Mais n'ayez crainte ce n'est pas de cela que je veux vous parler ce matin : ce préliminaire sur ma tolérance en général n'a d'autre but que de vous rassurer. En effet ce matin, il va me falloir critiquer fortement nos frères catholiques. Rassurez-vous il ne s'agit pas d'un problème personnel avec nos paroisses voisines mais de quelque chose de bien plus large car nous voilà, pardonnez-moi l'expression "dans de beaux draps".
Car c'est d'un drap dont je voudrais vous parler ! Pas n'importe lequel
bien sûr mais celui qui est réputé avoir enveloppé
le corps du christ, celui que l'on appelle le "saint" suaire. Vous en avez
certainement entendu parler par le passé mais aujourd'hui il refait
partie de l'actualité. Car il est actuellement exposé dans
la cathédrale de Turin jusqu'à la fin juin. Puis il sera
rangé avant d'être à nouveau exposé pour le
jubilé de l'an 2000. Jubilé dont le pape Jean-Paul veut faire
l'apothéose de son règne et qui devrait attirer en Italie
et à Rome plus particulièrement des
millions de "fidèles". Or qu'en est-il de ce fameux "suaire"
?
C'est un faux sans contestation possible : toutes les preuves sont rassemblés pour affirmer cela, la science l'a prouvé, les documents historiques le confirment et le bon sens également. Et pourtant, l'Église Catholique veut nous faire croire et faire croire à des millions de fidèles que la science se trompe, que les documents historiques qui parlent de ce linceul sont des faux et que c'est renier la foi que de douter de son authenticité. Quelle mouche a bien pu piquer les catholiques ? On pensait qu'ils avaient fait une croix sur le culte des reliques et des images et voilà qu'ils reviennent à la charge et voilà pourquoi nous devons y réfléchir.
Tout d'abord le fait de contester la réalité scientifique
et historique. C'est en 1988 qu'une datation au carbone 14 établit
que le drap date du 14e siècle et à cette époque l'Église
accepte les conclusions de la science. Mais aujourd'hui on met en doute
ces résultats sous des prétextes trompeurs : l'on dit que
la datation ne peut être exacte car le tissu a été
altéré par les incendies, ce qui a modifié sa composition.
L'on dit qu'il contient des pollens d'origine palestinienne et bien d'autre
choses (une marque de pièce de monnaie d'époque etc…). Mais
où la science apporte des mesures, des preuves, les contestataires
apportent leurs convictions ou leurs estimations, l'un deux a même
déclaré que d'après ses propres calculs il y une chance
sur 200 milliards que ce ne soit pas le drap du christ et ils voudraient
que l'on croit à leurs calculs plutôt qu'à ceux qu'ils
appellent des "créatures sous l'influence de Darwin".
En réalité regardons les choses en face, si le suaire
est faux personne n'ira le voir au moment du jubilé, s'il est authentique
au contraire la manne des pèlerins tombera dans l'escarcelle de
l'Église. L'on sait comment les Réformateurs ont condamné
"ce souk de la foi", cette manipulation commerciale.
D'autre part, l'on critique également les documents historiques que l'on possède. Selon ces documents le drap a été offert à une collégiale par le fondateur du lieu. Ce drap a été peint de main d'homme, c'est une œuvre d'art, de décoration. La confession du peintre est à notre disposition consignée dans les écrits de l'évêque de l'époque. Par la suite le doyen de la collégiale en fit une relique à adorer. Les évèques, le roi de France et le pape Clément VII interdiront toute adoration du drap et diront tous que le linceul n'est pas le drap qui a entouré le Christ.
Et pourtant malgré tout ces témoignages écrits
et disponibles ; là encore l'on veut nous faire croire que ces documents
sont faux et que n'est vraie que la légende selon laquelle le drap
aurait été recueilli par les femmes dans le tombeau puis
transporté à Edesse un port de la mer noire.
Il n'y là qu'un argument pour démonter la légende,
si les femmes avaient trouvé ce drap, nul doute que les évangiles
nous en parleraient.
Mais ce qui est grave dans cette affaire, c'est le droit que s'arroge l'Église catholique de manipuler, de "réviser" l'histoire. La vérité ne lui convient pas ? Alors on la change ! Porte ouverte à tous les révisionnismes historiques, changer l'histoire de "drap de Lirey" équivaut à se donner le droit de changer l'histoire de France, l'histoire de l'Église, l'histoire de l'Holocauste nazi. Toutes ces manipulations de l'histoire qui veulent faire croire que les chambres à gaz n'ont jamais existé ou que le drap est bien du Christ sont à condamner et à rejeter comme les pires perversions de l'esprit.
Certains catholiques un peu gênés expliquent que même si le drap est inauthentique, il peut néanmoins être une aide à la foi, soutenir celle-ci et peut-être amener de nouvelles conversions. Il aurait donc le même rôle qu'une œuvre pieuse comme une autre. Et pour ne pas décourager ces fidèles, il ne faut pas introduire le doute en leur esprit : s'ils croient que le suaire est vrai, ne faisons rien contre. En Italie, les protestants, particulièrement les Vaudois sont régulièrement critiqués par les milieux catholiques car dans leur prétention à dire la vérité, les Vaudois sont accusés de vouloir troubler la foi simple des petites gens.
Mais nous voilà dans un domaine réellement spirituel :
il nous faut affirmer que l'on ne peut prétendre annoncer l'Évangile
à partir du mensonge. On n'a pas le droit d'essayer de consolider
la religion en maintenant les gens dans l'erreur sous prétexte qu'elle
arrange l'Église.
Il nous faut avoir le courage de la vérité même
si elle ne correspond pas à nos intérêts à court
terme. La fin ne justifie pas le moyens et même si l'on prétend
que l'adoration du suaire peut ramener à la foi, il faut rejeter
ce procédé car que sera une foi fondée sur le mensonge
? Une idolâtrie et un blasphème rien de moins ! L'on ne peut
travailler au royaume de Dieu en utilisant des méthodes qui lui
sont fondamentalement étrangères.
De plus, le type de spiritualité véhiculée par les tenants de l'authenticité du drap est contraire à l'Évangile. Le Christ ne peut être présent dans l'Église et dans la foi que par sa parole et son esprit, jamais par une image ou une relique. Paul lui même avec tout son zèle missionnaire se moquait bien du Jésus selon la chair (2 cor 5, 16) il savait que peu importait la tête que pouvait avoir Jésus, seule compte sa parole.
Aujourd'hui l'on fait la queue pour admirer un mensonge, il faut réserver sa place pour un spectacle de quelques secondes. Sous prétexte de la désaffectation de la foi, l'on en est venu à faire de celle-ci un spectacle, il faut montrer, il faut ébahir, il faut être superstitieux. Faire appel au plus bas instinct religieux de l'homme qui aime bien croire au surnaturel, aux miracles et autres trompe-l'œil. L'on galvaude ainsi la foi ainsi que la grâce de Dieu. Lorsque le cardinal Saldarini, cardinal de Turin, décide qu'il suffit de "venir" à Turin et de s'y confesser avant le 14 juin pour que les femmes ayant avorté ne soient plus excommuniés, il ne fait seulement un commerce honteux mais il prétend être le maître de la grâce de Dieu, être capable de régler la miséricorde divine selon son bon vouloir.
Alors n'en déplaise à nos amis catholiques, nous ne pouvons que rejeter ces pratiques indignes de l'Église et en appeler à leur bon sens pour qu'ils retrouvent le chemin de la vérité. Nous ne pouvons de même qu'être vigilant devant une certaine presse qui par tous les moyens s'allie avec les nouveaux marchands du temple lorsqu'elle donne la parole aux menteurs. Lorsque nous entendrons ou lirons dans la presse des arguments en faveur de l'authenticité du suaire, il nous faudra nous rappeler que le "drap de Lirey" est une œuvre d'art, très belle mais ni plus ni moins qu'une tapisserie.
D'ailleurs, et je terminerais par cette note positive, les catholiques
savent bien qu'il serait plus intelligent de le reconnaître. Lors
des dernières expositions en 1933 et en 1978, le suaire était
présenté sobrement sans superstition et à ce moment
là il avait une réelle puissance émotive aussi forte
qu'un Michel-Ange, un Raphaël ou n'importe quelle œuvre d'art.
Espérons que la raison et la foi l'emporteront. Amen
Pour en savoir plus Pour aller plus loin, le cahier d'Évangile
et Liberté de juin 98 et le Cercle
Zététique