Psaume 23
l'Éternel est mon berger
Prédication d'enterrement
 
 
Marc Muller

 
 
 
Chère famille dans le deuil,
frères et sœurs en Christ,

Comme chaque décès, celui de votre défunte est à la fois commun et unique.
Commun, parce qu’il est la déchirure entre elle qui part et vous qui restez ; chaque relief, chaque creux, chaque fibre de ce qui reste appelle la partie complémentaire, qui n’est plus là. Des choses à se dire, une pensée, un geste… elle n’est plus là. Et puis commun, aussi, parce que comme chaque décès il nous met, de manière plus ou moins consciente, de manière plus ou moins pesante aussi, devant notre propre mort.

Mais il est unique aussi, ce décès, parce qu’il nous plonge dans un nœud particulier de questions et de réponses, de certitudes et de doutes, où s’entremêlent des « pourquoi ? » et des « la voilà délivrée de ses souffrances ! », des « elle est en paix là où elle est » et des « elle est partie trop tôt ». Unique d’autant plus que cette étrange alchimie est multipliée par le nombre que vous êtes et par la résonance particulière que ce deuil a en chacun d’entre nous.

C’est dans cette toile de questionnements et d’assurances, de foi sereine et paisible et de deuil que fait irruption ce matin une parole que la défunte elle-même avait choisie pour que nous la méditions au moment de la remettre à Dieu ; il s’agit du psaume 23, ces versets bibliques que nous connaissons
comme peu d’autres.

L'Éternel est mon berger : je ne manquerai de rien. Il me fait reposer dans de verts pâturages, il me dirige près des eaux paisibles. Il restaure mon âme, il me conduit dans les sentiers de la justice, à cause de son nom. Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort je ne crains aucun mal car tu es avec moi ; ta houlette et ton bâton me rassurent. Tu dresses devant moi une table face à mes adversaires ; tu oins d'huile ma tête et ma coupe déborde. Oui, le bonheur et la grâce m'accompagneront tous les jours de ma vie, et j'habiterai dans la maison de l'Eternel jusqu'à la fin de mes jours.

Peut-être sentez-vous comme moi que ces paroles, par le simple fait d’être dites, produisent leur effet. Une douceur sur la douleur.

Ces versets ont, je trouve, quelque chose d’extraordinaire, presque de magique. Avant même que leur sens n’atteigne la compréhension, ils consolent, affermissent, encouragent, aident, relèvent. Dans les pires situations, dans la maladie ou devant la fin, ces paroles prononcées, ces paroles priées élargissent l’espace, font place à une puissance venue d’ailleurs, étrange et étrangère, qui ne peut s’expliquer. Je me souviendrai, probablement toue ma vie, d’une jeune femme vivant dans une totale inconscience, dans un univers auquel nul n’avait accès ; mais à chacune de mes visites, à la lecture de ces versets comme d’aucune autre parole, elle tressaillait puis s’immobilisait dans une quiétude absolue jusqu’au dernier mot de ce psaume.

En nous adressant en quelque sorte ces paroles aujourd’hui, votre défunte nous appelle à cette même réaction double : tressaillir comme si nous allions nous réveiller d’une inconscience totale… et en même temps savoir trouver une quiétude réceptive.
Pourquoi ? À cause du sens de ces paroles, qui sont à la fois confession de foi et prière. Sa confession de foi et sa prière, oui ! Notre confession de foi et notre prière ?

L’Éternel est mon berger, je ne manquerai de rien…
Mon berger, c’est l’Éternel, faudrait-il traduire. C’est-à-dire : mon roi, mon guide, mon protecteur, celui qui me conduit, me nourrit et m’offre abri, c’est lui ; ce ne sont pas d’autres dieux, ce ne sont pas des idoles, ce ne sont pas des humains, quels que soient leur richesse et leur pouvoir. Non, c’est lui !
Oui, c’est lui ! Lui… qui m’a formé dès le sein maternel, lui qui m’a plongé dans son alliance dans le baptême, lui qui a été fidèle comme nul ne sait l’être, dans les passes difficiles de la vie ; lui qui ne nous a pas épargné les ténèbres mais nous y a accompagnés pour nous les faire traverser. Mon berger, c’est lui, nous dit aujourd’hui celle que vous pleurez.
Et ce berger est le bon berger, le berger idéal. Il me fait reposer, il me dirige, il restaure, il me conduit… et quand je marche, de moi-même, oui quand je marche dans la vallée de l’ombre de la mort…
Je marche seul ? ohé ! il y a quelqu’un… ?

Tu es avec moi ! Je ne crains aucun mal !
La confession de foi devient parole directe, le discours sur le berger devient face à face, tête-à-tête.
Dans le judaïsme ancien, s’il était un lieu où Dieu ne pouvait pas être, c’était bien le séjour des morts. Dans la prière est pressenti ici quelque chose d’inouï : le Seigneur n’abandonne pas les siens, pas même dans la mort ; même dans la mort, même là où nous n’oserions pas un seul instant imaginer sa présence… il est amour ; il est fidélité.
Là où pour les autres, et peut-être parfois pour moi-même aussi, Dieu n’est pas, Dieu ne peut pas être… là il vient au-devant de moi. Comme pour les disciples sur le chemin d’Emmaüs.

J’habiterai dans la maison de l’Éternel jusqu’à la fin de mes jours… C’est ainsi que se termine ce psaume, cette confession de foi.
La confiance en ce berger qui nous conduit, et la rencontre vivante avec le Seigneur là où nous le croyions absent nous poussent à ce cri irraisonné : rien ne peut nous séparer !
Celui en qui j’espère n’est pas le Seigneur seulement de ce monde et de cette vie. La mort et la résurrection du bon berger nous ont dévoilé une vie autre, un monde autre. Je ne vous parle pas d’au-delà, non… je ne vous parle pas d’un autre monde ni d’une autre vie.
Un monde autre ! Une vie autre ! Non pas changer de monde, non pas changer de vie. Changer le monde, changer la vie.

Après la confession de foi et la prière, c’est donc à être que nous sommes appelés.
Placez votre confiance en lui… comme elle l’a fait…
Vivez le face à face avec lui… comme elle l’a fait…
Et puis vivez, rayonnez, aimez, soyez fidèles… oui, comme elle, soyez des témoins… soyez des rayons de lumière, soyez des grains de sel… oui changez le monde, changez la vie.
Et vous habiterez dans la maison de l’Éternel.

Non pas comme une récompense pour ce que vous aurez fait, non… mais : en changeant le monde, en changeant la vie pour ceux qui sont autour de vous, vous habiterez dans la maison de l’Éternel.
Et elle avec vous.

Amen !
 


 

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