de février 2002
La parole et l'écrit
La presse régionale protestante

Éditorial, Jean-Marc MEYER

Parmi les livres

Albert SCHWEITZER, 1 400 pages de "SERMONS" (PREDIGTEN), Jean-Paul SORG
Une nouvelle façon de célèbrer avec les enfants
André Paul WEBER, Le Pélican, Testament de Léon IX Editions Hirlé 2001, 171 pages 15 Euros. Philippe AUBERT
Étude biblique
Comment Jésus-Christ est-il source de vie pour nous aujourd'hui?
Jean 4 verset 10
Le sens de la source et de l'eau dans la Bible
Partageons nos expériences de vie
Raphaël Azaglo
Adam et Eve côté jardin
Spectacle de la Marelle
mardi 19.2 à 20 au temple de Riedisheim
mercredi 20.2 à 20h au temple de Cernay
dimanche 24.2 à 17h à la Fraternité de Mulhouse


Culture et Christianisme : Bruno Chenu à Altkirch, Nouvelle donne pour le christianisme
 

INTERVIEW
 
Quelle est l'importance de l'actualité économique, politique et culturelle pour la réflexion théologique ?

Pourquoi avez-vous privilégié l'étude des théologies des tiers-mondes tout au long de vos recherches ?

Quels sont, à vos yeux, les risques et les promesses de la diversification du christianisme contemporain ?

Comment apprécier la désaffection du christianisme en France, et que faire dans cette situation ?

     Propos recueillis par Jean-Marie Kohler

Conférence à la Halle au blé d’Altkirch, le 8 février à 20h. Entrée libre. Vente et dédicace des ouvrages du conférencier.


Le Dossier
Où en est la “presse protestante” (au 21e siècle…)

Environnement et caractéristiques. Par Colette HIRTZ, historienne de la presse

L’écrit face aux nouveaux médias
La presse régionale
Le pouvoir et l'argent


Une presse aux mérites multiples. Par Jean LOIGNON

Un petit miracle
Transversalité nécessaire
Regard sur la presse régionale protestante, Jeanine PALOULIAN, journaliste au Progrès

Lettre à une cousine d’un autre bout de la France

Titres des journaux régionaux et leur région de diffusion:

Parole protestante   Nord-Normandie
Le Protestant de l’Ouest  Ouest
Ensemble    Sud-Ouest
Le Cep    Cévennes-Languedoc-Roussillon
Echanges    Provence-Côte d’Azur-Corse
Réveil     Centre-Alpes Rhône
La Voix protestante (éd. Paris) Région parisienne
La Voix protestante (éd. Est) Est (sauf Alsace Moselle)
Renouveau    Moselle
Le Ralliement protestant  Mulhouse
Le Messager   Alsace
Fraternité    Paris (luthérien)
L’Ami chrétien   Pays de Montbéliard


Entretien avec le pasteur Jean-Arnold de CLERMONT. Propos recueillis par Florence de MULLENHEIM

“Dire aujourd’hui l’indignation et l’espérance, à l’image des prophètes de l’Ancien Testament.”

Le 3 février aura lieu la Journée chrétienne de la communication. À cette occasion un état des lieux de la presse protestante régionale est dressé qui montre la baisse continue de son lectorat. Qu’en pensez-vous?
C’est-à-dire?
Y a-t-il quelque chose à changer dans nos journaux protestants régionaux?
Un nouveau message via l’écrit protestant?
 

Un problème : la diffusion !
Baisse du lectorat
Quels moyens de diffusion ?
Avec l’aide des Eglises locales

En savoir plus avec le dossier spécial des Journées chrétiennes de la communication


Éditorial
Avec ce numéro de février 2002, le Ralliement Protestant entre dans sa 43e année. C’est en effet en février 1960 que les lecteurs de l’époque ont pu découvrir le premier numéro de ce journal du consistoire de Mulhouse qui, de sa naissance à aujourd’hui, a gardé la même vocation et la même ambition: être un organe d’information et de lien pour la communauté protestante du Haut-Rhin sud, tout en affirmant une volonté d’ouverture envers les autres Églises et le monde.

Un exemple de cette ouverture est le dossier que nous publions chaque mois, qui est un dossier national, publié également par les autres journaux régionaux protestants de France.
Car la presse régionale protestante est riche et variée… Outre le Ralliement, une douzaine de journaux différents sont diffusés hebdomadairement ou mensuellement en France. Cela représente pas moins de 50 000 numéros qui, régulièrement, informent de la vie des paroisses et des Églises et permettent de réfléchir à des sujets théologiques, de société ou d’actualité.
Le dossier publié ce mois-ci par le Ralliement et par ces autres journaux concerne justement cette presse régionale protestante. Quelle est son utilité ? Où se situent ses enjeux, ses particularités, ses lacunes, ses difficultés aussi ? Un survol, rapide certes, mais qui permet de prendre conscience que le protestantisme français est à la fois riche de ses diversités et uni dans un même désir de communiquer son identité.

Ce dossier est également l’occasion pour  notre équipe de rédaction d’annoncer d’ores et déjà que d’ici quelques mois votre journal changera de format et de présentation. Le format «Magazine» étant actuellement plus économique en ce qui concerne le coût de fabrication, nous nous devons de l’adopter rapidement pour conserver auprès des paroisses du consistoire un prix raisonnable et abordable.
- Il est important de rappeler ici une chose importante et parfois oubliée: ce sont les paroisses (et non les lecteurs) qui sont abonnées au Ralliement, ce pour des raisons de statut fiscal. Les paroisses envoient ensuite le journal aux paroissiens qui, en aucun cas ne doivent s’acquitter d’un «abonnement» mais sont invités à faire un don à leur paroisse en échange de cet envoi mensuel -
Qui plus est, ce format «Magazine» nous permettra de vous proposer un journal qui, tous les mois, sera en couleur (du moins pour les pages de couverture et deux ou quatre pages intérieures). Nul doute que cela rendra votre Ralliement plus attrayant encore; c’est du moins le but que poursuit avec enthousiasme et sérieux l’équipe de rédaction, soucieuse d’être avant tout au service des paroisses et des lecteurs.

En attendant ces modifications dont vous serez tenus au courant dans les prochains numéros, nous vous souhaitons bonne lecture de ce Ralliement dans la force de l’âge et vous invitons, au cours de vos voyages ou vacances, de ne surtout pas hésiter à feuilleter aussi d’autres publications de la presse régionale protestante…

Pour le Comité de Rédaction,
Jean-Marc MEYER


Parmi les livres
Albert SCHWEITZER,
1 400 pages de "SERMONS" (PREDIGTEN)
L'édition des œuvres posthumes de SCHWEITZER se poursuit aux éditions C.H. BECK de München. Résultat d'un long travail de collectage et de mise au point effectué par le professeur émérite Erich GRÄSSER (auteur d'un ouvrage de synthèse qui fait référence, Albert SCHWEITZER als Theologe, J.C.B. Mohr, Tübingen, 1979) et le pasteur suisse Richard BRÜLLMANN (ancien président de l'Association internationale des amis du Docteur de Lambaréné), le 5e volume vient de paraître. Il regroupe la totalité des sermons qui ont pu être recueillis sous la forme de manuscrits généralement très élaborés, sinon toujours achevés. Ceux qui n'existent qu'à l'état de notes ou d'esquisses sont signalés en fin du volume, mais n'ont pas été reproduits.

L'ensemble réalisé ne laisse pas d'être impressionnant. Comme un monument. Un véritable monument "littéraire", dont on mesurera l'intérêt à la fois théologique, spirituel, philosophique et, vu notre recul, historique. Il reflète dans sa masse des moments très forts de l'histoire alsacienne (et européenne!), pendant les premières décennies du 20e siècle, car ces prédications fourmillent de réflexions critiques sur les drames courants de la civilisation, les affaires (par exemple l'affaire Dreyfus), l'actualité sociale ou politique, nationale et internationale, les malheurs de la guerre et de l'après-guerre. Elles ne dissocient jamais théologie et "Kulturphilosophie".
L'ouvrage cartonné, soigneusement présenté, fait 1 400 pages et, grâce à des soutiens divers, ne coûte en librairie que 98 DM. Ça fait combien d'euros? Possibilité de se le procurer dans une librairie en Allemagne ou, en Alsace, à la Maison SCHWEITZER, 68140 Gunsbach.

Ce sont cinquante années de prédication, "de 1898 à 1948", ainsi qu'il est mentionné en couverture. Chiffre accrocheur, quelque peu artificiel. Car des sermons ont encore été prononcés ici et là dans les années cinquante, lors des derniers séjours de SCHWEITZER en Europe. Et on ne compte pas ici les sermons "africains" de Lambaréné, dont on connaît une soixantaine et qui feront prochainement l'objet d'une édition particulière, dans la série "Études SCHWEITZERiennes", par les soins de l'association française à Strasbourg. Ce qui importe, c'est qu'on puisse lire maintenant le texte intégral de 334 sermons, dont la plupart sont "strasbourgeois", ils furent prononcés en l'église Saint-Nicolas où SCHWEITZER était pasteur vicaire de 1898 à 1913, jusqu'à son premier départ pour Lambaréné, puis à nouveau d'octobre 1918 (la guerre n'était donc pas encore terminée) à avril 1921. S'ajoutent quelques sermons qui ont été dits en l'église de Gunsbach, où il lui arrivait de remplacer son père et où il a encore prêché après la mort de celui-ci, quand il revenait pour quelques semaines dans le village de son enfance. Deux curiosités "exotiques" intéressantes: un sermon donné à Stockholm en 1921 et un autre à Londres, en 1934.

Pour quels lecteurs maintenant, cette édition, ces 1400 pages ? Ce pourrait être salué comme un événement éditorial. Mais la presse régionale quotidienne est discrète. L'ouvrage a-t-il seulement été signalé? Par ailleurs, occasionnellement, la Région se targue toujours de posséder en SCHWEITZER son grand homme, le Docteur de Lambaréné, oui, mais le philosophe et le théologien, l'écrivain? Il écrivait le plus souvent en allemand. Ce gros volume et les autres du Nachlass, ceux qui ont déjà paru (Reich Gottes und Christentum, Straßburger Vorlesungen, Die Weltanschauung der Ehrfurcht vor dem Leben, in 2 Bänden) et les trois autres qui sont annoncés (dont, pour le printemps 2002, eine Geschichte des chinesischen Denkens) sont en allemand. Serait-ce ça, le hic? Car ceux qui lisent l'allemand avec bonheur se font rares en France, même en Alsace. L'extension de l'enseignement bilingue va permettre de former de nouveaux lecteurs. Oui, peut-être, quelques-uns. Mais il faut dire qu'on se préoccupe surtout de former des commerçants, des Alsaciens "sachant se débrouiller professionnellement en Allemagne". Or, ce qui manque, va cruellement manquer à l'histoire et à l'avenir de l'Alsace, ce sont des bilingues humanistes.

Il n'est pas nécessaire d'être croyant pour lire les "Sermons" de SCHWEITZER. Ce qui est remarquable, dans sa parole pastorale comme dans toute son oeuvre de recherche théologique, c'est qu'il ne présuppose jamais notre foi. Il nous invite à réfléchir et ne dit jamais plus que ce que chacun peut par lui-même arriver à penser, sans grâce ou révélation particulière. Et il parle de nous, de nos peines et de nos périls, de ce qui nous menace de plus en plus (en tout cas, pas de moins en moins), l'inhumanité. On s'interroge beaucoup aujourd'hui, et pour cause, sur la spécificité du christianisme, entre toutes les religions "mondiales" ou "mondialisées". Spécificité ou évidente relativité historique? Certains évoquent à leur aise une "religion de la sortie du religieux". Formule imprudente. SCHWEITZER nous dit (il a dit à ses paroissiens, le dimanche après-midi 26 janvier 1908) pourquoi le christianisme est pour lui la religion "unique". "Parce que son fondateur, entre tous les fondateurs de religion, est le plus homme, parce qu'il a le mieux compris les souffrances et les joies de la condition humaine, et parce que tout ce qui par ailleurs joue un rôle capital au sein des religions, les dogmes, les formules incantatoires de la foi, le rituel des cultes, n'existait tout simplement pas pour lui."

Une telle phrase peut paraître elle-même imprudente, trop radicale, trop libérale! Elle doit être nuancée et restituée dans son contexte. SCHWEITZER une fois de plus parlait des missions, du comportement qu'elles peuvent adopter là-bas, en Afrique ou en Asie, et de l'espérance qu'elles peuvent nourrir. Leur souci primordial ne saurait être de convertir les "indigènes", mais d'oeuvrer à un travail réparateur de civilisation. Il y va toujours, hier comme aujourd'hui, ailleurs comme chez nous, du destin de l'homme ou, si vous voulez, du sens de l'humanité sur cette terre, de son salut ou sauvegarde. Toute prédication chrétienne est une vue sur Jésus, sur ce que disent et promettent les Évangiles. Comme telle, toujours, une vue sur l'homme, qui implique une "Kulturphilosophie" et inspire, fonde une critique de ce qui se trame - se tricote et se détricote - jour après jour dans la civilisation, dans ce monde où nous nous débattons et contre l'état duquel l'esprit ne peut cesser de protester.

C'est tout SCHWEITZER que l'on découvrira dans ce recueil de sermons, l'homme d'avant Lambaréné et l'homme de Lambaréné. Continuité de l'un à l'autre, harmonie. C'est le même homme, le même "penseur", attentif aux réalités, poussé à agir, à concrétiser, et animé d'une foi qui résonne (et aussi... raisonne, qu'on excuse ce consternant jeu de mots) comme un devoir d'espérance.
Jean-Paul SORG
 

Une nouvelle façon de célébrer avec les enfants
La Société d'Édition et de Diffusion vient de publier, "Toutes ces rencontres, 100 idées pour célébrer avec les enfants", une mine d'idées pour tous ceux qui organisent des cultes avec les enfants. Publié sous la direction de Claude DEMISSY, cet ouvrage permet d'organiser des célébrations où les enfants sont actifs et abordent un thème de toutes sortes de façon. Le message n'est pas concentré durant le moment de la prédication mais diffusé à travers tous les éléments de la liturgie. Ce livre est destiné à tous ceux qui désirent réaliser des cultes avec les enfants. Il est accompagné d'un CD audio/Rom où les animateurs trouveront tout ce qui est nécessaire pour vivre des célébrations réussies: chants, narrations, activités, prière etc. Le disque contient douze chansons spécialement écrites pour chaque thème. Cette publication a été conçue pour que le responsable ait tout ce qu'il faut pour organiser la rencontre. Par exemple, là où il y a montage audio visuel, celui-ci est contenu dans le CD Rom.
Cette publication reprend le travail d'une équipe de Strasbourg. Ce groupe de pédagogues proposait des cultes où les enfants étaient actifs. Il s'agissait de célébrer avec les enfants (et non simplement de prévoir une célébration pour eux). Les enfants de 5 à 12 ans pouvaient ainsi faire leur propre expérience de la vie cultuelle. Les adultes qui accompagnent leurs enfants peuvent également être intégrés dans ces célébrations qui deviennent par là même des cultes de familles. Bien que cela ne soit pas mentionné dans le livre, les parents bénéficient d'une animation spécifique dans le projet du groupe basé à l'Église protestante Saint- Nicolas qui n'est plus le lieu de culte d'une paroisse particulière. Beaucoup d'adultes qui ont des enfants entre 5 et 12 ans ne sont pas familiers des liturgies cultuelles protestantes traditionnelles ce qui facilite leur intégration dans ces formes de cultes plus contemporaines.
Claude Demissy
André Paul WEBER, Le Pélican, Testament de Léon IX Editions Hirlé 2001, 171 pages 15 Euros.
Non Léon IX n'a pas laissé de testament. Il ne s'agit donc pas d'un document poussiéreux retrouvé dans une cave d'Éguisheim ou dans un fonds universitaire auquel seul le chercheur solitaire a accès, mais d'une quête par laquelle André Paul WEBER veut tracer les chemins d'un avenir possible.
Tout commence à Venise, entre terre et mer, mais surtout au centre de la rencontre entre l'Occident et l'Orient.  Deux mondes qui auraient pu n'être qu'un, mais que le schisme de 1054 viendra séparer pour longtemps.  Les arguments théologiques des Églises catholiques et orthodoxes ne seront pas les seuls en cause, la progression de l'Islam prendra une part non négligeable dans ce que l'auteur considère comme une catastrophe pour la Chrétienté. Il est vrai que de l'histoire on ne retient le plus souvent que les intolérances, surtout lorsqu'il s'agit de l'histoire religieuse. Sur les ruines des synagogues s'élèvent les églises qui à leur tour laisseront la place aux mosquées. Constantinople, Bysance, Istambul, autant d'étiquettes pour une même réalité: la violence. Même et surtout Jérusalem n'échappe pas à la folie meurtrière des hommes. Une lecture rapide de l'histoire peut condamner la religion, certains ne s'en privent pas depuis le 11 septembre, mais les choses ne sont pas si simples. Au cours de ses voyages, André Paul WEBER prend conscience de l'irrésistible unité de ces lieux pourtant tellement divisés. Après les bruits de guerre, il entend l'appel mystique de l'amour de Dieu pour l'humanité.  On ne refait pas l'histoire, mais on peut éviter les répétions catastrophiques et se lancer ensemble sur les voies de la tolérance.  Certes la démarche paraîtra surprenante au lecteur protestant peu enclin à succomber aux Lieux Saints, au mysticisme oriental ou encore à la méditation des icônes, sans parler de la touchante naïveté historique dont fait preuve notre voyageur.
André Paul WEBER en conviendra, pour lui le plus important est d'espérer et d'en témoigner.
Philippe AUBERT


Comment Jésus-Christ est-il source de vie pour nous aujourd'hui?
Texte biblique: TOB
«Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit: «Donne-moi à
boire», C’est toi qui aurais demandé et il t'aurait donné de l'eau vive.»
Jean 4 verset 10

Il y a dans cette parole du Seigneur, une manière de se présenter, qui lui est propre. Cette métaphore qui invite à méditer sur le pouvoir du détenteur de cette eau vive, nous conduit également à nous interroger - en dépit de l'époque et du lieu - pour savoir comment Jésus-Christ est source de vie pour nous aujourd'hui.

Le sens de la source et de l'eau dans la Bible
Dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament, on peut dire d'une manière non exhaustive, que l'eau est symbole de la vie. Parce que sans elle, rien ne pousse et la terre se transforme en désert; et par voie de conséquence, tous les êtres vivants seraient voués à la mort! Cela, c'est le premier constat. Dans cette approche physiologique de la vie de toutes espèces vivantes, s'opèrent alors deux glissements métaphoriques: celui qui place Dieu comme source de toute vie; mais aussi comme celui qui l'alimente. C'est donc en Dieu notre créateur, qu'il nous faut puiser pour rafraîchir, pour étancher notre soif spirituelle, liée elle-même à la vie biologique.
Si dans le Nouveau Testament, et plus particulièrement dans ce passage de Jean, nous retrouvons la même symbolique, c'est tout simplement parce que le visage de Dieu est révélé en la personne de Christ. Dès lors, nous comprenons l'analogie qui est utilisée: Jésus peut annoncer qu'il est la source capable de combler le besoin de sens qui nous habite tous: «Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te dit: «Donne-moi à boire », c'est toi qui aurais demandé et il t'aurait donné de l'eau vive.»
Mais dans le récit, tout se passe comme si cette femme de Samarie était restée au premier degré de l'image utilisée par le Seigneur.

Partageons nos expériences de vie
Partant de cet arrière-fond théologique, nous pouvons entrer maintenant dans le cœur des échanges œcuméniques dirigés ce dimanche 2 décembre par le jésuite Jean-Claude BADENHAUSER à la maison paroissiale catholique d'Illzach. Mais il convient de relever qu'en préambule au débat, une veillée de prière animée par les jeunes, a permis de réentendre l'épisode de Jésus avec la Samaritaine au puits de Jacob.
Jésus, source de vie: qu'évoquent pour nous ces mots clés?

Source évoque bien sûr l'eau, et «l'eau c'est la vie»: cette réalité, plus qu'ailleurs, se vérifie dans les pays désertiques où l'eau permet de féconder le désert, où la vie fleurit autour des points d'eau (oasis). L'eau de source est vive, jaillissante, et non pas dormante, stagnante ou polluante. Source signifie aussi début, origine: donc, comment Jésus est-il pour nous point de départ de la (vraie) vie?

La vie est reçue comme un don, fragile, mystérieux, précieux, et digne de respect sous toutes ses formes. Toute vie est faite d'échanges (donner-recevoir) avec le milieu ambiant, à l'image du souffle pour notre respiration. Jésus a dit: «Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie». C'est par l'échange-dialogue que Jésus va devenir source de vie pour la Samaritaine: il lui exprime sa soif (qui n'est pas que d'eau) et doucement, l'amène à faire la vérité sur sa vie: la Samaritaine ne se dérobe pas, ne s'ensable pas dans le mensonge, et elle a, à son tour, soif de cette eau mystérieuse! Ce qui montre que, pour avoir accès à la source, il faut faire la vérité dans sa vie.
Nous aussi, sans faux-semblants, faisons la vérité en nous avec le secours de la méditation, et nous serons certainement surpris, à chaque lecture des Écritures, de découvrir quelque nouveau sens jusqu'alors caché pour nous. Alors, chaque petite conquête d'amour au fond de nous, sera aussi une réponse à cette attente de Dieu qui a soif de nous et qui nous dit: «donne-moi à boire», et ceci en dépit de nos limites et de nos contingences.

Loin de tout fatalisme, Jésus nous rappelle que nous avons à choisir entre la vie et la mort, physiquement et spirituellement, il nous appelle à trouver la bonne hiérarchie dans nos valeurs. Mais dans notre société de consommation, quand la publicité nous fait miroiter que la vraie vie c'est de posséder toujours plus, de quoi avons-nous vraiment soif? Avons-nous le désir de re-naître? Soyons à l’écoute de nous-mêmes, pour découvrir que Jésus a lui aussi le désir de se laisser trouver en nous, et qu'il est à la source de ces valeurs, certes non cotées en Bourse, mais tellement plus vraies et nécessaires: paix, joie, amour…; mais l'histoire des hommes démontre, si besoin était, que ces fruits de l'Esprit n’existent pas s'il n'y a pas aussi la justice, le pardon et le partage. Autrement dit, si mon expérience intérieure ne me conduit pas vers l'autre, alors C'est que je me suis trompé de source.
Jésus est pour moi source de vie dans la mesure où ma vie reste ouverte à l’écoute de l'autre, à l'accueil de ce qu'il a d'unique à m'apporter, en échange de mon propre don. Paix et amour alors sont féconds et contagieux: les petites sources comme les petits ruisseaux font les grandes rivières, jaillissantes de vie lorsque nous nous retrouvons ensemble au nom de Jésus, aussi bien en petites communautés priantes qu'en grands rassemblements festifs.

Ces différentes approches de l'unique Église, corps du Christ, lorsque nous les prenons à témoins de nos expériences personnelles, sont aussi pour nous, les jalons qui indiquent que nous ne faisons pas fausse route en confessant que Jésus-Christ reste la source de vie pour nous aujourd'hui.
Ceci étant, il nous appartient de trouver notre place afin d'apporter par notre action aimante, ou par notre modeste contribution (petite goutte d'eau dans l'océan de la vie petit grain de sel), le bon goût à l'ensemble de la création.

Raphaël Azaglo




Adam et Eve côté jardin
Spectacle de la Marelle
mardi 19.2 à 20 au temple de Riedisheim
mercredi 20.2 à 20h au temple de Cernay
dimanche 24.2 à 17h à la Fraternité de Mulhouse

L'humour irrévérencieux de Mark TWAIN nous fait entrer dans la vie privée d'Adam et Eve. Remonter si loin dans le temps est évidemment un artifice d'auteur pour parler de ses contemporains. Adam et Eve pourraient être Monsieur et Madame SMITH (ou DUPONT).  Ils inventent la vie du couple.
Lui trouve qu'elle parle trop, elle trouve qu'il n'est pas subtil. Mais il découvre que le jardin d'Eden, c'est elle, et Eve s'aperçoit que si elle a perdu le jardin, elle a trouvé Adam et elle en est heureuse.
La beauté de la nature les émerveille et son mystère les inquiète. Ils découvrent la peur et la réalité de la mort, entre regret et acceptation:
Lui - Je lui ai conseillé de ne pas toucher à l'arbre, qu'il en résulterait l'apparition de la mort.
Elle - Je pourrai sauver la buse malade et fournir de la viande fraîche aux tigres mal en point.
Le texte de Mark TWAIN est écrit sous forme de deux journaux intimes, celui d'Adam et celui d'Eve. Pour notre adaptation, nous avons choisi d'entrer dans l'histoire au moment où Caïn et Abel ont quitté la maison pour voler de leur propres ailes.  Adam et Eve se retrouvent seuls. Ils confient leurs souvenirs au public et réorganisent leur vie à deux ...

Mark TWAIN
Samuel LANGHOME CLEMENS, qui s'illustra sous le pseudonyme de Mark TWAIN, naquit en 1835 dans un petit bourg du Missouri. Sa vie fut aussi étrange et mouvementée que celle d'un héros de roman. De tempérament aventureux, il avait déjà failli se noyer neuf fois dans le fleuve Mississippi ou la rivière de l'Ours, avant l'âge de douze ans. Il quitte l'école à treize ans pour travailler dans une imprimerie, entame un tour d'Amérique à dix-huit ans, puis devient successivement pilote de bateau sur le Mississippi, prospecteur dans le Nevada, homme politique, journaliste, pince-sans-rire professionnel, voyageur infatigable en Terre-Sainte, à Hawaii ou en Europe...
Son œuvre est très importante et diverse, mais il est surtout connu pour Tom SAWYER, inspiré de son enfance peu studieuse et riche en expériences, et Huckleberry FINN, son chef d'œuvre, dans lequel un jeune vagabond jette un regard naïf et perspicace sur la société de son temps. Mark TWAIN est un anticonformiste et un humoriste. Le récit de la vie d'Adam et Eve, s'il remonte à la Genèse, ressemble néanmoins étrangement à notre époque. D'où savoureux et amusants anachronismes: le paradis appartient au Nouveau Monde et se situe non loin des chutes du Niagara...
 


Culture et Christianisme : Bruno Chenu à Altkirch

Nouvelle donne pour le christianisme

 Bruno Chenu, né en 1942, théologien assomptionniste, est très connu par les nombreux articles qu'il  publie dans le journal "La Croix" dont il a été rédacteur en chef de 1988 à 1997, et par plus d'une dizaine d'ouvrages théologiques accessibles au grand public. Outre son travail de journaliste et de collaborateur des Editions Bayard, il enseigne la théologie à l'Université catholique de Lyon et poursuit des recherches sur l'évolution des théologies à travers le monde. Sa participation au Groupe des Dombes et à la commission française Justice et Paix témoignent de ses engagements aux plans œcuménique et social, mais la préoccupation qui a le plus marqué l'ensemble de son œuvre porte sur les nouvelles théologies surgies au cours des quatre dernières décennies dans les tiers-mondes.
 Dans sa conférence du 8 février à Altkirch, Bruno Chenu analysera la nouvelle donne que représente la créativité des théologiens qui ont choisi de repenser la foi à partir de l'expérience de la misère et de l'oppression vécue par leurs pays. Comment le christianisme occidental, historiquement lié aux idéologies et aux structures dominantes, peut-il renaître selon l'Evangile en s'engageant réellement aux côtés des pauvres et en répondant à la quête de sens de nos contemporains ?

INTERVIEW

 
Quelle est l'importance de l'actualité économique, politique et culturelle pour la réflexion théologique ?
 La réflexion théologique est quasiment incontournable pour quiconque veut vivre sa foi dans le monde actuel, et c'est bien à tort qu'elle apparaît souvent comme déconnectée des réalités et réservée à des spécialistes. Elle permet de confronter l'évolution des connaissances et des pratiques sociales avec le message biblique et l'expérience de l'Eglise, et de réinterpréter les traditions reçues dans le cadre des situations nouvelles.
Que disent les évangiles et les épîtres sur le capitalisme, le terrorisme ou la bioéthique ? Rien, et pour cause : ces phénomènes n'existaient pas à l'époque de Jésus et l'homme de Nazareth les ignorait comme ses contemporains. La parabole des ouvriers de la dernière heure ne permet ni de comprendre ni de résoudre les problèmes économiques d'aujourd'hui, et il ne faut pas vouloir à tout prix trouver dans les textes néo-testamentaires des réponses toutes faites aux multiples questions inédites que rencontre l'homme moderne. Est-ce à dire qu'il ne s'agit là que de textes obsolètes qui n'ont plus rien à nous apprendre ? Nullement, car ils nous renvoient à l'essentiel en proclamant que chaque homme est habité par Dieu et mérite sans restriction respect et amour. Préciser comment comprendre cette foi et comment incarner ces exigences aujourd'hui est la tâche de la théologie.
Les découvertes de notre temps décuplent les capacités de l'humanité, mais elles exposent l'homme à se disperser entre des sphères d'activité de plus en plus autonomes qui morcellent son unité et favorisent son instrumentalisation. Il n'est pourtant pas fatal que le développement se retourne contre l'homme, que la croissance économique mène au règne des marchandises, que la puissance politique impose l'ordre en méprisant la justice, et que les innovations biologiques en viennent à compromettre la vie… En témoignant de la présence divine dans le monde et en resituant l'évolution en cours dans la dynamique créatrice et salvatrice de Dieu, le christianisme peut redonner sens et cohérence à l'homme ; et la priorité qu'il accorde à l'humanisation du monde met en évidence les transformations à entreprendre au nom de l'Evangile. Des hommes et des femmes sont appelés à se lever pour assumer, à l'instar des prophètes bibliques, l'impossible défi d'exprimer le point de vue de Dieu sur l'histoire qui est la nôtre.

Pourquoi avez-vous privilégié l'étude des théologies des tiers-mondes tout au long de vos recherches ?

 Les années 60 ont inauguré une période particulièrement riche en espoirs avec la libération politique des peuples colonisés d'Afrique et d'Asie, et les puissantes revendications de justice sociale chez les Noirs américains et en Amérique latine. Analyser l'impact de ces phénomènes sociaux majeurs sur le monde et sur l'Eglise m'apparut d'emblée aussi utile que passionnant, et cela n'a cessé de se confirmer à mes yeux. Beaucoup de choses ont changé depuis lors et les désillusions n'ont certes pas manqué, mais les grandes questions soulevées à cette époque charnière restent d'actualité.

La théologie de l'Occident, qui exerçait un monopole de droit et de fait depuis des siècles, dût faire face à un radical renversement de perspective. Se réclamant de vérités abstraites posées a priori, elle s'affirmait universelle. Au plan pratique, elle postulait un développement linéaire de l'humanité, souvent confondu avec la croissance économique et censé permettre aux populations défavorisées de se hisser progressivement au niveau des classes sociales ou des pays dits développés. Or la persistance de l'oppression et de l'exploitation subies par le tiers-monde mit en évidence que la vision idyllique de la théologie officielle s'apparentait à une mystification, et des théologiens qui se voulaient solidaires des peuples dominés en vinrent à élaborer de nouvelles théologies à partir de l'expérience des situations concrètes. Selon eux, l'Evangile ne pouvait être décemment annoncé aux pauvres que si les chrétiens et les Eglises acceptaient de partager le regard des opprimés et des exclus, et s'engageaient à leurs côtés dans les combats pour la dignité humaine, la justice et la paix.

Ces théologies issues de contextes sociopolitiques et culturels locaux furent variées. Plutôt axées sur la révolution ou la libération économique en Amérique latine, sur l'identité culturelle en Afrique, sur la reconnaissance des grandes traditions religieuses en Asie, ou plus récemment sur l'émancipation de la femme dans les différents continents, elles avaient en commun de se situer par rapport aux conflits qui de fait divisent l'humanité. De leur point de vue, le christianisme ne devait pas se tenir à l'écart de ces conflits en se contentant de distribuer de bonnes paroles ; pour être crédible, il lui fallait prendre clairement parti, selon les exigences évangéliques. L'utopie d'une planète réconciliée prend aujourd'hui de nouveaux visages avec la mondialisation, mais que d'antagonismes et d'affrontements subsistent qui interpellent les théologiens !

Quels sont, à vos yeux, les risques et les promesses de la diversification du christianisme contemporain ?

 Du côté catholique, la période d'intense créativité théologique des années 70 a d'abord été suivie d'un temps de perplexité, puis d'un processus de réaction. Tout en s'appropriant les problématiques des nouvelles théologies, comme le choix préférentiel pour les pauvres et la reconnaissance d'une nécessaire inculturation de la foi, Rome a renforcé le contrôle exercé sur les institutions ecclésiastiques et a favorisé un certain retour à la théologie occidentale classique. Parmi les facteurs extérieurs qui ont favorisé cette évolution, il faut citer l'influence de l'ordre mondial dominant, relayé en Amérique latine par des régimes militaires qui se sont appliqués à éradiquer les chrétiens progressistes en même temps que les militants communistes. Au plan spirituel et doctrinal, il faut reconnaître que les nouvelles théologies ont révélé certaines carences inhérentes à la spécificité de leur démarche, notamment une sous-estimation de la vitalité de la religion populaire. Mais l'élément déterminant a été, du côté du Vatican, la crainte d'un éclatement du catholicisme romain.

A une échelle plus large, la situation apparaît pour le moins paradoxale. Tandis que la mondialisation tend à uniformiser les idéologies et les pratiques sociales au profit des structures qui la pilotent, elle suscite des réactions de refus et des revendications identitaires chez les minorités qui se sentent menacées. Dans le domaine religieux, cela se traduit simultanément par une apparente diversification à travers une offre croissante de croyances diverses et une prolifération des Eglises autonomes, et par une standardisation et un appauvrissement des théologies de référence comme des modalités de la religion vécue. Le courant pentecôtiste est particulièrement symptomatique à cet égard, à la fois capable de se fragmenter à l'extrême et toujours conforme à un modèle d'une désarmante simplicité. Ce qu'il propose, c'est une relation très individualisée et quasi exclusivement émotionnelle à un Jésus qui console, guérit et sauve, à fortes composantes imaginaires. Ne sont finalement recherchés, jusque dans les célébrations les plus fusionnelles, que l'épanouissement individuel que prône la société sans pouvoir l'accorder.

Pour efficace que puisse être une politique centralisatrice dans une conjoncture donnée, elle ne saurait garantir à
long terme ni l'unité ni la survie d'une Eglise ; et inversement, une diversification non maîtrisée de la religion conduit inévitablement à une fragmentation néfaste, voire à de funestes  affrontements. Alors, que faut-il espérer ? Les difficultés que rencontrent actuellement les recherches théologiques en Inde balisent le chemin étroit qui mène à un christianisme responsable et novateur, autant soucieux de fidélité à l'essentiel de la foi que d'ouverture aux cultures non chrétiennes. Si l'inculturation du christianisme est une condition indispensable de son avenir, il est clair par contre qu'une subordination de la foi à un héritage culturel ou à un contexte social particulier, quel qu'il soit, viderait le christianisme de ce qui constitue sa raison d'être. Le dépassement de ces déterminations apparemment contradictoires résidera dans une véritable universalité du christianisme, c'est-à-dire dans un échange fraternel et critique entre toutes les Eglises qui se réclament de Jésus-Christ.

Comment apprécier la désaffection du christianisme en France, et que faire dans cette situation ?

Il ne s'agit pas d'une simple crise qui pourrait se terminer par un retour à la situation antérieure, mais plutôt d'une mutation irréversible de notre société. Le ciel s'est vidé du Dieu Créateur et Providence qui gouvernait le monde, l'église ou le temple ne sont plus au centre des agglomérations pour structurer l'espace et le temps personnels et communautaires, et la vie se déroule désormais hors de l'emprise des autorités religieuses. Les sondages montrent que le nombre des "sans religion" s'accroît d'année en année, et que les Eglises sont largement perçues comme des institutions archaïques dont on n'attend plus grand-chose hormis quelques formalités sociales. C'est en tant que minorités que les chrétiens auront désormais à intervenir dans le monde. Mais ce statut leur confère une liberté nouvelle : l'heure n'étant plus au pouvoir exercé au nom de Dieu, mais au service désintéressé des hommes au nom d'un Dieu d'amour sans pouvoir, les Eglises peuvent témoigner de ce Dieu sans avoir à se soumettre aux structures dominantes auxquelles elles étaient inféodées auparavant.

La sécularisation qui a transformé la France et l'Europe ne touche guère les Etats-Unis, mais le délitement des structures sociales traditionnelles au profit d'un individualisme généralisé constitue en revanche un phénomène de civilisation qui affecte tout l'Occident. Les représentations et les solidarités qui cimentent les collectivités s'effritent, et les autorités qui en assurent la stabilité s'effondrent. Sous le couvert du mythe de la société d'abondance, l'individu est exalté dans ses désirs les plus égoïstes pour qu'il assure sa fonction de consommateur et pérennise le système de production en place. Il s'ensuit une compétition farouche, dont les vainqueurs sont adulés et les vaincus rejetés de la société. Les religions elles-mêmes, ou les sagesses et spiritualités qui en tiennent lieu, se trouvent de plus en plus marquées du sceau de cet individualisme : le moi, ramené à la satisfaction et à l'épanouissement personnel, est placé au centre de toutes les préoccupations. Mais, aussi lourde de conséquences que soit cette évolution, il importe de relever qu'elle n'opère pas seule : d'autres dynamiques sont à l'œuvre, sous des formes diverses, pour combattre les malheurs et tenter de construire un monde plus humain. L'homme n'a pas disparu, mais il continue à se chercher.

Si le christianisme veut aider notre société à réaliser les meilleures de ses aspirations, il devra d'abord la reconnaître telle qu'elle est, avec ses insuffisances et ses potentialités, sans regrets inutiles et sans stratégies de récupération. Les premières tâches à entreprendre seront des plus humbles et exigeront de collaborer avec tous les hommes de bonne volonté, sans distinction d'appartenance : il faut retrouver le sens des mots et des choses, restaurer l'homme dans ses dimensions fondamentales, recréer les relations et les liens qui humanisent la vie. En même temps, le christianisme devra répondre aux attentes personnelles de nos contemporains en mettant à leur portée les riches ressources spirituelles des traditions chrétiennes, et en favorisant l'émergence de nouvelles formes de convivialité. Et c'est seulement ensuite que pourra être proposée, à ceux qui le désirent, une ouverture plus systématique sur la révélation du Dieu de Jésus-Christ. Le chemin vers l'homme et vers Dieu est toujours long …

Mais les nouvelles théologies des tiers-mondes ont rappelé avec force, quelles qu'aient été leurs limites, que le christianisme reste une bonne nouvelle pour tous les pauvres de la planète, pour ceux qui manquent de tout comme pour ceux qui manquent de l'essentiel. Après deux millénaires de christianisme occidental, l'inculturation du christianisme ne fait peut-être que commencer - même chez nous.

     Propos recueillis par Jean-Marie Kohler

Conférence à la Halle au blé d’Altkirch, le 8 février à 20h. Entrée libre. Vente et dédicace des ouvrages du conférencier.



Le Dossier
Où en est la “presse protestante” (au 21e siècle…)

Environnement et caractéristiques. Par Colette HIRTZ, historienne de la presse

L'information écrite, en général, connaît une forte concurrence, en particulier la presse quotidienne nationale ou régionale, dont les 2/3 du tirage pour les régions, où règnent des monopoles puissants. Leurs ressources, liées à la publicité (y compris par leurs “gratuits”) restent importantes. un petit nombre de journaux représente la “presse d'opinion” aidée par l'Etat, la Croix et l'Humanité… On connaît l'importance des “Hebdos”, News magazines (l'Express, le Point, Nouvel Observateur) et plus populaires - Paris Match grâce à ses photos… Les “mensuels” sont surtout spécialisés: Notre Histoire, Géo. Il existe aussi une importante presse pour les enfants et les jeunes. Et les protestants (2 % des Français!) très peu homogènes, que lisent-ils? Ont-ils une presse spécifique? et où en est-elle?

L’écrit face aux nouveaux médias
La presse protestante est très diverse, trop peut-être… Mais chaque fois qu'on a voulu l'unifier un peu, elle a perdu des lecteurs. Comme toute la presse écrite en France, elle en perdra encore; en effet les nouvelles générations préfèrent les nouvelles technologies, plus rapides; et les “sympathisants”, catholiques ou incroyants, feraient plutôt partie des auditeurs des radios (France Culture, Présence Protestante à Paris, le réseau œcuménique RCF, et les évangéliques); sans parler de la Télévision du dimanche, en particulier “Agapè” le premier dimanche du mois.
D'après certains sondages ces deux sortes de médias toucheraient entre 300 et 400 000 personnes. En additionnant tous les journaux protestants écrits, on est bien loin de ce total. * Pour Réforme ce serait plutôt 7 000 abonnés; et l'un des grands régionaux Réveil (Centre Alpes Rhône) qui couvre un “croissant fertile” de l'Ardèche à Dijon serait plutôt en-dessous. Le Messager, hebdomadaire pour la région Alsace-Moselle, quant à lui, a 9 000 abonnés. Ceci dit, il y a plusieurs niveaux d'information écrite: les “généralistes” qui sont plutôt hebdomadaires. Et les “régionaux” qui n'ont pas voulu dans les années 70 s'unifier dans “Horizons protestants”, jugé trop marqué politiquement et théologiquement.

La presse régionale
Cependant les régionaux mensuels adhèrent à un “pool” commun d'articles, où ils choisissent librement. Car ils sont d'abord proches de leurs lecteurs, abonnés plus ou moins d'office. C'est par leurs pages locales qu'une lectrice ardéchoise saura qu'une amie de Dijon a marié sa fille, ou que son ancien pasteur est nommé à Montpellier ou à Caen! Il y a même eu des lecteurs qui souhaitaient ne recevoir que ces chroniques locales, allégées. Il faut dire aussi que longtemps les chroniques étaient répétitives, chaque pasteur fêtant Noël ou Pâques, textes bibliques à l'appui. Lorsque c'est un(e) laïque qui récolte nouvelles et annonces, il ne se sent pas obligé de mettre son grain de sel théologique… Un assez grand nombre de paroisses semblent adopter cette “séparation” des rôles qui allège la tâche de leurs ministres. Les pages théologiques et bibliques sont un signe d'unité, garantie aussi par le président de région et les divers conseils.

                 .../...
Le pouvoir et l'argent
Il n'y a en principe pas ou peu de censure, mais un abondant courrier de lecteurs, largement publié. Le comité de rédaction arbitre. Mais on sait que si l'objectivité n'existe guère dans les organes d'information, du moins l'honnêteté prévaut-elle… Presse démocratique, donc, avec peu de conflits de pouvoir visibles. Mais l'argent est un autre facteur important! Peu de publicité, salaires réduits au minimum “pastoral”, pas de subventions secrètes, et on parle très peu de la presse dans les synodes! Mais les lecteurs ne rajeunissent pas, et la relève n'apparaît guère. En outre on voit refleurir des feuilles locales, épisodiques et gratuites pour tous les paroissiens. Cela n'encourage pas à payer un abonnement.

Certains protestants lisent aussi la presse catholique (La Vie, Témoignage chrétien…). Et si on cherchait le quotidien le plus proche du protestantisme c'était, du temps d'Albert Finet, directeur de Réforme, le Monde. Nés en même temps, les deux journaux ont subi les mêmes crises (Algérie, Mai 68) et les mêmes difficultés financières. Il est vrai que certains des fondateurs du Monde étaient protestants.

En somme il ne tient qu'aux protestants de se lire et d'écrire, de se faire entendre et voir. Il serait dommage que la presse protestante n'évolue pas, il lui faut du dynamisme pour être non une institution mais un événement, avec des idées et des moyens renouvelés. Il n'est pas facile de trouver de la publicité pour un lectorat plutôt âgé, même si Hermès aide parfois Réforme; et la Clairette de Die, contestée au nom de l'antialcoolisme dans sa propre région, avait pourtant une image joyeuse. On pourrait rêver d'un groupe “multimédia”, souple, avec la nouvelle “Fondation du protestantisme”, utilisant des professionnels bien formés (et payés correctement) et des bénévoles qualifiés, avant le centenaire de la Fédération en 2005, pourquoi pas?

Cf. la thèse de Jacques Terme, déposée au CPED, sur Horizons Protestants


Une presse aux mérites multiples. Par Jean LOIGNON

 
Les protestants sont des chrétiens persuadés que deux choses surabondent: la grâce et… la presse; pour un gros million de fidèles identifiés et quelques centaines de milliers de compagnons de route(s), 70 titres de journaux, revues, bulletins se disputent le lectorat de la minorité qui associe sa foi au geste de s'abonner. Dans cette constellation - ou cette dispersion - du message écrit, les six titres de la presse régionale réformée jouent les poids lourds: leur diffusion cumulée oscille entre 30 et 35 000 exemplaires, auxquels s'ajoutent les tirages conséquents - 10 à 12000 - des organes luthéro-réformés d'Alsace-Lorraine.

Un petit miracle
Disons-le tout net, mieux proclamons-le, la parution de ces titres régionaux est un petit miracle mensuel où peu de moyens professionnels s'ajoutent à beaucoup de bénévolat pour accoucher de revues qui n'ont pas à rougir de leur mise en page et de leur contenu rédactionnel. Sceptiques? Si vous êtes abonnés, donc en droit de critiquer, allez extirper d'un placard paroissial les numéros d'il y a seulement dix ans: les progrès et le renouvellement sont patents.

Transversalité nécessaire
Un des travers des protestants est de vivre leur engagement dans le cadre dominant de leurs paroisses; petites et chaleureuses républiques de la foi, elles tendent à l'exclusivité et ne s'intéressent que partiellement à ce qui leur est extérieur. La presse régionale est d'abord l'accès à d'autres réalités ecclésiales, à commencer par les autres paroisses qui, par leurs chroniques, témoignent de leurs efforts, de leurs innovations, de leurs difficultés aussi. Du coup, ce qui paraît impossible chez soi rencontre le démenti apporté par la simple connaissance de l'autre. Mais la presse régionale ne se veut pas la seule addition confédérale des chroniques paroissiales: la vie régionale est le lieu de la transversalité, du partage, du cadre plus large capable de drainer un public “hors-paroisse”.
Cette dernière capacité de la presse régionale est en même temps son défi: l'essentiel de son lectorat reste celui de ses abonnés par le canal paroissial et on sait mal comment capter sans publicité, sans présence dans les kiosques, le public volatil de ceux qui suivent leur propre chemin.
Si l'on ajoute la mission des dossiers de la presse régionale d'exprimer dans la différence un point de vue “national”, car notre Église réformée reste de France, notre VP, notre Réveil, notre Echange, notre Cep, notre Ensemble, notre Protestant de l'Ouest, notre Parole Protestante… méritent bien notre intérêt, notre confiance et notre solidarité.

Regard sur la presse régionale protestante
 
À mes consœurs (frères) journalistes bénévoles

Je viens d’en faire l’expérience, entrer dans la lecture de la presse régionale protestante c’est faire un voyage extraordinaire.
Un voyage dans le temps et dans l’espace.
Un voyage dans les régions, l’occasion de découvrir et comprendre mille et une personnalités, des dizaines d’histoires.
C’est aussi un voyage aussi au coeur de ces aventures humaines qui tissent l’humanité. Une réunion de groupe ici, la préparation d’une expo là, un appel aux bénévoles pour lancer un projet, une réflexion qui s’amorce...
Comme ailleurs, on y repère les grands classiques: trouver de l’argent pour financer l’Église; Revenir à l’essentiel: la Bible; Comment se mobiliser pour préparer un rassemblement qu’il soit synodal ou autre. Et encore, les épisodes de la vie locale, les nouveaux visages et les projets des pasteurs qui arrivent, le regard de ceux qui partent, des anecdotes, des souvenirs, des commémorations, des gestes partagés, des moments de fraternité.
Au fil des pages on retrouve des vraies questions et des bonnes réponses. Pas forcement définitives, pas complètement tranchées. Des débats aussi.
À travers les colonnes, des mots font sursauter, des formules irritent, des expressions agacent. Ils côtoient des paroles qui apaisent, des images qui réconfortent, des sérénités qui réchauffent.
Un voyage véritablement extraordinaire et d’une richesse inouïe.
Mais, car il y a un mais...
Pour entreprendre un tel voyage il faut surtout avoir:
- Les bonnes lunettes pour arriver à déchiffrer des caractères souvent trop petits.
- Un goût du jeu de piste ou de l’orientation pour s’y retrouver dans le dédale des rubriques, pas toujours adéquates.
- Une persévérance d’explorateur, pour découvrir, au milieu d’un texte un peu bavard, la vraie information, celle qui fait l’originalité et la nouveauté.
- Une curiosité exacerbée pour arriver jusqu’au bout, de colonnes entières de textes, parfois indigestes.
- Un sens de l’ordre bien structuré pour faire le tri entre les trois ordres (1) de nouvelles: nationales, régionales et locales.
- Un œil artistique avéré pour apprécier certaines profusions de couleurs ou à l’opposé, l’austérité de l’absence de couleurs...
Un voyage extraordinaire et pourtant extraordinairement compliqué.
À vrai dire, il suffirait de presque rien, ou de si peu de choses, pour que le voyage soit aussi confortable qu’extraordinaire.
Raconter des histoires, ôter le superflu, s’en tenir aux faits, penser au lecteur, s’inspirer des bonnes idées des autres, écrire pour apporter quelque chose à son voisin et s’en remettre à la grâce du rédacteur en chef. Le B.A. BA du journalisme quoi!
Jeanine PALOULIAN, journaliste au Progrès

(1) Toute ressemblance avec Blaise Pascal serait naturellement inexacte

Lettre à une cousine d’un autre bout de la France
 
Chère cousine,

Tu m’écris que ton mensuel régional a dû “pomper” dans celui de ma région parce que tu y as trouvé ma signature. Mais ce n’est pas ainsi que ça fonctionne!
En réalité le “dossier” que tu trouves chaque mois dans “Ensemble” est préparé en commun par les rédacteurs de tous les mensuels protestants régionaux. Ils se réunissent régulièrement pour choisir et définir le thème, proposer des personnes à solliciter ou à interviewer, lister éventuellement les reportages incontournables (synodes, assemblées générales,...) et puis se répartir la tâche.
L’avantage de ce travail en commun est d’élargir les possibilités de chacun en les mettant à la disposition de tous: sur tel sujet, le spécialiste est à Montpellier,... le rédacteur du “Cep” le contactera, tandis que tel groupe qui à Lille travaille sur le même thème, sera interrogé par un collaborateur de “Parole protestante” (mensuel de la région Nord-Normandie), et que “La Voix Protestante” rendra compte d’un colloque parisien... etc. Les articles sont “saisis” sur ordinateur et regroupés par un secrétariat unique, puis transmis à toutes les rédactions par courrier électronique: vive internet!
Le dossier ainsi constitué est une sorte de “pot commun” dans lequel chaque comité de rédaction peut puiser, en gardant la liberté de n’en prendre qu’une partie, d’y ajouter d’autres articles ou même de choisir un thème différent si l’actualité régionale l’impose.
Tu te demandes peut-être pourquoi le protestantisme disperse ses forces en publiant un mensuel différent dans chaque régions: pourquoi pas un seul magazine national?
Cela s’est déjà fait: “Horizons protestants” qui a paru de 1971 à 1974 était un mensuel national, de grand format, tout en couleurs et comportait un encart régional en noir et blanc. L’expérience n’a pas été concluante. Probablement que les particularismes régionaux sont trop importants pour qu’une même revue retienne l’attention aussi bien d’un protestant nîmois, que d’un breton ou d’un lorrain. De plus, les moyens modernes facilitent beaucoup la publication d’un périodique.
Mais les temps changent vite, et la question doit être périodiquement posée à nouveau. Certains pensent que des regroupements pourraient réduire les frais, permettre d’améliorer la qualité de notre presse et la redynamiser. Il reste à vérifier que l’économie soit réelle.
Déjà le mensuel “La Voix Protestante” a deux éditions: une pour la région parisienne et une pour la région Est. Elles comprennent des pages générales communes et des pages régionales différentes.
Un regroupement d’une autre forme est expérimenté par les trois mensuels du sud-est de la France: Le Cep (Cévennes-Languedoc-Roussillon), Echanges (Provence-Côte d’Azur-Corse) et Réveil (Centre-Alpes-Rhône).
Tu penses bien que cet essai va être examiné attentivement par tous les autres! Car une question est de savoir jusqu’où on peut aller... Si le journal s’éloigne trop des centres d’intérêt de ses lecteurs, ce n’est pas sa meilleure qualité qui les retiendra. Et inversement une publication de médiocre aspect a de fortes chances de rebuter d’éventuels nouveaux lecteurs...
Comme tu le vois, la marge de manœuvre est étroite et l’exercice difficile!
Au fait, tes enfants sont-ils abonnés au journal de leur région? Quand je me suis aperçue qu’aucun de mes jeunes ménages n’était abonné, j’ai offert à chacun, pour Noël, un abonnement au journal de sa région.
À bientôt j’espère. Je t’embrasse bien affectueusement.
Eliane
                                    …/…


Titres des journaux régionaux et leur région de diffusion:

Parole protestante   Nord-Normandie
Le Protestant de l’Ouest  Ouest
Ensemble    Sud-Ouest
Le Cep    Cévennes-Languedoc-Roussillon
Echanges    Provence-Côte d’Azur-Corse
Réveil     Centre-Alpes Rhône
La Voix protestante (éd. Paris) Région parisienne
La Voix protestante (éd. Est) Est (sauf Alsace Moselle)
Renouveau    Moselle
Le Ralliement protestant  Mulhouse
Le Messager   Alsace
Fraternité    Paris (luthérien)
L’Ami chrétien   Pays de Montbéliard

La diffusion de l’ensemble de ces titres est d’environ 50.000 exemplaires chaque mois


Entretien avec le pasteur Jean-Arnold de CLERMONT. Propos recueillis par Florence de MULLENHEIM
 

“Dire aujourd’hui l’indignation et l’espérance, à l’image des prophètes de l’Ancien Testament.”

Le 3 février aura lieu la Journée chrétienne de la communication. À cette occasion un état des lieux de la presse protestante régionale est dressé qui montre la baisse continue de son lectorat. Qu’en pensez-vous?

La baisse du lectorat est en effet certaine. Elle est liée à notre dimension minoritaire. Il me semble qu’il y a deux réflexes actuels par rapport à ce fait de minorité. Il y a une réaction de type identitaire: ceux qui disent, il faut que je sois plus protestant que les protestants; ceux-là ont besoin d’une presse protestante, d’être soutenus dans leurs convictions protestantes (notez que chez les catholiques, qui sont aussi minoritaires en France, il y a aussi ce réflexe identitaire: être vraiment catholique).
Il y a un autre type de réaction: celle de comprendre que c’est le christianisme qui est minoritaire et qu’il faut beaucoup plus être tourné vers le témoignage de la foi chrétienne et les questions de la vie en société et par conséquent plus ouverts que jamais à ce qui est de type forums, débats, discussions avec le monde. C’est peut-être le type identitaire chrétien. Et par là, je pense qu’il peut y avoir connexion avec le problème de notre presse protestante.

C’est-à-dire?
Que soit nous nous enfermons dans un ghetto protestant, et à ce moment-là la presse protestante régionale disparaît; soit au contraire, c’est mon point de vue optimiste, de dire: voilà le moment où jamais d’être beaucoup moins attaché à notre survivance en tant qu’Église protestante, identifiée telle quelle, qu’au témoignage à porter en tous lieux comme chrétien et qui plus est, avec notre expérience protestante.

Y a-t-il quelque chose à changer dans nos journaux protestants régionaux?

Il me semble que la formule “dossier” est un peu lourde à digérer pour le lecteur. Ces dossiers sont très bien faits, complets, traitant de questions intelligentes; mais c’est un peu comme si on disait aux lecteurs protestants, voilà comment il faut réfléchir et penser sur tel et tel sujet... un dossier clos dans la forme. Plus on s’approchera du magazine qui traite une multiplicité de sujets plus on rendra cette presse attrayante et plus les lecteurs y participeront vraiment.

Un nouveau message via l’écrit protestant?
Je crois qu’il est nécessaire d’avoir une parole qui soit très proche de celle des prophètes de l’Ancien Testament. Non pas être comme des doctrinaires mais comme des gens qui sachent lire le monde à la lumière de la Parole de Dieu. Dans la presse, donc, doit se marquer notre capacité d’indignation de chrétien et notre capacité d’espérance. Nos journaux doivent être ouverts à cette parole.
                                                                     …/…
Le manque de moyens financiers, le coût de la fabrication et de la diffusion du journal protestant régional n’arrangent pas les choses

Je reste convaincu que l’Église Réformée de France aurait tout intérêt à investir fortement dans un support mensuel rédigé à 70% par des professionnels pour le corps du journal, et complété à 30% par des bénévoles pour le régional et le local …sans vouloir opposer le professionnel compétent au bénévole incompétent! Et qu’à la tête de la rédaction soient des hommes et des femmes à dimension théologique réelle. Je pense qu’il n’est pas anormal de dire: ça coûte, si l’on pense que l’écrit est déterminant. On trouve bien normal de payer des pasteurs!...
 

Un problème : la diffusion !
 
Quelles sont les possibilités pour la presse protestante régionale de voir augmenter sa diffusion ? peut-on se contenter des recettes d’hier ? par Didier Weill

On entend encore dire : « si les journaux régionaux étaient…et on énumère une série de qualités qu’ils devraient posséder quant au contenu, quant à la mise en page, quant à la couleur, l’attrait pour l’œil, l’iconographie, la facilité de s’y repérer, l’écriture, les débats…toutes qualités qui devraient assurer la diffusion de ces journaux. Si tout ceci, évidement nécessaire, était suffisant cela se saurait. Les grands médias nationaux et régionaux, quotidiens comme hebdomadaires  n’auraient pas besoin de relancer leurs anciens abonnés et d’en rechercher de nouveaux par des mailings multiples, ni éditer chaque semaine, pour les hebdomadaires, des affiches placardées dans les kiosques ou encore se « payer de la publicité » dans d’autres médias.

Baisse du lectorat
La baisse du lectorat n’est pas un phénomène particulier à la presse d’Eglise. C’est une donnée générale. Et dans l’Eglise cette baisse n’est nullement liée majoritairement à un désintérêt du lectorat pour le contenu ou la forme du journal. On observe, comme ailleurs, des causes simples : décès, départs, parfois changement de situation économique des familles, et il arrive, et c’est normal, que certain se désabonne par désaccord. Mais ceci est très rare.
Il faut donc pouvoir dans un premier temps compenser ces « pertes naturelles d’abonnés ». Et dans un second temps, chercher et trouver de nouveaux abonnés. C’est la vocation même d’un journal d’être le plus largement divulgué.

Quels moyens de diffusion ?
Qu’en est-il de la presse régionale protestante ? Qu’elles sont ses possibilités d’être diffusée ?
Peut-on imaginer que la parution du journal soit annoncer, une fois par mois, au cours d’un culte ? Si cela est nécessaire, c’est aussi insuffisant.
Peut-on imaginer laisser la responsabilité de la diffusion du journal au seul correspondant ou à la seule correspondante du journal dans l’Eglise locale ? Si cela est nécessaire, c’est aussi insuffisant.
Peut-on imaginer que chaque Eglise locale prenne à sa charge la diffusion auprès de toutes les personnes connues d’un exemplaire du journal accompagné d’un courrier et de renouveler cette opération, disons tous les deux ans ? Le coût, pour l’Eglise locale, en serait trop élevé , et de plus cela demande compétence et temps.
Comment alors rejoindre, en un premier temps, toutes les personnes qui, protestantes ou non, s’intéressent au protestantisme ou pour le dire autrement à l’Evangile de Jésus-Christ selon les protestants ? Si des protestants lisent La Vie  ou La Croix ne peut-on penser que d’autres lisent  les journaux régionaux protestants ?

Avec l’aide des Eglises locales
Il est évident que ces journaux ne peuvent acheter des fichiers pour faire de la prospection d’abonnés. Pourtant il faut comprendre qu’il n’y aura pas de diffusion, digne de ce nom, si ne sont pas engagées des actions professionnelles.
Cela doit se faire avec l’aide des Eglises locales, en concertation avec elles. Ceux qui ont été nommés par l’Eglise (Synode ou Conseil régional) doivent pouvoir compter sur l’aide de chacun pour pouvoir mener leur tache de gestionnaire à bien, puisque la diffusion des journaux régionaux participe à l’annonce de l’Evangile.