Jésus, une autoroute ?

prédication des confirmations

pentecôte 2000

Marc Muller
Sur le mobile qui est accroché là et que nous avons offert à Timothée, il y a l'eau ; c’est l’eau du baptême, où sont noyées toutes les entraves à notre humanité véritable, où sont lavés tous les encrassements de l’existence, où sont arrosées nos vies en vue de leur fleurissement.
Et puis il y a ces flammes ; ce sont les flammes de la Pentecôte, descendues du ciel pour embraser les disciples d’une force nouvelle, pour brûler les liens qui les retiennent dans la peur, pour allumer en eux ce feu qui jamais ne s’éteindra ni ne cessera de se propager.
Et puis il y a, invisible, l’air ; c’est le vent, c’est le souffle, c’est l’Esprit de Dieu ; simple respiration, forte poussée dans les voilures ou bien tempête qui ne laisse rien en l’état, il nous fait vivre, il nous fait avancer, il balaye nos petits conforts trop bien rangés.
L’eau, le feu, l’air… C’est comme s’il manquait quelque chose, non ? Oui, il manque le quatrième élément : l’eau, le feu, l’air et la terre. Eh bien, c’est parce qu’il manquait, ce quatrième élément, que j’ai choisi ce verset de confirmation, où Jésus dit, où Jésus nous dit : « Je suis le chemin ».
Parce que, sans ce quatrième élément, nous risquerions de nous sentir comme des poissons dans l’eau ou des colombes dans le ciel ; nous risquerions d’avoir la tête dans les nuages, de nous sentir pousser des ailes ; nous risquerions de n’avoir plus les pieds sur terre.
Je suis le chemin, dit Jésus. Je suis votre chemin : c’est avec moi, c’est en moi que vous garderez les pieds sur terre ; cela, je le prends sur moi.

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Pendant deux années, au catéchisme, notre démarche a consisté à essayer de percevoir qui est Dieu pour nous ; nous l’avons fait soit en partant de textes bibliques soit en partant de nos préoccupations. Nous avons trouvé quelques indices, des éléments de réponse à cette question ; mais vous le savez comme moi, on n’a jamais fait le tour de la question ; d’ailleurs, si nous pensions avoir la réponse à la question « qui est Dieu », Dieu lui-même s’empresserait de se manifester à nous sous un jour nouveau, parce qu’il est un Dieu vivant, un Dieu qui n’existe pas pour lui-même mais pour nous, dans le concret de nos vies, c’est-à-dire toujours différent.
Aujourd’hui, alors que le catéchisme est fini, cette parole de Jésus nous donne un indice de plus : Dieu est un chemin. C’est l’occasion pour moi, à partir de cette image que je veux approfondir, de vous dire aussi ce que Dieu n’est pas ; et ce que cela signifie qu’il soit chemin.

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Tout d’abord, une question : s’il avait été moderne, Jésus aurait-il dit « je suis l’autoroute » ? Après tout, vu les foules qu’il voulait drainer, et dont nous ne voyons pas toujours les traces dans nos églises, deux fois deux ou même deux fois trois voies, ce ne serait pas de trop ; vu le chemin à parcourir, 130 km/h ou même une vitesse illimitée, ce ne serait pas du luxe.
Une route droite sans bifurcations qui sont autant d’occasions de se poser des questions qui compliquent l’existence ; des aires de repos et de service, prévues à intervalles réguliers, où l’on sait à l’avance ce qu’on trouvera, du prix de l’essence au goût du sandwich poulet-mayonnaise ; une carte de télépéage qui permettrait aux privilégiés, dont nous serions évidemment, de passer ces redoutables obstacles payants tout juste au ralenti, sans avoir à marquer l’arrêt après avoir fait la queue, à dire « bonjour madame », à recompter la monnaie et à dire « au revoir madame » – que de temps perdu ! Autant d’éléments qui conformeraient cette image du chemin à notre mode de vie, moderne, rapide et efficace, n’est-ce pas ?
Eh bien, d’accord ; parce que, après tout, Dieu veut que nos vies aillent de l’avant, qu’elles bougent, corrigeons l’erreur due à la méconnaissance de Jésus : à l’aube du troisième millénaire, ce n’est plus un chemin mais une autoroute que Dieu nous propose. Moi ça me plaît assez, parce que je fais partie de ceux qui, faisant beaucoup de route, apprécient de la faire le plus vite possible.
Mais ça me va aussi, surtout, parce que ce sera l’occasion que je m’offre de briser encore l’une ou l’autre image toute faite de Dieu.
Sur cette autoroute, Dieu n’est pas… la limitation de vitesse ou le radar… ni le péage… ni la station-service-boutique-toilettes-tout-intégré.

Dieu n’est pas la limitation de vitesse ou le radar.

Parce que Dieu, celui de la Bible, le Dieu dont nous parle Jésus, celui avec qui moi je vis et que j’aime, Dieu n’est pas le Dieu de l’interdiction ou de la sanction. C’est le Dieu de la liberté, nous l’avons vu ensemble au KT, même quand il donne ses commandements à Moïse ; parce que la liberté qu’il nous donne, ce n’est pas de faire ce que nous voulons, comme si nous étions seuls au monde, mais il nous libère même de la tentation de vivre notre vie au dépens des autres. Et quand nous n’arrivons pas à user de cette liberté, parce que la liberté est tellement difficile à vivre, alors au lieu de la sanction que notre logique trouverait juste il nous offre la sanction de son amour, celle de nous redire, une fois encore, une fois de nouveau : je suis le Dieu qui te libère ; je te libère même de l’esclavage de la sanction. La seule sanction, la seule condamnation, c’est de vivre encore, de vivre de nouveau.

Dieu n’est pas le péage.

Parce que Dieu, celui de la Bible, celui qu’à la suite des apôtres les Réformateurs nous ont fait redécouvrir, celui avec qui moi je vis et que j’aime, Dieu n’est pas le Dieu de la rétribution ou de la contribution. C’est le Dieu de la grâce, c’est-à-dire de la gratuité, grâce dont le baptême est le signe, dont l’alliance offerte et confirmée est la concrétisation, dont la résurrection est l’espérance. Dieu ne nous fait pas payer et nous ne pouvons pas nous payer Dieu. Parce que pouvoir emprunter cette autoroute, ça n’a pas de prix.

Dieu n’est pas la station-service-boutique-toilettes-tout-intégré.

Vous savez, celle dont la pub serait : vous ne viendrez plus ici par hasard. Non, on y viendrait par intérêt, par calcul ; on y viendrait parce qu’on y trouve tout, ce dont on a besoin, et surtout envie ; ce dont on croit avoir besoin, mais qui ne sert à rien. Dieu, celui de la Bible, celui avec qui moi je vis et que j’aime, celui dont j’ai essayé de vous parler, n’est pas un self-service où l’on est sûr d’avoir ce qu’on demande ; il est une offre où l’on est sûr qu’il veut nous apprendre à demander ce qui est bon pour nous et qu’il veut nous donner.

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Jésus aurait-il dit, aujourd’hui : « je suis l’autoroute » ?
Certainement pas ; d’ailleurs pas tellement parce qu’il ne savait pas ce qu’est une autoroute ; s’il ne l’a pas dit, c’est surtout pour nous éviter toute confusion ; pour nous éviter de nous fourvoyer dans des contre-sens ; pour nous éviter de confondre nos dieux, ce que nous nous forgeons à notre image, avec celui qui nous a créés à son image ; celui de la Bible, celui de Jésus, celui des apôtres et des réformateurs, celui avec qui moi je vis et que j’aime et dont j’ai essayé de vous parler.
Jésus dit : « je suis le chemin ». Il veut dire par là : « je suis celui qui te permet de fournir l’effort de ta vie, de choisir ton itinéraire, de la mener au but que tu te fixes ; je suis celui qui te permet de faire tes haltes où tu veux, de marcher à ton rythme sans essouffler ceux avec qui tu marches ; je suis celui qui te permet d’être heureux de cette fatigue ».
Il veut aussi dire par là : « je suis le sable chaud sous tes pieds fatigués ; je suis le caillou dans la chaussure pour te titiller dans ton confort ; je suis la pierre qui te fait trébucher quand tu rêves ou t’endors ».
Il veut enfin dire par là, et c’est tellement important que je l’ai ajouté sur votre souvenir de confirmation : « lève-toi et marche ». Toi qui crois que parce que le KT est fini tu es au bout du chemin : lève-toi et marche. Toi qui crois que ces choses-là sont pour les enfants mais que toi tu n’en as plus besoin : lève-toi et marche. Toi qui penses avoir fait le tour de la question et n’avoir plus rien à trouver : lève-toi et marche. Toi, qui que tu sois, quelles que soient tes convictions ou tes doutes : lève-toi et marche.
Car quiconque se lève et marche est vivant ; quiconque s’arrête est mort ; quiconque est vivant, à nouveau, se lève et marche !

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L’eau, le feu, le souffle de l’air ; et la terre ! Tout y es maintenant ? Vous savez bien que non : il manque le cinquième élément ; et c’est… l’amour ! Je n’en parlerai pas pendant encore un quart d’heure ; vous avez tous une vie entière, un chemin entier pour le découvrir. Alors, lève-toi et marche !
Amen !
 

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