Avril 2001



Éditorial: À Pâques il y a les oeufs..., Janine Hagvence

Page biblique: Le chemin, la vérité la vie, Anne Trosino, pasteur de Thann - Fellering

Pages consistoriales

Conférences Culture et Christianisme
Que devient la foi chrétienne?, Jean-Marie Kohler
Témoignage de Francis DIÉNY à propos du "réseau Illberg".

Élections municipales 2001, la parole aux candidats

Ce que je ne ferai pas comme élu, Michel Bourguet
Mulhouse fut longtemps une cité protestante, Nanette Reeb


Le dossier: La résurrection

Croire à la résurrection!, Didier Weill
La vie après la mort, André Gounelle
Je crois la résurrection de la chair, Alphonse Maillot
La vie après la mort: une valeur en hausse, Yves Lambert
Paul et la résurrection, Joël Geiser

Éditorial

À Pâques il y a les œufs
Les œufs de Pâques…
À Pâques il y a les lièvres
Les lièvres de Pâques
Pour cacher partout les œufs,
À Pâques il y a les primevères
Les primevères de Pâques
Dans l’herbe qui repousse.
Et souvent, à  Pâques,
Il  n’y a que des œufs des lièvres et des fleurs
Pour fêter l’aube et le soleil
Qui traversent enfin les rives du printemps.
Mais à Pâques tout renaît
De la terre et du ciel
Dans un élan surnaturel,
Comme une vague étincelante
Qui porte cet élan de vie
Au zénith de sa gloire:
À Pâques il y a Christ
À Pâques il y a Dieu
Qui vient dans nos abîmes
Nous chercher et nous recueillir.
 

Janine HAGVENCE
Page biblique
Le chemin, la vérité la vie.
 
Que votre cœur ne se trouble pas: vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de demeures: sinon vous aurais-je dit que j’allais vous préparer le lieu où vous serez? Lorsque je serai allé vous le préparer, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, si bien que là où je suis, vous serez vous aussi. Quant au lieu où je vais, vous en savez le chemin.
Thomas lui dit: Seigneur nous ne savons même pas où tu vas, comment en connaîtrions-nous le chemin?
Jésus lui dit: Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père, si ce n’est par moi. Puisque vous m’avez connu, vous connaîtrez aussi mon Père. En fait, dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu.
Philippe lui dit: Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit.
Jésus lui dit: Je suis avec vous depuis si longtemps, et cependant, Philippe, tu ne m’as pas reconnu! Celui qui m’a vu a vu le Père. Pourquoi dis-tu: Montre-nous le Père? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même! Au contraire, c’est le Père qui, demeurant en moi, accomplit ses propres œuvres. Croyez-moi, je suis dans le Père et le Père est en moi; et si vous ne croyez pas ma parole, croyez du moins à cause de ces œuvres. En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera lui aussi les œuvres que je fais; il en fera même de plus grandes, parce que je vais au Père. Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, de sorte que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai.
Jean 14, 1 à 14

Notes de lecture :
Le texte est de structure dialoguée. Après un premier dialogue avec Pierre (ch 13 v 36 à 38) Jésus s’adresse collectivement aux disciples et l’entretien est relancé par les interventions de Thomas et de Philippe qui n’hésitent pas à dire leur incompréhension, ou leur désir presque naïf, ce en quoi nous pouvons nous reconnaître. Les versets 1 à 6 tournent autour des questions du lieu et du chemin. Le thème des versets 7 à 10 est voir le Père. Et des versets 11 à 14, le reprise de l’appel à croire amène un développement sur le faire de Jésus et des disciples.

La demeure : terme rare dans le Nouveau Testament. Il y a beaucoup de demeures, soit qu’il y ait amplement de la place pour chacun, soit qu’a l’exemple d’un immense palais chacun trouve des appartements à sa convenance

Je suis le chemin et la vérité et la vie : il s’agit de la sixième définition symbolique de ce type dans l’évangile de Jean. Ces affirmations solennelles qui ne sont pas sans évoquer la révélation de Dieu à Moïse au buisson ardent, décrivent ce que le Christ est pour les hommes et le rôle qu’il assume dans le monde.

Si vous m’avez connu : le verbe est conjugué au parfait qui exprime un événement ou un fait passé achevé, mais dont l’effet ou les conséquences se prolongent dans le présent. Plus qu’un reproche, c’est un constat qui se déduit de l’affirmation précédente. Jésus parle d’une connaissance vivante.. Les disciples connaissent le christ lorsqu’il le reconnaissent comme Fils unique et révélateur du Père.
 
 

Ce texte d’où était issu le thème pour la semaine de prière pour l’unité des chrétiens en janvier dernier est un fragment du premier discours d’adieu, une sorte de testament spirituel que l’on trouve dans l’évangile de Jean. Avec ce discours Jésus exhorte ses disciples avant de partir pour un lieu maintenant inaccessible aux disciples. Jésus tente de prévenir le trouble ou la tristesse des disciples à l’annonce de son départ et leur annonce la venue de l’Esprit de vérité. En même temps, les dialogues avec les disciples vont permettre d’éclairer une parole à double sens, dissiper un malentendu, développer un symbole et faire progresser l’entretien vers une édification plus solide de la communauté chrétienne d’après Pâques et Pentecôte appelée à témoigner fidèlement aux yeux des hommes.

La demeure
Dans le chapitre qui précède, Jésus a annoncé à ses disciples : “ là où je vais, vous ne pouvez venir ” (Jean 13 v 33). A présent il révèle quelque chose de plus sur ce lieu où il va. “ Dans la maison de mon Père, il y a beaucoup de  demeures : sinon vous aurais-je dit que j’allais vous préparer le lieu où vous serez ? ” Il définit ce lieu comme la maison du Père et comme le lieu que lui, Jésus va préparer pour les disciples. Il se présente ainsi à nouveau dans un rôle de serviteur, comme dans la scène du lavement des pieds. C’est en précurseur des siens qu’il va rejoindre ce lieu. Et s’il y a en ce lieu “ beaucoup de demeures ”, ce ne sont pas des demeures différentes, mais un grand nombre de places offertes, une multiplicité qui souligne d’emblée l’universalité de l’évangile. Il y a de la place, suffisamment de place, pour accueillir beaucoup de gens. La promesse est pour tous, sans distinction de race ou de religion. Jésus sait que le désir du Père est que sa maison soit remplie. Souvenons-nous à cet égard de la parabole du festin dans l’évangile selon Luc.
“ Dans la maison de mon Père ”. L’image de la maison donne au Royaume de Dieu une connotation plus intime, une chaleur et un aspect rassurant, sécurisant qui n’est pas aussi soutenu dans la notion de royaume ou même de grand banquet.
“ Sinon vous aurais-je dit ? ” Sous cette forme négative, Jésus atteste fortement la réalité de la promesse, pour en ancrer dans le cœur des disciples et dans le nôtre la certitude merveilleuse : Je vais vous préparer une place.
Jésus parle comme un intendant à notre service. Ce n’est pas le moindre des paradoxes que ce Maître qui assume le rôle du serviteur. Lui qui a lavé les pieds des disciples leur annonce maintenant qu’il ne les quitte que pour les devancer et préparer leur accueil auprès du Père. C’est sa volonté ferme et constante de demeurer aux côtés des siens.

Le chemin
Seigneur nous ne savons même pas où tu vas, comment en connaîtrions-nous le chemin ? La protestation de Thomas est somme toute logique. Jésus ayant déclaré quelque instants plus tôt ce lieu inaccessible, Thomas prend comme une sorte de provocation l’affirmation de Jésus “ vous en savez le chemin ”. Il réplique alors par une confession d’ignorance complète de cet ailleurs mystérieux, concluant très logiquement de l’ignorance du but à celle du chemin. Mais cette protestation fait rebondir le dialogue et permet à Jésus d’évoquer la seule possibilité de rejoindre le Père : “ Je suis le chemin et la vérité et la vie. Personne ne va au Père, si ce n’est par moi. ” Comme dans l’image voisine de la porte, au chapitre 10 (versets 7 à 9), Jésus se déclare le passage obligé pour aller à Dieu, le chemin qui conduit à lui, dans la mesure où il est lui-même la Vérité et la Vie. Il n’est donc pas simplement un maître de sagesse qui indique le but et le chemin à suivre pour l’atteindre : c’est par son être même que nous pouvons approcher du Père, et pas seulement après notre mort, dans le Royaume céleste, mais dès à présent. “ Puisque vous m’avez connu, vous connaîtrez aussi mon Père. En fait, dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu. ” La perspective s’est déplacée : il ne s’agit plus d’un ailleurs et d’un plus tard, mais de ce qui est donné dès à présent aux disciples : la possibilité d’aller au Père, de le connaître. Connaître, dans l’ancien Testament comme dans l’évangile de Jean, ne désigne pas un savoir abstrait, mais une relation vivante, une communion qui est une sorte de provocation, là encore, si l’on songe à la conviction selon laquelle il est impossible de voir Dieu et qui s’exprime tant dans l’Ancien Testament (l’homme ne saurait me voir et vivre. Ex 33 v 20) que dans le prologue même de l’évangile (personne n’a jamais vu Dieu).

Voir le Père
Ce n’est pourtant pas cette objection que soulève Philippe. “ Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. ” Sa demande semble un peu naïve exprime plutôt le constant désir religieux de l’homme souhaitant atteindre la certitude par la vision directe de Dieu. Elle relève ainsi de l’idolâtrie spontanée du cœur humain. Comme ce serait merveilleux et sécurisant d’avoir enfin une vision directe et indubitable de la divinité ! La réponse de Jésus comporte une nuance de reproche et de déception : une longue fréquentation de Jésus n’a pas amené son disciple à la vraie reconnaissance de son identité ! “ Je suis avec vous depuis si longtemps, et cependant, Philippe, tu ne m’as pas reconnu ! ” Que ses disciples sont donc lents à comprendre ! Déçu, Jésus s’attache alors à expliciter l’étrange affirmation “ Dès à présent vous l’avez vu ! ” . Il répète que ses paroles sont celles du Père et ses œuvres aussi. “ Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ! Au contraire, c’est le Père qui, demeurant en moi, accomplit ses propres œuvres. ” Par conséquent le Père, qui demeure invisible peut être reconnu dans son amour de Père lorsqu’on écoute les paroles de Jésus et qu’on comprend le sens de ses actes. Jésus est le révélateur, l’image du Père. Voir le Fils, c’est voir le Père. Il est ce révélateur par son être même, parfaitement uni à Dieu : “ Je suis dans le Père et le Père est en moi ” et cette communion se révèle tout au long du récit évangélique qui précède par les paroles et les actes de Jésus qui sont ceux du Père lui-même.

Ce texte nous place donc devant un choix crucial : accepter dans la foi cette affirmation de Jésus unique révélateur du Père, ou la refuser.
“ Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. ” “ Croyez-moi, je suis dans le Père et le Père est en moi. ” Il n’est pas facile d’accepter de “ voir Dieu ” dans la seule image de Jésus. La première prière que nous avons à faire “ au nom de Jésus ” est sans doute qu’il nous donne cette totale confiance en lui à laquelle il nous invite. En relisant inlassablement l’Evangile pour redécouvrir comment les paroles et les actes de Jésus révèlent vraiment Dieu, un Dieu qu’on ne peut voir ni saisir par notre intelligence, mais qui nous manifeste en Jésus son inlassable amour de Père.
 

Anne TROSINO.


Pages consistoriales

Élections municipales 2001, la parole aux candidats

Lors des récentes élections municipales, deux paroissiens bien connus se présentaient au suffrage mulhousien. Comme sans doute bien d'autres encore dans les communes du consistoire. Nous leur avons demandé de partager avec nous ce qui faisait le cœur de leur engagement politique.
Ce que je ne ferai pas comme élu
Pendant longtemps les Églises ont été des soutiens peu critiques des pouvoirs en place, et mettaient en avant l’obéissance et la résignation, en se limitant à adoucir un peu les rigueurs de la vie sociale.
Mon engagement de chrétien en politique prend racine, au contraire, dans une dynamique où l’objection de conscience et le souci prioritaire des plus pauvres ont une place centrale, où l’obéissance et la résignation ne sont plus des vertus cardinales.
Et pourtant, les programmes politiques les plus ambitieux et les plus généreux tant sur le plan des libertés que sur celui de la justice, seront toujours très en dessous des objectifs proposés par le Christ:
Notre conception de la justice nous conduira à calculer un juste salaire pour chacun, au prorata de ce que chacun aura réellement fait, et nous ne nous sentirons pas invités à appliquer le modèle de l’histoire des ouvriers de la onzième heure.
Nous chercherons le plein emploi, et nous arriverons peut-être à limiter le chômage. Nous aurons donné à plus de gens les moyens de gagner leur vie… en oubliant les histoires d’oiseaux et de lys des champs, en oubliant que chacun reçoit plus que le salaire qu’il mérite.
Nous essayerons de faire régner la justice, de conduire les délinquants devant leurs juges. Nous chercherons que les peines soient justes, proportionnées, et nous oublierons que seuls ceux qui n’ont jamais péché ont le droit de jeter la première pierre. Et nous n’aurons pas la force de pardonner (soixante dix fois sept fois) chaque voleur, chaque violeur, parce que nous aurons oublié qu’il ne sait pas ce qu’il fait.
Nous aurons des adversaires, nous les combattrons pour résister au mal qu’ils propagent. Nous risquons chaque fois d’en faire des ennemis, de les confondre avec le mal. Et nous oublierons de les aimer.
Alors, même si la justice et la liberté, grâce à notre action politique, à mon action politique, avancent et règnent sur notre ville, nous serons encore très loin d’avoir réalisé la cité de Dieu.
J’espère que mon mandat politique me permettra modestement de faire un peu progresser justice et liberté. J’attends que l’Église où je vis fasse progresser la grâce et le pardon qui dépassent la justice.
Michel Bourguet
Mulhouse fut longtemps une cité protestante.
Respectueux de l’histoire, et ouvert à votre sensibilité particulière, Jean-Marie BOCKEL m’a demandé de faire partie de l’équipe municipale pour son prochain mandat. J’ai accepté cette tâche difficile, y voyant le prolongement de mes nombreux engagements associatifs, entre autres celui de présidente des Rencontres Comenius.
Je souhaite m’impliquer, comme déléguée auprès de l’adjoint à la culture, dans la liaison avec les quartiers afin de rendre accessible à tous une culture de qualité, enrichie d’apports et de traditions plus féconds, de se croiser et de s’interpeller mutuellement.
Mais si nous avons en tant que chrétiens une vocation particulièrement, c’est d’être à l’écoute des plus oubliés, des plus fragiles, des plus menacés des habitants de notre ville. Chacun de vous peut autour de lui déceler leurs appels et contribuer à les faire entendre: rendez-moi attentive à ces situations auxquelles nous devons apporter une réponse.
Nanette Reeb
Conférences Culture et Christianisme

Que devient la foi chrétienne?

"Nos enfants ne vont plus au culte ou à la messe le dimanche, et nos petits-enfants y vont de moins en moins à mesure qu'ils grandissent." Combien de grands-parents, y compris et peut-être surtout parmi les plus fervents, peuvent aujourd'hui affirmer le contraire? La foi chrétienne serait-elle condamnée à disparaître? De fait, les jeunes générations ne fréquentent plus guère les temples et les églises, la transmission de la culture et des convictions religieuses est sérieusement grippée, les structures ecclésiales se délitent faute de vocations, et la société civile s'est affranchie des Églises pour définir son cap dans un monde désormais laïque. Le christianisme hérité de la chrétienté a bel et bien implosé, et ce quelles que soient les illusions qu'entretiennent ici ou là des résurgences de type intégriste, charismatique ou autre - au demeurant fort ambiguës. Même si le "retour du religieux" devait se révéler massif, ce ne serait pas la panacée. Mais l'avenir de la loi est-il subordonné à la survie des formes obsolètes d'une religion révolue?

Dans le sillage du passé
Les zélateurs de la religion qui recherchent des boucs émissaires pour exorciser le mal tapi dans notre société n'ont que l'embarras du choix. Rien n'échappe à leurs accusations: un matérialisme pervers gangrène l'humanité, les mécréants profanent les choses les plus sacrées et subvertissent la loi, et la sainte Église elle-même n'est plus ce qu'elle était! Pour remédier à cette situation de perdition, il faudrait donner la chasse aux non-conformistes et autres fauteurs de désordre, puis retrouver les croyances et les mœurs d'autrefois, réhabiliter les traditions, relancer la propagande religieuse, et multiplier les grand-messes médiatiques qui galvanisent les communautés. Somme toute, il faudrait reprendre le contrôle de la société sous la bannière d'une foi conquérante, et restaurer l'ordre social ancien prétendu conforme à la volonté de Dieu. Mais ce type de perspective est non seulement anachronique, il est réellement dangereux comme le manifestent ses prolongements religieux et politiques habituels. Il est donc heureux que notre société s'en défende.

À l'opposé des visées de reconquête, la tendance générale des Églises est au repli. Le développement du monde profane en-dehors des sphères religieuses est considéré comme un phénomène de civilisation impossible à contrecarrer, qu'il convient de supporter en attendant d'hypothétiques jours meilleurs. Pour sauver les meubles (et si possible les immeubles) dans ce contexte, on procédera à des aménagements de survie en restructurant le système religieux établi et en modernisant son dispositif de communication. Le programme est vaste: préserver l'autorité des institutions et des doctrines en consolidant les instances ecclésiastiques dirigeantes, créer de nouveaux ministères pour assurer les fonctions subalternes, réorganiser ce qui reste des paroisses et des aumôneries, rénover le discours religieux en habillant les doctrines d'hier des mots d'aujourd'hui, rajeunir les liturgies traditionnelles en recourant aux innovations techniques et aux symboles à la mode, et accompagner de "formations" appropriées chacune de ces mesures - sans oublier de défendre les avantages acquis du Concordat… Mais, pour utiles que puissent être ces actions, elles paraissent très accessoires au regard des véritables enjeux de l'évolution en cours, car - pour ce qui est de l'essentiel - l'avenir de Dieu sur terre se joue ailleurs que dans les restructurations et les inventions communicationnelles. Quant à l'identification des minorités fidèles à la catégorie du "petit reste d'Israël" porteur du salut au milieu des nations impies, elle est consolante mais se révèle n'être en fin de compte qu'une attitude frileuse, qui dissimule beaucoup de prétention sous une apparente modestie.

À l'aube d'une ère nouvelle

Les temps ont beaucoup changé et changeront davantage encore, mais pourquoi ne pas croire que l'histoire des hommes continue à être histoire de Dieu, et ne pas regarder en face la situation actuelle du monde et des Églises pour s'interroger sur les exigences inédites de la foi chrétienne dans la conjoncture nouvelle? Pourquoi s'obstiner à prétendre, contre toute évidence, que nos contemporains devraient pouvoir reconnaître l'Évangile dans les représentations et les pratiques que nous leur proposons, alors que notre religion est encombrée de croyances et traversée de stratégies qui lui enlèvent toute crédibilité à leurs yeux? Pourquoi tant de pasteurs et de prêtres se consacrent-ils en priorité à rassurer et à entretenir des communautés exsangues, minées par l'obsession de leur survie et du salut éternel, au lieu d'aller vers les hommes et les femmes qui aspirent à rencontrer Dieu dans leur vie présente en œuvrant à l'avènement de sa justice et de sa paix? Pourquoi les Églises se montrent-elles si réticentes à l'égard des initiatives qui, en leur sein ou ailleurs, enfantent les formes nouvelles du christianisme de demain? N'est-il pas temps de quitter les tombeaux vides et les vaines cérémonies qui y prolongent un passé mort, pour rejoindre les chantiers où Dieu vit sa destinée humaine au milieu des hommes d'aujourd'hui?
La foi chrétienne ne pourra continuer à exister et à être source de vie que si, dans la fidélité à l'Esprit qui l'anime, elle accepte de se remettre réellement en question, de se repenser dans le cadre de la culture moderne et des problèmes du monde contemporain - tout comme elle s'est pensée à frais nouveaux dans les cultures où elle s'est incarnée à l'origine et à divers moments cruciaux de son passé. Au lieu de condamner le croyant à s'exiler de la civilisation qui est la sienne, la foi doit lui permettre de vivre pleinement dans sa société et à son service. Certes, il est vrai que la modernité a donné lieu aux pires guerres de l'histoire humaine, qu'elle charrie les plus graves dangers pour l'avenir de la planète, et qu'elle est loin d'exaucer les attentes messianiques qui ont été placées en elle. Mais il n'est pas moins vrai qu'elle est aussi porteuse de l'immense espérance qui est au cœur du monde et qui a sa source dans l'espérance d'un Dieu qui croit en l'homme. Incontestablement, la modernité a contribué à libérer les hommes des aliénations religieuses, à promouvoir une humanité plus libre et plus responsable, plus apte à répondre à sa vocation de participer à la vie de Dieu; et face à cet horizon-là, l'aventure humaine n'en est peut-être qu'à ses débuts… L'avenir de la foi n'est pas inscrit dans l'héritage reçu du passé, il reste à inventer en même temps que l'avenir de l'homme et du monde. L'histoire n'est pas finie: tant qu'il y aura des hommes, Dieu continuera à jouer son avenir entre leurs mains.

Questions à un théologien

Dans le prolongement du travail d'information, de réflexion et de dialogue entrepris depuis 1997 par les Conférences Culture et Christianisme dans le Sundgau, Laurent GAGNEBIN, critique littéraire et philosophique, Professeur à la Faculté de Théologie Protestante de Paris, interviendra le 11 mai prochain à la Halle au Blé d'Altkirch sur le thème: "Repenser la foi dans le monde actuel". C'est avec la compétence d'un théologien spécialiste de l'athéisme contemporain et avec une cordialité issue d'une longue pratique pastorale qu'il répondra aux questions posées. Que reste-t-il des doctrines qui ont présenté la vie sur terre comme un exil, situant la véritable patrie des hommes dans un paradis extraterrestre? Les combats menés par l'athéisme contre les aliénations religieuses n'ont-ils pas constitué, de façon paradoxale, une contribution à l'œuvre de libération dont se réclame la foi? La foi peut-elle, après les guerres et les génocides du 20ème siècle, assumer le scandale de la souffrance qui ne cesse d'écraser injustement une multitude de personnes et de peuples? En quels termes se pose la question des rapports entre la foi et le monde à l'heure où beaucoup d'hommes pensent que les croyances religieuses ne sont que des illusions par rapport aux découvertes des sciences?

J.-M. KOHLER
Repenser la foi dans le monde actuel, conférence de Laurent Gagnebin, le vendredi 11 mai à 20h, à la Halle au Blé d'Altkirch - entrée libre.
Témoignage de Francis DIÉNY à propos du "réseau Illberg".
Le départ du pasteur MULLER a coïncidé avec la naissance d’un groupe de travail qui réunissait quarante et une personnes. L’été pouvait être traversé sereinement, on se retrouverait le 12 septembre pour créer du neuf à l’Illberg et aux Coteaux.
Le 12 septembre une double douche nous a convaincus de regarder en face et humblement la situation. Nous n’étions plus que dix sept à vouloir travailler. En outre nous avions invité ce jour là les acteurs sociaux, religieux et associatifs de la ZUP, pour les associer à ce démarrage. Il n’y eut personne. Le désir et les projets du "réseau Illberg" n’intéressaient personne. Il se trouvait au sein de se foisonnement de services de la ZUP, personne pour y croire.
Alors nous avons décidé de nous aventurer sur le chemin de la recherche comme Dieu nous l’indiquait: petits, oubliés, faibles, une poignée humaine à peine, nous avons compris que c’étaient les petits, les oubliés, les humbles de la ZUP à commencer par ceux qui figuraient sur le fichier de la paroisse, qu’il fallait  mettre au centre. Deux groupes ont alors rédigé chacun un projet, travaillant totalement séparés, l’un l’équipe de l’Illberg, l’autre les sœurs et frères venus de Mulhouse-ville à la rescousse. Le 21 novembre deux textes étaient lus et présentés. Ce soir là nous avons fait l’expérience de l’avènement spirituel. Les deux propositions allaient dans le même sens, à quelques accents près fondaient la même vision et la même stratégie. Ce soir là, la prière nous a tous convaincus de ce que le doigt de Dieu était posé sur ce qui était en train de naître.
Un mini groupe a assuré la synthèse et le nettoyage des deux projets en un seul. Une "communion diaconale" de Mulhouse voyait le jour sur le papier, articulant plusieurs réalités en un ensemble mulhousien. D’abord à l’Illberg et aux Coteaux où un redémarrage communautaire est envisagé au travers de toutes petites églises de maison, dans les tours, dans les barrettes, à domicile: deux, trois ou quatre foyers à la fois, là où les familles visitées entre temps par mes soins manifestent que Jésus-Christ vit encore chez elles. À un rythme très espacé, deux ou trois fois l’an, mais avec la sainte cène, la Parole, le chant et la prière. Cette vision des écclésioles s’impose pour que se reconstituent peu à peu des réseaux spirituels. C’est la démarche diaconale de base, l’approche au nom de Jésus-Christ des petits, des humbles, des oubliés. Toutes les questions sociales, éducatives, professionnelles, le chômage etc…, sont transmises aux organismes prévus pour ça? La diaconie c’est cette approche dans l’amour de Dieu, la restauration du lien d’amour souvent rompu ou tout au moins arrêté depuis quelques fois des années.
Le deuxième volet c’est la communion diaconale étendue à toutes les paroisses, à commencer par celles qui ont en ce moment des équipes d’entraide qui font dans les paroisses un travail diaconal. Les grouper, les faire parler, raconter, partager, les faire se soutenir mutuellement et à travers cela recevoir courage de poursuivre et formation ainsi que renouvellement.
Le troisième volet ce sont les œuvres centenaires que l’Église Réformée de Mulhouse connaît: Home Saint-Jean, Maison Gustave STRICKER. Ces établissements attendraient notamment une aumônerie plus structurée.
Je vous fais grâces des difficultés administratives sans cacher toutefois que nous avons dû réécrire le projet pour que le service des cultes puisse l’accepter. Depuis le 20 janvier la déclaration de vacance est officielle et nous pouvons espérer qu’un pasteur s’attellera à cette tâche à la rentrée avec l’équipe de l’Illberg et avec le "réseau" qui deviendra la "communion diaconale".
Ce semestre j’ai pour mission de tenter deux expérimentations d’Église de maison. Les deux foyers qui accueilleront ces deux tentatives sont trouvés, l’un pour vendredi saint, l’autre pour la veille de Pentecôte. Mes visites désormais tendent à faire converger quelques habitants proches vers ces deux foyers dont l’un constitué d’une épouse en fauteuil roulant et d’un mari handicapé et blessé du travail, et l’autre de réfugiés hongrois. De ces deux essais le conseil de l’Illberg tirera les leçons pour dire au pasteur arrivant ce qu’ils comptent faire avec lui. Pour moi ma mission à l’Illberg sera terminée.
L’Église Réformée de Mulhouse, quant à elle, a décidé de mettre à part un des postes de pasteur pour la diaconie, comme elle l’a fait il y a 10 ans pour la culture, avec Saint-Étienne-Réunion. Ainsi une pastorale globalement orientée vers la diaconie, placera à côté de la prédication de la Parole de Dieu, l’ensemble des actes qui authentifient son message de l’amour de Dieu. Je crois que bien des fidèles retrouveront dans cet élan respiration et sens dans leur vécu et dans leur foi. Je vous invite à en faire votre intercession quotidienne.
Francis Diény
Le dossier: La résurrection

Croire à la résurrection!
par Didier Weill

Vous me demandez si je crois à la résurrection! Si je réponds oui, qu’aurais-je dit? Presque rien! En effet ce que vous mettez derrière le mot de résurrection n’est peut-être pas ce que j’y mets moi-même. De même, ce que vous mettez derrière le verbe croire n’est peut-être pas ce que j’y mets.
Je commence par le verbe croire. Il y a une grande différence entre croire «à quelque chose » et croire «en quelqu’un ». Dans la Bible, qui est bien sûr notre référence commune, Jésus appelle à croire en lui. Il appelle à croire, qu’il est l’envoyé de Dieu et que par lui Dieu parle aux hommes. Croire c’est essentiellement lui faire confiance. C’est donc avoir confiance en Dieu qui parle aux hommes par cet homme, par ses paroles, par sa vie, par sa mort et par sa résurrection.
Je crois à l’existence de Dieu parce que que je crois en sa Parole, guide pour ma vie. Je lui fais confiance pour qu’il la dirige par sa parole, que par elle il me sauve de tous les dangers, ceux que je peux être pour les autres et ceux que les autres peuvent être pour moi. Je fais donc confiance à Dieu pour cette vie-ci à cause de Jésus. Comment alors ne pas lui faire confiance pour l’au-delà de la vie? C’est parce que je crois en cette Parole et en celui qui l’a prononcée que je suis délivré et libéré du souci de l’au-delà. Je lui fais confiance pour aujourd’hui comme pour demain.
Ensuite croire. «Croire » ce n’est pas «savoir ». Je ne sais rien sur l’au-delà de la vie, et rien sur la résurrection. La Bible, ni rien d’autre, ne peut me renseigner à ce sujet. Il est impossible de se représenter quoi que ce soit de la résurrection. Chercher à le faire c’est chercher à quitter le domaine de la foi pour entrer dans celui du savoir. C’est une voie impossible. La résurrection, celle de Jésus, comme la mienne reste un objet de foi, conséquence de la foi, de la confiance en Dieu. Lisant les évangiles, je remarque que les disciples de Jésus, qui avaient pourtant étaient prévenus qu’il devait ressusciter trois jours après sa mort, sont surpris de trouver son tombeau vide. Que reste-t-il aux disciples de Jésus et à nous-mêmes? La promesse de la résurrection, celle de Jésus, ce vide qui laisse toute la place à sa Parole. Promesse que cette Parole n’est pas morte bien que Jésus ait été cloué sur une croix. Croire cette Parole c’est espérer qu’elle me relève, qu’elle me «ressuscite », qu’elle me re-suscite dès aujourd’hui.
La vie après la mort, André Gounelle
Il y a plus de trente ans, dans le cimetière protestant de Nîmes, à la fin d’un culte d’ensevelissement où j’avais lu des passages du Nouveau Testament qui parlent de la vie éternelle et de la résurrection des morts, une femme m’a dit à mi-voix: « Que ces versets sont beaux, je voudrais y croire, mais je n’y arrive pas; j’aimerais tellement que cette espérance me soit donnée ». Cette émouvante confidence exprimait ce que ressentent beaucoup de chrétiens croire en une vie après la mort paraît bien difficile. Cette difficulté tient, me semble-t-il, à deux raisons.

Mort et anéantissement

Pendant longtemps, on a nettement distingué dans l’être humain deux éléments: le corps et l’âme. La mort physique, estimait-on, n’entraîne pas automatiquement la mort spirituelle; l’âme pouvait continuer à exister indépendamment du corps qui lui avait été associé un certain temps.
Aujourd’hui, on insiste sur l’unité de l’être humain; on voit dans la vie biologique le support et la condition de la vie consciente, émotive, intellectuelle ou spirituelle. Elles ont besoin l’une de l’autre, et la mort de l’une entraîne celle de l’autre. Le décès physique, pense-t-on, anéantit l’être tout entier.

À cette difficulté, on apporte deux réponses différentes.

1. La première conteste l’indissolubilité du corps biologique et de la personne. Beaucoup de gens croient en la réincarnation; pour eux, la même personne vit avec des corps différents successifs. D’autres parlent d’O.B.E. (des expériences de « sortie du corps »), et de communications avec les morts. Une abondante littérature traite de ces thèmes. Les uns la considèrent avec mépris; d’autres s’interrogent sur sa validité dans un débat parfois vif.

2. La deuxième réponse souligne que l’affirmation évangélique de la vie éternelle ne tient pas à la composition de notre être ou à des expériences étranges. Elle se fonde sur une promesse, et relève de notre confiance (autrement dit de notre « foi ») en Dieu. Le débat que je viens d’indiquer n’a rien de déterminant. Je suis appelé non pas à chercher des indices ou des preuves, mais à croire dans la promesse divine. D’en douter n’a rien d’anormal, mais n’empêche pas la Parole de susciter en nous l’espérance que même si la mort nous anéantit, Dieu a la volonté et la puissance de nous ressusciter.

Se représenter l’au-delà

Une deuxième raison rend difficile de croire en la vie après la mort: nous n’arrivons pas à nous l’imaginer. Pendant longtemps, des poèmes (pensons à la Divine Comédie de Dante), des tableaux, des dessins dans les catéchismes ont décrit ou dépeint le paradis (un jardin enchanteur) et l’enfer (un sinistre lieu de tourments). On les situait soit au dessus de la terre, au Ciel soit au-dessous, dans des abîmes. Tout cela nous semble aujourd’hui enfantin et incroyable.

En fait, toutes ces représentations transfigurent en bien ou en mal l’ici-bas; elles attribuent au paradis ce qu’il y a de mieux, et à l’enfer ce qu’il y a de pire dans notre monde. L’au-delà, nous ne pouvons pas nous le figurer, précisément parce qu’il s’agit d’un au-delà, qui diffère totalement de ce que nous connaissons. Calvin disait que nous n’avons pas un savoir sur la vie éternelle, mais seulement un « petit goût »; la foi nous en donne la saveur et non la connaissance.

À la différence de l’apocalyptique juive ou du paganisme de l’époque, le Nouveau Testament, quand il parle de la vie éternelle, ne la décrit pas. Il l’évoque à travers des paraboles ou des métaphores. Il fournit des symboles, pas une doctrine. Nous ignorons ce que nous serons et comment nous serons après la mort. Tout ce que nous pouvons dire, c’est, selon la formule de Paul, qu’elle ne nous séparera pas de l’amour que Dieu nous a manifesté en Jésus-Christ. Nous serons « avec Christ », sans pouvoir préciser comment se concrétisera cet « avec ». Nous ne pouvons rien dire de plus, mais c’est déjà immense, et cela suffit pour illuminer notre existence présente.

André Gounelle
Je crois la résurrection de la chair
Beaucoup de chrétiens qui récitent le Credo, et qui jusque-là l’ont suivi fidèlement, quand ils en arrivent à cet article, font, même du haut de la chaire, une entorse à leur fidélité, et disent « la résurrection des morts » ou « la résurrection des corps ».
Puis-je faire remarquer à ceux qui emploient la première formule « résurrection des morts » que c’est un parfait pléonasme, qui peut ressusciter, sinon les morts?
Si le Credo a pris soin de préciser « de la chair », c’est bien que ceux qui l’ont rédigé entendaient apporter une précision qui leur paraissait capitale. Quant à ceux qui emploient la deuxième formule: « résurrection des corps », il semble bien qu’ils sous-entendent ainsi une séparation dans la personne humaine entre un corps qui aurait besoin de ressusciter, et une autre partie qui elle, aurait traversé la mort sans dommages; comme cette partie ne peut être que l’âme, ils contraignent en quelque sorte le Credo à confesser indirectement, mais sûrement, la croyance en l’immortalité de l’âme....
Je pense qu’on a voulu exprimer cette certitude que tout homme ressusciterait, qu’il serait complètement présent à cette résurrection, avec son passé, avec ses œuvres, en un mot avec toute son histoire. On a alors cherché un mot qui contienne tout cela. Et on a « séché ». On ne pouvait utiliser le terme « personne »; il est inexistant dans l’Ancien testament. Le terme « existence » n’est pas non plus témoigné. Le mot « histoire » est absent de l’Ancien testament. Alors génialement, on s’est rabattu sur le terme ambigu, mais qui dans l’Ancien testament désigne l’homme dans sa totalité: la chair... La chair dans l’Ancien testament n’est pas une partie de moi-même, mais c’est réellement toute « ma » vie de sa naissance à sa disparition...c’est toute mon histoire. Et quand il est promis à Adam et Eve qu’ils deviendront « une seule et même chair », ce n’est pas simplement une unité corporelle qui leur est promise, mais une unité historique. Ils doivent devenir « une même histoire », avec des œuvres communes, un comportement commun...
Dès lors on peut voir la promesse contenue dans cet article du Credo... Un jour, Dieu récupérera l’existence et l’histoire de chaque homme.
Extrait de « le credo, une foi pour l’an 2000 » d’Alphonse Maillot. Réveil Publications


LA VIE APRÈS LA MORT: UNE VALEUR EN HAUSSE
YVES LAMBERT
 

Directeur de recherche à l’INRA-CNRS, dans le groupe de sociologie des religions et de la laïcité, Yves Lambert s’est penché sur les questions des croyances en l’au-delà posées au cours d’enquêtes nationales sur les valeurs réalisées en 1981, 1990 et 1999 et sur l’évolution qu’elles révèlent, en particulier chez les jeunes.

Dans quelles proportions augmente la croyance dans une vie après la mort?
Yves Lambert. Une enquête de 1968 donnait 35 % de Français croyant en une vie après la mort, chiffre qui n’avait pas changé en 1981 mais qui est passé à 38 % en 1999. Si l’on isole les jeunes, on en trouve 31 % en 1981 mais 42 % en 1999: ils sont donc désormais plus nombreux que la moyenne à croire en une autre vie.
L’enquête de 1990, qui s’intéressait aussi à la résurrection, montre que les personnes se disant catholiques étaient 48 % à croire en une " vie après la mort " mais seulement 39 % à croire à la résurrection des morts; pour les pratiquants, les chiffres donnent 76 % pour la vie après la mort et 70 % pour la résurrection. On admet que ces chiffres sont légèrement moindres chez les protestants.

Peut-on affiner le résultat de ces données?
Y.L Cette évolution montre que, d’une part, on privilégie le bon côté (on croit plus au Paradis qu’à l’Enfer, même chez les catholiques pratiquants), d’autre part que la croyance en une vie après la mort est beaucoup plus large que le seul concept de résurrection.
En 1990, la résurrection recueille 27 % de croyance dans l’ensemble des Français et 26 % chez les jeunes, la réincarnation 24 % chez les premiers et 31 % chez les jeunes ­ ces derniers chiffres étant à peu près identiques en 1999. Ce qui est paradoxal avec les jeunes, c’est qu’ils appartiennent de moins en moins à une religion (seulement 52 % des 18-29 ans en 1999) et qu’ils sont de plus en plus nombreux à croire à la vie après la mort, au Paradis, à la réincarnation et même à l’Enfer, surtout les sans-religion: seuls 30 % d’entre ceux-ci disent être des athées convaincus!
D’où vient cet intérêt pour la réincarnation? L’influence des religions orientales existe mais mal comprise: ce n’est ni à la métempsycose qu’on croit, ni à la transmigration successive des âmes jusqu’à la perfection. Il s’agit d’une croyance diffuse, venue peut-être du vieux fonds celte et qui aurait traversé les siècles. Cette réincarnation est plutôt considérée comme une deuxième chance de vie ou même une troisième.

La mort était admise comme une chose naturelle. Pourquoi ce renouveau de croyances?
Y.L. Suivant une hypothèse, l’ultra-modernité en mettant l’accent sur l’épanouissement de l’individu rendrait par trop traumatisante une mort qui serait définitive. Cela en plus des raisons habituelles de vouloir retrouver ceux qu’on aime dans une autre vie.
 Il y a également un pessimisme chez les jeunes: à la question " Pensez-vous avoir une vie meilleure que celle de vos parents? ", plus de la moitié répondent que non, ce qui ne s’était jamais produit tant on faisait confiance au progrès.

Ces croyances en l’au-delà paraissent assez confuses
Y.L. Certainement. Une enquête très précise faite auprès d’étudiants à Nancy montre que la moitié de ceux qui disent croire à la résurrection croit aussi à la réincarnation, et inversement. La résurrection est donc perçue comme une forme particulière de réincarnation.

Que devient le salut dans ce nouveau concept?
Y.L. Il en est totalement déconnecté. La perspective d’une vie après la mort a pour fonction de rendre la vie ici-bas plus agréable, c’est un élément de confort spirituel, un élément rassurant puisqu’il y a un prolongement. Jadis la vie terrestre était la préparation de son salut dans l’au-delà. Aujourd’hui, elle doit être un épanouissement individuel et collectif et la religion doit aider à cette réussite. C’est étranger à la notion religieuse de salut, qui n’est plus comprise par une grande majorité de personnes ­ et pas seulement en France.
Parallèlement, on assiste à la remontée des valeurs morales traditionnelles chez les jeunes et, dans le domaine religieux, à la persistance de la croyance en Jésus-Christ fils de Dieu. Peut-être s’agit-il, là aussi, d’éléments rassurants.

 

Propos recueillis par Elisabeth HAUSSER
Paul et la résurrection

Que nous dit l’apôtre Paul de la résurrection, lui, dont les écrits – les plus anciens du Nouveau Testament!- évoquent les interrogations concrètes qu’elle suscita dans les premières communautés? Quelle place cette doctrine tient-elle dans sa foi au « Christ mort et ressuscité », lui qui en vint à considérer sa propre mort comme un gain? La pensée du grand théologien mérite attention. Bien que contextuelle, elle garde son actualité en liant profondément notre compréhension de la résurrection et notre foi, notre condition de disciple et l’événement de Pâquess. Dans la vie, dans la mort, dans la vie engloutissant la mort, nous sommes « en Christ »!
 

De Paul, on aime rappeler sa doctrine du salut par grâce au moyen de la foi, ou sa critique de la Loi. Moins cités, moins à la mode, sont ses propos sur le jugement dernier ou... la résurrection du Christ, même si ce dernier constitue un point fort de sa pensée. De la vie de Jésus, de son ministère, l’ancien pharisien ne retient qu’un élément, ne veut savoir qu’une seule chose: le Christ crucifié, le Christ mort et ressuscité! Cette focalisation sur l’événement de la Passion et de Pâques donne à la théologie de Paul une coloration et une intensité particulières. Là est le point où tout se joue, où tout se construit, où tout s’écroule « Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons car demain nous mourrons »; « Si Christ n’est pas ressuscité, notre prédication est vaine et vide aussi notre foi... nous sommes encore dans nos péchés. » La proclamation du Christ mort et ressuscité, tel est l’Evangile que l’Apôtre des païens transmet et dont il est lui-même témoin (puisque le Christ ressuscité lui a fait la grâce de se montrer sur le chemin de Damas).

Mais comment l’événement de Pâquess, le miracle du tombeau vide, vient-il rejoindre les premiers disciples dans leur finitude et leur crainte de la mort? Le Christ, vainqueur des puissances du mal et de la mort, va revenir d’ici peu instaurer le Royaume. Mais il se fait attendre... Pour rassurer, pour consoler les chrétiens de Thessalonique qui voient certains des leurs mourir avant le retour du Christ, Paul prend la plume. Nous sommes en 50 ou 51. C’est en quelque sorte le premier thème théologique abordé par Paul l’écrivain, sur lequel il reviendra à de nombreuses reprises et dans presque toutes ses lettres. Bien sûr, les interrogations sont multiples et évoluent avec le temps. Quand donc les morts en Christ ressusciteront-ils? Avec quel corps reviendront-ils à la vie? Et lors de l’avènement dernier, les chrétiens vivants pourront-ils revêtir un corps glorieux? À ces questions de curiosité angoissée, Paul ne se dérobe pas. Il répond en dévoilant une partie du « mystère ». Il emprunte de nombreuses métaphores (une tente, un habit, une graine qui devient arbre). Il cherche les mots les plus adéquats (corps corruptible ou incorruptible, méprisable ou éclatant de gloire, animal ou spirituel) sans toujours y arriver pleinement.
Fort pour évoquer la résurrection, Paul est plus embarrassé lorsqu’il lui faut considérer la réalité de la mort, voire de sa mort. En bon pasteur, il encourage: « nous sommes pleins de confiance et nous préférons quitter la demeure de ce corps pour aller demeurer auprès du Seigneur ». Mais il vient juste de dire le contraire: « nous gémissons accablés; c’est un fait nous ne voulons pas nous dévêtir, mais revêtir un vêtement sur l’autre afin que ce qui est mortel soit englouti par la vie (c’est à dire, être trouvé vivant au retour du Christ pour ne pas avoir à passer par l’épreuve de la mort). Le premier docteur de l’Eglise n’échappe pas au trouble existentiel.
De tels propos peuvent nous sembler aventureux, de tels détails nous font peut-être sourire aujourd’hui. Ils témoignent d’un moment singulier et délicat pour l’Eglise primitive. Ils nous rappellent que les épîtres pauliniennes sont d’abord des écrits de circonstance et de militance. Mais l’apport de Paul à la question de la résurrection ne s’y réduit pas. Bien plus, si l’on approfondit les conséquences de l’union du Christ et du chrétien qui est aussi un de ses thèmes de prédilection, son propos s’éclaire d’un sens nouveau et d’une pertinence certaine pour aujourd’hui.

Certains ont parlé à ce sujet d’union mystique dans la ligne des religions à mystères qui faisaient florès à cette époque. Toujours est-il que Paul aime parler de la foi comme d’un lien fort et d’une identification à Christ. Nous qui avons mis notre confiance en Jésus de Nazareth, nous sommes « en Christ »; unis pour le meilleur, à lui qui a subi le pire. Cette image –cette vérité- Paul l’utilise pour illustrer la réalité chrétienne. Le baptême que nous recevons nous renvoie au baptême de la Passion que nous avons vécu à travers lui. Mort à nous mêmes, il nous faut vivre de Christ et à la manière du Christ, en privilégiant en nous les œuvres de l’Esprit. La diversité de l’Eglise se vit à travers l’unité organique qui nous constitue comme corps du Christ. Et Paul d’user de cette image jusque dans la Cène où doit être discernée cette même unité au-delà des différences de statut social des participants.
Une même pensée anime l’apôtre lorsqu’il parle de la résurrection des corps, dont la résurrection de Pâques est les prémices et dont le corps ressuscité du Christ est le modèle. « Il s’agit de le connaître lui, et la puissance de sa résurrection et la communion de ses souffrances de devenir semblable à lui dans sa mort, afin de parvenir, s’il est possible, à la résurrection d’entre les morts. » Non seulement la résurrection du Christ est gage du pouvoir de Dieu de nous relever aussi, mais notre union avec lui en fait une conséquence logique et inévitable. Le chrétien est à ce point l’image du Christ, uni à lui dans la foi, qu’il ne peut lui arriver que la même chose, que sa mort doit aboutir à même victoire, la même glorification.

Cette idée, développée avec force, est là pour nous rappeler -au-delà des légitimes interrogations sur la résurrection des corps- que toute notre foi et toute notre vie de chrétien reposent en Christ, sont à la fois cachées et révélées en lui; que la conception que nous nous faisons de notre propre avenir est indéfectiblement liée à l’événement de Pâques et au sens que nous lui donnons. Si la croix est un échec, si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine, demain nous mourrons!
Cependant, une telle lecture laisse ouvert le débat sur l’interprétation de ces (deux) résurrections. Assurément corporelle (et spirituelle) pour l’apôtre Paul –ce qui lui donnait la force d’affronter tous les périls de son ministère-, elle pourrait n’être que spirituelle pour certains, psychologique pour d’autres, voire de filiation ecclésiale (le corps mystique du Christ, qu’est l’Eglise reconstituée au matin de Pâques, vivra à jamais dans l’histoire...). Au-delà de Paul, le débat reste ouvert!

 

Joël GEISER.