Actes 12, 1-11
Jean 11, 1.3.17-27.41-45
Prédication du culte d’installation de Marc MULLER à Bischwiller
Bischwiller 8/10/00Marc Muller
Actes 12
1 Vers le même temps, le roi Hérode se mit à maltraiter quelques membres de
l'Église,
2 et il fit mourir par l'épée Jacques, frère de Jean.
3 Voyant que cela était agréable aux Juifs, il fit encore arrêter Pierre. -C'était pendant les jours des pains sans levain. -
4 Après l'avoir saisi et jeté en prison, il le mit sous la garde de quatre escouades de quatre soldats chacune, avec l'intention de le faire comparaître devant le peuple après la Pâque.
5 Pierre donc était gardé dans la prison; et l'Église ne cessait d'adresser pour lui des prières à Dieu.
6 La nuit qui précéda le jour où Hérode allait le faire comparaître, Pierre, lié de deux chaînes, dormait entre deux soldats; et des sentinelles devant la porte gardaient la prison.
7 Et voici, un ange du Seigneur survint, et une lumière brilla dans la prison. L'ange réveilla Pierre, en le frappant au côté, et en disant: Lève-toi promptement! Les chaînes tombèrent de ses mains.
8 Et l'ange lui dit: Mets ta ceinture et tes sandales. Et il fit ainsi. L'ange lui dit encore: Enveloppe-toi de ton manteau, et suis-moi.
9 Pierre sortit, et le suivit, ne sachant pas que ce qui se faisait par l'ange fût réel, et s'imaginant avoir une vision.
10 Lorsqu'ils eurent passé la première garde, puis la seconde, ils arrivèrent à la porte de fer qui mène à la ville, et qui s'ouvrit d'elle-même devant eux; ils sortirent, et s'avancèrent dans une rue. Aussitôt l'ange quitta Pierre.
11 Revenu à lui-même, Pierre dit: Je vois maintenant d'une manière certaine que le Seigneur a envoyé son ange, et qu'il m'a délivré de la main d'Hérode et de tout ce que le peuple juif attendait.
Sortir… Cela semble bien être un point commun, voire même le centre de gravité des deux récits bibliques que nous avons entendus.
Sortir, parce qu’on y a été invité ; sortir, parce qu’on en a reçu l’ordre.
Comme Pierre. Comme Lazare.
Oui, je reçois cette invitation à sortir, je reçois cet ordre de sortir, aujourd’hui, pour nous. Je le reçois,, aujourd’hui, pour moi. Et ça m’embête, parce que moi, aujourd’hui, ma démarche c’est d’entrer !
Et je me retrouve dans la situation inverse de celle d’Astérix, mais tout aussi surprenante que la sienne : lui veut sortir et on lui demande le mot de passe ; moi j’entre, je rentre et je suis, de manière impérative,invité à sortir.
J’entre, et avec plaisir, dans une nouvelle ville ; elle est accueillante, elle est agréable ; j’y suis bien. Et je rentre, avec plaisir, dans mon département d’origine ; j’y suis bien.
J’entre, et avec plaisir, dans un nouveau presbytère ; il est spacieux, il est lumineux ; j’y suis bien.
J’entre, et avec plaisir, dans une nouvelle étape de mon ministère pastoral, dans laquelle vous m’installez aujourd’hui ; rassurant, par son côté traditionnel, après le numéro d’équilibriste dans la zone franche des Coteaux à Mulhouse ; et stimulant, par le dépoussiérage, le courant d’air, le renouveau, le rajeunissement que nécessite, qu’attend et qu’espère cette paroisse de Bischwiller.
Et je rentre, avec vous, dans une nouvelle année de vie paroissiale, dans une nouvelle année des grâces de Dieu qui se renouvellent, toujours et encore, pour nous.
Je suis, de manière impérative, invité à sortir, alors que j’entre, alors que je ne peux qu’entrer.
Mais je me demande, maintenant : toutes ces objections, légitimes, à l’ordre de sortir, ne sont-elle pas là que pour habiller, que pour travestir, que pour masquer que finalement je préfère entrer que sortir ? que je ne veux pas du tout sortir ? que j’ai peur de sortir ?
Sortir… c’est risqué, c’est dangereux…
Sortir… c’est affronter, c’est s’exposer ; aux regards, aux critiques, à l’adversité…
Comme un enfant sort du ventre de sa mère…
Comme Adam et Ève sortent du paradis…
Comme Noé et les siens sortent de l’arche…
Comme le peuple d’Israël sort d’Égypte…
Comme Jonas sort du ventre du grand poisson…
Sortir, c’est prendre le risque de perdre ce que l’on a… risquer de se perdre… risquer de n’être plus soi-même…
Sortir de ses gonds… Être hors de soi…
Ça, oui, ça me fait peur !
* * *
Moi j’entre, je rentre, avec plaisir ; et je suis bien.
Et vous ? Oui, au fait, vous, que faites-vous ?
Vous m’accompagnez…
Vous mes parents, ma famille… je rentre et vous m’accompagnez sur ce chemin qui me rapproche de vous… et c’est bon !
Vous, mes amis de là-bas, que je quitte… j’entre et mon chemin, certes, m’éloigne de vous, mais vous m’y accompagnez… et rien, sans vous, ne serait pareil !
Vous, mes collègues et vous, les responsables d’Église… j’entre dans cette étape nouvelle et vous m’y accompagnez… c’est vital !
Et vous, enfants de Dieu et église du Christ à Bischwiller – j’entends par là un peu plus que la paroisse protestante… j’entre en compagnonnage avec vous, j’entre à votre service et vous m’accompagnez sur ce chemin… merci de ne pas me laisser seul !
Moi j’entre, je rentre, avec plaisir ; et je suis bien.
Et vous ? Vous m’accompagnez…
Mais non, ce n’est pas vrai !
Ou plutôt, si ! Bien sûr, vous m’accompagnez ; mais ce n’est pas tout !
Vous m’accompagnez, vous êtes sur le même chemin que moi, vous m’encouragez, vous me poussez, vous me tirez, nous avançons ensemble. Mais ce n’est pas tout !
Oui, voilà, qu’en plus, vous me faites face. Et je le sens, là, maintenant, très intensément : vous m’appelez ! vous m’attendez !
Attendez… je viens ! Attendez… je sors !
(je descends de chaire)
* * *
(regard vers la chaire)
J’ai commencé à sortir !
Mais rien n’est fait ! Ce serait trop simple !
Vous m’attendez toujours, n’est-ce pas ? Vous m’appelez toujours, je le sens !
Vous êtes là, et vous me faites face, comme Jésus qui ordonne : sors !
Vous êtes là, et vous me faites face, comme Marthe et Marie qui attendent un frère vivant !
Vous êtes là, et vous me faites face, comme l’ange qui fait irruption, réveille, libère et précède !
Et vous savez quoi ?
Maintenant, c’est moi qui vous attend ; maintenant, c’est moi qui vous appelle.
Vous faisant face et ordonnant : sortez ! Vous faisant face et vous attendant vivants ! Vous faisant face pour vous réveiller, vous libérer, vous précéder !
Et je le sais, là, maintenant : nous ne arrêterons plus
Car dans cette attente réciproque, dans cet appel mutuel, il y a la bonne nouvelle, il y a l’évangile !
Sortir, c’est toujours affronter ; sortir, c’est toujours s’exposer…
Oui, mais à l’autre ; à soi-même ; à la vie !
Maintenant, je veux sortir, oui ! sortir avec vous !
Et je n’ai plus peur de sortir de mes gonds, d’être hors de moi !
Car j’ai reçu la promesse que sortir n’est pas un impératif impossible, mais une possibilité offerte. La promesse que si sortir reste risqué, sortir, c’est la vie.
C’est en acceptant de sortir de ce que je crois être, de tous les cocons où je me sens bien, de toutes ces bandelettes ou chaînes dont je dois être délié, c’est en sortant que j’ai une chance de vivre, de devenir le vivant que je suis appelé à être.
Et vous aussi !
* * *
Nous sommes, chacun et tous ensemble, appelés à sortir. Vivre…
Nous voulons, chacun et tous ensemble, sortir. Vivre…
Comme un enfant sort du ventre de sa mère…
Comme Adam et Ève sortent du paradis…
Comme Noé et les siens sortent de l’arche…
Comme le peuple d’Israël sort d’Égypte…
Comme Jonas sort du ventre du grand poisson…
Nous voulons sortir… et vivre cette vie nouvelle, à la fois offerte et à conquérir.
Écoute-moi bien, Astérix, et toi aussi, écoute-moi bien : pour sortir aussi, il y a un mot de passe. Je te le dévoile :
Jésus est sorti de la tombe et il nous appelle, aujourd’hui, à nous lever de nos tombeaux !Autrement dit : la clé, pour entrer, c’est de sortir !Amen.