Le ralliement protestant de décembre 2001
 


 

Noël au fond de nous-mêmes

Éditorial: Noël, Philippe Aubert


Les articles

Le camp des ados au Rührberg, au pied de la Forêt Noire
Farniente au Bergenbach
Concerts
Dimanche 2.12 à 17h au temple de Huningue: concert du quatuor de saxophone "Pourquoi Pas?" - Saxophone soprano: Alain MULLER; saxophone alto: Janosch RÖTHLISBERGER; saxophone ténor: Félix BRINER; saxophone baryton: Stefan ROLLI.

Dimanche 9.12 à 10h15 au temple de Huningue, culte avec “Ananias” (chorale de gospel).

Vendredi 14.12 à 20h30 au temple de Guebwiller, la chorale "Pour un plaisir" placée
sous la direction de F. FUCHS, et le quatuor à cordes Bartholdi. Au programme: chœurs de Noël, "Magnificat" de Pachelbel, "Dulci Jubilo" de Buxtehude ainsi que des œuvres de Mitchi, Monsieur de Saint Georges, Mozart et Haendel. Entrée
libre. Plateau.

Dimanche 16.12 à 17h à la paroisse Saint-Marc, «L’Ambre musical », viole de gambe et chants corses. Spectacle d’humour musical avec Jérôme SOLILES, pèlerin et troubadour. Entrée libre. Plateau.

Vendredi 21.12 à 20h au temple de Huningue: concert de Noël de l’École de Musique municipale de Huningue.
 

Étude biblique
Jacques 5/7-11, Patience, patience, le Seigneur est proche, il vient, Jean-Marc Heintz


Le dossier: Vous êtes des anges

Vous êtes des anges! Laurent SCHLUMBERGER
Les Anges dans l’Ancien Testament, Olivier PIGEAUD
Les anges dans le Nouveau Testament, Christine PRIETO
Anges annonciateurs et anges de la fin des temps
Les hommes entre anges de Dieu et anges du diable
Conte de Noël - Un ange passe. Richard GOSSIN
L’ange au cinéma, Corinne MACHABERT.
Filmographie, Valérie BOUCHET
Sérénité, Janine HAGVENCE


Noël
Noël c'est la période des cadeaux et c'est un cadeau que le Ralliement veut vous offrir. Un tableau, pas une image, une œuvre qui en la regardant nous invite à nous regarder. Il en est ainsi de l'art, il montre, moins qu'il interroge. Dans un monde où la spiritualité fond comme neige au soleil, où le christianisme se résume de plus en plus à une religion des jours de fête au détriment du quotidien. L'artiste pose la question. La question ultime. Qui sommes-nous? Interpellation légitime mais rarement suffisante. Qui rêvons-nous d'être? Voilà une question qui nous rapproche de l'artiste et de son œuvre.
Ce village nous le connaissons, peu importe sa localisation exacte. Pour ceux qui sont attachés à la géographie, il faut le chercher dans le Sundgau. Mais il est surtout au plus profond de nous-mêmes. Il représente tout ce à quoi nous aspirons et dont nous sommes tellement éloignés. Le calme, la beauté, l'harmonie et la lumière. Pas la lumière qui éblouit, celle qui donne chaud au cœur et à l'âme, même si elle nous vient d'un ciel de neige. Ce village on voudrait y entrer comme sont entrés dans la crèche les mages et les bergers. Certes, la nostalgie nous attend à chaque coin de rue, mais pourquoi s'en priver? La nostalgie des Noëls d'antan n'est que l'horizon de nos espérances. La paix, le calme et l'harmonie. C'est ce que nous célébrons à Noël. Un Noël que nous vous offrons avec le peintre Robert ZIEBA, l'artiste aux nuances paradoxales comme l'est la fragilité de cet enfant qui vient à nous sans assurance, simplement porteur de l'ultime.
Joyeux Noël et que la paix de Dieu illumine nos foyers.
Philippe AUBERT


Le dossier du mois: vous êtes des anges

Vous êtes des anges!

Plus on sera rationaliste et plus on s'intéressera aux anges. La contradiction n'est qu'apparente. Car les théories compliquées concernant les anges cherchent au fond à répondre à un besoin précis: expliquer jusque dans le détail, les voies et moyens que Dieu utilise pour communiquer avec les hommes.

Puisque Dieu parle, vous êtes-vous jamais demandé dans quelle langue il parlait? Le romancier et essayiste Umberto Eco a montré combien cette recherche d'une langue divine ou, en écho, d'une langue humaine parfaite, était parfois devenu une obsession, tant pour des savants que pour des poètes. À lire la Bible, la réponse est pourtant simple: il n'y a ni grammaire, ni vocabulaire spécifiquement divins. Dès Genèse 1 ("Dieu dit…"), les propos de Dieu sont compréhensibles par tout un chacun. Il n'y a pas même de langue sacrée: le statut spécifique de l'hébreu dans la religion juive ne se met progressivement en place qu'à la fin du premier siècle ap. J.-C. En somme, pour se faire comprendre des hommes, Dieu parle les langues des hommes. Et peu importe la manière dont il parle, l'important c'est ce qu'il dit.

De même, on peut se demander comment la parole de Dieu atteint ceux auxquels elle s'adresse. Très rares sont les personnages bibliques qui entendent Dieu "en direct". Cela n'arrive que dans des circonstances exceptionnelles et parce que ces personnes sont chargées d'une mission particulière: songeons à Moïse au Sinaï, par exemple. Un tel événement est d'ailleurs plutôt dangereux, pour Dieu dont la transcendance doit être préservée, comme pour l'auditeur qui joue sa vie dans ce presque face-à-face. Mais pour le commun des hommes, les médiations sont multiples. Ici, il s'agit d'un prophète qui soit retransmet une parole du Seigneur, soit interprète par sa propre parole un signe. Là, un prêtre est chargé d'un message. Ailleurs, une parole est écrite de la part de Dieu sur un parchemin dont un scribe doit se nourrir avant de la restituer. Médiations multiples, donc, mais traduisant une idée simple: Dieu parle aux hommes par d'autres hommes. Il confie ses messages à des messagers.

En grec, langue du Nouveau Testament, messager se dit angelos. Ce que nous appelons des anges ne sont rien d'autres que des messagers. Dans votre Bible, chaque fois que vous voyez "ange", vous pouvez lire "messager". Votre facteur aussi est un ange. Votre répondeur téléphonique est un ange. Une présentatrice de journal télévisé est un ange. Le mot ange exprime une fonction, rien de plus. Il ne devrait pas être utilisé pour désigner un être, objet ou animé, auquel on s'intéresserait pour lui-même. Est angelos, ange donc, ce qui transmet un message.

Mais voilà. Nous savons bien que lorsque le doigt montre la lune à l'imbécile, celui-ci regarde le doigt. De même, lorsqu'on nous raconte qu'un ange transmet un message, nous oublions volontiers l'expéditeur et son message pour nous intéresser à l'ange lui-même. C'est en général là que les fabulations commencent. L'ange rencontrant les hommes de la part de Dieu, est-il de nature spirituelle ou matérielle? A-t-il un corps, un corps spirituel peut-être? Est-il habillé? Si oui, son vêtement doit certainement traduire sa nature; est-il: blanc pur? Ou bleu céleste? Et puis, comme Dieu a certainement beaucoup de messages à transmettre, les anges sont certainement fort nombreux! N'y aurait-il donc pas une organisation, avec cohortes et myriades, chefs et sous-chefs, anges et archanges? Et comment se déplacent-ils? C'est bien connu: Dieu est au ciel et les hommes sur la terre; il est donc certainement nécessaire que les anges disposent d'un moyen de locomotion adapté. À quelle vitesse se délacent-ils? Et d'ailleurs, ne serait-il pas plus simple que chacun être humain ait son propre ange, puisque Dieu peut parler à chacun? Et leur sexe, au fait? Etc.

La fabulation peut être sans fin. Tant que l'on reste dans le folklore ou la poésie, acceptons-la. Mais si elle se prend au sérieux, elle peut faire des ravages. Certaines théories angélologiques se croient rationnelles et supérieures parce qu'elles prétendent fournir des explications cohérentes à un mystère divin, alors qu'elles ne font que délirer, puisqu'elles s'attachent à un problème qui n'existe pas et où aucun réel ne peut venir les réfuter.

Surtout, ces théories éloignent de l'Évangile. Car l'Évangile nous dit qu'il n'y a désormais pas d'autre intermédiaire, pas d'autre lien entre Dieu et les hommes que Jésus-Christ lui-même. Il est l'unique médiateur. Toutes celles, tous ceux qui par lui sont en lien avec Dieu sont associés à sa mission. Par notre présence, nos gestes, nos paroles, nous pouvons attester que Dieu parle non seulement en général, mais à chacun en particulier. Lorsque nous assumons cette mission, nous sommes ses témoins, ses messagers. Nous sommes des anges. Peut-être nous arrivera-t-il alors de nous sentir pousser des ailes?

Laurent SCHLUMBERGER


Les Anges dans l’Ancien Testament

L’hébreu n’a pas de mot spécialisé pour désigner les créatures célestes ou spirituelles auxquelles on pense quand on entend le mot «ange». Le mot «male’ak» traduit par «ange» désigne d’abord un messager. Sur un peu plus de 200 emplois du mot «male’ak» dans l’Ancien Testament, la T.O.B. traduit une centaine de fois par «messager» ou un mot équivalent. Dans ce cas-là il s’agit de personnes humaines. Dans les cent autres cas elle traduit par «ange» , pensant à des personnages célestes. Dans plusieurs cas on hésite pour savoir s’il faut traduire par l’un ou l’autre de ces mots.

Ce qui est certain par ailleurs c’est que les auteurs bibliques croient en l’existence d’êtres célestes. Outre le mot «ange» qui leur est souvent appliqué, on les appelle aussi les «fils de Dieu» ou les «saints». Quand on parle de l’armée des cieux ou de l’armée de YHVH, il est clair que ces armées sont formées d’anges. Les chérubins et le séraphins, dont il est assez rarement question, forment un groupe particulier d’anges, qui ne sont pas des envoyés mais agissent directement auprès de Dieu.

Une appellation spéciale demande une attention particulière, celle d’» ange de YHVH».

On la trouve 25 fois dans l’Ancien Testament. Souvent à sa lecture on se demande s’il s’agit d’un envoyé de Dieu, ou, en fait, de Dieu lui-même, au point que certains se demandent si, dans une première rédaction de ces passages, ce n’était pas Dieu lui-même qui parlait, se montrait ou agissait directement. Par respect pour la transcendance de Dieu on aurait ensuite dit qu’il s’agissait de l’» ange de YHVH». Noter qu’il ne s’agit pas seulement d’un envoyé, mais d’un être qui, dans certains cas, agit, voire même extermine!

Mis à part quelques cas particuliers l’ange est donc un envoyé de Dieu. Il parle de sa part. Comment se présente-t-il? On ne nous le dit guère. Il semble bien qu’il ait une allure humaine, sauf pour les chérubins et séraphins autour du trône de Dieu, les seuls à propos desquels il est question d’ailes!

En général l‘ange apparaît, transmet son message et disparaît. Il est rarement question d’une action suivie de sa part. Certes en Genèse 19 deux anges, qui semblent être deux des trois hommes qui ont rendu visite à Abraham juste auparavant, restent un certain temps chez Lot. Durant son songe à Béthel en Genèse 28, Jacob voit, sans doute pendant un certain temps, des anges monter et descendre le long d’une échelle qui va de la terre au ciel. Mais d’une façon générale les anges sont présents de façon très ponctuelle et discrète.

Cette discrétion de la Bible à leur sujet est telle que rien n’est raconté sur leur création. On ne trouve rien sur leur chute, abondamment racontée hors de la Bible. Tout juste peut-on y penser avec la mention de l’union des «fils de Dieu» et des filles des hommes en Genèse 6. Il est par ailleurs question, au début du livre de Job, de Satan ou l’Adversaire «parmi les fils de Dieu». Fait-il vraiment partie de la cour céleste? On peut en discuter. Toujours est-il qu’en Zacharie 3/2, selon certaines versions, l’ange du Seigneur s’oppose au Satan qui semble être un habitué des lieux.
Faut-il encore dire qu’il n’est pas question d’ange gardien, qu’il n’y a pas de description de diverses classes d’ange et que bien des textes bibliques ne parlent pas d’êtres célestes?
Il y a certainement une croyance générale ancienne en des êtres célestes, une systématisation tardive de leur rôle, sous influence perse, mais on ne peut pas dire que cette croyance constitue un élément spécifique et essentiel de la foi des auteurs de l’Ancien Testament.

Olivier PIGEAUD
 

Les anges dans le Nouveau Testament
Les anges sont peu présents dans le Nouveau Testament: ils délivrent les annonces du début et de la fin des Évangiles et secourent ponctuellement les croyants de l’Église primitive… en attendant leur action à la fin des temps.

Le terme grec «angelos» désigne d’abord un messager ou un porteur d’ordre. La même racine a donné le mot «Évangile» , la Bonne Nouvelle. Ce sens de «messager» se rapporte plusieurs fois dans les Évangiles à des êtres humains (Lc 7,24; 9,52), notamment Jean-Baptiste, vu comme le Messager du Seigneur (Malachie 3,1; Mt 11,10).

Une nouvelle venant de Dieu est portée aux hommes par une créature céleste. Un glissement de sens s’est alors produit entre l’être et sa fonction, «ange» désignant le personnage surnaturel avant d’être le porteur de nouvelle.

Anges annonciateurs et anges de la fin des temps

Les anges apparaissent au début et à la fin des Évangiles, et leur parole est essentielle pour le déroulement de l’histoire: les naissances de Jean le Baptiste et de Jésus sont annoncées par l’ange Gabriel (Lc 1,11-38), qui parle aussi aux bergers de Bethléem (Lc 2,8-16); Joseph est plusieurs fois guidé dans sa conduite par un ange (Mt 1,20-2,20).
À l’autre bout des Évangiles, la résurrection de Jésus est annoncée aux femmes par un (Mt 28,2-8) ou deux anges (Jn 20,11-13). Chez Marc (Mc 16,5) et Luc (Lc 24,4), les anges sont présentés sous un aspect humain. Ce n’est pas la nature de l’ange qui compte alors, mais le message même qui, en annonçant la résurrection, sort les disciples de la peur et du deuil et les remet en marche.
Entre ces annonces, les anges n’interviennent quasiment pas. Ils sont évoqués lors de la tentation de Jésus au désert (Mt 4,11; Mc 1,13) et à Gethsémané (uniquement Lc 22,43). Tout au long des Évangiles, les hommes agissent par eux-mêmes, sans aide céleste. Et Jésus déclare lors de son arrestation qu’il ne sollicitera pas l’aide des anges de son Père, pour le sauver de sa Passion (Mt 26,53).

Les discours de Jésus sur la fin des temps mentionnent aussi l’activité future des anges: ils accompagneront le retour glorieux du Christ (Mt 16,27; 25,31; Mc 8,38; Lc 9,26; 12,9), ils sépareront bons et méchants (Mt 13,39-49) et rassembleront les élus (Mt 24,31; Mc 13,27).
L’Apocalypse amplifie leur rôle, en faisant des anges d’importants acteurs des événements de la fin des temps: ils lancent des fléaux sur la terre, combattent et exterminent.

Les hommes entre anges de Dieu et anges du diable

Dans les récits des débuts de l’Église, les anges apparaissent à certains croyants (Ac 8,26; 10,3), les réconfortent (Ac 27,23), les délivrent de prison (Ac 5,19; 12,7-11). Mais globalement, les anges laissent les hommes à leur vie et se contentent de les regarder depuis le ciel (Mt 18,10; Lc 15,10; 1Co 4,9; 1Pi 1,12). Malgré quelques allusions peu claires (Mt 18,10; Ac 12,15; Ap 1-3), l’idée d’ «anges gardiens» ne peut donc trouver appui dans le Nouveau Testament.
Les anges de Dieu ne sont pas les seuls à agir, et les hommes sont parfois tourmentés par des anges de Satan (2 Co 12,7) qui peuvent prendre l’aspect du bien pour les tromper (2 Co 11,14). Ils sont destinés à être vaincus par les anges de Dieu (Ap 12,7-9) et jetés dans l’abîme ou le feu (Mt 25,41; 2Pi 2,4; Jude 6).

L’ange de Dieu est certes une créature surnaturelle, mais il n’est pas pour cela supérieur à l’homme. Ainsi, l’ange qui transmet la Révélation à Jean refuse par deux fois d’être adoré, et se déclare simple «compagnon de service» des croyants (Ap 19,10; 22,9). Jésus annonce que les humains ressuscités seront semblables aux anges (Mt 22,30; Mc 12,25). Un état dont l’homme n’est déjà pas si loin, lorsque sa foi rend son visage semblable à celui d’un ange (Étienne en Ac 6,15).

Christine PRIETO
 

Conte de Noël - Un ange passe.
Gabriel se posa sur la maison de Joseph. Comme une touffe de duvet. De l'échoppe du charpentier sonnaient des coups de marteau rageurs et une colère débridée. L'odeur du bois qu'on met à nu montait à ses narines. Il se laissa glisser dans la boutique et s'assit sur un tabouret. Le combat était inégal: le fer martyrisait le bois. Mais la douleur de l'amoureux trompé résistait aux assauts.

«Joseph» Mais à quoi bon? Joseph n'écoutait pas. Gabriel laissa le temps s'écouler et la pénombre envahir l'atelier. Le charpentier capitula enfin. Il fracassa un poing dans sa paume ouverte et cria: «Marie. Pourquoi m'as-tu fait cela?». Il sortit. Fit le tour du village. L'ange l'accompagna. Joseph rentra chez lui. S'allongea sur sa paillasse. Et vaincu par le sommeil, sombra. C'est le moment qu'affectionnent les anges. Ils dessinent des rêves sur la paroi de votre cerveau, animent des images derrière vos yeux clos, font chanter des mots dans vos oreilles. Ils vous regardent enfin sortir de votre oreiller. Et vous écoutent maugréer «Songe ment. Mensonge».

Mais non. Joseph ne dit rien. Il se leva. Se lava. S'habilla de neuf. Mangea un bout de fromage. Prit son baluchon et son âne. Et partit. L'ange le suivit. Chemin faisant, il allégea les pas et le coeur du charpentier: «Ne crains pas, Joseph. Ne crains pas.» soufflait-il à son oreille. Arrivés à la maison de Marie, ils frappèrent tous deux à la porte. Marie se réfugia dans les bras de Joseph. Ils se racontèrent des histoires d'ange. Marie assura que Gabriel lui était apparu. En vrai! Et c'était vrai, se souvint Gabriel. Il s'en émut. Ils s'aiment, ces deux-là. Et il pensa à ses compagnons qui, là-haut, dansaient devant le trône céleste.

Il est long, le voyage de Nazareth à Bethléem. Gabriel s'entretenait tour à tour avec l'âne que
Joseph tirait d'un pas sûr et avec la petite vie qui riait sous la robe de Marie. La suite, vous la connaissez; d'autres vous l'ont racontée. Quand l'enfant quitte la nuit maternelle, il crie à tue-tête pour révéler les secrets appris dans le ventre de sa mère. Mais l'ange applique son index sur les lèvres du nourrisson: «Chut! Oublie tout cela. À toi de redécouvrir à présent les mystères de la vie!»
Vérifiez dans un miroir: le doigt de l'ange laisse un léger sillon entre la bouche et le nez. C'est ce que fit Gabriel. Mais très très légèrement. en trichant un peu. Les anges des cieux sortirent leurs instruments et leurs plus belles voix. Ils réveillèrent les bergers des alentours: «Jésus est né!»

Quant aux mages. il fallut patienter! Le langage des anges et des étoiles leur est familier. Mais saisir les rares moments où ils interrompent leurs consultations nocturnes pour s'endormir n'est pas à la portée de n'importe quel ange. Ils confrontèrent leurs rêves et conclurent: «Ne retournons pas vers le roi Hérode. Rentrons directement chez nous».

Il fallut ensuite se glisser une fois de plus dans le sommeil de Joseph qui ne rêvait que d'une petite maison pour blottir, à Bethléem, sa petite famille. Gabriel lui noircit ses chimères, lui peint la folie cruelle d'Hérode en couleurs du sang, et fit résonner les cris de la soldatesque. Joseph émergea brusquement de son cauchemar comme on échappe à la noyade. Et tous les cinq partirent vers l'Egypte: Marie, Joseph, l'enfant, l'âne et l'ange.

Jusqu'au jour où Hérode mourut. La nuit venue, l'ange se faufila dans les rêves calcinés de Joseph. Il repeint en blanc l'échoppe du charpentier. Cela suffit pour que la petite famille rentre au pays. Mais les hommes sont plus têtus que les ânes. Joseph voulait s'installer à Bethléem. L'ange visita une dernière fois sa nuit. Il lui montra son atelier abandonné, ses planches qui craquelaient sous la poussière, ses outils qui rouillaient. Il les accompagna à Nazareth. Les embrassa. Se percha sur leur maison. Et écouta le père apprivoiser le bois, la mère chantonner au puits et l'enfant babiller avec l'âne. Laissons-les vivre leur bonheur, se dit-il enfin.

Gabriel se posa près du trône céleste. Comme une touffe de duvet.

Richard GOSSIN
 

L’ange au cinéma
Depuis qu’il a déserté les bancs des églises pour se glisser dans l’imagination des artistes, l’ange a beaucoup à signifier. Qu’il soit littéraire ou cinématographique, qu’il soit heureux ou malheureux, il nous renvoie sans cesse à notre rapport au monde et à Dieu.

Correspondant plus ou moins au 20ème siècle, le cinéma en est une lecture. Il en dit les espoirs, les rêves, mais il en dit surtout les horreurs et l’inhumanité. Car loin de l’image idéale que présentaient les écrits bibliques, celle d’un être fort et sans états d’âme autres que louer et servir Dieu, l’ange moderne est un être sans repère, errant entre un paradis qu’il sait perdu, et un monde qui n’attend plus rien du ciel. Il a tout perdu de la légèreté qui le faisait voyager entre le ciel et la terre, et il est aujourd’hui figure d’angoisse et de douleur mélancolique. Il a dorénavant les ailes ou coupées ou brisées, et parce qu’il a acquis la Connaissance suite à l’abandon de Dieu, l’innocence lui a été ravie, laissant place à la culpabilité et au mal-être. Le plus souvent maintenant, il traîne son poids trop lourd dans des endroits sombres, dans des villes tristes où les sentiments s’éteignent, étouffés, dans des bas-fonds où nul espoir n’est permis, dans des cœurs où la vie et la joie ne sont plus. Il traîne sa mélancolie comme un fardeau qu’il n’a pas mérité, regarde les humains s’aimer, se déchirer, s’étreindre, s’entre-tuer. Il les regarde avec amour et tendresse, mais se sait impuissant face au désespoir et à la haine qui peu à peu rongent le monde. Il est le voyeur désespéré de toutes les faiblesses humaines, auxquelles il ne peut remédier. Il n’y a guère que dans La vie est belle, de F. Capra, ou dans Faust, de F.W. Murnau, que Dieu préside encore à la destinée humaine. Mais ceci, c’était avant l’innommable, c’était avant la mort industrialisée où l’homme a perdu son visage d’homme. Depuis, Dieu s’est retiré, Dieu s’est tu, Dieu a laissé tomber. L’ange cinématographique, qu’il soit ange gardien (W. Wenders ), ou qu’il soit ange de la mort ou du diable ( R. Clair, I. Bergman), a connu la même trahison que l’homme face à un Dieu indifférent ou las, un Dieu muet. L’ange est désormais orphelin, compagnon de misère de l’homme, ce double que finalement il envie, parce qu’il peut encore aimer. Ainsi, si l’ange est encore un messager, il est un messager que le monde s’envoie à lui-même, ou bien encore messager en son nom propre.

L’ange est un message urgent, désespéré, un dernier message avant la catastrophe, avant l’indifférence, avant la vie chacun pour soi, avant que les autres ne soient plus visibles, ou ne soient plus que des instruments. En un mot, l’ange est un signe qui annonce aux hommes qu’ils se suicident. Il signifie que nous vivons une époque d’urgence éthique. Mais dans un monde qui va vers la ruine existentielle sans le savoir ou sans y prendre garde, les anges pourraient bien un jour cesser d’espérer, décrétant que la terre n’est pas plus un lieu de refuge que le paradis ou l’enfer.

Aussi, en même temps que le signe du désistement divin, l’ange est un appel à la responsabilité et à l’éthique : il rêve encore d’une humanité qui pourrait se survivre, qui pourrait faire entendre la voix de l’espérance, qui voudrait préserver cette vie que nous semblons mépriser, à laquelle nous attentons sans cesse, alors que lui-même nous l’envie. Il veut nous persuader que chaque être est unique, que chacun a quelque chose à construire et à communiquer, que la façon dont nous menons notre vie influence ce qui nous entoure, que chacun gagne à être aimé, et que nous pouvons, et même devons, prendre le risque d’aimer. Se faisant le signe de la désespérance du monde, il ouvre par son empathie un espace poétique de possibles et de régénérescences. Il nous signale que c’est à nous d’œuvrer, individuellement et collectivement, si nous voulons vivre, et vivre ensemble. L’entendrons-nous, ou le laisserons-nous s’épandre dans le néant, lassé, ainsi que ce Dieu que nous n’avons pas su garder ?

Corinne MACHABERT.
 

Filmographie
Tex Avery, Don't look now, 1936
I. Bergman, le 7e sceau, 1956
F. Borzage, Strange Cargo, 1940
L. Bunuel, l'Ange exterminateur,1962
J. Cameron, Terminator, 1984
J. Campion, La leçon du piano, 1992
F. Capra, La vie est belle, 1946
M. Carmé, la Merveilleuse visite, 1973
C. Chaplin, Le kid, 1921
M. Conrelly, W. Keighley, Green Pastures, 1936
A. Hall, Here comes Mr. Jordan, 1941 ; Son ange gardien, 1956
H. Kuster, Honni soit qui mal y pense, 1947
F. Lang, liliom, 1934
E. Lubitsch, Le ciel peut attendre, 1943
G. Mélies, Le Diable au couvent, 1899 ; Les 400 Farces du diable, 1906 ; la Civilisation à travers les âges, 1908
V. Minelli, Un petit coin aux cieux, 1942
P.P. Pasolini, Théorème, 1968
W.S. Vandyke, Ma femme est un ange, 1942
W. Wenders, Les Ailes du désir, 1987 ; Si loin, si proche, 1992

Valérie BOUCHET
 

Sérénité
Malgré la nuit du cœur
Et de l’âme parfois
Seigneur
Quel ange a plus de gloire
Au zénith de son chant
Que l’homme
En cet instant d’amour
Où la joie devient sans mesure
 D’être
Sous Ton regard.

Grâce redoutable et superbe
Masque sur un visage de tourment
Sérénité
Inscris-toi dans la chair
Pour que d’un seul regard
Ces autres visages du ciel
Maculés par tant de terre
Puissent te découvrir
Et te partagent.

Janine HAGVENCE
 
 



Étude biblique
Patience, patience, le Seigneur est proche, il vient
Texte: Jacques 5/7-11
7. Soyez donc patients, frères jusqu'à l'avènement du Seigneur. Voici, le laboureur attend le précieux fruit de la terre, prenant patience à son égard, jusqu'à ce qu'il ait reçu les pluies de la première et de l'arrière-saison.
8. Vous aussi, soyez patients, affermissez vos coeurs, car l'avènement du Seigneur est proche.
9. Ne vous plaignez pas les uns des autres, frères, afin que vous ne soyez pas jugés: voici, le juge est à la porte.
10. Prenez, mes frères, pour modèles de souffrance et de patience les prophètes qui ont parlé au nom du Seigneur.
11. Voici, nous disons bienheureux ceux qui ont souffert patiemment. Vous avez entendu parler de la patience de Job, et vous avez vu la fin que le Seigneur lui accorda, car le Seigneur est plein de miséricorde et de compassion.

Patience, patience, le Seigneur est proche, il vient.
Qu'il est difficile de lire ce texte calmement.
Qu'il est difficile d'exhorter à la patience.
Quelle patience peut-on encore avoir?
Et la liste des patiences forcées et des impatiences est comme toujours longue.
On pense à tous ces peuples victimes de désordres, guerres, catastrophes, de famines ou simplement de la bêtise, ils n'en peuvent plus d'attendre. Il Y a tant d'urgences. On ne peut plus faire front.
Combien de temps faut-il encore attendre?
Combien de temps faudra-t-il supporter les malheurs du monde, et encore il n'a pas été fait mention de nos propres malheurs. . .
Patience, qu'est-ce que cela veut dire? Passivité, résignation, attente?
Jacques nous donne trois exemples de patience: le cultivateur, les prophètes et Job.
Les prophètes ne se sont pas tus devant l'injustice autour d'eux. Ils ont parlé, ils sont intervenus, parfois d'une manière spectaculaire, chaque fois, au nom de Dieu pour dénoncer le mal et la souffrance et rappeler l'attachement du Dieu créateur envers sa créature.
Nathan avait osé faire des reproches sanglants à David. Il lui avait clairement signifié que ce qu'il avait fait avait été un viol aggravé du meurtre du mari (l’histoire de Béthsabée).
Amos ne se fatigue pas de reprocher à la classe dirigeante du Royaume du Nord l'exploitation des pauvres, les pots de vin aux dépens du plus faible, l'injustice quotidienne et l'hypocrisie des cultes offerts au Dieu Créateur.
Les prophètes souffrent de ce monde, ils luttent contre les racines du mal et de la souffrance et sont prêts, souvent à leur corps défendant à en subir les conséquences. Amos est expulsé manu militari, Jérémie est jeté dans une citerne boueuse. Un petit prophète Urie est massacré. Etc. . .
Le métier de prophète n'est pas de tout repos!
Il n'y a pas que les prophètes de l'Ancien Temps qui avaient pris des risques et les avaient assumés. Gandhi (prophète non-chrétien. . . ), Bonhoeffer, Martin Luther-King. Tous trois ont été assassinés. Nelson Mandela qui est resté plus de 20 ans en prison.
Tous ceux-là qui sont connus cachent l'immense foule des oubliés et des inconnus qui ont eux aussi lutté avec patience contre le mal et la souffrance. Cette patience était empreinte de courage.
Les deux termes grecs de notre texte pour patience signifient persévérance, tenir bon le choc. Cette sorte de patience n'est donc pas une passivité mais une résistance active. C'est pourquoi Jacques ajoute: "que votre coeur soit ferme!".
Les prophètes étaient persuadés que le jugement de Dieu n'allait pas tarder, ils tiraient leur courage, leur force de cette espérance en l'imminence de Dieu. Et Jacques tente de redonner ce souffle, car il croit également à ce retour imminent du Christ et d'une manière ultime et définitive. Pour lui, tout va bientôt se réaliser, alors dépêchons-nous! Fortifions notre foi et soyons présents.
Présents comme les prophètes.
Jacques nous donne un deuxième exemple, celui de Job.
Job ne souffre pas du monde, mais de Dieu. Il se sent innocent de tout ce qui lui arrive. Et, lui ne se résigne pas, il crie sa souffrance avec toute son amertume. Il accuse Dieu face à face. Jacques nous propose Job comme exemple de patience, mais la patience de Job est une patience impatiente. Il a tout perdu, ses enfants, ses biens, sa santé, même sa femme l'accable de reproches.
Job, sur son tas de fumier ne se lasse pas de crier vers Dieu. Il lui semble que Dieu est trop proche de lui dans sa cruauté dévastatrice et trop loin dans sa souveraineté arrogante. Job exprime très bien nos sentiments de révolte que nous voulons aussi parfois exprimer lorsque nous affrontons les tempêtes de notre existence. Et nous nous sentons souvent seuls face aux difficultés.
Job n'aura de cesse de crier vers Dieu qu'au moment où celui-ci lui rappellera la Création , lui montrera sa place dans cette oeuvre, qu'il laisse la liberté de devenir ce que nous pouvons devenir et donne des moyens pour ce faire tels que la Loi et, plus tard, pour nous, le Christ.
Enfin le cultivateur.
Et Jésus déjà de reprendre à deux reprises cette image, la première fois pour la parabole du Semeur, la deuxième pour la parabole de la semence qui pousse toute seule.
La patience, comme la Parole de Dieu lancée par le Semeur, doit croître lentement en nous. L'Evangile est entendu, puis vient le temps de la maturation au travers d'épreuves, pluie, engrais, saisons diverses et enfin, la pousse arrive.
Nous n'y pouvons pas grand-chose, cette fois-ci. La Parole en nous mûrira des expériences de la Vie, et du Dieu qui vient. Ainsi, comme le semeur au début, nous espérons en une récolte, tout est fait pour cela, il faut attendre et y tendre.
Nous espérons que notre Dieu vient même si en ce temps froid, nous expérimentons des hivers intérieurs ou autour de nous. Laissons-nous mûrir lentement, le Royaume de Dieu doit grandir et Dieu doit croître encore plus.
Il vient à nous à chaque fois d'une manière renouvelée. C'est l'Avent. Le grain a été déjà semé, il est dans la terre.
Le Seigneur vient. Patience ? Oui, dans le sens de Jacques. Une patience forte, vigilante, persévérante et reconnaissante du présent. Une patience qui est engagement plein dans ce monde qui attend peut-être une Rédemption ?
Une patience qui sait se réjouir de ce qui se vit au quotidien.
Une patience qui danse et qui rit. Une patience de Dieu qui nous attend, il nous précède, il est déjà là, aujourd’hui.
Noël débute dans ce temps de patience forte de Dieu.
Que pouvons-nous espérer de plus ?