d'avril 2002
 
 

Oeil pour oeil…

Jusqu'à quand?


 


Éditorial, Jean-Marc Meyer

2e Festival d’Art Spirituel de Mulhouse du 13 au 21.4.

Plus d'informations auprès de Sybille Klumpp.


Concerts

Conférences

Méditation

LEVE TOI ET MANGE. 1 Rois 19 1 à 8, Sybille Klumpp
Culture et Christianisme : compte rendu de la conférence de B. Chenu
Nouvelle donne pour le christianisme


Le Dossier
Israël, Palestine… la déchirure

Quelques repères historiques et pratiques
La question palestinienne, la création de l’État d’Israël, les terrorismes, les échecs diplomatiques… Comment s’y retrouver?
Les accords d’Oslo.
Deux points de vue:
À Israël de faire le premier pas, Mgr Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, Propos repris par Martine Fleur

Aux Palestiniens de faire la paix D’après un article de Arno KLARSFELD: «Les vraies causes du conflit», paru dans le journal «Le Monde» du 4.12.2001.
 

La déclaration BALFOUR. Philippe Aubert


Éditorial
Oeil pour oeil…
jusqu'à quand?

Comme tous les conflits, l’actuel conflit israëlo-palestinien est régi par la Loi du Talion : « œil pour œil, dent pour dent… »
Jusqu’à quand ?
Au fil des jours, des mois, des années, la loi du Talion s’est démultipliée : « dix yeux pour un œil, milles dents pour une… ! »

C’est le sort de toutes les guerres - celles avouées ou celles qui taisent leur nom… celles dont on parle ou celles que tout le monde oublie…
On a beau parler de règlements (comme si on pouvait réglementer la haine !), de conventions, d’accords… la seule Loi qui reste quand deux peuples s’opposent est cette Loi du Talion, démultipliée aujourd’hui car même la sagesse de nos anciens qui l’avaient instaurée a disparue !

Ne nous sentons pourtant pas coupables de vivre et d’accepter une telle Loi : elle est naturelle.
Elle vient du tréfonds de nos êtres ; de cet endroit de notre cerveau qui, après de multiples stades d’évolution, garde les traces de l’instinct de survie à tout prix.
Ne nous sentons pas coupables car chacun de nous, si un de ses enfants ou de ses proches était tué, penserait d’abord et avant tout à se venger. C’est comme ça, et c’est normal…

Ne nous sentons pas coupable mais, au moins, sentons-nous concernés.
Concernés en tant qu’êtres humains tout d’abord, qui avons (logiquement) dépassé ce stade du cerveau reptilien et qui avons pris conscience que ce mécanisme d’engrenage de la violence ne mène à rien de bon. La simple évolution du cerveau humain devrait conduire les 6 milliards d’habitants de notre petite planète à réaliser que seuls le partage véritable des richesses et la cohabitation pacifique sur une même terre sont aptes à solutionner les conflits de tous ordres.
Concernés aussi en tant que chrétiens, qui avons entendu notre Seigneur nous dire de tendre la joue gauche et d’aimer nos ennemis. Non plus un appel à notre cerveau, à notre raison, mais à notre foi et à notre capacité d’aimer même ceux qui nous veulent du mal… Vaste programme !

« Un programme qui ne nous concerne pas, notamment dans la situation actuelle du Proche-Orient », diront certains…
« Nous n’y pouvons rien, ici, si les Juifs et les Palestiniens se tapent dessus pour quelques hectares de désert. Et pareil pour toutes les autres guerres… »
Oui, ils ont raison, et en même temps, ils ont tort.
Car un jour ou l’autre, c’est bien l’ensemble de la population de notre monde qui devra décider si elle préfère le joug de la Loi du Talion - avec ses règles, conventions et accords qui n’en sont pas - ou si, dans un élan de conscience partagé par toutes les religions, elle fera tous les efforts (même contre nature) pour une cohabitation pacifique et fraternelle.

Plus qu’une question géopolitique, philosophique ou théologique, c’est un défi humain qui m’est lancé, à ma place, aussi petite soit-elle… Le défi de poser ma pierre à cette construction du Royaume de Dieu annoncé par Jésus, non pas CONTRE la guerre, le terrorisme, la haine, mais MALGRÉ eux ; en vivant concrètement et sciemment cette fraternité et ce désir de paix, dans mon foyer, mon quartier, ma ville, mon pays…
Même si je sais que rien n’est gagné et qu’il faudra du temps - beaucoup de temps - avant que les efforts conjugués de tous éradiqueront ces maux de la terre…

Les petits ruisseaux font les grandes rivières,
Voilà pourquoi je ne désespère…
À « œil pour œil, dent pour dent », je réponds :
« Désolé, j’ai d’autres convictions ! »

Jean-Marc MEYER



Concerts
 
Dimanche 2.4 à 17h au temple Saint-Paul: le quatuor Bartholdi
Programme:
- Mendelssohn: quatuor opus 12 en mi b.
- Schubert: "Quarter satz".
- Mozart: quatuor en sol mineur pour deux altos.
Entrée libre - plateau à la sortie.
Dimanche 28.4 à 17h en l'église Saint-Maurice de Pfastatt: Requiem de Mozart.
Avec le Collegium Musicum de Mulhouse et la chorale Orphée de Belfort.
Concert organisé par les paroisses Saint-Maurice et Saint-Marc avec l’Omsal de Pfastatt.
Entrée libre, plateau.
Conférences
Conférences
2e Festival d’Art Spirituel de Mulhouse du 13 au 21.4
Spectacles Exposition Rencontres Adresses
UP: 13, rue des Franciscains.
Temple Saint-Étienne: place de la Réunion.
Eglise Sainte-Marie: rue de Lorraine.
Maison Loewenfels: 44 rue des Franciscains.
Cour des Chaînes: 13 rue des Franciscains.
Foyer Sainte Geneviève: 27 rue du Printemps.
Chapelle Saint-Jean: Grand’Rue.
Cinéma Bel Air: 31 rue Fénélon.
Salle Saint-Jean: impasse des Cendres.

Ateliers

Concerts
 


Méditation
LEVE TOI ET MANGE. Texte biblique :  1 Rois 19 1 à 8
Akhab parla à Jézabel de tout ce qu’avait fait Élie, et de tous ceux qu’il avait tués par l’épée, tous les prophètes. Jézabel envoya un messager à Élie pour lui dire : « que les dieux me fasse ceci et encore cela si demain à la même heure, je n’ai pas fait de ta vie ce que tu as fait de la leur ! ».
Voyant cela Élie se leva et partit pour sauver sa vie ; il arriva à Béer-Shéva qui appartient à Juda et y laissa son serviteur. Lui-même s’en alla dans le désert, à une journée de marche. Y étant parvenu, il s’assit sous un genêt isolé. Il demanda la mort et dit : « Je n’en peux plus ! maintenant, Seigneur, prends ma vie, car je ne vaux pas mieux que mes pères. » Puis il se coucha et s’endormit sous un genêt isolé. Mais voici qu’un ange le toucha et lui dit : « Lève-toi et mange ! » Il regarda : à son chevet il y avait une galette cuite sur des pierres chauffées, et une cruche d’eau ; il mangea, il but, puis se recoucha. L’ange du Seigneur revint, le toucha et dit : « Lève-toi et mange, car autrement le chemin serait trop long pour toi. » Élie se leva, il mangea et but puis, fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à la montagne de Dieu, à l’Horeb.
Clés de lecture
1. Les Livres des Rois, qui couvrent une longue période de l’Histoire d’Israël (de 927 environ avant Jésus Christ jusqu’à 561 avant J.C.) sont d’abord une réflexion théologique sur l’histoire du peuple et de ses rois.

2. Les versets font partis du cycle d’Élie qui se trouve dans 1 Rois 16 29-19 21 ;
    1 Rois 21 1 à 29 et 2 Rois 1 et 2

3. Le prophète Élie surgit d’une façon abrupte dans l’histoire sous les règne d’Achab en  Israël (875-853 avant J.C.).

4. Élie est parfois considéré comme le plus grand prophète du Premier Testament. Jésus est souvent désigné comme le nouvel Élie (Matthieu 16 14 ; Mc 8 28 ; Luc 9 19).
 

Le prophète Élie est pour nous une figure culturelle qu’on peut retrouver dans la littérature, l’iconographie et la musique. Mais cet homme nous touche également par sa force, ses faiblesses, ses illusions, ses échecs et ses erreurs. Il nous rejoint aussi dans notre foi et notre quotidien. C’est dans cette perspective là que je vous propose de relire ce texte.

Chemin de foi
Élie parcourut un véritable chemin initiatique en passant par des hauts et des bas, par des épreuves, aidé par certains, combattu par d’autres, pour finalement découvrir ce qu’il est et qui est Dieu.
Le cheminement de foi d’Élie dans sa relation mouvementée avec Dieu est pour nous le cheminement de foi de tout croyant avec ses certitudes, ses points de ruptures, ses doutes, sa confiance.
Tout croyant en recherche passera par des hauts et des bas, un balancement successif fait de plénitude (réussite passagère, puissance, fausses images de Dieu) et de découragement destructeur (désir de mort engendré par la déception et l’échec, sentiment de culpabilité et l’abandon de Dieu). Pour nous trop souvent, croire, « avoir la foi » (!) est égal, à ne pas avoir des doutes, des sentiments d’échec. Un chemin de foi adulte et responsable passe forcément et toujours par des étapes et des moments d’échec et de découragement.

Chemin de vie
C’est d’ailleurs dans cet état que nous rencontrons Élie dans notre texte. Et pourtant Élie pourrait avoir tout pour être heureux et fier : son Dieu à envoyé le feu et la pluie. Son Dieu est plus fort que les Baals. Élie est couvert de gloire, félicité par le roi, acclamé par le peuple. Mais il est menacé de mort : la reine Jézabel veut se venger et le faire mourir. Élie doit fuir pour sauver sa vie. Un jeu de verbes (19 3+4 : se lever, partir, s’en aller), traduit la hâte d’Élie et son intérieur. Il est seul, vagabond et en errance. Il est en profonde déprime avec un désir de non vie et de mort. « Maintenant Seigneur prends ma vie ! » Il est dans un désert mental avant d’être physiquement dans le désert. Épuisé il se couche sous un genêt. Un jour un ange intervient pour nier sa négation de vie. À deux reprises, l’ange nourrit Élie, comme Dieu a nourri le peuple dans le désert. On constate l’importance du chiffre deux : le genêt est mentionné deux fois, l’ange touche deux fois, l’ange dit deux fois : « Lève-toi… », Dieu interrogera Élie deux fois… chiffre qui signifie la séparation, la naissance, la rupture. Dieu casse le désir de non-vie en se présentant comme le Dieu de l’alliance, comme un Dieu qui rejoint l’être humain dans sa finitude  et son humanité pour lui permettre d’en faire un chemin de vie.

Chemin d’espérance
Dieu casse le sentiment de culpabilité, d’échec total, pour ouvrir un avenir, mais cela nécessite la traversée du désert,  car Dieu n’efface pas tout tel un magicien. Il accompagne dans cet exode.
Il ne s’agit pas d’un Dieu fusionnel qui propose un cocon sécuritaire, mais d’un Dieu de rupture qui fait naître en envoyant plus loin : « Lève-toi et mange car autrement le chemin serait trop long pour toi. »
C’est touchant, cette attention et cette tendresse de Dieu, la manière dont il s’est soucié d’Élie. Nous remarquons l’importance de la Parole dont Élie tire sa force. Par sa parole Dieu appelle, met à l’écart, protège, envoie en mission, se dévoile. Elle pousse Élie en avant. Le Dieu de l’Alliance ne se confond pas avec l’Être humain, il reste le tout autre, mais engage un dialogue pour faire de l’Être humain son partenaire.
Élie a découvert un Dieu qui se révèle dans la fragilité de l’histoire des nations : celui qu’annoncera Jésus-Christ, Dieu de la promesse, de la vie, de la rupture qui nous pousse en avant par le risque dans l’espérance.

Sibylle KLUMPP



Culture et Christianisme : compte rendu de la conférence de B. Chenu

Nouvelle donne pour le christianisme

"Dieu n'est pas mort, mais l'Eglise est fatiguée", dit Bruno Chenu à propos de la récession du christianisme en Occident. Par contre, la religion du Christ est d'une étonnante vitalité à la périphérie de l'ancienne chrétienté, tant par sa créativité théologique que par sa progression démographique. L'Afrique est sur le point de l'emporter sur l'Amérique latine par le nombre des chrétiens, et le centre de gravité du christianisme a désormais basculé du Nord au Sud. Le christianisme de demain s'enfante dans le tiers-monde.

Le Dieu noir des esclaves américains

Libération économique en Amérique latine

Renaissance culturelle en Afrique

Harmonie et justice en Asie

Fidélité à l'essentiel
 

Le Dieu noir des esclaves américains
 Les Blancs se sont tellement servis de Dieu pour dominer les autres peuples qu'il a fini par leur ressembler, blanc et dominateur comme eux. Pour justifier le mépris et l'exploitation des vaincus, ils n'ont pas hésité à travestir la Bible. Mais en Amérique, les esclaves noirs ont découvert que le Dieu biblique était plus proche d'eux que de leurs oppresseurs, et qu'il partageait en Jésus-Christ leur détresse et leurs espérances. Rejetant les mystifications du christianisme des Blancs, ils en vinrent à proclamer leur foi en un Dieu noir, père et libérateur de ses enfants noirs tenus en esclavage. Et face aux Eglises des Blancs, il fondèrent des Eglises noires pour vivre debout dans la prière et la militance, en mobilisant leurs propres traditions. Il en résulta un christianisme original, résolument engagé et d'une pathétique exubérance, illustré par les Negro spirituals et les Gospels.
 "Souvenez-vous, vous n'êtes pas des nègres ! Vous n'êtes pas des esclaves ! Vous êtes les enfants de Dieu ! " Tel Moïse exhortant Israël dans le désert du Sinaï, l'esclave prédicateur des plantations cotonnières du sud américain relevait ses frères et les constituait en peuple. "C'est en trouvant le Dieu de Jésus-Christ que le Noir s'est trouvé lui-même, dit B. Chenu. Envers et contre tout, le christianisme a permis aux asservis de reconquérir leur humanité." Mais après l'émancipation des esclaves en 1865, beaucoup d'entre eux se retrouvèrent prisonniers des ghettos urbains. Au XXe siècle, le pasteur Martin Luther King reprit la lutte pour la dignité des Noirs avec un prophétisme sans concession, jusqu'au sacrifice de sa vie. Son message, condensé dans un  texte de 1997 cité par B. Chenu, reste d'une brûlante actualité : "L'Eglise doit sortir de ses murs et aller habiter là où des mères sont en pleurs, où des enfants ont faim et où des pères sont sans travail. Jésus n'est pas mort dans un sanctuaire, pas plus que Martin Luther King. La responsabilité de l'Eglise ne consiste pas à tourner le regard des hommes vers une vie future, au delà de leurs souffrances, mais à les aider à surmonter leur impuissance, à se relever et à prendre leurs vies en mains." Cela reste largement à réaliser…

Libération économique en Amérique latine
 Après les dictatures militaires, l'Amérique du sud s'est trouvée livrée aux ravages de cette nouvelle idolâtrie que constitue le néolibéralisme économique : "Hors du marché, pas de salut !" Une minorité de privilégiés s'enrichit outrageusement, tandis que la grande majorité de la population s'appauvrit et que les plus faibles sombrent dans la misère. Dans cette situation d'injustice institutionnalisée, l'Eglise se remit en question pour se conformer aux exigences de l'Evangile, et elle décida de mettre en œuvre "un amour préférentiel pour les pauvres" afin d'accorder ses actes et ses paroles. B. Chenu explique que cette option radicale ne relevait d'aucune stratégie politique, mais qu'elle a été commandée par une prise de conscience plus vive de la véritable identité du Dieu de Jésus-Christ : "Dieu est le Dieu de tous, mais pas de la même manière. Il a choisi son camp : il est du côté des perdants." C'est en étant le Dieu des pauvres qu'il témoigne de sa justice qui sauve, et ce n'est qu'en luttant avec les pauvres que les chrétiens peuvent anticiper la fraternité qui est le signe du royaume de Dieu.
 "L'Eglise rejoint le Christ là où il se laisse rencontrer : parmi les exclus, dit B. Chenu. Elle est donc une Eglise non seulement pour les pauvres, mais avec les pauvres. Non seulement une Eglise accueillant les déshérités, mais une Eglise pauvre, donnant l'exemple de la simplicité et de l'espérance." Dans sa liturgie, elle ne craint pas de choquer en proclamant sa foi en un Dieu partisan des opprimés : "Je crois en toi, Christ vainqueur de la mort. Tu ressuscites tous les jours dans les bras qui se lèvent pour défendre le peuple de la domination des exploiteurs. Car tu es vivant dans le ranch, dans l'usine et à l'école. Je crois en ta lutte sans trêve. Je crois en ta résurrection." Mais pour être conséquente dans sa foi, l'Eglise doit participer concrètement, à ses risques et périls face à l'ordre établi, à ce travail prioritaire de résurrection que représente la délivrance de l'asservissement économique qui est négation de l'homme.

Renaissance culturelle en Afrique
 Saignée par la traite des esclaves pendant près de deux siècles et demi, défigurée et pillée par des décennies de colonisation, puis trompée par de multiples formes de néo-colonialisme, l'Afrique est aujourd'hui victime des pires maux. En politique, l'instabilité et les guerres profitent à des dictateurs corrompus, multiplient les exodes et déciment des populations entières ; au plan économique règnent  la faim et le chômage, entretenus par la charge de la dette extérieure ; la situation sanitaire est hypothéquée par la pandémie du sida et la résurgence de diverses maladies endémiques ; et au plan culturel, l'analphabétisme continue à représenter un handicap majeur. Pourtant, ce continent quasiment "hors monde" actuellement dispose de considérables richesses humaines et matérielles. Comment les Eglises africaines répondent-elles à l'immense espoir de vie qui habite toujours et malgré tout l'Afrique ?
 La plupart des théologiens africains estiment que les malheurs de leur continent proviennent surtout du déni culturel dont il est victime. "Il n'y a pas de plus grand dénuement, dit E. Mveng, que celui des hommes et des femmes qui ont perdu leur âme, leur langue, leur histoire, leurs arts, leur société, et tous les trésors spirituels qui ont fait la vitalité de leurs peuples. Il n'y a rien de plus tragique qu'un peuple qui a perdu ses racines, et qui se trouve, sans guide et sans soutien, livré à l'océan déchaîné de l'histoire contemporaine." La première tâche des Eglises consiste donc à rendre son âme à l'Afrique, en incarnant l'Evangile dans la sagesse des ancêtres, fondée sur la primauté et le culte de la vie. "Cette vie est une réalité participée, précise B. Chenu. Personne ne la possède, mais elle transite à travers tous. Il faut donc développer une forte communion avec les composantes vivantes de l'univers : le cosmos, les autres, les esprits, l'Etre suprême." Dans cette optique, les innovations les plus prometteuses se situent pour le moment dans le domaine liturgique. C'est à la faveur d'une large renaissance culturelle, basée entre autres sur la rencontre de la foi chrétienne avec les valeurs spécifiquement africaines, que l'Afrique devrait, d'après ses théologiens, trouver les voies de son redressement politique, économique et social.

Harmonie et justice en Asie
 Regroupant plus de la moitié de la population de la planète, l'Asie se compose d'une pluralité de mondes sous l'angle des cultures et des religions, avec notamment l'hindouisme, le bouddhisme et l'islam à côté de la minorité chrétienne. En dépit de violents conflits, cette diversité est fondamentalement considérée comme une richesse et une promesse d'unité. L'Asiatique croit que les vérités particulières des différentes traditions religieuses renvoient toutes à l'unique Vérité de la Réalité ultime, en qui toutes choses se retrouvent et s'interpénètrent. Les voies pour y accéder peuvent varier dans les formes, mais elles passent toujours par l'ascèse et la contemplation, par la méditation et la prière silencieuse qui met l'homme au diapason de cette Vérité. B. Chenu cite à ce propos un texte élaboré par des hindous et des chrétiens indiens en 1995 : "L'harmonie est la poursuite spirituelle de la totalité de la réalité dans sa diversité infinie et dans sa radicale unité. Et puisque le fondement ultime de l'être est l'unité-dans-la-pluralité, les formes divergentes de la réalité sont perçues dans le rythme convergent qui les harmonise."
 Cette problématique de l'harmonie apporte un éclairage inédit sur les mystères chrétiens en même temps qu'elle est de nature à favoriser leur inculturation en Asie : "Jésus a été envoyé par le Père pour réconcilier, restaurer et récapituler l'univers entier. Il est le sacrement de la nouvelle harmonie qu'il a inaugurée. Les chrétiens sont donc invités à découvrir le 'mystère d'unité' qui travaille la diversité des cultures et des religions. La révélation de Dieu comme Trinité permet de penser à la fois l'unité et la diversité." Ces perspectives esquissées par B. Chenu indiquent la direction à suivre, tout en rappelant que le christianisme n'a pas vocation à se dissoudre dans des spéculations religieuses de fusion, ni à renoncer à ses exigences éthiques en fuyant les combats qu'elles commandent. Non seulement la paix n'est pas possible sans la justice, mais les théologiens asiatiques insistent, eux aussi, sur cette caractéristique essentielle du christianisme que la théologie sud-américaine appelle "l'amour préférentiel pour les pauvres". A l'image du royaume de Dieu, l'harmonie est déjà présente et cependant toujours à conquérir.

Fidélité à l'essentiel
 En écho aux grands thèmes transversaux de la conférence - lutte pour la justice et la paix, approfondissement des traditions reçues, et célébration des richesses de la foi -, B. Chenu a conclu par trois recommandations : "Ne te dérobe pas à ton semblable" (Is 58,7), "Pour te désaltérer, ne méprise pas l'eau de ton propre puits ", "Dieu, personne ne l'a jamais vu ; mais (sache que) le Fils unique, qui demeure dans l'intimité du Père, l'a fait connaître" (Jn 1,18). Il n'existe pas de remèdes miracle pour régénérer notre vieille Eglise d'Occident, mais la visite des jeunes Eglises du tiers-monde a montré que la vie se lève là où la foi s'incarne dans l'épaisseur des réalités humaines, là où les espérances de libération et de bonheur des pauvres sont perçues comme des prières que Dieu adresse à l'homme au plus profond du cœur de chacun. Des prières qui obligent les chrétiens et les Eglises à combattre sans se ménager pour humaniser le monde et y faire advenir Dieu…

          Jacqueline Kohler
          Coordinatrice des conférences
          Culture et Christianisme
 


Le Dossier
Israël, Palestine… la déchirure

Quelques repères historiques et pratiques

La question palestinienne, la création de l’État d’Israël, les terrorismes, les échecs diplomatiques… Comment s’y retrouver?

Le 14 mai 1948, lors de la création d’Israël, il n’y avait pas d’État palestinien. Mais en 1948, le conflit entre juifs et habitants de la Palestine est vieux d’un demi-siècle. Avant la grande guerre, l’ensemble des terres se situait dans la province de Syrie, dans l’empire ottoman. Les premiers sionistes étaient arrivés en 1891. En 1917, Balfour, ministre britannique, répond favorablement à leurs attentes, pour arrimer la communauté juive à l’Angleterre, dans la guerre mondiale. C’est ce que l’on appelle la déclaration Balfour. Cette Palestine est habitée, avec ses villes, Jérusalem, Bethléem, Nazareth, Haïfa, ses centaines de villages, les nomades. La majorité des habitants est arabe: 600 000musulmans, 70 000 chrétiens et 80 000 juifs y cohabitent. Les terres bien cultivées. Un juif russe, Ashzer GINZBERG, écrivait en 1891: «Dans tout le pays, il est dur de trouver des champs cultivables qui ne soient pas cultivés». Pas d’État, mais des habitants, qui vont être chassés par les guerres successives.

Dans l’esprit d’après-guerre, la création de l’État d’Israël a été considérée comme une réparation nécessaire pour les rescapés du nazisme.

Le sionisme est antérieur au nazisme. Il est une conséquence de la montée de l’antisémitisme à la fin du XIX° siècle en Europe. Son fondateur, Théodor HERZL, publie «l’État Juif» en 1896. Le premier congrès sioniste se déroule en 1897. Jusqu’en 1923, le gros des migrants viendra de Russie et d’Europe centrale. «Le fonds national juif» est utilisé pour acheter des terres à des arabes et les rétrocéder uniquement à des Juifs. Des responsables locaux protestent auprès du gouvernement britannique. En 1919, Le président WILSON ouvrira une enquête. C’est le rapport King-Crane. Sa conclusion? «Le fait est constamment apparu que les sionistes envisagent une complète dépossession des habitants non Juifs actuels de la Palestine, par diverses formes d’achat des terres».

Une révolte générale des habitants de la Palestine contre ces pratiques marque les années 1936-1939. Pendant la seconde guerre mondiale, le mouvement sioniste se tournera vers les Etats Unis. En février 1947, la question de la Palestine est portée devant les Nations unies. Le 29 novembre de la même année l’O.N.U vote un plan de partage qui prévoit un Etat juif, un Etat arabe, et un statut international pour Jérusalem. L’immédiat après guerre porte à la connaissance des populations l’horreur absolue de la Shoah. Les puissances occidentales votent la création d’un Etat juif pour les Juifs. Cette création entraîne la spoliation de populations n’ayant eu aucune responsabilité dans le nazisme. Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame, de façon unilatérale la création de l’État d’Israël. Le lendemain, les armées de Transjordanie, d’Egypte et de Syrie entrent en guerre. Un demi-siècle de guerres commence.

Terrorismes
Le terrorisme est une réalité impitoyable. La peur des citoyens d’Israël face à des attentats répétés se comprend. Reste qu’en politique, sa désignation, sa condamnation s’inscrit toujours dans des considérations tactiques. Ainsi quand Menahem Begin (plus tard premier ministre d’Israël) organise, en juillet 1946, un attentat contre les Anglais, il est recherché comme terroriste. Quant aux négociations de paix, rien n’est simple. Pour négocier, il faut être deux. Les Palestiniens ont dû apprendre à ne compter que sur eux-mêmes pour défendre leur histoire, leur identité. L’Organisation pour la Libération de la Palestine, l’O.L.P. n’apparaît qu’en 1964. Yasser Arafat en devient président en 1969. À partir de là des chances nouvelles de négociations apparaissent: en 1988, l’O.L.P. reconnaît à Israël son droit d’exister, condamne le terrorisme. En 1993, c’est la reconnaissance mutuelle entre Israël et l’O.L.P., signée entre Arafat et Rabin. En avril 1996, le conseil national palestinien élimine de sa charte tous les articles mettant en cause le droit à l’existence de l’État d’Israël.

Depuis la signature des accords d’Oslo, du 13 septembre 1993, la vie politique d’Israël tourne à la tragédie. C’est l’assassinat D’Itzhak Rabin par un israélien, le 4 novembre 1993. Puis le gouvernement, de Benyamin Netanyahou, élu en mai 1996, gèlera l’application des accords d’Oslo. Depuis février 2001, celui d’Ariel Sharon va à l’encontre de toute négociation, réoccupant même militairement des zones placées sous la responsabilité de l’Autorité palestinienne.

Comment expliquer l’impasse actuelle?

Plusieurs pistes peuvent être proposées.

La plus profonde sans doute: la puissance de la peur de part et d’autre. Les juifs sont habités par la mémoire de la Shoah, les Palestiniens par celle de la Nakba. La Nakba: la mémoire de la guerre de 1948. De l’exode d’au moins 600 000 palestiniens. Le souvenir de massacres perpétrés contre des civils, la destruction de villages au bulldozer, l’installation de colons juifs dans les maisons abandonnées. La Shoah et la Nakba ne peuvent décemment pas être mises à parité: les camps d’extermination restent l’absolue tragédie des Juifs. Le drame du Proche Orient est que cette horreur a conduit à occulter pendant des décennies les crimes liés à l’installation de l’État d’Israël.

La seconde piste renvoie à la guerre des six jours en juin 1967. L’armée d’Israël a conquis toute l’actuelle Cisjordanie, la bande de Gaza, que l’on nomme depuis les territoires occupés, et Jérusalem Est. À partir de 1977, sous les travaillistes, comme sous les gouvernements de droite, l’État d’Israël n’a cessé de favoriser les implantations juives en terres occupées. En 1977, il y avait 3 176 Juifs en Cisjordanie. En l’an 2000, 200 000. Ces implantations entraînent des heurts permanents. Dans la petite poche de Gaza, 19 implantations juives, totalisant 5 000 colons occupent près de 40% d’un territoire qui compte près d’un million d’habitants.

La dernière piste, est le sentiment d’humiliation des Palestiniens dans les territoires occupés. Depuis 1a guerre des six jours, en utilisant des lois datant du mandat britannique, voire de l’empire ottoman, les gouvernements israéliens se sont appropriés 65% des terres de Cisjordanie. Les colons sont armés. Palestiniens des territoires et colons sont jugés par deux systèmes de lois différents. Les colons par les cours civiles, les Palestiniens des territoires par des lois militaires. Le système de lois foncières fait perdre aux paysans leurs terres et rend fort difficile à un jeune d’édifier sa propre maison.

Situation analogue à Jérusalem Est, occupée depuis 1967. Les deux organisations israéliennes de défense des droits de l’homme B’Tselem et HaMoked parlent de “déportation tranquille»: refus de permis de construire, taxes foncières élevées, limitation des regroupements familiaux, confiscation des cartes de résidents appartenant aux Palestiniens qui ne peuvent justifier de sept années de résidence permanente dans les limites de la ville. En comptant les familles, ce sont 8000 Palestiniens qui ont été expulsés de Jérusalem depuis 1996.

Le comité de rédaction du journal Réveil

Principales sources utilisées
Xavier Baron, Les Palestiniens, éditions du Seuil
Alain Gresh, Israël - Palestine, Vérités sur un conflit, éditions Fayard
 

Les accords d’Oslo.
Signés à Washington, ils se sont préparés à Oslo, d’où leur dénomination.
Les accords du 13 septembre 1993
Les Palestiniens reconnaissent les droits d’Israël.
Les Israéliens acceptent de traiter officiellement avec l’O.L.P. et de retirer leurs troupes d’une partie de Gaza et de la Cisjordanie.
L’O.L.P accepte de ne discuter qu’ultérieurement de Jérusalem Est, et le gouvernement israélien accepte que cette question soit abordée.
Les Palestiniens admettent que les colonies de peuplement demeurent sous contrôle israélien jusqu’en septembre 1999, et qu’Israël conserve la responsabilité de la défense extérieure.
Israël accepte le principe du retour des réfugiés de 1967.
(Ces accords ne disent rien des réfugiés de 1948).
Les accords du 28 septembre 1995 «Oslo II»
Ils instaurent la division de la Cisjordanie en trois zones.
Zone A: les Palestiniens y exercent leur pleine responsabilité. Cela concerne essentiellement les villes de Naplouse, Jéricho, Ramallah, Bethléem et Hébron.
Zone B: les Palestiniens n’y disposent que des pouvoirs civils et de la responsabilité de l’ordre public. 450 villages sont concernés.
Zone C: les Palestiniens n’y exercent aucune responsabilité d’ordre public et de sécurité. C’est la zone la plus étendue. La plus stratégique aussi. La vallée du Jourdain. Une bande de territoire continue le long de la ligne de 1967. Surtout, la zone C encercle et traverse les zones A et B.
Deux points de vue:
À Israël de faire le premier pas

Alors que Palestiniens et Israéliens semblent pris dans un cycle de violence sans fin, comment avancer vers la paix? Extraits de la conférence de Mgr Sabbah, patriarche latin de Jérusalem, conférence donnée à Lyon le 16 décembre 2001.

Quel est le sens de la présence chrétienne en pays arabe?
 Les chrétiens de tout rite sont, depuis des siècles, partie intégrante du monde arabe, notamment des pays du Moyen Orient. Chrétiens et musulmans, nous sommes un seul peuple. Ensemble, nous faisons aujourd¹hui notre histoire. Chrétiens en Palestine ou dans les pays du Moyen-Orient, nous sommes appelés à vivre dans notre société, arabe et musulmane. C’est le sens de notre foi chrétienne et de notre présence en nos pays. Quelles que soient les difficultés de l’avenir, nous essaierons d’y faire face et de continuer à rechercher les meilleurs moyens de coexistence.

Les chrétiens parviennent-ils à faire entendre un message de paix et d’espérance?
 L’Eglise essaie d’élever la voix. Elle n’est pas toujours comprise. Elle est facilement classée pro-palestinienne, anti-israélienne. De fait l’Eglise, chrétienne et palestinienne, reste Eglise et a le souci de tout être humain, du Palestinien comme de l’Israélien. L’Eglise, au nom de tous, insiste sur la dignité humaine et sur l’égalité de tout être humain, arabe ou juif, palestinien ou israélien, et de toute religion, juive, musulmane ou chrétienne. Entre les bombardements, le lancement des cailloux, les maisons démolies, les attentats et les haines, l’Eglise parle de pardon et de réconciliation basée sur la justice: un langage difficile pour tous. Mais un jour ou l’autre, la réconciliation aura lieu. Dans toutes les guerres de libération, c’est toujours le plus fort, celui qui occupe, qui, à un moment donné, voit et prend la décision généreuse et difficile de mettre fin à son occupation du pays d’autrui, et de rendre la liberté à ses habitants. Israël a le droit de défendre sa sécurité, c’est vrai… mais tant qu’il reste dans le cycle de la violence, il ne se défend pas et ne protège pas son peuple. Au contraire, il l’expose à plus de violence et plus de victimes. Pour protéger vraiment le peuple israélien, il faut avoir le courage de sortir du cycle de la violence.

Peur, morts, humiliations, résistance, riposte: Comment sortir de toute cette violence?
 Israël a développé une puissance militaire, par laquelle il a gagné et il gagnera encore toutes les guerres. Mais la paix, elle, ne sera pas le fruit de la puissance militaire. Pendant trente-quatre ans, occupation des Territoires Palestiniens, puissance militaire supérieure, représailles, n’ont pas donné la sécurité à Israël. Une seule chose peut donner cette sécurité: l’amitié du peuple palestinien. Le peuple palestinien peut devenir un peuple ami, si on lui rend la terre qu’il réclame aujourd’hui, les 22% de la Palestine occupés par Israël depuis 1967 . Il a fait ses concessions: il a reconnu l’existence et la légitimité de l’État d’Israël sur les 78% de la Palestine.

Comment garantir la paix et la sécurité des uns et des autres?
 Israéliens et les Palestiniens sont capables de vivre en paix et de construire ensemble une nouvelle société palestinienne et israélienne. À l’intérieur de l’État d’Israël, un million de Palestiniens, citoyens israéliens, vivent depuis cinquante ans ensemble, pacifiquement. Des amitiés se nouent. Il y a collaboration en divers domaines: politique, éducation, affaires… Ce qui est déjà réalisé en partie peut le devenir aussi dans les Territoires palestiniens. Aujourd’hui, il est dans le pouvoir d’Israël qui occupe les Territoires palestiniens de faire ce pas difficile. Toute mesure pour la paix et la justice pour les Palestiniens est une mesure de plus pour la sécurité des Israéliens. Nous avons besoin de chefs qui aient des visions de justice et de paix, et qui aient le courage de les réaliser, quitte à faire le sacrifice de leurs sièges ou de leur vie. À Jérusalem nous avons besoin de réconciliation. Nous n’avons pas besoin de pro-palestiniens, ni de pro-israéliens, mais de gens capables de voir dans le Palestinien et dans l’Israélien des êtres humains égaux en dignité, également aimés par Dieu, et qui ont un égal besoin de l’aide de la communauté internationale. Elle qui, aujourd’hui, les regarde s’entre-tuer et manque de courage pour agir, alors qu’elle a déjà pris des résolutions. Aucun peuple ne peut vivre aux dépens de l’autre; la répartition de la terre est arrivée à un point acceptable: 78% pour Israël et 22% pour la Palestine. Il est dans les mains d’Israël de faire le premier pas vers la paix.

Propos repris par Martine Fleur

Aux Palestiniens de faire la paix

La racine du conflit du Moyen-Orient, ce n’est ni Jérusalem ni l’étendue des territoires dévolus au futur État palestinien. La racine est le refus des dirigeants arabes et des dirigeants palestiniens d’accepter l’État d’Israël comme un État juif.

En effet, la situation actuelle a été voulue sciemment par les dirigeants arabes et les «élites palestiniennes» qui, lors des négociations de Camp David, ont voulu imposer à l’État d’Israël le droit de retour aux réfugiés palestiniens et à leurs descendants. Or, si les États arabes ne s’étaient pas opposés à la création conjointe d’un État arabe et d’un État juif en Palestine, comme le prévoyait la résolution du 24 novembre 1947 de l’ONU, il n’y aurait pas eu de réfugiés palestiniens. Et de plus, les États arabes n’ont rien fait pour assimiler ces réfugiés, qui ont été laissés volontairement dans un état de misère et de dénuement par leurs dirigeants pendant des décennies, pour être utilisés comme une «arme» contre Israël.Si l’on accepte la légitimité de l’État d’Israël par les votes de l’ONU quant au partage de la Palestine et à la reconnaissance de l’État d’Israël, en mai 1948, on est tenu par la logique d’admettre que la responsabilité de l’existence des réfugiés ne provient pas de l’État d’Israël, mais de l’intransigeance des pays arabes à accepter son existence.

Il est à noter aussi que la genèse de l’État d’Israël est dûe à une décision des principales puissances de 1917, relayée plus tard solennellement par la Société des Nations, de venir en aide au peuple juif afin que celui-ci puisse trouver un abri séculier et réaliser son idéal religieux en s’établissant en Palestine pour y créer à nouveau une vie nationale juive.
Or cette décision fut rejetée par les nations arabes dès son origine.
N’oublions pas non plus que, quelques années plus tard, durant la seconde guerre mondiale, les arabes de Palestine fermèrent consciemment leurs frontières aux juifs d’Europe persécutés, alors que l’espace pour les accueillir n’aurait nullement manqué.
Enfin, jusqu’à aujourd’hui, nombre d’États arabes persistent à éduquer leurs peuples dans la haine des juifs. Un endoctrinement qui a pour conséquence directe le recours au terrorisme.

Pour que la paix puisse s’établir entre deux nations, il faut, avant toute chose, renoncer à la haine et au terrorisme comme moyen politique. Mais les dirigeants arabes et l’Autorité palestinienne ont-ils intérêt à une telle renonciation? Une paix avec Israël signifierait, à plus ou moins long terme, la démocratisation des régimes arabes, et donc la chute des dictatures. Mieux vaut pour les dictateurs maintenir leur population dans la haine des juifs et d’Israël.
Arafat sait certainement que, si les violences d’aujourd’hui n’étaient pas dirigées contre Israël, elles le seraient à l’encontre d’une Autorité palestinienne corrompue, alors que le peuple, lui, vit depuis des générations dans une situation de marginalité, dépourvu de presque tout. C’est là le choix délibéré des dirigeants arabes et palestiniens.

On dit: «Les implantations juives dans les territoires occupés sont un obstacle à la paix.» Peut-être. Mais on peut aussi retourner le propos. Pourquoi des juifs ne pourraient-ils pas habiter en Cisjordanie et à Gaza, alors qu’un million d’Arabes vivent en Israël?
On dit: «Il faut mettre un terme au cycle de violence.» Quel cycle? Il y a d’un côté une volonté de tuer le plus de juifs possible et, de l’autre, une volonté légitime de châtier les terroristes responsables de ces atrocités et qui se préparent à en commettre d’autres.

Les négociations ne pourront valablement reprendre que si, en préambule, du côté palestinien, on renonce à un droit de retour qui sonnerait le glas d’Israël en tant qu’État juif et que si, du côté israélien, on accepte de se retirer de la Cisjordanie et de Gaza. Après, et seulement après, pendant la phase de négociations, on pourrait discuter d’un droit de retour pour certains réfugiés et d’échange de territoires entre l’État palestinien et Israël afin de permettre à Israël d’annexer des implantations de peuplement en Cisjordanie.

D’après un article de Arno KLARSFELD:
«Les vraies causes du conflit»,
paru dans le journal «Le Monde» du 4.12.2001.
 

La déclaration BALFOUR.
Note historique par Philippe AUBERT à partir des Mémoires de CHURCHILL, de sa dernière biographie chez Fayard par F. BEDARIDA, de la biographie de Lawrence d'ARABIE par A. GUILLAUME, Fayard 2000, et du livre d'A. GRESH, Israël Palestine: Vérité sur un conflit, Fayard 2001.

Le 2 novembre 1917, Lord Arthur James BALFOUR, ministre de l'Empire britannique, signe une courte lettre qui va entrer dans l'Histoire sous le nom de "déclaration BALFOUR". Cette lettre envisage pour la première fois l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif, dans une première version, le document évoquait la "race juive". Cette création devait se faire sans porter atteinte aux droits civils et religieux des populations non juives existant en Palestine. Cette utopie, ou plutôt cette contradiction, diront les analystes politiques, jamais la Grande- Bretagne ne pourra la résoudre. Elle est encore aujourd'hui au cœur du drame qui se déroule sous nos yeux.
Nous sommes à la fin de l'année 1917, l'effort de guerre est de plus en plus terrible sur le continent; il importe avant tout que la puissance financière des juifs américains ne serve pas les intérêts de l'Empire austrohongrois allié de l'Allemagne. Même si cette hypothèse ne peut être écartée totalement, l'Angleterre a au moins une autre bonne raison d'appuyer les revendications du mouvement sioniste. En confortant les sionistes, elle cherche aussi à contrôler le Proche-Orient.

Depuis 1916, la région est déjà partagée, alors que la victoire sur l'Empire ottoman n'est pas encore acquise. Paris, Londres et Moscou signent discrètement les accords SYKESPICOT, qui définissent les lignes de partages et les zones d'influence et ce, le plus souvent au mépris des promesses faites aux Arabes engagés au Côté des alliés contre les Turcs. Aux yeux des Britanniques, la Palestine longe le canal de Suez, ligne vitale entre les Indes et l'Empire. En ouvrant la Palestine aux revendications sionistes, les Anglais obtiennent le contrôle total de la région. Le 24 juillet 1922, la SDN octroie à la Grande-Bretagne le mandat sur la Palestine et lui demande de mettre en œuvre l'établissement d'un foyer national pour le peuple juif conformément au texte de 1917. Le mouvement sioniste commence alors à organiser l'immigration en Palestine. Les Arabes de cette région, que l'on ne désigne pas encore sous le nom de palestiniens se mobilisent peu à peu contre la déclaration BALFOUR, les pays arabes, dont la plupart sont sous influence britannique, vont rapidement s'impliquer dans les affaires palestiniennes.  Tous les éléments du drame sont donc réunis dès 1922.

Les acteurs sont trop nombreux pour les citer tous, mais quelques figures expriment bien la nature et la destinée de la déclaration BALFOUR.

Chaim WEIZMANN, né en Russie, c'est un brillant ingénieur chimiste.  Professeur à l'université de Manchester en 1904, il rend de grands services à l'industrie britannique. Avec Lord ROTHSCHILD, il pèsera de tout son poids dans les négociations des Sionistes avec le gouvernement anglais qui aboutiront à la déclaration BALFOUR.
Lawrence d'ARABIE, héros de la Grande Guerre au Proche-Orient, il soulèvera le monde arabe contre l'Empire ottoman. Opposé aux accords SKYES-PICOT, qu'il considérait comme une trahison des promesses faites aux Arabes, il n'était pas opposé à l'installation d'un foyer juif en Palestine a la condition que cette immigration soit régulée et acceptable par les Arabes.
CHURCHILL n'a jamais caché son amitié pour l'Etat d'Israël. Jeune député de Manchester-Nord de 1906 à 1908, il avait condamné les pogroms en Russie; en 1917, il avait applaudi la déclaration BALFOUR.  En 1922, en tant que ministre des colonies, il visite Jérusalem et encourage l'immigration juive. Cependant, face à la dégradation de la situation, CHURCHILL est persuadé que le statu quo est sans issue. Il lui semble alors impossible de garder la Palestine dans l'Empire, en remettant le mandat britannique aux Nations-Unies, il accepte le principe de la partition du pays et la création de l'Etat d'Israël. En 1956, il écrit au général EISENHOWER: "Je suis bien sûr un sioniste, et je l'ai toujours été depuis le déclaration BALFOUR... ".

Certes, l'extermination des juifs pendant la seconde guerre mondiale allait peser très lourd dans l'histoire de cette région, mais bien lourdes aussi sont les quelques lignes d'une simple lettre.

Foreign Office, 2 novembre 1917.
Cher Lord ROTHSCHILD,
J'ai grand plaisir à vous adresser au nom du Gouvernement de Sa Majesté la déclaration suivante de sympathie pour les aspirations du mouvement sioniste juif soumises au cabinet et approuvées par celui-ci.
Le Gouvernement de Sa Majesté envisage de favoriser l'établissement en Palestine d'un foyer national pour le peuple juif. Il fera tous ses efforts pour en faciliter la réalisation. Mais il est clairement entendu que rien ne doit être entrepris qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des communautés non juives qui vivent en Palestine, ni aux droits et statut politique dont bénéficient les juifs dans tout autre pays.
Je vous serais reconnaissant de faire connaître cette déclaration à la Fédération Sioniste.
Signé: Lord BALFOUR.