Actes 3, 1-10
Je ne possède ni argent ni or mais ce que j’ai, je te le donne…
Saint-Marc 10/9/00Roland Kauffmann
Il y a de cela quelque temps, j’ai reçu une proposition très intéressante. On m’offrait rien de moins qu’une voiture ! gratuitement, même plus qu’une voiture c’était un utilitaire, un mini-bus ! Vous vous doutez bien que ce n’était pas vraiment à moi que cette offre était adressée mais plutôt à la paroisse. Oui à la paroisse, quelqu’un se propose de nous offrir un véhicule gratuit et même de prendre en charge l’entretien de ce véhicule pendant plusieurs mois. À charge pour nous de l’assurer et de le garer et plus surprenant peut-être de le faire circuler.Proposition alléchante à laquelle pourtant je n’ai pas donné suite, comment ? refuser un véhicule gratuit ! c’est impensable ! en fait je ne l’ai pas refusé, je n’ai simplement pas répondu. Vous commencez à vous dire que ce véhicule devait être bien particulier et vous avez raison. Il s’agissait d’un support de publicité. Le principe est simple, une boîte de pub offre une voiture à une association, elle est couverte de publicité et quand l’association roule, la pub roule avec elle. Je ne l’ai pas refusé, peut-être un jour l’une ou l’autre de nos paroisses voire une association de notre Église en aura-t-elle une ! Qui sait ? Il y a cependant quelque chose qui me gêne mais je ne sais pas vraiment quoi…
Un autre type de véhicule publicitaire que vous avez sans doute remarqué, c’est le véhicule sponsorisé. J’ai encore vu cette semaine une camionnette (presque) neuve offerte à l’association de sans-abri de M. Scius par le Lyons Club. Il y a ainsi beaucoup de véhicules subventionnés par des clubs caritatifs, ou par des caisses mutuelles bien connues… Et parfois je le confesse je me prends à rêver de voir un jour un de ces véhicules au service des plus démunis, être orné de la publicité magique « offert par la paroisse Saint-Marc » ou à défaut « offert par l’Église Réformée de Mulhouse ».
Je me dis alors que oui nous serions à notre place et qu’ainsi notre Église serait plus visible dans la société, plus présente. On améliorerait sa « visibilité » comme on dit dans les études de marché. Quel témoignage que voilà !
Dans ces histoire de voitures si différentes, il y en a donc une qui me gênerait et l’autre qui m’enthousiasmerait mais je ne sais pas vraiment pourquoi…
En effet quel est le ressort qui se cache derrière une telle gêne ou derrière un tel enthousiasme. Je crois que ce qui me gêne avec la première voiture, celle couverte de pubs, ce serait l’image que nous donnerions d’une Église finalement toujours à la traîne, quémandeuse et toujours incapable d’assumer elle-même ses propres besoins. Toujours mineure devant être aidée, voilà l’Église sponsorisée. Et puis surtout ce qui me dérangerait, ce serait cette impression de se vendre, prêt à faire n’importe quoi pourvu que l’argent rentre. Bien sûr nous pourrions alors faire quelque chose de cette voiture, transporter les jeunes ou les catéchumènes en week-end etc… mais nous ne pourrions même pas choisir les publicités. Je crois que ce qui m’enthousiasme au contraire dans la deuxième voiture, celle couverte de notre nom, c’est là aussi l’image que nous donnerions d’une Église sûre d’elle-même et capable de soutenir les autres. Majeure et étant une aide pour d’autres associations.
N’y at-t-il pas là un point commun ? Ce souci permanent de l’image que je partage sans doute avec vous : quelle image donnons nous de l’Église en général et de nous-mêmes en particulier. Désir de plaire ou crainte de déplaire, ne serait-ce pas finalement la même chose ?
Subventionner une voiture pour la Banque Alimentaire ne serait-ce pas chercher à séduire les gens autour de nous en leur montrant à quel point nous sommes bons ? n’est ce pas un peu acheter leur considération ? Accepter une voiture subventionnée, n’est ce pas aussi chercher à plaire à nos contemporains en leur montrant à quel point nous sommes intégrés dans la société ? finalement derrière tout cela ne serait-ce pas la démagogie qui se cacherait ? Et plus encore n’y aurait-il pas là une erreur fondamentale dans l’un ou l’autre cas sur ce qu’est notre mission ?
Lire 3, 1-3
1 Pierre et Jean montaient ensemble au temple, à l'heure de la prière: c'était la neuvième heure.
2 Il y avait un homme boiteux de naissance, qu'on portait et qu'on plaçait tous les jours à la porte du temple appelée la Belle, pour qu'il demandât l'aumône à ceux qui entraient dans le temple.
3 Cet homme, voyant Pierre et Jean qui allaient y entrer, leur demanda l'aumône.Pierre et Jean sont là au milieu de la foule en attente de prière. Aucun de ceux qui sont là ne remarque ce boiteux, si ce n’est pour lui faire peut-être l’aumône d’un peu de son superflu, de son inutile. Peut-être que l’un ou l’autre des passants est allé un peu plus loin et c’est dit « tiens je vais lui offrir une canne, comme ça il pourra marcher, et en plus sur la canne je mettrai mon nom : offert par l’Église réformée de Jérusalem… ».
Excusez-moi, j’avais oublié qu’à l’époque l’Église réformée n’existait pas encore et surtout pas à Jérusalem… mais en fait cette histoire de canne n’est pas très différente de notre histoire de voiture…
Peut-être qu’un autre passant s’est dit « tiens voilà un boiteux, je vais prendre un âne pour le transporter mais comme je n’ai pas d’âne je vais me le faire prêter par quelqu’un, pourquoi pas par l’Église réformée de Jérusalem ? »
Excusez-moi, j’ai encore oublié qu’à l’époque l’Église réformée n’existait pas encore et surtout pas à Jérusalem… mais en fait cette histoire d’âne n’est pas très différente de notre histoire de voiture…
Tiens voilà que je me répète… sans doute que devant ce boiteux à la porte du temple, ces deux attitudes se révèlent bonnes, utiles, parce qu’elles veulent l’une et l’autre améliorer le sort de ce boiteux, corriger un peu les effet de la malchance qui l’a fait naître ainsi. Nous avons donc trois attitudes possibles :
1. l’indifférence, préoccupé que l'on peut être d’une bonne prière
2. l’aumône pour s’acheter une bonne conscience avant d’aller prier
3. offrir une canne ou un âne pour améliorer le sort de ce malheureux.De ces trois attitudes, la troisième est évidemment la meilleure, celle à laquelle correspondent nos associations, Hôme Saint-Jean, Banque Alimentaire etc… J’irais jusqu’à dire que c’est l’attitude normale, minimum pour peu que l'on ait un peu d’humanité.
Mais revenons à Pierre et Jean :
« 4 Pierre, de même que Jean, fixa les yeux sur lui, et dit: Regarde-nous. »
Voilà quelque chose d’étrange : non seulement Pierre et Jean ont remarqué le boiteux mais surtout ils savent bien que le boiteux lui-même ne fait aucunement attention à ceux qui sont autour d’eux. Il se contente de demander son aumône mais sans même voir encore les gens qui lui donnent ou ne lui donnent pas. Il est tellement habitué à son sort qu’il a perdu le sens des autres et l’idée même qu’ils pourrait l’aider lui est devenue étrangère. Et bien des gens qui connaissent des difficultés de quelque sorte que ce soit ne voient justement même plus ceux qui sont à leurs côtés. Le désespoir peut parfois être si fort qu’on ne peut plus en détacher les yeux et qu’on ne pense même pas à faire appel à ses amis, à sa famille, voire même à son pasteur…
Et Pierre et Jean ne se sont pas posé la question d’une canne ou même d’un âne à lui offrir. Le première chose essentielle est de faire prendre conscience à ce boiteux qu’il n’est pas seul, qu’il n’est pas laissé à lui-même et à sa fatalité.
Mais bien évidemment il s’attend à recevoir une obole : 5 Et il les regardait attentivement, s'attendant à recevoir d'eux quelque chose. Mais ce n’est pas vraiment ce que Pierre et Jean avait prévu. C’est bien plus qu’une canne ou qu’un âne qu’il veulent lui offrir : 6 Alors Pierre lui dit: Je n'ai ni argent, ni or; mais ce que j'ai, je te le donne: au nom de Jésus Christ de Nazareth, lève-toi et marche. 7 Et le prenant par la main droite, il le fit lever. Au même instant, ses pieds et ses chevilles devinrent fermes;
« Je n'ai ni argent, ni or; mais ce que j'ai, je te le donne: au nom de Jésus Christ de Nazareth, lève-toi et marche». Quel défi pour notre Église aujourd’hui que de suivre un tel exemple ! comment pourrions nous un seul instant faire se lever et marcher un boiteux, impossible avec notre foi si souvent défaillante. Et pourtant ne devrions nous pas essayer ? pour prendre une formule un peu imagée, combien de personnes boitent dans notre entourage ? Pas spécialement de la jambe mais du cœur ou de l’âme, de la volonté ou de l’esprit. Combien qui vont à cloche-pied dans la vie parce qu’ils ont mal ? Combien qui finalement ne bougent plus parce qu’ils ne voient plus d’espoir ?
Aujourd’hui encore des miracles sont possibles. Ne pensez pas que je soit devenu illuminé et que je veuille maintenant vous guérir comme Pierre et Jean de toutes vos infirmités. Je crois profondément qu’il y a un miracle quand celui qui avait abandonné tout espérance retrouve la confiance. Quand celui qu’on avait abandonné à son triste sort se retrouve entouré. Quand celui à qui la vie pèse trop lourd est soutenu. Quand celui a qui la vie sourit avec son cortège de bonheurs et de joies est débordant à son tour.
Et subventionnés ou pas, finalement peu importe, ce n’est pas ainsi que nous attirerons le regard des vrais boiteux de notre société, de ceux qui ont vraiment besoin de nous. Nous ne ferions que plaire aux m’a tu vus et aux assoiffés de reconnaissance sociale. Notre rôle de chrétien n’est pas de cet ordre de l’argent ou de l’or mais bien plus de l’ordre de l’existence. Nous ne sommes pas là pour améliorer la vie ni la rendre plus supportable nous sommes là pour …
Mais pourquoi au fait ? À chacun d’entre nous de trouver la réponse : que donnerait-il s’il était à la place de Pierre « Je n'ai ni argent, ni or; mais ce que j'ai, je te le donne: au nom de Jésus Christ de Nazareth, lève-toi et marche ». La question est simple « qu’avons nous ? »