Éphésiens 5, 22-33
De la soumission à l’amour
 
 
 
 
Saint-Marc
Noces d’or des époux Schurder
18/8/01
 

Roland Kauffmann


22 Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur;
23 car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l'Église, qui est
     son corps, et dont il est le Sauveur.
24 Or, de même que l'Église est soumise à Christ, les femmes aussi doivent l'être à
     leurs maris en toutes choses.
25 Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l'Église, et s'est livré lui-même
     pour elle,
26 afin de la sanctifier par la parole, après l'avoir purifiée par le baptême d'eau,
27 afin de faire paraître devant lui cette Église glorieuse, sans tache, ni ride, ni rien de
     semblable, mais sainte et irrépréhensible.
28 C'est ainsi que les maris doivent aimer leurs femmes comme leurs propres corps.
     Celui qui aime sa femme s'aime lui-même.
29 Car jamais personne n'a haï sa propre chair; mais il la nourrit et en prend soin,
     comme Christ le fait pour l'Église,
30 parce que nous sommes membres de son corps.
31 C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et
     les deux deviendront une seule chair.
32 Ce mystère est grand; je dis cela par rapport à Christ et à l'Église.
33 Du reste, que chacun de vous aime sa femme comme lui-même, et que la femme
     respecte son mari.
 
 

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Ce texte de Paul que nous venons de lire est sans aucun doute l’un de ceux les plus controversés. On hésite souvent à l’employer, particulièrement pour les mariages. Bien qu’il y soit question précisément des relations de l’homme et de la femme, on n’ose pas trop en parler. Parce qu’il fait bondir : « femmes soyez soumises à vos maris ! » et voilà qu’aujourd’hui une telle parole sonne comme une provocation. Il ne peut plus être question de nos jours de parler de soumission des épouses à leurs maris, mais la bible le dit quand même.

Certes c’est dans la bouche d’un vieux célibataire qui ne sait pas de quoi il parle. Bien des gens aujourd’hui essaient de comprendre ce texte d’une manière « moderne », et surtout pour que l’accusation de « ringardise » qu’on pourrait appliquer à ce texte ne tombe pas sur la tête de l’Église. « Certes le texte est un peu dur mais nous aujourd’hui nous sommes devenus beaucoup plus tolérant ». On a même dit pour essayer de le faire passer que Paul était misogyne, que c’est bien dommage mais aujourd’hui nous sommes respectueux des femmes alors gommons toute idée de soumission et passons à autre chose. Certains même, toujours pour faire accepter ce texte prétendent que lorsque Paul parle de « soumission », il entend simplement une sorte d’obéissance formelle de la femme envers son mari, en fait le terme serait mal choisi, ce n’est pas ce qu’il a voulu dire, etc…

Toutes tentatives parfois pitoyables pour essayer de sauver la mise d’un texte que nous ne pouvons plus accepter aujourd’hui, sauf à passer pour d’incorrigibles nostalgiques d’une époque révolue où l’homme commandait et la femme obéissait sans discuter. Les choses devaient en être bien plus simples (je suis sûr que les hommes seront d’accord avec moi, excusez moi mesdames !). Il ne faut pas essayer d’affadir ce texte par des artifices de langage. Paul parle bien de soumission, pas de respect. Et pour lui, c’est d’une soumission absolue, exactement comme on le voit aujourd’hui encore dans certaines sociétés méditerranéennes. Paul est un homme de l’antiquité, et il ne peut pas concevoir autrement les relations des hommes et des femmes que ne le font tous les autres hommes de son temps. N’essayons par de changer l’apôtre, mais comprenons que c’est nous qui avons changé !

 En fait si je l’ai choisi pour cette occasion particulière des vos noces d’or, c’est parce que vous, vous pouvez mieux le comprendre que n’importe qui d’autre.

En effet après plus de cinquante années de vie commune, vous savez mieux que d’autres ce que sont ces enfants terribles : l’amour et la soumission. Parce que vous savez bien que dans un couple, il ne peut y avoir de soumission aveugle de l’un par rapport à l’autre, vous savez bien qu’il faut toujours composer avec l’autre, faire des compromis. Vous savez, fort de ces cinquante années que finalement le couple se construit petit à petit. Qu’au moment du mariage, il n’est pas fait, pas terminé mais qu’il reste encore à construire. Le mariage est un début jamais une fin. En même temps, à l’époque où vous, vous vous mariés, les choses étaient bien différentes qu’aujourd’hui. Car à l’époque on entendait bien les paroles de Paul et nul ne songeait à les discuter : il fallait bel et bien que la femme soit soumise à son mari, il est le chef de famille et il fallait  lui obéir. Je ne veux pas faire un tableau noir du passé, mais dans les années cinquante, Madame était plus attendue du côté de la cuisine et des enfants qu’au bureau ou à l’atelier. Et c’est cela qui a fondamentalement changé et de cette transformation des mœurs vous en êtes, Christel et Oscar les témoins privilégiés. Tout au long de ces années, vous avez assisté à un bouleversement des familles. Ce qui était établi depuis des siècles n’avait plus cours, voilà que les femmes revendiquent, n’acceptent plus la soumission.

Le drame de bien des couples qui en viennent à se déchirer est souvent là. On vit avec une certaine conception du monde et la réalité vient l’ébranler. On garde cette idée de la femme à la cuisine et on la refuse, viennent alors les conflits et les séparations. Parce qu’en même temps l’homme y tient plus qu’il ne le dit à cette conception ancienne. Pour bien des hommes, leur liberté semblait être un droit acquis et indiscutable. Liberté de sortir, d’aller au bistrot, voire de faire un tour dans d’autres nids d’amour. Toutes choses interdites aux femmes et qu’elles ont du conquérir durement.

Il ne saurait être question d’un retour en arrière, ce que les femmes ont acquis, qu’elles le gardent. Mais essayons de tirer quelque chose de ce texte finalement.

Paul part de la situation normale et acceptée des relations familiales de son temps. La femme est soumise, obéissante, c’est le premier point. À cette soumission volontaire, acceptée comme on accepte le couteau sous la gorge, doit répondre l’amour du mari. C’est bien le moins qu’il prenne soin de celle qui ne dépend plus que de lui. On a souvent pensé que c’était l’invention de Paul, de parler d’amour, il n’en est rien ! c’est oublier que pour lui l’amour conjugal est une affaire d’entretien, il n’est pas question de tendresse, de désir, d’affection, de sentiments. Mais bon il nous dit « aimez vos femmes », c’est le second point.

L’originalité de Paul, c’est d’utiliser l’image du couple tel qu’il le voyait de son temps pour décrire la relation de l’homme avec Dieu. L’homme est par rapport à Dieu comme la femme par rapport à son époux et vice-versa ! C’est là qu’est la nouveauté de l’Évangile. Car même si cette relation conjugale ne nous convient plus, il faut se rendre compte de la proximité de l’homme et de Dieu. Des relations fondées sur l’interdépendance, la réciprocité. Écoutons ce que dit Paul de Dieu à partir de ce qu’il dit du mari : « celui qui aime sa femme s’aime lui-même ». Si on va au bout de l’analogie : quand il dit « le mari doit aimer sa femme comme lui-même », il dit en même temps : « Dieu aime l’homme comme lui-même ». et c’est ça qui est nouveau.

Car il faut arrêter de considérer l’homme et Dieu comme toujours en conflit, comme si l’un ne pouvait vivre qu’au prix de la mort de l’autre. Il faut arrêter de voir Dieu comme le super patron, le super chef de l’univers, le super décideur de nos vies. Au contraire, Paul part du principe que l’homme et Dieu sont en couple, unis l’un à l’autre comme le sont l’homme et la femme. Dépendant l’un de l’autre comme le sont mari et femme. Pas d’époux sans épouse et réciproquement, pas de Dieu sans l’homme et pas d’homme sans Dieu, de la même manière. C’est cela qui se trouve derrière ces formulations un peu étranges où le Christ et l’Église sont présentées comme mari et femme. Souvenez vous que bien souvent Jésus a utilisé l’image de l’époux dans des paraboles.

Paul prend l’image de la situation de son temps pour décrire les relations de l’homme avec Dieu. Aujourd’hui, nous avons le choix : soit se dire qu’il faut absolument se conformer à ce modèle de relations pour être dans la ligne de la foi, il faut vivre comme il y 2000 ans : que la femme soit soumise à son mari et que l’homme soit soumis à Dieu, qu’il en attende tout comme d’un maître absolu ayant droit de vie ou de mort. Soit nous pouvons avoir le même courage que Paul et comparer notre situation par rapport à Dieu avec la réalité des couples d’aujourd’hui. Des couples qui vont bien s’entend, pour une image on utilise toujours l’idéal qui n’existe pas.

De la même manière qu’aujourd’hui dans un couple, il ne peut exister de relation basée sur la domination, l’exploitation, la soumission mais uniquement basée sur le respect mutuel. Les conjoints ne sont plus aujourd’hui un maître avec une servante mais deux partenaires qui d’un commun accord mènent leur barque, construisent petit à petit un couple, puis une famille, qui sont prêts parfois à s’opposer. De la même manière et pour reprendre l’image de l’apôtre, l’homme et Dieu qui ne sont plus tant un Seigneur et un Serviteur mais eux aussi deux partenaires de la vie. L’homme et Dieu n’hésitent sans doute pas à se quereller mais l’un et l’autre se respectent.

L’évolution dont vous avez été témoins, Oscar et Christel, ne doit pas être vue de manière négative, comme un relâchement des mœurs, un laisser-aller général mais bien plus comme l’image d’une nouvelle compréhension de Dieu lui-même. Si nous pouvons sans peine imaginer que l’homme obéisse à Dieu, lui soit soumis dans la crainte et le tremblement, qu’il ait l’attitude féminine évoquée dans le texte, nous semble normal. Mais imaginer au contraire que Dieu nous respecte, nous considère comme ses égaux, exactement comme le font aujourd’hui les conjoints peut nous sembler plus difficile à accepter. C’est une autre image de Dieu. Mais réfléchissons un peu, qui pourrait aujourd’hui accepter de Dieu, ce que nous n’acceptons même plus d’un homme ? L’homme qui aujourd’hui traiterait son épouse comme on le faisait du temps de Paul, comme une servante, serait la risée de tous. De même, ne regardons plus Dieu comme un maître insensible et indifférent à notre égard mais comme un époux attentionné, fidèle, serviable et disponible. Finalement comme un époux qui aime son épouse.

Ce n’est jamais qu’une image mais que chacun d’entre nous peut comprendre parce que nous savons tous ce que c’est qu’aimer. Même si nous n’y parvenons pas forcément, nous savons ce qu’est l’idéal d’une vie de couple. Pour compléter cette image, il faut y inclure un élément essentiel que vous possédez, Oscar et Christel : la durée. C’est le temps qui passe qui éprouve la plus ou moins grande solidité de la barque du couple. Et si il y a quelque chose dont votre jubilé est le signe, c’est d’avoir supporté ensemble et solidement ces cinquante années de vie commune. Supporter non pas au sens d’une punition mais de la même manière que le poteau tient le fil : se tenir l’un l’autre.

Que Dieu vous accompagne sur votre chemin et bénisse vos jours.
 
 

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