de janvier 2002

Le cri de notre espérance

Éditorial, Janine Hagvence

Les éclaireuses et éclaireurs unionistes de France… et de Mulhouse, Rémy Bouchard

Compte rendu de la conférence de Claude GEFFRÉ: "Le défi du pluralisme religieux", Jeanine Kohler

La pluralité des religions
L'universalité du Christ
Christianisme et islam
Étude biblique
Ésaïe 12, 1-6, Ma force et mon chant, c’est le Seigneur, Anne Trosino

Le dossier: Unité – Œcuménisme – Dialogue inter-religieux



Éditorial
 
Seigneur
Quand la désolation nous ravage
Quand la honte est notre tourment
Comment dire encor maintenant
Que l'homme est fait à Ton image

Quelle image Ô Dieu d'amour?
Quand même dès l'enfance
Se lèvent des soldats d'un jour
Au nom de toutes les vengeances

Quelle image de cruauté!
Et parmi la multitude
Quelle image de solitude
Pour l'homme désespéré

Oui Seigneur nous le savons
Le Christ aussi est torturé
le Christ aussi est massacré
Craignant aussi ton abandon

- Et le Christ est à ton image -
Il nous reste alors le silence
Pour te dire notre naufrage
Et le cri de notre espérance

Janine HAGVENCE


Les éclaireuses et éclaireurs unionistes de France… et de Mulhouse

Eh oui! Même s'ils sont de plus en plus rare et qu'ils se montrent de moins en moins, les éclaireurs unionistes existent encore bel et bien. À Mulhouse, malgré nos difficultés pour "attirer" de nouveaux participants, les activités unionistes continuent…

Le mouvement

Bénéficiant de près d'un siècle d'expérience, le scoutisme est aujourd'hui le plus grand mouvement de jeunesse mondial présent sur les cinq continents.
Le mouvement des éclaireuses et éclaireurs unionistes de France, fondé en 1911, est membre du scoutisme français, organisation reconnue par les instances internationales du scoutisme par le ministère de la jeunesse et des sports et reconnue d'utilité publique.

Méthode d'éducation complémentaire de la famille et de l'école, le scoutisme s'adresse à tous. S'appuyant sur l'éducation des uns par les autres, il offre à chaque enfant, adolescent et adulte la possibilité de se découvrir dans chacune de ses dimensions: son corps, sa personnalité, son sens pratique, sa relation aux autres, sa spiritualité.
Mise en œuvre par des jeunes dynamiques et bénévoles, en partenariat avec les parents, cette méthode éducative est fondé sur la vie de groupe et l'éducation par l'action.

Les éclaireuses et éclaireurs unionistes ont alors choisi un découpage en 3 tranches d'âge qui favorise la prise en charge dans chaque tranche, des plus jeunes  par les plus âgés; ainsi que la mixité à tous les âges qui permet aux filles et garçons d'apprendre à vivre ensemble dans l'épanouissement et le respect mutuel.
Les éclaireurs unionistes est un mouvement d'inspiration chrétienne et protestante. Cette inspiration repose sur la conviction que la rencontre avec Jésus-Christ contribue à trouver un sens à sa vie. Proches des Églises, nous souhaitons favoriser la possibilité de cette rencontre par la découverte de la Bible et le témoignage de ceux qui croient en son message. Nous voulons vivre et faire vivre la richesse d'un partage le plus large possible, dans le respect des convictions de chacun. Le mouvement est donc ouvert à tous, sans condition de croyance ou appartenance religieuse.

De 8 à 12 ans: les louveteaux

Jouer à être des tziganes ou des chevaliers, apprendre à maîtriser un vélo, construire un bateau… afin de grandir et de découvrir le monde qui nous entoure en s'amusant. Les activités des louvettes et louveteaux s'organisent autour du jeu de la découverte. En faisant largement appel à l'imagination, les louvettes et louveteaux vont choisir et vivre une aventure, construire autour d'une "histoire à vivre."

En août dernier, les louveteaux de Mulhouse sont partis deux semaines camper en Bretagne. Nous avons pu alors repousser l'invasion romaine qui menaçait notre village gaulois, sans pour autant oublier de s'adonner à la pratique de l'optimiste et de découvrir la région bretonne.
Cette année, les louveteaux ont décidé de vivre au temps de l'Egypte ancienne: la reine Nefertiti attend avec impatience les louveteaux qui ont mission d'animer le banquet de la Reine… spectacle de cirque et de magie au programme!!!

De 12 à 16 ans: les éclaireurs

Au sein d'une équipe de 6 à 8 adolescents, chaque éclaireuse et éclaireur est appelé à prendre des responsabilités pour réussir le projet et animer la vie de l'équipe. Ambitieux et concret, le projet d'équipe s'inscrit dans celui de l'unité. Fabriquer des radeaux pour descendre une rivière, organiser une course de 24 heures à vélo, monter un spectacle de cirque ambulant... Chaque équipe sait ce qu'elle a à faire. À chaque unité, à chaque camp son projet pour mieux maîtriser le monde tout en sortant des sentiers battus.
Après un super camp de 3 semaines en Corrèze, à jouer au troubadour et s'initier aux pratiques du cirques et de l'animation de rue, les éclaireurs de Mulhouse sont prêts à repartir la tête pleine d'idée.

À Mulhouse, chaque année, un nouveau projet est mis en place ayant pour objectifs de rendre l'adolescent sensible aux aléas de la vie, de lui faire découvrir de nouvelles facettes du jeu et de lui donner un sens de la responsabilité et de l'autonomie. Cette année sera consacrée à l'œuvre humanitaire et caritative. Il s'agit en effet de sensibiliser les éclaireurs du partage et à la solidarité et d'établir des liens, directs ou indirects, entre la jeunesse et l'exclusion entre adolescents et des plus démunis… sans oublier la joie et l'amusement!

De 16 à 19 ans: les aînés (BAU)

En choisissant une action d'envergure, les aînés déterminent le sens de leur engagement et partent au contact du monde adulte. L'équipe de 6 à 8 aînés, guidée par un répondant adulte, entreprend: randonnée découverte, action humanitaire, reportage, découverte d'une autre culture ou action dans leur ville… À eux de choisir leur pari, de s'organiser, de vivre leur engagement, pour devenir responsables, autonomes et solidaires.

À Mulhouse, deux équipes d'aînés cohabitent avec des projets d'envergure: l'équipe des "BAU 2000", composé de James, Harmonie et Estelle, a un projet qui part d'une base toute simple: l'entraide. C'est comme ça qu'ils ont décidé de partir à Madagascar pour un projet d'aide au développement qui s'est déroulé du 24 juillet au 23 août dernier. Ils sont partis à 5, ont passé 18 jours dans la capitale Tananarive où ils ont aidé à monter un CDI (vente de documentation) au dispensaire F.J.U.M. d’Analamonisty. Ce projet est un jumelage avec une équipe de 7 aînés du scoutisme Malgache, ce qui leur a permis un échange très chaleureux avec des gens de là-bas.  Actuellement, ils en sont à la moitié de leur projet qui se terminera après le venue des malgaches en France en juillet 2002. Il leur reste à trouver des fonds pour payer le voyage des malgaches.
Les BAU organisent dans les prochains temps un petit gala pour présenter leur action à tous ceux qui les ont aidés ou soutenus.

L’équipe des "BAU 2001" est toute fraîche, et est composé de 7 jeunes. Leur projet est de partir en Thaïlande à partir du 20 décembre 2002, pour un Jamboree, rassemblement mondial du scoutisme. Ce sera l’occasion de rencontrer des scouts du monde entier afin de partager les différentes cultures, et de connaître les différents mouvements du scoutisme à travers le monde. Leur reste alors à récolter les fonds pour financer leur voyage.
Des BAU de Mulhouse étaient déjà partis au Jamboree au Chili en 1998/99. Ils leur ont fait part de leur expérience qui les a enrichis et c’est à leur tour aujourd’hui de suivre leurs traces.
Les BAU 2001 cherchent d’ailleurs une personne, un répondant, pour encadrer leur voyage… Avis aux amateurs.

À partir de 17 ans: les responsables

Être responsable aux éclaireurs unionistes, c’est faire preuve d’originalité et d’esprit d’initiative: élaborer des projets en groupe, organiser les activités.
Plus encore, c’est travailler en équipe avec d’autres jeunes bénévoles pour être à l’écoute des enfants et les guider dans leur développement.
Les éclaireurs unionistes exigent de leurs responsables la participation à des formations âgées par le ministère de la jeunesse et des sports (BAFA, licence de camp, BAFD).
Voilà alors une brève présentation du mouvement et des activités se déroulant à Mulhouse. Afin que nos activités soient plus conséquentes et le partage de bonne humeur et expérience soit plus grand, nous accueillerons avec grande joie les volontaires à l’aventure unioniste: futures louveteaux, futurs éclaireuses, futurs éclaireurs, et même futurs responsables!!
Nous nous rassemblons environ tous les quinze jours et partons en week-end à peu près avant chaque vacances… et un camp en été.
Nous vous attendons…

Être éclaireuse ou éclaireur unioniste, c’est mettre en commun ses expériences et ses espérances pour entreprendre et construire au quotidien.

Contacts pour tous renseignements:
Local EEUDF, 10 rue Saint-Jean 68100 Mulhouse –03.89.56.45.68
Pour les louveteaux:
Rémi BOUCHARD, 3b rue des Mésanges 68100 Mulhouse –03.89.56.44.84
Pour les éclaireurs:
Julie KAUFFMANN,  2 rue Louis Pasteur 68100 Mulhouse –03.89.66.01.82
Pour les BAU, projet Madagascar :
Estelle BOURGUET, 11 rue Flora 68100 Mulhouse –03.89.46.10.79
Pour les BAU, projet Jamboree Thaïlande:
Marine SCHOEFFLER, 17 rue de la Marne 68400 Riedisheim –03.89.65.35.99
Pour tout le groupe local de Mulhouse:
M. Marc RITZENTHALER, 3 rue des Perdrix 68720 ZILLISHEIM –03.89.61.14.18



Compte rendu de la conférence de Claude GEFFRÉ

Le défi du pluralisme religieux

Est-il inévitable que les religions se concurrencent et divisent l'humanité au nom des vérités qu'elles prétendent détenir, ou faut-il se résoudre à l'idée qu'aucune croyance ne mérite de crédit particulier et que toutes les religions se valent? Le pluralisme religieux, qui semble désormais insurmontable, représente-t-il pour le chrétien un scandale qui ébranle sa foi, ou un motif d'espérance qui élargit cette foi aux dimensions de l'histoire et du monde?
Tandis que l'homme s'est doté de formidables moyens pour intervenir sur son destin et sur l'avenir de la planète, les urgences concrètes amènent les religions à reconnaître leur vocation à travailler ensemble pour humaniser le monde. Instaurer une coexistence juste et pacifique entre les hommes et préserver la planète terre qui est la maison commune de l'humanité apparaît maintenant prioritaire. Pour servir ces causes, il est inutile d'attendre une utopique unification des doctrines et des institutions religieuses, car ce n'est que dans le respect de la diversité des communautés humaines, de leurs cultures et de leurs religions, que cela pourra se faire. Mais comment penser théologiquement, du point de vue chrétien, cet œcuménisme inédit qu'appellent le dialogue et la coopération entre les religions?

La pluralité des religions

Pendant deux millénaires, les religions non chrétiennes ont plutôt été considérées comme une expression des puissances du mal, et comme un obstacle majeur à la conversion de l'humanité au christianisme tenu pour être la seule religion vraie. Certes, plusieurs Pères de l'Église ont loué, comme saint Paul dans son discours devant l'aréopage d'Athènes, la "sagesse des nations" véhiculée par la philosophie grecque, y découvrant des reflets de vérité émanant du Verbe de Dieu; mais en général, les croyances dites païennes ont été assimilées à des idolâtries et condamnées sans appel. C'est donc en toute logique que les missionnaires chrétiens ont été chargés de combattre les autres religions pour leur substituer le christianisme. Toutefois, la vitalité persistante de ces religions et les connaissances nouvelles acquises à leur sujet obligent à s'interroger. Peut-on raisonnablement imputer la pluralité religieuse à l'échec des missionnaires durant vingt siècles ou à l'aveuglement des hommes depuis l'origine de l'humanité? Doit-on déclarer illusoires toutes les espérances religieuses nées hors du christianisme? Ou faut-il interpréter le pluralisme comme relevant d'un mystérieux dessein de Dieu?

Le mythe de la tour de Babel rapporte que Dieu a infligé aux hommes la prolifération des langues et la dispersion géographique pour les punir d'avoir projeté de concurrencer le ciel. Mais ce récit peut être interprété autrement: ne fallait-il pas que l'humanité se diversifie pour se développer et s'épanouir? Les premières pages de la Bible enseignent que Dieu a créé un monde multiple où l'homme est d'emblée exposé à l'altérité et voué aux relations, et la tradition judaïque montre continûment que Dieu n'est pas un être solitaire replié sur sa propre perfection. À l'aube du christianisme, la Pentecôte dissipe définitivement la confusion survenue à Babel, en offrant aux hommes la possibilité d'entendre l'annonce de la vérité et du salut de Dieu dans les langues de toutes les nations. Puis, au cours des décennies qui suivent, les chrétiens comprennent peu à peu que le Dieu unique s'est révélé trinitaire, relation d'amour en lui-même, et relation d'amour avec le monde où chaque existence relève de Lui. Dans cette perspective, la multiplicité des cultures et des religions qui en sont issues n'est plus une malédiction, mais au contraire une bénédiction de Dieu en tant que profusion de vie et promesse de partage.

Ce n'est pas seulement chaque personne qui peut, indépendamment de son appartenance religieuse, rayonner une part de vérité et de sainteté qui vient de Dieu, mais c'est chaque religion en tant que telle - y compris, éventuellement, dans ce qu'elle a de plus particulier et de plus irréductible au christianisme. En rejetant les représentations trop anthropomorphiques qui caricaturent Dieu, même les religions sans Dieu personnel peuvent exprimer des vérités essentielles sur Celui que diverses traditions religieuses nomment le Tout Autre. C'est donc bien à la faveur de leur religion et non pas en dépit d'elle, que les non chrétiens peuvent s'approcher de Dieu et en témoigner. Et les vérités transmises par les autres religions sont d'autant plus précieuses qu'elles n'ont pas été explicitées par la religion chrétienne et ne le seront peut-être jamais. Au delà des christianismes historiques, le Royaume de Dieu rassemblera tous les hommes qui, depuis les origines, cherchent Dieu sous des appellations diverses ou se laissent rejoindre par Lui d'une façon ou d'une autre, car Dieu ne fait pas plus acception de religion que de race ou de culture.

L'universalité du Christ

Aussi essentielle que soit cette vision élargie du Royaume de Dieu, elle n'oblige pas le chrétien à considérer toutes les vérités professées par les autres religions, ni même toutes les doctrines chrétiennes, comme ayant à ses yeux la même signification et la même valeur. En tant que vérités particulières, elles ne reflètent que partiellement la plénitude de vérité qui est en Dieu, et qui est toujours à chercher. Dans les faits, chaque religion relève de l'univers culturel où elle est enracinée: l'expérience de Dieu qu'elle permet est nécessairement liée aux contingences de l'histoire et ne peut s'exprimer que dans un langage déterminé; de plus, l'expérience de tout homme est conditionnée par les événements marquants de son propre itinéraire. Si toutes les vérités religieuses méritent d'être respectées pour la part de lumière qu'elles portent en elles, il est légitime que chaque croyant les apprécie à l'aune de sa foi personnelle.

Ainsi, la vérité chrétienne apparaît au croyant qui la reçoit comme une révélation irremplaçable et définitive sur les mystères de Dieu et du monde: de son point de vue, rien ne peut dépasser la révélation de Dieu comme Amour telle qu'elle s'est réalisée en Jésus-Christ. Le chrétien croit que Dieu s'est dépouillé de toute puissance et de toute gloire pour devenir homme, et que c'est en subissant la plus ignominieuse des morts humaines qu'Il a manifesté la nature de sa relation à l'humanité. Telle est pour le chrétien l'ultime vérité qui, au terme de l'histoire, assumera dans la clarté de la résurrection du Christ toutes les parts de vérité qui auront éclairé les hommes. Mais ces convictions universalistes n'autorisent aucune visée totalitaire ou hégémonique.

Personne, en effet, ne peut s'approprier le Christ, trop communément assimilé à la religion qui se réclame de lui au lieu d'être d'abord perçu comme une identification de Dieu. Son universalité dépasse les christianismes passés, présents et à venir comme elle dépasse les autres religions, car aucune Église historique ne possède la plénitude divine. Concrètement, Dieu ne peut se rendre présent à l'homme qu'à travers la condition humaine: seule l'incarnation dans un réel particulier et relatif peut mener à l'universel et à l'absolu. De même que Jésus de Nazareth n'a été, en tant qu'homme, qu'un être particulier qui ne pouvait réaliser en lui tous les possibles de l'humain, de même le christianisme historique ne peut-il être qu'une religion particulière qui ne saurait réaliser l'ensemble des potentialités religieuses de l'humanité. Le Dieu qui s'est rendu présent en Jésus peut aussi se manifester autrement et ailleurs. Mais le chrétien croit que l'homme particulier mis à mort sur le Golgotha a été ressuscité comme Christ universel par le Dieu qui l'habitait, et c'est à ce titre seulement que le christianisme peut proclamer la médiation universelle du Christ, tout en reconnaissant à la fois ses propres limites en tant que religion et la raison d'être des autres religions. Celles-ci sont également porteuses de vérités et de valeurs que l'on peut qualifier de christiques, même si elles sont totalement étrangères au christianisme de l'histoire et ne sauraient être revendiquées par lui. L'Esprit de Dieu ignore les frontières pour être présent partout et faire vivre toute chose, mais l'homme ne peut le recevoir que sur la terre et dans la culture qui sont les siennes.

Ces perspectives ne sont pas exemptes de paradoxes et rappellent ces paroles de l'apôtre Paul: "Tandis que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse, nous, nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais puissance et sagesse de Dieu" (1 Co 1, 23-24). D'après Claude GEFFRÉ, l'intelligence de la foi chrétienne et sa mise en pratique passent nécessairement par la croix: "Jusque dans sa forme, avec ces deux barres qui se croisent comme la transcendance divine recoupe l'horizon humain, la croix est le symbole d'une universalité qui est liée au sacrifice des particularités. Rejoindre le Christ exige de renoncer à tout christiano-centrisme et de reconnaître que Dieu est au delà des religions. Et, de même que toute expérience religieuse profonde éprouve l'absence de Dieu, de même toute pratique chrétienne conséquente implique-t-elle la conscience d'un manque par rapport aux pratiques des autres religions: le Christ est à la dimension du mystère de Dieu, infiniment plus grand que toutes les religions. L'histoire humaine est toute entière, pour tous les peuples et tous les hommes, une histoire de salut."

Christianisme et islam

Pour conclure cette exigeante réflexion théologique par des perspectives plus immédiates relatives à la mondialisation en cours, Claude GEFFRÉ a esquissé comment pourrait se développer, après des siècles d'une meurtrière rivalité, une coopération entre les monothéismes chrétien et musulman. Si la divinité de Jésus-Christ semble, entre autres, constituer au plan doctrinal une pierre d'achoppement infranchissable, la foi commune en un Dieu créateur pourrait conduire ces deux religions à témoigner ensemble de la transcendance de la personne humaine face à l'immanence des sagesses de l'Orient et au cynisme des idéologies dominantes en Occident.

L'exaltation du désir sauvage, les sacralisations intempestives prônées par de multiples néopaganismes et le culte de l'argent qui transforme l'homme en marchandise sont autant d'idolâtries qui se retournent contre l'humanité en même temps qu'elles nient Dieu. En proclamant que la vie est sacrée et doit pouvoir s'épanouir dans la justice et la paix, le christianisme et l'islam disent que leur foi en Dieu s'accompagne d'une véritable foi en l'homme, et annoncent un humanisme que toute personne de bonne volonté devrait pouvoir partager.

 

Jacqueline KOHLER
Coordinatrice des conférences Culture et Christianisme
Conférence Culture et Christianisme, à la Halle au blé d'Altkirch, le 16 novembre 2001.

 
 



Étude biblique: Ésaïe 12, 1-6
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur
 
1 Tu diras, ce jour-là :
Je te rends grâces, Seigneur, car tu étais en colère contre moi, mais ta colère s’apaise et tu me consoles.
2 Voici mon Dieu Sauveur, j’ai confiance et je ne tremble plus, car ma force et mon chant, c’est le Seigneur ! Il a été pour moi le salut.
3 Vous puiserez de l’eau avec joie aux sources du salut
4 et vous direz ce jour-là :
rendez grâce au Seigneur, proclamez son nom, publiez parmi les peuples ses œuvres, redites que son nom est sublime.
5 Chantez le Seigneur, car il a agi avec magnificence : qu’on le publie par toute la terre.
6 Pousse des cris de joie et d’allégresse, toi qui habites Sion, car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !
Ésaïe 12 v 1 à 6 (traduction T.O.B.)


Notes de lectures et remarques :
 

Esaïe : les renseignements sur le prophète sont morcelés et fragmentaires. Nous savons qu’il est originaire de Judée, près de Jérusalem. Il a vécu à la fin du huitième siècle avant Jésus-Christ, entre 740 et 700 av. JC, dans une époque riche en événements, pour la plupart tragiques pour Israël et Juda qui traversent un temps de crise au cours duquel leur existence même et leur identité sont mises à l’épreuve. L’empire assyrien est en pleine expansion et s’étend irrésistiblement vers l’ouest. Au nord, le royaume d’Israël succombe sous la poussée assyrienne en 722 av. JC, et au sud, la survie du royaume de Juda n’est qu’un sursis. Conscient du danger sans encourager pour autant une coalition des royaumes de Damas et de Samarie vers la résistance anti-assyrienne à l’efficacité de laquelle il ne croit pas, Esaïe appelle à dresser la seule barrière efficace, celle de la foi, mais il n’est pas entendu.

v 3 : les sources du salut. D’après la Mishnah, évocation d’un rite lors de la fête des tentes, à propos de la procession des eaux. L’eau puisée à la source de Siloé est amenée au parvis du Temple, où un prêtre prononce les paroles d’Esaïe 12 v3 et la mélange au vin préparé pour le sacrifice, dans un rite destiné à assurer la pluie de l’année. Dans le culte, l’eau avait un rôle multiple pour toujours exprimer ou favoriser la vie. En hébreu, le mot salut a la même racine que les noms d’Esaïe et de Jésus.

v 6 : Sion : nom cananéen de la forteresse de Jérusalem sur un piton rocheux près de Cédron. Etendu à toute la ville, il désigne en particulier le mont du Temple.

v 6 : Le Saint d’Israël : expression fréquente dans le livre d’Esaïe pour désigner Dieu. La sainteté de Dieu est son absolue altérité. Dieu est au sens fort inimaginable, radicalement autre et cette caractéristique engendre le plus souvent de la crainte. Est saint ce qui est séparé, réservé, consacré pour Dieu. La sainteté de Dieu entraîne et exige celle du peuple, sa fidélité.

Le mot d’ordre pour cette nouvelle année, « Voici mon Dieu Sauveur, j’ai confiance et je ne tremble plus » est extrait d’un petit chapitre du livre du prophète Esaïe, le chapitre 12. Il s’agit d’un des chapitres les plus anciens et les plus courts, en fait constitué de deux petits psaumes qui appellent à la louange. Tout le chapitre pourrait se résumer en un seul mot : le Seigneur, Yahveh.

Jugement…
 

Les chapitres qui précèdent recèlent de nombreux oracles : des oracles de jugement, condamnant la soif de puissance et de richesses d’une petite élite qui écrase les plus faibles, annonçant la colère de Dieu et le châtiment des individus comme du peuple dans son ensemble ; mais aussi des oracles de délivrance et de libération, annonçant la promesse d’un avenir restauré, l’aube d’un règne de paix. Ces oracles débouchent sur le chant de louange d’Esaïe 12 qui forme une sorte de conclusion pour l’ensemble.
Esaïe s’adresse aux gouvernants de Jérusalem et leur dit en substance : Ne faites pas alliance avec les grandes puissances étrangères. Osez entreprendre des réformes internes pour assurer la justice sociale et ainsi retrouver un culte authentique. Sinon l’entêtement du roi et de ses conseillers conduira le peuple à la catastrophe et à l’exil. C’est le jugement, l’annonce de la catastrophe, de l’exil.


… et espérance
 

Mais le prophète ouvre aussi un avenir fait d’espoir : le jugement n’est pas le dernier mot de Dieu. Dieu n’abandonne pas son peuple. Il est déjà intervenu dans le passé pour délivrer son peuple. Il interviendra encore pour sauver son peuple. La mention du salut répétée à deux reprises le souligne bien. Dans les chapitres précédents, Esaïe a annoncé qu’un enfant viendra (Es 9 v 1 à 5 et 11 v 1 à 5), être faible par excellence. Sa faiblesse même garantira la paix et la sécurité, elle révélera la grandeur de Dieu, la grandeur de son amour pour tous les peuples de la terre. Les oracles de jugement aboutissent à l’annonce, chapitre 11, d’une délivrance qui sera semblable à la sortie d’Egypte. Ce n’est donc pas un hasard si le psaume d’Esaïe 12 reprend le cantique de Moïse après la sortie d’Egypte et la traversée de la Mer des Joncs dans l’Exode : « Je veux chanter le Seigneur, il a fait un coup d’éclat. Cheval et cavalier à la mer il les jeta. Ma force et mon chant, c’est le Seigneur. Il a été pour moi le salut. C’est lui mon Dieu, je le louerai, le Dieu de mon père, je l’exalterai » (Ex 15 v 1+2).


Pas sérieux ?
 

Si Dieu a été en colère, et dans l’esprit d’Esaïe cette colère était méritée individuellement et collectivement, il ne s’est pas arrêté à cette colère. Dieu est revenu de sa colère et a fait triompher la grâce et le pardon. Et cela, non pas pour une durée limitée dans le temps, non pas provisoirement, comme une sorte de sursis avec mise à l’épreuve, mais de manière définitive, dans un avenir plus grand que le passé.
Dieu a fait autrefois de grandes choses et continue à faire de grandes choses, et la plus grande, c’est la mise au large, la libération, le salut. Dieu favorise la vie, il est la source de la vie et du salut.
C’est pourquoi, en dépit et malgré les épreuves traversées et celles qui s’annoncent, Esaïe rayonne d’une joie intense. C’est pourquoi le peuple n’a pas d’autre mission que d’annoncer, à la suite d’Esaïe, le Dieu Saint qui a fait de son peuple un peuple saint, et comme le dira un texte très proche de celui-ci, « la lumière des nations » (Esaïe 49 v 6). C’est pourquoi, nous aussi, nous n’avons pas d’autre mission que d’annoncer ce Dieu saint qui reste fidèle à ses enfants, qui donne la vie et qui nous invite, comme Esaïe, à communiquer et à favoriser à notre tour cette vie et cet amour qu’il nous donne. Nous n’avons pas d’autre mission que de faire rayonner autour de nous la joie de Dieu. Même si c’est difficile, même si cela ne semble pas très sérieux.
Car, est-il bien sérieux, ce Dieu, ce Seigneur, quand il envoie vers ce monde un enfant pour le sauver ?
Quand il prend le parti des faibles ?
Quand il montre sa force sur le bois de la croix ?
Quand il affirme la victoire de la vie sur la mort ?
Est-il bien sérieux le Seigneur quand il exprime sa force dans la faiblesse de l’amour ?

Et nous, sommes-nous bien sérieux quand toi, Seigneur, tu nous ordonnes d’aimer ?
Quand tu nous conduis à croire ?
Quand tu nous ouvres à l’espérance ?
Quand tu nous emplis d’une joie communicative ?

Anne TROSINO


Le dossier: l'unité des chrétiens

«Pourquoi rester Protestant…»
 

Faire un exposé de motivations profondes capables de susciter un intérêt pour le protestantisme, n’est-ce pas à un protestant, et non à moi, de le faire? Je ne me sens pas compétent pour en dresser le tableau…

Mais, à la réflexion, comme l’œcuménisme est une de mes passions, j’accepte de me mettre à table et de me glisser un peu dans la peau d’un de mes frères chrétiens: l’écoute de l’autre et la compréhension de ce qu’il vit de l’intérieur sans jugement préalable, me semble être une dimension fondamentale de toute rencontre.

Pourquoi rester protestant… Pourquoi pas?

Chercher ses raisons de croire et se trouver à l’aise dans son identité chrétienne personnelle et confessionnelle… Retrouver ses racines, son histoire et pourquoi pas… sa tradition. Les protestants ont eux aussi leurs traditions et je pense qu’ils y tiennent beaucoup avec raison: ils ont cultivé un christianisme de plein vent au milieu d’un monde sécularisé et s’y trouvent souvent plus à l’aise que les catholiques. Ce côté vital pour chacun de nous, je souhaite à chacun de le découvrir et de l’approfondir.
Si question il y a de ma part, c’est la façon dont est présenté l’intitulé:»Pourquoi»ne pourrait-il pas se mettre en deux mots? Pour QUOI. Faire mémoire de son passé et revendiquer une identité, c’est toujours, ce me semble, pour un ad-venir. D’autant que le deuxième mot de la phrase, «rester», me paraît étrange pour un chrétien qui appartient à une Église qui se veut sans cesse «reformanda».
Serait-ce de la ténacité… ou une attitude figée sur des positions de tranchées face à la religion majoritaire triomphaliste? Je préfère y voir l’équivalent du "Demeurer" de Saint Jean qui puise toujours à la même source dynamique, celle de la sève de la Vigne et de l’Esprit Saint qui figure en si bonne place en dessous de la croix huguenote.

J’y ajouterai une autre dimension en y percevant le mot "Résister" si cher à votre mémoire et qui témoigne encore aujourd’hui de votre glorieux passé. Dans une association d’idées, j’y perçois l’écho de réflexions que des amis protestants ont faites lors de rencontres œcuméniques: «Le protestant, c’est le poil à gratter du catholique…» ou encore «Le protestant, c’est un catholique qui réfléchit…»
Quant au terme « protestant», il résonne toujours d’une manière un peu négative à nos oreilles catholiques: rebelles, insoumis…; c’est la raison pour laquelle je préfère employer l’expression «catholique réformé» pour dissiper au moins chez les «catholiques romains» l’impression d’être les propriétaires de la catholicité, lors de la proclamation de notre profession de foi commune, à propos de «l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique». Dans ma tête, d’ailleurs, toujours en lien avec vos fondamentaux «Sola Scriptura, Sola Gratia», votre protestation est un appel permanent à une foi personnelle qui «conteste» le conformisme sociologique tellement répandu aujourd’hui et à une «Église Confessante»capable, comme le fit à son époque Dietrich Bonhöeffer, de témoigner de l’Évangile dans un monde qui parle tous les jours de «la Mort de Dieu».

Henri CANTITEAU, prêtre en Vendée, délégué à l’œcuménisme pour son diocèse


Recomposition religieuse contemporaine et protestantisme
 

La modernité, ce n’est pas moins de religieux, c’est du religieux autrement. Il n’est plus possible aujourd’hui de raisonner à partir d’un schéma simpliste de la sécularisation selon lequel le religieux s’amenuiserait au fur et à mesure que les sociétés se moderniseraient. Certes les Églises chrétiennes ont perdu une grande part de leur pouvoir social et de leur autorité ces dernières décennies et le nombre de leurs fidèles a diminué. Le fait frappant est particulièrement la baisse de la proportion des jeunes qui sont catéchisés: moins de la moitié d’une classe d’âge à l’heure actuelle, ce qui signifie que la majorité des jeunes grandit aujourd’hui en dehors de toute formation chrétienne. Mais le détachement par rapport à l’institution Église ne signifie pas obligatoirement absence de spiritualité ou de convictions religieuses. Dans le domaine religieux comme dans d’autres domaines, en particulier le domaine politique, les institutions n’ont plus la même capacité d’encadrement: nos contemporains sont devenus plus difficilement assignables à résidence ecclésiastique ou politique. C’est comme si l’on assistait à une fragilisation générale des appartenances au profit d’une certaine mobilité ou, au minimum, d’une participation plus épisodique et sélective selon les goûts et les envies de chacun. On le constate dans le vie des Églises comme dans la vie associative en général.

C’est la fin du religieux par héritage, par transmission coutumière et héréditaire au profit du religieux par choix personnel. L’affaiblissement du pouvoir des institutions et la perte d’évidence culturelle du christianisme renforcent le rôle de l’individu, sa responsabilité aussi. Dans un univers sécularisé et pluraliste, c’est à lui de s’orienter, de faire librement ses choix et de les assumer. Face à de telles évolutions, le protestantisme n’est pas démuni. Si sa relativisation des institutions ecclésiastiques et sa pluralité confessionnelle peuvent nuire à sa visibilité et à son témoignage public, elles peuvent aussi accompagner positivement cette insistance contemporaine sur les appropriations personnelles et leur mise en réseau. La critique protestante du magistère institutionnel et la valorisation protestante de l’individu constituent incontestablement ici des atouts. Autant la modernité triomphante avait tendance à dévaloriser la différence culturelle et à promouvoir l’homogénéisation, autant ce type de modernité a pu favoriser l’œcuménisme pour résorber les différenciations confessionnelles, autant l’ultramodernité contemporaine réinvente les différences et les valorise: aujourd’hui, il est chic d’être différent et la pluralité est plus vue comme une richesse que comme un handicap. De là, l’évolution du programme œcuménique dans le sens d’une»diversité réconciliée», d’une pluralité confessionnelle valorisée.

Autant les religions ont pu paraître comme des expressions traditionnelles et obsolètes face à une modernité conquérante, autant elles peuvent aujourd’hui apparaître comme des groupes de référence socialement signifiants dans des sociétés tellement sécularisées que les idéaux séculiers, notamment politiques, ont eux-mêmes été démythologisés. Dans un environnement sécularisé et pluraliste, le religieux se recompose sous la forme de sous-cultures identifiables et en tension plus ou moins forte avec la société globale. Qu’est-ce que cela peut signifier pour le protestantisme aujourd’hui?

Assumer positivement le fait que les lieux d’Églises - tout ce qui se passe et se signifie dans ces lieux – sont, tout en étant profondément et nécessairement insérés dans la société, irréductibles à d’autres lieux sociaux et différents d’eux. Le problème n’est plus aujourd’hui de rejoindre»le monde», il est de signifier la différence radicale de l’Évangile dans un monde qui perd ses repères par enfermement sur lui-même. Cela signifie assumer positivement que l’on est un lieu religieux, c’est-à-dire un lieu de décentrement par rapport au quotidien en référence à une altérité radicale: Dieu. Ce qui pose la question de la spiritualité protestante, de ses modes d’expression individuels et collectifs. Cela signifie en même temps prendre très au sérieux ce monde dans ses souffrances et ses problèmes majeurs - économiques, sociaux, écologiques, politiques, culturels - tant au niveau des personnes qu’au niveau des collectivités locales, régionales, nationales, internationales: importance de l’accompagnement et de l’écoute des individus dans leur itinéraire et leurs quêtes, importance d’une action et pensée sociale protestantes en mouvement et cherchant à éclairer, dans une perspective spécifique, les enjeux du présent. Cela signifie aussi prendre très au sérieux ce monde dans ses modes d’expression et moyens de communication: dans une culture du sensible, de l’image, des émotions, de la communication interactive, le protestantisme ne peut pas rester figer dans ses modes traditionnels d’expression et de communication (cela va de l’esthétique des temples aux types de discours, de musiques, de gestes et de symboles à travers lesquels on cherche à créer du lien social tout en exprimant l’essentiel).

La sécularisation radicale des sociétés occidentales aboutit à ce résultat paradoxal: la réelle perte de pouvoir des Églises sur la société et sur les individus est le socle sur lequel se recompose positivement leur rôle comme groupements convictionnels de personnes qui, parce qu’ils sont ancrés dans une espérance les engageant activement dans la société tout en les libérant des modes et des conformismes, peuvent apporter une contribution spécifique à la vie collective. Au protestantisme d’assumer sa différence et de réinventer constamment les façons dont il permettra aux individus de se décentrer par rapport au quotidien, d’être solidaire et d’envisager sereinement un avenir personnel et collectif.

                           Jean-Paul WILLAIME

Pourquoi rester Protestant

Pourquoi rester protestant! La phrase relève de la»ferme protestation».
Chaque confession pourrait en dire autant. Un excellent sujet pour les groupes œcuméniques. On y découvrira vite combien l'on se connaît soi-même aussi mal que l'autre, et combien variées sont les raisons de notre attachement. Restons ici dans l'argument théologique. PAR Gill Daudé
 

1er argument: être protestant, c'est déjà être catholique et œcuménique!

Etre œcuménique n'est pas être pro-catholique romain. C'est confesser l'Église universelle (ou sa catholicité) par delà les frontières du temps et de l'espace, de la culture et des expressions de foi. Elle est communion des saints, ces croyants»en Christ», et communion aux choses saintes (1), la Parole et les sacrements. Elle se réfère au»tout»de la foi. Objet de foi, ce «tout»comme le Christ, n'est jamais maîtrisable, par aucun rite, aucune dogmatique, aucune institution. Cependant les assemblées de fidèles le rendent présent et en témoignent dans l'espace et dans le temps. Catholicité et œcuménicité, le réformé peut donc les revendiquer sans honte. Ces deux dimensions sont dans les gènes de sa théologie. Pas plus catholique qu'un protestant donc mais il n'est pas romain!
Reste à savoir comment nous rendons visible et traduisons dans les faits cette dimension de l'Église que nous confessons.

2e argument: la méthode du consensus différencié.

Le terme, barbare, exprime en concentré une compréhension de l'unité de l'Église qui ne soit pas ralliement à/de l'autre. Beaucoup pensent encore "si je m'explique clairement, l'autre devrait se rallier à ma vérité» (moyennant éventuellement quelque aggiornamento). Si être bien dans sa foi et vouloir la partager est légitime, le consensus différencié œcuménique précise ce sens: s'expliquer, non pour rallier l'autre, mais pour se reconnaître mutuellement. Il est d'une grande exigence. Là, le protestantisme a l'avantage. Sa théologie lui permet de reconnaître l'autre comme étant authentiquement l'Église du Christ quand l'évangile de la grâce seule y est prêché, le baptême et la cène administrés comme en étant les signes forts.
Le catholique et l'orthodoxe, avec leur compréhension de l'Église, sont handicapés. L'Anglican est entre-deux.
Mais sur le plan humain, les points sont partagés. Car le consensus différencié est aussi un état d'esprit: approfondir la connaissance les uns des autres, s'expliquer, se concerter: voilà qui n'est pas la seule mission des théologiens!

3ème argument: aptitude ecclésiologique au débat, à la conversion, à l'ouverture

Semper reformanda, toujours en réformation. Voici un principe qui, malgré sa difficile pratique, a l'avantage de poser en fondement une nécessité d'écoute toujours nouvelle du Christ. À travers les Ecritures d'abord, à travers les autres ensuite: ceux qui nous ont précédés, ceux qui confessent Jésus-Christ, ceux qui ont soif de Bonne Nouvelle. Le semper reformanda concerne aussi les Églises, pas seulement les personnes (2). Il est l'une des expressions de l'œcuménisme protestant (pléonasme!). Le sacerdoce universel allié à la culture minoritaire a développé dans le protestantisme une richesse du débat et une gestion de la liberté responsable de la foi et de l'engagement. Les écueils ne sont pas toujours évités mais le principe est là. Ainsi se forge et s'éclaire la conscience de chacun, avec la conviction qu'aucun spécialiste ou ministre ordonné ne peut supplanter le St Esprit qui «illumine»dans les cœurs la Parole de Dieu.
Tout cela inscrit dans les»gènes ecclésiastiques»du protestant français le refus du sectarisme qui prend la partie pour le tout (par exemple: «mon Église, c'est l'Église»). Le gène est parfois récessif, mais il finit toujours par réapparaître.

Finalement.

On pourrait poursuivre et montrer qu'avec sa théologie de la création, de l'Alliance, de l'Esprit et de la sanctification, le protestantisme a de nombreux atouts pour jeter des ponts entre confessions et avec notre société, tout en restant lui-même.
«Les protestants ont tout à perdre dans l'œcuménisme», m'a-t-on dit. Au contraire, tout le porte à un œcuménisme positif et d'autant plus serein qu'il sait que sa foi n'est pas son œuvre!
Mais alors que je suis si bien «dans mes baskets protestantes», quelle joie de rencontrer d'autres expressions de foi, de s'enrichir mutuellement, de se laisser interpeller, de prier et de servir ensemble, de travailler à rendre visible cette unité de l'Église dans sa catholicité, signe de la réconciliation en Dieu!

Gill DAUDÉ

(1) Deux sens de l'expression latine qui est au neutre.
(2) Voir le document des Dombes sur «La conversion des Églises» mais aussi le sociologue le J.P. Willaime, L'ultramodernité sonne-t-elle la fin de l'œcuménisme?, Revue»recherches de science religieuse», 89/2, p 201.


«Nous sommes tous un peu protestants»
 

Sous ce titre certes un peu provocateur, se cache peut-être la dernière traduction du premier défaut protestant: notre légendaire complexe de supériorité. Et pourtant…

À y regarder de près, certaines valeurs ou certaines idées portées par notre société et notre époque semblent proches de celle du protestantisme. Mais plutôt que de savoir comment le protestantisme aurait ou non influencé l’ensemble de la société, il est sans doute plus prudent de parler de «connivence». Il existe en effet une connivence entre les valeurs recherchées par les protestants et celles qu’admet largement notre monde occidental. Je ne prendrais ici que deux exemples: la place de l’homme, le statut de la vérité, la fragilité humaine.

· La place de l’homme:

L’argent n’est ni bon ni mauvais, il est tel que l’on s’en sert. Cette phrase, que beaucoup de protestants pourraient signer, va largement au delà de la question de l’argent. Celui-ci est un moyen et non un but. Or le but ultime est le mieux-être de l’homme. L’éthique protestante n’est pas une éthique du Bien absolu, mais une éthique du préférable. La morale n’est pas là pour codifier mon comportement mais elle fait appel à ma responsabilité (encore un gros mot protestant!): comment, dans chacune des situations vécues puis-je améliorer notre condition humaine? Cette contextualisation de la morale nous éloigne du moralisme culpabilisant et rigide en remettant l’homme à sa vraie place, le centre. Or, c’est précisément ce que recherchent la plupart de nos contemporains qui s’éloignent des idéologies préfabriquées, des discours officiels et vivent des parcours personnalisés, des chemins de traverse. C’est peut-être la forme positive de l’individualisme qui ne rime pas forcément avec égoïsme.

· le statut de la vérité:

Nul être humain ne détient la vérité. Pour nous, chrétiens, la vérité est incarnée dans une personne, Jésus-Christ, et non dans un concept. Autrement dit, chacun cherche à interpréter la Vérité et non à la définir. Nous sommes les partenaires et non les détenteurs de la Vérité. Cela donne à toute démarche humaine l’humilité de l’infatigable chercheur, et non l’arrogance d’un donneur de leçons. Cela ne signifie pas pour autant que tout se vaut et qu’il suffit d’affirmer»c’est mon choix»pour éviter le crétinisme du propos. Un chercheur ne peut travailler sur son île déserte, il doit confronter sa démarche à celle des autres. Ce nécessaire»conflit des interprétations», selon une expression de Paul Ricoeur, doit nous faire évoluer en dehors des pièges opposés de l’uniformisation de la pensée et de l’indifférence aux autres. Par exemple, le redéveloppement du dialogue inter-religieux depuis les événements du 11 septembre, nous rappelle que la fraternité ne peut se construire sans la rencontre, nourrie jour après jour.
Deux exemples, deux»connivences de valeurs». Notre protestantisme a encore de beau jour devant lui s’il ne résigne pas, s’il sait, avec d’autres, être créatif. Pour cela, nous devrons combattre un second défaut: notre légendaire discrétion, qui se rapproche parfois de l’absence pure et simple. Mais notre place restera toujours gravée.

Jean-Marie de BOURQUENEY


"Pourquoi garder, dans une institution de santé, une identité protestante"
 

Entretien avec Christian GALTIER, pasteur, directeur général de la Fondation John Bost

Je me pose moi-même la question! pourquoi le protestantisme a-t-il gardé un investissement dans le domaine de la santé? Est-ce un bien ou un mal? Au-delà de l'engagement professionnel des gens, il ne s'agit pas d'une capacité à»faire mieux»parce qu'on s'appuie sur des convictions spirituelles, mais ces convictions interrogent la pratique de manière permanente et c'est peut-être la spécificité protestante, celle qui fait appel à l'éthique de situation qui rend nécessaire une approche individualisée là où une éthique de principe donne les grands repères d'orientation.

Beaucoup d'atouts

Autrefois les Asiles de La Force accueillaient les»rejetés", aujourd'hui le handicap est socialement mieux reconnu, il y a moins de rejet, mais on rencontre tous les jours des familles qui ne peuvent plus porter les situations, qui n'ont plus les ressources physiques et morales. La société, pour des raisons économiques, privilégie le maintien en famille. Un des rôles de la Fondation John Bost auprès de la puissance publique consiste à rappeler la détresse des familles. La meilleure formule n'est pas forcément la plus économique.

Il y a aussi l'accompagnement des personnes en grande difficulté, en souffrance. Nul ne conteste l'intérêt de la présence de théologiens, de chrétiens, pour accompagner les périodes d'étrangeté où il faut apprendre à vivre avec un corps malade en espérant toujours la guérison, et les autres situations, dans la durée, celles de l'accompagnement de la vie, de la fin de vie, de l'au-delà de la vie. On a alors besoin d'un vis-à-vis, même fragile, mais qui ne se dérobe pas devant la difficulté. Cela se trouve partout, mais ici on est plus attentif, plus ouvert à répondre à des sollicitations dans ce registre-là.

La Fondation John Bost est un des rares lieux où le protestantisme historique vit harmonieusement la mise en action de l'évangile. Nous parvenons à maintenir un équilibre entre la dimension ecclésiale du protestantisme et son aspect»agissant". Pour des professionnels chrétiens protestants engagés, c'est une chance extraordinaire de travailler dans un tel cadre: quand on arrive ici, le matin, on sait pour qui, pourquoi on travaille, on vit au quotidien le fait que l'évangile aide les gens à se tenir debout, c'est une chance formidable d'arriver sur son lieu de travail avec cette conviction, de pouvoir vivre de manière non fractionnée. On retrouve les gens avec qui on travaille et pour lesquels on travaille, au travail et au culte, c'est une forme de vie d'église»anachronique", une chance que tout le monde ne reconnaît pas forcément, ça peut paraître pesant. Ça tient peut-être au fait que le protestantisme a perdu son aspect»missionnaire»et qu'on préfère vivre dans une»réserve". La dimension qui permettait de parler de sa foi sur son lieu de travail s'étant amoindrie, on aime bien être dans un lieu protégé. Il n'y a pas lieu de bouder son plaisir, mais c'est un peu surréaliste. Je suis convaincu cependant, que la compréhension protestante de l'évangile est suffisamment originale, libérante et adéquate pour qu'on se batte jusqu'à la dernière minute pour garder cette identité dans l'institution.

Il y a là sans doute une grande proximité avec le catholicisme mais on ne gagne rien à se fondre l'un dans l'autre. Le protestantisme donne une place qui ne peut être retirée à la personne, avec tout ce qui en découle (éthique de situation, responsabilité, liberté) et chaque personne mérite qu'on se bagarre pour que cette compréhension reste audible dans la société.

Peu de difficultés

Ça ne coince nulle part! Vis-à-vis des pouvoirs publics, le fait d'être une institution protestante est un atout, parce que la question du sens, de la place centrale de la personne, est»à la mode". Il n'y a pas de difficulté sauf quand on résiste ou qu'on interroge les pouvoirs publics sur les besoins non satisfaits.

Un domaine où l'appartenance au protestantisme pourrait être invoquée à tort en lien avec les exigences professionnelles, c'est toute la dimension sociale. Par exemple dire»parce qu'on est protestant on ne fait pas telle chose", ce serait se situer en dehors de la réalité. Comment tenir les nécessités et les contraintes quand des équilibres vitaux sont en jeu, comment gérer la déception dans un cadre dit»fraternel", c'est plus difficile que dans la société laïque (où il y a d'autres états d'âme…). À contrario, comment rester sur son»cœur de métier»alors qu'on voit les difficultés, c'est-à-dire, par exemple, privilégier la bonne prise en charge des résidents face à la demande de travail d'une personne sans qualification, il faut faire des choix et les assumer.

L'éthique de situation ouvre une sensibilité aux situations qui peut nous mettre en porte à faux, mais il faut avoir la sagesse de se recentrer par rapport à son objet premier. Sinon on fait tout et n'importe quoi, on mélange tout. Dans les difficultés c'est ce genre de choses qui me paraîtrait le plus problématique.
 

Cette fondation, d'origine protestante, organise des camps de jeunes pour enfants handicapés. Elle est installée dans un village de Dordogne, les jeunes s'intègrent dans la vie du village.

Adresse : Fondation John BOST - 24130-LA FORCE - Tél : 05 53 58 01 03 (poste 5114) - Fax : 05 53 58 54 13


Pourquoi rester protestant lorsqu’on est très engagé dans l’œcuménisme?
 

Réponse spontanée: parce que, si nous devenions catholiques, nous serions tous malheureux, aussi bien nos partenaires catholiques que nous-mêmes.
Le groupe œcuménique dont nous faisons partie, (qui n’est pas un groupe replié sur lui-même, mais une équipe d’une quinzaine de membres chargée de promouvoir l’œcuménisme dans nos paroisses) est pour nous une source de grande joie. Nous nous entendons à merveille: nous avons une grande confiance les uns dans les autres et vivons des moments très forts ensemble. Si bien que nous pouvons dire, nous les signataires, que nous nous sentons parfois plus unis, plus frères avec nos partenaires catholiques qu’avec un certain nombre de membres de notre paroisse réformée. Mais dans cette unité, c’est sur la différence que reposent notre existence et notre raison d’être.

Nos chers amis catholiques ressentent clairement ce que leur apporte notre différence: connaissance biblique plus grande (bien sûr!), peut-être plus de liens entre foi et souci social et politique et, surtout, liberté d’esprit, notamment vis à vis des institutions, Église Réformée comprise. Cette liberté, ils l’apprécient et en sont indiscutablement influencés.»Je me demande si au cours de ces années passées ensemble nous ne sommes pas devenus plus protestants que vous n’êtes devenus catholiques»nous disait récemment une membre catholique de l’équipe. Nous pensons que c’est exact, mais cela ne les empêche pas, heureusement, de rester profondément catholiques. Et ils nous apportent beaucoup, à nous équipiers protestants, par leur foi solide et extériorisée, leur piété vivante, leur vie d’Église dense et chaleureuse, bref leur consécration.

Non, nous ne sommes pas fusibles. Ce sont nos différences qui créent la richesse, la complémentarité, l’émulation et du coup le dynamisme de notre équipe. Nous avons besoin les uns des autres pour faire l’Église.

Ce besoin se fait particulièrement sentir lorsque surviennent les difficultés. L’hospitalité eucharistique, qui est pratiquée au Centre Oecuménique des 7 Mares à Elancourt quatre ou cinq fois par an depuis une douzaine d’années, est remise en cause. Tous nos amis catholiques en sont très affectés, comme le sont aussi tous les protestants concernés. Nous n’apprécierions pas de nous trouver dans la position inconfortable des laïcs catholiques en porte à faux avec leur hiérarchie. Et nous pouvons les accompagner et les soutenir dans cette épreuve commune.

Espérons que le raidissement dont l’Église catholique donne actuellement quelques signes, sous l’impulsion notamment d’une nouvelle génération de prêtres, n’entravera pas les indispensables avancées de la marche œcuménique.

Robert et Antoinette BONNAL


Témoignage d’un couple interconfessionnel.
 

Xavier et Maguelonne HAMMEL forment un tout jeune couple interconfessionnel: il est protestant, elle est catholique. Quand on pose à Xavier la question: « pour quelles raisons restez-vous protestant?» la première réponse, spontanée, est: parce que nous n’avons pas vu l’intérêt de changer»!
Quand ils ont fait connaissance, le fait d’être tous deux chrétiens et pratiquants les avait rapprochés. Puis chacun a découvert « de l’intérieur» la confession de l’autre. Devoir approfondir sa foi et la connaissance de son Église pour pouvoir l’expliquer à l’autre, est déjà un enrichissement. Constatant que le fondement de leur foi est le même et qu’ils sont d’accord sur l’essentiel, mais pas toujours sur la façon d’en vivre, ils concluent:» Nos différences nous rassemblent au lieu de nous séparer». Les discussions portent plus sur des points de détail, des questions de forme, de traditions, ou de conception de l’Église que sur des questions de foi. «Nous restons chacun de notre côté, mais nous y allons ensemble» disent-ils.
Lui pense que le culte laisse plus de place à la réflexion personnelle, de liberté dans la façon de pratiquer, tandis qu’il trouve la messe très codifiée, ritualisée:»les rites c’est bien si on réfléchit à ce qu’on fait, si ça ne devient pas mécanique»dit-il. Par exemple il juge excessif le rituel qui entoure les hosties et le vin de l’eucharistie:»pour moi, le Christ est présent autant dans le partage, que dans les éléments».
Il est aussi très attaché à la conception protestante de l’Église qui est d’abord l’assemblée des fidèles au plan local, et non une hiérarchie qui détient l’autorité et prend les décisions.
L’un et l’autre estiment que le sens donné aux sacrements dans le catholicisme les rends terriblement pesants au lieu d’aider les gens à vivre.
En conclusion, ils constatent que leur diversité est un enrichissement»C’est notre force, ça nous contraints à rester ouverts, ça nous oblige à discuter et à expliquer… C’est passionnant: nous avons du boulot pour toute la vie!»

Propos recueillis par Eliane Humbert.


Assis entre deux chaises!

Je reste protestante, tu restes catholique…  Oui mais comment vivre cette situation dans la pratique de tous les jours? Et avec ses enfants? témoignage.

Ma grand-mère m’avait dit: « Marie toi dans ta foi ». Dans l’enthousiasme de l’amour et de la jeunesse, je n’ai bien sûr pas tenu compte de ses conseils…  surtout que dans les années 70 l’œcuménisme avait le vent en poupe. Nous étions tous les deux pratiquants chacun dans notre Église et étions bien sûrs que tout cela allait s’arranger au plus tôt, n’avions nous pas foi au même Christ?

Nous nous sommes bien vite aperçus que c’était très difficile de participer à la vie de deux Églises mais nous ne voulions pas nous quitter! Qu’à cela ne tienne, nous tâcherons de pratiquer l’alternance… Ce qui fut fait, en particulier pour l’éducation religieuse de notre fils aîné. Bien mal nous en a pris: à raison de deux années par ci et trois autres années par là, une profession de foi et première communion faite à dix ans dans l’Église catholique, et une confirmation avec l’enseignement qui va avec, effectuée plus tard chez les protestants; notre ado s’est retrouvé très mal à l’aise, « entre deux chaises » selon ses propres termes.

Comment être loyal à la fois avec son père et sa mère, avec ses grands parents catholiques et les protestants? On avait dit: « Quand il sera grand il choisira ». Quand il a été grand, il a choisi …  la fuite! et a promis qu’il ne confierait sa petite fille à aucune Église! Voulant limiter les dégâts, pour notre fille, nous n’avons pas pratiqué d’alternance. À 23 ans, essayant de sauver des griffes des témoins de Jéhovah sa meilleure amie, elle a réfléchi et lu, approfondi sa foi., aujourd’hui elle se trouve bien dans l’église protestante et n’a pas de souci existentiel. Quant à notre petit dernier, lorsque, à 7 ans il est venu dire à sa grand-mère catholique « Moi, je suis protestant! », le ciel est tombé sur la tête de ma belle-mère! Mon mari, lui, a eu l’impression d’avoir été floué et reste très amer. Il n’a pas de mots assez durs contre les institutions: les protestants ne savent se définir que contre les catholiques et les catholiques se comportent en secte, en particulier quand il s’agit d’inter communion.
Au secours, vite un peu plus d’œcuménisme!
Danièle Bonnefoy


Groupe de Foyers Mixtes de Mulhouse et environs

Plus de trente ans d’existence et plus que jamais actif! aujourd’hui, les foyers mixtes (catholiques avec protestants et réciproquement) à Mulhouse forment un groupe assisté d’un pasteur et d’un prêtre (Michel CORDIER de Dornach, et le curé de Lutterbach, Pierre HAAG et dont les activités principales sur l’année sont
- une réunion mensuelle avec un thème choisi, (étude biblique, sujet d’actualité, point sur les avancées oecuménique etc…).
- une participation active à la semaine de l’unité et à son organisation.
- une récollection (week-end de retraite spirituelle) annuelle.
- à l’occasion une animation de culte ou messe.
Mais aussi un grand projet pour 2004, l’organisation de la rencontre nationale des groupes de Foyers Mixtes à Mulhouse. Il existe également une revue, « Foyers Mixtes » disponible sur abonnement.
Sans oublier que nous sommes bien entendu toujours prêts à partager avec tout futur foyer mixte nos expériences de vie de famille. Et à les informer des réalités œcuméniques d’aujourd’hui.
Nos réunions ont lieu chaque 2e mardi du mois alternativement chez les uns ou les autres membres du groupe. Pour tout renseignement s’adresser à Christine et André EHRMANN au 03 89 65 06 30 ou à Ruth et Jean-Marc WADEL au 03 89 53 33 70.