1-Traversée de cafés philosophique et théologiques
Profitant de la vogue des cafés-philo relayée bruyamment par les médias, les théologiens et autres adeptes de la parole libre ne pouvaient pas rester tout à fait muets.
Depuis mai 97, Gilles CASTELNAU, pasteur et théologien et son compère Jean-Luc BERLET, docteur en philosophie, animent un café théologique à la gare de l'est, un dimanche par mois. Ce rendez-vous informel attire une cinquantaine de personnes, d'âge mûr pour la plupart, dont aucun n'est paroissien ou pratiquant et dont beaucoup viennent par le bouche à oreille ou après avoir écouté Fréquence protestante. "Ce sont plutôt des gens qui cherchent et ne savent pas qu'ils cherchent", explique Gille CASTELNAU, 63 ans, par ailleurs responsable de l'aumônerie universitaire. Les deux animateurs incitent le public à s'exprimer, en pratiquant un tour de table. Ici, la loi est d'échanger dans le plaisir et de bannir toute dérive psychologique. Pas de place pour les états d'âme, on accepte la règle démocratique de l'échange en bonne intelligence, les deux animateurs se relaient pour permettre à tous d'affirmer des certitudes ou d'exprimer des doutes. Une maïeutique douce pour un tandem philo-théo qui veut encourager le débat sur la ou les religions.
La spiritualité est aussi au cœur des débats au nouveau ciné-philo animé un dimanche sur deux par Daniel RAMIREZ au cinéma l'Entrepôt dans le quatorzième arrondissement de Paris. Là le menu est différent, projection d'un film "Rencontre avec des hommes remarquables" sur l'itinéraire de GURDJEFF, "Wittgenstein" sur la vie du logicien anglais, et le 15 février prochain "Persona" de Bergman, suivi d'un débat sur l'identité. La limite de ce rendez-vous, dans la lignée des premiers cafés-philo reste le danger de la parole déversoir narcissique et de sa résultante la psychanalyse publique. Daniel RAMIREZ, philosophe chilien, déclare refuser tout dogmatisme à l¹égard du religieux.
À la paroisse de l'oratoire Pierre-Yves RUFF, pasteur et rédacteur en chef de la revue Théolib invite paroissiens et curieux à des buffets philosophiques. Là, on n'échappe pas tout à fait à la prédication, sauf qu'elle se veut tournante, à chacun de proposer un exposé s'il le souhaite sur son philosophe préféré. Une expérience qui n'a pas encore trouvé sa vitesse de croisière et qui coûte 25 francs à chaque participant.
Bien sûr les anglophones de Paris ne pouvaient pas rester silencieux face à cette mode dont on ne sait pas si elle intéressera longtemps encore les patrons de cafés. Autour de Gale PRAWDA, américaine de confession unitariste, ancienne élève de Ricoeur, beaucoup d'Américains et d'Anglais se retrouvent autour d'un thé ou d'un café le premier mercredi de chaque mois au Flore, et le troisième mercredi au Mécano-Bar, un nouveau restaurant branché de la rive droite, dans un décor d'atelier de mécanique restauré, beaucoup plus bruyant. Là, la parole est à l'heure du quant à soi anglo-saxon et Gale ne laisse passer aucun épanchement, et cherche à recentrer le débat sur le sujet choisi par vote à main levé. Elle perçoit un pourcentage sur les consommations ce soir-là. Reste que les patrons ont le souci de rentabiliser ces manifestation de l'esprit au café, et il n'est pas sûr que le public soit une future clientèle rentable.
Toutes ces initiatives révèlent en tout cas un véritable besoin de questionnement et de discussion sur les questions du sens de la vie. Pour Gunther GOHRAN, juriste, philosophe et traducteur de Freud, transfuge du café des Phares, la psychanalyse donne à réfléchir aussi à "ceux qui s'interrogent sur le sens ultime de la vie". "Tous ceux-là sont mes frères", affirme-t-il, au sujet des adeptes du retour du dialogue au café.
Anne GAYET
2- Théolib, un site Internet et une revue.
Entretien avec Pierre-Yves RUFF, pasteur à la paroisse de l'Oratoire et internaute passionné.
Pourquoi créer un site Internet ? L'aspect ludique et plaisant de l'aventure est un des motifs non négligeables pour ce jeune théologien. L'attrait de la liberté est légitime pour un pasteur libéral !
Liberté d'innover et de formuler de nouvelles approches de la théologie, facilité de modifier en permanence le contenu et la forme de diffusion, liberté d'accés dans l'anonymat à la Bible (Version segond 1910), aux recensions de livres de théologie, à la rubrique philosophique... La liberté offerte ne trouve-t-elle pas sa limite dans un individualisme renforcé ? Croire tout seul, chez soi, pour soi, est-ce l'épée de Damoclés de ces nouvelles conversations à distance ?
Non, si une part des lecteurs restent dans l'anonymat, Pierre-Yves a fait l'expérience de retours très étonnants. D'une part dans la qualité de la relation et de l'écoute : quand les gens parlent dans la liberté de l'anonymat, ils sont plus authentiques. La communication via Internet donne également lieu à beaucoup de rencontres et d'entretiens personnels. D'autre part dans l'émergence d'une "communauté", le colloque de Théolib en novembre dernier a rassemblé une cinquantaine de participants de 20 à 96 ans, une revue trimestrielle (1) a pu récemment être lancé grâce au soutien d'un consultant du site.
Pierre-Yves est entouré d'une équipe constituée maintenant en comité de rédaction (qui comprend la présence de Théodore Monod !). Ces relations étendues hors les murs des communautés sont-elles une chance pour l'Église ? C'est bel et bien une profession de foi qui a lancé Théolib et demeure sa carte de visite (2). Pour le créateur du site, l'avenir de l'Église se joue à côté de ses lieux habituels et l'aventure Internet s'inscrit dans une vision à long terme. Un débat à ouvrir !
Françoise Sternberger
1)Théolib Revue trimestrielle du Libéralisme théologique Pierre-Yves RUFF 4
rue de l'Oratoire 7SOOI Paris
2) Profession de foi de théolib
Quand bistrot rime avec philo : le début…
Pour Marc SAUTET, philosophe, il manquait un lieu d'écoute où l'on puisse aborder les grandes questions de l'existence d'une manière globale. Pour lui, la psychanalyse ne s'occupe que de la personne individuelle, la religion est du passé (il n'en parle pour ainsi dire pas). De plus il rencontrait des gens qui souffraient d'un certain manque culturel. Il eut donc l'idée d'ouvrir un cabinet de consultation philosophique. L'habitude du café philosophique est venue après. "Lors d'un bref passage sur France Inter, au cours d'un magazine culturel, j'avais signalé incidemment que je retrouvais chaque dimanche quelques amis au Café des Phares pour faire le point sur l'ouverture de mon cabinet. Des auditeurs avaient conclu qu'un philosophe se tenait à leur disposition le dimanche matin dans ce café de la Place Bastille à Paris pour dialoguer, quelques uns étaient donc venus… un dialogue s'était engagé… Chaque dimanche c'est la même chose. Le sujet change, mais le dialogue reprend. À la même heure, au même endroit. Dans un bistrot. Un bistrot banal, il est vrai, un peu kitsch, désuet, assez bruyant, dans lequel le percolateur et le moulin à café surtout, ont longtemps compromis la transmission de la parole. Pourtant des gens qui ne se connaissaient pas, qui pour la plupart, n'avaient rien en commun, n'ont cessé de se retrouver dans ce café pour "parler philo". De plus en plus nombreux. La première fois ils n'étaient qu'une dizaine, en juillet 92. Ce jour-là nous parlions de la mort. Ce n'était pas prévu. C'était venu comme ça … la semaine suivante certains étaient revenus, et d'autres s'étaient joints à eux".
De la terrasse le petit groupe alla se réfugier dans l'arrière-salle pour aborder tous les sujets qui peuvent passer dans des têtes. "Ni cercle pour initiés ni groupe de thérapie sauvage, le débat du Café des Phares a trouvé son créneau au fil des semaines et des mois... on ne parle pas pour faire taire les autres mais pour réfléchir avec eux ; on ne parle pas de soi pour raconter mais pour défendre une opinion et la soumettre à l'examen de tous… beaucoup viennent avec un sujet mais personne ne peut savoir s'il va faire l'objet du débat".
Marc Sautet, Un café pour Socrate, Robert Laffont, 1995, extraits p. 24 et suivantes.
Joël Baumann
À propos du Café théologique de Montpellier
Paraît qu'il n'y avait pas trop de monde ce soir-là : j'ai pu m'asseoir sur une marche d'escalier. Une faune hétéroclite avait envahi les lieux : des clients, des curieux, des habitués, des protestants engagés dans l'Église ou détachés, des gens en recherche spirituelle, des catholiques. Les plus jeunes avaient dix ans (et ont joué sur la console vidéo mise à leur disposition pendant une partie de la soirée), les plus vieux n'avaient plus l'âge de lire Tintin.
L'intervenant, le père CARDONNEL, a disserté sur la différence entre Dieu (l'Éternel) et Dieu (l'idole) de façon très vivante et avec un grand sens de la mise en scène. Mais de mon poste "d'observation", je ne le voyais pas. Certains de ces propos, qui fleuraient bon "le soufre" (notamment sur la papauté), ont irrité un assistant, qui l'a fait savoir haut et fort (et longtemps). Quel spectacle pour des parpaillots d'assister à une pareille altercation entre deux "catho" ! Et si la conclusion est restée à "Torquemada", c'est parce que personne ne l'écoutait plus...
Quelques réactions
Le cabaretier : Les gens aiment bien se retrouver au café pour discuter. Ils ont besoin d'une raison. Le café théologique en est une. Je n'écoute pas vraiment les interventions, j'en ai des bribes, parce qu'il y a trop de choses à faire. J'ai remarqué un noyau dur d'habitués et puis des "passants", des curieux.
Jean Ribstein (président de l'Aumônerie Universitaire Protestante, organisatrice du Café théologique). Le Café théologique est né dans la lignée des Cafés philosophiques, ethnologiques, etc. qui fleurissent un peu partout en France et à Montpellier. Cependant, il s'agit de quelque chose d'unique, une spécificité locale ou presque (il existe des réunions de ce genre à Toulouse, Poitiers, Richmond –Etats-Unis– et bientôt en Suisse).
Les intervenants et les thèmes sont choisis au coup par coup. Nous n'avons pas les moyens de payer le déplacement des gens "sérieux" et l'auditoire est trop fugitif pour que nous puissions organiser des cycles sur différents sujets. Ce serait plutôt le rôle d'un groupe inter-religieux. Notre programme est donc élaboré en fonction des opportunités.
Il ne faut pas l'associer au protestantisme parce que nous cherchons un auditoire plus large. Mais aujourd'hui je ne peux pas dire qui vient, dans un an nous pourrons faire le bilan.
Je me rends bien compte que cette manifestation est mal médiatisée. Nos efforts ne sont pas assez suivis, mais nous espérons intéresser les médias locaux (Midi Libre, La Gazette, M6), mais aussi nationaux.
Qui vient ?
Un habitué, d'origine protestante mais pas engagé, il est très intéressé par la théologie. Le Café théologique vient en plus des études bibliques qu'il fréquente cependant peu.
Un étudiant en sociologie d'origine protestante venait pour la première fois. Il a été agréablement surpris par la soirée. Il a entendu parler du Café par un de ses professeurs.
Un ex-étudiant, né, baptisé et confirmé catholique mais intéressé par l'orthodoxie celte. Il habite à côté du café.
Plus tous les autres...
Claire Richardot
Les nouveaux lieux de vie et d'échange, les nouvelles agoras
Internet, nouvelle agora informatique
Dans la Grèce antique, c'est sur l'agora, la place publique qu'avaient lieu les débats. Les Romains l'appelaient forum. Internet a repris le mot à son compte. Pourquoi les protestants n'oseraient-ils pas l'échange sur ces nouvelles places publiques ?
Dans l'agora informatique : forum de discussion et listes de diffusion, il y a comme de grandes places publiques qui sont des centres d'intérêt, clairement identifiés. Politique, arts, sciences, culture etc. En fait, chaque centre d'intérêt peut être très précis : liste de discussion sur l'occident médiéval, sur les utilisateurs du logiciel Z, sur la Bible on-line... forum des documentalistes, des étudiants en biologie moléculaire, des amateurs de bandes dessinées etc. Parmi les dizaines de milliers de ces "places publiques" il y en a quelques poignées en français. Et l'usager d'Internet, comme un passant curieux peut écouter (lire) les interventions des autres, il peut suivre sans y participer de remarquables échanges entre spécialistes ou de lamentables dialogues entre gens peu soucieux d'avancer sur le sujet. Notre usager, notre "internaute" peut intervenir, envoyer un message, un texte, un document pour exprimer son opinion, apporter sa contribution, poser une question. Cette place publique est ouverte, je peux découvrir un peu de ce qu'un autre pense... un autre, un inconnu dont je ne connais ni l'apparence, ni la vie, un autre que j'écoute comme s'il n'y avait que lui et moi.
Prendre le risque d'écouter ceux que je ne pourrai jamais rencontrer : Prendre le risque... y a-t-il un risque ? Il ne connaît ni mon nom, ni mon adresse. Cela ne nous empêche pas de nous respecter dans le dialogue, au contraire ce respect, cette écoute, sont d'autant plus estimables qu'il se déroule dans l'anonymat (du moins tant que chacun le désire). Il y a de plus en plus de sites Internet consacrés aux différentes facettes du monde protestant, mais les "lieux de discussion" protestants en français sont extrêmement rares. Où sont les protestants dans ce vaste réseau ? Pourquoi pas une "place publique" où des groupes différents peuvent se rencontrer, où tous ceux qui se posent des questions peuvent venir, discrètement, tenter un peu de leur recherche. Le dialogue commence souvent comme ça.
On a beaucoup parlé de la disparition de l'écrit. Pourtant, dans Internet, tout passe par l'écrit. C'est un formidable rebond de l'écrit que crée ce média. Les dialogues des forums se déroulent par écrit, avec l'avantage d'une réflexion possible, au rythme de chacun. Finis les beaux parleurs qui écrasent de leur verbe rapide les hésitants, les petits de la parole. De plus, les réponses se font le plus souvent en reprenant point par point le texte de celui à qui l'on répond. En quelque sorte, le dialogue se fait en renvoyant à l'autre sa lettre et en s'intercalant pour répondre là où on le désire. On peut ainsi respecter la pensée de l'autre, faire de vraies réponses, rebondir sur un mot, réagir à une phrase, tout cela sans lui couper la parole puisqu'il a écrit sans être dérangé. Quel avantage quand on sait combien dans le dialogue parlé nous écoutons mal, combien nous coupons le déroulement de la pensée de l'autre pour le conduire sur notre terrain, combien les timides sont abandonnés au beau milieu de leurs pensées à peine exprimées ! A chaque nouveauté certains craignent de perdre leurs repères... Nous pourrions peut-être simplement éviter la frilosité qui fait de la prudence une méfiance, qui nous enferme dans nos habitudes, qui freine les aventures riches et passionnantes. Dans ces forums de discussion, ces listes de diffusion, osons l'expression, l'échange, la rencontre. Etait-il plus simple d'entrer avec Jésus chez Matthieu le péager ? De manger avec tous ces inconnus dont tout le monde avait "à redire" ? Quand on sait combien il nous est parfois difficile d'échanger avec un inconnu, commençons donc par le faire sur ce terrain neuf où viennent tant de nos contemporains.
Alain Combes
Recension
Des @utoroutes pour l'information
ATD Quart Monde a une grande expérience pratique de l'animation et de l'éducation dans les milieux défavorisés des pays dits riches. Il est intéressant de lui voir faire le point sur l'avènement d'Internet dans notre société. Une étape aussi considérable que le fut la télévision et probablement davantage. Internet permet une libre interactivité dans la plus grande médiathèque du monde. Internet est accessible en tout point du globe. Les prix baissent. Cela doit donc favoriser le partage du "savoir" et du "savoir-faire" le plus humble soit-il. C'est l'hypothèse mise en œuvre ici. Des expériences d'animation et de formation avaient déjà eu lieu dans des quartiers difficiles avec des ordinateurs. Celles-ci sont évoquées. Des récits concrets font une évaluation provisoire sur l'utilisation d'Internet. Se trouve également une réflexion de fond sur ce nouveau média. Une piste qui donne du sens à la vie pour tous ceux qui aimeraient que le web soit autre chose qu'un gadget à la mode ou un accès à la bourse en temps réel.
Quart Monde, revue internationale. Recherche et Formation aux Relations humaines - N°163-1997/3 - Louis Join Lambert -Des autoroutes pour tous. Jean Compran- Pour une politique de la communication. Michel Serres - Une rédemption du savoir
Maurice Lamouroux
A propos du site Internet de Richard Bennahmias
Tenir la terre à portée de la main...
http://perso.wanadoo.fr/richard.bennahmias/@html
Bienvenue sur la page Web* de Richard Bennahmias intitulée "La bête à Bon Dieu" dont le logo montre qu'elle possède un fond protestant...
On y trouve de la théologie, de la philosophie, de l'éthique et de la cure d'âme. Quelques titres accrocheurs pour annoncer des textes très sérieux : "Si ça continue, il faudra que ça cesse" sur le thème de la fin des temps, "L'éthique à la grâce de Dieu" sur les thèses du théologien luthérien allemand Helmut Thielicke, "Ce grand couillon d'Adam" pour une prédication sur Genèse 1 et 2 qui nous dit que la sanction de la faute est toujours assortie d'une bénédiction venant de Dieu. "Jésus, Christ et Seigneur. Plaidoyer pour la réalité d'un mythe" introduction à l'épître aux Colossien... Et bien d'autres choses encore...
Richard Bennahmias est pasteur dans la région Cévennes-Languedoc-Roussillon.
Quand as-tu ouvert ton site Web* ?
En septembre 1997. Je suis depuis longtemps intéressé par l'informatique. Mon premier ordinateur a été un ZX81. Une publicité de Wanadoo, filiale de France Telecom, offrait un accès de 3 heures sur le réseau Internet* afin de communiquer par e-mail* pour moins de 50 F par mois. Avec cet abonnement, on pouvait aussi ouvrir un site Internet* de 7 mega-octets*. Alors je me suis équipé d'un modem* et d'un logiciel permettant la création et la gestion d'un site Web.
Tu représentes l'Eglise réformée dans la région ?
Non, c'est un site personnel, mais j'indique que je suis pasteur et celui qui peut surfer* sur le Web me trouve à la rubrique Religien - Théologie - Protestantisme.
Ton site est visité ?
Cela va de 0 à 150 personnes par jour.
As-tu reçu des réactions ?
4 ou 5 courriers. Par exemple, à la suite de la visite du pape à Paris.
Et pour l'avenir ?
Il faudrait faire vivre le site. C'est-à-dire le mettre à jour, le renouveler, répondre aux questions... On pourrait y mettre des prédications comme celles qui sont éditées par la Région Ouest de l'ERF, certains articles du Cep, ... La plupart des pasteurs possèdent un micro* pour le traitement de texte, et même un modem pour communiquer par fax ou par e-mail.
On pourrait donc créer un site régional de l'ERF ?
Bien sûr, il faudrait compléter les équipements et l'abonnement à un fournisseur d'accès* comme Wanadoo. Un groupe d'animateurs branchés* pourrait ainsi faire vivre le site.
Existe-t-il d'autres sites protestants en France ?
A ma connaissance, il n'y a que Réforme, un site d'humour protestant de Joël Moreau et un site des protestants libéraux. Rien au niveau de la Fédération protestante de France.
Alors je me suis branché sur le logiciel Navigator de Netscape (il y a aussi Explorer de Microsoft et d'autres...) et j'ai demandé : Christianisme - France. Ce fut l'avalanche !... Des chapitres : Communautés - Actualité et Presse - Bible - Dieu - Etudes bibliques - Evénements - Expériences personnelles - Fêtes - Confessions - Histoire - Jésus - Opposants - Organismes... et une cinquantaine de sites ! Par exemple, dans Candela - Lourdes, on peut faire allumer un cierge à Lourdes.
J'ai retrouvé La bête à Bon Dieu en faisant, successivement, Confession - Protestantisme - Réformés on line. Il n'y a pas de site pour l'ERF au niveau national, mais il y a l'ERF de Mulhouse. Et aussi plusieurs sites francophones en provenance du Québec. D'où le titre : "Tenir la terre à portée de la main...".
En conclusion, il me paraît évident que le réseau Internet va connaître une croissance exponentielle en France dans les prochaines années. Notre Eglise doit y être présente. Il est temps d'y penser et d'investir dans ce secteur d'évangélisation.
Entraide-Réseau, un site religieux
Entraide-Réseau (association loi 1901 créée en 1990) est un lieu de rencontre entre des chrétiens (prêtres, pasteurs, théologiens, laïcs de nationalité belge, canadienne, française, suisse) qui souhaitent :
1. Echanger à partir d'expériences, réflexions, informations sur tout sujet relatif à l'apparition du multimédia et d'Internet.
2. Sensibiliser les membres des communautés chrétiennes sur les enjeux et l'intérêt de ces deux nouvelles techniques.
3. Former des chrétiens pour qu'ils puissent se lancer ou aller plus loin dans leur expérience.
4. Réaliser et encourager la production de logiciels ou maquettes, de CD-ROM ou de tout service Internet qui peuvent aider à l'annonce de la Bonne Nouvelle.
En pratique, cela se traduit par une rencontre nationale annuelle en novembre à Lugny, au nord de Mâcon (Saône-et-Loire) et par un site sur Internet : http://entraide-reseau.simplenet.com.
Ce site se divise en deux parties : publique et privée.
1. La partie publique propose, outre l'historique et les réflexions de membres sur notre démarche, des informations sur logiciels et cédéroms, et un aperçu de produits de ses membres ou d'autres sources. En outre un Annuaire de la Francophonie Religieuse et Spirituelle, publié sur le site, est mis à jour en chaque début de mois. Il s'agit d'une compilation d'un millier d'adresses de sites, répertoriés sans aucune censure spirituelle, dans l'unique souci de proposer à ceux qui sont en recherche de spiritualité le merveilleux foisonnement de la quête de Dieu, quelle que soit la manière de Le nommer, de l'Adorer, voire même de Le contester. Nous projetons, à partir de cet annuaire, de proposer des parcours de navigation, car un ensemble aussi disparate - en dépit d'un effort de catégorisation - nécessite la recommandation d'itinéraires.
2. La partie privée concerne uniquement les membres d'Entraide-Réseau "branchés" sur Internet. Elle rassemble les messages reçus des visiteurs du site comme ceux des membres, les projets et réalisations en cours, la communication d'informations, de textes, d'iconographie, de programmes à tester.
Pour 1998, nous participons à deux événements :
1. Le deuxième colloque de Lyon sur "Techniques nouvelles, Nouvelle Évangélisation" et "Comment proposer la foi sur le Continent Internet" (6-8 mars 98 à la Catho de Lyon).
2. Le 400ème anniversaire de l'Édit de Nantes célébré à la Halle Tony-Garnier de Lyon en octobre prochain.
Renseignements et adhésion auprès de Denyse Cattin, 50 rue Clément Michu, 69100 Villeurbanne, Tél. 04 78 84 91 61, ou par mail (message électronique) à webmaster@entraide-reseau.simplenet.com à l'attention d'André Linck, ou encore en ligne en remplissant un formulaire.
André Linck
Internet et l'Eglise
Vendre des comportements nouveaux
Les multinationales de l'électronique, pour écouler leurs appareils, doivent sans cesse proposer des nouveautés. Pour vendre des machines, elles doivent d'abord vendre des comportements nouveaux. Le téléphone portable suppose la mobilité. La télévision par satellite ou par câble suppose le "zapping". Quant à Internet, son entrée dans les foyers suppose que l'on veut "surfer", c'est-à-dire se promener virtuellement d'un site à un autre, en suivant librement l'infinie chaîne des renvois.
La promotion de cette dernière pratique s'est faite à une vitesse stupéfiante, qui ne s'explique pas uniquement par l'attrait de la nouveauté, ou par la gratuité de la plupart des services. Elle correspond, je crois, à une attente réelle des gens : avoir un accès plus immédiat, plus actif, plus ludique aux informations qui les intéressent. A l'opposé du téléspectateur qui subit passivement les images qu'on lui propose, " l'internaute " va chercher les informations qu'il veut obtenir.
Mais sait-il ce qui l'intéresse ? Sa liberté, théoriquement infinie, n'est-elle pas sérieusement restreinte d'une part par les limites de sa propre curiosité, et d'autre part par la sélection que proposent les fournisseurs d'informations commerciaux ?
Comme chaque nouveau média, Internet suscite à la fois des passions exagérées et des peurs irrationnelles. Mais n'allons pas croire qu'une fois la mode passée, ce réseau va disparaître dans l'oubli ! Il n'est au contraire qu'un premier pas dans le sens d'une " culture en réseau " qui va connaître un développement considérable.
L'Eglise a-t-elle une place sur Internet ?
Je prendrai l'exemple des sociétés commerciales. Beaucoup d'entre elles se sont vite rendu compte de l'importance d'être présentes sur le réseau. Mais elles se sont contentées d'y faire une sorte de vitrine. Elles y présentent leur image de marque, de manière statique. On ne peut pas " entrer dans le magasin ". De tels sites tombent vite dans l'oubli.
La tendance est maintenant à l'interactivité. Le visiteur veut questionner, voir, entendre, et pourquoi pas, acheter.
Je suis convaincu qu'il y a place pour les Eglises sur Internet, mais à condition qu'elles " ouvrent leur magasin " et montrent le contenu de ce qu'elles proclament. Il s'agit d'avoir quelque chose à dire, et de le dire bien.
Certains regrettent qu'Internet soit un monde virtuel. Il est vrai que rien ne remplacera jamais la rencontre en chair et en os ! Mais souvenons-nous que Dieu lui-même est une réalité virtuelle : on ne peut ni le voir ni le représenter ! Parce qu'il est insaisissable, Dieu a suscité la foi et le témoignage d'un peuple. Ce témoignage a vite été médiatisé par l'écrit. Avec Internet, nous revenons paradoxalement à la forme écrite. Faisons en sorte que ce soit au service de la Parole de vie !
Olivier Schoepfer
Comprendre Internet
Internet est avant tout un réseau, qui relie des ordinateurs à l'échelle planétaire. Chaque ordinateur est ainsi potentiellement relié à tous les autres, exactement comme votre téléphone est relié à tous les autres. Jusque là, rien de nouveau. Depuis près de vingt ans, militaires puis universitaires profitent des possibilités d'échange de ce réseau.
Avec le " World Wide Web ", un nouveau standard de communication apparaît, qui est à l'origine de la popularisation d'Internet. Un exemple : Je lis le texte de présentation de mon Eglise sur Internet. Dans ce texte, les mots " Confession de foi " sont mis en évidence. Quand, avec la souris, je clique dessus, la confession de foi s'affiche. Là, je découvre le mot " Calvin " en évidence. Je clique et je tombe sur un site consacré à Calvin, qui est installé sur un autre ordinateur, ailleurs dans le monde. Et ainsi de suite : je surfe...
Internet donne accès à de nombreuses autres fonctions. Je peux envoyer du courrier électronique, consulter des forums, et même jouer avec quelqu'un, à l'autre bout de la planète, ou dans le bureau d'à côté...
Olivier Schoepfer
Quelques adresses Internet :
http://www.wcc-coe.org Conseil oecuménique des Eglises. Contient les adresses Internet de nombreuses Eglises.
http://www.wcc-coe.org/enpg Eglise protestante de Genève.
La Bible hors les murs
Découvrir la Bible est le titre d'un CD-Rom réalisé en novembre 1997 par la société Intelligere. Entretien avec le pasteur Christian Bonnet, directeur de la Société Biblique Française qui en est coéditrice.
- Quel est le contenu de ce disque ?
- Un choix de récits bibliques majeurs, présentés avec tous les outils pour les comprendre (analyse de mots, commentaire, interprétation), accompagnés d'informations sur le contexte religieux, historique, archéologique, culturel qui les a vus naître, et sur ce qu'ils ont produit dans l'art. L'iconographie est très riche et belle. C'est un ouvrage très bien fait : ni catéchisme, ni doctrine, ni dogme,... toutes les sensibilités sont respectées.
Exemple : le récit de la Création est-il symbolique ou historique ? Le CD-Rom ne tranche pas ; l'important n'est pas le comment, mais le pourquoi : c'est notre sort à tous qui est décrit dans ce texte poétique. Ainsi le débat est dépassé sans froisser personne et amène à l'essentiel : ce que Dieu nous dit aujourd'hui. De même pour le Nouveau Testament, il n'est pas dit comment le Christ est ressuscité, mais comment les premiers chrétiens l'ont cru et ce que cela signifiait pour eux.
Chacun peut faire son propre parcours, trouver des informations et poursuivre sa réflexion en fonction de ses questions personnelles : c'est l'avantage et la nouveauté d'un produit interactif. Tandis qu'un produit audiovisuel ou un livre propose un cheminement logique, le CD permet une totale liberté qui élimine crainte et réticence. Il y a aussi un jeu (quizz), des questions-réponses, une introduction à chacun des livres bibliques cités. C'est ludique mais pas seulement distrayant. C'est un produit culturel, conçu pour toucher un public aussi vaste que possible.
- Le fait de respecter toutes les sensibilités n'affadit pas le message ?
- Je ne trouve pas : les difficultés ne sont pas gommées, mais pas non plus imposées. De même que dans les expositions bibliques qui connaissent un grand succès car elles sont culturelles et non doctrinales : ce sont les questions des visiteurs qui débordent parfois le cadre culturel, et amènent tout naturellement les guides à témoigner de leur foi. Quand on ne cherche pas à convaincre et à capter les gens on éveille leur curiosité, des relations sincères et vraies peuvent alors s'établir.
- La Bible intéresse nos contemporains ?
- Pendant des siècles, elle a été confisquée par les Eglises et les théologiens qui l'interprétaient - hors l'Eglise pas de salut. Mais depuis quelques décennies, celles-ci prennent conscience qu'elles ne peuvent plus être ce passage obligé et que souvent leur passé est dissuasif. Pourtant il y a une encore certaine recherche spirituelle chez nos contemporains. Il faut donc que les gens puissent acheter une bible dans une librairie quelconque, l'utiliser de façon autonome et s'approprier le sens du texte. Mettre la Bible à la portée de tous, aujourd'hui c'est la mettre à la porté de ceux qui n'entrent plus dans une Eglise ou une librairie religieuse, de peur de se faire piéger, mais qui la trouveront en flânant dans le rayon multimédia d'une grande surface. C'est une façon d'être fidèle à notre vocation de société biblique
- Un lecteur de CD-Rom est encore assez cher, tout le monde n'est pas équipé.
- Quand Gutenberg a imprimé la Bible tout le monde ne savait pas lire. Comme nos pères ont utilisé la langue de leur temps, de même nous devons aujourd'hui utiliser les supports et la langue audiovisuelle de notre temps. Ce CD-Rom est aussi un premier pas vers Internet donc vers une diffusion encore plus vaste. Au 16ème siècle, l'imprimerie a engendré la Réforme ; peut-être avec ces nouveaux moyens de diffusion, faut-il s'attendre à une révolution aussi importante... Si le monde s'empare de la Bible cela peut créer de grands bouleversements, modifier profondément les mentalités. La Parole est à Dieu, non aux hommes et plus on la libère, mieux c'est.
- Existe-t-il d'autres CD-Rom ?
- Oui, un autre existe déjà sous le titre Bible on line (édition Clé, Canada) qui est simplement la Bible mise sur un support informatique avec des moteurs de recherche (références, concordances), et des outils : dictionnaires, commentaires, atlas biblique.
Ce disque contient déjà 35 ou 40 versions, y compris hébreu et grec,... et d'autres langues s'y ajoutent sans cesse(1). C'est un outil très précieux et accessible même à qui ne connaît pas le grec ni l'hébreu, grâce à un code affecté à chaque mot.
- Avez-vous d'autres projets ?
- Oui, nous voulons, non seulement mettre la bible sur la place publique, mais aussi lui permettre de réintégrer l'enseignement public. Déjà les enseignants visitent les expo-Bible avec leurs élèves, en terrain neutre. Mais nous voulons leur proposer des modules pédagogiques à partir de la bible : c'est une richesse culturelle qu'il faut partager.
Les expositions bibliques sont organisées conjointement par les communautés chrétiennes et juives. Elles sont très bien accueillies par les municipalités qui reconnaissent un projet fédérateur, capable de décloisonner les communautés, de rassembler les gens, d'éduquer à la citoyenneté et au respect d'autrui. Après avoir été cause de divisions pendant des siècles, la Bible devient un ferment d'unité.
(1)Des versions séparées sur disquettes sont prévues pour ceux qui n'ont pas de lecteurs de CDRom.
Propos recueillis par E.Humbert