Montagnes et collines…

A l'heure des vacances, beaucoup iront en montagne pour le sport ou le dépaysement. Toutes les grandes cultures ont utilisé les montagnes, mi-chemin du ciel, dans leurs représentations religieuses du monde. De la pyramide du soleil à Moche à celles de Gizeh, des flèches de nos cathédrales aux ziggourats de Mésopotamie, tous les continents portent des traces de cet imaginaire. De Berchtesgaden à Montségur, bien des pics rocheux ont abrité le dernier bastion de l'orgueil ou de la démesure des hommes. Quelles images montagnes et collines ont-elles dans la Bible?


Le refuge de la vie

Aucune montagne n'est citée dans la Bible avant le récit du déluge et la première image que nous avons est celle des cimes disparaissant sous les eaux, marquant par là l'extinction de toute vie (Gn 7/19s). La tradition de Gen 8/4 veut que ce soit sur le mont Ararat que se soit posée l'arche de Noé après le déluge. C'est donc là que fut bâti le premier autel, c'est au sommet d'une montagne qu'un animal de chaque espèce pure scella l'alliance entre Dieu et la nouvelle humanité, que l'homme reçut promesse de subsister (8/20-22). C'est aussi par un sacrifice que commence l'histoire de Moriya (Gn 22/2), lorsque Dieu substitue pour Abraham un bélier à son fils Isaac. Il n'y aura plus jamais d'homme sacrifié pour faire plaisir à Dieu et cette colline va devenir selon le livre des Chroniques (II Chr 3/1) le lieu du Temple de Salomon à l'endroit même où Dieu fit cesser l'épidémie de peste provoquée par la vanité de David (I R 24 / I Chr 21). Toute la tradition de l'époque royale voit dans Jérusalem, la colline de Sion, un endroit central pour la vie et le culte. Que l'on se souvienne simplement des cantiques des montées (Ps 121, 125,…). De la fin du livre d'Ezechiel (Ez 40/2) à l'Apocalypse (Ap 21/10) la nouvelle ville sainte, le lieu de la présence de Dieu parmi les hommes sera toujours associé à une montagne.

Le haut lieu

Les israëlites n'ont pas été les seuls à penser que la montagne puisse permettre d'être plus près des dieux, les cananéens avaient fait de nombreux endroits en hauteur des lieux de culte. A diverses reprises, la loi de Moïse fait interdiction formelle au peuple d'y adorer une quelconque divinité (Nb 33/52, Lv 26/30, Dt 12/2). Il y eut pourtant des cultes idolâtres rendus sous la royauté (I R 12/32 par.) provoquant la colère de Dieu (Jr 17/3, 23/24, Ez 6/3ss). C'est aussi dans cette perspective que l'on peut comprendre la tentation du Christ qui doit prouver sa fidélité au seul Dieu des pères tant au sommet de la montagne artificielle consacrée à Dieu qu'est le temple qu'au sommet d'une montagne inconnue d'où la vue embrasse l'univers (Mtt 4 / Lc 4).

Le lieu de rencontre

Quand Dieu choisit la montagne, elle perd son ambiguïté. C'est le cas de l'Horeb, la montagne de Dieu au Sinaï, sur laquelle Dieu se révèle à Moïse (Ex 3). Dieu en fait une terre sainte qu'il est interdit de fouler sous peine de mise de mise à mort (Ex 19). Obligé de se déchausser, Moïse atteste qu'il ne peut être le propriétaire, le maître, de la terre sur laquelle Dieu règne. A l'autre extrémité de l'Exode (Dt 34), c'est sur le mont Nebo que Dieu montre à Moïse la Terre Promise. Mieux, Il l'y enterre, lui témoignant une sollicitude qui n'a d'équivalent que le salut de l'humanité à venir lors de la fermeture de l'arche (Gn 7/16). Ce sont deux monts, Ebal & Garizim, de part et d'autre de Sichem, la ville des commencements (Gn 12/6, Jos 24, Jg 9/6, I R 12), la ville refuge (Lev 20/7), que les prescriptions de Dt 27 désignent comme lieu de proclamation des bénédictions et malédictions de Dieu. A deux reprises Josué y fera alliance avec le peuple, avant et après la conquête (Jos 8, 24).

Le Messie

Il n'est guère surprenant dans ce contexte que les montagnes soient témoins de la venue du Messie. En Esaïe 40, le livre de la consolation d'Israël commence par le nivellement des terres. A la venue du messie il n'y aura plus de sacré distinct du profane, plus de lieu qui échappe au retour du Seigneur parmi les siens. De manière proche, en 55/12, les montagnes éclatent de joie pour célébrer le salut de Dieu. C'est aussi sur une montagne qu'a lieu la transfiguration (Mtt 17 par.) qui renouvelle la démonstration du baptême (Mtt 3).

Le règne de Dieu

Peut-être pourrait-on parler ici de la victoire d'Elie sur les prophètes idolâtres au mont Carmel (I R 18) mais il nous faudrait alors rappeler combien le prophète avait outrepassé sa mission ne devant son salut qu'à la miséricorde de Dieu et au prix d'une grosse déprime (I R 19). Plus sérieusement, comme son nom l'indique, le sermon de Jésus contenant les béatitudes, le sens profond de la loi et les bases d'une vie de piété fut, à l'instar de la Loi, proclamé sur une hauteur. Les temps essentiels de la Passion eurent aussi lieu dans des emplacements surélevés: Monts des Oliviers, Golgotha. Le rendez-vous du ressuscité, là où les disciples furent envoyés comme apôtres, fut une colline de Galilée (Matt 28/16ss).

Alors, que les montagnes et collines de nos vacances soient pour nous, comme celles qui surplombaient Rephidim (Gen 17/8ss), afin de voir s'accomplir par notre persévérance (à l'image de celle de Moïse, Aaron et Hur) la promesse de Dieu. Ou bien qu'elles soient, comme celles de Bamoth-Baal (littéralement "hauteurs de Baal" Nb 22/41ss), le lieu du triomphe de Dieu qui défait ses ennemis et contemple avec joie la prospérité de ses enfants. Ou bien simplement un lieu où nous tenir à l'écart pour nous ressourcer à l'image de Jésus en prière (Lc 6/12).

Michel Cordier, pasteur de Dornach
paru dans  
d'été 1999