Avril 1999

la croix

 

Porter une croix pour les chrétiens Anne Faure.

Sens et contresens de la croix Propos recueillis par Colette Bergèse

Les dimensions de la croix Saint Augustin, sermon 165.

La croix objet d’art et signe des temps… Joël Baumann

    L’art préroman et roman
    De la Renaissance au XXe siècle

Le supplice de la croix Par Pierre Maraval, professeur à Paris IV Sorbonne

Interview d'un bijoutier par Alain Kursner

La croix des jeunes Françoise STERNBERGER

    Une symbolique déconnectée
    La croix signe d'échec
    Porter sa croix
 
Porter une croix pour les chrétiens
Que représente pour vous le fait de porter une croix? cette question a été posée à différentes personnes, voici ce qui en ressort, par Anne Faure.

Dans la majorité des cas, on porte une croix pour des raisons clairement religieuses et chrétiennes.
Pour les catholiques, la croix parle d'elle-même et les personnes considèrent qu'elles n'ont pas à s'en expliquer. Pour certaines, le simple fait de leur poser la question peut-être perçu comme une ingérence dans leur vie privée. La croix n'est d'ailleurs pas toujours visible sur le vêtement.
Pour les protestants, elle est généralement visible car c'est un signe identitaire.
Voici quelques réponses à la question : "pour quelles raisons portez-vous une croix?"

Pour les protestants :
-C'est un signe d'appartenance à la religion réformée
- Ma croix huguenote se termine par une larme qui symbolise la souffrance des protestants à l'époque des guerres de religion. On me demande souvent sa signification et je sais qu'il existe d'autres réponses.
- C'est un signe de reconnaissance entre coreligionnaires
- Elle me vient de ma grand-mère. Elle accompagne la transmission d'une foi familiale profonde à travers plusieurs générations
- Outre pour des raisons de convictions religieuses, je la porte pour qu'on me pose la question. En dehors des protestants français, les gens ne la rattachent pas forcément à une religion mais se demandent quels sont ses liens avec la croix de Malte, et sont sensibles à son côté esthétique.
Pour les catholiques :
- Cela me rappelle le sacrifice du Christ pour nous
- Elle a une grande valeur pour moi; j'ai baptisé mon premier enfant qui avait des problèmes de santé, avec
- La croix me semble plus universelle pour les chrétiens qu'une médaille qui est spécifiquement catholique. Comme je suis un foyer mixte, elle répond mieux à ma volonté d'œcuménisme
- Je ne la porte jamais seule mais mélangée à d'autres bijoux à caractère non religieux pour éviter le côté trop traditionnel
- Je ne la quitte jamais, pour moi c'est une protection.
 

SENS ET CONTRESENS DE LA CROIX
On les porte comme des bijoux, elles ornent les cimetières, on les trouve dans les églises et les temples. Que le Christ y soit représenté ou non, la croix est présente partout dans notre société. A-t-elle le même sens pour chacun? On peut même se demander si les chrétiens doivent garder ce signe de la croix? Nicole Fabre, bibliste, répond à nos questions.

Le signe de la croix est-il clair pour tous?

Tout signe est ambigu et ne parle pas de la même manière pour chacun et la croix peut nous mener sur des fausses pistes. Même les croix de nos temples! Chacun de nous en regardant la croix ne pensera pas la même chose. D’abord, on peut réduire la croix à l’événement mort et résurrection du Christ et oublier tout ce qui précède. Comme si la seule attitude de Jésus avait été de subir ce que lui imposaient les chefs religieux et politiques de l’époque, dans une confiance inébranlable que Dieu restaurerait la justice. Cette vision peut nous conduire à percevoir notre vie de disciple comme une vie d’acceptation de tout ce qui arrive, dans une confiance sûre qu’un jour, Dieu fera justice. Cette attitude nie toute la vie de Jésus. Pendant tout son ministère Jésus parle, appelle à une réelle conversion, dénonce. Son silence au moment du procès et de la mise à mort n’est donc pas passivité devant les événements : il s’agit d’une parole qui va jusqu’au bout.

Vous avez évoqué plusieurs fausses pistes, pouvez-vous en indiquer une autre?

Oui, celle de cultiver en nous l’image d’un Dieu qui, ne pouvant supporter le péché, nos déviances, ferait payer son fils à notre place. Ainsi regarder la croix nous rappellerait la sévérité sainte de Dieu et notre devoir d’agir le plus droitement possible. Mais ne trahissons-nous pas fondamentalement ce que disait Jésus de son Père? Un Père qui est préoccupé de la guérison et du salut des humains et non de ce que lui supporte ou ne supporte pas.
Ainsi, nos interprétations de la croix et le signe de la croix  peuvent nous conduire à l’opposé de l'Évangile. Suivre le Christ, c’est porter en nous sa parole qui transforme.

Faut-il enlever les croix de nos temples pour éviter toute fausse interprétation?

Non, il y aura toujours des mé-compréhensions possibles, mais la croix reste un signe vital pour la foi. Elle est signe d’un chemin de réalité, et nous oblige à regarder en face où aboutissent nos idéologies, même religieuses. Lorsque nous tenons à faire entrer à tout prix ceux qui nous entourent dans nos propres analyses, nos propres pratiques, nous les menons sur un chemin de mort. Ce sont toutes les certitudes des contemporains de Jésus qui ont obligé le Christ à passer pas ce chemin là. La croix nous propose un chemin de dépossession. La plénitude de la vie ne se trouve pas dans une accumulation de savoirs ou d’expériences existentielles. Ce " toujours plus " que nous cherchons se brise au silence de la croix. Il s’agit alors, pour chacun de nous, de renoncer à la maîtrise sur les événements, d’accepter nos limites, d’oser regarder en face jusqu’où vont nos violences les plus cachées.

Alors quel sens donnez-vous à la croix et au signe de la croix?

La mort de Jésus sur la croix restera toujours au-delà ce que nous pouvons comprendre, tant cette logique nous est étrangère. La croix est un lieu de rendez-vous où nous pouvons déposer nos désirs de puissance, de violence et de mort pour pouvoir nous mettre en marche. Une marche à la suite du Christ qui ne cesse de nous surprendre. Ainsi le signe de la croix devient pour nous lieu de rencontre avec le Dieu vivant qui, au travers de la mort de son Fils, vient briser la spirale de la violence et du non sens, et permettre à un monde nouveau de naître et de grandir.

Propos recueillis par Colette Bergèse
 Les dimensions de la croix
 

" Je demande que vous soyez enracinés dans l’amour, pour être capables de comprendre, avec l’ensemble du peuple de Dieu, combien l’amour du Christ est large et long, haut et profond " . Ephésiens 3 17 et 18. Et Saint Augustin commente : Où est la largeur de la croix? Cherche dans la vie et la conduite des saints : " loin de nous, disent-ils, de nous glorifier, sinon dans la croix de notre Seigneur Jésus-Christ ". La largeur, c’est le cœur large qui, donnant avec joie, se fait aimer de Dieu. Un cœur étroit donne avec tristesse, son don n’est plus rien. Il faut donc la largeur de la charité pour que ne soit pas perdu le bien que l’on fait.
Montre-moi aussi la longueur de la croix? Quelle est cette longueur? " Celui qui aura persévéré jusqu'à la fin sera sauvé " . C’est sur la longueur de la croix que le corps s’étend de toute sa taille; qu’il se dresse, en quelque sorte, et qu’il demeure dressé. Si donc, tu veux avoir la largeur de la croix, il te faut avoir le courage de faire le bien. Si tu veux avoir la longueur de la croix, aie la longue persévérance. Et si tu veux avoir la hauteur de la croix, comprends les mots que tu entends et en quel lieu tu les entends. En haut ton espérance, en haut ton amour; d’en haut demande la force, là-haut attends la récompense. Si tu fais le bien, si tu donnes avec joie, tu as la largeur de la croix. Si, jusqu'à la fin, tu persévères dans les bonnes œuvres, tu en as la longueur. Mais si tu fais tout cela pour autre chose que la récompense d’en haut, tu n’as pas la hauteur de la croix. Qu’est ce qu’avoir la hauteur de la croix, sinon penser à Dieu, aimer Dieu, et gratuitement aimer ce Dieu même qui nous aide, finalement voir en Lui-même notre récompense, n’attendre de Lui rien d’autre que Lui.

Saint Augustin, sermon 165.

La croix objet d’art et signe des temps…

La première représentation de la croix est une caricature humoristique, la seconde le symbole de la puissance impériale. Pendant vingt siècles, l’image de la croix s’ancre dans son époque.
La première représentation faisant référence à la croix chrétienne est un graffiti ( IIIème siècle, Domus Gelotiana, au Palatin). Il représente un crucifié à tête d’âne, et une légende précise : Alexamene adore son dieu". Il s’agit donc d’une caricature polémiste du même genre qu’un dessin de Plantus ou Cabu aujourd’hui. À cette époque, la croix, instrument de torture n’a aucune valeur artistique pour un chrétien. Il faut attendre l’Empereur Constantin (306-337) et que le christianisme devienne religion d’état, pour la voir apparaître partout. Son sens n’est pourtant pas lié directement à la croix évangélique. L’Eglise reprend à son compte celle que Constantin aurait eue en vision lors de la bataille du pont Milvius. C’est cette croix triomphale qui sera reproduite, embellie, ornée de pierres précieuses dans tous les monuments chrétiens de l’époque byzantine (cf. mosaïque Santa Pudentiana à Rome ou ceux de Ravenne) pour signifier la victoire glorieuse du Christ sur le mal.

L’art préroman et roman
Plus tard, en opposition avec la tradition byzantine, de nouvelles formes artistiques verront le jour. La représentation du Christ en croix devient beaucoup plus humaine, plus figurative (Crucifixion, plaque en bronze du VIII siècle, Musée national de Dublin). Le Christ en croix est un homme du peuple aux traits accusés, en total abandon. Quelques fois pour appuyer encore davantage la proximité du Christ, l’artiste se figure lui-même au pied de la croix. A partir du XIIIème siècle, les peintres allemands accentueront encore à l’excès la vulnérabilité de la nature humaine du Christ. La Crucifixion de Matthias Grünewald, par exemple, nous place devant des souffrances à la limite du supportable : le corps du Christ est couvert de plaies. Cette œuvre avait été commandée pour un hôpital. On pensait qu’en contemplant le tableau les malades pouvaient voir Dieu venir les rejoindre jusque dans leur souffrance (rétable d’Issenheim , 1516).
Mais le monde chrétien vivant dans une permanente angoisse eschatologique, l’Église utilisa aussi les crucifixions comme œuvre catéchétique. A cette époque le Christ en croix semble ne pas être en proie à la souffrance physique. Le visage est serein. On trouve aussi des constantes académiques : le bon larron auréolé, l’agneau symbole du sacrifice, le serpent de la Genèse écrasé au pied de la croix. L’artiste a  un message clair à faire passer : C’est le Christ, fils de Dieu, qui offre le salut au monde (Piero della Francesca, chapelle d’Arrezo 1552).

De la Renaissance au XXe siècle
Après les bouleversements esthétiques et spirituels de la Renaissance et la Réforme on ne voit guère de changement dans la représentation de la croix, à part les eaux-fortes de Rembrandt : ses "Golgotha", où la lumière vainc les forces des ténèbres, sont le couronnement de toute son œuvre (les Trois croix, 1653). Il faut attendre le XXème siècle pour que certains artistes abordent le thème de la croix d’une manière particulière. Les terribles épreuves et les désillusions qui ont marqué ce siècle en sont la cause. Pour certains peintres la crucifixion du Fils de l’homme, représente l’humanité entière crucifiée. C’est ainsi que Chagall, bien que d’origine juive, a figuré la croix dans vingt-six de ses œuvres.  De la même manière Picasso, a signé là une de ses rares œuvres religieuse : Une lumière d’espérance très colorée entre dans un univers d’horreur. Bien qu’incroyant, c’est une des rares toiles dont il ne voulut jamais se séparer (la crucifixion de 1930). Le Christ sur la croix  de Dali va plus loin encore.  Suspendu au-dessus du globe terrestre, il est dans un vide et un silence absolus (le Christ de Gala, 1978, lui tourne même le dos). Il n’y a plus rien entre la souffrance des hommes et le Christ en croix. Ainsi de tout temps, la dramatisation de la croix a inspiré des artistes. À chaque époque, ils témoignent à leur manière de l’interrogation spirituelle de leurs contemporains. Mais alors quel est le sens de la dernière œuvre photographique de Bettina Rheims? Son Christ en croix est une femme! (cf. INRI, Serge Bramley, Bettina Rheims).

        Joël Baumann
 

Le supplice de la croix

Par Pierre Maraval, professeur à Paris IV Sorbonne

Dans l'arsenal répressif romain, on compte une dizaine de manières d'appliquer la peine de mort. A noter que l'exécution est presque toujours précédée de la flagellation (voire d'autres supplices). Les formes les plus habituelles sont :
- la décapitation, qui sous l'empire se fait par l'épée (gladius) ;
- le bûcher, utilisé entre autres pour les incendiaires ;
- l'exposition aux bêtes ou aux jeux de gladiateurs, appliquée sous l'empire aux malfaiteurs et aux chrétiens (même, dans ce cas, pour les honestiores, disons les personnes de qualité!)
- la crucifixion, généralement utilisée pour les esclaves et habituellement réservée à eux (pour les citoyens, c'est une peine aggravante, qui ne pouvait guère toucher que des humiliores); elle est infligée aux pirates, voleurs, dénonciateurs ou assassins de leurs maîtres, esclaves fugitifs, révoltés (ainsi Spartacus et 6 000 de ses compagnons de révolte, crucifiés le long de la Voie Appienne), ennemis vaincus que l'on veut tourner en dérision. Il est vraisemblable que, dans le cas du Christ, les deux dernières catégories peuvent entrer en ligne de compte, ce qui suffit à montrer que son exécution eut un caractère politique.

Les condamnés à la croix devaient porter eux-mêmes la croix, ou au moins la traverse, jusqu'au lieu de l'exécution. La croix était dressée, le condamné hissé à l'aide de courroies ou de cordes, et fixé sur la croix avec des clous; uns inscription portait le motif du supplice. Les exécutions avaient lieu hors de la ville (ces données se rencontrent ailleurs que dans les évangiles). On laissait généralement les condamnés mourir de faim et de soif, mais le supplice pouvait être abrégé.

Interview d'un bijoutier

par Alain Kursner

La croix huguenote, bijou préféré des protestants! Signe de reconnaissance entre "parpaillots", témoignage évangélique, elle vit le jour à Nîmes vers 1688. Les premières étaient des croix de Malte fleurdelisées, avec une colombe suspendue. La légende prétend qu'après la Révocation, la larme adjointe à la croix de Malte aurait symbolisé les pleurs de l'Eglise réformée. En fait il s'agit d'une ampoule représentant la fiole sacrée conservée dans la cathédrale de Reims. Elle contenait l'huile qui servait à sacrer tous les rois de France. Les protestants, par là, voulurent dire leur attachement au roi, malgré les persécutions.

Alain Pasquet est joaillier-bijoutier-horloger depuis 1955. Son entreprise familiale est installée à Sainte-Foy-la-Grande (Dordogne) et veut offrir une collection de croix huguenotes conformes en qualité à l'héritage protestant.

Ensemble l'a rencontré.

Ensemble : Vendez-vous beaucoup de croix huguenotes?
Alain Pasquet : Nous fabriquons de nouveaux produits de meilleures qualité et facture que ceux proposés sur le plan national par d'autres; nous en vendons parce que les gens cherchent aujourd'hui un bon rapport qualité/prix. Beaucoup de nos clients sont d'origine cévenole et cherchent à se procurer ce que l'on peut voir dans les différents musées du protestantisme. D'autant que ces croix sont destinées à être transmises à d'autres générations. Il faut donc que le produit corresponde à ces demandes.

E. : N'y a-t-il que des protestants qui achètent les croix?
A.P. : Oui. Même si l'on a eu beaucoup de curieux qui, voyant notre vitrine, ont demandé à quoi cela correspondait. Les questions posées par des "non-religieux" étaient intéressantes; tous ont trouvé que ce bijou était beau. Mais depuis une dizaine d'années que nous faisons les croix huguenotes, on en a vendu une à un catholique.

E. : la clientèle est donc du "sérail"?
A.P. : Tout-à-fait!

E. : Personne ne vous achète la croix uniquement pour la colombe et la porter au bracelet?
A.P. : Si, mais dans un but différent. La colombe est aussi le symbole de la paix et beaucoup la portent dans ce sens. Alors que lorsque nous la vendons pour des raisons "évangéliques", il faut la croix avec les larmes. Bien que le bijou soit aussi représentatif des régions d'où l'on vient : la colombe est plus fréquente en Gironde, Toulouse et Dordogne… les Cévenols préfèrent la larme.

E. : Y a-t-il une recrudescence d'achat depuis un certain nombre d'années?
A.P. : Oui, parce que jusqu'à présent les croix étaient beaucoup transmises des anciens aux jeunes; il y a donc un aspect traditionnel, mais qui se heurte à l'usure : on ne peut réparer indéfiniment une croix. On renouvelle donc. La génération des 60-70 ans (qui manque souvent dans l'église) se remet à porter la croix et choisit de la transmettre. C'est la marque d'un attachement.

E. : Un attachement plus culturel que cultuel?
A.P. : Sans aucun doute. La mémoire fait partie de la culture et la tradition est forte : beaucoup de non-pratiquants se réclament d'abord du protestantisme. Il y a quelques années, au moment de la fondation de la Société d'Histoire du protestantisme à Sainte Foy, le doyen Carbonnel nous avait dit que "l'on était protestant avant d'être croyant". Et j'ai compris après coup ce que cela signifiait dans l'histoire et la culture réformées.

E. : La croix est-elle encore donnée comme cadeau de confirmation?
A.P. : Oui, elle va avec la Bible, et c'est bien. Parce que ce qui compte d'abord pour nous, c'est la Parole.
 

La croix des jeunes

Qu'est-ce qu'évoque le mot "croix"? Quelles représentations immédiates viennent spontanément à l'esprit lorsque l'on a moins de trente ans, un parcours catéchétique incertain ou déjà un peu lointain?
Des jeunes étudiants, croisés au détour d'une animation ou d'une conversation téléphonique, ont unanimement reconnu et désigné l'objet religieux, symbole universel par excellence du Christianisme, la croix de la crucifixion de Jésus.

Une symbolique déconnectée
Par contre presque aussi unanimement ces jeunes hommes ou jeunes filles ont émis une distance nette par rapport à cette symbolique religieuse, voire institutionnelle, déconnectée pour eux de la vie quotidienne. Un symbole trop peu humain. Crucifix au-dessus du lit conjugal ou trônant dans la salle de cours, crucifix très réalistes de certaines églises, des images ont fait choc ! Le message de la croix avant tout doloriste, triste, tragique, sacrificiel, n'est pas porteur de leur spiritualité ou compréhension de la foi évangélique. La vie du Christ, son œuvre est aussi pertinente que la passion. Une image pourrait résumer ce recul par rapport à la croix objet-image rapportée par le professeur de philosophie de l'une d'entre eux : "si le Christ était mort pendant la Révolution Française, tous les chrétiens porteraient une guillotine autour du cou"

La croix signe d'échec
Cette vision distante, critique de la croix chrétienne rencontre un autre argument plus évangélique. La croix ferait elle le croyant comme l'habit , dit-on, fait le moine? Le croyant ne devrait-il pas être reconnu, identifié par son comportement évangélique? La croix, signe extérieur, ne signale-t-elle pas un échec intérieur? Alors, petites croix, croix sobres, croix en bois, ou encore mieux, croix huguenote avec sa colombe, s'il faut porter une croix au moins qu'elle soit belle et discrète! les grosses croix trop ostentatoires, trop cléricales, sont rejetées au profit par exemple de la croix chargée d'affectivité, croix "vraie" réalisée de ses mains à la suite d'une expérience spirituelle, croix familiale. S'il y a sens et signe, il est donc avant tout intime et personnel.

Porter sa croix
Faut-il porter sa croix - la croix huguenote de préférence - en tout temps et tout lieu ou parfois la glisser sous le pull? Plusieurs témoignages indiquent une fonction de reconnaissance : ah! tu fais partie du club! Où d'échange, l'un ose le mot: l'évangélisation, ou encore d'entrée en matière. On peut aussi choisir la discrétion par respect de la différence. Plusieurs nuances s'installent. La beauté de la croix, bijou ou décoration d'église, est estimée à sa juste valeur. Non comme artifice mais comme note d'espérance. Une façon peut-être de reconnaître ainsi le signe de la résurrection et celui de l'amour de Dieu qui transfigure l'événement tragique de la crucifixion?

Françoise STERNBERGER Animation Universitaire Protestante région parisienne