Marc 13, 31-37
Garder la maison…
culte avec catéchumènes
 
 
 
 
Saint-Marc
25/11/01
 

Roland Kauffmann


31 Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point.
32 Pour ce qui est du jour ou de l'heure, personne ne le sait, ni les anges dans le ciel,
     ni le Fils, mais le Père seul.
33 Prenez garde, veillez et priez; car vous ne savez quand ce temps viendra.
34 Il en sera comme d'un homme qui, partant pour un voyage, laisse sa maison, remet
     l'autorité à ses serviteurs, indique à chacun sa tâche, et ordonne au portier de
     veiller.
35 Veillez donc, car vous ne savez quand viendra le maître de la maison, ou le soir,
     ou au milieu de la nuit, ou au chant du coq, ou le matin;
36 craignez qu'il ne vous trouve endormis, à son arrivée soudaine.
37 Ce que je vous dis, je le dis à tous: Veillez.
 
 

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Une manière assez originale de passer ses vacances consiste à garder des villas dans le sud de la France par exemple. Pendant les mois d’été, on peut ainsi passer d’agréables moments dans un cadre parfois luxueux, en veillant simplement à ce que les choses restent dans l’ordre, que la maison soit bien rangée et qu’en cas de problèmes on le règle le plus rapidement possible. Cela ne vas pas forcément sans angoisse, des amis m’ont raconté récemment avoir fait cela pour quelques jours, et malheureusement la piscine a tourné en raison des orages. Ils n’ont pas pu lui redonner sa pureté originelle. Bien sûr que ce n’était pas grave mais quand même ils avouent avoir été gênés quand leurs amis sont rentrées.

Moi même lorsque j’étais à peine plus âgé que nos catéchumènes, on m’avait confié une maison. Et pour tout dire une belle maison, c’était le presbytère de mon pasteur de l’époque qui était parti en vacances aux Etats-Unis. Quelle aubaine pour le jeune étudiant que j’étais alors. J’allais à la faculté et ensuite je rentrais dans ce qui allait être mon domaine pour trois belles semaines. Les fêtes pouvaient se succéder, l’essentiel étant que rien ne se remarque et que les paroissiens ne se demandent pas ce qui passe. Tout allait très bien, ce fut un très beau séjour. Et rien n’était arrivé. Voilà le jour du retour de mon pasteur et alors que je fais le tour de la maison pour m’assurer que tout va bien, catastrophe, je découvre quelque chose que je n’avais pas remarqué pendant les trois semaines et qu’il était impossible de faire disparaître en si peu de temps.

En étais-je responsable ou pas, je n’en sais d’ailleurs rien. Sans doute que ça datait d’avant moi, ou alors c’était le fait de l’un ou de l’autre copain qui passait souvent. Je n’en sais rien. Ce dont je me souviens bien par contre, c’était de ma confusion. Je n’en ais bien sûr pas parlé. Et le pasteur non plus d’ailleurs… mais à partir de ce moment sa femme me regardait d’un sale œil… et il va sans dire qu’ils ne m’ont plus jamais confié leur presbytère.

Cette anecdote montre bien ce qui se passe dans l’image qu’utilise Jésus pour parler à ces disciples de leur situation dans le monde où ils vivent. Jésus parle à ses disciples, bien sûr mais à travers eux il ne faut jamais oublier que c’est de nous qu’il est question puisque nous sommes les successeurs des disciples. Jésus se met dans la peau de mon pasteur qui s’en va loin, en voyage d’affaire, et confie son presbytère à un jeune paroissien de confiance. Jésus s’en va et confie sa maison, le monde à ses disciples en qui il a la plus grande confiance.

C’est intéressant à plusieurs niveaux.

D’abord parce que c’est une très belle conception du monde que de le prendre pour la maison de Dieu. Jésus quand il parle ici coupe avec toute une tradition de mépris et de rejet du monde. En général, les saints des religions doivent se préserver des souillures du monde, rechercher la pauvreté, l’oubli de soi, renoncer au monde d’une manière générale. Ou encore ils doivent être en conflit contre le monde qui est mauvais, ils doivent se battre contre lui, c’est la source de bien des malheurs très actuels… À l’inverse les saints que nous sommes à la suite des disciples de Jésus sont dans le monde comme dans une maison dont ils doivent veiller à l’entretien. Chacun y a sa tâche, le maître de l’histoire s’en va en donnant son travail à chacun des serviteurs. Il ne faut donc pas se détacher du monde mais bien au contraire s’y plonger, faire le ménage, réparer les dégâts éventuels, entretenir la maison d’une manière générale. C’est déjà une vision positive de la vie, des choses, du monde en lui-même. Un monde qui est aussi important aux yeux de Dieu que peut l’être une maison pour nous.

Ensuite dire que le monde est la maison de Dieu, c’est finalement dire qu’il n’y a rien d’autre à faire ailleurs que dans cette maison. Inutile de se soucier de l’endroit où se trouve le propriétaire, ni même de se demander ce qu’il est en train de faire. Chaque serviteur à une mission, à lui de l’accomplir sans demander des comptes à ce fait le maître, et sans regarder si l’autre serviteur fait son travail ou pas. Ce qui compte c’est que chacun d’entre nous fasse ce qu’il doit faire et qu’il le fasse du mieux possible en fonction des circonstances. Que le monde soit la maison de Dieu signifie aussi que nous devons embellir cette maison de la même manière que nous le faisons pour des hôtes de marque. Faire en sorte qu’elle soit la plus belle possible, la plus accueillante possible.

Troisièmement ce qui compte, c’est que le maître nous fasse confiance. À nous, à vous, à moi, à toi. Et pourtant Dieu sait, c’est le cas de le dire, que nous ne la méritons pas forcément. Et à voir le monde que nous construisons on pourrait se dire qu’effectivement nous ne sommes pas dignes de cette confiance. Mais je crois qu’il faut aussi arrêter de se dénigrer sans cesse, de se plaindre sans arrêt sur les malheurs du monde et de notre vie. La guerre, la maladie, la souffrance sont des choses aussi naturelles qu’un coucher de soleil. S’il ne faut pas se leurrer et se cacher les problèmes du monde, de la maison que nous sommes chargés de garder, il faut aussi voir tout ce que nous avons déjà réussi à réaliser depuis le temps de Jésus. Combien de maladies ont disparus ? Combien d’enfants ne sont pas morts de faim, de froid ou de la guerre. Nous devons cesser de croire que notre monde actuel est terrible en idéalisant le temps de Jésus et des apôtres. En ce temps, la vie était au combien plus cruelle et difficile qu’aujourd’hui. Nous avons tendance à oublier tout cela en oubliant en même temps la chance que nous avons de vivre aujourd’hui plutôt qu’hier.

Dernière chose importante dans cette image, c’est que nous ne sommes jamais que des locataires de cette maison du monde. Ou plutôt des occupants à titre gratuit, ou encore plus précisément nous ne sommes jamais que des serviteurs. Nous pouvons bénéficier de tout le confort de la villa en l’absence du maître, nous baigner dans la piscine, faire des fêtes dans le salon, mais ne jamais oublier que cette maison, ce monde n’est pas notre propriété. Que nous ne sommes pas libres d’en faire n’importe quoi, ce que nous voudrions en faire. C’est ce qu’essayent de dire par exemple les écologistes lorsqu’il parlent de notre responsabilité envers « les générations futures ». C’est le commandant Cousteau qui en a parlé le premier. L’idée est bonne que d’insister ainsi sur la responsabilité que nous avons de préserver le monde et la nature pour que nos enfants puissent en profiter également. Mais, en fait, nos enfants ne sont pas plus que nous propriétaires de la terre.

Eux aussi auront à y veiller en attendant que le maître revienne ! Mais justement quand reviendra-t-il ? Tout le problème est là. Certains craignent ce retour en voyant des images de feu, de tonnerre et de destruction, la fin du monde. Mais pourquoi le maître quand il reviendra, détruirait-il sa maison sous prétexte que nous l’aurions mal entretenu ? Dieu serait-il idiot ? En même temps il est étrange de constater que ceux qui ont le plus peur de ce retour, ceux qui y voient la grande apocalypse, sont souvent les mêmes qui sont les plus fidèles dans leur travail de gardiens de la maison. Et qu’à l’inverse ceux qui ne pensent jamais à la fin, vivent comme si leur propre vie devait être éternelle sont souvent ceux qui ne se préoccupent pas de notre maison commune qu’est le monde.

C’est tout l’intérêt d’étudier la bible que de se rendre compte en lisant le dernier livre, l’apocalypse justement, que la fin des temps ne sera pas une catastrophe cosmique, une explosion. L’apocalypse montre aux croyants qu’ils n’ont rien à craindre de l’avenir, qu’ils n’ont aucune raison d’avoir peur pour leur vie. Il s’agit de nous encourager dans notre action quotidienne. Les premiers chrétiens ne pouvaient pas savoir quel serait le destin de leur nouvelle religion, ils étaient obligés de rompre avec leurs familles, leurs amis, leurs métiers. Ils étaient souvent exposés à des difficultés pour trouver un travail en raison de leur foi. Ceux qui entendaient le livre de l’apocalypse, comme ceux qui entendaient les premiers cet évangile de Marc se demandaient si ça valait bien la peine de souffrir ainsi ou s’ils ne devaient pas plutôt tout laisser tomber. Finalement à quoi bon tout ça ?

C’est finalement toujours la même question, à quoi bon ?

Quel est l’intérêt de la foi chrétienne ? Ne vaudrait-il pas mieux faire comme si de rien n’était et chercher à construire sa vie de la manière la plus plaisante qui soit ? À quoi sert-il de se torturer l’esprit pour vivre l’évangile fidèlement ? Toute une série de questions d’aujourd’hui auxquelles Marc veut répondre par cet encouragement. Il le fait sans doute sous la forme d’un avertissement mais en fait ce n’est pas pour nous juger et encore moins nous condamner. Au contraire, lorsqu’il nous dit « Veillez », ce n’est pas tant un ordre qu’une espérance. « Ne vous inquiétez pas, faites ce que vous avez à faire, de la manière dont vous pensez devoir le faire mais ne vous lassez pas de faire le bien, faites le autant qu’il vous est possible, selon vos moyens ».

Car le retour du maître, c’est demain, il est proche. Vous me direz que cela fait 2000 ans qu’on l’attend et qu’on en voit toujours rien venir. Mais le retour du maître n’est-ce pas chaque fois qu’une vie se reconstruit, chaque fois que nous sommes réellement fraternels, réellement concernés les uns par les autres ? C’est une vision qu’il faut avoir, celle de l’homme placé devant Dieu et qui, à cause de cela ne peut jamais, où qu’il soit, quoi qu’il fasse, être méprisé, nié, humilié. Le retour du maître se fait chaque fois que l’homme est reconstruit, remis debout, regardé comme un frère.

Le maître de maison nous a confié une tâche ! À nous de nous montrer dignes de sa confiance.

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