Novembre 1998

Assemblée Générale du 3 au 14 décembre 1998 à Harare (Zimbabwe)
COE - enjeux de Harare pour la vie des Eglises
COE- Engagements socio-politiques - Entretien avec le pasteur Konrad Raiser
Je vais à Harare…, Geoffroy de TURCKHEIM
Les Églises orthodoxes quitteront-elle le COE? Michel EVDOKIMOV

Pour aller plus loin: le Conseil Oecuménique des Églises

Programme du Conseil ścuménique des Eglises

Assemblée Générale du 3 au 14 décembre 1998 à Harare (Zimbabwe)

L'assemblée plénière aura pour tâche d'évaluer l'ensemble du travail effectué par le COE depuis
l'assemblée de Camberra (1991) et d'adopter les lignes directrices du travail futur.
Parmi les thèmes variés qui seront traités, quelques points forts se dégagent.
- La relation entre l'ecclésiologie et l'éthique.
- La clôture de la décennie ścuménique des Églises solidaires des femmes.
- La compréhension de la mission et de l'évangélisation d'une part, de la relation entre Evangile et culture d'autre part.
- La question de la contribution des Églises à un développement durable, face à la tendance actuelle à la globalisation économique. L'accent sera mis sur le thème du désendettement, avec pour toile de fond l'année du jubilé (Lv 25)
- Le programme "vaincre la violence" en particulier dans les grandes villes.
- La déclaration d'orientation générale "vers une conception et une vision communes du COE" élaborée à l'occasion du cinquantenaire du COE.
- La restructuration du COE au vu des problèmes financiers de ces dernières années.
- Les relations entre l'orthodoxie et le monde ścuménique en général, et avec les Eglises
protestantes en particulier.

COE - enjeux de Harare pour la vie des Eglises

Entretien avec le pasteur Konrad RAISER, secrétaire général du Conseil ścuménique des Églises (COE)

- Quels sont les enjeux de l'Assemblée générale de Harare pour la vie des Églises?
-  Il y a une dizaine d'année, à la question "qu'attendez-vous du COE?" les Églises n'ont pas pu répondre. Cette indifférence nous a interpellés: que signifie "la communauté fraternelle des Églises qui confessent Jésus Christ comme Seigneur et Sauveur selon les Ecritures"? (texte de la constitution). N'est-ce qu'une formule pieuse? Cette communauté est-elle purement fonctionnelle? sans signification spirituelle et ecclésiale profonde? L'assemblée générale de Camberra (1991) a demandé au Comité central une réflexion sur l'interprétation des textes fondateurs. Dans sa conclusion, celui-ci reconnaît que le COE ne représente pas la pleine communion entre les Eglises. Mais il affirme qu'en y adhérant, elles acceptent une "responsabilité mutuelle" qui va au delà d'une simple organisation de services communs: elles ne peuvent plus se combattre ou rester indifférentes les unes aux autres.
Certaines ont vivement réagi, surtout des orthodoxes, qui ne se sentent pas encore prêtes à accepter les autres comme vraies partenaires dans une véritable communauté. La position officielle de l'Église orthodoxe est qu'elle seule est la véritable Eglise chrétienne, descendant des apôtres sans interruption.
- C'est aussi la position de l'Église catholique romaine!
- Oui, mais plus nuancée depuis le concile de Vatican 2. Pour la majorité des Églises membres, le document de base est un effort pour aller au delà de la pure fonctionnalité, au delà d'une organisation dont les Églises peuvent contrôler le travail et en tirer profit. Il a été adopté par le Comité central à une écrasante majorité, ce qui lui donne une autorité non négligeable. Mais l'assemblée générale d'Harare veut pouvoir formuler sa réponse à cette prise de position du comité sortant.
- Une écrasante majorité... il y a pourtant des orthodoxes au Comité central!
- Les orthodoxes russes, les plus critiques, se sont ostensiblement abstenus lors du vote.
Depuis la diffusion du document, une réponse sérieuse et globalement positive est venue du patriarcat de Constantinople. Mais les églises slavonnes sont très réticentes, or ce sont les plus nombreuses (Russie 100Millions, Serbie et Bulgarie 7 à 8 Millions); elles représentent à peu près un tiers des croyants au sein du COE et ont donc un poids considérable.
Le "patriarcat oecuménique" a convoqué les églises orthodoxes à Thessalonique en avril, pour adopter une position commune lors de l'assemblée générale. Cette conférence a décidé de maintenir l'adhésion au COE et d'envoyer des délégués à Harare, mais avec un mandat très restrictif: ils ne participeront pas au prières ou liturgies, ni aux décisions de l'assemblée sauf sur des questions concernant spécifiquement leurs Eglises.
- Ils ne seront donc qu'observateurs?
- Oui, c'est l'intention de certains d'entre eux. Mais il est probable que toutes les Églises orthodoxes ne suivront pas cette position officielle. Qui sait ce qui peut se passer dans les mois qui restent? Il y a une dynamique qui dépasse l'institution. Le COE essaiera d'éviter l'éclatement et la confrontation.
- C'est une période de crise?
- Oui, d'une certaine façon, mais le mot "crise" est négatif; je dirais plutôt que c'est probablement le début d'un processus de réorientation, qui continuera sans doute au delà de l'assemblée, pour répondre aux défis du 21ème siècle. Dans une situation de mondialisation rapide, de pluralité religieuse et culturelle grandissante dans tous les pays, cette discussion est prise tellement au sérieux qu'elle ne laisse pas indifférents.
Peut-être faut-il revoir les structures? Depuis Vatican 2, l'Église catholique fait partie du mouvement ścuménique et se présente comme modèle et moteur,... mais reste à l'écart du COE. Il faut se demander sans cesse s'il n'y a pas d'autres façons d'établir des liens, d'autres façons d'exprimer la communion, qui existe déjà, même limitée. Peut-être faudrait-il créer un forum plus ouvert, pour franchir les barrières institutionnelles. Cela concerne aussi les Églises pentecôtistes et évangéliques.
- Y aura-t-il des conséquences sur la vie des Églises si l'Assemblée générale adopte ce document?
- Il ne représente pas encore une conception partagée par toutes les Eglises. S'il est pris au sérieux, les conséquences devraient se situer surtout au niveau des relations locales et nationales. C'est là le vrai test de la sincérité de l'appartenance au COE. D'autre part des modifications seront certainement nécessaires dans les structures des institutions oecuméniques, en particulier la représentation des Églises et les processus de décision.
L'important et l'urgent aujourd'hui est de dépasser les barrières historiques et de se poser la vraie question: comment vivre notre communauté en Christ de façon crédible, à l'aube du 21ème  siècle?

Propos recueillis par Eliane Humbert. Genève, septembre 1998.

COE- Engagements socio-politiques - Entretien avec le pasteur Konrad Raiser

L'année 1998 est le 50ème anniversaire du COE, mais aussi de la Déclaration universelle des droits de l'homme, et de la création de l'état d'Israël.
-1- Les Droits de l'Homme
L'une des rares déclarations publiques de la première assemblée du COE en 1948 portait sur les droits de l'homme et spécialement sur la liberté religieuse. Depuis quelques années une série de consultations régionales ont été engagées en vue de proposer une prise de position ścuménique sur les droits de l'homme à l'aube du 21è siècle. (La dernière déclaration date de 25 ans).
-2- L'endettement international.
l'assemblée va se tenir en Afrique australe où se situent les trois quarts des états les plus pauvres et les plus endettés. Ces pays dont la dette absorbe presque toutes les possibilités de développement, attendent une parole claire du COE. Une campagne "Jubilee 2.000" (lancée dans le monde depuis l'Angleterre) vise à la suppression de toutes les dettes des pays les plus pauvres pour rappeler le sens biblique du jubilé. Après une enquête auprès des Eglises, un projet de déclaration sera soumis à l'Assemblée. Une telle déclaration n'est pas seulement un voeu pieux, sans impact sur la réalité; la réflexion critique du COE sur l'endettement international n'est pas récente. Or depuis la déclaration de 1985 à Buenos Aires, la position des institutions financières internationales (FMI, banque mondiale) a beaucoup évolué. Les responsables reconnaissent que les situations créées par leur politique ne sont plus justifiables ni au niveau politique, ni au niveau éthique. La pression continue des ONG (Organisations non-gouvernementales), spécialement des Eglises, n'est pas négligeable. Une déclaration du COE ne changera pas radicalement la situation, mais peut inspirer la réflexion, et encourager les Églises à faire pression sur leurs gouvernements.
-3- La mondialisation
Ses effets se font sentir surtout dans les pays du sud, mais aussi de plus en plus dans les pays industrialisés. Le clivage entre riches et pauvres augmente et cause non plus seulement la marginalisation, mais l'exclusion finale de ceux qui n'ont pas les moyens de rester en jeu.
Le COE a commencé sa propre réflexion sur la globalisation, car c'est un défi à l'oecuménisme. La recherche d'une unité de toute l'humanité, d'un ordre international basé sur justice et paix a abouti aujourd'hui à une certaine unité économique et financière, mais est-ce cela qu'on voulait? Comment répondre à cet oecuménisme de domination*? Comment passer à un oecuménisme de solidarité? Y a-t-il dans la tradition biblique ou chrétienne des ressources pour une vision alternative de la globalisation?  La création comprend les cieux et la terre; la gérer est différent de l'exploiter ou la détruire. Il faut dépasser la position défensive et critique et formuler des propositions constructives.
-4- Questions d'actualité:
D'autres questions politiques risquent de surgir: Congo, Angola, Soudan, Moyen-Orient (une déclaration sur l'avenir de Jérusalem est attendue des Églises d'orient),...
L'Assemblée fera aussi le point sur la décennie "Les Églises solidaires des femmes": comment intégrer les résultats, approfondir les questions posées... Il n'y a pas 40% de femmes parmi les délégués** car toutes les Églises n'y sont pas prêtes. S¹il est souhaitable que les assemblées soient équilibrées (40% de femmes, 20% de jeunes, des laïcs, des représentants de minorités), il faut aussi que les Églises se sentent bien représentées.

selon la formule du professeur MIGUEZ-BONINO (Argentine)
** mais quand même 38%; c'est plus qu'à Camberra
Propos recueillis par E. Humbert - Genève, septembre 1998

Je vais à Harare…

Où ça?… - A Harare, au Zimbabwe! - Euh…??? - En Afrique Australe, l'ex-Rhodésie! - Mais qu'est-ce que tu vas faire là-bas? - Je suis l'un des délégués de l'Église Réformée de France à la 8ème Assemblée du Conseil Ścuménique des Eglises. - … Et c'est quoi ça?… L'śil de mon interlocuteur s'arrondit. Il me soupçonne peut-être d'aller faire un safari photo près des chutes du Zambèze! Ou bien, s'il est plus au courant de la vie de l'Église , il s'inquiète de ce "machin" auprès duquel on prétend le représenter…

50 ans déjà…
L'Eglise réformée de France a été l'un des membres fondateurs  du Conseil Ścuménique des Eglises, à Amsterdam en 1948. Cette adhésion répondait à plusieurs priorités: la paix et la reconstruction au sortir de la guerre, l'unité pour proclamer l'Evangile dans le monde moderne!.. Depuis lors, l'intérêt pour le COE a nettement baissé dans nos églises. L'institution a grandi, elle a multiplié ses engagements et ses programmes … et nous la voyons souvent comme une sorte d'ONU ecclésiastique, frappée de la même maladie bureaucratique et de la même impuissance à réaliser ses objectifs… A l'occasion des cinquante ans du Conseil, les églises ont été informées, consultées, écoutées… Pour sa part, l'Église réformée de France avait fortement souhaité un renouvellement. Le Synode national d'Orthez (1991) encourageait déjà le COE "à poursuivre la réflexion déjà entreprise sur sa vocation et ses objectifs… à lutter contre l'hypertrophie de l'institution, ainsi que contre un discours souvent perçu comme péremptoire et unilatéral, … à favoriser relations et échanges entre Églises membres…". A Reims (1997) le Synode a soutenu le projet exposé par le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général du COE: un Conseil qui se voit comme un instrument -mais pas le seul- du mouvement ścuménique, qui veille à la coordination et à la cohésion de l'ensemble au lieu de se charger de tout, et qui se veut donc plus souple dans son organisation, donnant plus de place à la relation entre les Eglises, et mieux articulé avec les autres organismes internationaux et nationaux… A Harare, nous soutiendrons donc cette vision du COE.

Déclin ou Jubilé?
Cette assemblée va être confrontée à deux crises au moins. Une crise interne: la famille orthodoxe considère que le COE est trop marqué par son origine protestante et occidentale, et réclame une meilleure considération. Une crise externe: les églises d'Afrique qui accueillent cette assemblée sont situées dans une région déchirée de plusieurs conflits, jusqu'à celui qui implique actuellement plusieurs pays autour du sort du Congo (Ex-Zaïre): comment y vivre un jubilé, proclamation de justice et d'espérance?… Plus toutes les autres difficultés, jusqu'aux problèmes financiers! Tout cela peut amener l'assemblée à se dérouler dans une grande confusion.

Nous serons là simplement vos témoins, écoutant et recevant pour vous, partageant à notre tour les difficultés et les convictions de notre Eglise. Que l'Esprit nous donne ensemble de vivre et de proclamer dans la vérité le message choisi pour thème: "Tournons-nous vers Dieu dans la joie de l'espérance".

Et après?
Notre rôle de délégués sera d'informer et de faire partager -autant que faire se peut- ce qui aura été vécu dans cette assemblée. Mais ce sera à chacun de prendre des initiatives: nouer des contacts, s'intéresser à ce qui se passe ailleurs, aux questions et aux propositions de nos frères et sśurs de par le monde, partager des liturgies, apprendre à mieux prier les uns pour les autres… Il ne s'agit pas là de faire fonctionner une organisation mais, pour chacun, de vivre le caractère ścuménique de sa foi en Dieu, une foi qui nous donne des frères en Christ, et qui attend avec l'Esprit la réconciliation du monde. A Harare, nous témoignerons pour vous de cette foi: à vous de faire que nous ne soyons pas de faux témoins!
 L'unité dans la communion

Mais qu'elle est donc cette unité parfaite?
L'Évangile a le souci de l'édification et du maintien de la communion entre des personnes et des communautés qui conservent leurs différences.
Engagé par vocation dans la recherche d'un juste dosage entre unité et diversité, le mouvement ścuménique n'a pas toujours échappé à la tentation de privilégier l'un au détriment de l'autre. Il est vrai que l'histoire impose parfois des choix sans nuance. Pour les pionniers de l'unité chrétienne, toute ambiguïté aurait fait figure de renoncement: "Que tous soient un." Tiré de l'évangile de Jean (17,11), le premier adage unitaire s'inspirait de la prière de Jésus: "Je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un, et pour qu'ils parviennent à l'unité parfaite". Invitées à oublier les déchirures de leur histoire si peu édifiante, les Églises étaient appelées à retrouver l'unité perdue. Après s'être si vilainement déchirées, excommuniées mutuellement et anathèmisées de toutes sortes, elles se devaient maintenant de reconstruire la maison commune.
Après un siècle d'ścuménisme parsemé d'autant d'espoirs que de désillusions, la question demeure: "Mais qu'elle est donc cette unité parfaite?" Fort de cinquante années d'expérience, le Conseil ścuménique des Églises (COE) tente une nouvelle fois de répondre à la question au moment où, de son propre aveu, le mouvement ścuménique "traverse aujourd'hui une période d'incertitude. Celui-ci est en train de s'affaiblir et la jeune génération estime qu'il n'est plus capable d'apporter des réponses pertinentes aux problèmes de notre temps" (1). Théologien luthérien et secrétaire général du COE depuis 1993, Konrad RAISER estime que si la situation de l'ścuménisme peut apparaître incertaine et même confuse aux yeux de bien des observateurs, c'est parce que la "conception traditionnelle que nous avons de l'unité de l'Église est elle-même devenue source de confusion" (2). N'hésitant pas à parler des "origines contestables de la notion d'unité" - parce que plus proche de la philosophie gréco-romaine que de la pensée biblique -, il ajoute: "Nous aurions dû découvrir depuis longtemps déjà que la tradition biblique ne partageait pas nos vues sur cette question de l'unité. Les Écritures, qui utilise à peine le terme, ont plutôt le souci de l'édification et du maintien de la communion entre les personnes et les communautés qui conservent leurs différences."
Cette réticence à l'égard d'une certaine vision de l'unité n'est pas nouvelle. La réflexion ścuménique s'est toujours interrogée sur la part de diversité légitimes qui pourrait subsister entre les différentes traditions confessionnelles (3). Mais en affirmant que "la plupart des divisions qui ont marqué l'histoire chrétienne ne sont pas tant le résultat d'un séparatisme délibéré que d'une conception rigide de l'unité qui perçoit la diversité comme une menace", K. RAISER va plus loin: c'est la volonté injustifiée de vouloir imposer à tous prix une unité organique et dogmatique à l'ensemble des communautés chrétiennes qui serait à l'origine des grandes fractures de l'histoire de l'Église . A l'inverse, l'esprit de communion (koinonia en grec biblique), qui présuppose au contraire l'existence d'une forte diversité interne, inévitable et légitime, s'avérerait beaucoup plus apte à maintenir l'Église une, unie et bâtie à l'image du corps du Christ, "corps tout entier, coordonné et bien uni grâce à toutes les articulations qui le desservent" (Ep 4,16). Pour l'auteur de l'épître aux Ephésiens, la question n'est-elle en effet pas celle du maintien des liens de communion entre Églises locales - ou entre leurs membres - qui, parées de la diversité inhérente à toute communauté humaine, ne demandent qu'à être "ballottée, menée à la dérive, à tout vent de doctrine"? D'où ce seul et sage conseil: "Supportez-vous les uns les autres." (4,2).
Concept majeur du mouvement ścuménique depuis quelques années, la communion-koinonia a le mérite d'inspirer des modèles d'unité infiniment plus riches et plus audacieux - ou simplement plus humains - que ceux qui ont pu être imaginés à une époque marquée par l'idéologie du "grand retour" des Églises les unes vers les autres. La Concorde de Leuenberg, instaurée en 1973 entre certaines Églises luthériennes et réformées, fait aujourd'hui figure exemplaire d'authentique communion ecclésiale qui ne demande qu'à s'élargir à d'autres familles confessionnelles sans exiger de leur part qu'elles renoncent à leur spécificité et à leur originalité.
Incontestablement, la notion de communion évoque, bien davantage que celle de stricte unité, la perspective d'une diversité réconciliée préservant toute sa richesse et son dynamisme. Il reste que, s'il est vrai que le concept d'unité est peu présent dans l'Évangile, notamment dans les synoptiques, celui de communion ne l'est guère plus et n'y est que rarement utilisé dans son sens ścuménique actuel. Preuve sans doute qu'entre "l'union fait la force" et "l'ennui naquit un jour de l'uniformité", la marge de manśuvre reste faible... mais existe.

Geoffroy de TURCKHEIM
Responsable des relations ścuméniques à la Fédération protestante de France

1. "Vers une conception et une vision commune du COE." Ce projet de nouvelle charte de l'ścuménisme sera proposé à la prochaine assemblée du COE, à Harare.
2. "L'ścuménisme en transition." Konrad RAISER, in Libre Sens n°31, janvier 1994.
3. Oscar CULLMANN va jusqu'à parler "d'unité par la diversité".
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 Les Églises orthodoxes quitteront-elle le COE?

Le retrait d'Églises orthodoxes du COE est imaginable, mais, il n¹est pas partagé par la totalité d'entre elles. S'il peut y avoir malaise des Églises Orthodoxes d'Europe et d'Amérique il n¹y a pas rupture de dialogue. Entretien avec Michel EVDOKIMOV. D. Weill

Les raisons d'une rupture sont de deux ordres. D¹une part les maladresses du Conseil ścuménique et de certaines Églises membres. D¹autre part, pour ce qui concerne les Églises des pays de l'est, l'histoire des 75 années de système athée et la fin du rideau de fer. Ici, les motivations ne sont pas d'ordre ścuménique mais politique.
Avant 1989, l'ścuménisme dans ces pays était le fait des cadres, responsables, évêques, pasteurs, qui se réunissaient lors de la semaine de prière pour l'unité et lorsqu'il y avait des touristes étrangers. L'ścuménisme était perçu comme inspiré par le pouvoir mais non désiré par le peuple à la base. Ceci est vrai aussi des Églises Baptistes et évangéliques et explique le peu l'intérêt pour l'ścuménisme.

Évangélisation et construction
Après la chute du mur de Berlin, du jour au lendemain, ces pays sont devenus des terrains de chasse sur lesquels se sont abattus des hordes de gens venus évangéliser. Parmi eux, des catholiques venant en particulier de Pologne. Mais également des bataillons venus des Etats Unis avec beaucoup d'argent. L'amalgame est fait entre les Églises catholique et protestantes telles que nous les connaissons en France et ces Églises marginales, très agressives.
"Aujourd'hui il faut reconstruire le pays dans sa dimension spirituelle, reconstruire l'âme du peuple abîmée" dit Michel Evdokimov. Il poursuit:"Je connais des croyants, des prêtres des évêques admirables qui font tout ce qu'ils peuvent pour construire le pays sur des bases nouvelles. L'oecuménisme et un luxe que peut s'offrir une Eglise bien installée, des théologiens bien formés et quand on a la liberté d'expression. Il faudra attendre que des générations de théologiens sortent des académies de théologie et puissent avoir la liberté de penser à ce que signifie être chrétien dans une Eglise autre que l'Église orthodoxe, et quelle communion, quelles relations possible avec ces chrétiens."

Un mouvement de recul
"Il y a un mouvement de recul, à la fois unitaire et à la fois parcellaire" qui touche tous les milieux et toute la planète. "Nos Églises sont fondamentalement engagées dans la recherche de l'Unité autour de la foi, mais en même temps angoissées par l'idée d'une union qui pourrait léser le noyau dur de la foi". Une tension très forte existe entre théologiens réformateurs et conservateurs. Ces derniers, réagissant par réflexe, refusent tout compromis.
L'attitude, pas toujours compréhensible, du Patriarche Alexis II s'explique par la peur de schismes qui menaceraient l'Église . Il y a deux ans l'Église orthodoxe de Géorgie quittait le COE pour cette raison.

Reproches au COE

"Les théologiens russes et grecs de l'émigration ont joué le jeu avec les protestants lors de la grande réunion de Lausanne en 1927 et d'Amsterdam en 1948 en disant: oui, nous pouvons nous unir avec les protestants en vue de l'unité et on va travailler à cela". Mais depuis, ils ont eu l'impression de se trouver écrasés. Depuis 1948, il n¹y a pas eu un seul Secrétaire général orthodoxe. Tout récemment seulement Georges Lemopoulos, théologien laïc orthodoxe, a été élu secrétaire général adjoint du COE. le second reproche fait au COE est de risquer la confusion entre christianisme et humanisme, en privilégiant l'attention aux pauvres de ce monde au détriment de ce qui était au départ l'idéal du COE: l'union des Eglises. Enfin ils acceptent mal que des Églises plus que millénaires aient la même voix que des Églises très récentes, (XIXe et XXe siècle).

La blessure de la division

Les critiques ne sont pas adressées uniquement au COE mais aussi à certaines Églises membres: l'ordination de femmes évêques dans l'Église anglicane, et a plus forte raison l'ordination d'une femme lesbienne dans une Eglise épiscopalienne des Etats Unis, ainsi que ce qui est perçu comme une banalisation de l'homosexualité amènent les orthodoxes à penser qu'ils n¹ont rien à voir avec des "gens pareils". Ils se demandent même si ces Églises sont fondées sur la foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu, car "Pour nous unir nous devons accepter et partager un certain nombre de vérités dogmatiques" dit Michel Evdokimov, mais il ajoute: "Ce qui manque aux orthodoxes c¹est un coeur qui saigne, qui souffre de la blessure de la division".
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Michel Evdokimov
Michel Evdokimov est professeur de littérature comparé, à la retraite. Prêtre de l'Église orthodoxe depuis 17 ans. Il est chargé d'une paroisse dans la banlieue sud de Paris. Il est le délégué à l'oecuménisme pour la France et membre du Conseil d'Eglise Chrétienne en France.