de juin 2002

Religions… guerre ou paix?

Religions... guerre ou paix?

Éditorial, Jean-Marc Meyer

Concerts

Méditation

Une autre économie? Lecture de la Parabole des talents, Matthieu 25, 13-30, Jean-Marc Saint
Les articles


Le Dossier

Les religions fautrices de guerre?

les religions en marche vers la paix ou vers la guerre?

 
GUERRES DE RELIGIONS: LE POUVOIR DE LA LAÏCITÉ. Odon VALLET. Propos recueillis par Elisabeth Hausser
LA VIOLENCE EST INCONTOURNABLE. Entretien avec Olivier ABEL, professeur de philosophie à la Faculté protestante de Théologie de Paris. Propos recueillis par Eliane HUMBERT.
QUE FAIRE DU DIEU GUERRIER DANS LA BIBLE? Par Thomas RÖMER professeur d'Ancien Testament et, Doyen de la faculté de théologie de Lausanne.
LE CHRISTIANISME ET LA GUERRE JUSTE. Entretien avec Hubert BOST, professeur d’histoire à l’Institut protestant de Théologie de Montpellier. Propos recueillis par E. HUMBERT.
LA FRAGILITÉ DU DIEU DE LA CROIX, Jean ANSALDI


Éditorial
Ce qui m’a le plus énervé ce soir du 5 mai 2002, ce n’est ni le score encore relativement élevé du Front National ni l’attitude à peine triomphaliste de ceux qui sortaient vainqueurs de la bataille du seul fait d’un choix qui n’en était pas vraiment un.
Ce qui m’a énervé ce soir, c’est la façon dont les grands médias télévisés ont traité cette information.

Entre la chaîne qui s’attarde pendant dix minutes à vouloir suivre la voiture du président élu dans les ruelles de Paris, espérant (ou plutôt : désespérant), par son journaliste peu rassuré sur sa moto, obtenir une image furtive (quel scoop !) ; entre les débats tronqués et parole coupée aux invités de tous bords, parce qu’on veut absolument montrer des images de la place de la République ou de la Bastille ; entre les chiffres lancés à la volée et se contredisant l’instant d’après… la soif d’audience et de sensationnel l’a une fois encore emporté sur le débat clair et serein.
Moi, je voulais entendre les femmes et les hommes politiques s’exprimer, s’expliquer… Oh, je sais bien qu’ils radotent parfois ; mais voilà : ça m’énerve quand un - ou une - journaliste se permet sans vergogne de les interrompre dans leur raisonnement juste parce que la voiture de M. le Président passe dans la rue… Je sais bien aussi que les divers partis se jettent la pierre et se chicanent dans ce genre de discussions publiques, mais n’est-ce pas le rôle d’un journaliste que d’animer et de gérer le débat, de manière juste et impartiale, plutôt que de l’influencer ou de le couper au bout de trois minutes parce qu’il y a une image à passer ?

Bon sang ! Croient-ils donc que nous ne sommes pas capables de réfléchir et d’écouter une argumentation plus de cinq minutes ?

Les médias - c’est mon avis - ont  une énorme responsabilité dans le débat politique, car la majorité des électeurs ne vivent la politique que par les médias. Pour preuve : ces nombreuses personnes, dans ces petits villages tranquilles, qui ont peur de l’insécurité « parce qu’on l’a vu à la Télé… » ! Seulement voilà : un vrai débat, ce n’est pas donner trente secondes à quelqu’un pour répondre à une question importante, ou vingt minutes pour répondre à cinquante questions.
Pourquoi les électeurs de notre pays sont-ils perdus, déboussolés, aigris ? Parce qu’on ne leur permet plus, tout simplement, de réfléchir, de raisonner, de développer des arguments…

Mais que tous ceux qui tentent de faire honnêtement et consciencieusement leur travail d’information me pardonnent cet accès d’humeur. Il faut le reconnaître, ce fonctionnement des médias n’est que le reflet de nos fonctionnements individuels à tous : aujourd’hui, tout doit aller vite, encore plus vite, toujours plus vite, même les décisions fondamentales pour notre avenir. Sinon, on zappe… et on oublie tout bêtement de réfléchir !
Et si on se redonnait le temps. Le temps de la discussion, le temps de la découverte et de l’analyse des de « l’adversaire », sans impatience et sans préjugés. Juste se donner le temps d’écouter et de se faire écouter, de comprendre et de se faire comprendre avant que de s’engueuler, de se censurer et de se jeter l’anathème…
Sans tomber dans un idéalisme rêveur, je crois que sans cet effort, nous ne résoudrons pas de sitôt les conflits et haines viscérales entre les différentes idéologies, les différents partis, les différents peuples et religions aussi, qui font la richesse et la diversité de notre pays et de notre monde.
Ni la dissolution de nos esprits par des informations aussi sensationnelles que déstructurées, ni les passions exacerbées d’un bord comme de l’autre, ni les fanatismes politiques ou religieux n’apporteront une solution globale.
Mais seulement la raison et l’intelligence… le simple bon sens, quoi !
 

Jean-Marc MEYER



Concerts
 
Dimanche 9.6 à 17h au temple de Huningue: Union Chorale
Chants sacrés et chants de la liturgie orthodoxe, chants tirés d’une œuvre pour chœur d’hommes "Jéricho", chants profanes d’ici et d’ailleurs ainsi que des spirituals.
Dimanche 16.6 à 10h au temple de Huningue
Culte avec orchestre de cuivre. Dans le cadre du "25. Badischer Landesposaunentag".


Méditation
Une autre économie?
Lecture de la Parabole des talents, Matthieu 25, 13-30
Logique de la dette
Trois personnages interviennent. La parabole souligne la conduite du troisième; celui qui a enterré (sic) le talent pour qu’il ne soit pas volé et qu’il puisse le rendre au retour de l’homme parti en voyage. Pourquoi cet enterrement? Lui seul le sait! C’est dans sa tête. Il sait que ce "maître" moissonne là où Il n’a pas semé… C’est évident. Pourtant, si les choses allaient leur cours comme il le sait, il devrait, en toute bonne logique, placer la somme remise avant de la restituer à ce méchant augmentée des intérêts acquis. Le maître le lui rappelle vertement à l’heure de vérité: Tu aurais dû remettre mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j’aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt. Ailleurs, Jésus déclare: c’est la mesure dont vous vous servez qui servira de mesure pour vous (Mathieu 7, 2).

Donné, c’est donné!
Y aurait-il toutefois une autre mesure? Une autre économie ? Les deux premiers serviteurs ont fait ce qu’ils savaient faire avec ce qui leur avait été donné. Ils ont fait des affaires! Ils ont doublé la mise. Ce sont des gens fiables. À l’opposé, le troisième, apparemment, n’a pas compris que le talent lui avait été donné. Il a cru qu’il lui était seulement prêté. Pourtant, à la lettre, le maître leur avait dit, qu’il leur livrait la somme qu’il plaçait entre leurs mains. Mais ce qu’il croyait au sujet de ce maître l’a emporté sur ce qu’il pouvait entendre de ses deux oreilles. Du coup, il a ignoré ce que les enfants savent bien: donné c’est donné! Il s’est enfermé machinalement dans la logique de la dette - à la façon de ces gens se prétendant les gérants de leurs biens, qui se montrent intraitables envers leur prochain. œil pour œil, dent pour dent c’est le système de la dette! À l’opposé, la vie se révèle une redondance du don. C’est un autre point de vue. Mais quand on méconnaît la redondance de la vie, on a peur…
Comment donner si on s’interdit de recevoir gratuitement? On a compris que le mot "talent" ne désigne pas ici ce que nous appelons aujourd’hui une capacité ou une aptitude, mais que c’est le nom d’une unité monétaire en usage à l’époque. Les sommes distribuées en talents sont considérables . Les protagonistes du récit font bel et bien fortune! Voilà que règne soudain une ambiance de conte de fée, comme s’il fallait souligner la sorte de miracle que c’est d’avoir quelque chose entre les mains sans l’avoir demandé. Certes, la donne s’avère inégale: cinq talent pour le premier, trois pour le second, un pour le dernier. Dès lors, qui ne criera à l’injustice s’il louche par-dessus l’épaule de son voisin? Sauf que cette inégalité pourrait être juste, car elle serait appropriée au cas de tous et de chacun: chacun a reçu selon ses capacités. Ce qui va de soi dans le cadre de la parabole, puisque tous en disposent d’une grande ou petite. Mais le dernier n’en fait rien! Il ne croit pas au don reçu. C’est la seule explication. Il perdra tout.

Le moment de vérité
Au retour le maître ne demande pas qu’on lui rende des comptes. Les sommes remises et leurs produits ne sont pas réclamés comme des dus. Par contre, on lui donne des comptes rendus. Chacun se présente à son retour comme un enfant fier d’avoir fait quelque chose en l’absence de ses parents. C’est le moment de vérité. À tout homme qui a on donnera. Tous ont eu, ne serait-ce qu’un talent...

Sanction pragmatique?
La parabole accable l’homme de la dette et son Dieu en tête. Il est dépossédé du talent qu’il avait si bien caché pour le restituer à l’identique le jour de la remise des dettes. Et le "peu" qu’il avait par rapport aux autres est placé en d’autres mains… S’il s’agit de faire fructifier, la conclusion s’impose, mais quelle cruelle conclusion: montrer avec force ce qu’il en serait de la vie si la conduite du troisième homme devenait la norme absolue. Alors viendrait l’envers de la vie: l’horreur de ces ténèbres extérieures où rien ne fructifie.

Jean-Marc SAINT
 



Des catéchumènes au Défap
 
Du 11 au 13 avril, les catéchumènes de première et deuxième année de Thann et Cernay ont séjourné au Défap (Service Protestant de Mission), à Paris. Emmenés par les pasteurs Thierry MUHLBACH et Anne TROSINO, ce fut pour ces 16 adolescents l'occasion de découvrir Paris et quelques aspects des richesses culturelles et touristiques de la capitale, tout en s'initiant à la dimension de l'Église Universelle qui imprègne la Maison des Missions Protestantes au 101 boulevard Arago.

Le déroulement
Jeudi: départ en train de bonne heure. À l'aller les groupes de Thann et de Cernay restent chacun de leur côté. Après le train, le métro jusqu'au Défap.  Aussitôt les sacs posés, nous partons au musée d'art et d'histoire du judaïsme. Parmi ce qui nous a le plus marqué il y avait: un plan en relief de Jérusalem, les petits rouleaux de la Torah ...
Nous sommes allés visiter la Cathédrale Notre Dame. Les confessionnaux en bois d'autrefois sont remplacés par des box vitrés.  Sur les quais de la Seine presque tous les bouquinistes avaient fermés.  Nous sommes rentrés au Défap, nous avons chanté et fait un jeu pour apprendre à nous connaître.
Vendredi: direction le musée des arts d'Afrique et d'Océanie. C'est l'occasion de découvrir les aquariums, les costumes africains, l'artisanat en fil de téléphone, les odeurs qui flottent en Afrique du Sud: le lait caillé et le Bushu nous ont fait reculer, le géranium et l'orange sont plus agréables.  Nous avons aussi visité le zoo de Vincennes qui se situe juste à côté du musée: le rhinocéros blanc est grisâtre et un ours à lunettes faisait la sieste dans son hamac. Dommage que la montagne était fermée et que les pandas manquaient à l'appel. Ensuite nous sommes rentrés au Défap où Philippe MARY nous attendait pour nous faire découvrir le Défap. Grâce à un jeu nous avons constaté que les populations et les richesses sont très inégalement réparties sur les cinq continents. Nous avons compris pourquoi certains quittent leurs pays pour trouver de meilleures conditions de vie ailleurs. Le soir nous sommes allés au cinéma voir "Le Boulet".
Samedi: nous ne voulions pas quitter Paris sans être montés à la Tour Eiffel. Surprise: la Tour Eiffel est brune! Le voyage du retour en train était très animé.  Nous aimerions bien retrouver nos copains une autre fois.
(Baptiste, Camille, Aurélie)

Impressions
Dans l'ensemble, j'ai été très satisfaite de mon voyage. Le plus gros inconvénient, ce fut que vous nous comptiez TROP dans le métro. Il fallait nous faire plus confiance, nous ne sommes plus des bébés.
Ensuite, le musée du judaïsme aurait été génial si nous avions mieux connu la Bible, car je n'ai pas tout compris!
Les deux soirs étaient très bien, et les repas aussi.
Ensuite la visite du musée des Arts africains et océaniens ainsi que la visite du zoo et de la Tour Eiffel furent très agréables, intéressants et magnifiques. (Marie)
Dans le train entre Mulhouse et Paris, j'étais dans un compartiment avec Marie, Camille, Baptiste et une fille de Cernay qui s'appelle Aurélie.  Nous ne sortions jamais de notre compartiment. Je jouais à la Game Boy.  Nous écoutions aussi le walkman et nous avons joué aux cartes.

Le Musée du Judaisme était ennuyeux car c'était une visite guidée et nous avions mal aux pieds. Le Musée des Arts d'Afrique et d'Océanie était très intéressant.  J'ai voulu faire quelques photos mais je n'avais plus de pellicules.
La dernière nuit, toutes les filles de notre chambre sont venues dormir avec nous dans la mezzanine.
Dans le train du retour, j'étais cette fois-ci avec Camille, Marie, Aurélie, Nathalie et Benoît et nous nous sommes bien amusés.
Le voyage était très bien organisé et nous nous sommes fait des amis en nous amusant.  C'était aussi très sympa de chanter.
(Marguerite)

Un autre regard sur le monde.
Les cartes de géographie sont éditées selon des conventions qui veulent que le nord soit "en haut" et le sud "en bas". Celles-ci, nécessaires, ne sont pourtant pas neutres, elles reflètent un point de vue arbitraire, celui des européens.
Sur les cartes classiques (projection de Mercator, pratique pour la navigation et pour mesurer les distances), l'Europe est pratiquement au centre et apparaît comme bien plus grande qu'elle ne l'est en réalité, si l'on compare sa superficie réelle à celle de l'Afrique par exemple. Les cartes éditées avec la projection de Peters conservent les rapports entre les superficies des différents continents mais ne permettent pas de mesurer les distances entre deux points. L'Europe y semble bien petite, et l'Afrique immense.
Cette autre carte, d'aspect étrange, nous a fait toucher du doigt combien nos points de vue sont orientés et partiaux, et qu'il est instructif de changer de place, pour considérer les choses sous un autre angle et s'ouvrir ainsi à d'autres réalités.
[Carte projection de Peters avec le sud vers le haut]
Si le monde était un village
Si on pouvait réduire la population du monde en un village de 100 personnes tout en maintenant les proportions de tous les peuples existants sur la terre, ce village serait ainsi composé:
57 asiatiques, 21 européens, 14 américains (Nord, Centre et Sud) et 8 africains.
Il y aurait:
52 femmes et 48 hommes, 30 blancs et 70 non blancs, 30 chrétiens et 70 non chrétiens, 89 hétérosexuels et 11 homosexuels, 6 personnes posséderaient 59% de la richesse totale et tous les 6 seraient originaires des USA. 80 vivraient dans des mauvaises maisons, 70 seraient analphabètes, 50 souffriraient de malnutrition, 1 serait entrain de mourir, 1 serait entrain de naître, 1 posséderait un ordinateur, 1 aurait un diplôme universitaire.
Si on considère le monde de cette manière, le besoin d'accepter et de comprendre devient évident.  Prends en considération aussi ceci:
Si tu t'es levé ce matin avec plus de santé que de maladie, tu es plus chanceux que le million de personnes qui ne verra pas la semaine prochaine.
Si tu n'as jamais été dans le danger d'une bataille, la solitude de l'emprisonnement, l'agonie de la torture, l'étau de la faim, tu es mieux loti que 500 millions de personnes Si tu peux assister à une réunion religieuse sans crainte, ni persécution, ni arrestation, ni torture ou mort... tu es plus chanceux que 3 millions de personnes dans le monde.  Si tu as de la nourriture dans ton frigo, des habits sur toi, un toit sur ta tête et un endroit pour dormir, tu es plus riche que 75% des habitants de la terre.
Si tu as de l'argent à la banque, dans ton portefeuille et de la monnaie dans une petite boîte, tu fais partie des 87% des plus riches du monde.
Si tes parents sont encore vivants et toujours mariés, tu es une personne réellement rare.
Si tu lis ce message, tu es doublement chanceux, parce que quelqu'un a pensé à toi et surtout parce que tu ne fais pas partie des deux milliards de personnes qui ne savent pas lire.

Anne Trosino
 

Fête du consistoire
Plus d'une centaine de personnes se sont retrouvés au centre du Torrent à Storckensohn le jeudi de l'Ascension pour la désormais traditionnelle fête du consistoire.
Une assemblée studieuse pour la présentation d'un documentaire consacré au travail de la Cimade en Palestine a eu l'occasion de poser toutes les questions que suscite l'actualité dramatique à René RICH, membre de la Cimade. Un débat passionné à réuni les participants dans l'après-midi autour de Jean-Marc SAINT sur le thème des questions qui se posent aujourd'hui à notre Église.
Un temps des plus clément a permis d'organiser le culte dans la clairière au bord du Torrent au cours duquel le président du Consistoire, Philippe AUBERT a saisi l'occasion de rappeler que la tâche de l'Église dans le monde moderne est précisément d'être le lieu d'une parole engagée, un dernier rempart contres tous les fatalismes.
Merci à toute l'équipe du Torrent pour l'excellente organisation et rendez-vous à l'Ascension 2003.

les jeunes au Gazon vert

Gérard ITTI (1912-2002)
Souvenirs ou portrait esquissé…
 
Y-a-t-il un moule unique dans lequel une pâte lèverait d'où résulterait un pasteur bien défini dont les traits passe-partout s'appliqueraient à tous?
Persuadé que maintes anecdotes se bousculeraient pour vous offrir en petit album photo quelques images auxquelles vous ajouteriez les vôtres, je ne m'attendais pas à devoir m'y reprendre à plusieurs reprises pour vous livrer les lignes ci-dessous.
Homme de la parole, publique ou dans le contact avec ses paroissiens, cela tout pasteur l'est; de plus, fierté ou amour propre protestant, il se veut aussi homme du Livre Saint, qu'il écoute et transcrit pour ses auditeurs.
Ainsi encadré par son exercice professionnel, je me plaçais devant mon ancien collègue dont je fis la connaissance à l'automne 1958 et avec lequel j'ai collaboré une bonne vingtaine d'années jusqu'à sa retraite à la fin des années 70. Comment l'ai je découvert?

Pour ma tâche d'alors auprès des jeunes du consistoire, il me fallait être accepté et collaboré avec mes collègues déjà à la tâche. Les rencontres régulières entre pasteurs paraissaient le moyen de contact aisé mais Gérard ITTI y assistait rarement et s'y taisait surtout: je le soupçonnais de s'y ennuyer. Aussi préférait-il s'en abstenir.

Cette place à part, l'avait-il voulue? J'avais retenu de quelques remarques réticentes, ou vaguement irritées, qu'il ne laissait pas indifférent. Quel original allais-je rencontrer? À son domicile, avenue de Colmar, je le découvris: son abord fut chaleureux autant que les murs de son bureau étaient sombres; solidement assis, son regard vif m'observait, une petite flamme dansant dans ses yeux.

Le courant passa entre nous. Loyauté et opinions affirmées, souvent carrées, feront contraste avec sa rondeur disponible.

Vînt le premier dimanche où tous trois, Raymond VIX, Gérard ITTI et moi présidions aux deux cultes dominicaux. J'y découvris ses talents de prédicateur. Une langue allemande précise de belle facture classique littéraire était maniée avec grande aisance. Puis venait, avec un même thème biblique, un sermon français plus familier et simple de ton. Plus tard, j'appris que cinq mots sur une demi feuille était pour lui un canevas suffisant pour un sermon souvent étincelant, sauf, ma foi, lorsque le fil mémorisé se rompait.

Rond et carré, avenant et proche mais aussi discret sinon secret: aujourd'hui encore, un sourire au coin des lèvres, il défiait mes essais de description.

Il m'a fallu voir surgir notre Molière alsacien, Germain MULLER qui, dans l'une de ses revues, trouve un jeu de mots pour décrire l'Alsacien biculturel, frondeur ou ironique bourré de ses richesses contradictoires. Au lieu de "veaux" chers au Général de Gaulle, nous voici devenus des "Parad-Ochsen". Oui, Gérard ITTI acceptait ou même cultivait ses paradoxes. Comment son interlocuteur allait-il se définir lorsque, sous forme de boutade, il vous apportait la contradiction ou l'instant d'après faisait volte-face pour être ailleurs que cinq minutes auparavant? Manière de protéger son intimité ou sa grande sensibilité? Si d'aventure, sans le vouloir, vous le preniez à rebrousse poils, d'un mouvement énergique de tête, il soulignait un ou plusieurs "Non" sonores. Si son visage changeait de couleur, l'orage était dans l'air. Mais quelques instants après, souriant, il pouvait annuler son opposition vous disant: "Oui, après tout…"

Un homme à facettes multiples: combien de temps ai-je mis pour découvrir le fin lettré s'intéressant comme le grand J. Jérémie OBERLIN, aux auteurs médiévaux, lointains ou inconnus pour moi.

Est-ce un éloge de le taxer de marottes ou de passions successives? Les unes et les autres ont-elles été le ressort caché de sa jeunesse de cœur et d'esprit, impression forte qui me reste de lui?

J'aurais aimé assister à telle réunion de jeunes adultes ou adolescents capable de sa transmuer en tournoi de belote. À quoi servaient les instruments à vent, qui se trouvent encore à la Fraternité? Il y eût l'aventure du ciné-club. Puis s'y ajouta le chemin que Gérard ITTI parcourût avec son groupe de foyers aménageants à Storckensohn les baraques, ancêtres des pavillons actuels. Je garde souvenirs des dernières fêtes annuelles de la paroisse Saint-Paul où tout un jour, la Fraternité bruissait de haut en bas. Je pense aussi à cette salle, rue Hubner, remplie de confirmands d'or ou d'argent, où "noyé" au milieu des gens, je ne l'avais pas vu en entrant. Mlle ou M. FÉDÉRLÉ lui donnant la parole, le tribun populaire qu'il était en trois phrases faisait rire ou émouvait son auditoire.

Reste brièvement à exprimer ma reconnaissance pour la triple leçon qu'il ma laissa, sans doute sans le savoir. Sans lui et ses efforts durant la 2ème guerre et l'immédiat après-guerre, la cohésion initiale de "ma" future paroisse Saint-Marc n'eût pas été. Comme tout pasteur, j'ai marché dans le sillon préparé par mon prédécesseur. J'ai admiré et respecté sa discrétion d'homme éprouvé qui a su à plusieurs reprises faire face et refaire surface: comment donc maîtrisait-il ses plaintes et ses révoltes? Mais surtout, il me fit faire quelques pas sur le chemin de la tolérance et de la générosité, lorsqu'au début de ma tâche à Bourtzwiller, sans budget, je dépendais de son soutien pour faire face à telle détresse… "lui ne les vaut pas, mais achetez-lui en deux paires de godasses: je pense à sa femme, qui se bat pour l'avenir des gosses…". Voir large et laisser le cœur ouvrir l'esprit pour se débarrasser de ses préventions ou fausses images…
Alors pour ce frère aîné, que je n'ai jamais tutoyé, me revient cette brève phrase d'Ésaïe: "Élargis l'espace de ta tente" (Ésaïe 54, 2).

À Dieu, Gérard ITTI, homme au riche et long vécu…

Jean-Robert Rinderknecht
 

PITIE POUR LES MALGACHES!
 
Il est un peuple dont l’histoire est une plaie perpétuellement réouverte.
C’est celui de Madagascar.
Après la colonisation, les massacres de 1947 dont il vaut mieux  ne pas parler, suivit l’Indépendance: changement de régimes et de tyrans… En 1991, «La Marche de la Paix», dont les manifestants furent décimés par les grenades de Ratsiraka, se déroula dans l’indifférence générale des nations. Les années s’écoulèrent ponctués par l’alternance des épidémies, des invasions de criquets et les cyclones successifs (7 en 2000),  lessivant habitations et récoltes sur l’Ile Rouge… Les aides internationales dont les habitants affamés de la côte Est n’ont jamais entendu parler, n’étaient pas perdues pour tout le monde… Ratsiraka, l’ancien Président, dit que le peuple verra bientôt le bout du tunnel, ce qui fit dire à l’archevêque d’Antanarivo que Madagascar possède le plus long tunnel du monde…

Les élections du 16 décembre 2001 suscitèrent un immense espoir: Le premier tour, très mouvementé, donna la majorité absolue (52% selon le Consortium d’observation des Elections) au nouveau candidat Marc Ravalomanana, maire très populaire de la capitale. Le ministère de l’Intérieur contesta ce chiffre pour le ramener à 46%. Les votes étaient manifestement truqués et souvent obtenus sous la menace, le chantage ou en échange de nourriture. Didier Ratsiraka, l’ancien président, exigea un second tour qui n’eut jamais lieu, car il refusa la vérification de l’authenticité des PV du premier tour dont plus de 5000 étaient grossièrement falsifiés. Ravalomanana voulut faire contrôler les résultats de chaque bureau de vote Ratsiraka s’y opposa et imposa un deuxième vote qui n’eut jamais lieu. C’est dans ce contexte, et porté par une foule immense, que Marc Ravalomanana prit le pouvoir… Ratsiraka se retira à Taomasina (Tamatave) qu’il déclara capitale de Madagascar, essayant ainsi de diviser le peuple par une guerre fratricide entre ethnies en dressant plusieurs régions contre la capitale, siège du nouveau gouvernement. L’économie est bloquée, les caisses de l’Etat sont vides. La plupart ne peuvent payer ni salaires, ni impôts… Juste avant Pâques, entre Fianarantsoa et Mananjary, une fraction de l’armée, partisane de Ratsiraka, massacre des sympathisants de Marc Ravalomanana. Aussitôt,  la population de Fianarantsoa se rue, sous une pluie de balles et de grenades, sur le palais du Gouverneur, favorable à l’Ancien Régime…

Des mercenaires, à la solde de Ratsiraka n’arrêtent pas de placer des barrages sur les routes, d’en rançonner les usagers, de faire sauter des ponts. Les aliments de première nécessité commencent à manquer… On dit que Ratsiraka veut affamer le peuple… Actuellement, le ton se durcit… Que disent les Autorités  Internationales?  Que fait la France officielle?

À la consternation de la plupart des sympathisants des malgaches, elle soutient, après une «courageuse neutralité», l’ancien président et juge légitime un gouvernement qui a massivement triché et qui refuse obstinément tout examen impartial des résultats du premier tour en prétendant «l’autoproclamation» du président Ravalomanana constitutionnellement illégale!.
Quelle nouvelle magouille justifie ce choix?
Sont-ce les intérêts du peuple malgache ou celui de certains investisseurs? On parle, sur le Web, des saphirs de Ratsiraka… La corruption serait-elle contagieuse? La Révolution Française et la prise de la Bastille étaient-elles constitutionnellement légales? Le général de Gaulle avait-il une autorité «légale et constitutionnelle» pour lancer son appel du 18 juin 1940? La France «légale» de l’époque était celle du Maréchal Pétain! (Tiré d’une déclaration du 22.02.2002 des «Français de Madagascar»). Le pays a beau être dans une misère indescriptible (6000 enfants dans les rues de Tana), offrant des salaires souvent inférieurs à 5 Euros par mois (Midi Madagasikara du 23.01.02), le gâteau semble tout de même juteux pour certains… Si cette situation d’enclavement se prolonge, les habitants des côtes ne pourront plus vendre leurs récoltes de café, de litchis, de canne à sucre etc… qui sont souvent leurs seules ressources… La famine et les épidémies risquent, comme en 1947, de faire bien plus de victimes (surtout des femmes et des enfants) que les balles, les bombes et les grenades…

Si la France et l’Opinion Mondiale appuyait le choix du  Peuple, qui finira par triompher, certains gouverneurs seraient moins réticents à la passation des pouvoirs. Cela réduirait les effusions de sang par une démocratisation plus rapide.

Ce que les amis de la Paix et de la Justice demandent aux lecteurs de ce message de détresse, ce n’est pas de faire un choix politique mais un choix humanitaire: celui publié dans le journal «La Croix» du 6 mars 2002: «Pour l’Eglise, Ravalomanana est l’élu des Malgaches» et de joindre vos voix à l’appel que le Père Pedro, le protecteur des sans-abri de Tana, a clamé sur TF1, le 4 avril 2002:  « Le peuple malgache est un peuple naturellement pacifique.
Les Malgaches ont voté Ravalomanana à 75% le 16 décembre dernier (…)» «On ne peut pas tolérer ce blocus économique. Nous avons demandé depuis toujours des écoles et des ponts, alors que maintenant on les fait sauter. On veut entraîner le peuple malgache dans le piège de la guerre civile».
A l’endroit de la France, Père Pedro a indiqué qu’il croit à la sensibilité du gouvernement français et de la classe politique française. «Vous avez le moyen d’agir. Vous pouvez exiger immédiatement la levée de ce blocus. Je fais appel à la communauté internationale et à la France».

Les millions de Malgaches qui ont manifesté durant deux mois n’ont été entendus ni par la France, ni par la Communauté internationale. Père Pedro le sera-t-il? Les protestants ne protestent plus guère… Le peuple malgache serait très réconforté par votre soutien: car il n’y a pas, que ce soit sur l’Ile Rouge ou ailleurs dans le monde, de paix sans justice.

Bernard Meyer

Sources: Midi Madagasikara: www.dts.mg/midi/
                Matvonline: www.matvonline.tv/
                et de nombreux E-mails concordants provenant d’amis apolitiques oeuvrant dans l’humanitaire et rencontrés sur place.
 

Position à propos de l'accueil et de l'hébergement des demandeurs d'asile
La situation de l'accueil et de l'hébergement des demandeurs d'asile est devenue intolérable. Elle conduit à des souffrances physiques et psychiques qui ne font qu'accentuer la détresse d'hommes et de femmes déjà gravement éprouvés.
Les Églises protestantes d'Alsace et de Moselle tiennent à exprimer leur pleine solidarité avec les organismes chargés de l'accueil des demandeurs d'asile, notamment l'Association Casas de Strasbourg, la Fédération Nationale des Associations d'accueil et de réinsertion sociale (région Alsace) et la Fédération de l'Entraide Protestante.
Elles appuient leurs demandes de création de structures d'hébergement, adressés à la préfecture et aux Directions Départementales des Affaires Sanitaires et Sociales.
Les demandeurs d'asile, pendant la durée de l'instruction de leurs demandes, doivent pouvoir être accueillis et hébergés dans des conditions dignes.

Jean-Paul HUMBERT
Président du conseil synodal de l'Église Réformée d'Alsace et de Lorraine.
Marc LIENHARD
Président du directoire de l'Église de la Confession d'Augsbourg d'Alsace et de Lorraine.
 


Le Dossier
Les religions fautrices de guerre?

GUERRES DE RELIGIONS: LE POUVOIR DE LA LAÏCITÉ

Odon VALLET, historien des religions, enseignant à la Sorbonne, est l’auteur d’"Une autre Histoire des Religions" (Gallimard Découverte) et du "Petit Lexique des Idées fausses sur les Religions" (Albin Michel)
Propos recueillis par Elisabeth Hausser

Odon VALLET, vous avez montré que toutes les religions ont provoqué des guerres, même celles qui, à l’origine, prônent la non-violence - tels le christianisme et le bouddhisme. Est-ce dans la nature même des religions de vouloir prendre le pouvoir et le conserver par la force?
 
Odon VALLET. Si une religion s’incarne dans la vie quotidienne, elle ne peut être indifférente au gouvernement des hommes, des femmes et des choses. Il y a des rapports étroits entre la cité terrestre et la cité céleste, comme disait saint Augustin. La notion de laïcité ne date guère que du 19è siècle et elle demeure aujourd’hui très minoritaire dans le monde. La France est un des rares pays où les ministres des différents cultes ont été presque totalement tenus à l’écart des grandes décisions politiques. Il n’est d’ailleurs pas sûr que cette mise à l’écart s’éternise et certains songent à une remise en chantier, voire à une remise en cause de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État.
Il y a divers degrés d’influence de la religion sur le pouvoir. Le degré maximum est la théocratie dont les deux derniers exemples sont les États du Vatican jusqu’en 1870 et le Tibet gouverné par le Dalaï-Lama jusqu’en 1950. Mais, sans exercer directement le pouvoir, les religieux peuvent l’influencer profondément: dans les pays islamistes, les dirigeants ne peuvent aller contre les vœux des religieux et, d’ailleurs, ils ne tolèrent l’exercice d’aucune autre religion que l’Islam. Il y a enfin des pays où les religieux sont étroitement liés aux forces répressives et aux milieux dirigeants: c’est ce qu’on appelait "le sabre et le goupillon" ou, au temps de METTERNICH, la Sainte Alliance du trône et de l’autel.
N’oublions pas qu’à l’inverse, il y a des cas où la religion joue un rôle majeur dans la contestation du pouvoir. Ce fut le cas dans la Pologne de Lech WALESA ou dans l’Amérique latine de la Théologie de la Libération.
Parfois même, cette contestation du pouvoir peut être violente. Il en fut ainsi dans le Mexique du début du19è siècle quand la lutte contre le colonisateur espagnol fut menée par les curés HIDALGO et MORENOS, le fusil à la main.
Est-ce que toute réforme, toute volonté de changement à l’intérieur d’une religion engendre la violence?
 
O.V. Toute réforme religieuse va à l’encontre du principe d’éternité. Si une religion peut être réformée, c’est que ses principes étaient partiellement erronés. Toute réforme peut, à la limite, conduire à la révolution. Parfois elle s’arrête avant et c’est ainsi que la Guerre des Paysans a limité l’impact de la Réforme luthérienne(1), qui fut ultérieurement menée à un point plus avancé par CALVIN, lequel suscita, à son tour, des réactions dont Michel SERVET fit les frais. Ces luttes entre conservateurs et réformateurs concernent toutes les religions: le concile Vatican II a entraîné de nombreux refus de la réforme. A une époque plus lointaine, les débats entre le Petit et le Grand Véhicule bouddhistes ont amené des troubles en Inde, que l’empereur ASHOKA a essayé d’arbitrer comme l’empereur Constantin essayait d’arbitrer les disputes entre chrétiens ariens et non-ariens(2).
Pourquoi toutes les discussions à propos de religion sont-elles si longues et difficiles?
 
O.V. Toute discussion doit mener à des décisions. Il faut savoir clore un concile, qu’il soit bouddhiste ou chrétien. Clore un débat, c’est faire des choix et donc exclure des idées. Même les motions de synthèse ne peuvent inclure les extrêmes des deux camps. Ce qu’on appelle dans le catholicisme "la majorité conciliaire" englobe 80 % des évêques; il reste 20 % de mécontents.
Toute croyance pose des actes de foi qui sont autant de postulats révélés et ne laissent pas d’autre choix que d’y répondre: "J’y crois" ou "Je n’y crois pas". A moins d’être caodaïste et de vénérer Moïse, Jésus, Bouddha et Confucius (3), tout credo a pour symétrique non credo. C’est la raison pour laquelle on ne peut clore une querelle religieuse comme une querelle politique car les compromis en matière de religion sont souvent assimilés à des trahisons. Une guerre de religion peut donc, malgré un armistice temporaire, reprendre quelques décennies ou quelques siècles plus tard. Le différend entre Hindous et musulmans dure depuis quatorze siècles et fait toujours des victimes.
On notera que le président BUSH avait, à un moment, parlé de "croisade" contre l’islamisme; il faisait allusion à une guerre qui a presque un millénaire. Il n’y a pas de guerre éclair en matière religieuse. Nous sommes ici dans le domaine de la longue durée. Le seul espoir est celui d’une atténuation des conflits, ne rêvons pas à leur disparition.
- Les dialogues inter-religieux engagés actuellement en Europe peuvent-ils vous donner tort?
 
O.V. Le dialogue inter-religieux ne peut prospérer que dans la laïcité. Si le pouvoir politique, économique ou culturel privilégie une religion, il va fausser les termes du dialogue. Seule une laïcité respectueuse de toutes les confessions et classant celles-ci dans la sphère privée peut permettre un débat religieux serein. Les protestants ayant, en France, été les premiers et parfois les seuls à accepter intégralement la laïcité, sont sans doute mieux placés que d’autres pour comprendre l’utilité de ce dialogue et les conditions nécessaires à son succès.


- Vous avez écrit que ce sont les femmes qui feront bouger l’Islam. Entendez-vous cela d’une manière générale?

 
O.V. La condition musulmane dépend beaucoup des sociétés pré-islamiques. Le voile islamique était déjà mentionné par les lois assyriennes du roi Teglaphalazar 1er mille sept cents ans avant le prophète Mahomet. Le problème est de savoir si la condition des femmes du Proche-Orient d’il y a 3 000 ans peut encore convenir aux jeunes filles d’aujourd’hui. Seules les musulmanes elles-mêmes peuvent répondre à cette question.
On ne doit en rien les contraindre, encore moins les persécuter. On peut seulement les accueillir en leur donnant les possibilités de s’épanouir personnellement sans pourtant renier leurs traditions et leur civilisation. Elles auront à faire le travail que les femmes chrétiennes ont eu et ont encore à mener. Après tout, il y a seulement cinquante ans, on n’allait pas à l’église sans avoir la tête couverte. Saint Paul ne le demandait-il pas?
 

(1) Il est admis que si Luther fut freiné dans son élan, ce fut en raison des nombreux mouvements théologiques autant que de la Guerre des Paysans menée dont Thomas Münzer, qui s’était séparé de lui, avait pris la tête.
(2) L’arianisme (du prêtre alexandrin ARIUS) est une doctrine du IVe siècle qui niait la consubstantialité du Père et du Fils. Condamnée par deux conciles, elle était très répandue chez les peuples Germains évangélisés (Goths, Vandales, Lombards).
(3) Né en 1925 dans le Vietnam alors français, le caodaïsme est une religion syncrétiste qui fusionne les trois religions orientales les plus anciennes (bouddhisme, taoïsme, confucianisme), le christianisme, des croyances populaires et le culte d’hommes illustres.

LA VIOLENCE EST INCONTOURNABLE
Entretien avec Olivier ABEL, professeur de philosophie à la Faculté protestante de Théologie de Paris où il a donné un cours sur la guerre.
Propos recueillis par Eliane HUMBERT.
 
Vous avez dit: " le protestantisme était un pessimisme qu’il faut réveiller", pouvez-vous préciser?
- La Renaissance est une période pleine d’optimisme sur l’être humain, sa nature, ses facultés,... Les Réformateurs plus pessimistes, constatent que l’homme est capable du pire: il est capable de préférer se faire du mal à lui même pourvu qu’il en fasse aussi à son ennemi, plutôt que de se procurer un bien qui serait aussi un bien pour son ennemi (1). Actuellement le postulat libéral de nos sociétés est que chacun en cherchant son bien-être contribue au bien-être général, mais ce postulat n’est pas toujours réaliste.
Il me semble que le fort devient toujours barbare avec le faible, il faut donc armer le faible d’un contre-pouvoir. Pour que la barbarie s’arrête, il faudrait retrouver le sens “épique”: traiter l’ennemi avec équité, avec respect, avec admiration même, comme David épargnant Saül, comme Hector traité en héros par ses ennemis (l'Iliade). L’amour de l’ennemi dans l’évangile n’est ni optimiste (il n’y a pas d’ennemis, nous sommes tous frères) ni pessimiste (on ne peut pas dépasser l’opposition ami./ennemi), il est «épique».

- Le conflit a-t-il un sens?
- La différence et la discorde font partie de l’être humain. La confrontation est le moteur des recherches, des inventions, des découvertes. D’après Georges SIMMEL (philosophe du début du XXe siècle) quand une société ne supporte plus de désaccords, de pluralité, de différences en son sein, la violence se déclenche pour revenir à l’unité. Mais parfois la violence armée est le seul moyen pour forcer un peuple à sortir d’un rêve collectif et à regarder la réalité en face.
Le conflit existe aussi au sein de l’amour qui est le fondement des monothéismes, car partout où il y a amour il peut y avoir des forces de haine. L’amour est le désir de communiquer une joie. Or on peut imposer un mal, mais pas une joie, et la déception de l’amour peut engendrer la haine. Une haine d’autant plus violente que l’amour est plus fort. Amour et haine doivent être pensés ensemble.

- La violence est-elle donc inévitable?
- Les grands mouvements religieux apparaissent dans des périodes d’effondrement de systèmes politiques et d’émergence de nouveaux systèmes; mais l’humanité ne sait pas démolir un régime sans violence. Pour changer de régime il faut changer de rapport à Dieu, accepter de lâcher prise, d’abandonner nos certitudes; accepter de dire: le monde est complètement différent de ce que nous pensions,... nous sommes différents de ce que nous pensions être.

- Existe-t-il dans l’histoire des modèles du "lâcher prise" qui le justifieraient aujourd’hui?
- Le rapport à Dieu est une manière de formuler le rapport à l’autre. Dans la Bible le rapport à Dieu revêt des formes différentes selon qu’il est centré sur la loi, ou la prophétie, ou la louange, et cela crée des communautés différentes. Au XVIe siècle, le renouvellement profond du rapport à Dieu a transformé la notion d’individu et de ses droits, et le politique a été complètement redéfini sur de nouvelles bases. Ce modèle “moderne”, très ébranlé au XXe siècle, est en train de s’effondrer: il n’est plus en phase avec la mondialisation, les réseaux... L’autonomie de l’individu a été vécue comme une libération, mais à la longue c’est épuisant psychiquement d’être toujours responsable et toujours fautif. Tant sur le plan spirituel que sur le plan des formes politiques mais aussi des formes du conflit un nouveau modèle se cherche: les conflits qui apparaissent (11 septembre 2001) n’ont rien à voir avec les anciennes guerres des nations et prennent les stratèges à contre pied: ce n’est pas leur terrain, cela tient du religieux. Les religions sont facteur de guerre, c’est vrai, mais s’il n’y avait pas les religions ce serait pire, car elles savent démolir tout en reconstruisant, et il ne faut pas sous estimer le côté irrationnel de l’humanité, même jusqu’à sa capacité suicidaire.

 (1) D’après le philosophe Pierre BAYLE (1647-1706)

QUE FAIRE DU DIEU GUERRIER DANS LA BIBLE?
Les textes bibliques qui mettent en scène un Dieu guerrier posent un problème à nos contemporains et à nous-mêmes.
Par Thomas RÖMER professeur d'Ancien Testament et, Doyen de la faculté de théologie de Lausanne.
 
L'image d'un Dieu mêlé à la guerre a largement contribué à la mauvaise réputation du Dieu de l'Ancien Testament. Comment se situer face aux textes bibliques, comme par. exemple le livre de Josué, qui décrit l'installation d'Israël dans le pays comme une conquête militaire, un Blitzkrieg, menée sous la conduite du Dieu d'Israël?

Plus fort que le dieu Assur.
Il faut tout d'abord insister sur le fait que les auteurs qui nous ont transmis le livre de Josué étaient confrontés à l'idéologie assyrienne, dominante dans le Proche-Orient ancien du IXe au VIIe siècle av. J-C. Selon l'idéologie assyrienne Assur, le Dieu national de l'empire, était le Dieu invincible qui menait toutes les guerres de l'Assyrie pour lui soumettre tous les peuples de la terre. Pour les théologiens judéens cette affirmation allait à l'encontre de la souveraineté du Dieu d'Israël. Ils reprenaient le modèle assyrien en les tournant contre les Assyriens. Ils voulaient montrer que Yahweh était plus fort qu'Assur et que le Dieu d'Israël avait donné le pays à son peuple en chassant tous les occupants, et les occupants du pays de l'époque étaient justement les Assyriens....
 Les récits mettant en scène la victoire contre les Cananéens visent donc en premier lieu les Assyriens.
En reprenant le modèle assyrien de la conquête, les auteurs du livre de Josué ont accentué l'image belliqueuse de Yahweh, d'un Dieu qui n'hésite pas à exterminer de manière radicale tous les ennemis d'Israël. Nous pouvons, et je dirai même, nous devons regretter cette accentuation. Néanmoins, il faut la comprendre dans l'intention de cet énoncé. Les auteurs bibliques veulent affirmer la supériorité de Yahweh sur l'Assyrie et tous ses dieux, mais ce message est au prix que Yahweh devienne un Dieu aussi guerrier que Assur.

Josué un rabbin
Nous ne pouvons pas nier le poids de l'image d'un Dieu belliqueux dans la Bible hébraïque. Cependant, il faut aussitôt souligner le fait que cette image est contre balancée par des relectures qui la modifient, voire la critiquent.
On trouve dans des nombreux textes de l'Ancien Testament une démilitarisation de la guerre. Cette nouvelle orientation est perceptible à l'intérieur même livre de Josué. Dans le discours initial que Yahweh adresse à Josué, ce dernier apparaît comme un chef militaire (1,1-7). Or, l'ajout du verset 8 transforme un Josué belliqueux en un rabbin respectueux de la Torah: "Ce livre de la Loi ne s'éloignera pas de ta bouche; tu en méditeras jour et nuit". La conquête du pays se mue ainsi en une quête de la Torah.

Isaac et Ismaël
Une reprise théologique du livre de Josué doit également tenir compte du fait que l'Ancien Testament contient une pluralité de présentations de l'établissement d'Israël dans son pays. Ces représentations viennent en quelque sorte corriger l'idéologie de la conquête de Josué. En effet, la conception guerrière de l'installation du peuple est grosso modo limitée à Josué et à quelques Psaumes qui en dépendent. Les prophètes évoquent les origines du peuple en se référant à l'Égypte ou au désert où Yahweh a "trouvé" Israël. D'après ces oracles l'introduction dans le pays se fait sans allusion à l'extermination d'autres peuples (cf. Os 9,10; 11,1-3; Jr 2,2).
L'histoire des Patriarches, et notamment celle d'Abraham, qui ouvre l'histoire du peuple d'Israël (Genèse 12-25), est parsemée par des promesses du pays. Mais ces promesses n'impliquent jamais l'expulsion des autres, des conflits territoriaux éventuels sont réglés par la négociation (Genèse 13).
Abraham achète son tombeau, il ne le conquiert pas (Genèse 23). Et lorsque le pays est promis à la descendance (en hébreu: semence) d'Abraham, cette descendance comprend selon toute logique Isaac et Ismaël. La Bible présente alors en premier lieu une vision du pays qui se trouve en tension avec la conception du livre de Josué. Et peut-être devrions-nous apprendre des rabbins à faire fructifier de telles tensions.
 

LE CHRISTIANISME ET LA GUERRE JUSTE
Croisades, guerre d’Irlande, conquête de l’Amérique latine (dans un bain de sang), Inquisition... l’argument religieux a toujours été un puissant ferment pour justifier toutes sortes de violences. Le christianisme a un rapport ambivalent à la guerre, mais l'être humain n’est ni ange, ni diable.
Entretien avec Hubert BOST, professeur d’histoire à l’Institut protestant de Théologie de Montpellier. Propos recueillis par E. HUMBERT.
 
Le christianisme a toujours eu une attitude ambivalente face à la guerre.
D’une part le monde a une valeur positive: ce n’est pas un espace maléfique qu’il faudrait déserter, puisque Dieu lui-même, en Jésus Christ, est venu l’habiter. De là découle une valorisation de l'État, de la politique, et donc d’une force publique qui fasse régner la justice. Il est légitime pour un chrétien de s’engager dans la vie politique, et pourquoi pas dans la défense, y compris armée, puisque, compte tenu du péché, il faut mettre en place un usage régulé de la force.

Mais d’autre part, l'Évangile dénonce la violence. Certaines paroles du sermon sur la montagne peuvent être lues comme des exhortations à la non violence. Et déjà le décalogue commande: tu ne tueras point.
Dans le christianisme, ces deux aspects sont en tension l’un avec l’autre: justifier la guerre c’est oublier le message; refuser absolument toute idée de guerre, c’est faire de l’angélisme. L'Évangile n’est pas un pacifisme, mais il ne peut servir à justifier l’excès inverse, qui consisterait à diaboliser l’adversaire: on aurait toutes les raisons de se battre contre la personnification du diable, et aucune de relativiser ce combat; l’ennemi serait la force du mal qui s’oppose à la diffusion du bien. L’exemple le plus évident dans l’histoire, c’est le Turc, qui prend en otage le tombeau du Christ et contre lequel on prêche les croisades.

Soldat du Christ
Dès les épîtres (Romains, 1 Pierre) les apôtres prêchaient la soumission aux autorités: une façon de reconnaître leur utilité, même quand elles les persécutaient. A partir du 4ème siècle, le christianisme devenant religion officielle, il ne s’agit plus seulement de politique mais du pouvoir. Se pose alors le problème de la guerre faite “au nom du Christ”. Au 16ème siècle, LUTHER reconnaît la nécessité de prendre parfois les armes pour rétablir la justice. Il n’accuse pas les soldats de trahir l'Évangile, contrairement à certains de ses contemporains (il y a des objecteurs de conscience au 16e siècle), mais il rappelle qu’on ne peut être soldat du Christ autrement qu’avec des armes spirituelles. Devant l’affirmation que l’empereur porte le glaive temporel et le pape le glaive spirituel, LUTHER répond il n’y a pas de glaive spirituel, la parole est désarmée.

Le bien et le mal
L’argument religieux est très souvent un vernis idéologique grâce auquel on explique aux combattants des deux cotés qu’un combat est juste. La religion est un puissant ferment et un grand réservoir pour ce genre d’arguments. Aujourd’hui encore, quand un homme politique parle du combat du bien contre le mal, c’est à l’évidence un discours religieux, une référence à l’Apocalypse.
Au siècle des Lumières certains pensaient qu’une religion qui serait juste un ciment moral, une valorisation du bien et une détestation du mal, suffirait à faire en sorte que les hommes ne se battent plus entre eux. Mais supprimer les religions n’empêche pas les gens de croire en quelque chose.

l'absolu et le compromis
Le fait de croire en un Dieu absolu, au-dessus de toute considération humaine, peut amener des hommes à imposer leur point de vue par la violence. La croyance elle-même devient parfois tellement absolue qu’elle balaye tout sur son passage: il n’est plus acceptable que d’autres ne croient pas, ou croient autrement. Ce fanatisme apparaît surtout lorsque les valeurs auxquelles on tient semblent menacées.
Pour lutter contre cette dérive, le chrétien doit accepter une forme de compromis: il n’est pas un ange, les autres ne sont pas des diables. Il ne prétend pas être pur car il se sait à la fois “pêcheur et justifié”. Ce rapport différent à Dieu et aux autres devrait l’éloigner de la guerre et de la violence religieuses.
 

Citation d'ERASME: "Dulce bellum inexpertis" c'est à dire à peu près: "la guerre est douce à ceux qui ne la font pas".
LA FRAGILITÉ DU DIEU DE LA CROIX
1. Le XXe siècle a vu l'effondrement d'un mythe propre à notre monde occidental et humaniste, mythe que l'on pourrait résumer ainsi: l'homme naît bon, c'est la vie en société qui le corrompt! C'est sur cette base que s'est particulièrement construit le soubassement de l'idéal des Lumières (LOCKE, DIDEROT, etc.) jusqu'à «l'école républicaine», en passant, en autre, par la Révolution Française. Dans ce contexte, on a pu penser qu'en réformant la société par un bon gouvernement démocratique, une bonne structure économique, une bonne éducation, un certain scepticisme religieux, l'être humain retrouverait son innocence première et son aptitude «naturelle» à la vie harmonieuse dans la société des hommes.

Cet Humanisme a été frappé à mort par le prodigieux travail de fourmi des sciences humaines (psychanalyse, ethnologie, histoire, etc.) qui, depuis le début du XXe siècle, ont gratté les couches superficielles pour mettre la chair à nu: l'enfant qui vient au monde n'a aucune propension à la vie sociale et son être est structuré par le narcissisme (amour de soi). La première compréhension qu'il a de lui-même est celle d'un être «tout-puissant» et solitaire. Au fur et à mesure qu'il se heurte à ses limites, il cherche à les dépasser en investissant des figures qu'il pose comme «toutes-puissantes» et qui sont censées le servir dans cette quête d'affirmation absolue de soi (mère, père, dieu, leader politique, etc.). Ce n'est que, progressivement, en se heurtant au réel et aux autres, que le désir de l'enfant se convertit partiellement à la finitude et à la vie commune. L'existence des autres et la nécessité d'une vie sociale la moins conflictuelle possible ne sont pas une donnée de départ mais le fruit d'une maturation du désir, le résultat d'un certain nombre de deuils auxquels il faut consentir.

D'une certaine manière, les sciences humaines, démystifiant les idéologies, nous ont ramenés à cette évidence biblique: l'homme naît dans le désir d'être «comme des dieux»; il naît «esclave en Égypte»; il accède à l'humanité par une libération, par un salut, par une parole qui vient de l'extérieur de lui-même.

Mais il serait faux de croire que ce travail de deuil détruit progressivement ce désir de toute-puissance; il ne fait que l'enterrer. Il surgit et resurgit sans cesse en diverses occasion, s'appuyant sur tout ce qui s'offre: politique, science, religion, etc. (On parle de la religion comme support de la violence; mais l'athéisme ou le vague déisme (cf. ROBESPIERRE, MARX, LENINE, HITLER, etc.) ont produit plus de morts que toutes les religions réunies, ce qui n'excuse en rien ces religions).

2. Parlons justement des religions monothéistes: sont-elles très perméables à l'investissement sur elles du désir de toute-puissance? Incontestablement oui. Ce désir est facilement projeté sur le «dieu unique» qui, alors qualifié d'absolu dans le pouvoir, le savoir, devient apte à compenser l'impossibilité humaine de réaliser son désir de toute-puissance: ce que je ne peux pas, il le peut, lui qui va me délivrer de la maladie, de la fragilité de mon savoir, de la mort, de mes adversaires, etc. En son nom et par son assistance, je suis alors tout-puissant!

Il y a quelques semaines, trois émissions sur la chaîne de télévision Arte ont été consacrées à Mahomet et à la naissance de l'Islam. Comment ne pas avoir été frappé par ce dieu prêché sous le nom d'Allah que rien ne limite, dont la puissance est infinie, dont la parole tombe du ciel sous forme écrite, sans failles et sans fragilités, qui consacre une langue sacrée unique, qui transforme son prophète en chef de guerre invincible, etc. La toute-puissance de ce dieu est directement disponible à ses fidèles qui l'ont construit à la contre-image de ce qu'ils sont, c'est-à-dire à l'image de leur propre désir de «toute-puissance». Il n'y a en ce dieu aucun espace de finitude, de fragilité, d'hésitation qui renverrait l'homme à ses propres limites!

3. C'est pourquoi il faut noter avec force que le christianisme est d'abord, en son centre, un refus des religions monothéistes classiques: la croix est l'ultime démystification du Dieu tout-puissant! Comme le note Paul, au début de sa Première épître aux Corinthiens; Dieu s'y donne comme un anti-dieu, comme fragilité, comme Parole risquée, sans évidence et sans puissance. L'apôtre ne connaît rien d'autre que la croix du Christ, qu'un Dieu qui parle à partir de la mort de son Fils et qui donc peut adopter les hommes comme ses enfants mais, en aucun cas, ne peut leur donner un supplément de pouvoir et de savoir. Les dieux monothéistes sont généralement des vainqueurs; le Dieu chrétien est un vaincu et s'est à partir de la défaite de la croix qu'il parle et qu'il agit.

Comme les autres monothéismes, le christianisme a servi de support à bien des violences et des guerres; mais il n'a pu le faire que dans le refoulement de la croix et dans un retour malheureux à la célébration d'un dieu tout-puissant. Sa chance, c'est que la croix de Jésus demeure disponible au centre de ses Écritures, qu'on peut sans cesse y revenir, que des hommes, tels LUTHER et bien d'autres, sont sans cesse appelés pour la remettre au cœur de la prédication d'un Jésus qui demeure l'un des rares fondateurs religieux à ne pas avoir été aussi un chef de guerre.

Notre Dieu n'est déchiffrable que dans la fragilité de la croix et de la prédication de la croix; il n'est pas disponible pour servir notre désir infantile de domination. En revenant sans cesse à ce centre, nous évitons de devenir les dévots d'un inquiétant «Dieu de la toute-puissance» qui est dessiné par notre imaginaire pour conduire à la victoire le désir de mort qui nous habite depuis toujours.

Jean ANSALDI