Après un siècle d'ścuménisme
parsemé d'autant d'espoirs que de désillusions, la question
demeure: "Mais qu'elle est donc cette unité parfaite?" Fort de cinquante
années d'expérience, le Conseil ścuménique des Églises
(COE) tente une nouvelle fois de répondre à la question au
moment où, de son propre aveu, le mouvement ścuménique "traverse
aujourd'hui une période d'incertitude. Celui-ci est en train de
s'affaiblir et la jeune génération estime qu'il n'est plus
capable d'apporter des réponses pertinentes aux problèmes
de notre temps" (1). Théologien luthérien et secrétaire
général du COE depuis 1993, Konrad RAISER estime que si la
situation de l'ścuménisme peut apparaître incertaine et même
confuse aux yeux de bien des observateurs, c'est parce que la "conception
traditionnelle que nous avons de l'unité de l'Église est
elle-même devenue source de confusion" (2). N'hésitant pas
à parler des "origines contestables de la notion d'unité"
- parce que plus proche de la philosophie gréco-romaine que de la
pensée biblique -, il ajoute: "Nous aurions dû découvrir
depuis longtemps déjà que la tradition biblique ne partageait
pas nos vues sur cette question de l'unité. Les Écritures,
qui utilise à peine le terme, ont plutôt le souci de l'édification
et du maintien de la communion entre les personnes et les communautés
qui conservent leurs différences."
Cette réticence à l'égard
d'une certaine vision de l'unité n'est pas nouvelle. La réflexion
ścuménique s'est toujours interrogée sur la part de diversité
légitimes qui pourrait subsister entre les différentes traditions
confessionnelles (3). Mais en affirmant que "la plupart des divisions qui
ont marqué l'histoire chrétienne ne sont pas tant le résultat
d'un séparatisme délibéré que d'une conception
rigide de l'unité qui perçoit la diversité comme une
menace", K. RAISER va plus loin: c'est la volonté injustifiée
de vouloir imposer à tous prix une unité organique et dogmatique
à l'ensemble des communautés chrétiennes qui serait
à l'origine des grandes fractures de l'histoire de l'Église
. A l'inverse, l'esprit de communion (koinonia en grec biblique), qui présuppose
au contraire l'existence d'une forte diversité interne, inévitable
et légitime, s'avérerait beaucoup plus apte à maintenir
l'Église une, unie et bâtie à l'image du corps du Christ,
"corps tout entier, coordonné et bien uni grâce à toutes
les articulations qui le desservent" (Ep 4,16). Pour l'auteur de l'épître
aux Ephésiens, la question n'est-elle en effet pas celle du maintien
des liens de communion entre Églises locales - ou entre leurs membres
- qui, parées de la diversité inhérente à toute
communauté humaine, ne demandent qu'à être "ballottée,
menée à la dérive, à tout vent de doctrine"?
D'où ce seul et sage conseil: "Supportez-vous les uns les autres."
(4,2).
Concept majeur du mouvement ścuménique
depuis quelques années, la communion-koinonia a le mérite
d'inspirer des modèles d'unité infiniment plus riches et
plus audacieux - ou simplement plus humains - que ceux qui ont pu être
imaginés à une époque marquée par l'idéologie
du "grand retour" des Églises les unes vers les autres. La Concorde
de Leuenberg, instaurée en 1973 entre certaines Églises luthériennes
et réformées, fait aujourd'hui figure exemplaire d'authentique
communion ecclésiale qui ne demande qu'à s'élargir
à d'autres familles confessionnelles sans exiger de leur part qu'elles
renoncent à leur spécificité et à leur originalité.
Incontestablement, la notion de communion évoque,
bien davantage que celle de stricte unité, la perspective d'une
diversité réconciliée préservant toute sa richesse
et son dynamisme. Il reste que, s'il est vrai que le concept d'unité
est peu présent dans l'Évangile, notamment dans les synoptiques,
celui de communion ne l'est guère plus et n'y est que rarement utilisé
dans son sens ścuménique actuel. Preuve sans doute qu'entre "l'union
fait la force" et "l'ennui naquit un jour de l'uniformité", la marge
de manśuvre reste faible... mais existe.
Geoffroy de TURCKHEIM
Responsable des relations ścuméniques
à la Fédération protestante de France
1. "Vers une conception et une vision commune
du COE." Ce projet de nouvelle charte de l'ścuménisme sera proposé
à la prochaine assemblée du COE, à Harare.
2. "L'ścuménisme en transition." Konrad
RAISER, in Libre Sens n°31, janvier 1994.
3. Oscar CULLMANN va jusqu'à parler "d'unité
par la diversité".
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Le retrait d'Églises orthodoxes du COE est imaginable, mais, il n¹est pas partagé par la totalité d'entre elles. S'il peut y avoir malaise des Églises Orthodoxes d'Europe et d'Amérique il n¹y a pas rupture de dialogue. Entretien avec Michel EVDOKIMOV. D. Weill
Les raisons d'une rupture sont de deux ordres.
D¹une part les maladresses du Conseil ścuménique et de certaines
Églises membres. D¹autre part, pour ce qui concerne les Églises
des pays de l'est, l'histoire des 75 années de système athée
et la fin du rideau de fer. Ici, les motivations ne sont pas d'ordre ścuménique
mais politique.
Avant 1989, l'ścuménisme dans ces pays
était le fait des cadres, responsables, évêques, pasteurs,
qui se réunissaient lors de la semaine de prière pour l'unité
et lorsqu'il y avait des touristes étrangers. L'ścuménisme
était perçu comme inspiré par le pouvoir mais non
désiré par le peuple à la base. Ceci est vrai aussi
des Églises Baptistes et évangéliques et explique
le peu l'intérêt pour l'ścuménisme.
Évangélisation et construction
Après la chute du mur de Berlin, du jour
au lendemain, ces pays sont devenus des terrains de chasse sur lesquels
se sont abattus des hordes de gens venus évangéliser. Parmi
eux, des catholiques venant en particulier de Pologne. Mais également
des bataillons venus des Etats Unis avec beaucoup d'argent. L'amalgame
est fait entre les Églises catholique et protestantes telles que
nous les connaissons en France et ces Églises marginales, très
agressives.
"Aujourd'hui il faut reconstruire le pays dans
sa dimension spirituelle, reconstruire l'âme du peuple abîmée"
dit Michel Evdokimov. Il poursuit:"Je connais des croyants, des prêtres
des évêques admirables qui font tout ce qu'ils peuvent pour
construire le pays sur des bases nouvelles. L'oecuménisme et un
luxe que peut s'offrir une Eglise bien installée, des théologiens
bien formés et quand on a la liberté d'expression. Il faudra
attendre que des générations de théologiens sortent
des académies de théologie et puissent avoir la liberté
de penser à ce que signifie être chrétien dans une
Eglise autre que l'Église orthodoxe, et quelle communion, quelles
relations possible avec ces chrétiens."
Un mouvement de recul
"Il y a un mouvement de recul, à la fois
unitaire et à la fois parcellaire" qui touche tous les milieux et
toute la planète. "Nos Églises sont fondamentalement engagées
dans la recherche de l'Unité autour de la foi, mais en même
temps angoissées par l'idée d'une union qui pourrait léser
le noyau dur de la foi". Une tension très forte existe entre théologiens
réformateurs et conservateurs. Ces derniers, réagissant par
réflexe, refusent tout compromis.
L'attitude, pas toujours compréhensible,
du Patriarche Alexis II s'explique par la peur de schismes qui menaceraient
l'Église . Il y a deux ans l'Église orthodoxe de Géorgie
quittait le COE pour cette raison.
Reproches au COE
"Les théologiens russes et grecs de l'émigration ont joué le jeu avec les protestants lors de la grande réunion de Lausanne en 1927 et d'Amsterdam en 1948 en disant: oui, nous pouvons nous unir avec les protestants en vue de l'unité et on va travailler à cela". Mais depuis, ils ont eu l'impression de se trouver écrasés. Depuis 1948, il n¹y a pas eu un seul Secrétaire général orthodoxe. Tout récemment seulement Georges Lemopoulos, théologien laïc orthodoxe, a été élu secrétaire général adjoint du COE. le second reproche fait au COE est de risquer la confusion entre christianisme et humanisme, en privilégiant l'attention aux pauvres de ce monde au détriment de ce qui était au départ l'idéal du COE: l'union des Eglises. Enfin ils acceptent mal que des Églises plus que millénaires aient la même voix que des Églises très récentes, (XIXe et XXe siècle).
La blessure de la division
Les critiques ne sont pas adressées uniquement
au COE mais aussi à certaines Églises membres: l'ordination
de femmes évêques dans l'Église anglicane, et a plus
forte raison l'ordination d'une femme lesbienne dans une Eglise épiscopalienne
des Etats Unis, ainsi que ce qui est perçu comme une banalisation
de l'homosexualité amènent les orthodoxes à penser
qu'ils n¹ont rien à voir avec des "gens pareils". Ils se demandent
même si ces Églises sont fondées sur la foi en Jésus-Christ,
Fils de Dieu, car "Pour nous unir nous devons accepter et partager un certain
nombre de vérités dogmatiques" dit Michel Evdokimov, mais
il ajoute: "Ce qui manque aux orthodoxes c¹est un coeur qui saigne,
qui souffre de la blessure de la division".
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Michel Evdokimov
Michel Evdokimov est professeur de littérature
comparé, à la retraite. Prêtre de l'Église orthodoxe
depuis 17 ans. Il est chargé d'une paroisse dans la banlieue sud
de Paris. Il est le délégué à l'oecuménisme
pour la France et membre du Conseil d'Eglise Chrétienne en France.
