Matthieu 5, 1-10
Les béatitudes,
prédication de mariage
 
Saint-Marc 5/8/00

Roland Kauffmann


Matthieu 5

1 Voyant la foule, Jésus monta sur la montagne; et, après qu'il se fut assis, ses disciples s'approchèrent de lui.
2 Puis, ayant ouvert la bouche, il les enseigna, et dit:
3 Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux!
4 Heureux les affligés, car ils seront consolés!
5 Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre!
6 Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés!
7 Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde!
8 Heureux ceux qui ont le coeur pur, car ils verront Dieu!
9 Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu!
10 Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des cieux est à eux! 


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Parmi les textes de la bible qui se sont fait une place importante dans la culture populaire, les béatitudes que nous venons de lire font certainement partie de ceux qui sont le plus connus et les plus apprécié. Sans aucun doute, avez vous déjà plus d’une fois entendu cette tournure de phrase caractéristique « heureux les… car ils seront… », les choses sont claires, nous voilà en présence d’un texte biblique qui nous parle de bonheur. Et ce n’est déjà pas si mal de s’en rendre compte, en effet, on assimile souvent la bible à un recueil d’histoire pieuses ou de théories plus ou moins fumeuses sur Dieu, la vie, sur l’homme. Là nous avons un texte concret qui nous parle de ce que nous recherchons le plus, le bonheur ! Et il est bon de se rendre compte que la Bible parle aussi de bonheur, d’ailleurs peut-être bien que sans que nous nous en rendions compte elle ne fait que cela du début à la fin… mais ne rentrons pas dans ce débat pour l’instant et laissons nous emporter par le bonheur des béatitudes

Car il faut reconnaître que l'on aime bien parler de bonheur. Cela nous change des discours habituels, des informations voire même de bien des conversations entre amis ou au sein de la famille qui le plus souvent tournent autour de ce qui ne va pas. Alors pour une fois qu’on nous parle de bonheur, profitons en. On aime bien parler de bonheur pour une autre raison encore, c’est que bien évidemment le bonheur est une de nos aspirations fondamentales. Réussir sa vie, c’est être heureux, sans d’ailleurs que l'on sache si il faut réussir sa vie (au niveau professionnel, affectif etc…) pour être heureux ou si il faut être heureux pour réussir sa vie. Là encore n’allons pas plus loin car sans doute que les deux choses vont de paire. On ne pourrait pas imaginer un bonheur déconnecté de la réussite de sa vie, tout simplement parce qu’on ne peut pas imaginer un bonheur abstrait : on ne peut pas avoir faim et être heureux, le bonheur que nous le voulions ou non a des conditions matérielles. Et si nous avons tendance à évaluer notre bonheur par rapport à notre situation matérielle, c’est bien parce qu’il faut un minimum de confort matériel pour être heureux.

Mais si je vous demandais : « faut-il une voiture pour être heureux ? » «  faut-il une télévision couleur, écran plat à fusion pour être heureux ? » vous me répondriez avec raison que non car s’il faut un minimum de biens pour être heureux, l’accumulation de bien ne rend pas plus heureux. Et même que parfois, l’accumulation sert plus à cacher le malheur qu’à produire le bonheur. On cherche à faire semblant d’être heureux en ayant quelque chose de plus que le voisin, on va étaler sa réussite sociale pour faire croire à la réussite de sa vie et à son bonheur. Cela n’est qu’une farce et vous le savez bien ! vous le savez bien que le bonheur c’est autre chose que le confort matériel. Le bonheur est fait de choses qui ne peuvent se compter ni se mesurer.

Et c’est peut-être bien pour cela que l'on aime parler de bonheur parce qu’on est fatigué d’entendre parler d’efficacité, de production, de rentabilité, d’impôts, de travail, de politique, de religion même. Tout cela nous fatigue et on en vient à rêver d’un monde où tout cela n’existerait pas. Où nos enfants grandiraient en paix, où nous pourrions nous aimer sans crainte, où nous pourrions nous parler les uns les autres sans aucune méfiance, où nous pourrions nous confier les uns aux autres sans esprit de compétition, où l’harmonie régnerait au sein des couples comme entre les parents et les enfants. Où il n’y aurait plus de problèmes entre frères et sœurs, cousins, etc… oui ce serait le bonheur ! Alors on rêve à un monde plus heureux, en se disant quand même qu’il n’existera jamais !

Et pourtant, si vous avez décidé de construire votre vie ensemble, de donner la vie à Cécilia, c’est bien pour cela, c’est bien parce que vous vous êtes rendu compte à un moment ou un autre que vous étiez heureux l’un avec l’autre. C’est parfois surprenant, on attend le bonheur et il vient sans que l'on s’en rende compte et l'on découvre soudain que quelqu’un d’autre fait mon bonheur : « je suis heureux parce qu’il ou elle est là ». Alors si je veux continuer d’être heureux il faut qu’il ou elle soit toujours là, puisque mon bonheur trouve là sa source ! Et parce que nous sommes heureux ensemble, partageons ce bonheur avec un enfant qui lui aussi à son tour fera partie de notre bonheur, le construira, le fortifiera.

Heureux Jean-Christophe et Valérie car avec Cécilia, ils feront une famille unie !

Oui vous êtes heureux et cela nous rend tous forcément un peu envieux et en même temps heureux également de pouvoir partager un peu de votre bonheur parce qu’on se rend compte alors que le bonheur n’est pas forcément dans un monde de rêve, un monde irréel toujours remis à demain mais qu’il commence aujourd’hui dans une histoire d’amour comme la votre.

Et si en réalité, ce monde idéal de paix et d’harmonie où nous serions tous heureux n’était pas une chimère, une illusion, le contraire justement du bonheur ? Vous avez entendu les béatitudes, elles sont bien étranges car elles placent le bonheur là où se trouve le malheur : « heureux ceux qui pleurent… », n’est ce pas paradoxal, s’il faut « procurer la paix » c’est bien qu’elle n’est pas encore là, « heureux ceux qui sont persécutés à cause de la justice », on trouverait plus réjouissant…

À bien les entendre les béatitudes sont à des kilomètres de notre conception du bonheur froid et stérilisé, figé dans la glace et régi par des normes strictes. Le bonheur dont nous parle Jésus est fait de douleur, de luttes, de combat, de souffrance, des difficultés. Non que l'on soit masochiste, être heureux quand ca fait mal mais bien au contraire, se rendre compte que l'on est heureux chaque fois que l'on devient l’artisan d’un changement, que là où il y a des querelles, on apporte la paix, là où se trouve la rancune, on apporte la miséricorde, le pardon, là où se trouve l’incompréhension ou le mépris on apporte la parole, le respect, l’amitié. Là où se trouve la soumission et l’humiliation, on apporte la force d’une conviction et le résistance à la manipulation.

Partout où le bonheur s’écorne, on le reconstruit lentement, patiemment. Comme la mer efface les châteaux de sable, la vie se charge d’effacer notre bonheur mais heureux celui qui reconstruit courageusement, encore et toujours, plus solidement chaque jour.

Partout où le bonheur est empêché parce que l'on manque de quelque chose de vital, c’est à dire de pain, de liberté, d’amour, on reconstruit patiemment en apportant l’essentiel, le nécessaire.

Partout où le bonheur est volé par les chaînes de l’injustice sociale, morale ou commerciale, on en reconstruit patiemment, lentement, un autre.

Le bonheur promis par les béatitudes est là, non dans l’acceptation facile d’une situation donnée dont on se contente mais dans la volonté ferme et intangible de ne jamais s’arrêter à son petit bonheur individuel, bien au chaud, bien à soi mais de toujours mettre en jeu, construire le bonheur de l’autre, des autres. Qu’il s’agisse de son conjoint, de son enfant, de membres de sa familles, de collègues de travail, d’amis ou d’inconnus à l’autre bout du monde. Quand on s’est rendu compte que c’est l’autre qui fait mon bonheur, alors il faut tout faire pour que l’autre soit heureux car de son bonheur naîtra le mien. N’est ce pas là la définition même de l’amour ?

Au sein de votre famille, vivez les béatitudes, ne soyez pas « béats », avachis par le rose bonbon d’un bonheur factice et futile mais au contraire soyez simples et vrais l’un avec l’autre, soyez doux (oh comme c’est difficile…) pardonnez vous réciproquement tous les jours, ne vous tenez pas rigueur des petites choses qui empoissonnent la vie, n’ayez pas d’autres intentions que le bonheur de l’autre, le bonheur de Cécilia, faites toujours la paix le premier, même si vous pensez ainsi perdre la bataille. De grâce ne croyez jamais que la vie de couple soit un conflit où il faudrait être meilleur, supérieur, plus fort que l’autre mais bien au contraire fortifiez vous l’un l’autre, construisez votre bonheur l’un de l’autre, c’est ainsi qu’il sera solide.

Heureux Jean-Christophe, Valérie et Cécilia car le Royaume des Cieux est à vous !
 


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