Éphésiens 1, 15-23
La plénitude de celui qui remplit tout en tous
Saint-Marc 30 janvier 2000Roland Kauffmann
15 C'est pourquoi moi aussi, ayant entendu parler de votre foi au Seigneur Jésus et de votre charité pour tous les saints,
16 je ne cesse de rendre grâces pour vous, faisant mention de vous dans mes prières,
17 afin que le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de gloire, vous donne un esprit de sagesse et de révélation, dans sa connaissance,
18 et qu'il illumine les yeux de votre coeur, pour que vous sachiez quelle est l'espérance qui s'attache à son appel, quelle est la richesse de la gloire de son héritage qu'il réserve aux saints,
19 et quelle est envers nous qui croyons l'infinie grandeur de sa puissance, se manifestant avec efficacité par la vertu de sa force.
20 Il l'a déployée en Christ, en le ressuscitant des morts, et en le faisant asseoir à sa droite dans les lieux célestes,
21 au-dessus de toute domination, de toute autorité, de toute puissance, de toute dignité, et de tout nom qui se peut nommer, non seulement dans le siècle présent, mais encore dans le siècle à venir.
22 Il a tout mis sous ses pieds, et il l'a donné pour chef suprême à l'Église,
23 qui est son corps, la plénitude de celui qui remplit tout en tous.Voir également: Ce chapitre, Chapitre suivant
Gospel Communications NetworkTexte bien étrange que ce récit de l'évangile de Marc de la tempête apaisée (Marc 4, 35-41). On y voit Jésus tel un être quasi divin commander même aux éléments naturels déchaînés. Et nous sommes aussi perplexes que les disciples: qui est-ce donc que cet homme qui commande même à la nature? Perplexité encore accrue par le texte du jour qui nous parle de cette autorité du Christ mis par Dieu au dessus de toutes choses et plus encore nous parle du Christ comme étant le "tout qui est en tous"
(lire)N'oublions pas que cette question, qui est-ce donc que cet homme qui commande même à la nature?, qu'elle est en réalité le point central de la foi! En effet dire "qui est Jésus", c'est dire sa foi! Dire qu'il est le fils de Dieu, dire qu'il est un homme comme un autre, dire qu'il est Dieu, dire qu'il est un imposteur, ce n'est pas du tout pareil. C'est tout au long de notre vie d'ailleurs que nous nous posons ce genre de question et les réponses que nous y apportons peuvent être différentes selon les époques et les situations que nous vivons.
Si l'enfant peut dire que Jésus est le fils de Dieu parce qu'il sait for bien ce que cela veut dire que d'être "fils de", l'adolescent quant à lui dira plutôt qu'il est un homme comme un autre indépendant de Dieu. C'est normal, l'adolescent ne veut plus être le "fils de…". Quant à l'adulte, la plupart du temps, Jésus pourrait être éventuellement vu comme un modèle, un maître à penser qui a su développer une éthique de vie mais savoir s'il est fils de Dieu ou pas, ce n'est plus vraiment important, c'est une affaire pour les enfants… C'est en vieillissant que l'on se repose la question, en même temps que l'on jette un regard lucide sur la vie que l'on a vécu. C'est souvent à ce moment là que l'on retrouve un intérêt pour ces questions de la foi. La peur de la mort n'est sans doute pas étrangère à ces interrogations!Tout cela pour dire que la compréhension que nous avons de Jésus varie selon les âges de la vie. Et il n'y a rien d'étonnant à cela, c'est vrai pour tous les autres domaines de la vie, on ne pense pas pareil selon que l'on a sept ans, trente ans ou soixante-dix, encore heureux. Oui encore heureux que l'on évolue ainsi et que l'on ne garde pas un regard d'enfant sur les réalités de l'existence. Un regard d'enfant au sens où l'enfant se croit tout puissant, inconscient des dangers, fondamentalement égocentrique et même cruel avec le plus faible.
Heureusement que les adultes "ne font pas l'enfant" et ne réagissent pas entre eux comme le font les enfants.
Il est normal de changer, d'évoluer, on voit les autres différemment et pourquoi ne verrait-on pas Jésus aussi différemment. Souvent dans les Églises on se plaint à juste titre de l'absence des jeunes, mais aussi de celle des adultes dans la maturité. On s'en plaint mais à quoi cela sert-il de s'en plaindre? À rien bien évidemment! Il est un âge de la vie où les "choses de la religion" n'ont plus grande importance parce qu'on est entraîné par les affaires courantes de la vie quotidienne. Le fait que l'on se laisse entraîner est une autre affaire, que l'on pourrait résister si on le voulait vraiment.Parfois les plus anciens parmi nous, lorsque je vous parle des jeunes qui ont tellement de travail et n'ont que le dimanche pour se reposer, faire la grasse matinée ou être en famille, vous réagissez. Et vous avez bien raison car de votre temps aussi vous n'aviez que le dimanche pour le repos, vous aussi avez travaillé dur et souvent plus dur qu'aujourd'hui et cela ne vous dispensait pas d'aller à l'Église. C'était une manière de vivre presque normale. Aujourd'hui ce n'est plus le cas. Les rythme de vie a changé et il en faut en prendre acte plutôt que de se lamenter sur le passé.
À votre époque, dans votre jeunesse, la présence à l'Église le dimanche était aussi naturelle que le fait d'aller au travail le lundi matin. Cependant j'aimerais vous rendre attentifs que cela était vrai pour vous mais que même à l'époque ce n'était plus vrai pour tout le monde. Il ne faut pas idéaliser le passé et penser qu'avant guerre si les églises étaient pleines, cela voulait dire que tout le monde y croyait… Souvenez vous, cela fait trente ans que la fréquentation de notre Église baisse!Est ce que cela veut dire pour autant que la foi baisse?
Je ne le pense pas, je pense quant à moi qu'elle change, qu'elle évolue dans la mesure où aujourd'hui ceux qui comme vous font le choix de venir au culte savent pourquoi ils viennent et ce qu'ils y cherchent. On ne vient plus par convenance ou obligation mais parce que l'on recherche une parole. Se mettre à l'écoute de la parole du Christ, rechercher une consolation, un encouragement, une exhortation, vivre un instant avec les autres. Autant nous sommes, autant de raisons diverses d'être là. Et toutes nos raisons d'être là sont bonnes. Il n'y en a pas une qui serait meilleure que l'autre pour la simple et bonne raison que nous sommes tous différents et avons une histoire qui nous est particulière. Cela est vrai de nous qui sommes là mais aussi vrai pour ceux qui ne sont pas là!
C'est à cela que j'aimerais vous rendre attentifs. Il peut arriver que nous ayons un jugement hâtif sur ceux qui, à notre avis, devraient être là, venir au culte ou s'engager dans la paroisse. Nous ne connaissons pas leurs raisons, nous ne savons pas quelles sont leurs situations, leurs besoins, leurs craintes ou leurs espérances. Et c'est pourquoi nous ne pouvons leur faire le reproche d'être absents. D'autant qu'il arrive que certains qui font le choix de n'être pas là, dans leur vie quotidienne savent parfaitement répondre à notre question "qui est le Christ", en tout cas pour eux. Certains ne sont jamais là au culte mais s'engagent à fond dans des associations qui n'ont d'autre préoccupation que d'être au service de l'humain. Peut-être parce qu'ils ont compris que Dieu n'est pas forcément là où on le pense. En tout cas, qu'il est aussi là où on n'y pense pas.
J'ai dit, il y a quelque temps de cela, que l'homme était la condition de Dieu! Une telle formule prête à confusion on pourrait penser qu'il n'y aurait pas de Dieu s'il n'y avait pas d'homme. On trouve souvent dans des textes d'Églises, l'idée que Dieu "a voulu avoir besoin des hommes", moi-aussi il m'arrive d'utiliser de tels textes liturgiques qui mettent l'accent sur la nécessaire collaboration entre Dieu et l'homme. L'idée qui est là derrière, c'est que notre mission de chrétien est de concrétiser la présence de Dieu dans le monde, de la faire voir, montrer sa puissance au monde, incarner Dieu dans le monde. C'est une interprétation possible de l'image qu'utilise Paul: l'Église, corps du Christ et donc elle est le Christ visible et de l'image qu'elle en donne dépend l'image que le monde a de Dieu.
Cela pose plusieurs problèmes.
D'abord le fait que l'Église offre alors un bien piètre visage de ce Dieu d'amour auquel elle fait mine de croire et ensuite c'est en parfaite contradiction avec ce que dit Paul de l'autorité suprême et intemporelle du Christ, "placé au-dessus de tout nom qui peut se nommer, dans le siècle présent et dans les siècles à venir". Que diriez vous d'un dieu qui se prétend tout-puissant et qui pourtant ne fait rien s'il n'est pas aidé par ses serviteurs. Étrange n'est ce pas! Mais plus encore, dire que l'homme est la condition de Dieu peut induire en erreur si on comprend mal cette formule. On pourrait en effet croire que Dieu serait une création de l'homme, une invention de son esprit. Que l'homme est la cause et Dieu l'effet, sans l'homme pas de Dieu, Dieu dépend de la conscience que l'homme en a, son existence dépend de la foi que l'on a.
Curieuse conception de la foi, curieuse conception de Dieu. Je crois quant à moi très profondément que "l'homme est la condition de Dieu" mais au sens où Dieu est devenu homme et pas seulement un homme particulier, Jésus né et mort comme tout le monde mais tous les hommes de tous les temps, comme le Christ mort et ressuscité, vivant aujourd'hui de toute éternité. C'est ce que dit Paul aux Philippiens lorsqu'il parle du Christ qui "a pris la condition humaine" et ici aux Éphésiens lorsqu'il en parle comme étant celui "qui remplit tout en tous". Cette expression étrange ne signifie pas que Dieu est présent dans le cœur de chaque être humain mais signifie d'une part que le Christ "se fait tout à tous", c'est à dire qu'il accepte chacun tel qu'il est et qu'il s'adapte surtout à chacun et d'autre part qu'il "remplit tout" c'est à dire qu'il "comble". Le Christ est le comble de l'humain, n'y voyez pas là un mauvais jeu de mot mais bien plutôt l'affirmation que la Christ est là où l'homme est à sa plénitude. Bien loin de toute négation de l'homme pour espérer un jour atteindre le salut mais bien plus affirmation de l'homme comme étant la cause de Dieu.
Attention à la confusion, "l'homme est la cause de Dieu" cela veut dire que Dieu s'engage pour l'homme et seulement pour lui. De la même manière que nous sommes prêts à nous battre pour "la cause", Dieu s'engage à nos côtés. Nous sommes sa cause la plus chère et plus particulièrement l'homme abandonné de tous, délaissé et méprisé qu'est le Christ sur la croix.
Qui est cet homme qui commande même à la nature, qui est au-dessus de tout nom? Avez vous remarqué que Dieu n'apporte jamais de réponses toutes faites à l'homme mais qu'il est plutôt une question qu'une solution aux problèmes de l'homme. Mais au moment de répondre chacun pour soi, ayons toujours à l'esprit que Christ ne rime jamais avec reniement, renoncement, austérité, contrition mais avec plénitude…