
Très bonne question ! Elle ne se poserait pas si la Bible était un livre ordinaire, écrit d'un bout à l'autre par le même écrivain. Il y aurait un plan général, une introduction, ou mise en situation, des événements ou explications enchaînés, une progression, une conclusion.
En fait la Bible est le rassemblement d'une bonne soixantaine de rouleaux ou petits livrets. Ils ont été rédigés durant 7 ou 8 siècles et rassemblés dans un ordre qui n'est pas totalement chronologique. Par exemple le premier chapitre du premier livre de la Bible, la Genèse, n'est pas le plus ancien écrit de la Bible.
Et puis tous les textes ne sont pas aussi faciles d'accès et pas aussi parlants les uns que les autres. Pour les chrétiens il y a en particulier le fait que la personne de Jésus est centrale pour la foi. Ses paroles et son action, sa mort et sa résurrection donnent son plein sens à l'ensemble de la Bible.
On peut donc penser que c'est par le récit de la vie de Jésus qu'il faut commencer, donc par un des évangiles. Celui de Marc est le plus court et le plus ancien, celui de Luc est le plus proche de notre culture. Celui de Matthieu contient des ensembles remarquables comme le sermon sur la Montagne. Je suggère de commencer par l'évangile de Luc, suivi du livre des Actes des Apôtres, du même auteur, pour avoir une idée de la vie des premiers chrétiens.
Puis on peut lire le début du livre de la Genèse, avec ses onze premiers chapitres de réflexion narrative sur le sens du monde et de la vie, les suivants sur les premiers croyants au Dieu unique. Ensuite quelques Psaumes, par exemple les huit premiers et les douze derniers Puis le livre d`un prophète, celui, court, d'Amos, ou celui, long et écrit sur plusieurs siècles, d'Esaïe. Quelques lettres de Paul, les trois ou quatre premières, et celle de Pierre permettent ensuite un tour parmi les premiers chrétiens.
Ensuite retour vers le très important livre de l'Exode et, dans un genre tout différent, celui de l'Ecclésiaste. Dans le Nouveau Testament, l'Evangile de Jean. Avec le livre de Jonas et celui de Job nous aurons fait le tour de 1`ensemble des genres littéraire de la Bible.
Il reste encore bien des livres à lire après ce premier tour...et aussi à revenir sur ce que l'on a déjà lu une fois car, ce n'est jamais dans un première lecture que tout nous est donné...Il faut même dire que même dans le texte le plus connu il y a toujours quelque chose à découvrir, surtout dans la lecture à plusieurs.
Voici le bref écho d'un travail universitaire sur le lectionnaire (liste proposant une lecture biblique pour chaque jour) de la Fédération Protestante de France. Les constats sont plutôt étonnants et montrent combien tout choix de texte biblique est lourd d'implications théologiques.
De nombreuses listes de lectures bibliques existent. Elles nous aident à débroussailler un chemin dans la forêt des deux testaments. Depuis près de vingt ans, les Eglises réformées suivent souvent la liste distribuée par la Fédération Protestante de France, qui est le mélange d'une liste œcuménique allemande (semaine) et de la liste catholique issue de Vatican II (dimanches et fêtes). Suivre cette liste revient à faire un geste d'unité non négligeable. Mais cette utilisation s'est répandue sans qu'aient été étudiées au préalable les conséquences sur notre prédication.
Nous nous interrogeons : est-il pertinent, pour un protestant, de tout articuler autour des quatre Evangiles ? Paul n'a-t-il pas été, en quelque sorte, le premier évangéliste ? Ses lettres ont permis de retrouver, au XVIème siècle, le message du salut par la grâce seule, par le moyen de la foi. Peut-on accepter que les passages où Jésus se montre trop véhément soient évincés des séquences retenues pour la prédication dominicale ? L'Ancien Testament n'a-t-il pour fonction que d'illustrer le Nouveau ? Et cela va plus loin : nos pasteurs savent-ils que le texte d'épître proposé chaque dimanche n'a aucun lien avec l'Evangile et l'Ancien Testament ? Bien souvent ils l'ignorent et s'échinent à trouver un rapport ; parfois en vain, et pour cause !
Une liste est toujours un choix. La Bible porte en elle-même les traces de ce processus de choix : elle répertorie les livres que nos pères dans la foi ont jugé dignes de figurer dans le "canon" des Ecritures (canon signifie "règle", il s'agit de la liste des textes bibliques). Aussi chaque fois que nous suivons une liste, nous gardons et rejetons successivement certains passages, créant notre propre "canon dans le canon".
Cette liste que nous suivant sans savoir ce qu'elle contient, nous conduit
à garder et rejeter certains textes. Choisir est toujours contraignant,
mais pouvons-nous durablement nous enfermer dans un système triennal
qui mettrait de côté de nombreux textes fondamentaux ? D'autant
plus quand l'écoute hebdomadaire de la Bible est trop fréquemment,
pour bien des nôtres, la seule référence hebdomadaire
à l'Ecriture.
Gilles Boucaumont
(pasteur proposant de l'ERF à
Rouen)
PS. Cet article est le résumé d'un mémoire de maîtrise, que l'on peut consulter en version presque complète sur Internet.
Faut-il être intellectuel pour lire la Bible ?
Il paraît que pour lire la Bible il faut être très savant… et que, par conséquent il faudrait la simplifier pour que les semi-analphabètes que nous sommes tous plus ou moins, soient en mesure de la comprendre. Ce serait comme la Bible racontée aux enfants. La Traduction Œcuménique de la Bible fait deux kilos et 3096 pages. La Bible que les frères Estienne publiaient au XVIème siècle faisait bien le double et était plutôt encombrante. Mais c’était le prix à payer pour que la Bible puisse être lue par le plus grand nombre. Ceux qui savaient lire. Pour lire la Bible il faut donc savoir lire son journal. Ni plus ni moins.
Qu’est-ce que ce serait un intellectuel ? L’adjectif s’appliquant à des personnes n’est pas très ancien. Il contient depuis l’affaire Dreyfus une nuance péjorative que relève le Robert. Les “ intellectuels ” c’était ceux qui rêvaient de droit et de justice, de liberté et de fraternité… Tiens ! justement des mots largement semés dans la Bible. Les auteurs de negro spirituals seraient donc des intellectuels, ils ne se résignaient pas à la condition qui leur était faite.
La Bible est comme un livre d’histoire. La Bible est comme un poème, avec ses chants, ses prières, ses cris d’angoisse et ses alléluias de reconnaissance. La Bible contient ce qu’il faut au peuple pour qu’il prenne courage lorsque l’oppression des parvenus fait de la cité une cité d’injustice. “ Il a jeté les puissants à bas de leurs trônes et il a élevé les humbles ” : pour comprendre cela il ne faut pas être “ intellectuel ” au sens où le peuple se croit dominé par ceux qui ont été aux écoles. C’est plutôt à partir de la faim et de la soif, de l’injustice rencontrée et de tout désarroi que commence pour chaque lecteur sa propre école. Les plus âgés parmi nous souvent nous étonnent lorsqu’ils récitent des poésies apprises il y a bien longtemps à la communale. De même la Bible avec ses multiples chemins, ses récits, ses poèmes, peut devenir pour chacun, la source d’une mémoire que l’on ne soupçonnait pas.
Des savants en grand nombre étudient sans relâche la Bible. En plus grand nombre encore d’autres se contentent de la lire avec patience, avec passion. Un certain Blaise Pascal faisait une différence entre le dieu des philosophes et des savants et le dieu des Patriarches. A vrai dire la Bible sera lue par les uns et les autres et chacun y trouvera ce qu’il lui faut de provisions de route pour aller plus loin dans la connaissance de la Bible et du même coup aller plus loin dans l’appréciation de l’histoire qu’il vit, celle qui le fait et celle qu’il fait. Il trouvera, “ intellectuel ” ou pas, de quoi se réjouir de ce qui est placé comme un hymne infini au cœur de son existence.
La Bible est comme le livre de notre vie semée d’incertitudes, de questions. Entre les pages Quelqu’un que nous apprenons à connaître aurait placé la surprise toujours renouvelée de l’espérance. Les lumières vacillantes des lointains nous deviennent perceptibles. La Bible, est comme une lampe à nos pieds pour avancer en connaissance, en sagesse, en estime pour tous les vivants de notre temps.
Certains livres de la Bible peuvent ne pas retenir l’ intérêt immédiat et appellent effectivement le secours des introductions et des notes. Et c’est pourquoi il est important que les éditions modernes de la Bible comportent des notes. Mais le savoir biblique, accordé avec l’amour qui le fait naître, et le service auquel il appelle ne s’édifie pas en un jour. “ Soyez renouvelés dans votre intelligence ! ” s’exclame l’apôtre Paul. Et l’on pourrait ajouter : ne vous laissez pas dominer par l’esprit de résignation. Ni devant le travail de lecture qui a fait dès les début de la Réforme la force du protestantisme ni devant les responsabilités qui s’éveillent à la lumière des témoignages de la prophétie et des évangiles.
Serge Guilmin
Bible et prédication
Bible et tradition.
Bible et commentaires savants
Bible et écrits non
bibliques.
Il faut se méfier des slogans, qu'ils soient politiques,
publicitaires, ou religieux. Ils ont l'avantage de frapper les esprits
et de s'inscrire dans les mémoires. Ce mérite a pour contrepartie
un gros inconvénient : ils déforment, durcissent, simplifient
le message qu'ils veulent faire passer. Ils ont un caractère réducteur,
et ils favorisent des contresens.
On le constate pour la formule Sola Scriptura (l'Écriture
seule) qui résume l'un des principes fondamentaux de la Réforme,
et définit l'une des caractéristiques essentielles du protestantisme.
Cette formule n'est pas fausse, mais on peut très facilement mal
la comprendre, en donnant au "seul" une portée excessive. Il n'exclut
ni la prédication, ni la tradition, ni le commentaire savant, et
il n'interdit pas le recours à des écrits non bibliques.
Il ne s'agit nullement d'éliminer d'autres discours ou d'autres
textes, mais d'indiquer en fonction et à partir de quoi le protestantisme
entend les évaluer. L'autorité de la seule Écriture
signifie qu'elle fournit l'instrument qui permet de peser, de mesurer et
d'apprécier ce que l'on reçoit d'ailleurs; elle ne veut pas
dire qu'on ait à ignorer, à rejeter ou à condamner
ce qui ne vient pas d'elle.
Bible et prédication
"La foi, écrit l'apôtre Paul, vient de ce que l'on
entend, et ce qu'on entend vient de la parole du Christ" (Rom. 10/17).
Cette affirmation a incité le protestantisme à privilégier
la prédication par rapport à la lecture. Hier comme aujourd'hui,
la parole de Dieu s'annonce et s'entend, beaucoup plus qu'elle ne se lit.
L'évangile a d'abord été dit, proclamé
oralement par Jésus et par ses disciples. On a ensuite couché
sur le papier leurs propos pour les conserver et les transmettre. Le Nouveau
Testament est la "trace" de cette prédication originelle. Il s'agit
donc à travers les textes d'entendre la parole qu'à la fois
ils traduisent et qu'ils figent. Ils la consignent, mais lui font perdre
une partie de sa saveur. Ils la transmettent et la déforment (en
lui donnant une autre forme). Les textes renvoient à une parole
qui les précède et les dépasse; il faut donc s'attacher
à leur esprit plus qu'à leur lettre, ou encore à leur
message plus qu'à sa formulation.
Maintenir le souvenir et l'écoute d'une prédication
ancienne n'est pas la seule fonction du Nouveau Testament. Il doit aussi
et surtout rendre possible et susciter une prédication actuelle
de l'évangile, celle que les témoins du Christ ont à
faire entendre dans les Églises et dans le monde. On ne peut pas
se contenter de lire. Les Écritures remplissent leur mission
quand elles transforment le lecteur en auteur, ou l'auditeur en orateur,
quand elles l'incitent à prendre la parole et à annoncer
à son tour, à sa manière et dans son contexte l'évangile.
Les textes conduisent à une parole qui les suit et les prolonge,
autrement dit à de nouvelles expressions du message.
Le Sola Scriptura signifie que seules les Écritures
assurent le relais et permettent le passage entre, d'une part, une parole
première et initiale et, d'autre part, une parole seconde et actuelle.
Les textes bibliques ne forment pas un ensemble fermé ni un monde
clos qui se suffirait à lui-même. En amont, ils s'ouvrent
à une parole qu'ils reçoivent et recueillent; en aval, ils
ouvrent la possibilité d'une parole qui se disperse et se répand.
Coupée de ces deux paroles, la Bible devient une idole, et non un
témoin du Dieu vivant.
Bible et tradition.
Contrairement à ce que l'on dit souvent, en posant le
principe de la seule Écriture, la Réforme n'a pas voulu disqualifier
et écarter l'apport de la tradition ecclésiastique. Des images
pieuses du siècle dernier montrent Luther ou Calvin, avec une Bible
à la main comme seule arme, écrasant les docteurs catholiques
munis de quantité de parchemins poussiéreux. En fait, on
aurait dû représenter les Réformateurs devant des bibliothèques
bien fournies. Ils connaissaient très bien et utilisaient abondamment
la littérature religieuse de l'Antiquité et du Moyen Age.
Ainsi, les commentaires bibliques de Calvin suivent de très
près ceux d'Augustin, que le Réformateur tient en très
haute estime. Quand en 1530, Mélanchthon et Zwingli présentent
les positions protestantes à l'Empereur Charles Quint, le premier
dans l'Apologie de la Confession d'Augsbourg , le second dans la Fidei
ratio , ils citent aussi souvent les Pères que la Bible. La Confession
helvétique postérieure (1560-1566) déclare : nous
ne "méprisons point les interprétations des saints Pères
tant grecs que latins, et ne rejetons pas ... leurs traités".
La Réforme affirme l'utilité et l'intérêt
des écrits spirituels, théologiques et ecclésiastiques
rédigés au cours des siècles. Elle reproche au catholicisme
non pas de les méditer et de les utiliser, on aurait tort de les
négliger, mais de vouloir en faire l'instance qui décide
et tranche. S'ils nous aident à comprendre la Bible, ils n'en déterminent
pas la bonne interprétation. Au contraire, la lecture et l'étude
de la Bible permettent d'en évaluer la valeur. Ce sont des auxiliaires
précieux, nullement des juges infaillibles. "Les Pères,
écrit Zwingli, doivent être soumis à la Parole de Dieu,
et non la Parole de Dieu aux Pères". Le synode de Westminster (1649)
déclare : "ils ne peuvent être reçus comme règle
de foi et de vie; mais pour la foi et la vie ils doivent être utilisés
comme des aides".
Bible et commentaires
savants
En proclamant "l'Écriture seule", le protestantisme ne
veut pas opposer une lecture naïve et spontanée de la Bible
à une étude savante et érudite. Bien au contraire,
il a toujours exigé que les ministres chargés de la prédication
et de l'enseignement fassent des études poussées, apprennent
les langues originelles (hébreu et grec) des écrits bibliques.
Calvin demande que les pasteurs sachent se servir et qu'ils utilisent effectivement
des dictionnaires, des grammaires, des éditions savantes, des livres
d'histoire. Luther souligne que son doctorat en théologie lui donne
autorité pour s'opposer et demander des comptes aux autorités
ecclésiastiques. Sa protestation a de la force parce qu'elle ne
vient pas de n'importe qui, et qu'elle s'appuie sur une compétence
reconnue et sanctionnée.
Cette insistance est tellement forte que le révolté
Müntzer accuse Luther d'établir une "tyrannie des scribes",
et que l'anabaptiste Hubmaïer reproche à Zwingli de remplacer
"le règne des papistes par celui des linguistes". Les Réformateurs
ne veulent cependant pas que les savants confisquent la Bible, mais qu'ils
instruisent le peuple pour qu'il puisse la lire de manière intelligente
et informée. L'interprétation des Écritures doit s'appuyer
sur les travaux des experts et des spécialistes, condition non pas
suffisante mais nécessaire pour qu'on la lise et la comprenne correctement.
Le principe de l'Écriture seule ne signifie donc nullement
l'inutilité ou la nocivité des commentaires exégétiques,
des analyses philologiques ou des études historiques.
Bible et écrits
non bibliques.
Le principe du Sola Scriptura, veut-il faire de la Bible la seule
source de la vie spirituelle et de la réflexion croyante? Ici également,
il faut répondre non. Nous le constatons tous : beaucoup de choses,
à côté et en dehors de la Bible, nourrissent notre
foi, notre pensée, et notre sensibilité : des tableaux, des
concerts, des poèmes, des livres chrétiens, des écrits
philosophiques, des textes venant d'autres traditions religieuses.
Ce n'est pas nouveau. L'Ancien Testament fait de nombreux emprunts
aux civilisations qui entourent Israël. Paul à Athènes
n'hésite pas à citer des auteurs païens, et l'on retrouve
chez Jean des thèmes qui évoque les spiritualités
de l'époque. Zwingli doit beaucoup à la littérature
de l'Antiquité classique, et Calvin a été profondément
marqué par le stoïcisme. Les deux Réformateurs sont
convaincus que la pensée croyante aurait tort d'ignorer la philosophie,
même si ses possibilités restent limitées et insuffisantes.
Ils ne la rejettent nullement, comme le feront certains courants théologiques
contemporains. Aujourd'hui, plusieurs d'entre nous ont été
marqués par des écrits venant de l'Islam ou du bouddhisme,
qui leur ont apporté une lumière, fait découvrir une
vérité, à travers lesquels ils ont perçu
quelque chose de Dieu.
Est-ce illégitime? Je ne le pense pas, dans la mesure
où l'on contrôle tous ces apports et qu'on les confronte au
message biblique. Le Sola Scriptura pose l'Écriture non comme source
unique, mais comme seule norme, en ce sens qu'elle fournit les repères,
les critères, les cadres qui permettent d'apprécier et de
critiquer, d'accueillir ou d'écarter ce qui vient d'ailleurs. Je
lis et m'approprie des écrits profanes, des textes juifs, musulmans
ou bouddhistes à la lumière du Nouveau Testament, de même
que des musulmans peuvent lire avec profit le Nouveau Testament à
la lumière des Coran, des bouddhistes à la lumière
de leur spiritualité ou des philosophes à la lumière
de leur réflexion.
Ne faisons pas du Sola Scriptura un slogan qui justifie une fermeture
et des rejets. Au contraire, la référence à la Bible
et à son autorité nous ouvre à quantité de
choses, et nous permet de les accueillir positivement. La Bible a autorité
non pas en ce qu'elle interdirait d'autres lectures, mais en ce qu'elle
nous apporte des orientations qui les rendent positives et fructueuses.
André Gounelle
Le peuple protestant est-il encore un lecteur de la Bible ? On peut
en effet se poser la question avec inquiétude. J’ai moi-même
parlé au synode national de “ passion biblique endormie ”. Or sans
lecture de la Bible, c’est le fondement même du protestantisme est
en péril. Elle est le socle de notre foi et de notre témoignage.
Contre les illuministes qui prétendaient apporter des révélations
particulières, les réformateurs vont sans cesse ramener à
la Bible. C’est pourquoi nous devons être, redevenir un peuple de
lecteurs de Bible. D’autant que l’attente est grande dans une société
qui a perdu sa mémoire religieuse et notamment biblique, au point
que la culture devient indéchiffrable.
C’est le retour constant aux Ecritures qui maintient nos convictions
sur le sol de la première prédication chrétienne.
C’est par elles que Dieu se rencontre et se révèle dans un
tête à tête avec Lui sans intermédiaires. En
effet, chacun est placé à égalité devant ce
texte toujours disponible. Même s’il est vrai que ce n’est pas un
livre toujours facile à lire. Cette lecture met en jeu notre émotion,
notre piété, notre intelligence, notre culture et notre histoire.
A ceux qui disent que lire la Bible est un acte intellectuel réservé
à quelques uns, il faut rappeler ces protestants qui autrefois apprenaient
à lire pour pouvoir lire les Ecritures, les étudier, les
prier, les méditer articulant dans un même geste l’acte cultuel
et l’acte culturel. Et si le peuple protestant ne lit plus la Bible, l’autorité
va se concentrer sur un corps de clercs, un magistère dont on sait
les dangers. Et j’insiste notamment sur la lecture communautaire, qui en
ouvrant à des lectures plurielles nous préserve du subjectivisme,
du sectarisme, voire du fanatisme. Ce va et vient entre le texte et moi
et les autres nous empêche de prendre nos convictions comme l’unique
vérité. Aujourd’hui, dans le contexte de religiosité
fusionnelle, où on est tenté de n’entendre que ce qui nous
conforte, la Bible révèle une Parole autre qui bouscule et
interpelle. C’est pourquoi il nous faut toujours “ partir ” des Ecritures
au double sens de s’y enraciner et d’en faire jaillir une parole qui rejoint
l’histoire, une parole vive, la parole du Dieu vivant au cœur de ma vie.
Ainsi à tout moment, je peux ouvrir ma Bible et y entendre une parole
de consolation, d’interpellation ou d’encouragement.