juin 2004

La foi…ce feu dévorant…


Éditorial             
La foi peut-elle encore surprendre aujourd'hui? Jean-Marc Meyer
Étude biblique
Se réconcilier pour pouvoir avancer. Pedro Torrejon
Jeunesse
week-end interparoissial de catéchumènes à Storckensohn
Actualité
Cérémonie officielle, inter religieuse de Herrlisheim le jeudi 6 mai 2004

Sauver le Neuenberg, une souscription des Églises d’Alsace et de Lorraine
Vie de l'Église
À propos du projet d'union ECAAL-ERAL


Le dossier de juin 2004

Les mots s'usent. André Gounelle, professeur émérite de la Faculté de Théologie Protestante de Montpellier.

La foi… qui fait peur… Jean-Marc Meyer

Entre foi et science… la surprise de l'incompréhension. Jean-Marc Meyer

Ceux qui n'ont pas la foi me surprennent. Jean-Marc Meyer

Témoignages
L’imprévu du silence
Faire tomber les barrières
Agréablement surprise
Se découvrir enfant d'Abraham !



Étude biblique
Se réconcilier pour pouvoir avancer
Ailleurs…
… et ici


1 Marcel Dumais, « Le Sermon sur la Montagne (Matthieu 5-7) », in Cahiers Évangile n° 94. Service Biblique Évangile et Vie. Éditions du Cerf, p.5.

2 Leo Baeck, « Les Évangiles, une source juive
En 1938, alors que Hitler est au pouvoir et que se renforce la politique antisémite du IIIe Reich, Leo Baeck, penseur juif, dirigeant des plus hautes institutions juives et l’un des rabbins les plus célèbres d’Allemagne, publie un ouvrage. Il en propose une lecture minutieuse, montrant les liens profonds qui doivent se tisser entre le judaïsme et les Évangiles et donc entre les juifs et les chrétiens. Ce texte inédit en France est un document tragique, étonnamment moderne, porteur d’espoir.
». Éditions Bayard, France, février 2002, p. 115-116.
Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : tu ne commettras pas de meurtre ; celui qui commettra un meurtre en répondra au tribunal. Et moi je vous dis : quiconque se met en colère contre son frère en répondra au tribunal ; celui qui dira à son frère : « imbécile » sera justiciable du sanhédrin ; celui qui dira « fou » sera passible de la géhenne de feu. Quand donc tu vas présenter ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; viens alors présenter ton offrande. Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire, tant que tu es encore en chemin avec lui, de peur que cet adversaire ne te livre au juge, le juge au gendarme, et que tu ne sois jeté en prison. En vérité, je te le déclare : tu n’en sortiras pas tant que tu n’auras pas payé jusqu’au dernier centime.
Matthieu 5, 21-26 (traduction T.O.B.)


Se réconcilier pour pouvoir avancer

Dans les deux précédents articles que j’avais écrit dans cette section (juillet-août 2002 et mai 2003), je vous avais dit que nous sommes enfants de notre contexte… et cela, malgré nous ; que je ne pouvais pas me couper de la réalité, ni de mon désir ardent de partager une parole de paix… en laissant la liberté à chacune et chacun de faire ce que sa conscience le dicte.

À nouveau, ce sont les sujets d’actualité qui me poussent à ouvrir mon cœur et ma pensée. Je continue à croire que l’une des caractéristiques de celle ou celui qui
partage une méditation, c’est de communiquer la bonne nouvelle en ayant la Bible dans une main, et le journal dans l’autre main ; entre les événements d’aujourd’hui et la parole que nous recevons de la parte de Dieu.
Notre texte se trouve dans, ce qu’on appelle « Le sermon sur la montagne ». Comme nous dit Marcel Dumais : « Texte fascinant que le Sermon sur la Montagne, mais aussi texte déroutant. On se sent tout à la fois attiré et heurté par le caractère radical et absolu de son contenu : les invitations à ne pas résister au méchant, à aimer ses ennemis, à ne pas juger, à devenir parfait comme le Père céleste, à entrer par la porte étroite qui mène à la vie. »1
Un professeur de Nouveau Testament de la Faculté Théologique de Strasbourg disait que le Sermon sur la Montagne est un beau programme, peut-être utopique, mais un beau programme.
Revenons à notre époque : la guerre continue ailleurs, la haine de petits groupes fait irruption ici.

Ailleurs…
Bush, ses alliés et leur soit disant « libération en Irak » ont déclenché une guerre l’année dernière. Pas besoin d’avoir Bac + 10 pour se rendre compte que la situation à l’heure actuelle est plus qu’explosive. Peu-être, les fondamentalistes prendront-ils le pouvoir, comme en Iran. Si les choses se déroulent comme cela, le remède « infligé » par l’administration Bush à la population souffrante de nos frères irakiens sera pire que la maladie qu’ils « croyaient » bien combattre. Et comme je disais l’année dernière : « j’espère qu’à l’avenir nous aurons un esprit éclairé pour éviter une troisième guerre dans la région ».

Que tous les chrétiens, de toutes les sensibilités théologiques, aient le courage d’élaborer une position convaincante pour la paix. Et je pense que nous sommes appelés à être une Église au service de la paix, précisément parce que la paix est l’une des manifestations de la parole et de l’action de Dieu au milieu de nous.
Les conflits en Palestine, au Soudan (dont les chrétiens du sud du pays et les animistes sont décimés par le gouvernement fondamentaliste et terroriste sur place, sans que la communauté internationale ne soit émue et ne dise rien), en Colombie et ailleurs, doivent nous interpeller et nous pousser à travailler pour la paix, pour la réconciliation humaine.
La paix est une immense tâche, et elle doit être le couronnement de la justice, et surtout de la réconciliation.

… et ici
Je venais d’arriver d’Angleterre et le pasteur de la paroisse « Luxembourg » à Paris, Serge Oberkampf de Dabrun, m’a dit ceci : « Sais-tu qu’un cimetière juif dans la région où tu habites a été profané ? ». Je suis resté incrédule, et je ne suis pas tombé par terre parce que j’étais déjà assis. À ce moment précis, je sentais la colère, l’indignation envahir tout mon être. Je me suis senti solidaire avec le peuple juif, et comme si les profanateurs avaient touché à ma propre famille. Les paroles de Léo Baeck ont défilé dans ma tête : « Lorsqu’une tradition si ancienne s’offre au regard, ce livre originellement juif qu’est l’Évangile devient un ouvrage – et non des moindres – dans la littérature juive. Il ne le devient pas, ou plutôt pas uniquement, en raison des phrases qui s’y trouvent et qui ressemblent, à s’y méprendre, à celles employées par les traditions juives de cette époque. Et il le devient encore moins parce que la forme des phrases et les syntagmes lexicaux de la traduction grecque laissent deviner l’hébreu ou l’araméen de la version originale. Bien au contraire : c’est un livre intégralement et parfaitement juif parce que l’air pur qu’il exhale provient de l’Écriture sacrée, parce que l’esprit juif – et lui seul – y prédomine et parce que la foi juive, l’espérance juive, les souffrances juives, la détresse juive, la science juive et l’attente juive en constituent les harmoniques exclusives : en somme un livre juif parmi d’autres livres juifs. Le judaïsme n’a pas le droit de passer devant lui sans s’arrêter, de l’ignorer ni de chercher à y renoncer. Ici aussi le judaïsme doit saisir et connaître son génie propre. »2

Non, ce n’était pas possible. Parole d’un étranger, pour mes sœurs et frères humains alsaciens et pour tous celles et ceux qui habitent dans cette belle région ; s’il y a une région en Europe qui a une certaine autorité de par son histoire pour que la paix, la réconciliation soient recherchées, vécues… c’est bien l’Alsace !

« I have a dream » avait dit Martin-Luther King. L’unité dans la diversité, à l’intérieur de l’Église et à l’extérieur de celle-ci… c’est mon rêve. Je crois à la réconciliation pour pouvoir avancer malgré nos différences.
Va d’abord te réconcilier avec ton frère (et j’ajoute : ton frère humain). À présent : croyez-vous en la paix, en la réconciliation ? Qu’est-ce que cela veut dire : avoir la paix et être réconciliés en Jésus ? Si c’est une paix et une réconciliation de communication, de reconstruction, d’ouverture, d’avoir la joie de vivre malgré la détresse… je veux bien de cette paix et de cette réconciliation et les partager avec les autres. Et une fois réconciliés nous pouvons marcher tous ensemble. Comment ? Cela, c’est un autre sujet.

Pedro Torrejon

Cérémonie officielle, inter religieuse de Herrlisheim le jeudi 6 mai 2004

Texte prononcé par le professeur Jean-François COLLANGE, président du Directoire de l’Église de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine et membre du Conseil de la fédération protestante de France.
Il représentait à cette cérémonie le pasteur Jean-Arnold de CLERMONT, président de la fédération protestante de France.


Une fois de plus, avec la profanation de ce cimetière juif, ici à Herrlisheim, c’est l’humanité - l’humanité tout entière - qui se trouve blessée.
Bien sûr, c’est d’abord la mémoire et le dépôt sacré du peuple juif qui sont visés et cruellement frappés. C’est pourquoi nous exprimons à ce peuple frère notre émotion et notre solidarité dans l’épreuve ; avec lui, nous disons notre indignation devant ces actes barbares, que nous condamnons sans appel. Ce peuple frère nous a précédés sur le chemin de la foi ; la source de sa piété est notre source ; son Dieu est notre Dieu ; ses enfants sont les nôtres. Aussi, devant ces tombes profanées et ces mémoires salies, nos cœurs s'emplissent de tristesse et monte notre colère.
Et cette colère monte des entrailles mêmes de la terre, de cette terre d'Alsace, de cette terre de France, de cette terre d'Europe, qui a su accueillir en son temps dans ses bras les corps de ces sœurs et de ces frères juifs, dont nous saluons la mémoire.

Mais au-dessus de la terre meurtrie en colère, se tend l'arc-en-ciel du Dieu tout-puissant et miséricordieux. Dieu des couleurs et non du gris ou du vert-de-gris ; Dieu de la diversité des couleurs ; Dieu arc-en-ciel pour une humanité arc-en-ciel !
Dieu de la diversité et du respect de la diversité et de la différence. Dieu de la paix et de la réconciliation et non de la haine et de l'exclusion. Dieu de la tolérance ; non pas de celle qui côtoie souvent l'indifférence et la lâcheté, mais de celle qui se marie avec la conviction ; Dieu de la tolérance comme conviction.
L'arc tendu au-dessus de la terre de ce Dieu-là, protège les humains, protège l'Homme contre les démons qui l'assaillent de toutes parts et ne manquent pas, trop souvent, de l'égarer. Cet Homme, c'est encore celui dont témoigne la voix de ce juif agnostique que fut Primo Lévi, emprisonné dans les camps de la mort :

« Vous qui vivez en toute quiétude
Bien au chaud dans vos maisons,
Vous qui trouvez le soir en rentrant
La table mise et des visages amis,
Considérez si c'est un homme

Que celui qui peine dans la boue,
Qui ne connaît pas de repos,
Qui se bat pour un quignon de pain,
Qui meurt pour un oui ou pour un non.
Considérez si c'est une femme
Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux
Et  jusqu'à la force de se souvenir,
Les yeux vides et le sein froid
Comme une grenouille en hiver.

N'oubliez pas que cela fut,
Non ne l'oubliez pas :
Gravez ces mots dans votre cœur.
Pensez-y chez vous, dans la rue,
En vous couchant, en vous levant ;
Répétez-les à vos enfants,
Ou que votre maison s'écroule,
Que la maladie vous accable,
Que vos enfants se détournent de vous
».

(P. Lévi, Si c'est un homme, Exergue)             

À propos du projet d'union ECAAL-ERAL
Un groupe d'études s'est réuni à Strasbourg le 2 avril 2004 pour examiner en toute indépendance le Projet d'Union des Églises Protestantes d'Alsace et de Lorraine présenté par le Conseil Commun ECAAL-ERAL en mars 2004.
Le groupe considère que le projet deviendrait plus cohérent, plus convaincant et plus viable si ses rédacteurs précisaient les résultats qu'ils attendent de l'union des deux Églises, à savoir « une visibilité nouvelle des protestants d'Alsace-Lorraine », une « affirmation de notre identité chrétienne protestante », un « témoignage plus authentique et plus rayonnant ».

Les modalités de l'union s'inspirent largement du fonctionnement actuel de l'ECAAL, marqué par une tendance sous jacente à la hiérarchique verticale et épiscopale, consacrée par la nomination à sa tête d'un président et un vice-président nommés à vie. Il en résulterait une double conséquence :
- un accroissement de la superstructure ecclésiale et de la gestion centralisée des services communs. Un fonctionnement décentralisé et en réseau apparaît plus approprié pour dynamiser les paroisses.

- l'altération sensible du système presbytérien-synodal de l'Église réformée, avec le risque d'une dévitalisation de l'ERAL. Une véritable union des Églises modifie inévitablement le fonctionnement de chaque Église. Il faut donc veiller à ce que cette réorganisation soit également partagée et entreprise dans l'ECAAL comme dans l'ERAL.
L'affermissement de l'union entre nos Églises protestantes nécessite aussi d'en préciser la finalité et l'opportunité. Cette union traduit-elle une perspective biblique et théologique - et laquelle ? - ou constitue-t-elle une version ecclésiastique de l'idéologie de fusion en vogue dans notre société en crise, avec ce qu'elle entraîne d'uniformité, de minorisation des communautés locales et plus largement de perte de créativité ?
De plus, cette union concerne aussi les partenaires de nos Églises, dont l'Église réformée de France, l'Église évangélique luthérienne de France et la Fédération protestante de France dont on ne peut sous estimer l'intérêt qu'elles portent à toute recherche concernant l'unité ecclésiale du protestantisme en France.

Les aspects juridiques du projet apparaissent flous et contradictoires. Nous proposons de revoir ce qui concerne la nomination des pasteurs, les prérogatives de la commission des ministères, la mise en place des nouvelles institutions.

La gestion financière de l'union demeure indéterminée. Il convient d'indiquer une estimation chiffrée des « économies de temps et d'argent » apportées par l'union. L'expérience de la gestion des services communs depuis 1993 montre que la charge financière incombant à chaque Église s'est accrue et non réduite comme promis, sans que l'une et l'autre en tirent profit.

Pour mieux apprécier ce qui est attendu d'une gestion du corps pastoral unifié, il faudrait préciser les mesures garantissant le pluralisme théologique et spirituel du recrutement, les recours contre les décisions individuelles, la liberté de choix des conseils presbytéraux, le poids du conseil restreint de l'union en cas de litige.
La procédure de consultation des paroisses et consistoires parait inégale entre l'ECAAL, dont le consistoire supérieur se décidera à l'automne 2004, et l'ERAL, dont le synode doit se prononcer bien avant en juin 2004. À l'évidence, ces délais sont trop brefs eu égard à l'enjeu du projet pour l'avenir de nos Églises. Ils nuisent à la réflexion préalable, large, approfondie et transparente, qui doit être menée.

C'est pourquoi nous proposons que toute décision soit reportée à l'automne 2005. Nous invitons le conseil synodal à consulter les commissions juridique, théologique, financière, et à publier leurs avis.

Fait à Strasbourg le 6 avril 2004,
Philippe AUBERT
Francis DIÉNY
Sylvain DUJANCOURT
Philippe FRANÇOIS
Jean-Marc SAINT
Gabriel VAHANIAN
Eugène VASSAUX

Éditorial
La foi peut-elle encore surprendre aujourd’hui ?

J’ai bien peur que non…
Quand je dis « foi », je pense bien-sûr à cet élan un peu irrationnel qui, au-delà de toute contingence matérielle, nous fait croire en une dimension  supérieure à la nôtre et adhérer à la conviction que nos vies et nos destinées sont régies d’avance par une entité supérieure et inaccessible… mais qui en fin de compte ne nous sert à rien de bien concret et dont nous avons même appris à nous méfier…

Depuis l’avènement des sciences et de la rationalité pure, nous savons que tout est soumis à des lois mathématiques intangibles et que nous-mêmes ne sommes que poussières d’étoiles, destinés à disparaître un jour dans ce grand « tout » constitué par un Univers dont nous ne connaissons en fin de compte rien de bien précis…
C’est une vérité établie : l’Univers, la Terre, la Vie… n’ont pas besoin de Dieu pour exister, et tout le reste n’est qu’obscurantisme moyenâgeux et crasseux qu’il faut éduquer ou combattre à tout prix…

La foi peut-elle encore surprendre aujourd’hui ?
J’ai bien peur que oui…
Quand je dis « foi », je pense bien-sûr à cet élan un peu irrationnel qui, au-delà de toute contingence matérielle, nous fait croire en une dimension  supérieure à la nôtre et adhérer à la conviction que nos existences et nos destins sont régis d’avance par une entité supérieure et inaccessible, qui dirige assurément et de manière dictatoriale nos vies, nos décisions et nos actions…
Malgré les progrès des philosophies et de sciences, bien nombreux sont encore ceux qui « croient » que Celui qui est révélé dans leurs textes sacrés comme « Dieu » est le seul qui puisse décider à leur place, de leur vie, de leurs choix, de leur sort…
C’est une vérité établie : tout vient d’un Dieu créateur, qui nous surveille et qui est maître de notre salut éternel… Et ceux qui pensent le contraire sont de pauvres infidèles perdus et méprisables, à convertir ou à combattre à tout prix…

La foi peut-elle encore surprendre aujourd’hui ?
Je dis non… Non, si c’est pour la ridiculiser avec les arguments d’un certain extrémisme scientiste qui se targuerait de tout expliquer par des équations auxquelles personne ne comprend rien parce que déconnectées de cette réelle aspiration que tous ressentent quant à la dimension spirituelle de notre être…
Et non, également, si c’est pour l’utiliser comme un pouvoir d’exacerbation de tous ces courants fondamentalistes, fanatiques et idéologiques dont certains voudraient bien se servir pour asseoir un pouvoir humain – leur pouvoir – mais qui n’en n’ont strictement rien à faire des arguments rationnels ou simplement sensés.
Non, mille fois non, si elle est ainsi vécue dans une ambiance d’an-alphabétisation tant culturelle que scientifique ou religieuse…

La foi peut-elle encore surprendre aujourd’hui ?
Peut-être que oui… Oui si elle peut devenir un moteur qui me permet de construire ma vie sur autre chose que le simple « matériel » observable, quantifiable et mesurable… tout en m’apprenant aussi à assumer les limites de mon existence…
Oui aussi, si de cette question intime j’ose faire un sujet d’échange - avec mes proches, mes amis, mes parents, mais aussi mes lointains, voire mes ennemis - afin de mieux connaître leurs vraies interrogations et leurs vraies aspirations… qui sont en fin de compte les miennes…
Oui, mille fois oui enfin, si ouvrant la porte aux différences, à la compréhension mutuelle, à la discussion fraternelle, j’accepte de réfléchir avec mes frères humains - non pas en conflit perpétuel, mais en harmonie - aux grandes questions qui sont les nôtres depuis toujours, avec ces support de la foi, de la science, de la religion, ou d’autre chose…

Juste pour tenter de survivre…
Ou peut-être pour commencer à vraiment vivre ?

Jean-Marc MEYER

Sauver le Neuenberg, une souscription des Églises d’Alsace et de Lorraine
Le jour de l’Ascension 1877, le pasteur d’Ingwiller, Gustave Herrmann, fondait une maison pour faire face aux détresses des habitants de la région (malades, pauvres, déshérités, handicapés, …) : l’asile du Neuenberg. Les premières sœurs diaconesses arrivent en décembre de la même année.
Cent vingt sept ans plus tard, le jour de l’Ascension 2004, les Églises et les œuvres protestantes lancent une souscription auprès du plus large public pour sauver cette œuvre protestante en Alsace du Nord et lui redonner un avenir digne de sa vocation.

Une situation difficile
Établissement sanitaire et social privé à but non lucratif, le Neuenberg emploie actuellement plus de 200 salariés. Il comprend un hôpital participant au service public de 80 lits en médecine générale, chirurgie et maternité, 60 lits en unité de soins longue durée et une maison de retraite médicalisée de 125 places. Dès l’origine, l’œuvre a connu un grand rayonnement dans la région d’Ingwiller jusqu’à Sarreguemines en Moselle. Depuis plusieurs années, des erreurs de gestions, qu’il faut reconnaître, ont fragilisé l’établissement qui a été mis en redressement judiciaire en janvier 2004. Son existence n’est pas remise en cause, le tribunal de Saverne statuera le 25 juin et choisira parmi les différents projets qui lui sont présentés, celui qui sera le mieux à même d’assurer la pérennité de l’œuvre.

Une dimension spirituelle
Les sœurs diaconesses continuent de résider dans l’établissement. La dimension spirituelle de leur présence est un élément caractéristique du Neuenberg. Outre la qualité des soins assurés par les équipes soignantes, l’accompagnement de la personne hospitalisée est essentiel. Le soutien moral et l’attention prodigués par le service d’aumônerie sont déterminant dans le rétablissement.

C’est pour conserver au Neuenberg son esprit, fait de service, d’humanisme et de respect de la personne et des familles que les Églises et les œuvres protestantes se mobilisent. Assurer la pérennité culturelle et spirituelle du Neuenberg, tel est l’enjeu fondamental de cette souscription.

Pour que le Neuenberg ne devienne pas un établissement de santé comme un autre, la Fédération des Oeuvres Évangéliques (FOÉ) et l’Église de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine ont constitué dès l’automne 2003 un groupe de travail réunissant des œuvres protestantes. Les Diaconesses de Strasbourg, les Diaconesses de Reuilly, le Bruckhof, le Sonnenhof, la Fondation Arc en Ciel de Montbéliard ainsi que le Diaconat de Mulhouse ont collaboré à la mise sur pied d’un projet devant conserver au Neuenberg sa spécificité et son implication dans la vie locale. Le Diaconat de Mulhouse a déposé une offre de rachat garantissant la pérennité de l’établissement et porteur de nouveaux projets.

L’engagement des Églises
Les Églises protestantes soutiennent cette démarche et se veulent partenaires à part entière du projet en participant pleinement au conseil d’orientation qui veillera au maintien de l’esprit protestant de l’établissement. Leur implication se signalera particulièrement à travers l’aumônerie et le soin apporté à la présence des sœurs.

Pour participer à cette souscription, ouverte symboliquement à partir du jour de l’Ascension, les dons, de particuliers ou de personnes morales, peuvent être adressés à l’Union d’Entraide et de Solidarité de l’Ecaal (1 bis Quai Saint-Thomas, BP 80022, 67081 Strasbourg Cedex en précisant « soutien pour le Neuenberg »). Ils ouvrent droit à déduction fiscale à hauteur de 60%. Le choix du repreneur intervenant le 25 juin, il est important de réunir un grand nombre de donateurs avant cette date. Cependant, il est possible de soutenir cette action tout au long de l’année 2004. Plus encore que financier, l’enjeu est de souligner auprès du tribunal de Saverne la mobilisation autour du projet de reprise. Sauver le Neuenberg et lui conserver son caractère protestant, voilà le défi que relèvent les Églises d’Alsace et de Lorraine. Elles comptent sur votre soutien.

Roland Kauffmann, service communication des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine.

Week-end interparoissial de catéchumènes








Une trentaine de catéchumènes des paroisses de Thann, Fellering, Cernay, Guebwiller et Jeune-Bois se sont retrouvés du 30 avril au 2 mai.

Accueilli par le centre « Le Torrent » à Storckensohn, dans ses locaux rénovés et très agréables à vivre, le groupe, encadré par leurs pasteurs, a d’abord consacré un temps pour faire connaissance les uns avec les autres. À cet âge-là, les amitiés se lient rapidement et l’ambiance fut tout de suite à la discussion et à l’amusement.

Mais le travail était aussi à l’ordre du jour. Le samedi matin, tous ces jeunes planchèrent avec assiduité sur l’épineux problème de la confrontation entre science et religion quant aux origines de l’Univers, de la Terre et de la Vie en général.
Le samedi après-midi, une visite du « See » d’Urbès, site naturel protégé, sous la houlette érudite de notre guide, NN, nous sensibilisa aussi aux problèmes et aux défis posés par la protection de notre environnement.
Enfin, c’est dans le temple de Fellering bien rempli (presque tous les parents avaient fait le déplacement, bravo !) que le culte fut célébré le dimanche matin, animé en presque totalité par les jeunes.
C’était un chouette week-end… Nous souhaitons bon vent à ceux qui viennent de faire leur confirmation et bon courage à ceux qui ont encore un an à « tirer »…
Anne TROSINO
Anne-Rachel MULLER-HEITZMANN
Jean-Marc MEYER



Le dossier de juin Quand la foi nous surprend…

S'il y a un sujet qui fâche et qui divise, c'est bien celui-là… la Foi
Les uns croient, les autres pas et ils se disputent… sans s'être expliqués auparavant par rapport à leurs "croyances" ou leur "non-croyance"… Incompréhensions définitives ou simples entêtements? Ce dossier tente de donner quelques pistes aux uns et aux autres pour une réflexion et un débat productifs…


Les mots s'usent

André Gounelle, professeur émérite de la Faculté de Théologie Protestante de Montpellier.
À force d’être employés, les mots perdent leur fraîcheur et leur impact. Ils vieillissent, s’usent. Il arrive que ceux qui ont touché nos pères ne nous parlent plus. Ils ont perdu leur puissance émotive et expressive.
Dans le langage des Églises, on rencontre des termes que le temps a flétris et fanés. Quand on appelle Jésus « Seigneur », on utilise un titre qui avait de la force et du poids dans l’Antiquité et au Moyen-Âge, mais qui paraît aujourd’hui archaïque et désuet. Lorsqu’on parlait à nos ancêtres de leur « salut », ils se passionnaient ; par contre, nos contemporains se demandent de quoi il s’agit exactement. Le mot « grâce » n’éveille rien de précis pour beaucoup d’entre nous et celui de « péché » souvent nous égare. On a parfois le sentiment que le vocabulaire classique du christianisme n’a plus cours ; seuls des initiés le comprennent.

Dans cette situation, quatre possibilités s’offrent à nous.

1. Inventer un langage différent adapté à notre temps pour y faire entendre le message de l’Évangile. Beaucoup s’y essaient avec parfois des trouvailles heureuses, souvent sans grand succès. On ne forge pas sur commande un vocabulaire. On ne sait pas pourquoi ni comment des mots surgissent et s’imposent. De plus, abandonner les termes bibliques ne risquerait-il pas de  nous couper des fondements mêmes de notre foi ?

2. Nettoyer les mots classiques (comme on nettoie un tableau pour lui rendre ses couleurs originelles), les restaurer (de même qu’on réhabilite des façades d’immeubles abîmées par le temps et par les gaz d’échappement)… Souvent, les études bibliques, les prédications, les journaux religieux, les ouvrages théologiques visent à rendre leur jeunesse aux termes traditionnels en écartant de mauvaises compréhensions et en montrant ce qu’ils veulent vraiment dire. Cette entreprise nécessaire, souvent menée avec sérieux et compétence, aide bien les gens des paroisses ; par contre, ceux du dehors l’ignorent et notre vocabulaire leur reste étranger.

3. Renoncer à parler, et communiquer l’Évangile par nos comportements et actes, comme le font beaucoup de militants chrétiens de l’humanitaire. Si nos mots ont perdu leur pouvoir de signifier, cela ne vient-il pas en partie du décalage entre ce que nous disons et faisons ? Nous ne pouvons cependant pas oublier que la parole est le moyen de communication par excellence. Dieu se manifeste et agit par la parole ; Jésus à la fois guérit et prêche. Si parler ne dispense pas d’agir, à l’inverse agir ne rend pas la parole inutile ou superflue.

4. S’exprimer par l’art. On a soutenu que nos contemporains font une expérience proche de celle du sacré (c’est-à-dire d’une réalité qui les dépasse, les interpelle et leur apporte du sens) dans les concerts, les expositions, le cinéma, etc. L’art devient vecteur du sentiment religieux et les expressions esthétiques de la foi ont de l’impact bien au-delà des Églises.

Pour donner santé et vigueur au langage de la foi, sachons utiliser conjointement ces quatre possibilités. Je rêve d’une prédication qui à la fois innove, réhabilite les mots anciens, suscite des actes et soit belle. En dépit des difficultés de leur tâche, plus souvent que probablement ils ne le pensent, les prédicateurs que j’entends y parviennent au moins en partie. Je leur dis une reconnaissance qui à travers eux va plus loin, car c’est l’Esprit qui fait vivre et parler les mots, les nouveaux comme les anciens (ce qui n’exonère ni du travail ni de l’effort).

La foi… qui fait peur…

La foi, entre horreur et héroïsme
Le mécanisme de l’intolérance
L’impasse
Surprenant
Depuis toujours, mais exacerbé par certains événements récents, ce phénomène appelé « foi » a tendance à prendre des connotations très diverses, parfois positives mais la plupart du temps résolument négatives. Car c’est bien au nom de leur foi que certains ont choisi et décidé de tuer des personnes innocentes, du temps de l’Inquisition ou des guerres des religions il y a longtemps, ou du temps du Onze Septembre ou du Onze Mars bien plus récemment…
Par Jean-Marc Meyer, du journal « Le Ralliement Protestant ».

La foi, entre horreur et héroïsme
Cette première et simple constatation, que tout un chacun a fait depuis longtemps, est terrifiante. Oui! la foi mène bien souvent à des situations sans issues, à des extrémismes démagogiques et outranciers sans nom, à des exactions irrationnelles et irréversibles.
Bien sûr, c’est aussi avec la force de leur seule foi que d’autres, comme ces chrétiens du premier siècle face à l’oppression de l’Empire Romain, comme ces Arméniens décimés par les Turcs voici un siècle, comme ces Juifs d’Auschwitz ou ces autres tel le pasteur Dietrich Bonhoeffer, ont pu vaincre la barbarie, l’oppression, l’injustice… au prix de leur vie parfois !
Mais il n’en reste pas moins que - de nos jours en tout cas - la mot « foi » est très vite synonyme d’ » intégrisme » et qu’il suscite plus de peur que d’espérance, toutes religions confondues.

Le mécanisme de l’intolérance
La foi, c’est bien sûr croire en quelque chose. Oui, mais cette croyance peut devenir très rapidement destructrice et même auto-destructrice.
Si je crois que Dieu (quel que soit le nom qu’on lui donne) est forcément de mon côté, que non seulement il accepte mais aussi commande mes manières de penser, d’agir, de vivre… je ne pense pas avoir tort (si j’avais tort, je ne croirais pas en Lui). De plus, si je crois en Dieu tel que je l’ai appris dans mon éducation (chrétienne, juive, musulmane ou autre…), je suis forcé de croire que ce que j’ai appris est juste et procède de la vérité, sinon je ne suis pas logique avec moi-même. Comment pourrais-je croire en quelque chose qui n’est pas la vérité ? Si je crois en un mensonge, je me suis trompé, et ma vie n’a plus de sens… donc, ce que je crois est vrai, forcément.
Et si en plus j’accepte qu’au nom de ma foi, et au nom de la vérité qu’elle recèle, je sois prêt à la défendre parce que Dieu le veut et qu’il accepte que j’élimine sans distinction tous ceux qui ne croient pas en Lui (donc tous ceux qui ne croient pas comme moi), alors la porte est grande ouverte pour toutes les intolérances que nous connaissons depuis des siècles et qui reprennent vigueur aujourd’hui. Et qui pourra me le reprocher ? C’est ma foi qui me fait agir ainsi… et tant pis pour ceux qui ne comprennent pas…

L’impasse
Tout cela conduit dans une impasse. Et nous y sommes bien englués. Le conflit israélo-palestinien ? Territorial et politique bien sûr, mais avant tout religieux. Le terrorisme ? Une volonté de certains groupes extrémistes (pas seulement musulmans, évitons l’amalgame) pour contrôler par la peur le monde, oui! Mais surtout une volonté « d’avoir raison », donc une revendication pseudo-religieuse, car Dieu a toujours bon dos!
Chacun aujourd’hui, pour ses grandes causes, revendique Dieu de son côté. Déjà en 1945, le bombardier « Enola Gay » avait été « béni » avant de lâcher la bombe atomique sur Hiroshima. Aujourd’hui, les Bush et autres Bin Laden ne cessent d’invoquer le nom de Dieu pour détruire leurs adversaires…
Et nous n’en sommes qu’au début, tant il est vrai que ce conflit primaire entre foi et raison, entre hypnotisme religieux et simple bon sens n’a pas encore trouvé de solution.

Surprenant
Et c’est finalement ce qui est le plus surprenant - quand on appréhende la foi comme ce phénomène destructeur et auteur de divisions… Comment se fait-il que l’être humain, pourtant si évolué, n’a pas encore pris conscience qu’il courait à sa perte en se fourvoyant dans les voies de l’opposition, de l’intégrisme et du « j’ai raison à tout prix ? » Peut-être parce qu’au travers de tous les efforts de Dieu - par l’entremise de Moïse, Jésus, Mahomet ou d’autres - il n’a encore rien compris. C’est bien surprenant !

Entre foi et science… la surprise de l'incompréhension

Un peu d’histoire
Une opposition… surprenante
Foi et raison
La foi - pour être un peu provocateur - c’est croire sans se poser de questions. Malraux avait raison en disant que le 21e siècle serait religieux ou ne serait pas… Aujourd’hui, le tiers des pratiquants des grandes religions de cette planète acceptent - malgré trois siècles de recherches scientifiques et cartésiennes - le fait que la Vérité ne peut être que celle qui est écrite dans leurs Livres Sacrés. Est-ce le retour de la foi ou bien, plus malheureusement, l’émergence d’un obscurantisme latent et d’une an-alphabétisation culturelle, théologique et scientifique généralisée ?
Par Jean-Marc Meyer, du journal « Le Ralliement Protestant ».

Un peu d’histoire
Foi et Science ont longtemps fait bon ménage. Même les Évangiles nous relatent la venue de « mages » venus adorer Jésus. Des mages ? Bien sûr, pas des sorciers ou des astrologues ou autres créatures sentant le souffre - pas plus que des béats ayant suivi une aléatoire lueur dans le ciel - mais bien des hommes en recherche, attentifs à tous les signes et de la nature et de leurs intuitions, tentant d’expliquer l’inexplicable avec objectivité, raison et humilité. Ces personnages des mages sont en quelque sorte une trace d’une période où science et religion étaient certes mêlées, mais bien distinctes dans leurs interférences. En effet, aucun astronome babylonien, aucun chimiste chaldéen, aucun scribe égyptien, aucun mathématicien maya ou aucun théologien hébreux n’aurait osé mélanger les deux à outrance. Certes, les tentations étaient déjà grandes de le faire, mais la religion restait ce qu’elle était et la science, quoique balbutiante, s’en tenait à découvrir les mystères de la nature et du monde.
Les choses se sont un peu gâtées avec l’époque moderne ; et cette frontière bien définie entre deux disciplines, certes intrinsèques à l’être humain mais traitant de questions différentes, s’est peu à peu atténuée, jusqu’à aboutir à des excès bien regrettables.
Tout le monde a en mémoire l’exemple de Galilée. On le connaît pour avoir dit que la terre n’était pas le centre de l’univers, mais qu’elle tournait autour du soleil. On oublie qu’il sauva sa vie en abjurant cette proposition scientifique devant les autorités vaticanes en 1632 ; alors que trente ans plus tôt, Giordanno Bruno fut condamné au bûcher pour avoir avancé les mêmes hypothèses sans les réfuter. À l’époque, dire que la terre, création de Dieu, n’était pas au centre de l’univers était non pas une hypothèse scientifique mais une hérésie pure et simple qui conduisait à la mort.
C’était le Moyen-Âge, pourrait-on penser… et tout cela s’arrangerait plus tard, avec la Renaissance et le Siècle des Lumières, qui mettraient la science au devant de la scène, sans pour autant négliger la religion…
C’est oublier que lorsque Charles Darwin, au 19e siècle, après des observations pertinentes et objectives, émit la théorie de l’évolution des espèces, il fut lui aussi pourchassé d’anathèmes pour avoir osé proclamer que l’humanité - peut-être - ne descendait pas de Adam et de Ève, comme le proclamait irréfutablement la théologie et donc le savoir de son époque.

Une opposition… surprenante
On pourrait penser encore, ou du moins espérer, que les choses ont aujourd’hui changé. Que tout le monde a fait une distinction entre ce qui relève de la religion et ce qui relève de la science. Que tout le monde, éclairé par un enseignement venant des ces deux domaines de connaissance, a compris que la science tente de résoudre les questions du « comment » alors que la religion s’attache aux questions qui relèvent du « pourquoi ».
Mais hélas non, et c’est assez effarant!
Je suis effaré, de plus en plus, par tous ceux qui essayent de « prouver » de soi-disant vérités, soit en déformant les propos de leurs textes sacrés soit en essayant de démontrer par de multiples tours de passe-passe qu’ils annonçaient avant l’heure les découvertes scientifiques les plus récentes et que donc, et de tout temps, leurs textes et « révélations » avaient raison…
Par exemple, ceux qui se nomment eux-mêmes « créationnistes » - nombreux dans certains états américains - ne peuvent admettre que les premiers humains sur notre planète n’aient pas été Adam et Ève, ainsi qu’il est écrit dans la Genèse. Et pour eux, d’après une lecture ultra-fondamentaliste de la Bible, notre univers est vieux d’à peine 6 000 ans au plus. Et ils expliquent, en long en large et en travers, et avec des arguments pesés, que cela ne peut être qu’ainsi, et que tous ceux qui disent le contraire, sont infidèles et corrompus et que forcément « ils ne croient pas ».
Je me souviens aussi de ces deux témoins de Jéhovah, au demeurant accortes et paisibles, qui un jour voulurent me donner un livre intitulé : « La Vérité sur la Création », qui tentait de montrer que les arguments de Darwin - encore lui - étaient  erronés et non bibliques. Quand je leur répondis que d’après nos connaissances, certaines traces archéologiques ou paléontologiques tendaient à étayer les hypothèses du Sir britannique, leur seule réponse fut que : « c’est le Diable qui a mis toutes ces traces, fossiles et autres ossements, sur cette terre dans le but de détourner l’Homme de Dieu! ». Que voulez-vous répondre à cela ?
Une autre religion, l’Islam (dans ses mouvements les plus intégristes précisons-le) tient le même discours. Toutes les découvertes modernes sont déjà - et furent de tout temps - écrites et inscrites dans le Coran. Même les découvertes les plus récentes (mécanique quantique et autre boson de Higgs) sont annoncées et donc trouvées dans le seul but de « prouver » la véracité des textes et des traditions.
Quelle formidable orgueil que toutes ces conclusions! Se mettre à la place de Dieu en déclarant qu’on a déjà percé tous ses mystères…
Mais je suis effaré au même degré par ceux qui utilisent les découvertes scientifiques - que tout le monde prend au sérieux - pour jeter sur les religions non pas l’anathème mais le ridicule, en disant que c’est stupide de croire qu’un Dieu aurait créé, alors que nous savons bien que l’univers est né d’un Big Bang ou d’autre chose et qu’il peut « mathématiquement » très bien exister sans Créateur. Bien des personnes férues de sciences se moquent ainsi de ceux qui ont besoin de croire en quelque chose… en une force extérieure…
Même orgueil démesuré de croire que tout est explicable - avec « mes » explications bien sûr !

Foi et raison
Pourtant, ceux qui s’intéressent aux recherches scientifiques fondamentales savent que nous sommes aujourd’hui face à bien plus de questions que de réponses. L’astrophysicien Hubert Reeves, par exemple, déclare que nous connaissons aujourd’hui à peine 5% des réponses posées quant à la matière, à l’univers ou à notre propre existence. Il fut un temps, grâce à Copernic, Galilée, Newton, Hubble ou Einstein, nous pensions avoir tout découvert… mais toutes ces réponses, justes et pertinentes, ont ouvert d’autres questions, d’autres domaines de recherches, infinis et inexplorés. Et aucun scientifique raisonnable ne peut dire aujourd’hui que tout est expliqué… Au contraire, le champ d’investigation reste énorme…
Pareillement pour les questions concernant la foi : qui pourrait être assez sûr de soi, ou assez démagogue, pour affirmer qu’il détient les réponses ultimes ? Personne, bien évidemment… et comme ces questions du sens de notre existence sont communes et universelles, ce n’est certainement pas dans le conflit que nous en trouverons les pistes de réponses, mais seulement dans le dialogue fraternel, empreint à la fois de nos connaissances scientifiques et de nos convictions religieuses, dans un partage à la fois sérieux et respectueux des conceptions de chacun, mais aussi ouvert et avec assez d’humour pour accepter d’autres idées que les siennes… Ce serait surprenant que cela advienne ainsi, mais je veux bien parier !

Ceux qui n'ont pas la foi me surprennent

Georges
Les autres
Jésus
Nous
Dans mon ministère pastoral, je croise souvent - comme beaucoup de collègues - des gens qui se réclament comme non-pratiquants ou agnostiques, tout en revendiquant en même temps suivre les préceptes d’une certaine morale. Ils ne sont pas les moins intéressants… !
Par Jean-Marc Meyer, du journal « Le Ralliement Protestant ».

Georges
Georges est un paroissien de notre Église réformée, enfin… sur le papier. Ses enfants sont baptisés - c’était la tradition - mais ça s’arrête là… Son épouse vient deux ou trois fois l’an au culte mais lui, jamais, car Georges est volontiers critique vis-à-vis de l’Église et de ses Institutions. Par contre, depuis des années, Georges et son épouse s’occupent d’enfants handicapés, qu’ils accueillent chez eux pour quelques jours, quelques semaines, quelques années parfois, avec un dévouement et un amour sans restriction… Par contre aussi, la maison de Georges et sa table sont toujours ouvertes à tous, au proche comme à l’étranger, sans distinction, sans préjugé…
Je n’oserai certes pas dire que Georges  « à la foi sans le savoir », comme certains avaient à l’époque taxé Brassens de « chrétien sans le savoir » à cause de la « Chanson pour l’Auvergnat ». Non! je n’oserai pas… car comme Brassens, Georges risquerait de se fâcher et de ne plus m’inviter chez lui!
Je n’oserai pas dire qu’il a la foi, dans le sens où l’on comprend encore aujourd’hui ce terme, c’est à dire croire en Dieu, avoir une certaine dévotion : aller à l’église, prier, se confesser, etc. Mais dans sa vie - qui n’est ni plus ni moins rose, ni plus ni moins noire que celle de nous tous - il essaye d’être utile aux autres, de redonner ce qu’il a reçu… d’être simplement humain.

Les autres
Des « Georges », il y en a plein et nous en croisons tous les jours, bien qu’ils aiment à se faire discrets. Ils sont éducateurs de rues, bénévoles aux Restos du Cœur, médecins de campagne, instituteurs,  infirmières, assistantes sociales… Ils ou elles accompagnent, parfois jusqu’à l’extrême, la misère humaine, en essayant de redonner une dignité et un sourire aux pauvres de notre monde, aux exclus, aux malades, aux rejetés…
On peut bien sûr dire que ce qu’ils font n’est qu’un engagement « humanitaire » - mot à la mode depuis quelques décennies. Ou dire aussi qu’entre la foi en Dieu et la foi en l’Homme, il y a une différence. Les croyants diront avec conviction et vérité que sans une foi en Dieu, les actes humanitaires, même s’ils sont louables, n’en demeurent pas moins un simple activisme sans réel but spirituel. Et corollairement, les agnostiques affirmeront avec force et raison qu’il n’y a pas besoin de cette notion spirituelle et divine pour justifier la mise en œuvre d’actes destinés à améliorer le sort des hommes.

Jésus
En relisant rapidement les Évangiles, on se rend bien compte que tous deux ont raison. Jésus aussi s’est assis à certaines tables, juste pour être là, avec les gens, sans se soucier de leur foi et de leurs motivations, rendant grâce uniquement pour ce que ces gens possédaient d’amour en eux et de capacité à le partager et à le faire rayonner. Mais en même temps, il s’évertua aussi à traduire, à transcrire, à décrypter cet amour humain, en relation avec son Père, avec Dieu, dans cette dimension spirituelle sans laquelle nos actes, aussi bons et généreux qu’ils soient, risquent de n’être que du vent… Et ainsi, il lui donnait du sens ; sens par lequel l’être aimé ou aimant découvrait la vraie vie, au delà des souffrances et des contingences.

Nous
Malgré les innombrables horreurs et terreurs qui irradient encore et toujours notre monde, il me semble, humblement, que les hommes de bonne volonté - ceux qui croient juste en Dieu ou ceux qui croient juste en l’Homme, ou ceux qui essayent de croire en les deux - peuvent s’entendre et, qui sait, se comprendre pour se remettre en question, de part et d’autre… se surprendre mutuellement… s’associer pour rendre la vie meilleure, avec ou sans le regard de Dieu.

L’imprévu du silence
Par Pierre-Emmanuel Guibal, pasteur de l'Eglise réformée au Mazet-Saint-Voy (Haute-Loire) et membre de la communauté des Veilleurs.

Quand la foi nous surprend ! On sait, d’une façon générale, où l’on met les pieds quand on s’engage dans une association, un groupe ou une communauté. Mais on se laisse souvent surprendre par un petit point qu’on n’avait pas vu. De même, on a des convictions, des intuitions et on sait ce qu’on doit faire mais il y a souvent un imprévu qui vient changer l’emploi du temps. L’élément « surprise » dans mon engagement chez les Veilleurs a été de découvrir que le temps de la prière ne peut être remis. Il ne s’agit pas d’entrer dans un rite mais de faire silence devant Dieu. Au-delà de la formule il faut entendre le souhait de re-mettre le Christ au centre de la vie. On peut le dire, le croire mais oublier de le faire (de le vivre).
On emploie souvent le mot de « combat » pour définir la vie du chrétien ; j’essaie, modestement, de combattre un endormissement qui consisterait à ne plus laisser le Christ être au centre de ma vie. Être un Veilleur c’est s’engager à le vivre. Le silence que l’on observe dans le temps d’une retraite par exemple, n’est en rien un silence de circonstance. On fait silence parce que Dieu est là présent dans le « secret » (Matthieu 6). C’est dans cette intimité que Dieu parle et qu’il donne des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Alors un jour on s’engage dans une communauté sans avoir vu un petit détail, le petit détail qui justement vous remet en question et vous réveille.

Faire tomber les barrières
Témoignage de Maryam Khreichi-Thirriard (Marseille)
Propos recueillis par Christian Davaine, du journal « Échanges ».

Mon baptême à Strasbourg en a touché plus d’un : une jeune palestinienne de Tunisie qui se fait baptiser luthérienne à l’âge de 21 ans, ce n’était pas banal! Pourtant les apparences étaient trompeuses. Non, je n’étais pas la petite musulmane qui se convertissait au christianisme car j’avais été élevée dans la foi chrétienne par ma mère tunisienne. Mon père, palestinien, était musulman mais ne pratiquait pas. Enfant, ma mère fréquentait la basse église anglicane à Londres, puis en Tunisie, au début des années 90. Pour des raisons de proximité, nous avons ensuite fréquenté une église catholique. Ce qui importait pour ma mère c’était de prier Jésus et Dieu : peu importe le lieu, le décor, la langue ou l’habit du prêtre. J’ai hérité de cette conception et  de cette liberté d’adaptation si précieuse.
Je n’avais pas été baptisée jeune enfant. En partant pour la France je projetais de demander le baptême. À Strasbourg, j’ai pu rencontrer grâce à l’aumônier catholique de mon groupe de jeunes à Tunis, le chanoine responsable des catéchumènes. Ce chanoine, qui aura marqué ma vie, m’a demandé dans quelle Église je voulais demander le baptême. Peu importait pour moi, car, profondément œcuménique, c’était Dieu et Jésus qui m’étaient essentiels. Il a insisté, arguant que le baptême m’inviterait à entrer dans une communauté paroissiale. Il m’a laissé réfléchir tranquillement et m’a suivi pendant plus d’un an pour parler de foi et de théologie. Ce furent des moments riches et inoubliables.
J’ai donc sérieusement travaillé la théologie chrétienne. Comme, à Strasbourg, j’habitais au foyer protestant du Stift, muni d’un centre de documentation, et où logeaient de nombreux théologiens, ce fut passionnant.
C’est finalement la vision théologique de Luther à laquelle j’adhérais le mieux. Mais ce qui importe vraiment pour moi, c’est la liberté que Jésus nous a offerte pour penser librement, tout en aimant son prochain. J’admire le pasteur qui m’a baptisée et sa grande liberté de pensée. Plus tard, il nous a mariés, moi et mon époux, baptisé catholique.
De toutes ces expériences et choix, il y a une chose à laquelle je tiens : c’est cet œcuménisme profond qui s’est ancré en moi au fil des années et qui s’étend au-delà de la religion chrétienne. C’est un défi au quotidien que de résister aux cloisons et barrières que l’homme a tendance à édifier si facilement !

Agréablement surprise
Par Ève Lanchantin, aumônerie universitaire à Toulouse.

Quelle question ! Fort heureusement, il m’arrive encore d’être agréablement surprise dans le cadre de mon ministère d’aumônier universitaire. Une petite anecdote : avant la tenue de l’assemblée générale de l’Église Réformée de Toulouse en mars dernier, le rapport moral et d’activités de l’Église a été envoyé aux étudiants qui en sont membres. Ils y ont découvert une phrase les qualifiant plus ou moins de « distancés de l’Église », qui les a choqués au point de provoquer une mini-crise au sein de l’aumônerie universitaire protestante. « Ce n’est pas parce que nous ne sommes pas du matin (lire : ce n’est pas parce que nous n’assistons pas toujours au culte dominical), disaient-ils, que nous avons pris nos distances par rapport à l’Église! Nous sommes de l’Église, nous sommes l’Église car nous sommes témoins de Jésus-Christ, de son Évangile et de la foi chrétienne dans des situations difficiles et dans des endroits où l’Église ne met les pieds que par notre personne interposée ». Personnellement, quand j’entends de telles affirmations, je me dis qu’ils ont tout compris.
Dans nos milieux d’Église, les commentaires sur la jeunesse d’aujourd’hui et ses multiples lacunes ne manquent pas, mais l’avenir n’est pas le sombre tableau que nous avons tendance à dépeindre. Notre génération (quelle qu’elle soit) n’a pas le monopole de la grâce qui se redécouvre génération après génération. Autrement dit : la relève, chers amis, est assurée

Se découvrir enfant d'Abraham !
Par Bertrand Bosc. Mission populaire à Lyon.

En arrivant l’été 2003 à Lyon, je savais qu’il y avait eu quelques incivilités et violences à la Duchère (jets de pierres, voiture bélier contre la synagogue). Le groupe Abraham, qui réunit  des croyants juifs, chrétiens et musulmans au foyer protestant, avait marqué sa solidarité par une présence bienveillante à la sortie de l'office du shabbat.
C’est alors que je faisais mon entrée dans le poste de la Mission Populaire à la Duchère. Pour m’investir en ces lieux, je pensais pertinent de rejoindre le comité de rédaction du journal de la Duchère. Dans ce temps où le débat sur le voile à l'école se radicalisait, je suggérais, candide, un dossier qui aborde les relations inter-religieuses pour plus de tolérance et de respect des convictions.

Un sujet religieux! Vous n'y pensez pas ? Trop explosif. J'argumentai, mais osai-je espérer une suite… L'idée toutefois fit son chemin. Le comité du journal décida qu'une parole serait bienvenue pour parler du  vivre ensemble à la Duchère. Désormais, il n'était plus question d'une double page au fond d'un cahier… ce serait le cahier lui-même. La veille, la neutralité laïque semblait interdire tout dossier à caractère religieux et tuait le projet dans l'œuf. Aujourd'hui, il était entendu que le dossier serait élaboré sous la responsabilité du « Groupe Abraham ». Celui-ci a la reconnaissance publique ; il est investi d'un rôle pédagogique ; sa caution exclut la crainte du prosélytisme. Le numéro s'intitulait : « À la rencontre des enfants d'Abraham ». Il a été diffusé en quadrichromie à 7 500 exemplaires. Puis, cette réalisation a donné des idées, sans même se demander si cela était laïquement correct. Un tract fut joint au journal pour annoncer une soirée-débat sur notre thème.

Lancé dans ce projet, comme jadis Abraham sur les routes, j'ai marché plutôt confiant mais bien vite ; le projet initial a été bousculé par un « sacré » souffle qui a traversé en force les institutions et le quartier. C'était vertigineux !