Les mots s'usent
André Gounelle, professeur émérite de la Faculté
de Théologie Protestante de Montpellier.
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À force
d’être employés, les mots perdent leur fraîcheur et leur
impact. Ils vieillissent, s’usent. Il arrive que ceux qui ont touché
nos pères ne nous parlent plus. Ils ont perdu leur puissance émotive
et expressive.
Dans le langage
des Églises, on rencontre des termes que le temps a flétris
et fanés. Quand on appelle Jésus « Seigneur », on
utilise un titre qui avait de la force et du poids dans l’Antiquité
et au Moyen-Âge, mais qui paraît aujourd’hui archaïque et
désuet. Lorsqu’on parlait à nos ancêtres de leur «
salut », ils se passionnaient ; par contre, nos contemporains se demandent
de quoi il s’agit exactement. Le mot « grâce » n’éveille
rien de précis pour beaucoup d’entre nous et celui de « péché
» souvent nous égare. On a parfois le sentiment que le vocabulaire
classique du christianisme n’a plus cours ; seuls des initiés le comprennent.
Dans cette situation,
quatre possibilités s’offrent à nous.
1. Inventer un
langage différent adapté à notre temps pour y faire
entendre le message de l’Évangile. Beaucoup s’y essaient avec parfois
des trouvailles heureuses, souvent sans grand succès. On ne forge
pas sur commande un vocabulaire. On ne sait pas pourquoi ni comment des mots
surgissent et s’imposent. De plus, abandonner les termes bibliques ne risquerait-il
pas de nous couper des fondements mêmes de notre foi ?
2. Nettoyer les
mots classiques (comme on nettoie un tableau pour lui rendre ses couleurs
originelles), les restaurer (de même qu’on réhabilite des façades
d’immeubles abîmées par le temps et par les gaz d’échappement)…
Souvent, les études bibliques, les prédications, les journaux
religieux, les ouvrages théologiques visent à rendre leur jeunesse
aux termes traditionnels en écartant de mauvaises compréhensions
et en montrant ce qu’ils veulent vraiment dire. Cette entreprise nécessaire,
souvent menée avec sérieux et compétence, aide bien les
gens des paroisses ; par contre, ceux du dehors l’ignorent et notre vocabulaire
leur reste étranger.
3. Renoncer à
parler, et communiquer l’Évangile par nos comportements et actes, comme
le font beaucoup de militants chrétiens de l’humanitaire. Si nos mots
ont perdu leur pouvoir de signifier, cela ne vient-il pas en partie du décalage
entre ce que nous disons et faisons ? Nous ne pouvons cependant pas oublier
que la parole est le moyen de communication par excellence. Dieu se manifeste
et agit par la parole ; Jésus à la fois guérit et prêche.
Si parler ne dispense pas d’agir, à l’inverse agir ne rend pas la
parole inutile ou superflue.
4. S’exprimer par
l’art. On a soutenu que nos contemporains font une expérience proche
de celle du sacré (c’est-à-dire d’une réalité
qui les dépasse, les interpelle et leur apporte du sens) dans les concerts,
les expositions, le cinéma, etc. L’art devient vecteur du sentiment
religieux et les expressions esthétiques de la foi ont de l’impact
bien au-delà des Églises.
Pour donner santé
et vigueur au langage de la foi, sachons utiliser conjointement ces quatre
possibilités. Je rêve d’une prédication qui à la
fois innove, réhabilite les mots anciens, suscite des actes et soit
belle. En dépit des difficultés de leur tâche, plus souvent
que probablement ils ne le pensent, les prédicateurs que j’entends
y parviennent au moins en partie. Je leur dis une reconnaissance qui à
travers eux va plus loin, car c’est l’Esprit qui fait vivre et parler les
mots, les nouveaux comme les anciens (ce qui n’exonère ni du travail
ni de l’effort).
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La foi… qui fait peur…
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Depuis
toujours, mais exacerbé par certains événements récents,
ce phénomène appelé « foi » a tendance à
prendre des connotations très diverses, parfois positives mais la plupart
du temps résolument négatives. Car c’est bien au nom de leur
foi que certains ont choisi et décidé de tuer des personnes
innocentes, du temps de l’Inquisition ou des guerres des religions il y a
longtemps, ou du temps du Onze Septembre ou du Onze Mars bien plus récemment…
Par Jean-Marc Meyer,
du journal « Le Ralliement Protestant ».
La foi, entre horreur et héroïsme
Cette première
et simple constatation, que tout un chacun a fait depuis longtemps, est terrifiante.
Oui! la foi mène bien souvent à des situations sans issues,
à des extrémismes démagogiques et outranciers sans nom,
à des exactions irrationnelles et irréversibles.
Bien sûr,
c’est aussi avec la force de leur seule foi que d’autres, comme ces chrétiens
du premier siècle face à l’oppression de l’Empire Romain, comme
ces Arméniens décimés par les Turcs voici un siècle,
comme ces Juifs d’Auschwitz ou ces autres tel le pasteur Dietrich Bonhoeffer,
ont pu vaincre la barbarie, l’oppression, l’injustice… au prix de leur vie
parfois !
Mais il n’en reste
pas moins que - de nos jours en tout cas - la mot « foi » est
très vite synonyme d’ » intégrisme » et qu’il suscite
plus de peur que d’espérance, toutes religions confondues.
Le mécanisme de l’intolérance
La foi, c’est bien
sûr croire en quelque chose. Oui, mais cette croyance peut devenir très
rapidement destructrice et même auto-destructrice.
Si je crois que
Dieu (quel que soit le nom qu’on lui donne) est forcément de mon côté,
que non seulement il accepte mais aussi commande mes manières de penser,
d’agir, de vivre… je ne pense pas avoir tort (si j’avais tort, je ne croirais
pas en Lui). De plus, si je crois en Dieu tel que je l’ai appris dans mon
éducation (chrétienne, juive, musulmane ou autre…), je suis
forcé de croire que ce que j’ai appris est juste et procède
de la vérité, sinon je ne suis pas logique avec moi-même.
Comment pourrais-je croire en quelque chose qui n’est pas la vérité
? Si je crois en un mensonge, je me suis trompé, et ma vie n’a plus
de sens… donc, ce que je crois est vrai, forcément.
Et si en plus j’accepte
qu’au nom de ma foi, et au nom de la vérité qu’elle recèle,
je sois prêt à la défendre parce que Dieu le veut et qu’il
accepte que j’élimine sans distinction tous ceux qui ne croient pas
en Lui (donc tous ceux qui ne croient pas comme moi), alors la porte est
grande ouverte pour toutes les intolérances que nous connaissons depuis
des siècles et qui reprennent vigueur aujourd’hui. Et qui pourra me
le reprocher ? C’est ma foi qui me fait agir ainsi… et tant pis pour ceux
qui ne comprennent pas…
L’impasse
Tout cela conduit
dans une impasse. Et nous y sommes bien englués. Le conflit israélo-palestinien
? Territorial et politique bien sûr, mais avant tout religieux. Le terrorisme
? Une volonté de certains groupes extrémistes (pas seulement
musulmans, évitons l’amalgame) pour contrôler par la peur le
monde, oui! Mais surtout une volonté « d’avoir raison »,
donc une revendication pseudo-religieuse, car Dieu a toujours bon dos!
Chacun aujourd’hui,
pour ses grandes causes, revendique Dieu de son côté. Déjà
en 1945, le bombardier « Enola Gay » avait été «
béni » avant de lâcher la bombe atomique sur Hiroshima.
Aujourd’hui, les Bush et autres Bin Laden ne cessent d’invoquer le nom de
Dieu pour détruire leurs adversaires…
Et nous n’en sommes
qu’au début, tant il est vrai que ce conflit primaire entre foi et
raison, entre hypnotisme religieux et simple bon sens n’a pas encore trouvé
de solution.
Surprenant
Et c’est finalement
ce qui est le plus surprenant - quand on appréhende la foi comme ce
phénomène destructeur et auteur de divisions… Comment se fait-il
que l’être humain, pourtant si évolué, n’a pas encore
pris conscience qu’il courait à sa perte en se fourvoyant dans les
voies de l’opposition, de l’intégrisme et du « j’ai raison à
tout prix ? » Peut-être parce qu’au travers de tous les efforts
de Dieu - par l’entremise de Moïse, Jésus, Mahomet ou d’autres
- il n’a encore rien compris. C’est bien surprenant !
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Entre foi et science… la surprise de l'incompréhension
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La foi
- pour être un peu provocateur - c’est croire sans se poser de questions.
Malraux avait raison en disant que le 21e siècle serait religieux
ou ne serait pas… Aujourd’hui, le tiers des pratiquants des grandes religions
de cette planète acceptent - malgré trois siècles de
recherches scientifiques et cartésiennes - le fait que la Vérité
ne peut être que celle qui est écrite dans leurs Livres Sacrés.
Est-ce le retour de la foi ou bien, plus malheureusement, l’émergence
d’un obscurantisme latent et d’une an-alphabétisation culturelle, théologique
et scientifique généralisée ?
Par Jean-Marc
Meyer, du journal « Le Ralliement Protestant ».
Un peu d’histoire
Foi et Science
ont longtemps fait bon ménage. Même les Évangiles nous
relatent la venue de « mages » venus adorer Jésus. Des
mages ? Bien sûr, pas des sorciers ou des astrologues ou autres créatures
sentant le souffre - pas plus que des béats ayant suivi une aléatoire
lueur dans le ciel - mais bien des hommes en recherche, attentifs à
tous les signes et de la nature et de leurs intuitions, tentant d’expliquer
l’inexplicable avec objectivité, raison et humilité. Ces personnages
des mages sont en quelque sorte une trace d’une période où science
et religion étaient certes mêlées, mais bien distinctes
dans leurs interférences. En effet, aucun astronome babylonien, aucun
chimiste chaldéen, aucun scribe égyptien, aucun mathématicien
maya ou aucun théologien hébreux n’aurait osé mélanger
les deux à outrance. Certes, les tentations étaient déjà
grandes de le faire, mais la religion restait ce qu’elle était et la
science, quoique balbutiante, s’en tenait à découvrir les mystères
de la nature et du monde.
Les choses se sont
un peu gâtées avec l’époque moderne ; et cette frontière
bien définie entre deux disciplines, certes intrinsèques à
l’être humain mais traitant de questions différentes, s’est peu
à peu atténuée, jusqu’à aboutir à des
excès bien regrettables.
Tout le monde a
en mémoire l’exemple de Galilée. On le connaît pour avoir
dit que la terre n’était pas le centre de l’univers, mais qu’elle tournait
autour du soleil. On oublie qu’il sauva sa vie en abjurant cette proposition
scientifique devant les autorités vaticanes en 1632 ; alors que trente
ans plus tôt, Giordanno Bruno fut condamné au bûcher pour
avoir avancé les mêmes hypothèses sans les réfuter.
À l’époque, dire que la terre, création de Dieu, n’était
pas au centre de l’univers était non pas une hypothèse scientifique
mais une hérésie pure et simple qui conduisait à la
mort.
C’était
le Moyen-Âge, pourrait-on penser… et tout cela s’arrangerait plus tard,
avec la Renaissance et le Siècle des Lumières, qui mettraient
la science au devant de la scène, sans pour autant négliger
la religion…
C’est oublier que
lorsque Charles Darwin, au 19e siècle, après des observations
pertinentes et objectives, émit la théorie de l’évolution
des espèces, il fut lui aussi pourchassé d’anathèmes
pour avoir osé proclamer que l’humanité - peut-être -
ne descendait pas de Adam et de Ève, comme le proclamait irréfutablement
la théologie et donc le savoir de son époque.
Une opposition… surprenante
On pourrait penser
encore, ou du moins espérer, que les choses ont aujourd’hui changé.
Que tout le monde a fait une distinction entre ce qui relève de la
religion et ce qui relève de la science. Que tout le monde, éclairé
par un enseignement venant des ces deux domaines de connaissance, a compris
que la science tente de résoudre les questions du « comment »
alors que la religion s’attache aux questions qui relèvent du «
pourquoi ».
Mais hélas
non, et c’est assez effarant!
Je suis effaré,
de plus en plus, par tous ceux qui essayent de « prouver » de
soi-disant vérités, soit en déformant les propos de leurs
textes sacrés soit en essayant de démontrer par de multiples
tours de passe-passe qu’ils annonçaient avant l’heure les découvertes
scientifiques les plus récentes et que donc, et de tout temps, leurs
textes et « révélations » avaient raison…
Par exemple, ceux
qui se nomment eux-mêmes « créationnistes » - nombreux
dans certains états américains - ne peuvent admettre que les
premiers humains sur notre planète n’aient pas été Adam
et Ève, ainsi qu’il est écrit dans la Genèse. Et pour
eux, d’après une lecture ultra-fondamentaliste de la Bible, notre univers
est vieux d’à peine 6 000 ans au plus. Et ils expliquent, en long
en large et en travers, et avec des arguments pesés, que cela ne peut
être qu’ainsi, et que tous ceux qui disent le contraire, sont infidèles
et corrompus et que forcément « ils ne croient pas ».
Je me souviens
aussi de ces deux témoins de Jéhovah, au demeurant accortes
et paisibles, qui un jour voulurent me donner un livre intitulé :
« La Vérité sur la Création », qui tentait
de montrer que les arguments de Darwin - encore lui - étaient
erronés et non bibliques. Quand je leur répondis que d’après
nos connaissances, certaines traces archéologiques ou paléontologiques
tendaient à étayer les hypothèses du Sir britannique,
leur seule réponse fut que : « c’est le Diable qui a mis toutes
ces traces, fossiles et autres ossements, sur cette terre dans le but de
détourner l’Homme de Dieu! ». Que voulez-vous répondre
à cela ?
Une autre religion,
l’Islam (dans ses mouvements les plus intégristes précisons-le)
tient le même discours. Toutes les découvertes modernes sont
déjà - et furent de tout temps - écrites et inscrites
dans le Coran. Même les découvertes les plus récentes
(mécanique quantique et autre boson de Higgs) sont annoncées
et donc trouvées dans le seul but de « prouver » la véracité
des textes et des traditions.
Quelle formidable
orgueil que toutes ces conclusions! Se mettre à la place de Dieu en
déclarant qu’on a déjà percé tous ses mystères…
Mais je suis effaré
au même degré par ceux qui utilisent les découvertes scientifiques
- que tout le monde prend au sérieux - pour jeter sur les religions
non pas l’anathème mais le ridicule, en disant que c’est stupide de
croire qu’un Dieu aurait créé, alors que nous savons bien que
l’univers est né d’un Big Bang ou d’autre chose et qu’il peut «
mathématiquement » très bien exister sans Créateur.
Bien des personnes férues de sciences se moquent ainsi de ceux qui
ont besoin de croire en quelque chose… en une force extérieure…
Même orgueil
démesuré de croire que tout est explicable - avec « mes
» explications bien sûr !
Foi et raison
Pourtant, ceux
qui s’intéressent aux recherches scientifiques fondamentales savent
que nous sommes aujourd’hui face à bien plus de questions que de réponses.
L’astrophysicien Hubert Reeves, par exemple, déclare que nous connaissons
aujourd’hui à peine 5% des réponses posées quant à
la matière, à l’univers ou à notre propre existence.
Il fut un temps, grâce à Copernic, Galilée, Newton, Hubble
ou Einstein, nous pensions avoir tout découvert… mais toutes ces réponses,
justes et pertinentes, ont ouvert d’autres questions, d’autres domaines de
recherches, infinis et inexplorés. Et aucun scientifique raisonnable
ne peut dire aujourd’hui que tout est expliqué… Au contraire, le champ
d’investigation reste énorme…
Pareillement pour
les questions concernant la foi : qui pourrait être assez sûr
de soi, ou assez démagogue, pour affirmer qu’il détient les
réponses ultimes ? Personne, bien évidemment… et comme ces questions
du sens de notre existence sont communes et universelles, ce n’est certainement
pas dans le conflit que nous en trouverons les pistes de réponses,
mais seulement dans le dialogue fraternel, empreint à la fois de nos
connaissances scientifiques et de nos convictions religieuses, dans un partage
à la fois sérieux et respectueux des conceptions de chacun,
mais aussi ouvert et avec assez d’humour pour accepter d’autres idées
que les siennes… Ce serait surprenant que cela advienne ainsi, mais je veux
bien parier !
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Ceux qui n'ont pas la foi me surprennent
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Dans
mon ministère pastoral, je croise souvent - comme beaucoup de collègues
- des gens qui se réclament comme non-pratiquants ou agnostiques, tout
en revendiquant en même temps suivre les préceptes d’une certaine
morale. Ils ne sont pas les moins intéressants… !
Par Jean-Marc
Meyer, du journal « Le Ralliement Protestant ».
Georges
Georges est un
paroissien de notre Église réformée, enfin… sur le papier.
Ses enfants sont baptisés - c’était la tradition - mais ça
s’arrête là… Son épouse vient deux ou trois fois l’an
au culte mais lui, jamais, car Georges est volontiers critique vis-à-vis
de l’Église et de ses Institutions. Par contre, depuis des années,
Georges et son épouse s’occupent d’enfants handicapés, qu’ils
accueillent chez eux pour quelques jours, quelques semaines, quelques années
parfois, avec un dévouement et un amour sans restriction… Par contre
aussi, la maison de Georges et sa table sont toujours ouvertes à tous,
au proche comme à l’étranger, sans distinction, sans préjugé…
Je n’oserai certes
pas dire que Georges « à la foi sans le savoir »,
comme certains avaient à l’époque taxé Brassens de «
chrétien sans le savoir » à cause de la « Chanson
pour l’Auvergnat ». Non! je n’oserai pas… car comme Brassens, Georges
risquerait de se fâcher et de ne plus m’inviter chez lui!
Je n’oserai pas
dire qu’il a la foi, dans le sens où l’on comprend encore aujourd’hui
ce terme, c’est à dire croire en Dieu, avoir une certaine dévotion
: aller à l’église, prier, se confesser, etc. Mais dans sa vie
- qui n’est ni plus ni moins rose, ni plus ni moins noire que celle de nous
tous - il essaye d’être utile aux autres, de redonner ce qu’il a reçu…
d’être simplement humain.
Les autres
Des « Georges
», il y en a plein et nous en croisons tous les jours, bien qu’ils aiment
à se faire discrets. Ils sont éducateurs de rues, bénévoles
aux Restos du Cœur, médecins de campagne, instituteurs, infirmières,
assistantes sociales… Ils ou elles accompagnent, parfois jusqu’à l’extrême,
la misère humaine, en essayant de redonner une dignité et un
sourire aux pauvres de notre monde, aux exclus, aux malades, aux rejetés…
On peut bien sûr
dire que ce qu’ils font n’est qu’un engagement « humanitaire »
- mot à la mode depuis quelques décennies. Ou dire aussi qu’entre
la foi en Dieu et la foi en l’Homme, il y a une différence. Les croyants
diront avec conviction et vérité que sans une foi en Dieu, les
actes humanitaires, même s’ils sont louables, n’en demeurent pas moins
un simple activisme sans réel but spirituel. Et corollairement, les
agnostiques affirmeront avec force et raison qu’il n’y a pas besoin de cette
notion spirituelle et divine pour justifier la mise en œuvre d’actes destinés
à améliorer le sort des hommes.
Jésus
En relisant rapidement
les Évangiles, on se rend bien compte que tous deux ont raison. Jésus
aussi s’est assis à certaines tables, juste pour être là,
avec les gens, sans se soucier de leur foi et de leurs motivations, rendant
grâce uniquement pour ce que ces gens possédaient d’amour en
eux et de capacité à le partager et à le faire rayonner.
Mais en même temps, il s’évertua aussi à traduire, à
transcrire, à décrypter cet amour humain, en relation avec son
Père, avec Dieu, dans cette dimension spirituelle sans laquelle nos
actes, aussi bons et généreux qu’ils soient, risquent de n’être
que du vent… Et ainsi, il lui donnait du sens ; sens par lequel l’être
aimé ou aimant découvrait la vraie vie, au delà des
souffrances et des contingences.
Nous
Malgré les
innombrables horreurs et terreurs qui irradient encore et toujours notre monde,
il me semble, humblement, que les hommes de bonne volonté - ceux qui
croient juste en Dieu ou ceux qui croient juste en l’Homme, ou ceux qui essayent
de croire en les deux - peuvent s’entendre et, qui sait, se comprendre pour
se remettre en question, de part et d’autre… se surprendre mutuellement…
s’associer pour rendre la vie meilleure, avec ou sans le regard de Dieu.
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L’imprévu du silence
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Par
Pierre-Emmanuel Guibal, pasteur de l'Eglise réformée au Mazet-Saint-Voy
(Haute-Loire) et membre de la communauté des Veilleurs.
Quand la foi nous
surprend ! On sait, d’une façon générale, où l’on
met les pieds quand on s’engage dans une association, un groupe ou une communauté.
Mais on se laisse souvent surprendre par un petit point qu’on n’avait pas
vu. De même, on a des convictions, des intuitions et on sait ce qu’on
doit faire mais il y a souvent un imprévu qui vient changer l’emploi
du temps. L’élément « surprise » dans mon engagement
chez les Veilleurs a été de découvrir que le temps de
la prière ne peut être remis. Il ne s’agit pas d’entrer dans
un rite mais de faire silence devant Dieu. Au-delà de la formule il
faut entendre le souhait de re-mettre le Christ au centre de la vie. On peut
le dire, le croire mais oublier de le faire (de le vivre).
On emploie souvent
le mot de « combat » pour définir la vie du chrétien
; j’essaie, modestement, de combattre un endormissement qui consisterait à
ne plus laisser le Christ être au centre de ma vie. Être un Veilleur
c’est s’engager à le vivre. Le silence que l’on observe dans le temps
d’une retraite par exemple, n’est en rien un silence de circonstance. On
fait silence parce que Dieu est là présent dans le « secret
» (Matthieu 6). C’est dans cette intimité que Dieu parle et
qu’il donne des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Alors un jour
on s’engage dans une communauté sans avoir vu un petit détail,
le petit détail qui justement vous remet en question et vous réveille.
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Faire tomber les barrières
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Témoignage
de Maryam Khreichi-Thirriard (Marseille)
Propos recueillis
par Christian Davaine, du journal « Échanges ».
Mon baptême
à Strasbourg en a touché plus d’un : une jeune palestinienne
de Tunisie qui se fait baptiser luthérienne à l’âge de
21 ans, ce n’était pas banal! Pourtant les apparences étaient
trompeuses. Non, je n’étais pas la petite musulmane qui se convertissait
au christianisme car j’avais été élevée dans la
foi chrétienne par ma mère tunisienne. Mon père, palestinien,
était musulman mais ne pratiquait pas. Enfant, ma mère fréquentait
la basse église anglicane à Londres, puis en Tunisie, au début
des années 90. Pour des raisons de proximité, nous avons ensuite
fréquenté une église catholique. Ce qui importait pour
ma mère c’était de prier Jésus et Dieu : peu importe
le lieu, le décor, la langue ou l’habit du prêtre. J’ai hérité
de cette conception et de cette liberté d’adaptation si précieuse.
Je n’avais pas
été baptisée jeune enfant. En partant pour la France
je projetais de demander le baptême. À Strasbourg, j’ai pu rencontrer
grâce à l’aumônier catholique de mon groupe de jeunes
à Tunis, le chanoine responsable des catéchumènes. Ce
chanoine, qui aura marqué ma vie, m’a demandé dans quelle Église
je voulais demander le baptême. Peu importait pour moi, car, profondément
œcuménique, c’était Dieu et Jésus qui m’étaient
essentiels. Il a insisté, arguant que le baptême m’inviterait
à entrer dans une communauté paroissiale. Il m’a laissé
réfléchir tranquillement et m’a suivi pendant plus d’un an
pour parler de foi et de théologie. Ce furent des moments riches et
inoubliables.
J’ai donc sérieusement
travaillé la théologie chrétienne. Comme, à Strasbourg,
j’habitais au foyer protestant du Stift, muni d’un centre de documentation,
et où logeaient de nombreux théologiens, ce fut passionnant.
C’est finalement
la vision théologique de Luther à laquelle j’adhérais
le mieux. Mais ce qui importe vraiment pour moi, c’est la liberté que
Jésus nous a offerte pour penser librement, tout en aimant son prochain.
J’admire le pasteur qui m’a baptisée et sa grande liberté de
pensée. Plus tard, il nous a mariés, moi et mon époux,
baptisé catholique.
De toutes ces expériences
et choix, il y a une chose à laquelle je tiens : c’est cet œcuménisme
profond qui s’est ancré en moi au fil des années et qui s’étend
au-delà de la religion chrétienne. C’est un défi au quotidien
que de résister aux cloisons et barrières que l’homme a tendance
à édifier si facilement !
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Agréablement
surprise
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Par
Ève Lanchantin, aumônerie universitaire à Toulouse.
Quelle question
! Fort heureusement, il m’arrive encore d’être agréablement surprise
dans le cadre de mon ministère d’aumônier universitaire. Une
petite anecdote : avant la tenue de l’assemblée générale
de l’Église Réformée de Toulouse en mars dernier, le
rapport moral et d’activités de l’Église a été
envoyé aux étudiants qui en sont membres. Ils y ont découvert
une phrase les qualifiant plus ou moins de « distancés de l’Église
», qui les a choqués au point de provoquer une mini-crise au
sein de l’aumônerie universitaire protestante. « Ce n’est pas
parce que nous ne sommes pas du matin (lire : ce n’est pas parce que nous
n’assistons pas toujours au culte dominical), disaient-ils, que nous avons
pris nos distances par rapport à l’Église! Nous sommes de l’Église,
nous sommes l’Église car nous sommes témoins de Jésus-Christ,
de son Évangile et de la foi chrétienne dans des situations
difficiles et dans des endroits où l’Église ne met les pieds
que par notre personne interposée ». Personnellement, quand j’entends
de telles affirmations, je me dis qu’ils ont tout compris.
Dans nos milieux
d’Église, les commentaires sur la jeunesse d’aujourd’hui et ses multiples
lacunes ne manquent pas, mais l’avenir n’est pas le sombre tableau que nous
avons tendance à dépeindre. Notre génération (quelle
qu’elle soit) n’a pas le monopole de la grâce qui se redécouvre
génération après génération. Autrement
dit : la relève, chers amis, est assurée
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Se découvrir enfant d'Abraham !
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Par
Bertrand Bosc. Mission populaire à Lyon.
En arrivant l’été
2003 à Lyon, je savais qu’il y avait eu quelques incivilités
et violences à la Duchère (jets de pierres, voiture bélier
contre la synagogue). Le groupe Abraham, qui réunit des croyants
juifs, chrétiens et musulmans au foyer protestant, avait marqué
sa solidarité par une présence bienveillante à la sortie
de l'office du shabbat.
C’est alors que
je faisais mon entrée dans le poste de la Mission Populaire à
la Duchère. Pour m’investir en ces lieux, je pensais pertinent de rejoindre
le comité de rédaction du journal de la Duchère. Dans
ce temps où le débat sur le voile à l'école se
radicalisait, je suggérais, candide, un dossier qui aborde les relations
inter-religieuses pour plus de tolérance et de respect des convictions.
Un sujet religieux!
Vous n'y pensez pas ? Trop explosif. J'argumentai, mais osai-je espérer
une suite… L'idée toutefois fit son chemin. Le comité du journal
décida qu'une parole serait bienvenue pour parler du vivre ensemble
à la Duchère. Désormais, il n'était plus question
d'une double page au fond d'un cahier… ce serait le cahier lui-même.
La veille, la neutralité laïque semblait interdire tout dossier
à caractère religieux et tuait le projet dans l'œuf. Aujourd'hui,
il était entendu que le dossier serait élaboré sous la
responsabilité du « Groupe Abraham ». Celui-ci a la reconnaissance
publique ; il est investi d'un rôle pédagogique ; sa caution
exclut la crainte du prosélytisme. Le numéro s'intitulait :
« À la rencontre des enfants d'Abraham ». Il a été
diffusé en quadrichromie à 7 500 exemplaires. Puis, cette réalisation
a donné des idées, sans même se demander si cela était
laïquement correct. Un tract fut joint au journal pour annoncer une soirée-débat
sur notre thème.
Lancé dans
ce projet, comme jadis Abraham sur les routes, j'ai marché plutôt
confiant mais bien vite ; le projet initial a été bousculé
par un « sacré » souffle qui a traversé en force
les institutions et le quartier. C'était vertigineux !
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