Pentecôte 98, Confirmations 1998, Saint Marc, Roland Kauffmann

Laetitia 1 et 2, Mathieu, vous voilà parvenus au terme de votre catéchisme. Aujourd'hui, l'Église, vos familles confirment qu'elles vous ont apporté un enseignement "religieux". Vos familles lors de votre baptême s'étaient engagés à vous apporter cette instruction, cette éducation spirituelle. De même l'Église s'était à l'époque engagée à vous accueillir, vous faire une place. Ces engagements ont été tenus. Aujourd'hui c'est à vous de prendre la parole et de dire ce que vous croyez, ce que vous pensez de Dieu et de la vie.

Vous avez eu un enseignement, à certains moments pénibles ( !), à d'autres joyeux. Un enseignement qui n'a pas visé qu'à vous inculquer des idées mais à partager avec vous une certaine manière de vivre et de voir les choses. Nous avons essayé de partager l'espérance et les commandements de Dieu. Nous avons essayé de lire ensemble la Bible, la Parole de Dieu.

Cette parole reste cependant un livre mort aussi longtemps que des hommes et des femmes (des jeunes gens ou des jeunes filles) ne se risquent pas à en vivre, à la faire vivre. À l'amour que Dieu a pour nous, il s'agit maintenant de répondre, de lui manifester votre amour pour lui. Mais cela ne se fait juste maintenant au cours de ce culte mais devra se manifester tout au long de votre vie.
Voilà pourquoi, les commandements ne sont pas des interdits, des normes juridiques, ou un ensemble d'obligations. Ils sont les promesses d'une vie autre, délivrée de toute servitude, orientée par l'espérance, régénérée par le souffle divin, fortifiée par la puissance spirituelle.

À bien les lire, on découvre que ces promesses unissent la connaissance de Dieu et la foi en Dieu. La Bible ne fait jamais la différence entre ce que dit Dieu et le fait de vivre avec Dieu, ne sépare jamais la théologie et l'éthique. Dire Dieu se vit et s'éprouve par la vie, l'action, la réflexion, le quotidien et tous ces actes habituels auxquels nous ne prêtons guère attention.

Les commandements définissent l'enjeu de toute la vie humaine comme de la vie de tout homme. Ils concernent l'homme dans toutes les facettes de sa personnalité. Ils ne peuvent qu'être au centre de tout homme, «en son cœur», et donc gouverner tout le reste. Tout le cheminement spirituel et théologique de l'homme est un effort permanent pour recentrer sa vie en ce centre que sont la parole de Dieu et sa traduction dans la vie de tous les jours. Toute la relation de foi entre l'homme et Dieu est toujours à construire, approfondir, ressourcer, tant il est bien vrai qu'aucune relation, qu'elle soit spirituelle, amicale, professionnelle, conjugale ou de voisinage, n'est à l'abri de hauts et de bas, de vicissitudes, d'éloignements et de rapprochements, de moments forts et de moments faibles.

L'éducation consiste justement à pourvoir l'enfant et futur adulte de références suffisamment fortes pour qu'il puisse marcher sur ce chemin de la vie sans en être emporté par son tourbillon, quand ce n'est par son injustice ou sa souffrance. Dieu offre ces références qui sont - on l'aura compris - bien autre chose que de simples valeurs d'ordre moral. Ces références doivent faire partie intégrante de toute éducation dispensée aux enfants, ainsi qu'aux adultes. Non pas pour en faire de bons chrétiens, présents à tous les cultes dominicaux, donateurs généreux envers leur Église, mais pour que leur vie soit illuminée !

Le catéchisme que nous avons essayé de vivre n'est pas une accumulation de connaissances dogmatiques sur Dieu, l'apprentissage de la foi, l'assimilation de vérités. Il est plutôt la découverte de promesses qui fonctionnent comme un miroir de notre vie, un vis-à-vis qui nous questionne et nous élève bien plus qu'il nous assomme de certitudes.

Je n'ai pas voulu vous donner de recettes ni de solutions toutes faites ni vous faire digérer une somme de connaissances, simplement tenter de semer quelque chose en vous, mais pour mieux comprendre écoutez cette histoire:
Une femme se voyait en rêve parmi les plus fabuleux magasins de la capitale. Toute surprise, elle découvrit Dieu lui-même derrière le comptoir le mieux fourni.
- Que vendez-vous donc ? lui demanda-t-elle.
- Tout ce que ton cœur désire, lui répondit Dieu
Emerveillée, la femme se décida à choisir les plus précieux joyaux qu'un être humain peut souhaiter :
- Je veux acheter la paix du cœur, l'amour, le bonheur, la sagesse et l'impunité contre toute crainte et toute angoisse.
Puis, en se reprenant elle ajouta :
- Pas pour moi seulement, mais pour tous les hommes.
Dieu sourit alors et lui dit :
- Je crois que tu te trompes, mon amie, nous ne vendons pas les fruits, mais seulement les semences.
 
C'est un peu cela, vous n'avez pas appris à vivre, vous n'avez pas appris ce que vous devez faire, vous n'obtenez pas aujourd'hui un certificat de bonne conduite, un label de qualité ou une quittance. Vous n'obtenez pas aujourd'hui la paix du cœur, vous ne possédez pas l'amour ni le bonheur ni la paix du cœur. L'on ne vous a pas injecté de vaccin contre les problèmes de la vie, ni fait ingérer de pilules qui vous rendrait plus fort. Mais quelque chose a été semé, qu'il vous appartient dorénavant de faire pousser.

Mais maintenant que vous reste-t-il à faire si vous n'êtes pas encore quitte ? Il vous reste à vivre et il faut convenir que ce n'est pas facile aujourd'hui alors qu'il semble ne plus y avoir de grand idéal à conquérir ni de grandes causes à défendre. Vous êtes amenés à vivre dans une société un peu tiède, morne et fatiguée où l'on nous rabâche tous les jours qu'il n'y a rien à faire, qu'il faut être réaliste, productif, compétent. Eventuellement si l'on veut faire quelque chose, l'on peut songer à militer dans une œuvre de charité ou humanitaire, l'on peut essayer de soulager la misère, les difficultés de la vie des autres. Mais dans la plupart des cas il ne faut espérer de grands changements. D'ailleurs il faut d'abord se préoccuper de soi-même et veiller à son avenir.

C'est vrai qu'il faut le faire mais aujourd'hui tout nous conduit à nous replier sur nous-mêmes en oubliant que si l'on perd les autres, l'on se perd soi-même. Car vous n'êtes rien par vous même, vous n'êtes rien, nous ne sommes rien tous seuls. Nous avons besoin des autres pour nous dire qui nous sommes, pour vivre tout simplement.

Il me semble que les hommes diffèrent moins par ce qu'ils ont en tête que par la façon dont bat leur cœur. Et vous en êtes aujourd'hui non à l'étape des réalisations concrètes mais au choix de la manière dont va battre votre cœur.

D'un côté, la résignation et l'acceptation de tout ce qui est, tel quel, sans réfléchir, "c'est comme ça !", considérer que ce qui est "nécessaire" est forcément bien, croire que le réalisme est la seule solution, accepter le fait établi et en faire même une valeur morale.

De l'autre l'insatisfaction permanente de ce qui est, ne jamais se contenter de ce que l'on a fait mais essayer de faire mieux, toujours se dire, et le croire, que le monde pourrait être meilleur si j'y met du mien. Oser rêver, avoir une utopie, plus haut l'on met la barre plus on a de chances de l'atteindre : en saut en hauteur, si l'on est capable de sauter 1,50m ; mettre la barre à ce niveau "facile" revient à stagner, il faut toujours la mettre un brin plus haut que ce que l'on est normalement capable de faire.

Si vous mettez la barre de vos rêves le plus haut possible vous irez loin (tant pis si vous n'atteignez pas la barre) tandis que si vous la mettez au raz des pâquerettes, vous n'irez pas bien haut
 
C'est en refusant de subir que passera votre vie, votre "destin", votre personnalité, votre âme en définitive. L'âme est la seule puissance qu'on ne peut nous enlever, qui ne peut se démoder. Qui perd l'âme perd la route. Il perdra son allant et ses idées aussi.

N'y a-t-il plus de causes à défendre ?

Bien sûr que si, qu'il s'agisse de l'exclusion de tous ceux dont notre société n'a plus que faire, de la résistance à tous les intégrismes chrétiens, religieux ou politiques, de la misère qui quoi qu'en disent les économistes se répand, les "causes" sont nombreuses, mais il n'y a qu'une question : Comment votre cœur battra-t-il ?