
La démarche
C'est au cours du culte de rentrée,
en septembre 98, que la journée a été lancée
par l'équipe de préparation réunie autour des deux
pasteurs, et autour du thème de l'appel que Dieu nous adresse. Chaque
mois, la chronique paroissiale du Ralliement s'est faite l'écho
d'un appel retentissant dans la Bible, chaque mois le texte de cet appel
a été distribué à la sortie du culte. C'est
d'ailleurs le texte de l'appel de Jérémie qui a servi de
fil conducteur à la démarche, comme il avait servi de fil
conducteur à la journée de l'ERAL.
Chaque groupe composant la réalité
paroissiale a été invité à réfléchir
sur quatre verbes tirés du texte de Jérémie: déraciner,
arracher, planter et bâtir. Ces réflexions ont mené
à la réalisation de panneaux qui furent affichés dans
la grande salle du foyer le 25 avril et qui sont en ce moment accrochés
dans le temple de Guebwiller, où ils continuent à nous interpeller
et à interpeller ceux qui passent dans le temple.
Cette réflexion menée par
les groupes mêlait réactions immédiates à ces
verbes et aux images qu'ils font monter en nous et réflexions plus
profondes. En voici quelques extraits.
Déraciner:
un groupe écrit: "il faut déraciner nos idées reçues,
nos préjugés, nos fausses opinions, nos traditions qui ferment
l'avenir, nos faux semblants et nos rites aseptisés, pour nous ouvrir
à l'autre"; un autre groupe s'interroge: "que devons-nous déraciner
en nous-mêmes pour aller vers l'autre?"; un troisième groupe
affirme "si nous devons déraciner, il nous faut proposer quelque
chose d'autre à mettre à la place. Déraciner pour
faire le vide n'est pas une solution en terme d'Évangile".
Arracher: aux
nombreux "il faut arracher l'intolérance, l'égoïsme,
la violence, s'ajoute dans un groupe: "arracher, c'est accepter d'être
soi-même déraciné par la mission que Dieu nous confie"-,
un autre groupe s'exprime ainsi -. "arracher, ce n'est pas faire table
rase mais garder ce qu'il y a de meilleur en l'homme et dans les choses
pour planter des signes d'Évangile dans notre monde"; autre réflexion
-. "il faut arracher le poids des traditions mais pas le poids de la Tradition".
Planter: c'est
s'intéresser à demain; c'est communiquer une envie de vivre
et de croire; c'est donner un possible à de nouveaux commencements;
c'est faire acte de foi; c'est faire nôtre la prière de Saint
François d'Assise: "là où il y a… que je mette...".
Mais la remarque est générale, planter ne suffit pas, il
faut entretenir la plantation.
Bâtir:
la notion de bâtir s'est exprimée au travers des termes de
confiance, d'engagement. Un groupe écrit -. "bâtir, c'est
vivre sa foi!"; un autre dit: "bâtir oblige à se mettre en
mouvement".
Parallèlement à ces réflexions
autour de quatre verbes, chaque groupe (y compris les œuvres et institutions)
a réalisé un panneau pour se présenter, raconter ce
qu'ils vivent et formuler leurs projets ou leurs questionnements.
La rencontre du 25
avril
Le 25 avril, une bonne cinquantaine de personnes
se sont retrouvées pour mener la réflexion autour de cette
question "que nous faut-il déraciner, arracher, planter et bâtir
pour que puisse vivre la Parole lève-toi… et marche!".
La journée a débuté
par un culte dont l'animation liturgique a été assurée
par le conseil presbytéral et la prédication par la pasteur
Francis DIÉNY autour du texte de Jérémie 1, 4-10 (vous
pouvez lire le texte de cette prédication dans la page "Paroles".
Un message qui a interpellé la communauté et qui a placé
la réflexion sous le signe de la Parole de Dieu. C'était
là l'un des objectifs de cette journée, replacer la communauté
autour du centre de toute communauté chrétienne: la Parole.
Deuxième temps fort de cette rencontre:
le verre de l'amitié et le repas, qui ont permit la convivialité
et le partage, chaque participant ayant été chargé
d'amener qui un gâteau, qui une salade, qui du fromage.
Troisième temps, celui de la réflexion
en petits groupes autour de sept questions qui se dégagent de la
lecture de l'appel de Jérémie. Pour chacune de ces questions,
voici quelques unes des réponses, ou pistes de réflexions,
qui ont été formulées.
- Quelle est la mission que Dieu nous donne?
Qu'est-ce que nous avons à arracher? La mission qui nous est confiée
par Dieu est bien sûr celle d'être témoin dans la vie
de tous les jours, ce qui est à la fois simple de principe et difficile
de réalisation, car être le sel de la terre, la lumière
du monde nous demande d'être à l'écoute de l'autre,
voir d'arracher ce qui nous attache stérilement au passé
pour tenir compte, en Église, du changement des modes de vie. Notre
mission peut se formuler en termes d'engagements et de possibles, c'est
à dire avant tout en terme de dynamisme.
- Qu'est-ce que Dieu nous demande de planter?
Les jeunes ont été au centre des réponses données
à cette question car c'est pour eux que nous sommes invités
à planter le message de l'Evangile. Il a aussi été
dit que nous pouvons tous être source de quelque chose, et nous sommes
donc invités à avoir des actes qui soient en conformité
avec nos convictions. Mais ce que nous avons prioritairement à planter
dans ce monde, ce sont la joie et l'espérance.
- Quelles sont les objections que nous formulons
à l'encontre de cette mission? Avec honnêteté et réalisme,
il nous faut reconnaître qu'elles sont multiples: manque de compétences,
pas envie de faire, doute, excès de modestie, peur de s'engager.
C'est plus facile, il est vrai, de rester à l'écart, de ne
pas se mêler au mouvement. Mais une chose apparaît comme une
constante: les objections que nous formulons sont "dans notre tête".
Il nous manque peut-être uniquement la volonté d'aller de
l'avant.
- Quelles sont nos compétences? Le
constat principal que nous avons pu faire est que chacun a des compétences,
mais il faut les solliciter. Mais une autre remarque s'impose: c'est dans
notre foi que l'on doit puiser nos compétences.
- Quelles paroles avons-nous besoin d'entendre?
Ce sont des paroles positives, non des paroles de complaisance mais des
paroles d'encouragement capables de nous secouer, de nous ouvrir les yeux,
de nous faire réagir. Ce sont aussi des paroles qui demandent, qui
interpellent, qui nous permettent de partager nos problèmes.
- Quels sont les obstacles extérieurs
à l'accomplissement de notre mission? L'un des grands obstacles
semblent être le manque de renouvellement, notamment par la jeunesse.
Mais il y a aussi le regard des autres sur notre action et sur nos convictions.
Enfin la solitude ressenti dans l'exercice de la responsabilité.
- Quels sont les signes dont nous avons
besoin que Dieu nous fasse? Bien sûr, on attend toujours un miracle,
mais ce qui semble le plus important, c'est ce qui a été
appelé le clin d'œil de Dieu, c'est à dire les petites choses
de la vie qui nous font croire et espérer. Mais une chose se dégage
avec force: même si ce n'est pas toujours palpable ou descriptible,
quand Dieu fait signe, il me fait signe.
Enfin, quatrième et dernier temps
de la journée, ce fût l'intervention de Francis DIÉNY
qui a, tout au long de la journée, lu les panneaux, écouté
les uns et les autres et qui avait pour mission de restituer à la
paroisse l'image qu'il en avait.
C'est ainsi que des encouragements et des
interpellations nous ont été livrés. Des encouragements
à l'accueil simple et souriant, à l'humour et à la
chaleur fraternelle. Nous sommes, comme chrétiens, serviteurs et
servantes de Jésus-Christ, dans une situation privilégiée,
parce que bien avant que les sciences humaines ne l'ait développé,
nous savons que la relation humaine est une valeur théologique centrale.
Encouragement encore à vivre le culte pleinement et pourquoi pas,
autrement. Autre encouragement à continuer à employer (et
à vivre les mots qui ont retentis à de nombreuses reprises
tout au long des débats: pardon et amour. Encouragement à
la présence et au soutien de la diaconie, parce que celle-ci vérifie
la parole d'amour qui fait le message central de Jésus-Christ. Encouragement
enfin à la démarche de vouloir planter et dresser (selon
deux termes issus de la Réforme) notre paroisse dans ce monde et
dans la Parole.
Des interpellations qu'il nous faudra reprendre.
Notre difficulté ou pudeur à nommer Jésus-Christ;
notre sentiment de l'absence des jeunes alors que le regard extérieur
peut dire: "il y avait des jeunes au culte", ce constat que la vie des
groupes rassemble trois fois plus de personnes que le culte; l'évangélisation
des enfants, l'animation des groupes (on ne devient pas animateur dans
la paroisse pour faire tourner la boutique, mais parce qu'on a décidé
de servir Jésus-Christ); revenir au vécu des choses simples;
à quoi utilisez-vous vos pasteurs? Enfin, dernière interpellation,
celle de la sociologie du territoire paroissial, dont l'étude peut
nous amener à changer notre stratégie paroissiale.
Et maintenant?
Réaliser et vivre une telle journée
de réflexions et de partage n'est pas un but en soi. Ce ne peut
être qu'une étape sur la route d'un témoignage plus
fort et plus vrai, sur le chemin de l'affirmation de nos convictions et
de la vie de l'Evangile.
L'équipe de préparation de
la journée a dégagé quatre pistes de travail - a)
comment atteindre les autres?
b) notre manière de célébrer
le culte et de le vivre
c) la jeunesse paroissiale
d) notre capacité d'accueillir
Le conseil presbytéral s'est saisi
de ces questions et des interpellations reçues, il les a faites
siennes et cela pourrait déboucher sur un projet de paroisse qu'il
appartiendrait alors à chacune et chacun (pas seulement aux conseillers)
de mettre en œuvre et de faire vivre.
Une telle démarche nous a semblé
intéressante et nous ne pouvons qu'inciter les autres paroisses
à ouvrir en leur sein de tels débats, non à l'échelon
du conseil, mais à celui de l'ensemble des paroissiens.
Enfin il nous reste à remercier l'équipe
du Ralliement de nous avoir ouvert les pages du journal pour rendre compte,
témoigner, partager.
Quelques réactions
de participants
Des thèmes de réflexion peut-être
un peu trop "bateaux" et qui auraient gagné à être
plus précis, mais je retiens de cette journée de rencontre
l'ambiance de partage et sa grande convivialité… à refaire!!!
J'ai apprécié le regard extérieur,
positif mais sans complaisance de notre invité et animateur.
Anne DEHESTRU
Une belle journée pour voir un autre
visage de sa paroisse, avec un culte qui m'a remuée et qui nous
a donné envie de se remuer.
Nathalie
Même si nous avons entendu des choses
déjà dîtes ou déjà entendues, pouvoir
les partager en Église, dans un vrai souci d'aller de l'avant, est
stimulant et positif. Se remettre un peu en question, sur fond et base
de la Parole, oser poser les questions et se laisser interpeller, vivre
la louange et le partage, c'est tout l'intérêt de cette rencontre.
À suivre… et à revivre!
En fait, chaque fois (et Jésus le dit ailleurs) que nous voulons nous sauver nous-mêmes, nous nous perdons. Mais quand nous livrons nos vies au service de Jésus-Christ complètement, alors nous nous trouvons et nous vivons. C'est donc en servant Jésus-Christ tout au long de cette journée, que vous verrez l'Église s'épanouir. Et ce que j'en dis là est dans le parallèle direct avec la relation qui se révèle entre Jérémie et Dieu dans tout ce livre du prophète Jérémie, la perspective du service du prophète n'est pas autre chose servir le Dieu vivant va devenir pour lui une sorte d'intimité de tous les jours avec son Dieu, une intimité coûteuse, mais une intimité lumineuse.
En face, les alliances et les sauvegardes que le roi de Jérusalem essaye de mettre en place ne sont qu'illusions. L'alliance militaire avec l'Egypte n'est qu'illusion; la sauvegarde des privilèges des castes qui règnent à Jérusalem, la cour du roi et le Temple, ne sont qu'illusions eux aussi. Il faut donc que nous entendions ce matin que ces travaux engagés doivent être ciblés correctement: nous n'avons qu'une seule ligne: servir Jésus-Christ. Mais j'ajoute aussitôt, que cela suppose dans nos esprits et dans nos cœurs, une conversion ou une reconversion. Servir Dieu, ce n'est pas s'en servir et ce n'est pas non plus se servir. C'est dans nos têtes que nous avons besoin d'arracher et de détruire, et c'est dans nos têtes que nous avons besoin de planter et de rebâtir.
Surtout ne manquez
pas d'air
Je vais ici m'attacher au destin du livre
de Jérémie. Ce livre est étrange.
Quand on s'attache à le travailler,
on s'aperçoit que c'est un livre complètement recomposé
- et voici l'image que j'aime livrer -. Imaginez que vous ayez un livre
dont la reliure ait été arrachée, les pages sont parties
dans le vent, se sont envolées, vous les avez ramassées pêle-mêle
mais vous n'avez pas les numéros des pages. Alors il faut essayer
de refaire ce livre et de retrouver les logiques qui ont présidées
à sa rédaction. Et je vais me resservir de cette recomposition
du livre de Jérémie comme d'une parabole. Parce que la vie
paroissiale est une espèce de livre. Tout ce qui la compose est
une espèce de composition du livre et cela m'amène à
poser une question: allez-vous à votre tour faire la lecture de
votre vie paroissiale pour la recomposer? Etes-vous bien sûr que
la vie paroissiale que vous connaissez telle qu'elle est, soit bien dans
l'ordre? Etes-vous bien sûr d'avoir placé les priorités,
telles qu'elles sont livrées par le message de la Parole de Dieu
et par la volonté de Dieu? Peut-être en fin de journée,
peut-être dans les temps qui viennent, devrez-vous découvrir
de nouvelles priorités qui n'étaient pas celles auxquelles
vous songiez.
Mais cela ne suffit pas parce que ne pas manquer d'air, ce n'est pas simplement découvrir que le Seigneur nous appelle peut-être à d'étranges renouvellements, c'est aussi bien comprendre que vous êtes aux prises, au cours de ce travail que vous avez engagé, entre deux termes qui sont des termes techniques mais qui révèlent quelque chose. Vous êtes entre le prophétisme et l'institution. Bravo à l'équipe du conseil presbytéral qui a animé cette liturgie et qui a déjà dit cela largement au cours de cette liturgie.
Ce livre désordonné est pourtant le livre qui a été conservé dans le canon biblique tel quel, et lorsque les rabbins, les docteurs et les scribes ont commencé à mettre en place le canon biblique qu'on appelle aujourd'hui Ancien Testament chez nous et qui est la bible des Juifs, ils ont tenu à ce livre. Quelle chose étrange!
En effet, quelle chose étrange, parce
que ce livre contient des paroles d'un monsieur qui était rejeté
par Israël et ce sont les paroles d'un rejeté que ceux qui
ont constitué notre Bible ont conservées. Ainsi il faut reconnaître
que nous sommes en présence d'une parole dont le souffle prophétique
va prendre le pas sur les ordres institutionnels. N'ayez donc pas peur
d'arriver jusqu'à démolir des choses qui vous paraissent
fondamentales - quand l'Esprit Saint souffle dans vos cœurs et vos esprits,
il apporte un ordre nouveau dont vous n'avez pas idée.
Si ce souffle du Saint Esprit se met à
tourmenter votre bon ordre paroissial, est-ce que vous allez l'étouffer?
Par exemple, on fait des quantités d'expériences dans les
paroisses, on met en place des groupes et j'ai connu dans mon propre ministère
de pasteur cette sorte de nostalgie par laquelle on voulait s'accrocher
à la survie des groupes. Or, des groupes naissent et des groupes
meurent; des groupes meurent et des groupes naissent. Un groupe paroissial
n'a qu'un temps, fut-il une chorale centenaire. J'ai aussi fait l'expérience
de ce que les groupes de jeunes, il faut les remettre en route tous les
quatre ou cinq ans aujourd'hui. L'important n'est pas de se fixer à
la survie des groupes ou de l'institution, l'important est que les choses
vécues aient du sens et que le sens soit ciblé en Jésus-Christ,
dans l'annonce de l'amour et du pardon de Dieu qui nous engagent sur les
chemins de la réconciliation entre les hommes.
Pour une lucidité
conséquente
C'est ici à la personne de Jérémie
que je m'attache maintenant. C'est tout de même étonnant,
je l'ai dit il y a un instant, que le marginal rejeté soit celui
dont on parle encore quand Hanania, le prophète officiel, reconnu,
établi par la religion d'Israël à Jérusalem,
chasse Jérémie qui n'est pas qualifié, qui est le
menteur pour toute la population et pour le roi. Et Hanania est complètement
oublié aujourd'hui alors que la personne de Jérémie
reste, dans l'interprétation classique des exégètes,
la personne la plus proche de Jésus, dans l'Ancien Testament.
Alors, ne nous passons pas de pommade, ici,
essayons de réfléchir avec honnêteté. La démarche
que vous entreprenez peut faire apparaître des marginaux comme porteurs
de la volonté de Dieu et des officiels comme des empêcheurs
de Dieu. Les scribes et les rabbins ont su le reconnaître après
l'exil, en intégrant Jérémie à leurs traditions.
C'est souvent ainsi: on ne reconnaît qu'après.
Mais la lucidité de Jérémie est là, courageuse, actuelle, exigeante, lucidité de Dieu qui a des conséquences politiques (j'entends ce mot non pas au sens de la politique nationale ou internationale, mais au sens des choix d'organisations et d'institutions qui viennent après que la Parole de Dieu se soit fait entendre à l'intérieur de l'Église). C'est-à-dire qu'elle bouscule les mentalités et les habitudes. À telle enseigne, je cite Jérémie 20, 9, cette plainte de Jérémie qui s'adresse à Dieu en disant: "quand bien même je voudrais me taire parce que je souffre trop ici d'être ton porte-parole, ta Parole ne peut être contenue. Je ne peux pas la retenir, je suis obligé de la transmettre". Cette lucidité provoque un mouvement incontenable, on dirait plus facilement incontournable, par lequel il y a des choses qui ont besoin d'être purifiées et d'autres qui ont besoin d'être vérifiées.
Combien ça coûte?
C'est par rapport au message de Jérémie.
Le message de Jérémie est un message à rebrousse-poil.
C'est tout à fait étrange parce que c'est très proche
déjà du message de Jésus. Dans Jérusalem et
hors de Jérusalem, Jérémie proclame - "capitulez devant
l'armée de Babylone et vous aurez la vie sauve. La volonté
de Dieu, c'est que vous capituliez". Et Jérémie passe pour
un traître. Nabuchodonosor est agent de Dieu pour l'ordre du monde.
Qu'est-ce que c'est que ce païen qui vient, comme ça, au milieu
de nous, comme l'agent de Dieu? Il n'est même pas juif, il n'est
même pas croyant, il n'est même pas du temple! L'Israël
déjà déporté à Babylone est le véritable
Israël, dit Jérémie. Et l'Israël encore à
Jérusalem est un Israël déjà mort! Comment la
population de Jérusalem peut-elle entendre un message pareil sans
flanquer Jérémie en prison?
Et puis vous avez la manif du joug dans les rues. Ainsi Jérémie n'a pas peur de poser des actes dérangeants, des actes qui attirent sur lui humiliation et quolibets. Voici où le bât blesse quand nous voulons écouter la parole de Jérémie. Jérémie est comme Jésus car tous deux répondent à côté des questions que le peuple de Dieu est en train de se poser.
Alors, je pose moi la question: qui est-ce qui marche à côté de ses pompes, pour parler familièrement? Est-ce que c'est Jésus? Est-ce que c'est Jérémie? Ou est-ce que c'est l'Israël du temps de Jésus? Ou est-ce que c'est l'Israël du temps de Jérémie?
Et bien évidemment, dans l'optique de la foi, nous allons répondre que c'est le peuple de Dieu qui marche à côté de ses pompes et que, quand Jésus répond à côté ou que Jérémie parait répondre à côté ou donner un message décalé, c'est en fait la vraie Parole de Dieu qui vient. Mais alors, attention!
Première question qui vient: quelle est l'écoute que vous allez prêter à la Parole de Dieu aujourd'hui? Est-ce que c'est Dieu qui sera à côté de ses pompes dans vos esprits? Ou est-ce que vous vous demandez si vous ne l'êtes pas, vous?
Qu'est-ce qui doit changer maintenant à Guebwiller? Et qu'est-ce qui doit être maintenu maintenant à Guebwiller? Est-ce que vous allez vivre cette journée pour des conclusions velléitaires et sans suite? Est-ce que vous allez laisser surgir l'exigeante prédication du Christ et laisser le Christ vous conduire jusqu'où vous n'osez pas encore aller?
Et j'ouvre alors ici sur une perspective plus large parce que le travail de votre paroisse s'inscrit dans un travail beaucoup plus ample provoqué par l'Église Réformée de France et l'Église Réformée d'Alsace et de Lorraine, la perspective des signes.
Est-ce que l'Église de Guebwiller est signe de Dieu dans cette cité? Les signes de Dieu ne sont pas pour nous, ils sont pour le monde qui est là dehors, de l'autre côté de la porte. Ce sont les signes de Dieu, ce ne sont pas les signes des protestants de Guebwiller, ce ne sont que les signes que Dieu vous fait porter, quoiqu'il vous en coûte, pour que le monde croie au pardon et à l'amour de Dieu.
Est-ce que vos contemporains, est-ce que vos concitoyens de Guebwiller pourront reconnaître que le Christ vit parmi vous, en vous? C'est pourquoi je vous exhorte: n'enterrez pas les vraies questions, surtout si elles vous embarrassent. Elles vont sortir, peut-être, pendant cette journée. Vous saurez, comme Jérémie, que vous n'avez pas les moyens de répondre à ces vraies questions mais vous saurez aussi que le Seigneur, lorsqu'il vous les fait découvrir, provoque en vous le harcèlement lancinant d'une parole qui ne se satisfait pas d'un oui de fauteuil.
Vous recevrez les moyens. Dieu, disait le
vieux Marc BOEGNER, donne ce qu'il ordonne.
Amen.
Entrez dans un monde à décrypter
Le mot "apocalypse" a pris dans la bouche des journalistes et de quelques orateurs le sens d’une catastrophe, en contradiction avec le sens originel. En grec, il signifie «dévoilement», «révélation» ,"découverte de ce qui est caché", comme en photographie le révélateur fait apparaître l'image cachée.
Le but de ce livre de la Bible est de nous faire découvrir la vraie personne du Christ, et de lui apporter louange et admiration.
Dans ce sens, les chapitres 4 et 5 sont une des clefs de lecture de ce livre, une fois qu’on a compris le code symbolique utilisé par l’auteur.
La situation socio-politique (on est vraisemblablement sous le règne de Domitien) a conduit l’auteur, exilé à cause de sa foi (1,9) à s’adresser à des chrétiens en situation de minorité opprimée en employant un code et des allusions compréhensibles par eux seuls. Ainsi le livre est truffé de références à l’ancien testament et utilise sans arrêt la symbolique biblique, en particulier au niveau des nombres.
Le code des couleurs et des nombres
Quatre est le nombre des directions de l’univers
et en tant que tel, le nombre représente une totalité, celle
de l'univers.
Sept est le chiffre de la perfection dans
ce qu’elle représente d’accompli, à l’image de la création
achevée le septième jour.
Vingt-quatre en tant que deux fois douze
rassemble tout ce que l’ancien et le nouveau testament a de représentatif,
entre les douze tribus et les douze apôtres.
Ainsi notre lecture rationnelle doit se faire à l’idée que les nombres n'ont pas forcément dans ce livre une valeur numérique mais d'abord un sens symbolique. Et en lisant les quatre vivants, je dois lire: l’ensemble des vivants où qu’ils soient sur la terre ou dans l’univers.
Au titre des couleurs, nous n’oublierons pas que l’or est la couleur du service liturgique et non celle de la richesse, en lien avec la couverture d’or du temple (1 Rois 6,22 tout le temple était recouvert d’or). Quant au blanc, il est la couleur de la divinité et donc de la résurrection.
Le code de la vision
Le texte de l’apocalypse et son auteur multiplient les affirmations de vision. Cependant il n'oppose pas une vision, qui serait spirituelle, à une réalité matérielle. L'auteur affirme par là sa mission de prophète. En effet, « voir » juste qualifie le prophète qui est appelé à proclamer une parole, celle de celui qui lui donne la capacité de voir. Celui qu'il faut voir et reconnaître, c’est justement le Christ, « tout homme le verra, même ceux qui l’ont transpercé » (1,7). Le prophète voit juste et c’est ce qui le rend capable de dire. On ressent profondément ici l'enracine-ment dans la mission de Jérémie et dans la question: « que vois-tu? ». C’est un des moments forts pour désigner le prophète: il est celui qui voit.
J'eus une autre vision: je vis une porte ouverte dans le ciel. La voix que j'avais entendue me parler auparavant, celle qui résonnait comme une trompette, me dit: "Monte ici, et je te montrerai ce qui doit arriver ensuite." Aussitôt, l'Esprit se saisit de moi.
Vivant dans un monde visuel, nous sommes sans cesse stimuler par un monde d’images. Est-ce pour autant que nous discernons au travers de ces stimuli une parole de vie pour notre monde. «Voir juste» ne peut être encore aujourd'hui qu’une oeuvre du souffle de Dieu.
Refusez un système dominateur
Ce chapitre 4 commence par une affirmation essentielle pour les chrétiens de cette fin de premier siècle. Qui est sur le trône? Est-ce l’empereur avec son cortège de persécutions et son culte-idole ou bien le Seigneur. La réponse est claire: l’assis sur le trône est bien celui vers qui se tourne l’adoration. Encore une question bien actuelle: qui avez-vous assis sur le trône? A qui donnez-vous le droit de dicter votre conduite, l’éducation que vous donnez, l’argent que vous investissez? Les chrétiens de ce premier siècle auraient pu céder à la pression du pouvoir et adorer l’empereur pour avoir la tranquillité. L’apôtre Jean les encourage à croire que, seul, celui qui est assis paisiblement sur le trône est capable d’apporter la paix et de leur permettre de passer les épreuves auxquelles ils sont peut-être déjà confrontés. Car si le contexte de cet écrit est une situation difficile , ce livre apporte aussi la certitude que Dieu n'abandonne personne.
Domaine non réservé …
Le chapitre 4 de l’Apocalypse multiplie les
allusions à l’ancien testament. « Une porte ouverte dans le
ciel » comme dans le rêve de Jacob; «les quatre
vivants » comme dans Ézéchiel; «les éclairs,
le tonnerre, la trompette » comme dans la révélation
à Moïse au Sinaï (Exode 20,18); la proclamation de la
sainteté de Dieu comme en Esaïe (Es 6,3).
Ainsi le chant final du chapitre 4 nous
transporte dans une louange universelle qui prend racine dans la présence
du Dieu créateur et du Dieu révélé aux prophètes.
La doxologie confesse que ce Dieu est bien celui «qui a créé
toutes choses». Cette louange est portée par les êtres
vivants de tout l’univers (les quatre directions) accompagnés des
vingt-quatre anciens. Cette louange n’est donc pas réservée
aux croyants de l’ancien et du nouveau testament, mais ouverte à
tous les vivants qui reconnaissent en Dieu leur créateur (tu as
créé toutes choses et c’est par ta volonté que l’existence
et la vie leur ont été accordées).
Chaque fois que les quatre êtres vivants chantent pour glorifier, honorer et remercier celui qui siège sur le trône, celui qui vit pour toujours, les vingt-quatre anciens s'agenouillent devant celui qui siège sur le trône, ils adorent celui qui vit pour toujours. Ils jettent leurs cou-ronnes devant le trône en disant: "Seigneur, notre Dieu, tu es digne de recevoir la gloire, l'honneur et la puis-sance. Car c'est toi qui as créé toutes choses, elles sont venues à l'existence parce que tu l'as voulu"(4,8-11)
Mais cette louange du créateur ne se confond pas avec l’adoration de la création. Admirer la création est une chose, louer le Dieu vivant pour toujours en est une autre, et les deux ne sont pas identiques.
Et si les couronnes d’or présentaient
cette lou-ange comme un service liturgique, elles sont désormais
inutiles (ils jettent leur couronnes devant le trône) comme pour
dire que la louange doit aussi éclater hors du temple, puisque la
maison de Dieu est désormais l’univers. La louange remplit désormais
chaque minute de la vie du croyant, chaque mètre carré foulé
par ses pieds, chaque particule respirée. Elle ne cesse d'être
louange au Créateur qui vit pour toujours.
L'assurance fragile d'une victoire certaine
La liturgie de l’Apocalypse va s’appuyer sur le Christ ressuscité. Le chapitre 4 célébrait le Dieu vivant créateur, le chapitre 5 célèbre le Dieu vivant ressuscité.
La question initiale du chapitre 4 consistait à se demander qui avait autorité (qui est assis sur le trône?). Le chapitre 5 porte cette question en s’appuyant sur une image prise dans le livre d’Ézéchiel: le rouleau écrit des deux cotés est incompréhensible.
Nul n'était capable, ni dans le ciel, ni sur la terre, ni sous la terre, d'ouvrir le livre et de le lire.5,3
Le plan de Dieu est caché aux hommes. Aucun ne s’avère capable d’en discerner le sens. N'y a-t-il personne qui soit capable de comprendre le plan de Dieu? demande le prophète. L'un des anciens répond: oui, il existe quelqu'un qui apporte la compréhension du plan de Dieu, c'est l'agneau immolé mais debout, souffrant mais victorieux dans son amour pour l'humanité.
Voici: il a remporté la victoire; il ouvrira donc le livre aux sept sceaux." 5,5
La victoire est manifeste: «le descendant de David a remporté la victoire». Cette victoire de l’agneau mis à mort donne la clef du plan de Dieu. Toute théologie, toute compréhension du plan de Dieu passe par la proclamation de cette victoire et par l’agneau immolé mais désormais debout, c'est à dire ressuscité.
Tous chantaient d'une voix forte: "L'Agneau qui a été mis à mort est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse et la force, l'honneur, la gloire et la louange!" J'entendis aussi toutes les créatures dans le ciel, sur la terre, sous la terre et dans la mer - les créatures de l'univers entier- qui chantaient: "A celui qui siège sur le trône et à l'Agneau soient la louange, l'honneur, la gloire et la puissance pour toujours!"5,12
Neuf
A nouveau comme dans la fin du chapitre 4, les vivants et les anciens, auxquels se joignent les envoyés, toute la création se retrouvent pour chanter un cantique nouveau «j'entendis aussi toutes les créatures dans le ciel, sur la terre, sous la terre et dans la mer-les créatures de l'univers entier- qui chantaient». En deux chapitres l'auteur a assis les raisons de faire confiance en Dieu dans un monde troublé, Dieu est créateur et libérateur.
Les quatre êtres vivants et les vingt-quatre anciens s'agenouillèrent devant l'Agneau. Chacun d'eux avait une harpe et des coupes d'or pleines d'encens, qui sont les prières du peuple de Dieu. Ils chantaient un chant nouveau (Apocalypse 5,8-9)
C’est un cantique nouveau, non en raison du rythme, du nombre de choristes ou de l'harmonisation mais parce que tout ce qui vient de Dieu ne peut être que nouveau. Rien n'est jamais usé.
Dieu ne refait pas, il crée toujours du neuf.
