Jean 20/1-18 et les aveugles verront…
(Ésaïe 29/ 13-19)



 

Saint-Marc
15/04/01
PÂQUES 2001
 

Roland Kauffmann


Jean 20

1 Le premier jour de la semaine, Marie de Magdala se rendit au sépulcre dès le matin, comme il faisait encore obscur; et elle vit que la pierre était ôtée du sépulcre.
2 Elle courut vers Simon Pierre et vers l'autre disciple que Jésus aimait, et leur dit: Ils ont enlevé du sépulcre le Seigneur, et nous ne savons où ils l'ont mis.
3 Pierre et l'autre disciple sortirent, et allèrent au sépulcre.
4 Ils couraient tous deux ensemble. Mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre, et arriva le premier au sépulcre;
5 s'étant baissé, il vit les bandes qui étaient à terre, cependant il n'entra pas.
6 Simon Pierre, qui le suivait, arriva et entra dans le sépulcre; il vit les bandes qui étaient à terre,
7 et le linge qu'on avait mis sur la tête de Jésus, non pas avec les bandes, mais plié dans un lieu à part.
8 Alors l'autre disciple, qui était arrivé le premier au sépulcre, entra aussi; et il vit, et il crut.
9 Car ils ne comprenaient pas encore que, selon l'Écriture, Jésus devait ressusciter des morts.
10 Et les disciples s'en retournèrent chez eux.
11 Cependant Marie se tenait dehors près du sépulcre, et pleurait. Comme elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre;
12 et elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à la place où avait été couché le corps de Jésus, l'un à la tête, l'autre aux pieds.
13 Ils lui dirent: Femme, pourquoi pleures-tu? Elle leur répondit: Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis.
14 En disant cela, elle se retourna, et elle vit Jésus debout; mais elle ne savait pas que c'était Jésus.
15 Jésus lui dit: Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu? Elle, pensant que c'était le jardinier, lui dit: Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et je le prendrai.
16 Jésus lui dit: Marie! Elle se retourna, et lui dit en hébreu: Rabbouni! c'est-à-dire, Maître!
17 Jésus lui dit: Ne me touche pas; car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Mais va trouver mes frères, et dis-leur que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.
18 Marie de Magdala alla annoncer aux disciples qu'elle avait vu le Seigneur, et qu'il lui avait dit ces choses.
 
 

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“Le premier jour de la semaine, Marie-Madeleine se rendit au tombeau dès le matin, comme il faisait encore obscur; et elle vit que la pierre était enlevée du tombeau”
 

C’est lendemain de fête ce matin là à Jérusalem. La ville se réveille lentement après avoir célébré la Pâque. Dans toute les familles d’Israël, durant toute la semaine, l’on n’a pas mangé de pain levé mais uniquement du pain azyme et le septième jour a lieu un grand repas. Un agneau a été sacrifié et toute la famille est invitée à se souvenir. Se souvenir de quoi ? c’est justement ce que demande un enfant au cours du repas, le plus jeune fils se lève et demande au père de famille “Père, pourquoi n’avons nous mangé toute la semaine que du pain azymes et pourquoi aujourd’hui mangeons nous un agneau ?” Ainsi se perpétue le souvenir de la libération d’Egypte. Les Israélites ont dû s’enfuir en pleine nuit sans avoir le temps de préparer des provisions. Cette nuit là Dieu avait fait mourir tous les premiers nés d’Egypte, seuls les enfants Israélites avaient été épargnés. C’est la dernière des dix plaies qui a frappé le pays et c’est pourquoi  de nos jours encore, ils ne mangent que du pain azymes et sacrifient un agneau pour le jour de Pâque, l’agneau est une manière symbolique de sauver le fils aîné car il meurt à sa place en souvenir de cette nuit terrible.

Mais, cette année, s’est produit un événement un peu particulier, une crucifixion a eu lieu la veille du grand Jour, on a crucifié ce fameux Jésus qui se prétendait le Roi des Juifs, les prêtres et les Romains ont fait leur travail, ils ont purifié le pays de l’hérésie et l’on peut fêter en paix. Mais il y a au moins une maison où le cœur n’y est pas. Dans cette maison se trouvait les amis de ce Jésus. Pour eux, pas de fête mais uniquement le deuil, la tristesse. Ils n’osent pas se rendre au tombeau, ils sont Juifs malgré tout et ne peuvent se souiller. Ils attendent donc jusqu’au matin après la fête.

La vie recommence dans la ville alors que Marie-Madeleine monte au tombeau. Stupeur, on a enlevé la pierre et le tombeau est vide. Eh oui, elle croyait avoir touché le fond de la tristesse mais non, pire encore que la mort, quelqu’un a profané la tombe de Jésus. Le corps n’est plus là. Elle court chercher les hommes et nous retrouvons Jean, le témoin au pied de la croix, le disciple que Jésus préférait. Aussitôt tous ensemble, ils courent voir de leurs propres yeux, ils ne peuvent croire à cette humiliation suprême. Jean et Pierre entrent et ne voient rien d’autre que les bandelettes dont on avait entouré le corps. Les voleurs sont allés jusqu’à défaire l’embaumement rapide qu’ils s’étaient empressés d’effectuer et que Marie et les autres femmes venaient achever, on avait pris soin de rouler la serviette a part des bandes, les criminels sont étranges devait se dire Pierre. Jean nous dit que c’est à ce moment là qu’il a cru. “il vit et il crut”, Il est persuadé  que ce qu’avait annoncé Jésus s’est réalisé, il est ressuscité, il avoue en même temps qu’il n’avait encore rien compris.
 

4 Ils couraient tous deux ensemble. Mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre, et arriva le premier au sépulcre; 5 s'étant baissé, il vit les bandes qui étaient à terre, cependant il n'entra pas. 6 Simon Pierre, qui le suivait, arriva et entra dans le sépulcre; il vit les bandes qui étaient à terre, 7 et le linge qu'on avait mis sur la tête de Jésus, non pas avec les bandes, mais plié dans un lieu à part. 8 Alors l'autre disciple, qui était arrivé le premier au sépulcre, entra aussi; et il vit, et il crut. 9 Car ils ne comprenaient pas encore que, selon l'Écriture, Jésus devait ressusciter des morts. 10 Et les disciples s'en retournèrent chez eux.

Rappelez vous, Jean était resté au pied de la croix, convaincu que tout était fini, désespéré. Nul ne sait ce qui c’est passé dans sa tête à ce moment là, l’impossibilité d’accepter que la tombe a été profanée ?, une illumination soudaine ?, qui sait ? Pierre, en tout cas garde la tête sur les épaules. Il ne dit rien, lui ne comprend strictement rien à ce qui se passe, il n’a pas l’enthousiasme du jeune homme qu’est encore Jean. Pour ce qui est de Pierre, c’est en fait une incompréhension de plus. Lui qui déjà s’était fait remettre plus d’une fois à sa place, et plus particulièrement encore dans cette fameuse cour où avant même que la coq ne chante 3 fois, il avait renié son maître. Essayons d’imaginer dans quel abattement il devait être. Lui qui s’était déjà vu en chef des disciples. À l’inverse de Jean, lui n’a toujours rien compris, il n’y croit toujours pas. C’était déjà tellement difficile de croire quand Jésus était là, qu’il faisait des miracles et défaisait les raisonnements des prêtres. Il était là pour le rassurer, il pouvait croire mais maintenant les événements ont révélé à quel point cette foi fondée sur les miracles et les prodiges était une fois vaine et vide de sens. La difficulté de la foi s’impose à lui. Il comprend enfin qu’il ne peut y avoir de foi que fondée sur la parole. Cette parole que Jésus a prononcé, cette promesse de ne pas les abandonner. Et comment fonder sa vie sur cette promesse alors qu’il n’y a même plus de sanctuaire où venir lui rendre un culte.

“Et les disciples s’en retournèrent chez eux”. Une fois encore, l’histoire se finit là. Il y en a un qui croit et l’autre qui ne croit pas. Devant le tombeau vide nous sommes ramenés à nous mêmes. Tous nos préjugés, nos croyances sont là. Après l’avoir fait mourir, on vient de nous enlever le corps de celui que nous voulions vénérer. En effet, les Disciples auraient certainement voulu faire du tombeau un lieu de pèlerinage, comme pour tous les autres saints hommes qui sont apparus en Israël. Car, nous devons nous en souvenir, à ce moment là, Jésus n’est rien d’autre qu’un maître spirituel pour les disciples. Il leur a dit qu’il était le fils de Dieu ? oui, mais ils avouent eux-mêmes qu’ils ont du mal à y croire. Les juifs ont le tombeau d’Abraham, les chrétiens auraient eu le tombeau de Jésus. Remotiver (comme on dit aujourd’hui) le groupe des disciples aurait été bien plus facile avec ce culte du sanctuaire. Mais les plans s’effondrent, il n’y a plus que ces bandelettes, allez donc fonder un culte sur des reliques. Homme simple, Pierre sait bien que personne ne peut avaler de telles sornettes (quoique…).

Cependant Marie se tenait dehors près du sépulcre, et pleurait. Comme elle pleurait, elle se baissa pour regarder dans le sépulcre
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Pendant ce temps, Marie-Madeleine, elle aussi, est désemparée. Seule avec sa tristesse. Les autres sont partis avec leur questions ou leur foi toute neuve. Ce n’est pas à eux que la Vérité doit apparaître. Dans la solitude, dans les larmes, dans l’émotion, elle jette un dernier regard. Vous savez un de ces regards que l’on jette comme pour s’assurer que c’est bien vrai. C’est à elle et à nul autre que vont apparaître les anges. Ils étaient certainement déjà là, mais le tumulte des disciples ne devait pas leur convenir, ils ont attendu patiemment pour se montrer ou plutôt n’ont ils pas attendu que l’on puisse les voir ? Pierre et Jean ne voulaient voir rien d’autre que ce que leurs yeux pouvaient voir, il ne leur était pas venu à l’idée qu’il y avait peut être autre chose que de simples bandelettes sur le sol. Marie voit cette autre présence, le tombeau n’est pas vide, au contraire, Dieu lui même est présent, représenté par ses anges. Jean a cru parce qu’il a vu, Marie n’a pas besoin de voir mais c’est parce qu’elle croit qu’elle peut voir.

Jean qui croit au fond du tombeau, Pierre qui s’en va avec ses doutes, et Marie qui parce qu’elle croit peut enfin comprendre…

Simplicité féminine, imaginez que vous rencontriez des anges qui vous adressent la parole et en pleine conversation vous vous en détournez. Marie le fait car il ne lui vient pas à l’idée que les anges savent peut-être où est le corps. Elle est persuadée que ce sont des humains qui ont fait le coup. Et justement derrière elle se trouve un homme, c’est le Jardinier, lui sait peut-être ce qu’ignoraient les anges, il a peut-être vu les voleurs. Alors elle lui pose la question qu’elle n’a même pas jugé utile de poser aux anges “Monsieur, ou est-il, si vous l’avez rendez le moi”. Elle demande le corps.

Mais sa question est fausse, il suffit que l’homme lui parle, l’appelle par son nom, Marie, pour qu’immédiatement elle le reconnaisse, c’est lui. Il est là face à face avec elle. C’est donc bien vrai, ce qu’il avait dit s’est donc réalisé, il est vraiment ressuscité ? Elle veut toucher pour croire, se jeter dans ses bras sans doute. Mais non, il refuse, elle doit se contenter de ses yeux. Elle qui croyait assez pour voir les anges mais pas pour leur poser des question doit maintenant apprendre à croire avec ses yeux.

C’est là le premier témoignage que nous avons, la première personne à qui Jésus s’est montré, cette femme simple, faible parmi les faibles. Il aurait pu se montrer à tous les disciples, pourquoi a-t-il choisi de ne se montrer qu’à elle ? Jean est d’ailleurs le seul à nous raconter cette rencontre de Jésus et de Marie-Madeleine. Apparemment, lui seul y a cru certainement. Dans les autres évangiles, ce n’est pas Jésus qui se révèle mais ce sont les anges qui parlent et qui disent que Jésus est ressuscité et à chaque fois ce sera pour dire, “il n’est pas ici mais il vous attend en Galilée”. Dans le récit de Jean, c’est Jésus qui parle et les anges qui se taisent, d’ailleurs on ne leur demande rien.

C’est peut-être là pourquoi, il ne s’est montré qu’à Marie. Les Disciples voulaient du sensationnel, du fantastique, du surnaturel, de l’extraordinaire. À eux les Anges ont parlé. À elle, c’est l’homme qui parle. Dans la simplicité, dans la tendresse, dans le calme se crée la foi de Marie. Le récit que Jean fait de la résurrection est le seul qui ne met pas l’accent sur le surnaturel. Les anges sont là, mais parce qu’il ne sait pas comment rendre compte autrement de cette révélation. Jean est des évangélistes celui qui prête, le moins d’attention aux miracles en général. Sans doute parce qu’il connaît le cœur des hommes souvent plus prompt à croire les fables miraculeuses qu’une parole. Et qu’il connaît aussi la prophétie d’Ésaïe, prophétie où justement les miracles et les merveilles ne sont là que pour séduire le cœur des orgueilleux qui croient tout comprendre sous prétexte que les anges s’adressent à eux. Le Seigneur dit: Quand ce peuple s'approche de moi, Il m'honore de la bouche et des lèvres; Mais son coeur est éloigné de moi, Et la crainte qu'il a de moi N'est qu'un précepte de tradition humaine. 14 C'est pourquoi je frapperai encore ce peuple Par des prodiges et des miracles; Et la sagesse de ses sages périra, Et l'intelligence de ses hommes intelligents disparaîtra. (Ésaïe 29, 13-14)

Ceux à qui la parole est adressée, ce ne sont pas les sages ni les intelligents imbus de leur propre sagesse et de leur intelligence. Pour ceux là, les miracles suffisent à les embrouiller. Tant pis pour eux, de toute façon leur foi n’est que des lèvres, le cœur n’y est pas ! Tandis que la vraie révélation, Ésaïe l’annonçait devait être aux humbles, aux pauvres parmi les humains. À ceux dont la condition ne permet même pas d’espérer rencontrer des anges et encore moins comprendre les secrets du plan de Dieu. « En ce jour-là, les sourds entendront les paroles du livre; Et, délivrés de l'obscurité et des ténèbres, Les yeux des aveugles verront. 19 Les humbles se réjouiront de plus en plus en l'Éternel, Et les pauvres parmi les humains feront du Saint d'Israël le sujet de leur allégresse » (Ésaïe 29 , 18-19).

Et qui est à ce moment là plus humble, plus pauvre parmi les humains que Marie ? Qui est la plus prête à abandonner la quête de l’irrationnel au point de ne même pas prêter attention aux anges ? Si non Marie ? C’est là qu’elle a compris que pour elle aussi c’était la fête. Comme Dieu avait libéré Israël d’Egypte, Dieu venait de libérer Jésus de la mort elle même. Comme les Juifs sacrifient un agneau pour racheter symboliquement leur premier né, Dieu venait de racheter son Propre Fils. Fête plus forte encore car le fils, cette fois, était réellement mort. Il est mort comme un homme et ce n’est pas un dieu qui ressuscite mais bel et bien un homme en chair et en os, que l’on pourrait toucher, un homme qui ne parle plus de “disciples” mais de “frères” qu’il faut aller prévenir. C’est à nous de continuer la tâche de Marie, à nous d’aller dire à ceux qui sont nos frères qu’il est ressuscité. À nous d’abandonner les miracles et les merveilles pour ne plus nous confier qu’en la parole, parole faible et sans apparence et pourtant plus forte que les plus solides tombeaux.

Amen
 
 


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